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Poésie révolutionnaire d’Angola

Le dictateur Salazar aimait rappeler que le Portugal fut le premier pays colonial européen en Afrique. Ce fut également le dernier pays d’Europe à quitter ses colonies africaines, après la chute de la dictature en 1974 – la Révolution des œillets – en grande partie provoquée par le mécontentement de l’armée et des conscrits face à des guerres coloniales enlisées depuis des années et sans issue.

La guerre coloniale en Angola dura de 1961 jusqu’à l’indépendance en 1975.

Les poèmes qui suivent, que j’ai traduits du portugais, sont tirés du livre Poesia angolana de revolta (Poésie angolaise de révolte), une anthologie compilée et présentée par Giuseppe Mea, et parue en 1975 (Paisagem Editora, Porto). Comme l’indique G. Mea en introduction, une telle publication était impossible au Portugal sous la dictature.

L’indépendance de l’Angola marqua le début d’une guerre civile entre factions, dans un contexte de fort interventionnisme des puissances étrangères. Craignant les conséquences du retrait d’Afrique du dernier pouvoir colonial blanc, l’Afrique du Sud, alors sous régime d’apartheid et de plus en plus bunkerisée, envahit l’Angola de manière « préventive », dans le cadre de ce que Pretoria appelait la défense de ses frontières (et qui comportait d’autres fronts en Namibie et, plus indirectement, au Mozambique), et en soutien de l’une des factions, l’UNITA. Les États-Unis et les pays de l’OTAN appuyèrent l’intervention militaire sud-africaine.

Le Mouvement populaire de libération de l’Angola (Movimento Popular de Libertação de Angola, MPLA) envisageait un développement socialiste du pays. Il reçut de ce fait l’appui de l’URSS et tout particulièrement de Cuba, qui envoya de nombreuses troupes en renfort du MPLA : le contingent sur place en vint à atteindre 52 000 soldats, sans compter quelque 50 000 coopérants civils sur quinze années, selon la page Wikipédia en espagnol « Operación Carlota ». Cuba se désengagea en 1988-90 en contrepartie du retrait sud-africain d’Angola et de Namibie. L’amitié entre Cuba et l’Angola reste forte à ce jour. Le nombre d’experts techniques cubains en Angola en 2017 est d’environ 4 000 (journal cubain Granma, 23 décembre 2017). L’Angola demande régulièrement la levée de l’embargo américain contre Cuba.

La guerre civile en Angola a pris fin en 2002, avec le désarmement de l’UNITA.

Les poèmes qui suivent appartiennent à la mouvance révolutionnaire de la lutte pour l’indépendance de l’Angola. Les poètes sont : Agostinho Neto (dirigeant du MPLA et premier Président de République populaire d’Angola, 1975-79), Aires de Almeida Santos (emprisonné sous la dictature portugaise), Deolinda Rodríguez de Almeida (fondatrice et dirigeante de l’organisation féminine du MPLA, tuée en 1968 à 29 ans), Eduardo Brazão Filho, Eliseu Areia, Emanuel Corgo, Fernando Costa Andrade (MPLA, secrétaire d’État à l’information après l’indépendance), Maurício Gomes, Ngudia Wendel, Octaviano Correia, Pedro de Castro Van Dunen (sic ; il s’agit sans aucun doute de Pedro Castro Van Dunem, alias « Comandante Loy », MPLA, ministre des affaires étrangères) et Rui de Matos (poète, peintre et sculpteur, MPLA, général).

La lutte pour l’indépendance n’a pas suivi une ligne de démarcation selon la couleur de peau. Parmi les douze poètes ici représentés, Eduardo Brazão Filho, Fernando Costa Andrade et Octaviano Correia sont blancs.

*

La Voix de la vie (A voz da vida) par Agostinho Neto

La Vie vous attend
La Vie vous appelle
Venez Frères !
Vous qui allez enchaînés
à des préjugés et à la misère
Vous dont les yeux sont bandés
aveuglés par les idées reçues
Vous les abouliques
qui vous couchez sur vos malheurs
Vous les timides
qui marchez dans les coins obscurs
menacés par des ombres
Vous les hypocrites
qui mendiez votre pain
à la porte de vos ennemis
Vous qui recevez des coups de fouet
et souriez
Vous qui contemplez la nature
et ne voyez pas ce qu’elle a de plus beau
– L’Homme
Vous les abusés
Vous qui devez aimer
Venez !
Cherchons le chemin de la vie
qui nous appelle
Souvenez-vous du rire cristallin de l’enfance
sans peur
les hommes chantant
joyeux en leur liberté
du sourire de la mère
de la dure tâche de ceux qui construisent
de la satisfaction de ceux qui accomplissent leur devoir
Ceci est la vie
et sa voix
le désir palpite dans vos poitrines

*

Sous contrat (Contratados) par Agostinho Neto

Une longue file de porteurs
parcourt la piste
à pas rapides
les corps dolents
aspergeant la poussière des chemins
de leur sueur

Sur le dos nu
ils portent de pesants fardeaux

Et ils marchent
regards lointains
cœurs timides
bras forts
sourires profonds comme des eaux profondes

De longs mois
les séparent des leurs

Ils marchent pleins de nostalgie
et de crainte
…………….–mais ils chantent

Fatigués
recrus de travail
……………–mais ils chantent

Pétris d’injustices
silencieuses au plus profond de l’âme
…………….–et ils chantent

Avec des cris de révolte
noyés dans les larmes du cœur
…………….– et ils chantent

Ils sont passés
se perdent au loin
au loin se perd leur triste chant

Ah !
ils chantent…

*

Sanglants et Ascendants (Sangrentes e germinantes) par Agostinho Neto

Nous
……….de l’Afrique immense
et par delà la trahison des hommes
à travers les forêts majestueuses invincibles
à travers le courant de la vie
inquiète fervente torrentielle des rivières rugissantes
au son harmonieux des marimbas en sourdine
par les regards jeunesse des multitudes
multitudes de bras d’aspirations d’espérance

……….de l’Afrique immense
……………sous la griffe
sanglants de souffrance et d’espoir de peine et de force
saignant sur la terre éventrée par le sang des pioches
saignant sur la sueur des champs de l’asservissement du coton
saignant la faim l’ignorance le désespoir la mort
sur les plaies du dos noir de l’enfant de la mère de l’honnêteté
sanglants et ascendants

……….de l’Afrique immense
noire
et claire comme les matins de l’amitié
ardente et forte comme la marche de la liberté

Nos cris
sont les tambours annonciateurs du désir
nos voix babéliques l’harmonie des nations
nos cris sont des hymnes à l’amour pour les cœurs
fleurissant sur la terre comme le soleil dans les semences
cris de l’Afrique
cris des matins mort-nés dans la mer
enchaînés
sanglants et ascendants

……….–Voici nos mains
ouvertes à la fraternité du monde
pour l’avenir du monde
unies dans la certitude
pour le droit pour la concorde pour la paix

Entre nos doigts poussent des roses
aux parfums de l’indomptable Zaïre
grandioses comme les arbres du Mayombé
Dans les esprits
la marche d’amitié à travers l’Afrique
à travers le monde
Nos yeux sang et vie
tournés vers les mains faisant des signes d’amour partout dans le monde
mains d’avenir-sourire inspiratrices de foi en la vitalité
de l’Afrique de cette humaine terre d’Afrique

……….de l’Afrique immense
ascendants au soleil de l’espérance
créant des liens fraternels dans la liberté du vouloir
de l’aspiration à l’entente
Sanglants et ascendants

Pour l’avenir voici nos yeux
pour la Paix voici nos voix
pour la Paix voici nos mains

de l’Afrique unie dans l’amour.

(Note. J’ai trouvé sur internet une version sensiblement différente de ce poème. Je m’en suis tenu à celle qui figure dans l’anthologie de G. Mea, 1975.)

*

Le Collier de pacotille (O colar de missangas) par Aires de Almeida Santos

Dans cette ruelle du marché…

…..C’est là que je la vis
…..Et que je la connus

Et je fus content
De la regarder passer
Avec son panier sur la tête…
Je ne remarquai pas la couleur de ses robes
Ni ce qu’elle venait vendre.
Je remarquai seulement
Et admirai
Son collier de pacotille.

…..Je sus après
…..Que c’était le souvenir
…..D’un homme avait qui elle avait vécu…
……………………………………………..

Un jour
–Il y a longtemps–
Elle était à la Baia de Luanda
Quand ce soldat,
Ce chauffeur de soute
Ou marin
De cabotage
Passa par là.

…..Il la vit
…..Il l’invita,
…..Elle alla avec lui
…..Et il lui offrit le collier.

Puis il suivit sa route
Et la vie suivit son cours.

