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Philo 27 : Une société d’esclaves

I
Une société d’esclaves

La suppression légale de la relation maître-esclave supprime les maîtres mais pas forcément les esclaves. Qu’est-ce qu’un esclave ? L’esclave est celui qui ne peut jamais réaliser la négation du vouloir-vivre. L’esclave antique ou bien encore l’esclave noir du Sud des États-Unis ne le pouvait pas car il était au service de son maître pour la durée de sa vie. L’existence de l’esclave était comprise par le système esclavagiste comme une pure activité instrumentale. En renonçant au vouloir-vivre, l’esclave aurait failli à ses obligations de serviteur. On voit tout de suite que la suppression du statut de maître, de la relation maître-esclave n’est pas une condition suffisante pour la suppression de la condition d’esclave : elle supprime un droit de propriété mais il faut encore que les conditions soient réalisées pour permettre à l’individu de renoncer au vouloir-vivre, le seul acte possible de liberté dans la condition humaine.

Toute personne contrainte de gagner sa vie est donc un esclave, car elle ne peut renoncer au vouloir-vivre que par le suicide. Renoncer à son gagne-pain, c’est en effet, pour cette personne, renoncer à la vie. Mais le suicide est la fausse négation du vouloir-vivre, c’est une réaction au niveau du vouloir lui-même et non l’acte libre d’une représentation détachée du vouloir et supérieure à celui-ci. En mettant fin à mes jours, je ne nie pas le vouloir-vivre car je meurs en protestation contre ma vie dans la représentation d’une vie meilleure (qui n’a de sens que superficiellement, car toute vie est absurde).

En ce qui concerne le maître, c’est son droit de propriété sur l’esclave qui le rendait libre, extérieurement, c’est-à-dire qui lui conférait la possibilité de renoncer au monde, mais il ne pouvait renoncer au monde qu’en tant qu’il restait propriétaire d’esclave, tant que son droit de propriété subsistait, car sans cela il se serait retrouvé, si l’on suppose que le travail de l’esclave était son seul bien, dans l’impossibilité de vivre. Autrement dit, le maître dépendait de l’esclave même en tant que renonçant.

La négation du vouloir-vivre suppose un état de vie sans participation au monde. C’est l’état ascétique ou monastique, et typiquement ce qu’il est impossible de penser dans une société de classe moyenne, où l’individu est, sa vie durant, dépendant pour son existence d’une activité rémunératrice. L’individu ne peut renoncer au monde qu’à la retraite, si celle-ci lui permet de vivre (ce qui n’est pas toujours le cas), c’est-à-dire qu’il ne cesse d’être un esclave qu’à la fin de sa vie. C’est par rapport à l’esclavage légal un progrès essentiellement en trompe-l’œil, car la vieillesse comporte en soi un renoncement naturel au vouloir-vivre, c’est-à-dire que l’âge a le même effet que le suicide sur la négation : elle se situe au niveau du vouloir lui-même. Le vouloir se désagrège progressivement jusqu’à la dissolution du corps, cela ne se laisse pas comprendre sous l’idée de liberté mais sous celle de nécessité naturelle. Ainsi, Charles-Quint est connu comme empereur et non comme moine, comme renonçant, bien qu’il fût entré dans un monastère à cinquante-sept ans, parce qu’il ne renonçait qu’au déclin de sa vie naturelle (et qu’il était d’ailleurs malade), tandis que le Bouddha est connu comme renonçant et non comme prince, bien qu’il eût régné jusqu’à vingt-neuf ans, parce qu’il renonçait au monde dans sa jeunesse.

Le renoncement au vouloir-vivre implique une forme de parasitisme sur les non-renonçants, de mendicité (les ordres mendiants), mais il s’agit en principe seulement de subvenir au minimum vital. Ce minimum vital, c’est ce que les sociétés « avancées » cherchent à garantir bureaucratiquement, en France par exemple avec le RSA, ex-RMI. La moindre conditionnalité en termes de participation au monde comme la moindre limitation dans le temps sont cependant contraires à l’idée du renoncement, et ces politiques se voient comme visant à insérer ou réinsérer l’individu dans la classe moyenne, ainsi que l’indique assez le nom de revenu minimum d’insertion. Un revenu de base universel, étant entendu que, par ailleurs, tout rentier, tout héritier, toute personne faisant fortune et pouvant dès lors ne rien faire, est ipso facto libre et non esclave (au plan de la liberté externe, c’est-à-dire de la possibilité matérielle du renoncement, que la personne se serve ou non de cette liberté pour choisir le renoncement libre plutôt que le vouloir absurde et conditionné), serait la seule mesure qui permettrait d’ôter l’étiquette de société d’esclaves s’appliquant à la société de classe moyenne.

(ii)

Les ordres monastiques, le clergé régulier continue de jouer ce rôle au sein de l’Église catholique. On ne peut cependant le dire du clergé séculier sans préciser notre définition : « La négation du vouloir-vivre suppose un état de vie sans participation au monde. » Dans la mesure où le clergé catholique, régulier comme séculier, tout comme le clergé bouddhiste, renonce à la chair, même sans renoncer à toute participation au monde, le clergé séculier est tout de même renonçant car la chair est la forme la plus forte d’attachement au monde auquel renoncer ne soit pas encore une forme de suicide. Si je cesse de me sustenter, je me suicide, car mon organisme ne peut vivre sans aliments. En revanche, je peux vivre sans activité sexuelle.

