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Kant devant le matérialisme dialectique de Lénine

C’est dans Matérialisme et empiriocriticisme : Notes critiques sur une philosophie réactionnaire, de 1909, que Lénine élabore une défense de la philosophie matérialiste propre au marxisme. Comme l’indique le titre de l’ouvrage, Lénine oppose cette philosophie matérialiste à l’empiriocriticisme, philosophie issue des résultats de la « nouvelle physique » (avec les découvertes de l’électromagnétisme, « transformant la matière en force ») ; c’est donc l’empiriocriticisme qui sert ici à la dénonciation de l’idéalisme. Ce parti pris s’explique par le fait que des penseurs russes avaient adopté l’empiriocriticisme comme un cadre valable pour une philosophie communiste. Son livre est toutefois une défense plus large du matérialisme contre l’idéalisme, et sa thèse repose d’ailleurs sur le fait qu’une philosophie ne peut être que matérialiste ou idéaliste (ou est voué, comme l’empiriocriticisme, à être une « soupe éclectique »).

Bien qu’il reconnaisse au kantisme ses spécificités propres, il ne le range pas moins parmi les philosophies idéalistes (il n’ose pas le qualifier de soupe éclectique). Avec cette conséquence que le kantisme est selon lui réactionnaire, puisque l’idéalisme, sous ses diverses formes, est toujours la philosophie de la réaction politique.

Les présentes notes se veulent une défense progressiste du kantisme. Ou plutôt, c’est une défense du kantisme contre ce qu’en dit Lénine qui y voit une philosophie réactionnaire, mais je n’insisterai pas ici sur les raisons qui font que le kantisme est un progressisme. Je me bornerai à indiquer d’emblée que l’idéalisme, par exemple chrétien, n’est pas en soi plus réactionnaire que le matérialisme, par exemple « vieux-judaïque » (cf. par exemple cette citation du philosophe marxiste Henri Lefebvre : « Si l’on examine d’un peu plus près ces mystifications [du fascisme], on n’y trouve qu’un amas de débris idéologiques. Ainsi, les idéologues hitlériens ont emprunté au plus vieux judaïsme ‘l’idée’ du peuple élu et de la race, qu’ils ont ‘perfectionnée’ au nom de considérations biologiques contestables. » (Le marxisme, 1976) ; deux monothéismes rangés par Lénine parmi les philosophies réactionnaires semblent bien pouvoir être classés l’un d’un côté, l’autre de l’autre côté de la frontière entre idéalisme et matérialisme.

Les citations de l’ouvrage de Lénine sont tirées d’une édition de 2009 aux Éditions Science Marxiste (avec un essai introductif d’Arrigo Cervetto).

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« Bon nombre d’idéalistes et tous les agnostiques (y compris les disciples de Kant et de Hume) qualifient les matérialistes de métaphysiciens, car reconnaître l’existence du monde extérieur indépendamment de la conscience de l’homme, c’est dépasser, leur semble-t-il, les limites de l’expérience. » (48)

C’est faux en ce qui concerne le kantisme, pour lequel, indépendamment de la conscience de l’homme, le monde extérieur est la chose en soi.

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Ce qui m’empêche de dire que la chose en soi se réduit à la matière perceptible, ce sont les antinomies de la raison. La matière dont je reçois mes sensations est une traduction d’une chose en soi dans les formes, qui sont a priori dans mon intuition (Anschauung), de l’espace, du temps et de la causalité ; ces formes ne me permettent pas d’organiser mes sensations au sein d’un monde dénué de contradictions, d’antinomies. Or le monde ne peut être contradictoire en soi, car il lui serait alors impossible d’exister (principe du tiers exclu).

Le marxisme, issu de l’hégélianisme, repose sur l’idée que la contradiction est au cœur du réel. Ai-je donc le droit de parler de la contradiction comme d’un synonyme de l’antinomie, alors que ce dernier terme renvoie chez Kant à une indécidabilité logique (chaque proposition contraire comportant une contradiction interne) ? Le réel entendu comme matière n’est pas tant contradictoire qu’antinomique ; dès lors, les contradictions (des parties entre elles) peuvent (ou non) se résoudre par synthèse dialectique, ce mouvement n’affecte pas l’antinomie foncière du réel entendu comme matière, laquelle antinomie demande une critique de la raison avant toute praxis. (C’est la praxis sans critique qui cause l’aliénation sociale.)

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Selon l’empiriocriticisme (p. 73), « la sensation est plus certaine que la substantialité ». Oui, parce que la substantialité dépend de l’espace, dont je n’ai pas une représentation libre d’antinomie, tandis que la sensation touche le moi dans l’aperception immédiate.

N’est-ce pas dire que la sensation matérielle est première par rapport à l’intuition et, par suite, que la matière est première ?

La matière suppose l’espace. Pour Kant, l’espace est une forme a priori de l’intuition. Si l’espace et le temps avaient une réalité objective, ils seraient libres d’antinomies car il ne peut y avoir d’antinomie interne au réel. Le monde n’est antinomique que subjectivement, pour le sujet de la connaissance, tandis qu’il ne peut pas être antinomique objectivement, car il est (« le monde est » se déduit de l’aperception immédiate, « je pense donc je suis »). Or le monde objectif (matériel) est d’une certaine manière néant puisqu’il n’est pas la chose en soi mais seulement notre représentation ; mais pris objectivement, dans son en-soi propre, les lois qui le régissent déterminent un être, son être ; ces lois ne peuvent être contradictoires car la contradiction serait annulation. Le monde matériel n’est donc pas contradictoire dans son en-soi propre (qui n’est pas la chose en soi). Par suite, l’évolution constatée dans le monde matériel n’est pas dialectique au sens hégélien, elle ne procède pas par dépassement de la contradiction.