…..Quelques mois plus tard
…..Il lui vint un enfant.
…..Il lui plut,
…..Elle fut contente.
…..Puis
…..Son enfant mourut.
…..Elle pleura
…..Et devint folle.
……………………………..
…..À présent
…..Tous les matins
…..On peut la voir passer
…..Sur le chemin du Marché
…..Avec son panier sur la tête.

Et elle compte les jours
Passés à attendre son fils,
Sur les perles de pacotille
Rouges, de la couleur des cerises de Cayenne,
Qu’elle enfile,
Jour après jour,
Sur son collier.

…..Hier
…..Quand je la vis passer
…..Le collier
…..Avait dix rangs…

*

Quand mes frères reviendront (Quando os meus irmãos voltarem) par Aires de Almeida Santos

Quand ma Mère viendra
et amènera
mes frères
nous irons tous vivre
au bord de la route de Catete.

…..Nous aurons à construire de nos mains
…..une jolie petite maison
…..d’adobe
…..où nous habiterons tous.
…..Elle sera rouge
…..et couverte de chaume.

…..Il sera facile de pétrir
…..car la glaise est déjà rouge
…..de tant et tant de sang
…..qui a si longtemps coulé.

Il y aura aussi un jardin
avec des roses et des bougainvillées.

…..Ce sera facile
…..car même si la pluie tarde
…..elles seront arrosées
…..par les larmes tombées
…..de nos yeux à tous.

Quand ma Mère viendra
et amènera
mes frères
nous irons tous vivre
au bord de la route de Catete.

Et nous mangerons le poisson braisé…
Et nous boirons la bière de mil
qui nous viendra du Bié.

Et nous dormirons sur la natte
Bercés par la brise
qui souffle dans les faubourgs du Musseque.

…..Nous nous reposerons
…..après le long chemin parcouru.

…..Nous nous reposerons
…..avant le long chemin qui nous attend.

Ah ! Quand ma Mère viendra
et amènera mes frères
elle sera bien petite notre maisonnette

……….(Car j’ai des millions de frères !)

Quand ma Mère viendra
et amènera
mes frères,
nous disperserons
les cendres de ceux qui sont partis au front,
et nous chanterons,
nous ferons courir
notre joie
sur les versants des montagnes,
sur le sable des dunes,
dans les vallées,
sur les collines,
sur la berge des fleuves
près des fontaines.

……….Il faut que nous chantions !

Ah ! Quand ma Mère viendra
et amènera mes frères,
un feu sera allumé
sur le bord
de chaque chemin
et l’éclat
de chaque étoile
sera plus grand encore…

……….Petite Maman, entends ton fils.

NE TARDE PAS, MÈRE,
HÂTE-TOI…

*

Maman (Mamã) par Deolinda Rodríguez de Almeida

Afrique
Maman Afrique
Tu m’as engendrée dans ton ventre
Je suis née pendant l’ouragan colonial
J’ai sucé ton lait de couleur
J’ai grandi
atrophiée mais j’ai grandi
jeunesse rapide
comme une étoile filante
Quand meurt le féticheur
Aujourd’hui je suis femme
je ne sais plus si femme ou si petite vieille
mais c’est à toi que je viens
Afrique
Maman Afrique

Toi qui m’as engendrée
ne me tue pas
ne maudis pas ton rejeton
sinon tu n’as pas d’avenir,
ne sois pas matricide.
Je suis Angola, ton Angola
ne te joins pas à l’oppresseur
à l’ami de l’oppresseur
ni à ton fils bâtard
Ils se moquent de toi
Tu es entrée dans la souricière
trompée
tu ne distingues pas le vrai du faux
dans ta candide et séculaire vigueur
tu t’es aveuglée
À présent c’est toi

Afrique
Maman Afrique
qui donnes à mon frère bâtard la force
de m’asphyxier
de me clouer sa sagaie entre les côtes

L’oppresseur, l’ami de l’oppresseur
ton fils bâtard
(toi aussi, Maman Afrique ?)
se divertiront
en m’écoutant mourir

Mais Afrique
Maman Afrique
Par amour de la cohérence
Je veux quand même croire en toi.

*

Pluie (Chuva) par Eduardo Brazão, Filho

La pluie n’est pas venue
N’est pas venue voir les pauvres.
Cela fait deux ans, presque trois,
Que la pluie tombe sur la terre des riches
Et n’est pas venue voir les pauvres noirs
Qui lui font fête quand elle vient.

Peut-être que la pluie n’aime pas la fête
Et que c’est pour ça qu’elle tombe ailleurs,
Sur les terres des riches qui ne font pas la fête
Quand la pluie vient.

Cela fait deux ans, presque trois, qu’on ne récolte plus
l’igname, le manioc et les haricots
Les bœufs n’ont plus de fourrage
Ni d’eau.
C’est un malheur,
Le malheur de la pluie qui ne vient pas,
Qui va sur la terre des riches qui ne font pas la fête
Quand la pluie vient.

*

Comparaison (Comparação) par Eduardo Brazão, Filho

Dans le silence de ses lèvres s’est perdu
Le cri de révolte.
La nuit est venue tenir compagnie
À la lumière de la lampe à pétrole.

Un air moribond se jette violent
Contre les murs de la case de glaise et de chaume
Puis plane
Sur la natte de l’enfant mort.

Un chien hurle rageusement.

…Et le lettré dans son petit palais
S’endort dans un fauteuil de la maison Maple
Avec dans les mains le livre Géographie de la faim.

*

Identité (Identidade) par Eduardo Brazão, Filho

Il avait un pagne
Et une case.
Il avait une étable, avant.

Avant, il avait la forêt
Où marcher librement.
Il avait des percussions, des fétiches
et la savane où chasser.

Et soudain
Dans la collision du temps
Je le rencontrai là, sur la route.

Il portait un pantalon
Avec dans sa poche trouée
Une carte d’identité.
Mais il n’avait rien.

*

Le Fouet et le Café (O chicote e o café) par Eliseu Areia

Dans le champ,
Implacable
Le fouet trace un nouveau trait
Rouge sur les flancs du travailleur.
Enfin fatigué
Le contremaître crie dédaigneusement :
« Cela t’apprendra, animal ! »
En s’épongeant le front.

Et tous vont au travail
En silence,
Dans les oreilles gardant
Les sifflements du fouet
Déchirant la peau de leur camarade.

À Luanda,
Un monsieur distingué
Après avoir bien déjeuné
Demande un café.

*

Option (Opção) par Eliseu Areia

Si être noir c’est
être esclave ;
Si être blanc c’est
fouetter des esclaves…

Alors je préfère être noir !

*

Le Sang (O sangue) par Eliseu Areia

Si vous croyez
Amer
Le sang perdu par l’esclave
Pour ne pas se résigner à être esclave…
Comme vous êtes naïfs !

Si vous croyez
Amer
Le sang perdu par le guérillero
Dans la lutte pour la libération d’un peuple…
Comme vous êtes naïfs !

Si vous croyez
Amer
Le sang perdu par l’Homme
En défense de la Justice et de la Vérité…
Comme vous êtes naïfs !

Seul est amer le sang
versé en vain.

*

Contre la négritude (Contra a negritude) par Emanuel Corgo

Les anneaux des chaînes nous ont mangé les chairs
…..dans les cales des navires négriers
…..dans les plantations de coton
…..ou parmi les caféiers
Mais nous ne demandons pas de réparations pour le passé

Le fouet a lacéré nos côtes nues
…..dans les mines de charbon
…..dans les plantations de canne à sucre
…..ou quand nous disions NON
Mais nous ne sommes pas captifs de l’histoire

La férule nous a mordu les mains
…..quand nous ne payions pas l’impôt
…..ou quand nous n’acceptions pas
…..la faim que l’on nous imposait
Mais le jour de la victoire approche

Tous les jours notre peau noire fut insultée
…..en Afrique
…..en Europe
…..ou en Amérique
Mais nous ne haïrons pas les hommes

Aujourd’hui les peuples demandent que nous nous battions
…..les armes à la main
…..et que nous luttions
…..et que nous luttions
…..une, deux, mille fois
Jusqu’à l’édification d’un monde meilleur

*

Augusto Ngangula par Fernando Costa Andrade

Je veux voir ici
auprès de ce héros silencieux
de douze ans
les hommes qui contemplent debout
l’égalité des hommes.
Je veux voir ici
sur ce sol éclaboussé
par le sang d’un gamin de douze ans
les mères des enfants libres
du même âge.

Je veux voir ici
près de ce corps défait
la dissonance de ceux qui crient contre la guerre
ici
près de la poitrine courageuse
de ceux qui meurent à douze ans
ceux qui parlent du lendemain
et promettent des horizons.

Je veux voir ici
les hommes qui sondent l’espace
et accompagnent les vols cosmiques
et transplantent des cœurs
et décryptent l’électronique du son
et chantent déchiquetant les diapasons
et peignent des motifs
et idéologisent des causes
devant ce corps démantibulé à douze ans.

