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Philo 36 : Il n’y a pas d’anthropologie possible du Dasein

FR-EN-IT

« Nous avons besoin de concepts pour décrire le monde, mais nous avons besoin de redoubler ces concepts lorsque nous nous pensons décrivant le monde. Et ainsi de suite dans une régression infinie. » Nous pensons le monde et nous nous pensons décrivant le monde : en quoi cela déclenche-t-il une régression ?

Nous aurions : le monde (1), penser le monde (2), se penser pensant le monde (3), penser cela (4). Ensuite, on peut se penser pensant cela [se penser pensant (4)] (5), penser cela (6), se penser pensant cela (7), penser cela (8), se penser pensant cela (9), etc. Ce n’est pas une régression à l’infini mais une oscillation ; je pense et me pense pensant, voilà tout. La difficulté ne paraît pas être sous la forme d’une régression à l’infini. Est-ce le modèle « spéculaire » de la conscience qui appelle cette formalisation, avec l’idée que penser est un miroir et se penser un autre miroir, deux miroirs en regard l’un de l’autre créant une mise en abyme ? Un exemple de régression à l’infini clairement défini sous cette forme est le « mode » sceptique exposé par Sextus Empiricus : une proposition doit se prouver, ce qui requiert une autre proposition qui doit être à son tour prouvée, etc.

(ii)

Le problème est celui de l’inclusion. Ce problème vient des logiciens et de la pensée mathématique, et sa transposition au monde de l’expérience n’est pas légitime : aucune connaissance empirique, c’est-à-dire hors des objets a priori de la connaissance, n’est concevable sans cette inclusion du sujet dans le monde. Ce qui est nécessaire, ne pouvant être autrement, n’est pas un problème. Par exemple, le « je mens » n’est pas « autoréférentiel » dans le monde vécu : l’autoréférence n’existe que dans une logique formelle a priori ; dans le monde vécu, je peux dire « je pense » sans que ce soit un paradoxe, car cela signifie seulement que « je viens à l’instant de mentir » ou que, m’arrêtant dans un long exposé fantaisiste, j’avoue à mes interlocuteurs que cet exposé est un pur produit de mon imagination. Il n’y a donc pas lieu de parler d’esquive quand le problème est ignoré en philosophie, car la philosophie est autre chose que la logique formelle, comme c’est autre chose que les mathématiques pures, comme c’est autre chose que n’importe quelle discipline spécialisée, la cryogénie, la thermodynamique ou la charronnerie. Les problèmes spécialisés de ces domaines n’emportent guère de conséquences en philosophie, et c’est pourquoi Kant, qui a décrit dans sa troisième décennie d’existence la formation des nébuleuses de façon toujours correcte aujourd’hui (le modèle dit de Kant-Laplace, quand on veut bien ne pas omettre le nom de Kant) a ensuite entièrement laissé de côté les questions spécialisées de science positive (au grand étonnement de Carnap). Prétendre introduire l’autoréférence dans le Lebenswelt est un procédé sophistique.

Glose sur « je mens ». – Ce n’est, nous l’avons dit, que dans la méthode apriorique de la logique formelle pure que cette phrase peut être autoréférentielle, que l’on présente la chose « En disant que je mens, je mens » ou comme on voudra (pour que l’autoréférence soit bel et bien établie, il faut que la proposition soit d’une lourdeur considérable). Ceci est possible car la logique fonctionne comme les mathématiques à partir de définitions a priori : « Soit la proposition ‘en disant que je mens, je mens’… » : ici la proposition est autoréférente par définition, c’est-à-dire que l’autoréférence est posée, à partir des seules caractéristiques formelles de l’énoncé. Mais quand on prétend, sous le même énoncé, trouver encore l’autoréférence dans des exemples tirés de l’expérience, réelle ou imaginaire, on se fourvoie. C’est ce que nous avons montré en discutant et critiquant la parabole proposée par Ferdinand Gonseth (Philo 6 : Des « forces nouvelles » pour la logique…). Le raisonnement qui s’appuie sur des observations ne s’appuie pas sur des définitions. Quand on observe quelque chose, on n’observe pas une définition ; une définition ne vient qu’au terme des observations. Et les définitions d’observation, que l’on emploie pour les objets de notre expérience, ne sont pas des définitions a priori et ne peuvent servir de point de départ au raisonnement de la même manière : elles ne servent qu’à permettre d’autres observations et non pas à résoudre formellement un problème dans un accord absolu.

