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Poésie emberá et kuna contemporaine du Panama

Les poèmes suivants, traduits de l’espagnol en français, sont tirés de l’anthologie Cantos de Abya Yala : Poesía contemporánea de los pueblos originarios de Panamá (2107) (Chants d’Abya Yala : Poésie contemporaine des peuples premiers du Panama), compilée et présentée par le poète panaméen Luis Wong Vega.

L’anthologie est disponible en ligne (ici).

Elle rassemble des œuvres en langue indigène et en espagnol de poètes contemporains des ethnies Ngöbe-Buglé, Emberá-Wounaan (ci-après Emberá) et Guna (ci-après Kuna).

Nous avons retenu des poèmes dont le texte original est en espagnol : pour l’ethnie emberá, trois poèmes de la poétesse Raquel Cunampio, et, pour l’ethnie kuna, des poèmes d’Irik Limnio (un poème), Leocadio Padilla (un), Artibel Igar Mendoza (deux), Aiban Velarde (un), Aiban Wagua (un), ainsi que trois poèmes du plus connu des poètes kuna, Arysteides Turpana.

Aiban Wagua, avec qui je suis en contact par e-mail au sujet des présentes traductions, tient à signaler que quatre poèmes attribués dans l’anthologie au poète Aiban Velarde sont en réalité de sa plume. Ces poèmes sont : Ríos de versos, Me han robado un dios, ¡Qué ganas tengo!, et Véndame los ojos (non traduits ici).

(Aiban Wagua étant un poète à la fois original et important, avec son accord je lui consacrerai sur ce blog la traduction d’un choix plus étendu de ses poèmes, qui fera suite au présent billet.)

*

Emberá

Trois poèmes de Raquel Cunampio

Ces poèmes appellent quelques explications préalables.

Dans le premier poème, la « lune piriati » (ma traduction de luna piriatí) ainsi que la « nuit piriati » (noche piriatí) me paraissent désigner le plus simplement la lune et la nuit de Piriati, c’est-à-dire de la région du Panama où vivent les Emberá (que l’on trouve aussi en Colombie, dans la région frontalière du Chocό, ainsi qu’en Équateur).

Deuxième poème. Cocoloti est le nom d’un maître emberá renommé de musique traditionnelle, chanteur et flûtiste, à qui le poème serait donc un hommage. Je dois cependant à la vérité de dire que le mot est sans majuscule dans le texte original – tandis que certains vers du même poème commencent par une majuscule – et qu’il pourrait donc s’agir, si ce n’est pas une coquille, de toute autre chose que ce dont je viens de parler ; il pourrait ainsi s’agir d’un nom commun en langue emberá dont le sens, même si l’on peut y deviner, mais sans certitude, un terme d’affection, ne se laisse cependant pas trouver sur internet puisque, même en affinant les recherches, on ne trouve que le nom propre dont j’ai parlé.

[Ajout du 3.7.2020. Dans un e-mail du 2 juillet 2020, Raquel Cunampio me confirme que, dans ce poème, cocoloti avec une minuscule est le nom du maître de musique emberá.]

Enfin, dans le troisième poème, le jagua est le suc d’un fruit dont il tire son nom, suc avec lequel les Emberá produisent une teinture d’un noir intense dont ils se couvrent abondamment le corps de motifs symboliques et magiques. La photo ci-desous de Raquel Cunampio la montre avec le visage et les épaules peints au jagua.

Raquel Cunampio (Source: Cantos de Abya Yala, 2017)

Profite de la lune piriati,
du silence
de la tranquillité,
savoure d’être sans lumière électrique,
on est bien comme ça (pour le moment).
Souvent je m’étonne de cette tranquillité…
Belle nuit piriati.

Cette nuit j’ai rêvé
de toi
et me suis réveillée
avec un sourire
que je ne puis cacher
ni effacer…
cocoloti !
Quelqu’un comprend-il ce sentiment ???

Il n’est vêtement
ni maquillage
ni accessoire
qui me fasse sentir aussi belle
que lorsque je me peins au jagua…
quand le jagua et moi
ne faisons qu’un…
car alors devient visible
la vraie beauté
d’être Emberá

*

Kuna

Les Kunas de l’archipel de San Blas dans l’actuel Panama sont connus en France, sous le nom d’Indiens des Sambres, depuis le XVIIe siècle en raison de leur soutien aux flibustiers et boucaniers français – comme d’ailleurs à ceux des autres nationalités – dans leurs entreprises contre les colonies espagnoles en Amérique. Les Kunas en effet, farouchement attachés à leur indépendance, voyaient dans la flibuste un moyen de contrer les empiètements des Espagnols sur leurs territoires.