Ici
près de cet enfant
fauché à douze ans
je veux voir les océans
les lacs
et les palmeraies
et les bateaux en papier.

Ici
les armes de toutes origines
solidaires
de la certitude des routes
et de la vie.

Et je veux voir ici
près de ce corps transi souriant
de douze ans
des enfants avec des crayons et des cahiers
pour qu’ils apprennent
à écrire son nom simple.

Et enfin dépouillé
de la rage des rochers
le jour résonner
de chansons de ronde
sur l’herbe toujours verte
autour de la stèle commémorative.

*

Chant d’accusation : troisième poème (Canto de acusação: poema terceiro) par Fernando Costa Andrade

Où êtes-vous mères
qui ne voyez pas mourir les mères d’Angola ?

Où êtes-vous frères du monde
qui ne voyez pas mourir mes frères d’Angola ?

Où êtes-vous gouvernements maîtres du monde
qui ne voyez pas vos amis tuer l’Angola ?

Où êtes-vous millions d’hommes libres du monde
qui ne voyez pas mourir debout tout l’Angola ?

…..Mourir debout pour la liberté
…..Mourir debout pour être des hommes
…..Mourir debout pour être des Hommes

*

Chant d’accusation : treizième poème (Canto de acusação: poema décimo terceiro) par Fernando Costa Andrade

Le coton d’Angola seulement sera blanc
quand l’Angola sera indépendant

…..Il est aujourd’hui noir
…..et maculé de rouge
…..dans Baixa de Cassanje1.

Les barrages d’Angola seulement seront un bienfait
quand l’Angola sera indépendant

…..Ils sont aujourd’hui la faim
…..les gens chassés de leurs villages
…..dépouillés de leurs biens

Le sucre d’Angola seulement sera miel
quand l’Angola sera indépendant

…..Il est aujourd’hui amertume
…..fouet et prison
…..travail à mort

le café d’Angola
le diamant
le fer
le pétrole
le maïs
le palmier
le ciment
la mangue
la viande
la mer
la farine
l’hydromel
le ciel et le vent
empêchait
le clair de lune et la nuit
le jour
l’homme
l’Angola

…..L’homme d’Angola
……….arrive indépendant
……….des forêts
……….et des montagnes
……….de la guérilla

1Baixa de Cassanje : un royaume d’Angola. La révolte de Baixa de Cassanje, en 1961, initiée par les travailleurs des plantations de coton et durement réprimée par les Portugais, est considérée comme le point de départ de la guerre d’indépendance.

*

Drapeau (Bandeira) par Maurício Gomes

Nous sommes un peuple à part
Méprisé
Incompris,
Un peuple qui lutta et fut vaincu.

C’est pourquoi dans mon chant de foi
Je demande et propose, homme noir,
Que notre drapeau
Soit une toile noire,
Noire comme une nuit sans lune…

Sur cette obscurité de deuil et de peine
De la couleur de notre couleur,
Écris, frère,
De ta main rude et hésitante
–Mais forte–
Le mot-force

……………Union !

Trace ensuite, obstiné,
Ces mots fondamentaux,
édifiants :

……………Travail, Instruction, Éducation.

Et en lettres d’or,
Resplendissantes
(La main déjà plus ferme)
Écris, homme noir :

……………Civilisation, Progrès, Richesse.

En caractères roses
Trace avec émotion
Le mot clé de la Vie :

……………Amour !

En lettre blanches
Inscris avec amour
Le mot sublime :

……………Paix !

Ensuite
En rouge vif,
En rouge sang,
Avec le pigment des corps noirs écrasés
Dans les luttes que nous livrerons,
En rouge vif
couleur de notre sang malaxé
et mêlé de larmes de sang,
Larmes versées par des esclaves,
Écris, homme noir, ferme et confiant,
En lettres majuscules
Le mot suprême
(Idéal éternel,
Noble idéal
De l’Humanité souffrante,
Qui lutte pour lui
Et souffre pour lui)
Écris, homme noir,
Écris, mon frère,
le mot suprême :

……………LIBERTÉ !

Autour de ces mots-leviers
Sème des étoiles à pleines mains,
Toutes rutilantes,
Toutes de premier ordre,
Belles étoiles de notre Espérance
Belles étoiles de notre Foi
Étoiles qui seront certitude sur notre DRAPEAU !

*

Triomphe des humiliés (Triunfo de humilhados) par Ngudia Wendel

Révolution,
il n’y a rien de plus sublime
ni de plus juste.
Elle fait naître en chaque homme
un titan.
En elle, reçois, mon peuple
–ancien esclave
le baptême du feu.
NOUS VAINCRONS !

*

Afrique (África) par Octaviano Correia

Roses noires
dans des mains blanches
fermées
larmes noires
arrosant
des roses noires
écrasées

*

Commandant Henda2 (Comandante Henda) par Pedro de Castro Van Dúnem

Là dans les campagnes
vertes
baignées de sang
comme tu marches à pas de géant !

Et dans les forêts silencieuses
Quelles brillantes étoiles tu apportes !

Que chaque pas soit une victoire…
Que tous les yeux entrevoient l’avenir !…

(Chœur)

Il est celui
que le Mayombé écoutait
Tombé
dans les flammes de l’Orient en feu.

Avec lui
le peuple combattant lutte
Guidé par le Commandant Henda
il avance !
Pour détruire le colonialisme
et construire un Angola socialiste.

II

Tu es le pilier
de la révolution
Ton héroïsme est pour nous un grand exemple
Ton courage
Et ton dévouement
Nous ouvrent les portes de la liberté

Nous marcherons, oui, avec toi !…
Ô avec une plus grande vigueur encore
Dans ces campagnes arrosées de ton sang
de ton sang héroïque
et pur
nous marcherons, oui !…

(Chœur)

Tu es celui
que le Mayombé écoutait
Tombé
dans les flammes de l’Orient en feu.

Ton courage, invincible décision
ta volonté, sacrifice énorme
sont pour nous le symbole de la victoire,
toi qui vis à jamais
parmi ceux qui vivent et luttent.

2 Commandant Henda : Hoji-ya-Henda, héros de l’indépendance, mort au combat en 1968.

*

Leçon de géologie (Lição de geologia) par Rui de Matos

La terre est un amalgame
de sable d’humus et d’argile.
La terre est un mélange
de triques d’os et d’excréments.

La terre est faite de sang,
de minéraux,
de sueur et de l’expectoration des esclaves.

La terre est faite de souffrance,
de sels minéraux
de misère et de racines.

La terre est faite de roches
et de grincements de dents.

La terre est un amalgame
de haines de pierre et d’amour,
d’argile et d’espoirs de fer.

La terre est le lieu des déserts
des savanes, des montagnes et de la mer.

La terre est le lieu de l’homme.

La terre est le lieu des hommes
qui la font libre
pour être libres.

La terre est faite de terre
par ceux qui ont une terre.

Le peuple au pouvoir MPLA

Poésie cubaine de la Révolution (traductions)

Dix-huit poèmes tirés de l’anthologie Poesía cubana de la Revolución publiée en 1976 par le poète nicaraguayen Ernesto Cardenal et traduits en français (peut-être pour la première fois, pour certains d’entre eux, ou peut-être pas).

*

Réponds… (Responde tú…) par Nicolás Guillén

Toi qui es parti de Cuba,
réponds,
où trouveras-tu vert et vert,
bleu et bleu,
palme et palme sous le ciel ?
Réponds.

Toi qui as oublié ta langue,
réponds,
et qui mâchonnes en langue étrangère
le well et le you,
comment peux-tu vivre muet ?
Réponds.

Toi qui oublié la terre,
réponds,
où repose ton père
sous une croix,
où laisseras-tu tes os ?
Réponds.

Ah, malheureux, réponds,
réponds,
Où trouveras-tu vert et vert,
bleu et bleu,
palme et palme sous le ciel ?
Réponds.

*

Chronique de la fin de la dîme et du tribut (Crónica del fin del diezmo y del tributo) par Félix Pita Rodríguez

Ceci est la fin de la dîme et du tribut.
La fin des pieds nus et des haillons.
C’est la fin de je n’ai nulle part où dormir,
je n’ai ni assiette ni cuillère. C’est la fin de je meurs,
sans médicaments. Et l’hôpital ?
Ils m’ont fait sortir comme incurable.

…..L’hôpital n’a pas de lits
pour ceux qui portent leur cadavre sur leur dos.
C’est la fin de si ça ne te plaît pas va voir ailleurs
si tu trouves un autre travail.
La fin de je suis trop vieux, ils ne me veulent pas,
dans aucun atelier, aucune usine.

C’est simple et facile à comprendre,
c’est la fin de je n’ai pas et de je voudrais,
la fin de si je pouvais et de je ne peux pas
car je n’ai pas.