Glose sur « Ce qui est nécessaire, ne pouvant pas être autrement, n’est pas un problème. » – On me répliquera qu’en mathématiques tout est nécessaire et que l’on y résout pourtant des problèmes. Il y a deux types de problèmes, les problèmes aprioriques –ceux des mathématiques dans l’intuition pure, ceux de la logique dans l’entendement pur, ceux de la métaphysique dans la raison pure– et les problèmes de la phénoménalité. Les premiers sont dans le domaine de ce qui ne peut être autrement (les lois a priori), les seconds sont dans un domaine dont une partie ne peut être autrement (lois naturelles) et l’autre peut être autrement (libre arbitre). Dans les problèmes de physique et des autres sciences, les problèmes portent sur la partie de la phénoménalité qui ne peut être autrement. À présent, si l’on veut traiter l’inclusion elle-même en problème, quel pourrait bien être ce problème ? Je ne peux ni prendre le monde-en-tant-que-totalité comme un objet de la nature à l’instar des autres objets ni exercer ma liberté pour être hors du monde. C’est en ce sens que l’inclusion étant nécessaire, elle n’est pas un problème dont la solution serait à chercher. L’inclusion n’est pas un objet soumis aux lois mais est elle-même une loi, elle est le domaine même de la phénoménalité qui ne peut être autrement, à savoir que je suis un sujet dans le monde.

Ensuite, la volition a ses problèmes qui tous relèvent de la phénoménalité pouvant être autrement, à savoir que je ne peux être mû par un vouloir que si ce mouvement est possible. C’est ce que j’appelle mon libre arbitre. À cet égard aussi, celui de la volition, l’inclusion dans le monde ne se laisse pas appréhender comme problème, puisque ce serait vouloir un mouvement impossible. Autrement dit, la phrase « Ce qui est nécessaire… » est inconditionnellement vraie des problèmes de la volition : cette dernière se forme en résolution uniquement vis-à-vis de ce qui peut être autrement. Mais si l’on admet que dans la phénoménalité tous les problèmes sont de volition, et que l’on étudie les lois naturelles non pour les changer mais pour changer les phénomènes qui leur obéissent, alors la phrase est vraie inconditionnellement de l’ensemble des problèmes de la phénoménalité.

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« En fait, le monde qu’il pense est le monde dont il crée le sens en lui-même. » Ceci est un truisme, car penser (le monde ou autre chose) n’est certainement pas autre chose que créer du sens en soi-même. La précision censée donner de l’épaisseur à ce truisme est la suivante : « Le monde qu’il pense est le monde dont il crée le sens en lui-même, non pas en sa personne physique, ni même en sa conscience psychologique mais en un pur mode d’ordre logique ». Qu’on puisse créer du sens en soi-même entendu comme personne physique se laisse écarter sans davantage de considération, sauf à dire que la personne physique change en fonction de ce que la personne pense (ce qui, cependant, n’est pas faux à tout point de vue : le corps étant selon les stoïciens le signe de l’âme, on déchiffre l’âme par les mouvements du corps, du visage, etc.) ; que ce sens, donc, soit créé en soi-même, non comme conscience psychologique mais comme pur mode logique, est faux a priori puisque le sujet est, envers le monde, non dans une pure relation logique mais dans un rapport de vouloir engageant la conscience psychologique, les appétences et autres.

« Comme aurait pu l’écrire Descartes ‘tout ce que je pense, c’est ce que je suis’. » Descartes aurait sans doute pu l’écrire après avoir écrit « Je pense, donc je suis », mais il ne l’a pas fait, peut-être parce que quand je pense une chimère, je n’en suis pas une pour autant.

« Il n’y a donc pas d’autre regard qui puisse regarder penser le sujet, si ce n’est le sujet lui-même car la pensée n’est pas une chose qui a un état présent et qui change mais c’est un devenir qui n’existe que comme devenir. » Le lien de cause à effet n’est guère évident, ni la définition donnée de la pensée. Sur ce dernier point, d’abord, quelque chose qui devient et quelque chose « qui a un état présent et qui change » paraissent se ressembler beaucoup, voire être la même chose par définition, sauf à comprendre, et l’on n’a pas vraiment le choix, qu’il n’y a pas d’état présent dans le devenir, c’est-à-dire pas de présent, mais nous ne voyons pas non plus pourquoi l’on devrait se passer de cette notion, le présent. Pour ce qui a trait, ensuite, à la causalité, dire que la proposition « la pensée est un pur devenir » doive avoir pour conséquence que seul le sujet peut se voir lui-même penser (cette conséquente semblant, du reste, vraie en soi) est douteux, car les sphères des concepts de devenir et d’intersubjectivité n’ont pas de relations immédiates bien établies entre elles, du moins qui me viennent immédiatement à l’esprit. De quelle manière, si la pensée était au contraire « un état présent et qui change », un autre regard pourrait-il regarder penser le sujet ?