Plus tard, ce même esprit d’indomptable liberté leur fit proclamer en 1925, au cours de la Révolution kuna (Revoluciόn guna ou Revoluciόn dule), célébrée depuis lors chaque année, une république autonome, la République de Tulé (República de Tule) (dont le drapeau, que les Kunas utilisent toujours, représente une croix gammée traditionnelle, symbole d’ailleurs présent chez de multiples ethnies amérindiennes). Le retour des Kunas, la même année, dans le giron du Panama se fit à la condition seulement de garantir une large autonomie à la région de San Blas ; cet accord et l’autonomie qu’il établit perdurent jusqu’à nos jours.

Les Kunas, leur vision du monde, leur cosmogonie sont le sujet du poème éponyme du recueil Los ovnis de oro (Les ovnis d’or) d’Ernesto Cardenal.

Nudsugana comunicándose con los aliados (Nudsugana communiquant avec les Alliés), tableau du peintre kuna Oswaldo De Leόn Kantule illustrant un thème de la cosmogonie kuna (Source: sagapanama)

Mouvement du hamac (Movimiento de la hamaca) par Irik Limnio

Tremblant et circulant
le hamac naît
du sourire de l’eau
et de la négation de la mort.
Il s’étend sur les galaxies,
niche dans les sillons du chant
qui procèdent du nombril de l’arbre
avec sa mémoire universelle.

Il va au crépuscule du manguier,
de la banane grillée au feu,
du cocotier qui épanche ses seins,
du poisson qui retourne à la mer
tant de fois.

Il vient berçant et grinçant
et ses grincements nous reposent
dans un labyrinthe humide qui sort des autres
qui ne sont pas encore ou des jarres grises
qui tournent à nos côtés.

*

Un poème de Leocadio Padilla

En pirate, je volai tes mangues mûres, ô femme, sirène abandonnée.
Alors nous fûmes deux esprits naviguant sur l’océan mort.

Nous secouâmes les vagues, l’horizon, avec ma ceinture et ta courbe.
C’est ainsi que nous annonçâmes dans la bouche du firmament l’amour.

Nous fûmes dauphins, parfois baleines, et d’autres fois ressac,
dérivant à la merci des récifs, à la merci du cœur.

Dans la nuit, timide nuit de l’abordage,
je m’éreintais par ton jardin comme un colibri.

Ma sève brute, mes racines te suffoquaient,
comme un pirate je butinais tes sels dans le lit vert.

Dans la nuit timide tes volcans fragiles, mangues mûres,
attisaient une passion endormie dans le noyau de mon cœur.

Tes yeux, océans, m’oublièrent en pleurant.
Ton corps, littoral, se convertit en sable.
Mon corps, étoile fugace, se réduisit en air.
Et nous nous éteignîmes entre sirènes et tritons.

*

La chanson de ma mère (Canto de mi mamá) par Artibel Igar Mendoza

Ma mère, vêtue de fine mola1,
et le hamac berçant un nouveau-né ;
« Quand tu seras grand, tu iras avec ton papa – chante ma mère –
labourer la terre et semer la noix de coco et le maïs… »
La chanson de ma mère et le cliquetis des maracas.
Ainsi tisse ma mère, de ses mains édifiant
Le monde des hommes et des femmes de demain.
Je suis enveloppé dans les rêves de la mélodie de la hutte,
et je rêve au manioc, aux poissons…
de cette strate de la vie je me suis alimenté,
pain et amours d’une aurore nouvelle.
La voix de ma mère est la main
du grand-père Antonio, sculpteur de dieux :
son murmure me sculpta jour après jour,
nuit et jour.

1 mola : La mola est le tissage artisanal des femmes kunas, ainsi que le vêtement ainsi réalisé.

*

Au nom du progrès (En nombre del progreso) par Artibel Igar Mendoza

J’enfielle ma bouche
par des poèmes toujours colonisateurs :
Au nom du progrès, du développement,
de la civilisation…
Cette Amérique latine étouffe des peuples,
arrache avec leurs racines
ceux qui cultivèrent les premiers cette terre.
La terre mère blessée sanglante rampe
sur les chemins et dans les villages indiens.
Ils piétinent la dignité de mon peuple,
et me crient : « Au nom de la civilisation ! »
Ils nous calment par d’hypocrites caresses,
nous disent à l’oreille : « Ta culture est bonne
car elle est notre folklore » ;
« ta religion est intéressante
car elle nous donne notre superstition… »
Ils nous imposèrent un nom,
et nous appelèrent « Indiens »,
et nous prirent nos terres ;
ils nous confinèrent dans des forêts stériles,
nous forcent aujourd’hui à crier avec eux :
« Pour le développement !
Pour la civilisation !
Pour le progrès ! »
Frère indien, armé de rage
pour la ferme brûlée,
pour la fille violée,
pour les enfants qui n’apprennent plus
à saisir l’arc des ancêtres,
unissons nos voix,
redevenons sarbacanes, flèches,
et guerres victorieuses…
Bugasu est avec nous, ainsi que Nele, et Colman2
ils nous demandent de serrer les rangs.
Peu importe combien de temps dure cette lutte ;
l’important est de se battre !

