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Journal onirique 11

Période : juin-juillet 2020.

Les initiales des prénoms sont rendues aléatoires par des jets de dés. Je ne rappellerai pas cette procédure lors des publications suivantes du journal.

Sans titre, de Cécile Cayla Boucharel

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Au sommet d’une côte, au crépuscule, je découvre un spectacle saisissant. Un château se dessine à quelque distance dans le cercle d’une pleine lune de couleur rouge pâle. C’est la grande lune telle qu’on la voit à son lever, en position basse près de la terre, mais comme un reflet on voit aussi, plus haut dans le ciel, la petite lune, elle aussi rouge pâle. Ces deux lunes différentes par la taille sont comme une illustration du phénomène étrange par lequel on voit la lune plus grande près de l’horizon que haut dans le ciel bien qu’elle soit dans tous les cas à la même distance de nous – phénomène sur lequel revient à plusieurs reprises le philosophe Alain dans ses Propos et dont Schopenhauer a donné une explication qui se contredit†. La grande lune qui encercle le château a de surcroît un halo vert, qui s’étend sur la pénombre autour et dans lequel volent des oiseaux.

La magnificence de ce spectacle dépendant principalement de la position transitoire de la grande lune, laquelle, en se déplaçant, va mettre immanquablement fin à la perspective dont je profite, je me hâte d’en prendre des photos avec mon téléphone portable. Dans mon empressement, j’ai conscience d’être maladroit. Après que j’ai pris trois ou quatre photos de suite, la perspective a disparu et ne présente plus la même beauté. En regardant les photos que je viens de prendre, je constate qu’elles sont plus nombreuses que je croyais, mais, comme je m’y attendais, toutes ratées et sans intérêt. À la suite de ces photos viennent, dans mon téléphone, des images pornographiques.

†Voici un Propos d’Alain à ce sujet et le passage en question dans Schopenhauer.

La lune à son lever, Propos d’Alain (Émile Chartier) du 18 juillet 1921

Je rencontrai le philosophe en même temps que la pleine lune, à son lever, montrait son large visage entre deux cheminées. « Je m’étonne toujours, lui dis-je, de voir le disque lunaire plus grand que je ne devrais. » Sur quoi il voulut bien m’instruire : « Ni au zénith, dit-il, ni à son lever, vous ne voyez le globe de la lune comme il est ; ce ne sont que des apparences, qui résultent à la fois de la distance où se trouve l’astre, et de la structure de vos yeux. Par l’interposition d’une lunette grossissante, vous verriez encore une autre apparence ; il faut toujours s’arranger des instruments qu’on a. » À quoi je répondis : « Fort bien ; et je m’en arrange ; mais je ne m’arrange point aussi aisément de cette lune si grosse à son lever, car c’est par un faux jugement que je la vois telle, et non par un jeu d’optique. » « La réfraction, dit-il, est un jeu d’optique. » « Il est vrai, répondis-je, mais la réfraction n’a rien à voir ici. » Il se moqua : « Mais si, dit-il, c’est toujours, ou à peu près, le bâton dans l’eau, qui paraît brisé. Toutes ces illusions se ressemblent, et sont d’ailleurs bien connues. »

J’avais roulé un morceau de papier en forme de lunette, et j’observais l’astre, tantôt avec l’œil seulement, tantôt au moyen de cet instrument digne de l’âge de pierre, émerveillé de voir que la lune, dès qu’elle était isolée des autres choses par ce moyen, reprît aussitôt la grandeur qu’on est accoutumé à lui voir lorsqu’elle flotte en plein ciel. « Les astronomes, lui dis-je, savent tous que l’apparence de la lune n’est pas plus grande à l’horizon qu’au zénith ; vous pourriez vous en assurer en la regardant à travers un réseau de fils tendus et entrecroisés, comme ils font. Mais ma simple lunette de papier suffit presque pour ramener à l’apparence ce fantôme de lune, que mon imagination grossit. Et, donc, laissons aller le bâton brisé par la réfraction. Ce n’est pas ici la structure de mes yeux qui me trompe, ni le milieu physique interposé. Que la lune me paraisse plus petite d’ici que si je m’en rapprochais de quelques milliers de kilomètres, voilà une illusion ; mais que je la voie plus grosse à l’horizon qu’au zénith, cela n’est pas. Même dans l’apparence, cela n’est pas ; je crois seulement la voir plus grosse. Mettez votre œil à ma lunette. » « Je ne l’y mettrai point, dit-il, parce que je sais que vous vous trompez. » Il est bien impertinent de vouloir montrer à un philosophe une expérience qui trouble ses idées. Je le laissai, et je poursuivis mes réflexions.