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Je lis qu’on a pu « reprocher » à Husserl un « supposé idéalisme mais… » ; il conviendrait tout de même d’expliquer pourquoi la qualification d’idéalisme devrait être acceptée comme un reproche.

C’est Husserl lui-même qui se défend d’être idéaliste.

–Le reproche n’est donc pas tant que Husserl soit idéaliste mais qu’il prétende ne pas l’être alors qu’il le serait, un reproche bien plus décisif que le premier puisque, dans celui-là, il n’est pas permis de dire que le sujet soit tranché de manière définitive autrement que par dogmatisme, tandis qu’un reproche d’incohérence peut être incontestable.

Un reproche semblable pourrait être que « la question de l’apprentissage est importante dans la pensée de Husserl, mais peu mise en valeur », car c’est une forme d’inconséquence, donc d’incohérence, que de peu mettre en valeur une question importante. En effet, si la question est importante, elle doit être mise en valeur, et pas seulement un peu. Si elle n’est que peu mise en valeur, c’est qu’elle n’a pas une grande importance. Par conséquent, ou bien la remarque est juste et alors Husserl est inconséquent (et c’est sans doute grave pour la valeur de cette pensée), ou bien la question de l’apprentissage chez Husserl n’est guère importante puisqu’elle est peu mise en valeur, ou bien elle est importante et bien mise en valeur et c’est l’auteur de cette réflexion qui n’a pas bien vu cela.

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Il n’y a pas d’anthropologie possible du Dasein

Il est certain que Heidegger n’a pas pensé une anthropologie, et pour cause : Heidegger rejette l’approche anthropologique comme une construction secondaire, et fourvoyée par rapport à l’ontologie, donc aveugle à la question de l’être. Il ne peut y avoir une anthropologie du Dasein. Faire un tel reproche à Heidegger n’a guère de sens.

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Le bannissement des poètes ? Ça fait quand même des millions de gens à bannir…

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Le capitalisme, c’est beau comme du communisme.

« Nous changeons de modèle. En étant provocant, je dirais que nous rejoignons presque celui de l’Allemagne de l’Est communiste. À l’époque, les familles allaient à l’épicerie sans savoir ce qu’ils (sic) allaient y trouver et s’adaptaient au jour le jour. Nous revenons [avons-nous donc été l’Allemagne de l’Est ?] à ce type de quotidien. » (P. Duchemin, sociologue de la consommation, interview dans Le Parisien du 9 décembre 2022)

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EN

The BDS movement is facing challenges of a singular nature in US and Europe. Although both the US Supreme Court (NAACP v Clairborne Hardware, 1982) and the European Court of Human Rights (Baldassi and others v France, 2020) have struck down statutory repression of boycott and, specifically in the case of the Baldassi decision, repression of Israel boycott, legislatures and governments are deliberately ignoring the judicial branch of power. In US, several state legislatures have passed anti-BDS laws that presently must be struck down one after the other in courts, in a long, tedious ongoing process that leaves the deterrent effects of the statutes largely untouched in the meantime. In France, although the country was condemned by the ECHR for its repression of BDS militancy, the government has refused to acknowledge the decision as far as its national legal order is concerned and it maintains the texts that repress BDS militancy; therefore, the legal deterrence against Israel boycott remains largely unscathed there too: only people with the wherewithal to face a long trial, possibly up to the ECHR, will dare advocate BDS, as the repressive texts remain in place. This blatant disregard for a judicial decision shows that France does not shrink from ignoring the rule of law about which it is so fond of giving lessons to other countries.

However, Baldassi and others, from Baldassi and others v France, have been cleared of charges and paid damages by the French state, and as a result all other BDS militants whom the French state wants to harass will be granted the same by the ECHR, no matter what the French government and French courts say. Moreover, if there is such a thing as the rule of law in this country, French courts will judge the same as the ECHR, no matter what the government says. If there is, again, such a thing as the rule of law.