2 Bugasu, Nele, Colman : Bugasu, ou Bugsu, est un dieu kuna (dieu de la guerre). Nele Kantule et Simral Colman sont les deux principaux héros de la Révolution kuna de 1925.

*

En touchant le ciel (Tocando el cielo) par Aiban Velarde

Soudain tu surgis à la pointe du jour,
avec tes premiers regards
en touchant le ciel des mains
jusqu’à faire apparaître la lumière de l’aube
ainsi te vois-je avec tes foulées interdites
à l’heure du vol des papillons
belle, tu nais de l’eau si claire
tu possèdes ce que je cherche
l’œillet dans tes mains
je ne sais pourquoi la lune reflète dans tes yeux la danse de la pluie
je ne sais pourquoi tes cheveux de jais chantent à la lune sur la mer
rien ne vient à mon cœur qu’à travers toi
car tu es à portée de mes yeux
tu es comme la pleine lune car mes mains te touchent à peine
ne disparais pas au-delà des vagues
reste à la fenêtre avec moi
toutes les nuits que tu voudras
oui tous les matins que tu voudras
je sais que tu retourneras te réfugier dans la mer sereine
pour rêver en un hamac
un peu plus bleu que la mer

*

Je voulus façonner un talisman (Pretendí labrar un talismán) par Aiban Wagua

Je voulus façonner un talisman en bois d’igua’uala3 ;
me dicter à moi-même des trilles et des rires.
Je voulus dire que l’Indien d’Amérique
n’avait pas de quoi se plaindre,
ayant encore les œufs de l’iguane,
le chinchard et la sardine et la forêt et la malaria.
Je voulus que mes vers
eussent l’innocence d’un enfant
un bec de toucan
une plume de chapeau d’Indien.
Je voulus me faire nuit
et pardonner à la poussière
et faire de la pluie une surprise.
Je voulus me taire,
me coucher sur le rivage d’Ustupu4,
déchiffrer le sourire des bonnes gens
et croire que nous sommes tous égaux devant la Loi.
Je voulus que se cachât le soleil,
que le nuage fût étoile
et l’eau un chapelet
de coquillages verts
et ma douleur une prière de cristal.
Je voulus ne rien dire
et rimer des vers
sur chaque écharde de roseau sauvage ;
embaumer mon panier de menthe…
Je voulus que tout fût doux,
clair, divin, simple.
Je voulus que ces vers fussent lus
par un enfant libre une fleur à la main.
Et l’arête de la lumière
me contraignit à dire
que quelqu’un pleurait…

3 igua’uala : nom kuna de l’arbre Dipteryx panamensis.

4 Ustupu : une île de l’archipel de San Blas.

*

Je t’avais rêvée si souvent (Ya te había soñado muchas veces), par Arysteides Turpana Igwaigliginya

Et de tant te rêver tu pris corps
Devant mes yeux et tu grandis
Verdoyante comme l’arbre joyeux
De l’écosystème enchanté
Dans mon humble cœur tu édifias ta maison
Là tu parvins au fond de ton souffle vital
Tes flammes à la fin trouvèrent leurs racines

Il pleut sur les habitations de l’archipel (Llueve sobre las moradas del archipiélago) par Arysteides Turpana

Avec la tristesse sépulcrale d’un vers de Verlaine
Sous le firmament fébrile des fulgurances
Les cocotiers délirent des arias aux paroles absurdes
– Désirs inutiles de remuer ton corps –
Que comprend assez la lumière de mes passions
Dans ces Ayligandi5 artificielles de châteaux où
Sans toi la moitié de mon hamac est de trop

5 Ayligandi : ou, plus souvent, Ailigandi, une île de l’archipel de San Blas.

Ma maison se situe entre l’enfance et le rêve (Mi hogar queda entre la infancia y el sueño) par Arysteides Turpana

Dans le village où je suis né
Hommes et femmes
se nourrissent de poisson et
de fruits de mer
dule masi6
Dans le village où je suis né
Sous une pulsation de ténèbres
On entend grincer les hamacs

Dans mon village marin
Quand vient la pêche aux tortues
Des fleurs éclosent dans la cocoteraie
Et le Vent du Sud répand
Des parfums de prune.
Ainsi viennent les pluies
Dans mon village
Avec le mois de mars
Au-delà de la rizière dévastée
par les cochons sauvages

Un cri clair, fort :
Aux roseaux blancs
De ma maison arrive
Le vent

Il aura mille yeux saturant
la maison
Avec le feu de bois vert
Quand mon cœur sensuel
païen
Cessera de battre pour toujours
Mais seulement deux larmes
familières
couleront sur la tombe que
j’attends

La lanterne de ma pirogue s’est éteinte
Couvert d’ombres, glacé,
je cherche une voix humaine
– Il n’y a que le clapotis des rames –

6 dule masi : plat traditionnel kuna.