L’Église catholique rend l’appartenance au clergé indissoluble, c’est-à-dire que le clerc ne peut renoncer à son état. Les églises bouddhistes permettent quant à elles de renoncer aux « vœux » attachés à la cléricature, de quitter l’état de clerc sans encourir de sanction. C’est là un problème organisationnel que l’on pourrait dire classique, et le paradoxe que le renoncement conduise à de la théorie des organisations n’est qu’apparent puisque, entre autres, ces renonçants continuent de participer au monde. Le problème est le suivant. Les dispositions en vigueur dans l’Église catholique dissuadent les vocations incertaines, permettant de ne recruter que les plus motivés, mais créent le risque de brebis galeuses (les clercs indignes et hypocrites), tandis que les dispositions retenues par les églises bouddhistes permettent aux vocations qui s’avèrent à l’expérience insuffisantes de quitter l’organisation, ce qui est de nature à mieux préserver celle-ci des corruptions de l’hypocrisie, mais le recrutement est trop ouvert. On pourrait penser que le choix bouddhiste est plus optimal car fondé sur et appuyé par un retour d’expérience : le recrutement trop ouvert se corrige automatiquement par les défections. C’est sans tenir compte de deux considérations : une considération de théorie des organisations, à savoir le « coût » que représente le fait de quitter une situation, ce qui crée une hystérésis des défections (elles ne sont pas au niveau requis pour corriger parfaitement le recrutement trop large), mais aussi une considération métaphysique, à savoir que le choix catholique est le seul à considérer le renoncement avec tout le sérieux requis, comme un renoncement sur lequel on ne revient pas. De ce dernier point de vue, le clergé catholique est infiniment supérieur dans l’idéalité de sa conception : le clerc catholique, idéalement, a renoncé pour de bon, à tout jamais, tandis qu’un clerc bouddhiste peut n’être que dans une expérience éphémère (il est d’ailleurs intégré dans les pratiques sociales que les jeunes hommes de bonne famille passent quelques mois dans l’état monastique, une sorte de stage). Mais, encore une fois, cette idéalité peut se payer de plus graves abus, si les brebis galeuses en viennent à corrompre le troupeau, et cette suspicion est difficile à combattre. Les accusations sont d’ailleurs beaucoup plus graves, quant à leurs conséquences, pour le clergé catholique que pour le clergé bouddhiste, qui connaît aussi ses scandales (en raison de l’hystérésis précitée). Car c’est l’existence du clergé lui-même en tant qu’organisation qui est alors en cause. D’un côté, les accusations ont pour elles la plausibilité que donne la force de l’instinct parmi les créatures vivantes : on admet facilement que ce renoncement doive créer des perversions et des troubles psychiques de toute sorte ; le protestantisme, cette prétendue « virtuosité de l’ascèse » selon Max Weber, est largement fondé sur une telle conception. D’un autre côté, ce genre d’accusations est si facilement déstabilisant et potentiellement dévastateur que l’on imagine sans difficulté l’abus qu’on peut en faire pour toutes sortes de raisons liées au moindre ressentiment, à certaines conceptions fanatiques (athées) du monde et de l’ordre social, etc.

Cela dit, il ne convient pas de modifier notre définition pour dire que la négation du vouloir-vivre serait le renoncement à la chair, car il se trouve à chaque génération un nombre déterminé d’individus qui renoncent à la chair par la force des choses. Ce sujet connaît une certaine actualité sociologique avec le néologisme d’incel, pour involuntary celibate. Dans la mesure où le ratio des sexes est à chaque génération un 1:1 (un pour un) à peu près constant, le choix d’une personne de renoncer à la chair implique, en monogamie, l’impossibilité pour une personne de l’autre sexe de trouver un partenaire sexuel. Je souligne cette possibilité qui ne vient généralement pas à l’esprit de ceux qui examinent ces questions : pour eux, le célibat involontaire a quelque chose à voir avec l’idiosyncrasie du célibataire. Or, dans un monde, par exemple protestant, où chacun et chacune n’aurait de cesse qu’il n’ait trouvé un partenaire, chacun doit trouver sa chacune. C’est en dernière analyse d’une véritable idéologie, hostile à la négation du vouloir-vivre, qu’il s’agit, et nous y voyons même le principal moteur des conceptions médico-physiologiques décrivant la chasteté comme une forme de maladie, débouchant en particulier sur des perversions (suivez mon regard, voyez ce prêtre catholique…). L’idée est au fond que la chasteté est une injustice faite à la personne de l’autre sexe dont j’aurais été le partenaire puisque, si je fais ce choix, je force (dans le ratio un pour un) une autre personne, qui n’avait pas forcément cette intention, à la chasteté, à moins qu’elle ne cohabite avec un tiers ayant déjà son partenaire. Le célibat est donc à la fois injuste et, pour Hegel, une cause d’immoralité (ce qui ne s’entend pas seulement du célibataire mais aussi du partenaire potentiel qu’il lèse par son célibat). Or nous disons que la négation du vouloir-vivre est la vocation de l’être humain et que ces considérations sont donc frivoles.

Nous ne pouvons retenir cette définition (la négation du vouloir-vivre est, sans plus, le renoncement à la chair) car la chasteté suppose, pour être une négation du vouloir-vivre, un vœu et non un simple état de fait. Que ceux dont l’état de fait se prolonge indéfiniment puissent avoir tendance à vouloir se lier par un vœu se conçoit : cela n’ôte rien à la fermeté de la vocation pour autant que l’état de clerc ne rende pas tout à coup, paradoxalement, la personne susceptible d’avoir les rapports sexuels qu’elle n’avait pas auparavant. Or il est certain que l’état de clerc séculier, dans sa participation au monde, offre des opportunités de contact avec toutes sortes de personnes, par exemple des enfants dans le cadre d’institutions d’enseignement, et que la personne dont la vocation est née d’une frustration prolongée pourrait trouver alors un débouché illicite à ses instincts dans ce cadre. Cependant, n’importe quelle situation est susceptible de la même analyse : si l’on compare le niveau d’exigence requis pour devenir clerc dans l’Église et celui requis pour occuper une place au contact d’enfants dans d’autres secteurs éducatifs, par exemple une place d’animateur en colonie de vacances, on voit où doit se porter le choix de la personne frustrée qui rechercherait une situation pour les contacts illicites qu’elle pourrait y avoir.

Il n’en reste pas moins vrai que, du fait de sa participation au monde, le clergé séculier est, suppose-t-on, soumis à de plus grandes tentations que le clergé régulier, dont l’origine remonte aux pères du désert, à ceux qui fuyaient le monde pour se libérer des tentations. Car la chair reste un principe de tentation tant que l’âge ne l’a pas complètement émoussée, si cela peut arriver jamais (et si c’est le cas c’est alors, comme expliqué précédemment, un phénomène naturel et non un véritable renoncement). Aussi en arrive-t-on à l’idée que le mérite est plus grand pour le clergé séculier qui maintient ses vœux dans le monde, car il est plus exposé aux tentations que dans « le désert », c’est-à-dire dans la réclusion d’un monastère où les contacts sont le plus souvent limités à la fréquentation de quelques frères du même sexe (on n’entend plus guère parler de scandales homosexuels entre moines, mais c’était au sein de l’Église un problème qui fut pris au sérieux, voyez le Livre de Gomorrhe, ca. 1050, du père Damiani).