Si celui qui se contredit n’a rien dit (« Tetris thinking » x), il a tout de même parlé, a tout de même produit des paroles. La contradiction, dans le monde, signifie la stagnation du monde, tout comme une personne qui se contredit (qui présente comme vraies en même temps deux choses contraires) a produit des paroles mais n’a rien dit. Or le monde évolue, et même, pour les Lumières comme pour le socialisme, il progresse. Ce n’est donc pas par un mouvement dialectique hégélien, car il n’y a que stagnation, malgré le mouvement apparent, dans la contradiction.

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Engels : « Le monde matériel (stofflich), perceptible par les sens, auquel nous appartenons nous-mêmes est la seule réalité. » (103). C’est impossible car la réalité ne peut être antinomique, c’est-à-dire qu’elle ne peut être le néant. À parler strictement, c’est la chose en soi, inconnaissable, qui est la seule réalité.

Cette indécidabilité n’est pas une erreur du genre de la fausse interprétation du « principe d’incertitude » heisenbergien par le consensus de Copenhague, qui place dans la chose ce qui est dans la pensée, qui attribue à l’être des choses ce qui est une limite de la pensée ; elle consiste à dire que la réalité n’est pas indécidable et que, comme la seule réalité qu’il nous soit donné d’appréhender, le monde matériel et perceptible, est apodictiquement indécidable (s’agissant de ses propriétés fondamentales : temps fini ou infini, espace fini ou infini, cause première ou non, monde créé ou incréé), il n’est pas la réalité. Qu’une particule ait en même temps une vitesse et une position n’est pas contredit par le fait que je ne puisse pas observer les deux en même temps (en réalité je ne peux même pas penser qu’elle n’a pas les deux en même temps) ; mais que la réalité soit antinomique contredit que la réalité est. Or, comme le fait que la réalité est ne peut être contredit, la réalité n’est pas antinomique et elle n’est donc pas non plus le monde matériel.

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Les limitations de notre pensée, telles qu’elles sont dévoilées par la critique de la raison pure, ne sont pas une déficience en quelque sorte fortuite qui permettrait d’espérer que le monde matériel un jour nous paraîtra libre d’antinomies. La critique de la raison nous donne à connaître apodictiquement que cela n’arrivera jamais.

Cela n’arrivera jamais, non pas en raison d’une imperfection de notre cerveau, mais de son irréalité en soi. (Voyez infra)

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Aucun résultat des sciences de la nature ne permettra jamais de répondre à la question : Y a-t-il une cause première ?

(Si le Big Bang est avéré, il n’est pas l’origine de l’univers mais la formation d’une province de l’univers.)

Cela n’empêche nullement de traiter les questions des sciences naturelles avec l’outil qui leur correspond, c’est-à-dire au même point de vue que les matérialistes (c’est déjà ce que disait Berkeley, cité par Lénine, p. 43) – simple usage de la loi de causalité – sans s’embarrasser de considérations empiriocriticistes ou « phénoménologiques » (113). Dans le monde matériel, je ne doute pas de l’existence d’autrui (je ne suis pas solipsiste) ; j’étudie le monde matériel dans son en-soi propre (sa nature de monde matériel), même si je conçois qu’il n’est pas la chose en soi.

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Si le matérialisme, comme l’affirme Lénine, en reprenant les paroles d’Albert Lévy, c’est purement et simplement considérer qu’« à nos représentations des choses correspondent des objets réels et distincts hors de nous » (123), alors même le matérialisme ne nie pas la chose en soi ! La définition est d’ailleurs insignifiante : à des représentations correspondent forcément des objets puisqu’un objet est pour un sujet (cf. Schopenhauer). Définir ainsi le matérialisme ne permet pas de l’opposer à l’idéalisme, pour qui les objets sont seulement pour des sujets. Cette définition du matérialisme suppose donc, pour permettre de l’opposer à l’idéalisme, une certaine qualité à cette correspondance, à savoir que cette correspondance est conforme (conforme à quoi ? demanderait Schopenhauer, pour qui la question de la concordance entre objet et sujet relève de la connaissance a priori et non de résultats empiriques).

Chez Engels, la concordance de la perception avec l’objet est dite correcte (127), car, selon l’adage anglais qu’il cite à l’appui de cette idée, « the proof of the pudding is in the eating ». Les sciences naturelles ont démontré l’inanité de cette affirmation : l’homme, le chat (qui voit en noir et blanc, et voit dans le noir), l’abeille (dont les yeux sont à facettes), la tique (qui ne perçoit que des variations de température)… ont des systèmes de représentation entièrement différents les uns des autres. Ce résultat de la science confirme que nous ne pouvons rien savoir de la chose en soi. Le chien entend des ultrasons : ma perception auditive n’est donc pas « correcte » vis-à-vis de ces fréquences qui échappent totalement à mon ouïe. Mais ces observations empiriques ne conduisent pas au noumène car elles établissent le caractère adaptatif des systèmes de représentation, donc une détermination matérialiste de la représentation.