Quand on a décrit l’apparence, quand on a fait voir qu’elle traduit la réalité en la déformant d’après la distance, d’après les milieux interposés et d’après la structure de l’œil, on n’a pas tout dit. On a oublié, ce n’est pas peu, ce genre d’erreur qui semble apparaître, si l’on peut ainsi dire, et qui ne répond même pas à l’apparence. Aussi, pour saisir l’imagination en ses folies, cet exemple est bon. Malebranche ne l’a point ignoré ; et plus récemment Helmholtz l’a rapproché de ces montagnes et de ces îles, qui, dans le brouillard, semblent plus grandes qu’à l’ordinaire. Au reste les explications qu’ils donnent l’un et l’autre de ce jugement faux sont peu vraisemblables. De toute façon, et notamment pour la lune, je dois accuser un mouvement de passion, un étonnement qui ne s’use point, de voir cet astre s’élever parmi les choses, et qui me trompe sur l’apparence elle-même, faisant ainsi monstre de mon opinion seulement. Vous qui croyez que les dieux n’apparaissent plus, allez voir la lune à son lever.

Alain impute donc cette étrange illusion –ce « jugement faux »– à un « mouvement de passion », car elle ne peut s’expliquer selon lui par les effets d’optique qui produisent les autres illusions auxquelles nos yeux sont sujets. Si j’ignore quelles sont les explications « peu vraisemblables » qu’en ont donné Malebranche et Helmholtz cités ici, Schopenhauer en a donné une qui, non seulement donne raison à Alain quand au fait que les lois de l’optique ne sont pas en jeu dans ce phénomène (c’est-à-dire qu’Alain aurait pu trouver confirmation de son point de vue dans Schopenhauer, s’il l’avait lu, comme d’ailleurs beaucoup de philosophes ultérieurs à Schopenhauer, dont je suspecte certains d’avoir tu leurs influences et leurs sources et manqué de cette façon à la probité intellectuelle – celui que personne ne cite car il a tout dit !), qui lui donne raison à ceci près que pour Schopenhauer le bâton brisé n’est pas non plus un pur jeu d’optique, mais qui pourrait aussi être séduisante et convaincante si, comme je l’ai dit, elle ne se contredisait pas. La voici.

Le monde comme volonté et comme représentation, Livre I, §6

Il existe bien d’autres exemples de ces apparences ou illusions de l’entendement : le bâton plongé dans l’eau et qui paraît brisé ; les images des miroirs sphériques qui se produisent un peu en arrière de la surface, si elle est convexe, et à une grande distance en avant lorsqu’elle est concave ; la lune qui paraît beaucoup plus large à l’horizon qu’au zénith ; cet effet ne résulte nullement des lois de l’optique puisqu’il a été établi, grâce au micromètre, que l’œil aperçoit au zénith la lune sous un angle visuel un peu plus grand qu’à l’horizon. C’est que l’entendement juge de la lune et des étoiles comme s’il s’agissait d’objets terrestres ; il attribue alors à l’éloignement la diminution d’éclat de ces astres, dont il apprécie la distance suivant les lois de la perspective aérienne ; c’est pour cette raison que la lune est vue beaucoup plus grande à l’horizon qu’au zénith, et que la voûte céleste elle-même paraît plus étendue à l’horizon, où elle semble s’aplatir. C’est par suite d’une appréciation non moins erronée, toujours d’après la perspective aérienne, que des montagnes très élevées, dont la cime seule est visible dans l’air pur et transparent, nous apparaissent plus rapprochées de nous qu’elles ne le sont en réalité ; la distance n’est d’ailleurs diminuée qu’aux dépens de l’altitude ; c’est le phénomène qu’offre le mont Blanc vu de Sallanches.