By reaffirming the texts repressing Israel boycott after the Baldassi decision making it illegal for national states to repress Israel boycott in all countries of the Council of Europe, the French government has committed a true – in French – forfaiture, a dereliction a constitutional duty. However, “France” has no part in this dereliction of duty: the act is merely the government’s. Courts are expected to abide by the rule of law and Baldassi is the law of member states of the Council of Europe. BDS is a protected right in all these countries, including France.

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Freedom of speech without possibility of reach

“Freedom of speech is not freedom of reach.” With this slogan the new ownership and direction of a famous social platform tries to justify their keeping censoring constitutionally protected speech (namely, hate speech) while blaming the previous owners and management’s suppression of speech on the platform. Given that the rationale for freedom of speech is, in the words of the U.S. Supreme Court, “the free flow of ideas,” freedom of speech without possibility of reach is certainly not worth the trouble of a constitutional amendment, and not even worth the ink with which the First Amendment was written. This rhyming is a pathetic gimmick from a cheap advertising agency.

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“China to invade Taiwan by year-end? Taipei says ‘quite sure’ of Chinese military aggression.” (Hindustan Times, YouTube, Dec 12, 2022)

Would Western countries make a casus belli of a Chinese attack on Taiwan? To begin with, the military industries of these countries rely on rare-earth metals extracted in China. Taiwan’s increased concern is understandable: its Western supports are half-paralyzed by their own sanctions against Russia and besides they could hardly supply both Taiwan and Ukraine at the same time at the levels Ukraine is currently afforded.

Make no mistake, we are not doing espionage, not disclosing classified files: all this is public information. An article in The Conversation from June 24, 2019 (here: French language) explains that China is imposing extraction quotas on rare-earth elements and tungsten out of an “environmental concern,” then the paper goes on explaining how microelectronics engineers and technology management in general overlooked the supply dimension of components, and now the problem is how to (a) diversify supplies (but is this possible? “Rare” in rare earth means you don’t find it everywhere) and (b) find substitutes to these critical raw materials (how long will it take?). You don’t need to read between the lines to understand what it is about. China is the leading exporter of rare-earth elements.

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IT

“Prima alla Scala, l’arrivo di Meloni insieme al compagno: i saluti ai fotografi.” (La Repubblica, YouTube, 8/12/22)

“Dio, patria e famiglia”, dicono, ma si parla dal suo “compagno”, non marito. Dio, patria e compagnanza!

Dio, patria e famiglia. Come, famiglia, con donne così che non possono essere mogli? La compagna con il compagno, dove sta la famiglia qui? – Basta un “compagno”, la famiglia è per gente di niente, eh.

Meloni insieme al compagno = famiglia come nel Dio patria e famiglia. – Dio patria e famiglia, ma Giorgia Washingtoni ha cose più importanti da fare che fare famiglia. Basta un compagno.

“Sono una donna, sono una madre, sono italiana, sono cristiana.” Ma non è moglie. Dio, patria e famiglia senza moglie.

Law 17: The American-Algerian War

English (I) and French (II).

For the title section you must scroll down to the French part of this post, sorry, but you can also google the phrase to know more about this little-known event (from 1815 AD).

I

Meet the Reactionaries

Texas is First US State to Adopt IHRA Definition of Antisemitism. (i24news June 16, 2021)

This comes after Amawi v. Pflugerville Independent School District (April 2019), “a case in Texas where the plaintiffs had all faced potential or real loss of employment with the State of Texas for being unwilling to sign contracts promising not to participate in boycott activities against Israel.”

The Texan District Court held that “content based laws…are presumptively unconstitutional” and that “viewpoint-based regulations impermissibly ‘license one side of a debate’ and ‘create the possibility that the [government] is seeking to handicap the expression of particular ideas.’ It further asserted that the law the State had relied on, HB 89, was unconstitutional under the First Amendment.” (Wikipedia)

Governor Greg Abbott couldn’t have “his” anti-BDS law stand the judicial test (it was eviscerated) so he “adopts” a new definition of antisemitism. So what? As far as legal value is concerned his adopted definition is nonexistent. He could have repainted the state capitol instead and that would have been exactly as relevant in terms of positive law (with the difference that it would be something useful as buildings need new paint once in a while). Any attempt to give a positive legal value to the definition will be a major infringement on First Amendment rights, just like his anti-BDS law.

ii

As far as the American Jewish Congress’s remarks on … [a social platform beside Twitter and Facebook] in a Newsweek opinion called We need to stop Marjorie Taylor Greene’s online extremism before it gets violent are concerned, the authors examine two solutions.