Americanismos 6: Bantuismos

Afin de compléter notre lexique d’Americanismos (I-V) (rendez vous en Table des matières, Onomasticon [x], pour consulter les travaux précédents), nous avons eu recours au Diccionario de bantuismos en el español de América (SIAL Ediciones/Casa de África, Madrid, 2013) de la chercheuse cubaine Gema Valdés Acosta. Nous avons recueilli dans ce dictionnaire de « bantouismes », c’est-à-dire de mots d’origine bantoue, un certain nombre de termes nous paraissant intéressants pour la connaissance de la culture latino-américaine. Les définitions ont été traduites en français.

Beaucoup de termes retenus ont un rapport avec la religion afrocubaine, en particulier avec le palo monte d’origine bantoue, tandis que l’autre religion afrocubaine majeure, la santería, est quant à elle d’origine yoruba. (Le vaudou haïtien quant à lui est originaire de l’ancien royaume du Dahomey, aujourd’hui Bénin –pays où a d’ailleurs été instituée une Journée nationale du Vodoun, le 10 janvier– et Togo, dont la capitale Lomé comporte un célèbre marché des féticheurs.)

Il est important de souligner d’emblée que les mots d’origine bantoue ne sont qu’une partie des mots d’origine africaine dans la langue espagnole d’Amérique. Un titre tel que Americanismos 6 : Bantuismos, peut d’ailleurs paraître équivoque dans la mesure où l’on semble ainsi donner aux mêmes mots une origine à la fois américaine et africaine ; or il s’agit de voir que ces bantouismes ont été introduits dans l’usage de la langue espagnole via les populations africaines d’Amérique, et que ce sont donc à proprement parler des américanismes d’origine africaine (et bantoue). C’est bien ainsi que l’entend Francisco Santamaría dont l’important Diccionario de americanismos est l’origine du présent travail.

Les américanismes d’origine bantoue déjà référencés sur ce blog sont : Bilongo (Americanismos III) et Calimba (II). Les autres africanismes, d’origine non bantoue, déjà référencés sont : Babul (Americanismos III), Baní (III), Calungo (I) (selon G. Valdés Acosta, l’étymologie de calungo est différente de celle du terme calunga ici repris, mais selon Santamaría le terme calungo est bien un africanisme, sans qu’il précise son origine exacte), Mandinga (III), Ñáñigo (I) (et tout le vocabulaire propre à cette société secrète afrocubaine), Yolof (III).

Sauf indication contraire, les présents américanismes sont propres à l’espagnol de Cuba ; dans la mesure où une grande partie de ce vocabulaire dérive du palo monte, dans le contexte duquel il est au premier chef employé, il est évident que ce même vocabulaire doit se retrouver dans toutes les communautés hispanophones de cette religion, en particulier dans l’ensemble des Caraïbes. Les principales exceptions à l’origine cubaine concernent la culture afrocolombienne.

Le Brésil étant un autre pays fortement marqué par le développement endogène d’une culture afroaméricaine, j’ai cherché si les termes retenus existaient en portugais (du Brésil). Les résultats de ces recherches dans le dictionnaire Michaelis en ligne ont été ajoutés aux définitions et traduites (ces définitions sont indiquées par la mention BR). Enfin, lorsque le terme est référencé par le Dictionnaire de l’Académie royale espagnole –et c’est à vrai dire l’exception plutôt que la règle–, j’ai de même ajouté cette définition et l’ai traduite (elles sont marquées par les initiales DLE, pour Diccionario de la lengua española).

Les principales abréviations sont : m. substantif masculin, f. substantif féminin, s. substantif, vt. verbe transitif, et Col. Colombie. Mes remarques sont entre crochets [ ].

En ce qui concerne l’étymologie des termes, que nous avons reprise chaque fois qu’elle nous semblait présenter un intérêt particulier, Valdés Acosta recourt principalement au Dictionnaire kikongo-français (1936) du missionnaire luthérien suédois Karl Laman (Karl Edvard Laman), et au Dictionnaire kikongo et kituba-français (1973) du père jésuite Pierre Swartenbroeckx. Ces deux références sont respectivement marquées dans le présent glossaire par les initiales KL et PS. (Le recours au français pour ces dictionnaires s’explique par la colonisation française et belge de la plus grande partie des régions d’Afrique peuplées par les Bantous.)