Toutes ces apparences illusoires se présentent à nous comme des résultats de l’intuition immédiate, et il n’est aucune opération de la raison qui les puisse dissiper ; celle-ci n’a de pouvoir que contre l’erreur ; à un jugement qui n’est pas suffisamment motivé, elle en opposera un contraire et vrai ; elle reconnaîtra, par exemple, in abstracto, que ce qui diminue l’éclat de la lune et des étoiles, ce n’est pas l’éloignement, mais bien l’existence de vapeurs plus épaisses à l’horizon ; mais, en dépit de cette connaissance tout abstraite, l’illusion demeurera identique dans tous les cas cités plus haut ; car l’entendement étant absolument distinct de la raison, faculté de surérogation dans l’homme seul, [il] peut affecter, même chez celui-ci, un caractère irrationnel.

L’entendement juge de la lune comme il juge des corps dans son monde d’objets, qui est, eu égard au fait que l’entendement est au service de la volonté objectivée dans le corps, le monde des objets immédiats, des objets terrestres. Il juge donc de l’éloignement de la lune en fonction de l’éclat de celle-ci, et si cet éclat varie dans la perception en raison de conditions externes, la perception de la taille de la lune, c’est-à-dire de sa distance, varie avec celle-ci. Or Schopenhauer affirme que l’éclat de la lune est affecté à l’horizon par des « vapeurs plus épaisses », qui diminuent cet éclat : mais si l’éclat de la lune est affaibli par des vapeurs à l’horizon, nous devrions voir à l’horizon la lune plus petite, alors que Schopenhauer prétend expliquer pourquoi la lune est vue plus grande à l’horizon qu’au zénith. – Par ailleurs, la petite expérience conduite par Alain, avec sa lunette en papier qui rétablit peu ou prou l’apparence de la lune, ne paraît pas confirmer l’hypothèse de Schopenhauer : la lunette de papier ne semble en effet pas pouvoir annuler des effets externes affectant la luminosité de la lune, mais seulement séparer la lune de son fond dans la perception.

Quand on voit « monter » la lune dans le ciel, on croit qu’elle s’éloigne de nous, c’est-à-dire de la terre où nous sommes, et c’est pourquoi nous la voyons plus petite au zénith qu’à l’horizon. – Je ne vois que ce que je crois.

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J’ouvre un fenestron qui fait face, de très près, aux branches d’un grand arbre et que je laisse habituellement fermé. Ce mouvement dérange un merle nichant dans l’arbre juste à hauteur du fenestron. Le merle sautille de-ci de-là dans l’entrelacs des branches, tiraillé entre son désir de fuir et sa volonté de protéger son nid, où il couvait un petit merle qui commence, ne sentant plus la chaleur de sa mère contre lui, à pousser de petits « crâ ! crâ ! » pathétiques. La mère continue ses mouvements fébriles, percevant toujours ma présence, même si je me suis immobilisé. Je me déporte le plus doucement possible sur le côté pour m’écarter de l’embrasure de la fenêtre, afin que le merle se rassure. Cela semble marcher car elle saisit des baies dans son bec et les donne à becquer à son petit. Je crains de l’effrayer à nouveau si je repasse devant la fenêtre, et de même si je cherche à refermer celle-ci, bien que ce soit la seule manière de rendre une paix complète à la maman merle. En effet, si je laisse la fenêtre ouverte, cette ouverture sur le monde des hommes lui fera peut-être abandonner son petit, mais repousser le fenestron pour le fermer risque de ne pouvoir être accompli avec suffisamment de douceur pour qu’elle ne s’enfuie pas à tout jamais dans un mouvement de panique, abandonnant là aussi son petit.

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On me dit que je place trop haut le réformateur Zwingli, que sa vie n’était pas au-dessus de tout reproche car il fut ambassadeur à Orléans de l’empereur catholique Charles Quint en même temps qu’il propageait la réformation. Cette information m’inquiète effectivement car elle jette sur le réformateur un soupçon de duplicité. Aussi demandé-je à Charles Quint lui-même s’il est vrai que Zwingli fut son ambassadeur. L’empereur, d’aspect plus souffreteux que majestueux, semble d’abord vouloir s’offenser de ma question, car il prétendait de son côté combattre la réformation, mais il se contente de répondre : « Cherche. »

Sur ce, je me rends avec des amis à une messe nocturne dans une église en Arabie Saoudite. Nous prenons place sur les bancs face à l’autel. Derrière celui-ci, le mur est largement ouvert et nous avons une vue sur la Tour du Royaume (Burj al-Mamlaka) à Riyad, illuminée dans la nuit. C’est superbe.