One –the second discussed by them– is transparency about online fundraising. Why not? Yet do the authors really believe that transparency would be of any use against what they claim is their concern, namely that online speech incite violence? I fail to see how this would work (to be sure I only read the first two paragraphs, which were screenshot, of their paper).

Before looking at their second proposal, let us remember that under the American Constitution even speech that incites violence is protected if it is not “directed to inciting or producing imminent lawless action and likely to incite or produce such action” (Brandenburg v. Ohio 1969). In my opinion that excludes all online speech to begin with, since then the people get the message through electronic devices, mostly sitting in a room with a computer, so the imminence criterion is lacking altogether (although with smartphones things could change in the future, if for instance we could see such a thing as a mob where individuals are both absorbed in their smartphones’ content and committing violence at the same time, which would be peculiar still).

The authors’ second proposal is to ban the platform. They write: “There are precedents in law where exceptions to the First Amendment regarding hate speech exist. ” I have no idea what precedents they have in mind (they do not name them here, if at all) but I know the current state of the law is Brandenburg v. Ohio, which does not support the idea of a ban. In fact there are no currently valid precedents at all. They would have to resort to the Espionage Act, as has been done with Julian Assange, but this is not even credible.

What they call for, then, is reviving precedents long fallen into disuse, in the spirit of the Sedition Act. I can see no other alternative. This is the most reactionary stuff I have read in a long time.

iii

As to the Anti Defamation League’s call to investigate … [same platform as above] “for possible criminal liability in Capitol attack,” it is preposterous. A platform cannot be held responsible for the content its users publish: this is SECTION 230 (as if people had not been talking at length about it recently!) (the section “provides immunity for website platforms from third-party content”: “No provider or user of an interactive computer service shall be treated as the publisher or speaker of any information provided by another information content provider”). So even if some people on … had posted content that was “directed to inciting or producing imminent lawless action and likely to incite or produce such action” (the Brandenburg v. Ohio requirement for prosecuting speech), which must be what ADL has in mind, with the “lawless action” being the Capitol attack, Section 230 prevents the Justice Department from even considering to investigate … The slightest step in that direction would be a civil liberties case against the state.

This being said besides the fact that platform content cannot even be fancied to be “directed to inciting or producing imminent lawless action and likely to incite or produce such action.” The Justice Department would have to prove that an internet post was likely to produce the Capitol attack by a crowd of people gathered on the spot. In any world with stable judicial rules of evidence this is not conceivable.

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Coloradans Not Wanted

Many Companies Want Remote Workers—Except From Colorado. After a new state law that requires employers to disclose salaries for open positions, some are advertising jobs available anywhere in the U.S. but Colorado. (Wall Street Journal, June 17, 2021)

Companies must reveal salary information in job ads if Coloradans are eligible, so they now advertise their job positions in this way:

“This position may be done in NYC or Remote (but not in CO due to local CO job posting requirements” (DigitalOcean’s online post)

Yet seven states (unnamed in my source below) have laws that prohibit advertising discrimination based on “race, color, or creed”:

“Jews were denied welcome at hotels, resorts, public accommodations, and schools. In 1907 a hotel in Atlantic City, New Jersey, declined accommodations to an American Jewish woman. She complained to Louis Marshall, a lawyer and president of the American Jewish Committee. Marshall drafted a law that barred the printed advertising of discrimination in public accommodations on the basis of race, color, or creed. Enacted in 1913, this statute did not require hoteliers to rent rooms to all comers but prohibited the publication and dissemination of statements that advocated discriminatory exclusion. By 1930 seven states had adopted versions of the New York statute, making group rights a nascent category [nascent or rather stillborn] in First Amendment law.” (mtsu.edu First Amendment Encyclopedia: Group Libel [nonexistent])

This means in all other states you can advertise your business’s discriminatory choices legally. How common is this? And, in fact, why is this not more common? Is it ignorance of the law? Do people mistakenly believe they cannot make such advertisements?

ii

What about the constitutionality of these laws?

Here the author is quite obscure. She says: “Throughout the 1930s the laws remained untested in the courts. Marshall apparently preferred to field inquiries from resort owners about the legalities of their advertisements than to file lawsuits.”

In her first sentence “throughout the 1930s” seems to be saying that the laws were tested by courts but later, otherwise why limit the talk to the thirties? However the author says nothing about results of later constitutional challenges.