…..La fin de ne sois pas idiote, ma fille,
avec ce corps, moi, je n’avais pas faim.
La fin de si vous ne payez pas demain je vous assigne en justice,
la fin de si vous ne payez pas demain j’arrête de vous servir le lait.
La fin de pour le moment je ne peux pas aller à l’école
nous verrons si le mois qui vient ça sera possible
de t’acheter de nouvelles chaussures.

C’est simple, ce sont des paroles claires,
c’est la fin de je suis blanc et tu es noir,
ne t’y trompe pas. La fin de que pouvais-je faire,
ils ont pris ma terre, les soldats sont venus,
un de mes enfants est mort en route.

Chacun peut le comprendre, c’est très simple,
je suis en train de parler de choses qui se passaient
tous les jours de l’année.

…..C’est la fin d’ils m’ont donné
dix pesos pour voter. La fin d’il n’y a pas de pupitres,
pas de crayons, pas de livres à l’école.

…..La fin d’ils l’ont tué
quand il montait dans le train, à Manzanillo,
un capitaine qui lui a tiré dans le dos.
Il paraît que c’était un ordre de l’ambassade américaine.

Ce sont les choses qui se passaient alors,
des choses amères, troubles, qui blessaient
au plus secret du cœur.

La fin de je te dis que c’est la fin du monde,
que ça n’en vaut pas la peine, il faut vivre et c’est tout.
La fin d’hier, désespéré, un homme sans travail
a tué sa femme et leurs deux enfants
avant de se suicider. La fin de tu l’as lu comme moi, il s’est dépensé
cette nuit vingt mille pesos pour une fête au Biltmore.
C’est la fin d’il serait encore en vie s’ils l’avaient opéré à temps,
mais l’opération coûte cher.

La fin de tu te rends compte le Ministre
a encore perdu cette nuit au Casino.
Trente mille en une heure et demi, dit-on.
La fin de s’il te plaît peux-tu me lire cette carte de mon fils.
La fin de si vous ne savez pas signer, mettez une croix ici,
devant deux témoins. La fin de dans notre région
il meurt trois enfants tous les cinq jours.

…..C’est à n’en pas croire ses yeux.
C’est à pleurer de joie en le voyant,
parce que c’est comme si c’était le premier matin
après la fin, la fin du monde.
Le premier matin, le premier sourire,
le premier air pur, le premier enfant.

C’est à n’en pas croire ses yeux.
C’est la Révolution qui entre dans les maisons
pour mettre les choses à leur place.

C’est la fin de la nuit et de l’amertume.
C’est la fin de la dure dîme et du sanglant tribut.

*

Visite aux tranchées (Visita a las trincheras) par Samuel Feijóo

Le soir est violet
comme hier. Bleu-gris
la mer qui déjà ne peut
égaler le soir et l’étoile
de Vénus.

……….Le milicien
regarde l’horizon. Il attend
l’envahisseur qui viendra pour sa maison,
sa ferme, son pétrole,
des prostituées, des esclaves.
Il attend. Les palmiers s’enténèbrent.
Dans la nuit dense
si nous devons mourir que ce soit
avec le pauvre ; si nous devons
vivre que ce soit
avec le pauvre digne.

*

Che par Samuel Feijóo

Sobre, tranquille et catégorique,
il se levait, marchait,
palpitait.
Il ne perdait jamais un moment en oisiveté,
en petitesses, en jactance, en plaintes.
Aucune nourriture
ne s’arrogeait
sa propre main à la table de tous.
Il était la justice, souriante et ferme.
C’est ainsi seulement qu’il parut.
Ainsi jamais son souvenir ne disparaîtra de nos mémoires.
Il reviendra comme l’ouragan et l’éclair,
tout feu tout flammes, comme il était
et comme il est, dans la justice,
et abattra les corbeaux et les bêtes sauvages,
aigles sanguinaires.
Qu’il n’y ait pas de deuil pour lui, il a gagné l’éclat
de celui qui se sacrifie entièrement.
Tous les maltraités du monde
le comprennent, l’embrassent, le font sien : héros
qui n’escompte d’autre gloire qu’un avenir
d’allégresse. Qu’il n’y ait pas de deuil.
Sa victoire est la nôtre ; ne faiblissons pas ;
siècle après siècle.

*

Au président Ho Chi Minh (Al presidente Ho Chi Minh) par Fina García Marruz (1969)

Toi qui disais
que tu ressentais de la peine
même à voir tomber
l’avion ennemi
qui réduit en cendres
la maison, toi
qui t’adressais en vers
aux délégations
venant à ta rencontre,
guerrier de la paix
à qui la guerre
ne déforma pas l’expression
de singulière finesse,
de douceur,
toi qui parlais une langue
que l’on n’avait entendue
depuis longtemps
parmi les hommes,
descendue d’on ne sait
quelle source vive,
tu es descendu dans la mort
avec la légèreté d’un flocon,
gracieux, sans bruit,
de sorte qu’à personne ne vient l’idée
d’entonner à présent
des chants de guerre,
ni un chant funèbre.
Aujourd’hui je voudrais
par exemple savoir
dessiner,
tracer à l’encre noire
sur une toile très blanche
la tige d’une fleur
flexible et dure.
Je voudrais tresser
Une natte de sol très fine
en roseau.
Car il m’a semblé
que tu entrais
ainsi dans la mort
comme en un visage ancien
qui s’acquitta bien
d’un sourire.

*

Avec ces mains (Con las mismas manos) par Roberto Fernández Retamar

Avec ces mains qui te caressent je construis une école.
J’arrivai presque à l’aube, avec des vêtements que je pensais de travail,
Mais les hommes et les enfants en haillons qui m’attendaient
M’appelèrent « monsieur ».
……….Ils vivent dans une bâtisse à moitié détruite,
Avec quelques lits pliants et planches de bois : c’est là qu’ils passent la nuit
À présent, au lieu de dormir sous des ponts ou des porches.
L’un d’eux sait lire, et ils le firent venir quand ils surent que j’avais une bibliothèque.
(Il est grand, lumineux, porte une barbichette sur son insolent visage de mulâtre.)
J’allai dans ce qui sera le réfectoire et qui est aujourd’hui marqué seulement par une plinthe
Au-dessus de laquelle mon ami trace en l’air avec le doigt des fenêtres et des portes.
Plus loin se trouvaient les pierres, qu’un groupe de garçons
Transportaient en rapides charretées. J’en demandai une
Et me mis à apprendre le travail élémentaire des hommes élémentaires.
Puis j’empoignai ma première pelle et je bus l’eau sylvestre des travailleurs,
Et, recru, je pensais à toi, à l’époque
Où tu participas à une récolte jusqu’à ce que ta vue se brouille
Comme aujourd’hui la mienne.
……….Que nous étions loin des choses réelles,
Mon amour, que nous étions loin – comme l’un de l’autre !
La conversation et le déjeuner
Furent mérités, ainsi que l’amitié du pasteur.
Il y avait un couple d’amoureux
Qui rougissaient quand nous parlions d’eux en riant,
En fumant après le café.
……….Pas un moment
Sans que je ne pense à toi,
……….Aujourd’hui peut-être plus encore,
Tandis que j’aide à construire cette école
Avec ces mains qui te caressent.

*

Les bateaux (Los barcos) par Fayad Jamis

Dans la baie
de La Havane
Dans les ports
bleus et bruissants
de l’île
entrent les bateaux
chargés de choses et d’amitié
Je m’asseois un moment pour regarder le sillage
de ces navires
et lire leurs noms
simples et étranges
reflétés par les ondes
qui trémulent dans le soir
Je m’asseois un moment pour sentir que je ne suis pas seul
que m’entourent des arbres et des hommes
fenêtres et pétrole
machines houle cheminées
étoiles et encore des hommes
Ici sur ce mur
de la jetée
de la baie ardente
de La Havane
regardant comment les bateaux
qui viennent de si loin
jettent l’ancre dans ces eaux
qui sont presque mon sang
Je m’asseois un moment pour écouter la rumeur
des camions qui répartissent
pétrole et amitié
de quartier en quartier
Ici sur ce mur
de la jetée
où parfois se rompent les vagues
mouillant ma chemise
blanche de leur paix et liberté.

*

Pour cette liberté (Por esta libertad) par Fayad Jamis

Pour cette liberté de chant sous la pluie
il faudra tout donner
Pour cette liberté d’être étroitement attachés
à la ferme et douce intimité du peuple
il faudra tout donner
Pour cette liberté de tournesol ouvert à l’aube des usines
sous tension et des écoles illuminées
et de la terre qui craque et de l’enfant qui se réveille
il faudra tout donner
Il n’y a pas d’alternative à la liberté
Il n’y a pas d’autre chemin que la liberté
Il n’y a pas d’autre patrie que la liberté
Il n’y aura plus de poème sans la violente musique de la liberté
Pour cette liberté qui est terreur
de ceux qui toujours la violèrent
au nom de fastueuses misères
Pour cette liberté qui est la nuit des oppresseurs
et l’aube définitive de tout le peuple déjà invincible
Pour cette liberté qui éclaire les yeux caves
les pieds nus
les toits percés
et les pupilles des enfants qui déambulaient dans la poussière
Pour cette liberté qui est l’empire de la jeunesse
Pour cette liberté
belle comme la vie
il faudra tout donner
si nécessaire
jusques et y compris son ombre
et ce ne sera jamais suffisant.