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Je m’installe dans une grande chambre avec deux lits où T. est déjà, étant depuis plusieurs jours en ce château où je viens d’arriver. Alors que nous nous couchons, T. place un livre ouvert sur ma table de chevet, me disant qu’il convient de l’y laisser toute la nuit, car il s’agit d’un jeu de rôle d’un type nouveau, surnaturel. Nous devons commencer la partie demain mais les propriétés du livre nécessaire à ce jeu font qu’il doit rester ouvert la nuit à telle page en fonction de la partie qui doit être jouée. T. ajoute d’autres explications tout aussi étranges et je ressens un vague malaise, comme s’il cherchait à m’inquiéter, non par plaisanterie mais avec de mauvaises intentions.

Les lumières éteintes et mes yeux s’habituant à l’obscurité, je constate que le verre d’eau placé sur ma table de chevet à côté du livre a changé de couleur : l’eau est devenue sombre, épaisse et verdâtre, comme mêlée de vase. Je le dis à T., couché dans le lit à côté, et qui me demande alors si l’eau est devenue laiteuse. Il semblait ainsi s’attendre à un phénomène de cette nature, en lien avec le livre. Je lui réponds que l’eau n’est pas devenue laiteuse mais verdâtre. Il me dit alors de ne pas la boire mais d’aller la jeter dans le lavabo de la salle d’eau adjacente, et je crois percevoir de l’inquiétude dans ses paroles.

Alors que je saisis le verre, je perds tout contrôle de mon bras, qui exécute des mouvements saccadés en dehors de ma volonté, si bien que le contenu du verre, que je ne lâche pas, nous asperge, T. et moi, ainsi que les objets et meubles nous entourant. Je commence à craindre que quelque chose soit en train de mal tourner avec ce jeu surnaturel.

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Grâce à la supériorité de sa technologie, l’Islande est passée à la semaine de travail de dix-neuf heures. Un nouveau métier a dû être créé à cette occasion, et je discute avec une jeune femme fraîchement promue consultante pour ceux de ses concitoyens qui rencontrent des difficultés à s’ajuster psychologiquement à la nouvelle situation sociale. Car la population découvre que le travail spécialisé détruit toutes les capacités et qu’il faut les rééduquer pour vivre avec du temps libre.

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Je retourne à S., en bord de mer sur la Côte des roses, où la pratique des Anglais de venir passer leurs vacances d’été s’est accrue au point qu’il ne s’y rencontre plus que des Anglais. Adultes et enfants jouent ensemble sur des terrains de jeu aménagés entre les pins parasols ou dans les jardins des pavillons et bungalows.

Une petite fille près de moi perd l’équilibre et, après quelques instants de vacillement, finit par tomber par terre, sans se faire mal. Comme elle voit que je la regarde, elle m’insulte : « F*ck you ! », puis rejoint le terrain de volley-ball de plein air où d’autres enfants de son âge, trop petits pour ce sport, font une partie.

Je m’éloigne. En passant près d’un autre terrain de volley où deux ou trois adolescentes font également une partie, le ballon s’écarte du terrain suite à un geste maladroit de l’une des joueuses, qui lui court après. Le ballon venant dans ma direction, un peu au-devant de moi, je peux, moyennant un effort modeste, l’intercepter et le renvoyer aux joueuses, épargnant sa peine à celle qui court après. Mais elle est plus rapide que moi, et, saisissant le ballon, me dit : « It’s for me ! » Certes elle sourit mais je suis froissé par sa remarque car j’ai le sentiment qu’elle a cru que je cherchais à m’emparer du ballon pour moi-même. Je lui dis : « Yes, I know » pour lui faire comprendre que mon intention était de lui renvoyer le ballon mais je regrette aussitôt cette réponse car soit elle cherchait seulement à ne pas me remercier ou au moins me savoir gré de mon intention, et je devais alors hausser les épaules devant cette incivilité, soit ses paroles n’avaient pas de motivation bien précise et ma réponse lui signifiait alors que je la suspectais gratuitement de me prêter de mauvaises intentions. Je poursuis mon chemin en lançant : « Good play ! » Je veux dire quelque chose comme « amusez-vous bien », comme « bon après-midi », mais je me rends compte, vu le geste maladroit de la joueuse à l’origine de ces quelques échanges, que cela peut s’entendre comme un sarcasme : « Quelle bonne joueuse ! » pour dire « Que tu joues mal ! »