*

Ambilar (vt). Col. Técnica de pesquería consistente en deslumbrar con una tea (ambil) a los peces que duermen en la orilla.

Technique de pêche consistant à éblouir avec une torche (un ambil) les poissons qui dorment au bord de la rive.

Bombofinda (m). Elefante. KL bombokoto, bomboló, grandeza, de gran tamaño; mfinda, monte, bosque. Empacasa (m). relig. Elefante. (Los creyentes cubanos prefieren la forma ortográfica mpakasa.)

Éléphant. L’étymologie en est : « grandeur », ou « de grande taille », et « forêt », servant, donc, à désigner le grand habitant des forêts du Congo. Empacasa. Éléphant (dans le contexte religieux du palo monte). (Les pratiquants cubains préfèrent la forme orthographique mpakasa.) [C’est-à-dire une forme moins castillanisée du mot. Cette remarque se répète pour nombre d’entrées de ce lexique mais ne sera pas traduite pour les entrées suivantes.]

Bularia (f). Col. Bruja joven que vuela.

Jeune sorcière capable de voler dans les airs.

Calunga (f). 1 Mar, océano ; Mama Calunga, nombre de una divinidad conga del mar. 2 Col. muñeca negra.

Mère, océan ; Mama Calunga, nom d’une divinité kongo de la mer. 2 Poupée de couleur noire.

Calunga (f) Entidade espiritual que, nos cultos e entre a população de origem banta, representa a força da natureza, especialmente o mar, a morte ou o inferno. 2 Qualquer uma das divindades secundárias dos cultos de origem banta que, nos cultos de umbanda popular, representa um dos elementos integrantes da linha de Iemanjá, associada ao mar e à água. 3 Imagem de uma dessas divindades. 4 Cada um dos bonecos usados no maracatu, representando Dom Henrique e Dona Clara e que são carregados pelas dançantes enquanto arrecadam dinheiro do público. (BR)

Entité spirituelle qui, dans les cultes et parmi les populations d’origine bantoue, représente la force de la nature, et notamment la mer, la mort ou l’enfer. 2 L’une ou l’autre des divinités secondaires des cultes d’origine bantoue, qui, dans les croyances populaires de l’umbanda [religion afrobrésilienne d’origine bantoue], appartiennent à la lignée de Iemanja [déesse des eaux et mère des dieux], associée à la mer et à l’eau. 3 Image d’une de ces divinités. 4 Chacune des poupées utilisées dans le Maracatu [certaine procession dansée de la religion afrobrésilienne], Don Henrique et Dona Clara, et portées par les danseurs quand ils font la quête auprès du public. [Il ne semble pas que ces figures soient toujours Don Henrique et Dona Clara, puisque par exemple la calunga de Recife sculptée en 1909 s’appelle Dona Joventina. Il se pourrait par ailleurs que cette forme d’expression culturelle afrobrésilienne se confonde avec d’autres, telles que les congadas –à titre de (mauvaise) traduction : « congolaiseries »–, qui mettent en scène des personnages plus ou moins légendaires du passé africain, comme le roi Cariongo (ou Henrique) et la reine Ginga (ou Clara ?) (dont le modèle est clairement Njinga o Nzinga, reine du Ndongo et du Matamba, dans l’actuel Angola, de 1626 à 1663, qui donna du fil à retordre aux Portugais), personnages parfois incarnés également dans les maracatu (voyez Lubolo).]

Calunga Dona Joventina du Maracatu Nação Estrela Brilhante de Recife, ici exposée au Museum do Homem do Nordeste. Source: leiaja.com

Chamalongo (m). Nombre de una deidad conga. 2 Sistema adivinatorio del Palo Monte. 3 Cementerio. ([Entre las posibles etimologías] PS longo, rito de circuncisión o de iniciación en sectas secretas.)

Nom d’une divinité kongo. 2 Système de divination du palo monte. 3 Cimetière. Parmi les possible étymologies rapportées par G. Valdés Acosta : rite de circoncision ou d’initiation des sociétés secrètes.

Chimbumbe (m). Col. Diablo. 2 Ser mitológico local.

Diable. 2 Créture légendaire locale.

Empanda (f). Brujería muy mala. KL vanda mpandu, practicar la magia, la necromancia. (Los creyentes cubanos prefieren la forma ortográfica mpanda.)

Sorcellerie hautement maléfique. Étym. Pratiquer la magie, la nécromancie.

Embanda (f). Guia espiritual ou assessor religioso da umbanda. (BR)

Guide spirituel ou diacre de l’umbanda. [Je place les deux termes ensemble en raison de leur similitude, qui pourrait indiquer une origine commune, bien que leurs sens, tout en relevant d’un contexte a priori commun, ne se confondent pas.]