*

Épilogue (Epílogo) par Roberto Branly

Les superbes
jamais
n’osèrent
imaginer
qu’au fil des jours
ceci
allait devenir
la révolution
des humbles.

*

La Génération de 1930 (Generación del 30) par Lisandro Otero

Ils étaient nés dans des maisons à étage
de la rue Subirana ou de Lamparilla,
au-dessus d’une école ou à côté
d’une charcuterie.
Ils jouaient à la quimbumbia et suivaient des yeux
le haut étendard d’un cerf-volant.
Ils n’avaient pas toujours en poche la pièce
de cinq centavos pour aller au cinéma.
Mais ils virent au temps de leur gloire
William S. Hart, Max Linder, Gloria Swanson, Chaplin, Greta Garbo.
Ils préféraient l’autobus au tramway
parce que c’était le progrès.
Ils aimaient aussi le jazz, la radio et l’aviation.
Au chapeau de paille ils opposèrent les cheveux longs
et au gilet la chemise ouverte
avec les manches retroussées jusqu’au coude.
Ils lisaient Salgari, Vargas Vila, Eugène Sue
et les aventures d’Arsène Lupin.
Ils firent connaissance dans les librairies,
sur les bancs de l’université
ou lors d’actions civiques.
Ils se prirent davantage au sérieux et lirent Ingenieros,
Mariategui, Rolland, Barbusse, Rodo
et le Manifeste du Parti communiste.
Ils discutaient autour de tasses de café, dans les parcs,
les expositions d’art nouveau.
Tout était excitant dans la vie.
Leurs héros pouvaient s’appeler Diego Rivera, Cocteau, ou Langston Hughes.
De même Sandino et Zapata
et à l’occasion
Jack Dempsey.
L’art nègre et le cubisme, Lénine ou Renan, pouvaient être les thèmes
d’une longue nuit blanche.
Et toujours Marti et toujours Cuba.
Il éclatait dans leur poitrine une force coléreuse et impatiente,
ils voulaient « conquérir des montagnes et amasser des étoiles ».
Ils aimèrent des femmes, comme eux
belles et pleines de vie.
Ils adorèrent les corps dans lesquels ils se reflétaient,
firent des enfants et écrivirent des livres.
Ensuite vint le temps des définitions :
ils se bagarrèrent avec des sbires, signèrent des manifestes
et furent envoyés en prison
où ils attrapèrent les morpions et les poux de précédents captifs.
Bien que la situation ne fût pas à prendre à la légère
ils ne perdirent pas leur sens de l’humour.
Et entre saillies, donquichottismes et lyrismes,
avec le tonnerre et les commotions comme toile de fond,
mêlant nostalgies et courage,
ils se donnèrent à la grande Accoucheuse de l’Histoire.
Ils moururent les poumons détruits par la tuberculouse,
démolis à coups de pied,
tirés comme des lapins, dans les rues,
assassinés dans leurs lits,
combattant dans les tranchées de révolutions vaincues.
Ils voulaient changer la vie
car ils l’aimaient trop.

*

Pancarte pour 1960 (Pancarta para 1960) par Heberto Padilla

Usuriers, bandits, affameurs,
adieu.
Le feu de la Révolution
vous a effacés.

Les mains du peuple
vous ont fauchés de telle façon
que vous ne pourrez jamais renaître.

C’est fini pour vous.
Pour vous, la mort ; et si vous voulez,
amen.

Ceux qui ont sué
au fourneau, siècle après siècle ;
Ceux qui saignaient
Soufflent à présent sur les feux de joie
où se consument les tributs, les papiers
d’usure et de privilège.

Regardez leurs enfants
qui vous contemplent. Vous ne voyez aucune rage
dans leurs yeux.
Ils sont la justice
de ces pères justiciers.

*

Vie de Clément (Vida de Clemente) par Rafael Alcides

Aux voisins de la 16e rue entre Linea et le 11 de Vedado

Clément avait quatre-vingts ans.
Il était venu de Jamaïque il y a cinquante ans (là-bas son père avait été colonel de je ne sais quelle guerre qui n’avait servi ┌à rien et dont personne ne se rappelle).
À la fin Clément était sourd
et ne voyait presque plus. Il marchait avec difficulté, traînant une jambe,
tout en répétant qu’il était trop jeune pour prendre sa retraite, et
d’une façon ou d’une autre il parvenait à rester le seul à entrer et sortir les poubelles,
à récurer, balayer et maintenir propres les parties communes,
tous les jours.

Clément parlait avec la voix de quelqu’un qui dit des secrets.
Plus qu’un employé on aurait dit un professeur,
il paraissait un doux grand-père noir.

Clément aimait
s’asseoir le soir au seuil de la porte des voisins,
pour lire les journaux. Aux enfants
il offrait de petites poupées. Il leur offrait aussi
des bonbons, des bouts de bois ;
Clément se faisait des cadeaux à lui-même.
Nous autres adultes, il nous invitait à prendre le café
et nous racontait comment les petits oiseaux venaient sur le toit manger dans le creux de sa main :
« Que veux-tu faire quand tu seras grand ? »,
demandait-il aux enfants.
Clément disait que Fidel était formidable !

Hier matin,
après avoir arrosé les plantes,
Clément monta sur le toit pour réparer le moteur de la citerne.
Cette fois, en plus de sa jambe, il traînait avec lui une longue échelle.
Le moteur était très haut,
et j’ai dit que Clément était très vieux.

« Il avait de la famille ? », demanda plus tard le médecin légiste,
devant les restes répandus sur le trottoir.
« Non, dirent les voisins,
Clément était tout seul. »
« Alors pourquoi pleurez-vous ? »
Personne ne sut que répondre. (Le médecin légiste lui-même
avait les yeux mouillés.)
Dois-je préciser que Clément n’était pas quelqu’un d’important ?
Il est certain qu’il n’y a eu aucune grande aventure dans sa vie.
Clément était un homme comme tout le monde.

À part nous voir grandir,
aider à construire cet immeuble
et s’en occuper pendant presque cinquante ans,
Clément n’avait jamais servi à rien.
Je ne sais plus très bien qui a organisé la collecte
mais dans la chambre mortuaire il n’y avait pas assez de place pour tout le quartier.

Nous marchons tous à présent derrière sa dépouille.

Adieu, Clément,
……vieux,
que plus jamais ne s’arrête le moteur de la citerne.

*

Ces étés-là les mêmes événements se répétaient (Por aquellos veranos se repetían los sucesos) par César López

Ces étés-là les mêmes événements se répétaient
(comme on le sait, à la ville les saisons n’existent pas,
il y a seulement la chaleur et par moments encore plus de chaleur ;
mais nous insistons pour dire : ces étés-là…)
Un exemple pour illustrer les faits,
Rien qu’un exemple parmi les nombreux autres exemples.
(Le nombre de morts en ville, en ces temps d’accidents,
fit que les secteurs affectés se retirèrent de la mer.)
Il n’est pas nécessaire de se souvenir de Flebas, mais souvenez-vous
d’Eugenia Solorzano, cette noire rondelette en maillot de bain rouge
qui se noya sur la plage publique et dont le corps
fut retrouvé flottant au milieu des sargasses et des taches de fioul. Un poisson,
ou de nombreux poissons lui rongeaient les seins, les yeux,
tandis que les jeunes à la taille svelte la regardaient étonnés
depuis leurs voiliers de compétition, les cheveux plus ou moins blonds au vent,
protégés par l’insigne du club à la mode. L’eau
n’était pas l’amie des pauvres, des noirs. C’est étrange,
il n’y avait de noyés que sur la plage publique.
On n’entendit jamais parler de noyade ailleurs.

*

Playa Girón par Antón Arrufat

Avec mes mains inutiles
qui ne savent qu’écrire,
je voudrais recueillir vos têtes,
mes frères, mes compatriotes,
les têtes tranchées et démolies par les obus,
pour la poitrine qui reçut la mitraille
et laissa les entrailles à l’air libre
– car il y avait là des cœurs violents –,
pour la chair réduite en lambeaux et les balles
et les foulards sanglants,
personne ne sait la peine que je ressens de mon impuissance
et combien avec cette pauvre voix je voudrais
vous créer une autre vie, distincte et pérenne.
Moi qui ai le triste office
de celui qui attend que les autres vivent pour lui,
pour son sang.
Dans mes veines coulerait votre sang
et la nécessité de la mort juste.
Aujourd’hui je n’ai pas peur des mots
justice, liberté, pain.