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Un jugement synthétique a priori n’est pas possible si le matérialisme est vrai. C’est là toute la Critique de la raison pure. Si nous tirons nos jugements d’une matière objective, un jugement ne peut être en même temps synthétique et a priori. Or de tels jugements existent : ce sont les axiomes de la géométrie, démontrables ou non (non démontrable dans le cas du postulatum d’Euclide, l’axiome XI).

Ces jugements ne sont pas tirés de l’expérience mais au contraire la régulent. Nous ne pouvons les penser comme faux sous aucune condition. Les géométries dites non euclidiennes ne sont pas une infraction à cette règle. La géométrie euclidienne est pensée dans un espace plan ; si l’on conçoit l’espace géométrique comme courbe, les axiomes sont modifiés en conséquence selon les mêmes lois intuitives qui régissent la géométrie euclidienne. C’est en effet encore intuitivement que l’on peut savoir que deux droites parallèles sur un espace plan se rejoignent en un point quand l’espace est courbé.

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Autrement dit, à la fameuse question de Kant : « Comment les jugements synthétiques a priori sont-ils possibles ? », la réponse est : Parce que le matérialisme est faux.

Car une proposition synthétique a priori est, dans le matérialisme, un paradoxe puisque, pour former un jugement synthétique, c’est-à-dire un jugement qui attribue un prédicat au sujet au-delà du principe d’identité, il faut en principe observer un objet de l’expérience. Or, quand un tel jugement est a priori, comme dans la géométrie, il n’est pas tiré de l’expérience.

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Engels reproche à Dühring de fonder la subjectivité de l’espace et du temps sur la « variabilité des concepts » d’espace et de temps (198-9). Mais pour le kantisme cette même subjectivité de l’espace et du temps est établie par le caractère universel et invariable de ces « concepts » (terme impropre car l’espace et le temps appartiennent à l’intuition plutôt qu’à l’entendement). Les conceptions des primitifs et des anciens ne sont en rien, sous les terminologies les plus diverses, différentes les unes des autres, non plus que de la nôtre et des sciences les plus avancées (on vient d’évoquer les géométries non euclidiennes).

Mais déduire de cette invariabilité un caractère objectif, c’est ce qu’Engels n’est pas fondé à faire, sans plus ample démonstration, car cette invariabilité n’est pas contradictoire avec un caractère unique et homogène de la subjectivité humaine. Kant a démontré l’impossibilité de l’objectivité de l’espace et du temps par le jugement synthétique a priori et les antinomies de la raison.

Aussi, quand Lénine écrit, « Tout philosophe admettra sans peine … que nos concepts du temps et de l’espace évoluent », il ne fait que reprendre l’erreur de Dühring, même s’il en tire, de manière tout aussi arbitraire que Dühring, la conclusion opposée. Même si nos concepts avaient évolué en ces matières, cela ne voudrait pas encore dire que l’intuition de l’espace et du temps a varié au cours de l’histoire, mais simplement que l’on a cherché à en rendre compte de différentes façons. Puisque, par ailleurs, Lénine défend la tridimensionnalité de l’espace contre certaines spéculations de Mach (204), il convient de souligner aussi que, contrairement à ce que l’on pense souvent, la théorie de la relativité, même si elle parle d’espace-temps, ne remet pas en question cette tridimensionnalité de l’espace : « It is the characteristic of three-dimensionality that it and only it leads to continuous causal laws for physical reality. … The statement that physical space has three dimensions has therefore the same objective character as, for instance, the statement that there are three physical states of matter, the solid, liquid, and gaseous state; it describes a fundamental fact of the objective world. » (Hans Reichenbach, Philosophy of Space and Time, 1928, représentatif des efforts du Cercle de Berlin pour défendre au plan philosophique la théorie de la relativité)

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Le matérialiste Dietzgen, cité par Lénine : « la nature n’ayant dans toutes ses parties ni commencement ni fin… » (Dietzgen prétend ainsi trancher les antinomies de la raison en faveur de l’antithèse), j’en conclus qu’elle est impensable car elle viole les lois de l’entendement, pour lequel l’objectal se définit par des propriétés et des limites. Pourquoi, si « the proof of the pudding is in the eating » (cf. supra), la nature viole-t-elle mon entendement ?

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Lénine cite Lloyd Morgan, selon lequel les sciences naturelles doivent traiter l’espace et le temps comme des « catégories purement objectives » (et donc l’idéalisme est déplacé dans les sciences) (207). Que les sciences naturelles doivent traiter l’espace et le temps comme des catégories purement objectives, Kant ne dit pas autre chose, et il ajoute même qu’elles n’ont pas le choix !

Aussi, quand le néokantien Hermann Cohen prétend trouver dans la « physique nouvelle » une « victoire » de l’idéalisme, c’est là une attitude protocritique (plutôt que kantienne). Un scientifique a le droit d’être kantien mais il n’a pas le droit de prétendre trouver dans les développements de sa matière des confirmations du criticisme, car les résultats des sciences sont tout empiriques.