Encuyo (m). Receptáculo o ‘prenda’ de pequeño tamaño con poderes mágicos usado en la religión Palo Monte. KL nkuyu, espíritu del muerto. (Los creyentes cubanos prefieren la forma ortográfica nkuyo.)

Réceptacle de petite taille possédant des pouvoirs magiques et employé dans le palo monte. Étym. L’esprit d’un mort. [Voyez Enganga, le « chaudron », pour le « réceptacle » de plus grande taille qui représente le véritable instrument mystique du palo monte.]

Endimbo (m). relig. Mezcla que contiene jabón de lavar, dulce de guayaba y cenizas. Esta mezcla se aplica sobre el tambor mayor para dar mayor sonoridad. (Los creyentes cubanos prefieren la forma ortográfica ndimbo.)

Mélange de savon, compote de goyave et cendres que l’on applique sur le tambour principal des cérémonies du palo monte afin de lui conférer une plus grande sonorité.

Endongo (m). Brujo del sistema religioso del Palo Monte. KL ndongo, gran jefe. (Los creyentes cubanos prefieren la forma ortográfica ndongo.)

Sorcier dans le palo monte. Étym. grand chef.

Endoqui (m). Espíritu de persona fallecida. 2 Brujo. 3 Diablo, demonio, espíritu maligno. (Los creyentes cubanos prefieren la forma ortográfica ndoki.)

Esprit d’une personne défunte. 2 Sorcier. 3 Diable, démon, esprit maléfique.

Enfula (f). Pólvora, generalmente utilizada con fines mágicos. KL mfula, pólvora, polvos mágicos. (Los creyentes cubanos prefieren las formas ortográficas mfula y nfula.)

Poudre généralement utilisée à des fins magiques. Étym. Poudre, poussières magiques.

Enfumbi (m). Muerto. 2 Espíritu. 3 Médium en el sistema religioso del Palo Monte. (Los creyentes cubanos prefieren las formas ortográficas mfumbi y nfumbi.)

Un mort. 2 Esprit. 3 Médium dans le palo monte.

Vumbe (m). Morto ou o espírito de pessoa morta. Tirar a mão de vumbe, realizar cerimônia religiosa para que o espírito da felicidade se desprenda das coisas materiais e encontre seu caminho para o mundo espiritual. (BR)

Un mort ou l’esprit d’une personne morte. « Prendre la main du ~ », conduire une cérémonie religieuse pour que l’esprit de la félicité [?] se détache des choses matérielles et trouve son chemin vers le monde spirituel.

Enganga (f). Receptáculo donde se concentran las fuerzas mágicas de las creencias del Palo Monte, también llamada ‘caldero’ y ‘prenda’. Tata Enganga (m), persona de alta jerarquía que ejerce la religión palera. (Los creyentes cubanos prefieren la forma ortográfica nganga.)

Réceptacle où sont concentrées les forces magiques dans les croyances du palo monte, également appelé « chaudron » ou « gage ». Tata Enganga, personnage haut placé dans la hiérarchie du palo monte.

Nganga (enganga) de palo monte. Source: Pinterest.

Ganga (m). Sacerdote gentio no Congo. 2 Em Angola, feiticeiro que, segundo a crença local, é capaz de adivinhar e nomear o responsável por um assassinato. 3 Termo que, no Brasil, os escravos usavam como equivalente a senhor. (BR)

Prêtre païen du Congo. 2 En Angola, sorcier qui, selon les croyances locales, est capable de deviner et nommer le responsable d’un crime. 3 Terme que les esclaves du Brésil utilisaient comme un équivalent de « monsieur ».

Engombe (m). Ganado vacuno. 2 Médium de los espíritus en el sistema religiose del Palo Monte. (Los creyentes cubanos prefieren la forma ortográfica ngombe.) Engombo (m). Brujo adivino. 2 Médium de los espíritus en el sistema religioso del Palo Monte. (Los creyentes cubanos prefieren la forma ortográfica ngombo.)

Animal bovin. 2 Médium des esprits dans le palo monte. Engombo. Devin. 2 Médium des esprits dans le palo monte.

Enquisi (f). Brujería, generalmente sobre pequeña escultura humana; hechizo. 2 Suelo, tierra. Tata Enquisi, sacerdote del Palo Monte de menor jerarquía. KL nkisi, fetiche, sortilegio, encantamiento, fuerza mágica, delirio causado por brujería (kikóongo). (Los creyentes cubanos prefieren la forma ortográfica nkisi.)

Sorcellerie, en général pratiquée sur une statuette de forme humaine ; sortilège. 2 Sol, terre. Tata Enquisi, prêtre mineur dans le palo monte. Étym. Fétiche, sortilège, enchantement, force magique, délire causé par un sortilège (langue kikongo).