*

E = MC2 par Orlando Alomá

Princeton, New Jersey. – Cette nuit est décédé dans sa maison le docteur J. Robert Oppenheimer, précurseur du développement de la première bombe atomique nord-américaine. (Tiré de la presse quotidienne)

Tes tristes mains qui avaient l’habitude d’ajuster la pipe s’apaisent,
ainsi que tes os effrayés de fils d’immigrants.
Tu ne parles plus de choses toujours plus terribles
d’une voix douce,
tu n’es plus un homme timide,
tu n’es plus rien.
La guerre et la paix sont pour toi la même chose.
On pourrait dire que tu as perdu
toute énergie.
Entre la vie et toi s’est élevé
un mur :
dans le monde indivisible des morts
à présent tu te désintègres à tout jamais.

*

Hypothèse (Hipótesis) par David Fernández

Demain les poètes… (E. González Martínez)

.

Une révolution plus grande que nous… (Fidel Castro)

.

On dira : les poètes n’avaient pas d’opinion,

ils se contentèrent d’écouter et de répéter ce qu’ils écoutaient,

d’arborer l’ultime espoir des autres transformé en consigne,

de copier les pancartes brandies par le peuple les jours de grandes manifestations ;

on dira : les poètes ne comprirent pas la grandeur de ce moment historique,

ils ne surent que faire de ce phénomène énorme qui leur tomba soudain dans les mains,

de ce grain de lumière trop grand qui leur entrait par les yeux

et les aveuglait ;

on dira : ils ne surent capter les ondes de poésie vierge, non écrite, se formant constamment autour d’eux, et ils succombèrent au torrent des choses ;

on dira : les poètes ne trouvèrent pas les mots, les modes, les essences, les formes essentielles, les contenus essentiels, ils ne conjuguèrent pas leur travail avec le travail urgent de leur peuple,

leur poésie était un reflet

pâle des œuvres, des chemins conduisant où nous sommes à présent,

leur poésie était une répétition, un battage des mêmes sentiers, un effort frustré pour aller de l’avant et atteindre le rythme violent de la vie, sa vigueur irrépressible ;

on dira : ils se perdaient dans des jeux intellectuels, supprimaient points et virgules pour pallier leur inefficacité

mais malgré cela leur voix n’était pas leur voix, on pouvait trouver en elle l’admiration outrée du fanatique, le doute stérile du sceptique.

Mais malgré tout leur voix n’était pas leur voix, il n’y avait pas en elle la même résonnance qu’un ra de tambour ou qu’une pelletée de ciment ou qu’une paire de bottes fatiguées battant les chemins ;

on dira : il n’existait pas de dimension commune entre un poète et un internat de montagne, entre un poète et un contingent de maîtres d’école volontaires, entre un poète et la réforme agraire ;

le travail du poète se réduisait

à raconter des histoires, à mettre en mots ce que les hommes faisaient en dehors de celles-ci (il faut être juste et reconnaître que parfois les histoires ne leur furent pas contées et vinrent dans leurs livres par leur propre effort) ;

on dira :

les poètes n’étaient pas à la hauteur de ce moment historique.

.

Et peut-être bien que c’est la vérité.

*

Je dis Révolution (Digo Revolución) par José Yanes

Indiscutable comme une averse,
comme la soif
ou la faim,
tu es là pour apporter l’épée.
T’ont conduite ceux qui n’ont pas
de quoi se chausser,
ceux qui parlent avec la fumée et le bruit
des machines,
ceux qui après retournent dans leurs maisons
obscures
et pleines de cris.
Ceux qui doivent avoir une autre vie.

Ta présence est comme l’air
et le soleil,
à partir de toi nous abandonnerons nos ruses
mesquines
et découvrirons notre vie intérieure.

Toutes les méthodes que nous aprîmes pour respecter
et baisser la tête
ont été rasées
et jetées dans le sel.
Et la peur en habite même quelques-uns
qui seront balayés.

Tu es là,
les bras pleins d’amour
et capable de colère
et de haine.

Tu es là
comme une porte qui conduit vers nous
et nous invite à nager.

Tu es là,
certaine comme cet arbre qui grandit.

*

Fête de famille (Fiesta familiar) par Cus Causse

Ils sont arrivés barbus et à cheval
je savais qu’ils n’étaient pas les rois mages
mais qu’ils apportaient quand même un grand cadeau,
parce que grand-mère leur a dit au revoir en agitant son mouchoir de soie
et que pour la première fois j’ai vu maman sourire.

***

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Chryselephant Man and Mr Bluskye (Tweetantho 9)

Sep-Nov 2017

In my teens horror films would show children being afraid but not children being mutilated, like 5-year old Georgie in It (2017) by Andy Muschietti. Pushing the envelope. I try hard but I can’t think of a horror classic depicting such “child gore.” If you know of examples, please let me know.

[Some critics have negatively reviewed the film, which would not be scary enough for them. I don’t really know what a scary movie is because I haven’t seen any since I was fifteen years old or something like that1. But I have kept watching horror movies once in a while and I’m surprised none of these critics seem to notice that child gore – a child being dismembered on the screen – is something unusual. (I haven’t read all critics, though, so again let me know.)]

1[I know my joke, the underlying assumption that if the film doesn’t scare the critics some other films must scare them, is rather flat. Of course, what they mean is that a film will scare or will not scare your girlfriend, as you must select a film that will scare her to watch with her in order to put her in the right emotional state. But they can’t say it like that given our culture’s etiquette.]

*

When U.S. wanted a Canal and Colombia refused their conditions, U.S. created Panama from a Colombian province with the help of a few local politicos who called themselves nationalists. Think of it for a moment: Panamanian nationalists… Sardines and the Shark.

*

Climate change has been real for at least several hundreds of centuries: It explains the existence of Sahara in regions where according to cave paintings were green meadows in former times, and why now Spain’s a desert for the most part (cf Ignacio Olagüe).

*

Get ready for the bots tweeting endless lists of #280characters hashtags => Conspiracy of the Bots

*

All the village idiots this side of the Pyreneans [in French territory] will want to join the great medieval state of Catalunya la vella, of course.

Not that I care. You may be smart mercachifles on your side but on this side they’re backward cagots. Care for them. Good riddance.

–Push Fashísts back the other side of the Pyreneans! Wait… they’re Catalógs there too. Si, Perpinyi la vella! A nóstros! Grosso Catalunya!

*

Nothing can justify the brutality of the Spanish gov against Catalans trying to vote. I call for global condemnation. (Birgitta Jonsdonttir, Icelander ‘poetician’)

You should write a poemician about it.

*

Small nations are like small towns: stuffy. With a bigger parasite strata of politicos – more politicos per citizens. (One figure: about 1 French out of 100 is an elected representative, and it’s not even a small country, expect for, as to now, her influence.)

*

[After Oct 1st Las Vegas Shooting] According to some, now any mass shooter is a terrorist, whatever their motivation. Pic: Terrorists Eric Harris and Dylan Klebold #Columbine

Mass shootings in U.S. started as freshman rage, ain’t it so?

*

This deranged terrorist disrupted, traumatized, and terrorized the lives of thousands of people. Killed dozens! Call it what it is.

MDT (Mentally Deranged Terrorism)?

Okay, you’ll have to listen to the pundits this time and rename the classic Texas Chainsaw Terrorism.

*

If Las Vegas shooter used banned weapons, taking his case to call for a ban on weapons is kiddish.

*

Reference French newspaper Le Monde this afternoon, with date Oct 3d, on p.12, “Las Vegas Shooting: at least 2 dead” Bravo! [real figure, already circulating on the Web at that hour, was 58+] Next body count by Le Monde in about 24 hours.

[10-15 days later] Las Vegas death toll’s still 59. Only one died with some delay, a couple of days after the shooting. 59. Seems like psychological marketing: $5.99.

*

The crowd fled at the sound of gunshots. Imagine the deaths if the shooter had a silencer which the NRA [National Rifle Association] wants to meake easier to get. (Hillary Clinton)

Can you put a silencer on an automatic machine gun? [A sarcastic question]

Yes, but they are not effective with sustained fire. (Mag dump after mag dump) (Mr Tr.)

Am I correct to infer that if Stephen Paddock had put a silencer on his automatic gun he wouldn’t have made as many casualties, because if he had wanted his silencer to be effective while shooting he couldn’t have made sustained fire on the crowd? In other words, is it true that if Stephen Paddock had put a silencer on his machine gun he would have made more deaths, or is it a preposterous assumption?

I think he would have done poorly because, to begin with, the crowd would have fled by contagion with the first bodies falling down. The crowd didn’t flee “at the sound of gunshots”: people thought they were crackers [as several witnesses said]. Falling bodies and contagion made the crowd flee.