Une attitude commune concernant la « physique nouvelle » donne un exemple de ce qui s’est produit par la suite avec la théorie de la relativité et la nouvelle mécanique quantique : parce que certains résultats scientifiques ne pouvaient être maintenus en l’état, les commentateurs, dont certains acteurs de la recherche scientifique, comme Mach dans le cas de l’empiriocriticisme, ont selon Lénine « glissé à la négation de toute loi objective dans la nature », « jeté le bébé avec l’eau sale ». C’est une attitude foncièrement protocritique de tirer de l’approfondissement des connaissances positives toutes sortes de conclusions métaphysiques insignifiantes.

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Lénine dépense beaucoup d’encre contre les « professeurs petits-bourgeois », Mach et autres, mais en parlant de Kant il n’ose aborder les notions fondamentales de sa gnoséologie que sont les jugements synthétiques a priori et les antinomies de la raison.

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Engels (cité p. 118) : « Si nous prouvons la justesse de notre conception d’un phénomène naturel en le créant nous-mêmes, en le produisant à l’aide de ses conditions, et, qui plus est, en le faisant servir à nos fins, c’en est fini de la ‘chose en soi’ insaisissable de Kant. »

Or la pratique étant circonscrite au monde phénoménal, elle n’est pas qualifiée pour rejeter la chose en soi. Kant n’ignorait pas que l’on pût prouver la justesse d’une « conception d’un phénomène naturel en le créant nous-mêmes etc. »

Et quand, dans la même citation, Engels parle de l’alizarine de la garance comme de la chose en soi devenue « chose pour nous », parce qu’après nous être restée longtemps cachée elle n’est désormais plus insaisissable grâce aux travaux des chimistes, on peut se demander si Engels sait bien de quoi il parle : en quoi l’isolement de l’alizarine par les chimistes est-il une objection valable aux conséquences gnoséologiques nécessairement tirées de l’existence des axiomes de la géométrie ?

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L’objection de Plekhanov (97-8) à l’idéalisme transcendantal est faible. L’ichtyosaure, pour la subjectivité duquel la loi de causalité ne pouvait être, selon lui, une forme a priori, avait sans le moindre doute l’espace, le temps et la causalité comme formes subjectives de ses représentations. Il en avait besoin pour vivre : l’espace et le temps pour attraper des proies, la causalité pour adapter son comportement à son milieu. Jack London a écrit un bel essai sur l’intelligence du chien, lequel est capable d’anticipation, une capacité basée sur la forme a priori de la causalité, dont le chien n’est point dépourvu.

Or cet argument de Plekhanov passe même à côté de la véritable objection que formule la science moderne à l’encontre de l’idéalisme, à savoir qu’il a existé un temps sur terre où celle-ci était vide de toute forme de vie.

Lénine détruit l’idéalisme en posant les deux questions suivantes : La nature existait-elle avant l’homme ? et, L’homme pense-t-il avec le cerveau ? La réponse positive évidente à ces deux questions suffit à assurer le caractère premier de la matière, donc la vérité du matérialisme.

Lénine cite à ce sujet (96) : « Rudolf Willy a posé le premier, en 1896, cette question embarrassante pour la philosophie d’Avenarius. Quelle attitude adopter à l’égard du monde antérieur à l’homme ? se demande Willy. Et il commence par répondre, à l’exemple d’Avenarius : ‘Nous nous transportons mentalement dans le passé.’ Mais il dit plus loin qu’on n’est nullement obligé d’entendre par expérience, l’expérience humaine. ‘Car, du moment que nous prenons la vie des animaux dans ses rapports avec l’expérience générale, nous devons considérer le monde animal, fût-il question du ver le plus misérable, comme le monde d’hommes primitifs (Mitmenschen).’ »

À vrai dire, Lénine rappelle, p. 100, que Feuerbach avait déjà posé cette question en vue de réfuter l’idéalisme, et Rudolf Willy n’est donc pas le premier, mais peu importe. Ici, Willy reprend purement et simplement, jusqu’à la mention du ver de terre, la thèse de l’idéaliste Schopenhauer dans Le monde comme volonté et comme représentation de 1819. Or Schopenhauer n’en est pas resté à cette version de la réponse à la question « La nature existait-elle avant l’homme ? », car il savait que, si l’on peut ou si l’on doit concevoir une nature antérieure à l’homme, on doit aussi concevoir une nature antérieure à toute forme de vie animale, et Lénine a raison d’écrire : « Un pareil raisonnement … n’offre d’ailleurs aucun secours à notre philosophie, car la terre existait non seulement avant l’homme, mais avant tous les êtres vivants. » (On a vu cependant que, pour Plekhanov, on peut arrêter la régression aux dinosaures pour avoir une réfutation complète de l’idéalisme.)

C’est pourquoi Schopenhauer, dans ses Parerga et Paralipomena (1851), a répondu autrement à la question, dans un passage que j’ai déjà cité sur ce blog et que je vais ici tâcher de traduire (passage dans lequel on retrouve la terminologie kantienne, comme l’expérience possible) :