Les religions plus tardives, typiquement le christianisme réformé, le protestantisme, abandonnent le concept même de clergé, c’est-à-dire la négation du vouloir-vivre elle-même. La morale est conçue dans ces religions sur le modèle aristotélicien du « juste milieu ». Il faut souligner ce point : si la religion médiévale était aristotélicienne au plan spéculatif, avec la scolastique, le protestantisme est aristotélicien par sa conception de l’éthique. Compte tenu du primat de la raison pratique, la civilisation chrétienne s’est dans l’ensemble paganisée avec le protestantisme.

(iii)

Supposons qu’un esclave de la classe moyenne nie le vouloir-vivre et tombe dans la mendicité. Nous voyons dans nos villes des sans-abris, des clochards, des mendiants, qui ne sont pas des religieux. Ne peut-on leur appliquer le statut de renonçants ? Cela ne semble pas complètement impossible et l’on pourrait dès lors objecter à notre point de vue que les gens sont libres de tomber dans la mendicité, où ils continuent de vivre, et que, puisque existe cette liberté, nous ne sommes pas une société d’esclaves. Or cela ne semble pas complètement impossible, disons-nous, mais ce n’est pas non plus avéré. Nous demandons la preuve qu’un de ces clochards est un renonçant plutôt qu’une victime des circonstances ou un alcoolique intempérant. Qu’importe cette preuve, dira-t-on encore, c’est la possibilité de principe qui compte : puisque ce choix est possible en principe sans être une forme de suicide, notre point de vue est faux. Que ce ne soit pas une forme de suicide est contestable, en tout cas que ce soit une forme de vie plutôt que de survie. La négation du vouloir-vivre ne passe pas par une lutte de tous les jours pour la survie, qui s’apparente à une activité draconienne, certes « libre » de toute interférence organisée dans un milieu de travail mais extraordinairement contraignante ; et renoncer à cette lutte serait suicidaire, c’est-à-dire que le mendiant de cette sorte, le sans-abri se dégage de toute participation au monde « institutionnel » seulement pour entrer dans une participation, sous forme de lutte pour la survie, dans un monde marginal, auquel renoncer serait alors un suicide, pour peu qu’il n’ait plus la possibilité de se réinsérer dans le monde institutionnel. Il n’est donc a priori guère pertinent de parler de renoncement puisque ce mendiant échange une situation d’esclave pour une autre situation d’esclave, où l’alternative reste la même : accepter d’être esclave ou mourir. Si l’on veut, donc, affiner le modèle, il faut dire que la société d’esclaves comporte deux types d’esclaves, les esclaves institutionnels de la classe moyenne et les esclaves marginaux, et que le renoncement des premiers passe d’abord par l’état des seconds avant d’être un véritable suicide.

La mendicité des ordres monastiques est totalement institutionnalisée. La négation du vouloir-vivre ne peut avoir de réalité déterminée que via des institutions.

(iv)

Ne puis-je absolument pas me suicider librement, c’est-à-dire comme une forme valable de négation du vouloir-vivre ? Si je suis convaincu de la rationalité et de la nécessité de cette négation, tout en constatant la contrainte qui s’impose à moi de participer au monde via une activité rémunératrice, donc mon statut d’esclave, pourquoi mon suicide serait-il une « protestation contre ma vie dans la représentation d’une vie meilleure » plutôt que la simple conséquence logique de ma conviction quant à la réalité du vouloir absurde ? La réponse à cette question est dans le fait que le suicide suppose ici la condition d’esclave : sans cette condition, la négation ne passerait pas par le suicide, c’est donc celle-ci qui est la cause matérielle et formelle du suicide quand intervient la représentation de l’absurdité du vouloir comme cause motrice. Sans cette cause matérielle et formelle, la représentation n’est pas cause motrice de suicide mais de renoncement et détachement parce que le suicide suppose la protestation contre une cause formelle (ou bien suppose une cause finale comme la purification de karma dans le cas du santhara jaïn et de l’automomification du bouddhisme shingon – voyez Philo 22 « Phénoménologie de l’au-delà » –, ou encore comme un sacrifice au profit d’une cause, comme une forme de protestation militante, etc. : ces causes finales sont un conditionnement au niveau du vouloir). Plus exactement, pour que la négation soit un acte libre, il faut que la cause motrice, la représentation, soit détachée du vouloir, et cela suppose que la cause formelle – les conditions de la vie – n’agisse pas dans le même sens que la cause motrice ou, plutôt, agisse seulement de manière ténue (car toute vie est absurde et donc toutes les conditions de la vie agissent plus ou moins dans le même sens que la représentation de l’absurde). Dans le cas de l’esclavage, la cause formelle ne pourrait agir davantage dans le sens de la cause motrice puisqu’elle ne laisse d’autre choix, comme acte en résultant, que de renoncer à la vie avec le vouloir-vivre, ce qui rend la négation non libre alors qu’il s’agit de la réaliser comme le seul acte de liberté possible de la condition humaine. C’est bien le tragique de cette situation, qu’elle ne permet pas de réaliser la négation du vouloir-vivre.

(v)

Comment la négation du vouloir-vivre peut-elle être, comme nous l’avons dit, la vocation de l’être humain alors qu’elle suppose une forme de parasitisme sur des non-renonçants ? C’est comme la fin de l’histoire : il faut une fin de l’histoire pour croire au progrès mais cela ne signifie pas que l’humanité la connaîtra un jour. Croire à cette vocation, ce n’est pas forcément être convaincu qu’elle peut se réaliser dans le temps. On peut cependant concevoir une société d’abondance où les robots subviendraient à tous les besoins de l’humanité ; les renonçants seraient alors, comme les autres, des parasites des robots et la vocation pourrait se réaliser sans contradiction. Cette idée de société d’abondance est à la base de notre conception de la croissance économique ; seulement, là aussi, cela ne se réalise jamais, les gens ne travaillent pas moins dans l’ensemble, ou quand les chiffres à cet égard sont bons, en termes de gains de temps libre, c’est un argument pour allonger la durée du temps de travail, nécessaire pour maintenir la croissance et nos richesses. Une société d’esclaves ne va certainement pas vers un état de liberté.