He would have ran the risk of the silencer overheating and possibly melting from the fully automatic fire. (Mr R.I.)

Thank you. Is it correct to infer that HRC has no clue what she’s talking about?

*

CBS executive fired for saying on Facebook “I’m actually not even sympathetic [with Las Vegas victims] because country music fans often are Republican gun toters.”

If she ends up with a better position in another society of the same group, it will be a promotion, actually.

*

Pictures of Stephen Paddock’s body in his Las Vegas hotel room

The corpse has a foot under a gun (elevated by a bipod). How can one fall under a gun? Did the body fall and then slide?

Did he shoot himself with this machine gun having bipod?

I’m really intrigued by the position of the gun above his left foot. For one, it has to be the weapon he killed himself with (as he can’t have fallen under it), but I try to figure how Stephen Paddock could fall on his back in one direction and the gun could fall on its bipod in the opposite direction. On the other hand, it is unlikely to use an automatic gun with bipod spread out to kill oneself.

So, was he sitting when he killed himself? If he was sitting and only his back fell, he must have been sitting with legs stretched, like the corpse. It is unlikely to sit on the floor like that. If he was sitting on the floor cross-legged, his body would be cross-legged: rigor mortis doesn’t automatically straighten the body. If the was sitting on his bottom with soles on the ground and knees up, post-mortem position would be with bowed spread legs, not stretched legs.

Or did he shoot himself while already laying down? He shot himself in the mouth (picture). This is instant death, no time to stretch the arm again, if he was laying down already.

On this death photography, from which I understand he shot himself in the mouth, we see his shoulders and his chest, and clearly both arms lie along the body. Stephen Paddock was not laying down when he shot himself in the mouth: there’s no hand near his mouth.

We also see the handgun on this picture [a user tells me it was ascertained this is the handgun he used to hill himself]. It confirms that he couldn’t be laying down, as the gun would be stuck in his mouth or lying near his face. Besides, it confirms that his having been sitting is unlikely, because the gun and the hand that handled it fell apart as if after a body-size fall.

All in all, I think the machine gun above his foot has been put there in order to take a pic with spin: Gun Manic Covered With His Guns. In order to further gun control. And if the crime scene has been thus faked, then the most likely responsible for this are the police. Would it be correct to assume that, if asked, U.S. law enforcement would want to end the right to bear arms?

*

It’s important not to give a gun-bearing monopoly to the retards of law enforcement and the military. #RightToBearArms

*

Any organization, anybody may use crisis actors, even when an event is no false flag, just to give a mediatized event some spin. #DIY (Do It Yourself)

*

Twitter’s freedom of expression has been on an inexorable decline. It is enslaved to its US jurisdiction and politics. Although it is substantially better than Facebook that is a very low standard indeed. (Julian Assange)

Facebook could have been the Global Village and Suckerberg et al made it a monopoly of turd.

*

Paris, capital of la France, is so romantic you’ll have to vomit at the end of the day.

*

An Illuminati (Illuminato?) is an a**hole who, because of being ritually anal-ysed, will head a sh*tty bureau six years rather than five.

In fact, it’s more four years rather than three. But if the anal-ysing went particularly smoothly, it could be up to seven years in the garbage collecting bureau.

*

It is the demographic transition that increased the fit man’s burden, as falling birth rates are caused by self-restraint. Unseen in nature, human populations have declined as goods increased. (In nature populations decline due to adverse environments.) The demographic transition resulted from the choice of those endowed with self-restraint (remember that as laws were being passed against child labor, children went from asset to liability), and then appeared a fertility gap. And all this (and the attendant “rise of the criminal”) was long before mass immigration. The rise in criminality predates immigration; and as eugenics was rejected, are new migrants really worse than the autochtonous unfit?

*

You know nothing of a part until you know its relationship to the whole. Now, what do you know of the whole of things?

*

When no terrorist attack or mass shooting the news is boring…

*

The only good politician is a dead politician.

*

The Federalist said: Workers will have no time for politics but that’s ok because industrialists will represent them in Congress. United States of America: 250 years of BS.

*

Netanyahu orders to begin preparations for withdrawing from UNESCO along with U.S. (Press TV)

Proud to have worked at UNESCO. (Their conditions for temporary positions are shameful, though.)

Question is whether Israel knew there was an anti-Israel bias in UNESCO before U.S. left UNESCO because of an anti-Israel bias…

*

Given the tremendous 1990s figures for abortion in U.S., it seems the country knows of no other contraceptive.

*

Rose McGowan was suspended [temporarily from Twitter] because Dorsey wanted to show her his suspenders.

*

“We cannot wait for men to catch up” on sexual assault – Ana Marie Cox responds to an audience question in Ann Arbor. (Pod Save America)

When a woman’s name is Cox, she’s calling for it…

*

If you have more to share about Harvey Weinstein, @mega2e and I are listening. Call, email, or reach us securely at nytimes.com/tips. (Jody Kantor, NYT)

I think he’s Jewish.

*

Who’s the most raped actress in Hollywood?

*

This is a prime example of how you are being complicit in RAPE CULTURE. DO NOT GIVE RAPISTS A PLATFORM. Damn you. (Rose McGowan about NBC Boston)

Before Rose opened my eyes, I thought all rapists were poor. Please shut my eyes again quick, NBC!

*

Politicos are a scourge. Don’t waste my time with your muppets. I’m acquainted with a far loftier breed of men. (Yes, muppets can be a scourge. Like pest.)

*

When sex orgies with underaged girls happen in Annie Hall (1977) by Woody Allen, spectacled buffoons [and the French en masse] say it’s cool. In Annie Hall a friend invites the character played by Woody Allen to a sex orgy with underaged girls; he says no sorry (like he feels tired). But NO BLAME ever, he expresses no sort of disapproval at sex orgies with underaged girls he’s invited to. The fact that Woody Allen is now warning against a “witch hunt” shows the passage wasn’t meant as a denunciation, but rather the contrary.

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In Tetris game as you combine bricks they disappear. In Tetris thinking as you combine words it results in nothingness.

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I’m reading about subversive masterpieces every other day in the papers. But the system’s doing fine, thank you.

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Boob Bowl

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Newspapers’ websites stink. Often as you get there a window pops up “Subscribe to our &c” with two choices: OK or Cancel. Now Cancel would normally refer to your last step, that is, opening the page, not to the pop-up window, for which you’re not responsible. The trick is that many people will click on OK in order not to close the page (cancel their step), although they don’t want to subscribe. They have no reason to think that Cancel means to close the window rather than to close the page, because they called the page and not the window. The trick designers want you to think that you won’t be able to read the page you want to read if you don’t click on OK (Subscribe), by telling you to cancel the pop-up window you didn’t call in the first place.

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A Saudi in Hollywood: starlet set to feature in Tom Clancy TV series. (KAWA News)

Next rape victim. Saudis be proud!

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The insane policy of putting a nation back to toil after decades of entitlement via oil rent will drive Saudi Arabia into chaos.

Saudi Arabia has an advantage for entering postwork economy due to her oil rent-based extreme welfare. She must now go on full automated mode.

Yet Saudization intends to replace Western expats by Saudis rather than by bots…

Western expats lent Saudi Arabia expertise. In order for the Saudis to move forward without them there has to be expertise. (Press TV)

There exist bots called expert systems. My motto for Saudi Arabia is: From oil rent to robot rent. The West lacks audacity and the ethos.

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A poem by Harvey Weinstein the serial rapist: A rose is a rose is a rose is a rose is a rose is a rose is a rose is a

#RoseMcGowan

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Chauvin et Jingo sont dans un bateau. Qui c’est qui rame ? C’est Chauvin.

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Unwanted sexual advance? But OK if wanted? So men should be telepathic? (ramzpaul)

Ask guidance to God. He’ll tell you if this is rapable stuff or not.

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Niger is a country whose name dangerously looks like the N-word. Don’t obliterate Niger from the world.

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To be honest, if ISIS/Daesh blew up some Oscars ceremony some day, I wouldn’t send my prayers. Just to tell you how honest I can be.

I only wish Daesh would warn Crystal the Monkey not to attend the ceremony.

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As actresses start speaking up I’m afraid Weinstein will rape Crystal the Monkey, who can’t talk. Save her!

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In France there’s a taboo on religion statistics, so there’s actually no way to get an idea of the number of conversions to Islam. Mosques certainly have figures. So the Islamic institutions in France know the number of converts, while the French state has no clue.

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Story of the Fake Gay

-Why don’t you have a girlfriend?

-Uh… I’m gay.

-Oh, okay, I thought no girl wanted to go out with you.

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Eight EU countries tell Israel to pay up after destroying solar panels donated to Bedouin village.