« Fondamentalement, tous ces processus que la cosmogonie et la géologie nous contraignent à nous représenter (comme s’étant produits longtemps avant l’existence du moindre être connaissant), ne sont qu’une traduction dans le langage de notre intellect intuitionnant de l’être en soi des choses qui ne lui sont pas saisissables. Car ces processus n’ont jamais eu d’existence en soi, pas plus que les processus actuels ; c’est la régression à l’aide des principes a priori de toute expérience possible qui, en suivant certaines données empiriques, y conduit : cette régression n’est rien d’autre que l’enchaînement d’une série de purs phénomènes qui ne possèdent aucune existence inconditionnelle. » ‘‘Im Grunde jedoch sind alle jene Vorgänge, welche Kosmogonie und Geologie (als lange vor dem Dasein irgendeines erkennenden Wesens geschehn) vorauszusetzen uns nötigen, selbst nur eine Übersetzung in die Sprache unsers anschauenden Intellekts aus dem ihm nicht faßlichen Wesen an sich der Dinge. Denn ein Dasein an sich selbst haben jene Vorgänge nie gehabt, sowenig als die jetzt gegenwärtigen; sondern der Regressus an der Hand der Prinzipien a priori aller möglichen Erfahrung leitet, einigen empirischen Datis folgend, zu ihnen hin: er selbst aber ist nur die Verkettung einer Reihe bloßer Phänomene, die keine unbedingte Existenz haben.’’ (Paralipomena, Kapitel 6: Zur Philosophie und Wissenschaft der Natur § 85)

« Les processus géologiques qui se sont produits sur la terre avant toute vie n’étaient certes dans aucune conscience : ni dans leur propre conscience, car ils n’en ont point, ni dans une autre, car il n’y en avait aucune. En conséquence, ils n’auraient, en raison de l’absence de tout sujet, aucune existence objective, c’est-à-dire qu’ils ne se seraient pas produits, ou bien que signifie sinon qu’ils aient eu lieu ? – C’est fondamentalement une existence purement hypothétique : à savoir que, si une conscience avait été présente en ces époques lointaines, ces processus se seraient présentés à elle de cette façon ; c’est à quoi nous conduit la régression des phénomènes : il appartenait à l’être de la chose en soi de se représenter par de tels processus. »‘‘Die allem Leben auf der Erde vorhergegangenen geologischen Vorgänge sind in gar keinem Bewußtsein dagewesen: nicht im eigenen, weil sie keines haben; nicht in einem fremden, weil keines dawar. Also hatten sie aus Mangel an jedem Subjekt gar kein objektives Dasein, d.h. sie waren überhaupt nicht, oder was bedeutet dann noch ihr Dagewesensein? –  Es ist im Grunde ein bloß hypothetisches: nämlich wenn zu jenen Urzeiten ein Bewußtsein dagewesen wäre, so würden in demselben solche Vorgänge sich dargestellt haben; dahin leitet uns der Regressus der Erscheinungen: also lag es im Wesen des Dinges an sich, sich in solchen Vorgängen darzustellen.’’ (Ibid. § 85 note F)

Ces réponses, notamment la notion de régression, semblent assez proches du « Nous nous transportons mentalement dans le passé » que Lénine impute à Avenarius (1843-1896).

Or les deux questions « qui tuent » de Lénine (après Feuerbach) sont posées par le personnage Hylas des Trois Dialogues écrits par Berkeley en 1713, où Hylas est justement censé représenter, comme son nom l’indique, l’opinion matérialiste combattue par le philosophe. C’est comme si les matérialistes avaient pris leurs meilleurs arguments dans Berkeley (dans son Hylas) en oubliant de lui répondre (de répondre à son Philonous). C’est très clair chez Lénine, qui cite Berkeley (peut-être de seconde main) en tant que père de l’idéalisme philosophique, puis écrase les empiriocriticistes avec les arguments de son Hylas, réfutés par son Philonous.

En l’occurrence, s’agissant d’un temps sur terre antérieur à toute forme de vie, Hylas en tire lui-même l’hypothèse du récit biblique de la Genèse. Dans ce récit chronologique, Dieu crée la terre au I-1 (avant même le premier jour car le premier jour est dit exister à partir du moment où Dieu crée la lumière – Fiat lux –, après la création du ciel et de la terre), puis, au I-20, les animaux (quatrième et cinquième jours), et enfin l’homme, au I-26 (sixième jour). Hylas tirant de l’idéalisme de Philonous la conclusion que l’existence des choses créées n’a pu précéder celle de l’homme, il demande à Philonous si sa conception idéaliste est bien conforme au récit mosaïque. Philonous répond qu’elle l’est ; la représentation chez Berkeley, contrairement à Kant et Schopenhauer, ne requiert l’existence d’aucun être pensant si ce n’est Dieu : « All objects are eternally known by God, or which is the same thing, have an eternal existence in his mind. » (Troisième Dialogue)

Cet argument peut certes confirmer Lénine dans la pensée que l’idéalisme est réactionnaire, mais, de fait, au point de vue théiste, le raisonnement se tient : si Dieu a créé le monde, le monde est l’idée de Dieu, par conséquent même si la terre a existé avant toute forme de vie la matière n’a pas ipso facto existé avant l’idée. Autrement dit, la question « La nature existait-elle avant l’homme ? » ne peut servir d’argument contre l’idéalisme théiste qui suppose une création du monde par un Dieu esprit.

Or telle n’est pas la pensée kantienne. Car si l’on prend l’expression de Kant à la lettre, Dieu est « une idée de la raison ». Vis-à-vis d’une telle pensée, la question reprend donc, comme vis-à-vis des empiriocriticistes, sa valeur de contestation de l’idéalisme, car, si Dieu est une idée de la raison, une telle idée ne pouvait être présente aux origines du monde, quand la terre était vide de toute forme de vie.