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II

Tu me dis de tempérer mon emportement, mais toi tempère d’abord ton adulation. – L’emportement est un caractère des prophètes.

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À Sodome ils étaient tous pourris ; ça arrive. « Peut-être ne s’y trouvera-t-il que dix justes. Et Dieu dit : À cause de ces dix, je ne détruirai pas Sodome. »

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Le « système » est avant tout un besoin psychologique subjectif du penseur lui-même, qui veut que son travail lui apparaisse comme une œuvre et non comme un zibaldone.

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L’engouement de son époque pour Hegel s’explique par la psychologie des foules. Il faut être indifférent à la philosophie, n’avoir été touché par aucune œuvre philosophique pour dire « voilà ce que j’attendais, voilà ce que nous attendions ». Si ce que nous attendons n’est pas déjà là avec Platon, c’est qu’il n’y a rien à attendre ; et si ce que nous attendons est déjà là, non plus. Il faut être prodigieusement ignorant de ce qui existe pour ne pas accueillir avec scepticisme ce qui vient encore, et pour au contraire l’accueillir avec engouement, comme si j’avais épuisé l’existant, comme si j’en avais exprimé tout le suc. Ceux qui attendent quelque chose sont ceux qui ne peuvent profiter de rien.

L’historicisme d’un Hegel est la négation du dialogue qu’est la philosophie. Qu’est-ce qui a changé entre l’époque où vivait Socrate et notre époque ? Ce qui a changé, c’est que les juges de Socrate sont morts. Mais Socrate est vivant, cela n’a pas changé.

Les paroles de Jésus étaient peut-être difficiles à croire mais elles n’étaient pas difficiles à comprendre. Aujourd’hui, on prétend que ce sont les esprits difficiles à comprendre – Hegel etc. – qui changent le monde. Comme si je pouvais adhérer à quoi que ce soit sans le comprendre. On peut être convaincu que quelque chose est croyable, digne de foi, et y adhérer ; mais il ne suffit pas de croire que quelque chose est compréhensible pour y adhérer, il faut encore le comprendre. Si Hegel bouge le monde, c’est que le monde comprend Hegel. Tellement évident. L’évidence même.

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Les méchants ne pensent qu’à leurs plaisirs. Cela ne veut pas dire qu’ils mènent une vie de plaisirs ; dans une société d’esclaves, la plus grande partie de la vie est consacrée à la routine, dans laquelle on ne pense absolument rien. Cela veut juste dire que, quand ils pensent, ils ne pensent qu’à leurs plaisirs. Et la conséquence en est que, dans une société d’esclaves, tout le monde est méchant, parce que personne n’a beaucoup de temps et tout le monde veut rattraper le temps perdu car il n’y a pas de plaisir dans la routine. La seule chose qui rachète un peu l’esclave, ce sont les enfants qu’il doit élever, car leur fragilité l’oblige ordinairement à voir le monde avec moins d’indifférence et de méchanceté. Les jeunes y sont donc dans l’ensemble particulièrement atroces. (Les études sont une routine au même titre que le travail.)

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Dans une société d’esclaves, il n’y a pas de temps libre, seulement du temps de récupération, d’où toute activité policée est exclue car impossible. Voyez ces diplômés vautrés devant des matchs de foot : toutes ces années d’études pour ça.

Si le foot a supprimé l’élitisme, tout le monde communiant dans un même spectacle, supprimez les études longues car ce n’est pas que des esprits supérieurement formés aient des goûts plus élevés qui est choquant mais bien le fait qu’ils n’aient pas des goûts plus élevés que des esprits moins formés. – Les études ne forment pas l’esprit. L’argent non plus.

Je veux bien que des bourgeois me reprochent mon élitisme. Leurs goûts prouvent qu’ils ne travaillent pas moins que les prolétaires et qu’ils sont engrenés dans les mêmes mécanismes d’abrutissement par la routine et la récupération vulgaire que ceux qu’ils craignent. « Puisque je suis comme eux, puisque mon argent ne me différencie d’eux en aucune façon, qu’ai-je à craindre ? » Ils oublient que l’argent est l’idole des pauvres autant qu’il est la leur, et que d’une idole on imagine facilement des pouvoirs surnaturels, invisibles : aucune différence perceptible mais elle est forcément là.

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Je ne parviens à concevoir aucune raison au fait que, malgré l’écrasante supériorité de l’Amérique dans tous les domaines, nous conservions pour les Américains une forme de mépris indéracinable, autre qu’un sens aristocratique qui s’est maintenu chez nous à travers les vicissitudes de l’histoire et qui nous imprègne collectivement. On a tort de ne pas admirer avec quelle sincérité touchante le Français le plus médiocre se sent supérieur à l’Américain en sachant ce qu’il lui doit. J’avoue que ce trait, chez le Français vraiment médiocre qui n’a de prise sur rien, me paraît admirable. Car le fanatisme est, au fond, une vertu.

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Aujourd’hui les lois ne sont plus votées par acclamation mais par éructation.

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Si l’Italie percevait un droit, par exemple un centime, chaque fois que quelqu’un utilise (par éructation) le mot fasciste, ce serait le pays le plus riche du monde. Et pourquoi n’y aurait-elle pas droit, puisque c’est elle qui a inventé le fascisme ?

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J’ai dit ailleurs que la classe d’âge, en tant que concept, pouvait garantir la culture contre la dictature du « on » décrite par Heidegger, et je pensais à la jeunesse, mais cela ne signifie pas que la jeunesse joue forcément ce rôle. Au contraire, il est certain que les jeunes forment aujourd’hui le fer de lance de la dictature du « on ». Les Jeunesses onticiennes.