Ensembe (m). Paño que se utiliza para cargar en la espalda a los niños mientras la madre trabaja, cargador.

Bande d’étoffe servant à porter les enfants sur le dos pendant que la mère travaille.

Ensó (m). Casa. Muna ensó, pequeño cuarto donde se realizan las ofrendas ceremonias rituales en la religión Palo Monte, lit. ‘hacia la casa’. Ensó fua, cementerio, lit. ‘casa del muerto’. (Los creyentes cubanos prefieren las formas ortográficas nso y nzo.) Entoto (m). Tierra. 2 Cementerio.

Muna ensó, petite salle où sont pratiquées les offrandes, dans la religion du palo monte, littéralement « vers la maison ». Ensó fua, cimetière, litt. « maison du mort ». Entoto. Terre. 2 Cimetière.

Lombe (f). Mujer bonita. KL nlombé, marca de distinción de las mujeres del rey Nsundi.

Belle femme. Étym. Marque de distinction des femmes du roi Sundi. [Les Sundi sont un peuple bantou d’Afrique centrale.]

Lombanfula (m). Expresión religiosa de origen bantú que utiliza el agua en sus ritos, se diferencia del Palo Monte en que no tiene en su religión la enganga. Sus últimos creyentes se localizan en la región central de Cuba (Placetas, Sagua la Grande y Remedios). KL lomba, demandar, preguntar a un oráculo, interrogar; mfula, pólvora mágica.

Forme religieuse d’origine bantoue qui utilise l’eau dans ses rites et se différencie du palo monte en que sa religion ne possède pas d’enganga (voyez ce mot). Ses derniers fidèles se trouvent dans la région centrale de Cuba (Placetas, Sagua la Grande et Remedios). [Cette allusion aux « derniers fidèles » semble indiquer un déclin.]

Lubolo (m). Cuba, Arg., Ur. Denominación de grupe étnico de origen bantú. 2 Ur. Blancos pintados de negros en el carnaval de Montevideo.

Nom d’un groupe ethnique d’origine bantoue (Cuba, Argentine et Uruguay). 2 En Uruguay, nom donné à des Blancs peints en noir lors du carnaval de Montevideo.

DLE (adj.) Ur. Perteneciente o relativo a una agrupación de carnaval compuesta por personas de raza negra y por personas de raza blanca pintadas de negro, que actúan al compás de tamboriles. (m y f) Integrante de una agrupación lubola.

(adj.) Relatif à un ensemble carnavalesque composé par des personnes de race noire et par des personnes de race blanche peintes en noir, défilant au son de tambourins. (m/f) Membre d’un tel ensemble.

[Le fait de se peindre le visage en noir se retrouve également dans le maracatu cearense, de la province de Ceará au Brésil, où il a peut-être à voir avec le fait que les calungas (voyez ce mot) ou poupées tutélaires de ces processions, sont noires. Les Brésiliens insistent sur le fait que ce maquillage, le negrume, n’a pas les connotations du blackface (blackface minstrelsy) aux États-Unis.]

Blackface Queen, Maracatu Cearense. Source: GGN

Maracuta Vozes da África. Source: Diário do Nordeste.

Lucancasi (m). Diablo. KL nkasi, crueldad; nluka, centro donde brotan las innombrables fuerzas de Dios en todas direcciones.

Diable. Étym. « Cruauté », et le centre d’où jaillissent les innombrables charismes de Dieu dans toutes les directions.

Macatú (m). Col. Danza dedicada a Calunga. KL maka, ver un espíritu, espectro, cosa maravillosa.

Danse dédiée à Calunga. Étym. Voir un esprit, un spectre ou une chose surnaturelle. [Cette danse semble donc liée à l’origine à des phénomènes visionnaires.]

Macuto (m). 1 relig. Pequeña bolsa con poderes mágicos. 2 Bolsa, bulto, paquete pesado.

Petite bourse aux pouvoirs magiques. 2 Bourse, ballot.

DLE (m). Mochila, especialmente la del soldado.

Sac, en particulier celui du soldat (havresac).

Macuta, Macuca (f). Antiga moeda de cobre que circulava entre os nativos de Angola. (BR)

Ancienne monnaie de cuivre en circulation chez les peuples natifs d’Angola. [J’ignore si l’étymologie est commune entre le terme espagnol et ce terme brasilo-portugais ressemblant. Je note toutefois une parenté conceptuelle entre la monnaie (le contenu) et une bourse (le contenant). L’existence d’une ancienne monnaie métallique, d’origine apparemment locale, en Afrique subsaharienne attire par ailleurs mon attention.]