European Union is the main financier of the infrastructure systematically destroyed by Israel in Palestine. It’s not the first time she asks for her money back. EU’s been asking for her money back for decades! The situation is ludicrous. She pays, Israel blows it up, she pays, Israel blows it up, she pays… Meanwhile, European tax payers pay for infrastructure on ever smaller pieces of land, until there will be no more Palestine! And, make no mistake, the end of Palestine is only the beginning of the Zio madmen’s hubristic expansion.

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If you think by creeping before the Zios you make them better men, you’re badly mistaken. #BDS

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I kid you not. SOME people think I have ‘White Privilege’ – purely because my Mother was married to my Father. (Heather M.)

In fact, it’s based on supposed past achievements, which would actually demonstrate natural superiority. For some. For some others, it’s based on the Bible. For others, it’s based on a mix of supposed achievements, the Bible, and Zionism. A superior position may actually be demonstrated for the last few hundreds of years, but the large consensus is that the means to it were violence and deceit, deemed contrary to the calling of mankind, and thus this historical superiority evinces no intrinsic right to privilege.

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Chelsea Clinton: I Left the Church When I Was 6 Because It Opposed Abortion.

I left the Church when I was 4 because I preferred reading Kant.

I left the Church when I was 3 because they had no porn magazines.

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The calling of the white race is the call of the wild: a wilderness of white fangs. High-IQ, undemocratic, Socialist yellow race knows it.

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The Left, in democracies’ politics, will always multiply regulations, being forever unable to implement any.

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Richard Branson announces creation of a space center in Saudi Arabia. Because it’s a polygamous country?

Richard Branson (could have said): “I want to work with the Saudis because they’re progressive and polygamous.”

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I work & to my human brothers on welfare, from the bottom of my loving heart I say: Stay where you are! Full automation now!

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For any hashtag whatever, latest tweets are always more fun than top tweets. Always.

#NewYorkAttack

[When you click on a hashtag on Twitter, it forwards you to the tweets using that hashtag. You can choose to see the ‘top’ tweets with the hashtag, those having elicited most responses (retweets, likes, replies), or the ‘latest’ tweets.]

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When I see the Twitter blue badge (verified accounts) a warning light turns on in my brain “Caution: Boring”

The Blue Badge of Garbage

[As I am compiling this anthology, I have just learned Twitter decided to cancel its policy of verified accounts.]

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The French can’t write their own language. So much misspelling… Why don’t they shift to English once and for good?

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The French highjack #NewYorkAttack hashtag. Why not #attaqueàNew-York, you asses? Stop flooding the world with your misspelled tweets. (Misspelled in French. Hashtag is English but they tweet in French.)

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Terror attacks will probably delay mass conversion of the West to Islam for a couple of years.

Europe is reclaiming her Islamic heritage: Al-Andalus, Emirate of Sicily, Greece, Balkans, Central Europe…

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In French a wanker is a do-nothing. But to wank also means to do, like in “What the hell is he wanking?” (Mais qu’est-ce qu’il branle?) “He wanks nothing” (Il branle rien) means “He’s a do-nothing.”

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Pour expulser Serge Thion (1942-2017), le CNRS invoqua le devoir de réserve des fonctionnaires. L’opposer à un chercheur, un historien, quelle indignité !

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1/Scott Ostrem [The Walmart shooter, Nov 1] only wanted to go shopping. But the cashier was very mean. Automation now!

2/Why would a guy with a perfectly good job at a roofing company snap? (Orange Meditation)

Scott Ostrem the roofer. A sh*tty job indeed. Makes perfect sense now.

3/My thoughts go out to Mr Bluskye, Thornton, whose roof has remained unfinished because of truant roofer Scott Ostrem.

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Paris will ban all gas- and diesel-fueled cars by 2030, citing concerns about smog and climate change. (Yale Environment 360)

Municipal elections are every 6 years. No municipal majority can make plans beyond 6 years. It’s just politico trash talk.

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Donald Trump names Jerome H. Powell as his pick to succeed Janet Yellen as head of the Federal Reserve.

Jerome, good, like the major-domo in film Purple Rain. Singer says “Jerome” and Jerome dumps the slut in the trash can. So funny!

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To minorities who are sick of being called racist names in the street: If that can reassure you, I get abused every single time I go out. Sometimes the abusers are minorities. Sometimes females. Surely sometimes gay too.

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The Matrix being a cult film for anti-establishment Americans, is it fair to say that these people are Hollywood cultists?

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Facebook’s laughing emoji looks sarcastic. No good-hearted laugh available there. Tells you how much Suckerberg stinks.

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“Opinions=my own.” A useful phrase for those who have no opinions whatsoever.

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Captain America is a queer. Like all nylon-dressed va-va-voom super queer zeroes.

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Stop yawning, America, and get some sleep. It’s more important than you think. –Cranky, sleep-deprived America got some advice from experts at a Harvard School of Public Health Forum. (Harvard University)

This is the kind of news my institutional employer will never read. And I mean never. (& they’re not even in a conspirationist bubble.)

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As #ROSEARMY in some corners raises new stories of satanic ritual abuse: Can Hollywood rape stories be false memories induced by hypnotherapists?

#ROSEARMY ‘d better prepare its pitch: sooner or later the public will be told all this was but mass hysteria.

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There are two ways to get rid of independent minds: you can starve them to death or you can work them to death.

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Why didn’t I, Rose McGowan, Rosanna Arquette, Annabella Sciorra spoke up earlier? We were followed by ex-Mossad agents. Isn’t that terrifying? Very. (Asia Argento commenting The New Yorker’s paper: Harvey Weinstein hired private investigators, including ex-Mossad agents, to track actresses and journalists)

Mossad’s pronounced in French same as “maussade” which means peevish. I think their reputation suffers from this ridiculous name, in France.

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They all have guns in Cuba. At least that was so in the 70s according to Ernesto Cardenal. Today I don’t know, but why would it be different ? There’s no gun control [in the sense given to it by its advocates in U.S.] in Socialist Cuba. To say it’s Socialist regimes which disarm their citizens is wrong.

Cardenal says all the people in Cuba shoot their guns during carnival or “Day of the National Rebellion.”

Quote : “Y uno, dirigiéndose a  mí: – Además, debes saber esto: aquí toda la gente tiene armas. Éste es el primer gobierno del mundo que le dio armas al pueblo y le enseñó a manejarlas. … Se comenta el hecho de que en Cuba las armas las tiene el pueblo. Con esas armas toda la gente está disparando tiros al aire esta noche [26 de Julio]. Si no se levantan contra la Revolución es porque no quieren, no porque no pueden.” (Ernesto Cardenal, En Cuba, Ediciones Carlos Lohlé, 1972, pp.321 & 327-8)

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Hashtag Games

#WhyImStillSingleIn4Words

All with the gang

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#MondayMotivation

If you think you like your job I can understand you don’t want to go to prison. But otherwise?

Prison, for me, would be bed and boarding and time to write books.

In the grinder of managerial economy job means prison and prison means bed and boarding and time to read. Think about it.

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#BalanceTonPorc

1/ C’était il y a cinq ans. On n’était pas encore mariés.

2/ Son nom est Monica Lewinsky. Elle a agressé un président des Etats-Unis avec des fellations à genoux. En plus c’est vrai qu’elle ressemble à un porc. Vous faites la différence entre un mâle et une femelle, vous, quand vous voyez un cochon ?

Tellement traumatisé qu’il lui a introduit un cigare dans le vagin.

Un autre acte odieux de Monica : impossible d’allumer le cigare (50$) après ça.

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#MeToo

[A hashtag campaign for awareness of sexual harassment and sexual abuse in the wake of Rose McGowan’s denunciations of Hollywood]

40-42 million prostitutes in the world, about half of them slaves plain and simple, and you need a #MeToo hashtag?

Your dear Hillary Clinton has forgiven her dirty Bill, why can’t you do the same, Libtards? [A tweet for which I am amused, and even proud, to have been called a “conservative rapist”]

My name’s Hillary. For the sake of me, stop tweeting #MeToo: I’ve forgiven Bill. Everything.

#MeToo but… I have forgiven Bill. #HillaryForPrison

This lady [a Quebecois user I quote] says men must stop covering each other. But who’s the first to cover their dirty husbands if not their despicable wives?

It was in the Oval Office. Impossible to light that $50 cigar after the assault. #HisHighnessToo

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#IAmHillary

and tell me, Bill, why this $50 cigar smells of oysters

because I am a retard

Sorry #IAmHillary

F*ck me Harvey (#Weinstein)

and I have a small penis

a fictitious character from a Hollywood blockbuster who sucks d*cks

your warm and friendly escort Call +339-68-69

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#IAmSkepticalAbout

God having a Chosen People. It doesn’t make sense.

God dwelt in the Tabernacle and you had to jingle some little bells before coming in. Lest He’d mistake you for a burglar.

Hardworking people who talk. Why don’t they just shut up and work harder?

Bots’ judgment on me.

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Happy Halloween

GIF made from La Casa 3 (Ghosthouse) by Umberto Lenzi

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