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L’éternité après la mort est paradoxalement définie par un état, béatitude ou souffrance, qui dans cette vie est toujours connu comme passager. Nous allons de béatitude en souffrance et de souffrance en béatitude, en passant par l’ennui, si bien que l’idée d’éternité définie par l’un de ces états paraît la plus difficile à comprendre. Serait-ce la preuve de sa vérité ? Quel esprit humain aurait pu inventer une chose pareille, dont nous n’avons aucune représentation, pour l’appliquer à ce qui nous attend dans l’au-delà et à la façon dont nous devons déterminer ici-bas notre conduite ? Il semblerait que la représentation la moins intuitive soit encore bonne, et cela ne peut être que parce que la loi morale est en nous et que ce n’est pas une représentation qui nous guide mais la loi morale elle-même.

Head of UK Diplomatic Service goes to Amritsar Golden ‘Mosque’ (TW-antho 12)

Tweet anthology March-May 18 English/Français

Scientific Papers on Subliminality (a selection)

“subliminal stimuli—because they are outside a human’s ability to perceive them—can have no effect on humans” (W. James Potter, Media Literacy, 2013)

vs

“Mere exposure enhances positive evaluation, independent of stimulus recognition” A replication study in Japan and the U.S. by Keiko Ishii 2005

“Subliminally activating the concept of trust (vs. distrust) leads participants to judge a series of strangers as more (vs. less) trustworthy.” (Posten, Ockenfels & Mussweiler, Journal of Economic Psychology 2013)

“subliminally presented hint stimuli cause better solution performance and greater relaxation of constraints when actually solving the problem later” (Miyata, Otagiri, Suzuki)

“increasing perceptual fluency during mere exposure modulates autonomic nervous responses, such as pupil diameter, and eventually leads to preference.” (Pupil Response and the Subliminal Mere Exposure Effect [SMEE], Yoshimoto et al. 2014)

“negative emotion induced by unconscious stimuli (subliminal fear priming) enhances rejection of unfair offers” in the ultimatum game (Takagishi et al. 2016)

Subliminal Mere Exposure Effect & Preferences: “massed exposure has an instantaneous effect on likability, whereas accumulative exposure has a long-term persistence effect” (Japanese Journal of Psychology 2011)

“The results provide the first evidence for subliminal emotion-specific cognitive effects. They show that cognitive functions such as appraisals can be affected by subliminal emotional stimuli of the same valence.” (Zixu Yang & Eddie Wong 2016)

“Participants were instructed to rate how much they like images after being subliminally exposed to masked lexical prime words that exhibit positive, negative, & neutral connotations … The consistent results confirmed the overall priming effect on participants’ explicit ratings.” (Dhanya M. Mohan et al. 2016)

“The processes which allow novel information to shape subsequent decisions are generally thought to depend on consciousness … However, growing evidence indicates that the human unconscious can perform various high-level cognitive functions that might allow decision processes to benefit from subliminal messages (Ruch et al., Subliminal messages exert long-term effects on decision-making, Neuroscience of Consciousness, 2016)

“Two recent studies have found that subliminal visual cues can improve athletic performance, as well as, physical functioning in older individuals” (Subliminal cues impact motivation, endurance, and longevity, C. Bergland, Psychology Today 2014)

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You vote for politicians but they don’t do what you want, they do what media wants and you don’t vote for media.

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To United Black Books: I’ll buy any book by late President Idi Amin Dada, for instance his Middle East Crisis (1974). Your price will be mine.

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Please take a look at this tweet (pic) by Afro-American Eric and the number of likes and retweets. I followed him. After this tweet he said he was shadowbanned, and it was true, then his account was shut down.

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I would like to be sure freemasons do not use the state apparatus to oppose peaceful conversions to islam, because that would be a violation of the tenets of the secular state. That people convert to islam, in prison or elsewhere, is none of the secular state’s business. Any opposition of the secular state to peaceful conversions to islam is illegal.

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Mark Anthony Conditt, Austin Bomber, explained on Reddit how he made his bombs, and that his favorite authors are John Grisham and Tom Clancy: his inspiration for Austin bombings? Why not? Also, Conditt was reading the Bible when he went on rampage. If you can bring legal charges against a Muslim cleric or intellectual for inciting terrorism, then be consistent and bring charges against novelists admired by Mark Conditt, like John Grisham, so a judge or jury can examine their writings carefully.

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Books in the public domain won’t be what their authors made them any longer. For example, Austrian youth novel Hatshi Bratschis Luftballon by F.K. Ginzkey: “Dort gelangt er auf eine Insel, wo „Menschenfresser“ (bzw. in neueren Ausgaben Affen)…” “…alle Hinweise auf Türken in der Ausgabe von 1968 ersetzt.” (Wkpd) That is, in a recent edition, instead of colored cannibals the character now meets apes, and all references to Turks have been removed.)

You have no right to rewrite the books of your culture. You’ve no right to rewrite a book and leave the author’s name on the cover. You’ve no right to make believe your writers and intellectuals were nice people when they were not.

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Terrorism alarm in Rome. Authorities are looking for Mathlouthi Atef, a 42-year-old Tunisian national who might be willing to carry out an attack. The manhunt was launched after the Italian embassy in Tunisi received an anonymous letter. (ISPI Terrorism, March 25)

Ridiculous. Now they launch manhunt on receiving anonymous letters and even advertise it. Can they get any lower? [Read further for more remarks on anonymous denunciations.]

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Un problème avec Twitter : tous les détritus à étiquette bleue y vont de leur larme de crocodile, pour des RT, quand un gendarme se fait tuer par un djihadiste, et du coup au hashtag #ArnaudBeltrame, zéro analyse, on est obligé de demander ce qui s’est passé à ceux qui regardent la télé. 😦

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Stéphane Poussier, du parti Les Insoumis, condamné à un an de prison avec sursis et privé de droits civiques pour son tweet sur #ArnaudBeltrame. Une question aux soixante-huitards qui nous gouvernent : peut-on dire que les CRS sont des SS ? – Hier les CRS étaient des SS, aujourd’hui ils sont le rempart contre les SS islamofascistes et le SS Stéphane Poussier.