La question exige également une réponse dans le cadre de l’idéalisme schopenhauérien, et c’est pourquoi Schopenhauer y apporte la réponse dont j’ai cités les deux paragraphes les plus importants selon moi.

S’agissant du cerveau, l’argument chez Berkeley n’est pas tant théologique, cette fois, que logique. Philonous explique qu’en tant qu’objet sensible le cerveau est une idée qui n’existe, comme toute idée, qu’en esprit, et qu’il est contraire à la raison de supposer que cette idée particulière occasionne toutes les autres idées ; que même si c’était le cas, il conviendrait encore de rendre compte de l’origine de cette idée singulière.

Philonous réfute également la proposition d’Hylas selon laquelle les idées sont causées par des impressions dans le cerveau, car « If you do [conceive this brain], then you talk of ideas imprinted in an idea, causing that same idea, which is absurd. » (Deuxième Dialogue)

Les réponses des empiriocriticistes à ces questions, telles que présentées par Lénine, sont peu convaincantes. Je ne suis pas certain que celles de Berkeley et Schopenhauer le soient beaucoup plus, et j’ignore ce qu’y aurait répondu Lénine s’il avait discuté les idées de ces philosophes plutôt que celles de penseurs qui ont laissé relativement peu de traces dans l’histoire de la philosophie, et je ne sais pas non plus ce qu’il répond à la gnoséologie de Kant puisque, même s’il l’attaque, avec l’aide de Feuerbach et d’Engels, il n’en discute à aucun moment les concepts les plus essentiels que sont le jugement synthétique a priori et les antinomies de la raison. Mais ces réponses ne sont de toute façon pas à prendre isolément : elles apportent une contribution au kantisme contre le matérialisme.

Prolegomena to the Ultimate System of Philosophy (or Tweetantho 10)

The first part presents tweets from Nov-Dec 2017, the second part is older tweets that were omitted in my previous anthologies and that on second thought I want to publish on my blog.

Nov-Dec 2017

Do you think hashtagging mass shooters’ names like #KevinJansonNeal or #StephenPaddock or #ScottOstrem or #DevinPatrickKelley will provoke attention-seeking shootings? Explain why you think so.

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1/ I think straight workers suffer more than gay bosses in this world.

2/ X: I’m a worker and I’m gay. Me: Yeah? What are you doing for your fellow workers?

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#AddParenthesesRuinAFilm The Sound of (Elevator) Music (Peter Grant, ‘Author of the popular Stinky Stories’)

Thinking about that movie would actually spoil my enjoying the music in the elevator.

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My working-class friends and Salvador Dali have one commonality: Contrary to art critics, they are aware today’s painters don’t know their job. (Cf Les Cocus du vieil art moderne)

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#IlovetheWayYou

fancy being funny

are trying, while talking, to open that chocolate box I’ve brought and the box ends up in shreds.

always say the most awkward things at parties, dear, but don’t you try my patience too much.

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Uncle Zim

1 /Mugabe has his good side. He once called Tony Blair and Britons “gay gangsters,” which is very accurate.

2/ Mugabe’s paramilitary were called the Green Bombers and that’s cool. First thing next spring I buy me a green bomber jacket.

3/Defiant Mugabe vows to stay on (BBC)

#ImWithZim

4/

Uncle Zim
You’re the life of this country
Without you it’s all dust again over the desert extent
Black grandees there will be yes:
Black lustered Chesterfields where multinationals’ bosses will be sitting.

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A scientist is a specialist. Another name for a specialist is a manic. Manics belong to the loony bin.

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I wonder if I am truly insane how I would know that. (Wednesday’s Child)

Besides, the institution’s policy is to not contradict your delusions.

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#MyFiveYearPlan Buy a Principality somewhere and then maybe Australia. (Wednesday’s Child)

Australia is not for sale as it is the inviolable property of the Dutch.

That would be news.

History can be news. [See Tweet Anthology 6 here: The Truth About New Holland (A Dialogue)]

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#QuestionsForAMan How do you feel about earning less than any woman in my Glorious Revolution? (Wednesday’s Child)

As a Christian convinced there’s a Chosen People of which I’m no part, I am fit for any kind of abject subservience whatsoever.

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Silicon Sycophants and Twitter: It was found in labs that compliments, although knowingly made by bots/computers/screens, light on a little light in the reward system of our brains… & now we’re swamped by bot flattery.

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More people die from alcohol than from guns in USA. Why do you ask for gun control and not for Prohibition?

Gun control is opposed to Socialism. For all Socialist thinkers that I know, a standing army is a parasitic scourge and Socialism is by definition the armed people.

The first decree of the Commune was the eradication of the standing army and its replacement by the armed people.” (Karl Marx, The Civil War in France, quoted by Lenin in The State and Revolution)

The disarming of the workers was the first commandment for the bourgeois, who were at the helm of the state” (Friedrich Engels, preface to Marx’s The Civil War in France, quoted by Lenin in The State and Revolution) => Bourgeois Gun Control [See also Ernesto Cardenal’s experience in revolutionary Cuba, in Tweetantho 9 here]

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#AlcoholIn4Words

The Reason Islam Wins (because Islam prohibits alcohol)

Islam will rule over you, wino kafirs. You’ll pay the kafir tax and jumbo heavy boozer taxes.