Mambo (m). 1 Palabra, discurso ritual. 2 Canto o frase rítmica que en los ritos del Palo Monte se vincula a las transes. 3 Género bailable de mediados del siglo XX de origen cubano que contiene partes cantadas. (Valdés Bernal opina, siguiendo a Dalgish, que procede del vocablo yoruba mambo, ‘hablar’.)

Parole, discours rituel. 2 Chant ou phrase rythmique associée à la transe dans le palo monte. 3 Musique du milieu du vingtième siècle d’origine cubaine, avec des parties chantées ; danse accompagnée par cette musique. [Le mambo, comme genre musical et comme danse, est évidemment bien connu puisqu’il a été popularisé internationalement par des disques ainsi que des films de grande diffusion ; l’origine de son nom l’est beaucoup moins.]

Maranguango (m). Col. Mezcla de líquidos para un maleficio; veneno. KL malangua, lugar donde se guardan las botellas del malafo (vino de palma).

Mélange de liquides servant à un maléfice ; poison. Étym. Lieu où sont gardées les bouteilles de vin de palme.

Maso (m). Persona que tiene un santo o espíritu en su cabeza. PS mazowa, iniciación religiosa.

Personne possédant un saint ou un esprit dans la tête. Étym. Initiation religieuse. [Les religions autochtones d’Afrique subsaharienne ont une forte composante initiatique.]

Matari (f). Piedra. 2 Piedra con poderes mágicos de los rituales congos en Cuba.

Pierre. 2 Pierre dotée de pouvoirs magiques, dans les rituels kongo à Cuba.

Mayombe (m). Sacerdote con jerarquía y vastos conocimientos del sistema religioso Palo Monte. Palo Mayombe, variante del Palo Monte que trabaja el mal. 2 Tercer momento de consagración a Ensambi. 3 Denominación étnica de esclavos de origen bantú. KL mayombe, jefe supremo, príncipe, gobernador, título honorífico.

Grand prêtre, aux connaissances étendues, dans le palo monte. Palo mayombe, variante du palo monte dédiée à la magie noire. [La distinction ne semble pas toujours faite de cette manière entre le palo monte et le palo mayombe ; par exemple, la page Wikipédia française donne les deux appellations comme synonymes.] 2 Troisième moment de la consécration à Ensambi [Dieu]. 3 Nom ethnique d’esclaves d’origine bantoue. Étym. Chef suprême, prince, gouverneur, titre honorifique.

DLE (m). Culto afrocubano de origen bantú.

Culte afrocubain d’origine bantoue.

Mayumba (). Fetiche contra la locura. KL ma-yumba, enquisi que causa la tristeza, la locura.

Fétiche contre la folie. Étym. Fétiche cause de tristesse, de folie.

Quini-quini (m). Talla de madera con poderes mágicos. KL kiini, talla en forma humana de los espíritus, hecha para actos rituales. PS kini, talla de ídolo del espíritu de los muertos.

Statue de bois taillé dotée de pouvoirs magiques. Étym. (selon Laman) statue taillée en forme humaine représentant les esprits, sculptée en vue des actes rituels ; (selon Swartenbroeckx) idole de l’esprit des morts.

Quiñumba (m). Brujo; brujería. 2 Muerto; fantasma. 3 Cabeza; calavera. 4 Variante para hacer el mal en los sistemas religiosos de origen bantú en Cuba. KL quinyumba, espíritu, fantasma, malos espíritus, espíritu de un muerto.

Sorcier ; sorcellerie. 2 Un mort ; un fantôme. 3 Tête ; crâne. 4 Variante consacrée à la magie noire dans les systèmes religieux d’origine bantoue à Cuba. Étym. Esprit, fantôme, mauvais esprits, esprit d’un mort.

Quimbanda (m). Sacerdote do culto angola-congo, ao mesmo tempo com função de curandeiro. (f) Linha da umbanda, denominada popularmente umbanda de linha negra, por incluir em suas práticas o culto aos exus e supostos malefícios encomendados a pessoas, animais e objetos. 2 Por ext. o conjunto das práticas e rituais desse culto. (BR)

Quimbanda. (m) Prêtre du culte angolano-congolais, qui exerce en même temps une activité de guérisseur. (f) Branche de l’umbanda, dénommée populairement umbanda du versant noir en raison du fait qu’elle inclut dans ses pratiques le culte aux exu (intercesseurs) et de supposés maléfices envers personnes, animaux et objets. 2 Par extension, l’ensemble des pratiques et rituels de ce culte.

Yimbi (s). Iniciado en el sistema religioso de Palo Monte. KL nkimba, sociedad secreta, persona iniciada en sus misterios.

Personne initiée au système religieux du palo monte. Étym. Société secrète, personne initiée à ses mystères.

Yimbibula (f). Fiesta religiosa.

Fête religieuse.