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Après l’attaque de Trèbes, la jeunesse en colère manifeste dans la rue : « Fichés S : SS ! Fichés S : SS ! »

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#ArnaudBeltrame He broke all rules, acted on impulse with no proper training for what he intended, was shot dead. End of story.

How can you break rules in a situation where no rule is left?

Rules and procedures for hostage-taking situations involve elite corps with elite training. Do not ask countryside gendarmes what you ask the RAID or have them trained at the same level.

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Si un cambriolage peut être qualifié d’antisémite, je vois mal comment un crime ou délit quelconque dont une personne juive serait victime peut, a contrario, ne pas être qualifié d’antisémite. Cela veut dire que, si la victime est supposée connue comme étant juive par l’auteur de l’acte, le caractère antisémite de l’acte est présumé de manière automatique et la circonstance aggravante retenue.

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Alors que le caractère antisémite du meurtre de Mireille Knoll n’avait de prime abord rien d’évident (“Investigators say no apparent anti-Semitic motive”), on en vient à se poser la question du timing : est-ce que cela a été déclaré antisémite avant ou après la Marche blanche ? Que l’Assemblée nationale interrompe ses travaux dans ce contexte incertain (la justice délibérant sur le caractère antisémite de l’acte) et invite les députés à la Marche blanche, a un petit côté « grosse pression sur le pouvoir judiciaire ». Et la séparation des pouvoirs ? Mesdames et messieurs les députés, laissez la justice faire son travail, la démocratie vous en sera reconnaissante.

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La Marseillaise ? Toute cette pub subliminale pour l’Olympique de Marseille, ça me rend malade.

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To the Spokesman of Islamic Emirate of Afghanistan, Zabihullah Mujahid (Talibans): I don’t know why but, from France, access to http://shahamat1.com is ok but access to http://alemarah-dari.com [both websites are run by the Talibans] isn’t allowed and I get a warning from the ministry of interior. Any idea what these idiots are doing?

I can visit http://shahamat1.com any time, in any language (English and all), but when I click on http://alemarah-dari.com I get this bla bla (see pic). Any idea why?

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If you have been aggrieved by YouTube, I’m not sure there’s anything you can do other than what Nasim Aghdam did [she went on a shooting rampage at YouTube’s headquarters in San Diego]. Just let me know.

One user assumes Nasim Aghdam went on rampage for the sake of the “2 cents” she was making from her YouTube videos, but others say her videos were viral so more likely it’s her livelihood she lost overnight, with no credible recourse against Google.

I don’t really know how making money on YouTube works but I fancy 1000s, 10.000s, 100.000s, millions of views will attract companies eager to advertise, so the prejudice to Nasim Aghdam may have been quite significant. I hope her relatives will sue YouTube/Google. The prejudice she suffered from Google is on the record. The harm resulted from a unilateral breach of contract upon which terms Nasim Aghdam had made financial expectations.

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Elon Musk warns about the coming of an immortal dictator [an AI dictator].” Anybody with a boss bossing him every day of the week will hardly see what’s so wrong with a dictator.

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[Attaque à la voiture bélier à Münster, le 7 avril] Je suis #munster (Le munster est un fromage qui pue)

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#Münster Make no mistake: Europe will convert to islam peacefully. I hope freemasons won’t try to prevent it with violence because then they’ll have to be stopped. People are free to convert to islam. People’s motivations for converting (or not) is their own business provided there is no violence involved.

#Münster « Rien n’indique pour le moment qu’on ait affaire à des motivations islamistes » (Ministère) devient dans la bouche des journalistes « La piste islamiste écartée » (letelegramme/fr). Clairement, quand on maîtrise la langue française, la piste islamiste n’est pas écartée.

#MünsterThe attacker is German and no refugee” (authorities). The refugees of today are the Germans of tomorrow.

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This is how blockchain might solve the internet privacy problem.

Does blockchain solve the internet privacy problem by cancelling privacy or by making it impossible for governments to track criminals?

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J’ai toujours pensé que le café du commerce avait plus de couilles que les médias.

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Germany: 6 people detained over plot to carry attack during half marathon in Berlin have been released. (ESISC)

Clear indication that these individuals plotted no attack and that the elements the police used to detain them hardly qualified, such as anonymous denunciations.

France: All the suspects, detained on April 9 in connection to the Magnanville attack, liberated due to the lack of incriminating evidence. (ESISC)

So what was the “evidence” used to detain them in the first place?? Anonymous denunciations?

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Germany: Reichsbürger committed more than 10,500 criminal offences between 2015 and 2017. (ESISC)

While jihadists only stab or vehicle-ram every other day, German neonazis have committed 3,500 criminal offences PER DAY these last 3 years and you had no idea! Like, treading on protected lawns? Governments really take us for pinheads.

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[Émeutes urbaines à La Reynerie, Toulouse, après un contrôle policier sur une femme portant le voile islamique ayant mal tourné] #LaReynerie « Nous avons beaucoup trop de contrôles d’identité, avec de la vraie discrimination. » Emmanuel Macron, 2 mars 2017, pendant la campagne présidentielle. Un candidat devenu président dit qu’il y a de la « vraie discrimination » dans les contrôles d’identité, et les victimes de cette discrimination devraient rester sans réagir ? N’importe quoi.

Qu’attend Macron pour corriger la situation? À moins qu’il ne déclare avoir eu tort de tenir ces propos, tant qu’aucune mesure n’est prise les contrôles d’identité doivent être considérés comme illégaux car discriminatoires et donc contraires à la Déclaration des droits de l’homme. Toute résistance à un contrôle d’identité est légitime et se justifie par les paroles du magistrat suprême de la République, le président Macron.

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“Ask not what the jihad can do for you – ask what you can do for the jihad.” J.F.Kennedji

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Evolutionary psychologists, after Jack London [several utterances along these lines in The People of the Abyss], say Europeans who migrated to America were a fitter breed than those who stayed “behind.” Ridiculous: They left Europe because here in Europe they were outbred in the struggle for life.

To a land of opportunities… If, say as workers, migrants to America could find no opportunities in Europe, it wasn’t that workers weren’t needed in Europe, mark you.

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America’s industrial might depended on the same cause that is now seeing China rising: It was American workers scabbing on European workers (longer workdays, fewer vacations &c).