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The reason why it takes some time for driverless cars to pervade our environment right now is not technology but legal matters: In case of accident, who’s legally responsible?

And how does an AI taxi decide who to injure in an unavoidable collision?

Yes, maybe a machine can make such decisions, and the only criterion I can think of is minimizing the body count. As to a human driver, he probably can’t think much before crashing on the right or crashing on the left…

On the other hand, if AI is that efficient, the car may choose to hit a group of 5 rather than a group of 2 if it can predict the impact will only injure the 5 but kill the 2…

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Yes. Now my Followers outstrip my Following. This is the natural order of things. (Wednesday’s Child)

Let’s say one number shows how popular you are and the other number shows how curious you are. Which one shows you’re an interesting person?

I want to know how you would answer the same riddle.

I guess curious people are intelligent, whereas people may be popular for many reasons, good or bad. Of course, my assumption on these two numbers is incorrect. The main reason some follow a lot of people is that they want a lot of followers. Not the main reason: in fact, the only reason.

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On the so-called Common Era. Are you telling me it’s more respectful of others to call the era starting with the birth of a Galilean “common” (to everyone)? That looks like awful cultural imperialism to me! The so-called Common Era is no more common than the Muslim Era or the Buddhist Era or any other Era. Stop the nonsense.

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Children in single-parent families by race (U.S. 2015): Black 66%, American Indian 52%, Latino 42%, White 25%, Asian 16%. 1 white kid out of 4 is a pretty high figure too, if you think of it.

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US President Donald Trump receives Bahrain’s crown prince at the White House; promises a $9bn deal with Arab country. (Press TV)

Is U.S. a free enterprise country? Business deals are made by politicos and diplomats. Not competition, but connections is the key word. [Competition persists somewise, for the small fry.]

[As was already perceived by Lenin: ‘’Finance capital has created the epoch of monopolies, and monopolies introduce everywhere monopolist methods: the utilization of ‘connections’ for profitable transactions takes the place of competition on the open market.’’ (Imperialism: The Highest Stage of Capitalism, 1917) One hundred years later we are still stuck in the highest stage of capitalism… It’s depressing.]

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You vote for politicos #AddSpanishImproveAnything

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Don’t expect too many respectable married women to join the ROSEARMY [actress Rose McGowan’s movement for improving awareness of concealed sexual harassment and sexual crimes]. As their children’s thriving depends not a little on their father’s unblemished reputation, they’ll stand to their man like ferocious she-wolves, no matter what he did.

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American casualties in Vietnam War (dead): 58,209. US population in 1961: 183.7M, hence 91.85M males, of which above 19 years old: 56.25M. Makes 1 adult American male out of 1.000 – dead in Vietnam War (a war lost by US).

American casualties in WWII (dead; military and civilian): 419,400. US population in 1941: 133.4M, hence 66.7M males of which (applying same ratio as 1961) 40.92M above 19 yrs old. Makes 1 per cent, 10 per 1.000 American adult males dead in WWII.

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Older Tweets

I’m tired of being a hard-working man.

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John Bolton… Weird name… for a neocon.

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Reality Check: @AJUpFront reveals how Obama’s immigration policies have led to millions of deportations. (Al Jazeera English)

Deporter-in-Chief” ‘s both supporters and detractors think he’s been immigration-friendly. Completely misjudged by both friends and foes. How is it just possible??? [Yet it was possible.]

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Except for the clenched fist, Trump’s hand gestures are subtly effete. Most people don’t perceive the dissonnance consciously. His subliminal hermaphroditism has made Donald Trump win.

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Everyone commented on whom Trump nominated as ambassador to Israel, but only a few commented on Rex Tillerson as head of the Department of State. Tillerson is the oil lobby. Historically, the oil lobby has been the major, perhaps the sole counterbalance to AIPAC on U.S. foreign policy, because the oil lobby doesn’t want U.S. to alienate Arab countries altogether. When the Zionists want to say U.S. foreign policy is biased, they say it is dictated by the oil lobby, meaning that it is not pro-Israel enough, that too much attention is given to Arab demands. But the media kept silent on the meaning of Tillerson’s nomination, so people won’t support him and he can fall any time in the general indifference.

[With Saudi Arabia’s new stand on the Middle East affairs, this comment of mine may already have lost a good deal of relevance.]

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These Arab leaders [faced with Zionism] are all talk and no action.

While the Israeli left have been so effectual, haven’t they?

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Let it be known from the outset that Mexican immigrants are “just another brick in the Wall.”

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Church attendance and mass-media consumption makes you a double sucker.

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Even on a heap of gold you can live like a dog.

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Nietzsche said a passion for history is a crippling one.

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Business mouthpieces –read: the media– are all for cheap-labor immigration and, of course, government assuming the costs.

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I stopped listening [President Trump’s joint address to Congress] at the “unbreakable alliance with the state of Israel.” No state ought to be given blank check. Wrong message to the world! Make Israel a state of the US, if that’s the idea, or treat it like any other state, please.

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Remember the “rooster dance” from Chinese PLA [People’s Liberation Army] soldiers? Here comes the dress rehearsal. (People’s Daily, China)

Why are they doing this? It’s insane. You’ve got some real whackos at PLA command, I tell you. Scary. Take off the guns from these nuts.

[Of course, the aim of this clownish ‘rooster dance’ is to sugarcoat for the feeble-minded the repressive nature of the army.]