The second sentence seems to be saying, correct me if I’m wrong, that there never was any lawsuit based on one of these 7 (or 8, actually, the New York state law plus seven copycats, I’m not sure how to read “By 1930 seven states had adopted versions of the New York statute,” if that means 7 or 8 in total) and notwithstanding the fact there was not a single challenge in courts this man managed to have all such advertisements removed forever. Quite a feat indeed…

At that time commercial speech was not protected by the First Amendment, so constitutional challenges were bound to fail, the laws would have stood the test. This could explain why the hoteliers etc did not care to go to courts to defend their advertising and instead complied with the “inquiries” fielded by said lawyer. Today it is different: commercial speech is protected speech (at least it receives partial protection, not as broad as political speech but still) so, assuming these laws are still around (and this is more likely than the reverse, isn’t it?), challenging their constitutionality is more open-ended today.

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American Child Labor

Conservatives would legalize child labor again if they could.

Child labor is legal in the U.S. at the date of this post.

“These regulations do not apply to agricultural labor because of outdated exemptions”: “Estimates by the Association of Farmworker Opportunity programs, based on figures gathered by the Department of Labor, suggest that there are approximately 500,000 child farmworkers in the United States. Many of these children start working as young as age 8, and 72-hour work weeks (more than 10 hours per day) are not uncommon. … Today’s farmworker children are largely migrant workers” (American Federation of Teachers, an affiliate of the AFL-CIO)

Besides, “Under the Fair Labor Standards Act (FLSA), workers under the age of 16 cannot work between 7 p.m. to 7 a.m., except during the summer. From June 1 to Labor Day, the prohibited hours are from 9 p.m. to 7 a.m. Once you’re 16, federal law no longer restricts what hours you can work.” Only the night shift is illegal for child workers.

ii

“Today’s farmworker children [estimated 500,000] are largely migrant workers.” Conservatives don’t have to legalize child labor again, they’ll keep crying about the border crisis while overworking Mexican children on their farms.

They legally work children below 14 in farms, family businesses, private homes for “minor chores,” newspaper delivery, and more sectors undisclosed in the sources I quoted.

A 14-year old is not a child according to U.S. labor law, while the International Labour Organization (ILO) has a 15-year old threshold.

While the federal minimum wage for adults is $7.25 per hour, for children it is $4.25 per hour. (See also prison inmates work, given the rates of inmates in the states: “By law, incarcerated workers do not have to be paid. Some states take this to heart. Alabama, Arkansas, Florida, Georgia, South Carolina, and Texas do not pay incarcerated workers for most regular jobs performed within the prison. Inmates in other states are not much better off, as most state prisoners earn between $0.12 and $0.40 per hour of work. Even if an inmate secures a higher-paying correctional industries job – which about 6% of people incarcerated in state prisons do – they still only earn between $0.33 and $1.41 per hour.” (Corporate Accountability Lab, Aug 2020)

American companies outsource a large part of their industrial activity to China where “About 7.74 percent of children between the ages of 10-15 are laborers.” (The Borgen Project, Aug 2019) American law prevents Americans from knowing the figures of American companies’ job outsourcing.

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Erasure of History Forum

Who remembers the Anti-Masonic Party?

The Wikipedia page lists more than 40 Congress members, including earlier President of the United States John Quincy Adams (MA)†, 2 state governors, William Palmer (VT) and Joseph Ritner (PA), and a host of other officials such as lieutenant governors.

†John Quincy Adams belonged to the Anti-Masonic Party from 1830 to 1834, he was a member of the Congress’s House of Representatives from Massachusetts from 1831 to 1848, and President of the United States from 1825 to 1829.

II

Collectivisation : L’exemple de la santé

L’État français a un argument en béton pour rendre la vaccination contre le covid obligatoire : c’est que la sécurité sociale est collectivisée. En admettant (par hypothèse) que le vaccin est efficace, ce sont ceux qui refusent de se vacciner qui continueront de tomber malades. Ils représentent un coût pour le système collectivisé.

L’individu dont les dépenses de santé sont prises en charge par un régime collectivisé n’est pas libre de refuser un vaccin. La pandémie pourrait donc ouvrir le débat sur le démantèlement intégral de la sécurité sociale.

ii

Dans un État libéral, quand quelqu’un tombe malade, il n’attend rien de l’État. S’il est assuré, c’est auprès d’une compagnie privée, et s’il ne l’est pas (et n’a donc rien prélevé sur ses revenus entre deux dépenses de santé nécessitées par la situation), il a intérêt à avoir des économies ou bien il faut qu’il s’endette (comme quand il a acheté une voiture et un écran plasma).