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Evolutionary Psychology (EP) and Sociobiology hold, after Jack London, that the strong outbreed the weak. Yet from Western falling birth rates they fail to conclude to the weakness of the white race. Is it because most EP scholars are whites?

Twopence question. Given that the strong outbreed the weak, who are the strong: Christians or Muslims?

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[Attaque à la voiture bélier à Toronto, le 23 avril ; Twitter buzzait de rumeurs sur la nature djihadiste supposée de l’attaque et donc en même temps d’appels à la tolérance] #TorontoAttack What if the solution wasn’t inclusiveness but islam? Think about it.

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British “Permanent Under-Secretary at the Foreign and Commonwealth Office and Head of the Diplomatic Service” visits Sikh Golden Temple in Amritsar and then tweets he is glad to have visited the “mosque.” European elites in a nutshell.

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Sexes being in the ratio of 1:1, in monogamous societies a voluntary celibate of one sex means an involuntary celibate or incel of the other sex, unless the number of voluntary celibates is equal for both sexes.

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Deux jeunes femmes victimes d’une agression islamophobe : la police refuse la plainte et leur dit « arracher le voile, ça n’existe pas dans la loi française. » (Nacéra, 24 avril)

Les voies de fait, comme l’acte d’arracher une partie du vêtement de quelqu’un, sont condamnées en droit français.

Pas si le vêtement est interdit (avec un lien vers la circulaire du 2 mars 2011).

La circulaire du 2 mars 2011 [relative à la mise en œuvre de la loi du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public] concerne le voile intégral, et même une personne en contravention victime d’une voie de fait est fondée à porter plainte car le droit français n’admet pas le lynchage. De plus, une voie de fait motivée par le port du voile islamique comporte un facteur aggravant.

Citation de la circulaire : « Les tenues destinées à dissimuler le visage sont celles qui rendent impossible l’identification de la personne. Il n’est pas nécessaire, à cet effet, que le visage soit intégralement dissimulé. Sont notamment interdits, sans prétendre à l’exhaustivité, le port de cagoules, de voiles intégraux (burqa, niqab…), de masques ou de tout autre accessoire ou vêtement ayant pour effet, pris isolément ou associé avec d’autres, de dissimuler le visage. »

Le voile islamique est certes mentionné dans la liste : il s’agit du voile intégral, et la liste donne deux noms de voile intégral. Ce qui signifie que le voile islamique non intégral ne fait pas partie de la liste.

La précision qu’il « n’est pas nécessaire…que le visage soit intégralement dissimulé » concerne des masques ne couvrant qu’une partie du visage, tels que dominos, loups…, qui rendent de fait l’identification de la personne impossible sans cependant couvrir tout le visage.

La liste n’est bien sûr pas exhaustive (« sans prétendre à l’exhaustivité ») car quelqu’un pourrait se mettre une boîte en carton autour de la tête et dire que la loi ne l’interdit pas, mais cela n’autorise pas à mettre dans cette liste le voile islamique non intégral.

Si la circulaire cite les cagoules, elle n’interdit pas les cagoules qui ne cachent pas le visage, pas plus que les chapeaux, qui recouvrent les cheveux (utiles pour identifier une personne), que les lunettes noires (qui cachent les yeux), ni de porter la barbe, de se maquiller, de changer de coupe de cheveux, etc.

La cagoule est donnée comme un exemple parmi d’autres de la définition. Une cagoule qui ne cache pas le visage ne correspondant pas à la définition, ce type de cagoule n’est pas concerné.

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« Le Conseil d’État dit qu’un chef d’établissement peut recommander aux mères de ne pas porter le voile dans les sorties scolaires. Je recommande donc aux chefs d’établissement de recommander cela aux accompagnatrices. » (Ministre de l’éducation nationale)

Une recommandation n’étant pas une injonction, les accompagnatrices qui ne souhaitent pas ôter leur voile ne sont susceptibles d’aucune sanction en droit. Je leur recommande donc de garder leur voile si c’est ce qu’elles souhaitent.

Le Conseil d’Etat a dit quelque chose d’inutile et de futile, alors qu’il dénonce en général le « droit non normatif ». Une recommandation, en droit (normatif), ce n’est rien du tout. Le ministre a répété une chose inutile et futile, et en même temps blessante pour les Musulmans.

Selon moi, le droit dit que : si un chef d’établissement recommande à une femme de retirer son voile pour une sortie scolaire et celle-ci refuse, il n’a pas le droit de l’empêcher de participer à la sortie pour ce motif. S’il avait le droit, ce serait en effet plus qu’une « recommandation ».

Ce qu’il y a de 👎 dans la réponse du ministre, même si l’instrument juridique auquel il se réfère est dépourvu de caractère normatif, c’est qu’il veut intimider les femmes voilées, les décourager de participer à la vie de la collectivité, alors que le voile est légal. Les mères voilées ont le droit de participer à la vie de la collectivité et il est franchement 👎 que le ministre cherche à les décourager de le faire.

Si vous laissez faire, ils empêcheront les mères voilées de participer aux sorties scolaires, puis à ci puis à ça, puis à tout, puis ils diront : « On vous l’avait dit, les femmes musulmanes, c’est des fatmas qui ne sortent jamais de la maison. »

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Today they wax indignant about fake news. Tomorrow they’ll tell you fake news is a necessary weapon in war (it’s already stated in their history books) and don’t you dare rectify fake news, it’s a betrayal of your country.

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Try to write “melancholy Taiwan turtle swinging on a swing provoked a flock of dirty, mutant snapping tortoises” in Chinese and good luck: 憂鬱的臺灣烏龜蕩鞦韆尋釁幾羣骯髒變態囓齒鱷龞 Millions of pen strokes! (Traditional vs simplified Chinese writing: The nonsensical sentence is a textbook example of the intricacy of traditional Chinese writing.)

To my Uyghur friends, next time they compel you to renounce Uyghur alphabet, tell them: “Melancholy Taiwan turtle swinging on a swing provoked a flock of dirty, mutant snapping tortoises.”