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Israeli TV Host Denounces Treatment Of Palestinians: ‘Apartheid Has Been Here For Ages’ (Nation of Islam Research Group)

He can say that without being called an antisemite, while you can’t. Your not being a Jew puts you at risk, on some topics, to be called an antisemite –if that’s of any consequence– whereas being a Jew makes the label rather irrelevant.

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The problem is that the art world has been a bastion of the left forever. Why should taxpayers fund it? (Kevin McDonald)

How do you account for this? Is it because people on the right have no taste?

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Remember Zionist Jonah Goldberg: “Why wasn’t Assange garroted in his hotel room years ago?” (Chicago Tribune)

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Judge Gorsuch will be sworn in at the Rose Garden of the White House on Monday at 11:00 A.M. (POTUS) (April 2017)

Ah, Rose Garden, Saadi, Gulistan…

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Since the American airstrike on Syria I sense the climate in U.S. has considerably warmed for the President… This is appeasement.

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Not invade a country [Syria] because Ivanka [Trump’s daughter] cried at some pictures.

I can show her pictures of a few Yemeni children if she likes pictures.

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Remember, there’s no shortage of important work that can be done only by humans. (MITSloan Mgmt Review)

Who told you humans wanted to do these jobs?

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Black people live in the “ghetto.” But Jewish intellectual Allan Bloom objected to their using the word, because the Jewish ghetto was… cultured. (April 2017)

[I can’t tell whether Allan Bloom said such callous things only in private or not, as my source is the book of memories Ravelstein (2000) written by his friend the Nobel Prize Saul Bellow, who quotes him saying (I must quote in French as I read it in that language) : ‘’Les Juifs du ghetto avaient une sensibilité hautement développée, un courage civilisé – des milliers d’années de formation. Ils avaient des communautés et des lois. « Ghetto » est un terme de pisse-copie ignorant. Ce n’est pas d’un ghetto qu’ils viennent, c’est d’un ramdam bruyant, aveugle et nihiliste.’’]

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The most beautiful city in the world (Paris)

Blow it: make it a livable, comfy place, not a museum. Signed: A Parisian.

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Given that President Evo Morales has banned the Rothschild bank, if Macron is elected will the President of France be able to travel to Bolivia? Think about it.

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Remember the Battle of Puebla and Mexico’s anti-slavery roots. On this day in 1862, Mexico struck a blow against white empire. #CincodeMayo

An outrage to every Moulin Rouge and Crazy Horse artiste and champagne supplier.

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Schopenhauer had a phrase for Western Civilization, he called it “foetor judaicus,” the Jewish stench.

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Euphemisms for “animals” in research departments: Neurophysiology: preparations Ecology: systems Psychology: Ss Medicine: models Any more? (Richard Dawkins)

How many have you vivisected yourself? [No answer.]

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Here’s (More) Evidence Testosterone Makes Men Dumber (NYMag)

As reaching high social status boosts one’s testosterone, then becoming a big man makes one dumber.

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If a Pontifex doesn’t have a grim face, then he must be doing naughty things behind closed doors…

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Love is real, by John Lennon, sounds very much like Love Israel when you think of it. I’ve stopped humming it.

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The very idea that the British tried to convert worthy Hindus to Anglicanism gives me the shudder. Luckily that was a total failure. Cf Schopenhauer.

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I have an ancestor called Sheikh Qadhib, which could mean sword or penis. (Sultan Al-Qassemi)

My beurette girlfriend calls me Kabir Qadhib.

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The president of the EU commission, Jean-Claude Juncker, reminds Donald Trump of the legal technicalities of the Paris Climate Agreement. (June 2017)

“I’m a Transatlanticist, whatever that means. That means nothing but it means everything.” Couldn’t be clearer. Be warned.

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Je suis Charlie Qatar. #QatarCrisis

As UAE is expelling Qatari citizens, UAE citizens will be expelled from Qatar, some of them losing a livelihood. What is Emirati authorities’ plan for them? No plan, I guess. The authoritarian decision isn’t supported by Gulf populations, which haven’t been consulted and won’t be allowed to speak out.

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Thank God, no terror attack in France today during national election. How could media cover both election’s results and the attack?

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When I see gypsies begging with children I am appalled; it’s like my country’s government never heard of robachicos abducting children to exploit them. In backwater France, the government lets gypsy women beg with babies in the street. Who are these babies? They could be abductees, for all we know. So many child abductions and yet the French government lets gipsy women beg with children at the foot of the Eiffel Tower!

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How can I be sure my wife’s employer won’t ask her to lift her niqab in the backroom?

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Schopenhauer thought whites were “whitened blacks” while Darwin thought blacks were “blackened whites.”

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Dentists have a lousy job (that pays well); they turn to politics whenever they can. Spending the whole day on filthy mouths… I’d rather be a bum.

I can be brutally frank because I use English and I think my dentist won’t read it and won’t pull out all my teeth in retaliation.

Films The Dentist (1996) & The Dentist 2 (1998) by Brian Yuzna are good, funny approaches of this… sensitive topic.

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Congress should enjoy no exemptions in any area differing from an American citizen. (James Woods)

People voting for Congress means people have no power on Congress. See what I mean?

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I like Twitter coz they never know it’s u clicking so u can boost ur own private stats clicking like mad on ur own tweets!