Dès lors, on ne comprendrait pas qu’il y ait des obligations vaccinales dans un tel pays, les dépenses de santé étant privées. En effet, quand les dépenses de santé sont privées, les choix sont forcément individuels et on ne voit pas de quel droit l’État imposerait le vaccin puisque ceux qui le refusent en seront pour leurs seuls frais s’ils tombent malades tandis que ceux qui sont vaccinés sont immunisés par hypothèse. Si mon voisin est vacciné, il ne peut pas moralement me demander de l’être aussi puisqu’il ne risque plus rien et que mon refus n’emporte aucune conséquence pour lui.

L’obligation vaccinale est un pur produit de l’étatisation. Je souhaite que l’on reconsidère de manière très approfondie le principe même de la sécurité sociale au regard de cette collectivisation rampante.

(Je ne parle pas spécifiquement ici des vaccins anti-covid, dont certains dénoncent la supposée nocivité, mais de la question de l’obligation vaccinale en général, et ma conclusion est que, même en admettant que tous les vaccins sont toujours efficaces, l’obligation ne peut se justifier que dans des systèmes étatisés de sécurité sociale collectivisée.)

iii

Objection : Les caisses primaires d’assurance maladie (CPAM) ne sont pas des organismes d’État.

Réponse : Les CPAM remplissent « une mission de service public définie par l’État, telle que par exemple les services d’immatriculation et d’affiliation. » Ce qui est défini par l’État est étatisé.

O. Le droit des contrats est défini par l’État. Donc, selon cette logique, les contrats entre personnes privées seraient étatisés?

R. Le droit des contrats repose aussi sur la coutume commerciale et la définition de mon interlocuteur (« le droit des contrats est défini par l’État ») est en soi de l’étatisme pur.

« Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) est déposé par le gouvernement au plus tard le 15 octobre à l’Assemblée nationale. » La question ici porte sur les raisons qui font qu’un régime « paritaire » a son centre opérationnel dans un texte de loi (la LFSS annuelle). La réponse ne peut être que la suivante : c’est parce que le régime est étatisé.

D’ailleurs, la Caisse nationale qui chapeaute les CPAM est un établissement public administratif (« définissant au niveau national la politique de l’assurance maladie en France »).

Mais je pourrais en réalité me passer d’introduire la moindre considération sur la LFSS. La comparaison de mon interlocuteur avec le droit des contrats est tout simplement fautive car ce droit a bien des origines tandis qu’une mission de service public est entièrement définie par l’État.

Que les CPAM aient une certaine latitude de gestion va de soi, de même qu’un particulier chasseur mandaté par la préfecture pour exterminer des renards et autres « nuisibles » (mission de service public) s’y prend comme bon lui semble (dans le cadre des lois). Cela ne change rien à la question.

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Un délit réservé aux Arabes et aux Noirs

Le délit d’incitation à la consommation de stupéfiants continue d’être poursuivi et condamné en justice. Mais seulement pour les rappeurs (Mister You, affaire de Villeurbanne 2020, affaire de Grenoble 2020, etc).

On pensait que ça n’existait plus, au moins depuis le non-lieu dans les années 90 pour le groupe (blanc) Billy Ze Kick et les Gamins en Folie, dénoncé pour sa chanson Mangez-moi ! (2e place du Top 50, explicitement sur les champignons hallucinogènes : « la chanson du psylo »). Mais non.

Montrez-moi un seul Blanc puni de ce crime ! –

Inspiré par l’achat du recueil Déplacements Dégagements du grand poète Henri Michaux, dont la présentation se lit : « Ses livres, proches du surréalisme, et cependant tout à fait singuliers, sont des poèmes, des descriptions de mondes imaginaires, des inventaires de rêves, une exploration des infinis créés par les substances hallucinogènes » (Présentation anonyme, Collection L’Imaginaire/Gallimard).

Qui d’entre nous, marchant au crépuscule sur la Colline du Crack et ressentant la mélancolie de sa finitude humaine, peut dire qu’il n’a jamais rêvé d’explorer les infinis ?

ii

La référence à la Colline du Crack doit être comprise à la lumière des précédents billets, où j’en ai déjà parlé (Law 9 et suivantes, en anglais).