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Le Canard enchaîné du 2 mai, n° 5088, écrit à propos du compte Twitter d’Al-Jazeera (français) une fausseté qui peut être facilement démontrée : « la notion de race [y est] utilisée comme critère fondamental dans la lecture du moindre événement » (P.1: AlJazeera se la joue cool) et lui reproche sa position anti-raciste. Bien sûr, ces journalistes ne sont pas racistes, vous diront-ils, ils sont même antiracistes ; c’est seulement qu’ils ne supportent pas les antiracistes musulmans.

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[In reply to someone who made fun of a Filipino Jihadist with long, well-cared hair] Perhaps it is the reason the boy prefers Jihadist insurgency to the regular army: He can keep his long hair and cool looks, whereas in the army he would be just another bot.

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Un militaire ne peut appartenir à un syndicat, ne peut faire grève, ne peut participer à des élections ni se faire élire… Notre société a donc besoin d’esclaves ?

In modern societies, soldiers choose to enlist. They know what to expect. Slaves, on the other hand, don’t quite have the same level of choice.

As they agree to live without basic rights, they are scabs who drag down the citizenry.

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Un président des riches est toujours élu par les pauvres, car il faut une majorité pour être élu. J’emm… la démocratie.

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Sur le site web du ministère français des affaires étrangères : « Tous les déplacements à Gaza sont formellement déconseillés. Les ressortissants français doivent être conscients qu’ils s’exposent à des risques particulièremt élevés (attentats, enlèvements ou bombardement israélien). » Attentats ? Enlèvements ?

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Editorial du Monde, 18 février 2017 : « Si qualifier de ‘crime contre l’humanité’ ce chapitre de notre histoire [la colonisation] est maladroit, cela a permis d’engager la discussion sur une question sensible. »

Quel maladroit, ce Macron, ah la la!

Macron : « La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie. Et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face, en présentant nos excuses à l’égard de ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes. »

Mais quel maladroit, ce Macron !

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Discrimination pratiquée au sommet de l’État : « La secrétaire d’Etat M.S., en visite à Trappes, ne s’est pas arrêtée dans un café ‘tenu par des musulmans’ afin ‘d’éviter un incident’. »

[« En cause, selon Le Canard enchaîné, le préfet des Yvelines, Jean-Jacques Brot, qui a ‘invité prestement’ M.S. à poursuivre son chemin ‘afin d’éviter un incident’. » (Valeurs actuelles en ligne, 10 mai) Le préfet discriminatoire doit être évidemment révoqué mais cela ne risque évidemment pas d’arriver puisque, par exemple, le journal Valeurs actuelles (les valeurs en question sont évidemment les valeurs boursières), là où je titre « Discrimination pratiquée au sommet de l’État », titre quant à lui : « M.S. persona non grata dans un café tenu par des musulmans. » Alors que personne n’a demandé leur avis aux tenanciers du café !… Quelques sources bien islamophobes sont allées jusqu’à dire que le café, tenu par Mme Zoulika Zehrdi, était « interdit aux femmes » !… Tout ça à cause d’un sale préfet.]

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#WorkHard so you can have debts! “Thrift negates thrift.” (When people spare on minimum wage they lower the standard of living and thus depress wage levels) Jack London, one of those American classics Americans don’t know.

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France: Close associate of Khamzat Azimov arrested in Strasbourg and transferred to DGSI headquarters. (ESISC)

Close associate to a lone wolf? or just a friend of his? Tomorrow, when they talk of having arrested the mastermind of the operation, know that it is his Alzheimer grandmother. You don’t need a close associate to take a knife in your kitchen, go out and stab people. What was the close associate’s role in so intricate an operation?

France: 2 young women arrested in connection to Paris May 12 stabbing; another suspect indicted and imprisoned; investigation does not confirm the version of the lone wolf attack. (ESISC)

Summum of ridicule [or, rather, infamy]: A man stabs people on the street and is shot dead, and police imprison scores of people. These people didn’t hold the knife, didn’t shelter the attacker after the attack. Imprisoned for knowing a guilty man!

L’ami de Khamzat Azimov, Abdoul Hakim A., sera « lui aussi » jugé pour « assassinat et tentative d’assassinats en lien avec une entreprise terroriste » (lefigaro/fr) car on a trouvé une photo d’un drapeau de Daesh sur son ordinateur… La France sur le chemin de la dictature policière et militaire. (Mais ne vous inquiétez pas : il y aura toujours des députés pour vous dire à la télé que la France est un pays libre. La place de député est trop bonne pour qu’on s’en passe, même en dictature.)

Connaître un assassin et télécharger de la propagande djihadiste n’a jamais été et ne sera jamais un « assassinat », sauf peut-être dans une dictature bien franchouillarde de chez nous à gerber.

Comme pour les politicards, un attentat=>une nouvelle loi sécuritaire, maintenant pour les flics, c’est un Tchétchène fait une attaque au couteau=>une ratonnade chez les Tchétchènes. Bravo, quelles méthodes !

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We’re told only 20% (1/5) of American Jews support American embassy move to Jerusalem and that Trump acts on behalf of Millenarists waiting for Armageddon. Yet Obama made the same promise and he wasn’t supported by Millenarists. So? So Millenarists are straw men.

I see no future in Western countries for Christian Zionists who base their politics on Armageddon. Such pigeons.

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Il me semble, mais c’est une hypothèse, que si j’étais un antisioniste notoire, j’aurais tendance à vouloir un chirurgien arabe plutôt qu’un chirurgien juif pour une opération délicate… Ce qui pourrait être interprété.

À qualifications égales, et même inégales jusqu’à une certaine limite, je prends le chirurgien arabe, dans le modèle mathématique théorie des jeux, théorème n°14.

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There’s just a lot of wrong in the world, but there is so much right. (Rose McGowan)

Scientists have found there are two and a half wrongs for every right in the world.

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Quand un ministre ou député parle de « guerre contre le terrorisme », il viole la séparation des pouvoirs car il demande implicitement le dessaisissement du juge et l’application de la « justice » militaire.

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#SantaFeHighSchool [shooting] 2-digit toll attained (10 dead). Dimitrios Pagourtzis, 17, kinda kept his cool, wasn’t even shot. [To be continued in TW13]