Alors que la justice condamne l’incitation à la consommation, condamne des artistes, devant le problème de la Colline du Crack à Stalingrad (Paris 19), les autorités ne trouvent rien de mieux que de distribuer des pipes à crack et de payer des chambres d’hôtel.

iii

Un interlocuteur me transmet un jugement de la Cour d’appel de Niort.

À supposer que ce Nicolas R., condamné pour avoir mis à la vente à Niort des tee-shirts Cannabis Legalize It (c’est-à-dire un message reprenant l’un des points du programme d’au moins un parti politique représenté à l’Assemblée nationale et dans divers exécutifs locaux, cette condamnation signifiant en réalité qu’il n’est pas permis de demander de changer la loi, car c’est le sens des mots Legalize It, or aucune loi ne peut comporter une clause prévoyant l’impossibilité de son abrogation et par conséquent le jugement doit être cassé car c’est de l’instrumentalisation politique de la justice), soit Blanc, mon interlocuteur apporterait un démenti au titre de cette section. – Je répondrais que c’est l’exception qui confirme la règle. (Il faudrait demander à l’expert judiciaire Gabriel Matzneff ce qu’il en pense. Mais Nicolas R. ayant en fait été relaxé en appel, mon titre reste sans démenti pour ce qui est des condamnations.)

Mon interlocuteur évoquant par la même occasion le climat actuel, il m’offre l’opportunité d’évoquer une certaine affaire, pour un autre abus de procédure, bien que ce climat soit précisément opposé à toute forme d’expression telle que celle que je vais à présent oser.

Il s’agit de la condamnation d’un rappeur noir, Maka, à 15 mois de prison pour apologie de terrorisme, pour une chanson appelée Samuel Paty.

Le journal La Marne du 27 nov. 2020 (x) indique que la chanson « cherche selon eux [selon les juges] à ‘surfer sur la vague pour faire du buzz’ ». Il est donc totalement incompréhensible que cette personne soit condamnée pour apologie de terrorisme, les juges faisant eux-mêmes remarquer que la finalité de la chanson est tout autre, à savoir « faire du buzz ». L’incohérence est redoutable.

iv

Or demander de légaliser le cannabis, ce qui est forcément légal comme je l’ai souligné et comme la Cour d’appel l’a reconnu (la condamnation en première instance reste très choquante, tout comme l’étaient les poursuites), est une façon indirecte de promouvoir sa consommation. Car il n’y a eu que l’Église nationale danoise pour promouvoir en 1969 la légalisation de la pornographie (premier pays au monde) au prétexte que c’est parce qu’elle était interdite qu’elle attirait les gens et que donc ceux qui étaient contre la pornographie devaient demander sa légalisation.

Ainsi, la promotion de la légalisation ne pouvant s’exclure d’une forme de promotion de la consommation, la loi est d’une abominable stupidité car elle interdit et autorise en même temps la même chose. À bas toutes ces lois.

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Au temps des manifestations #GiletsJaunes, le gouvernement cherchait à lancer des débats sur qui est journaliste. Je propose la définition suivante, d’une imparable logique interne :

Est journaliste toute personne condamnée en droit de la presse.

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Histoire d’un mariole

Je reproche à Victor Hugo d’avoir écrit Napoléon-le-Petit. Je veux dire ce titre qui, en appelant Napoléon III le petit, laisse entendre que Napoléon Ier était grand. Non.

Il est certain que vous n’avez jamais entendu parler des guerres américano-barbaresques. Elles furent au nombre de deux : la première de 1801 à 1805 et la seconde, également appelée guerre américano-algérienne, en 1815. Dans la première les États-Unis d’Amérique et la Suède et dans la seconde les États-Unis seuls combattirent les États barbaresques d’Afrique du Nord (nos futures ex-colonies).

Les États-Unis d’Amérique et la Suède luttaient ainsi contre la piraterie en Méditerranée pendant que l’autre fou, qui avait causé la perte de notre flotte à Aboukir (1798), courait dans tous les sens en Europe et cherchait à faire un « blocus continental » pour empêcher les navires anglais d’aborder sur le continent.

Les États-Unis d’Amérique (!) – et la Suède (!) – devaient lutter contre des pirates maghrébins en Méditerranée, la mer qui borde nos côtes (!), pendant que nous avions un EMPIRE.

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Si demain la France et les États-Unis se faisaient la guerre, je pense que l’on pourrait dire à l’avance en combien de minutes l’armée française serait anéantie. C’est pareil pour le droit. #FirstAmendment