Je continue de marcher parmi les réjouissances des estivants. Ces scènes de gaîté remuent un fond de mélancolie en moi, j’y vois la tentative désespérée du prolétariat de goûter aux joies de la vie, une respiration convulsive en surface avant de replonger dans les eaux noires du travail déshumanisant. Et pour ces enfants qui ne le connaissent pas encore, il n’y a pas d’autre destin.

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En réponse à des sarcasmes visant un arrêt judiciaire en défense de la liberté d’opinion et d’expression pour l’Église, je rappelle à mes interlocuteurs la pensée du philosophe Alain dans un de ses Propos, que je leur résume ainsi : Quand on compare un prêtre et un libre penseur, il faut aussi regarder si la société est une société de prêtres ou une société de libres penseurs.

Le Propos d’Alain, admirable, est le suivant (extrait).

Libre pensée et religion, Propos d’Alain du 12 juillet 1931

Deux ou trois augures cherchaient pourquoi le catholicisme trouve plus que jamais audience dans la jeunesse la mieux instruite. Ils ne remuaient que les lieux communs. Mais le sauvage philosophe mit le pied sur leurs faibles pensées.

« Le prêtre, dit-il, est en meilleure position que vous. Il parle au nom de la libre pensée. Ne vous récriez pas ; il le peut. Il a le droit de se moquer de vous, et il ne s’en prive pas. La terre a tourné, les perspectives se sont déplacées ; vous ne vous en doutez pas. La libre pensée, c’est votre pensée. Votre pensée ! Rien n’est moins respirable que cette épaisse pensée, qui ne bouge pas, qui ne bougera pas, qui cherche des verges, qui juge selon la peur, selon l’ennemi, selon l’ami, selon le banquier ; cette pensée coléreuse, méchante, étranglée ; peut-être honteuse d’elle-même au fond, car elle ne cesse pas de monnayer des cadavres. Et cette importance, et cette arrogance, et le fouet levé sur ceux qui contredisent ! Il est vrai que l’on rit du fouet ; mais votre espérance est qu’on n’en rira pas longtemps. J’ai appris qu’il ne faut pas troubler un cheval qui mange l’avoine ; le coup de pied est brutal, et, heureusement, mal dirigé. Voilà comme je vous vois ; vous pensez en mangeant. »

Mon sentiment est que beaucoup de Français ont fini de rire du fouet.

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Dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, une famille d’aristocrates anglais cherche à envoyer un homme de confiance dans la colonie d’Amérique du Nord pour y veiller à ses intérêts, au moment où des bruits commencent à courir sur une agitation des colons en vue de l’indépendance. Il est décidé d’envoyer un des fils, encore adolescent. Or ce dernier, qui s’est porté volontaire et a réussi à plaider sa cause et à se faire choisir pour ce voyage malgré son âge tendre, est secrètement au service de la domesticité de la famille, qui cherche elle aussi à envoyer quelqu’un dans la colonie, pour favoriser le mouvement prolétarien dans la guerre d’indépendance qui se prépare. Les domestiques de cette famille ont en effet formé une société secrète anarchiste et, par le chantage, ont gagné le jeune fils à leur cause. Lors d’une réunion secrète dans un salon du manoir, en l’absence des maîtres, les domestiques décident d’envoyer un des leurs en Amérique pour s’assurer que le fils de famille agira conformément aux intérêts du prolétariat anarchiste : ils désignent à cette fin un serviteur d’aspect particulièrement patibulaire.

Avant le départ, on voit, par un beau jour ensoleillé, le fils de famille traverser une promenade londonienne arborée où l’on sort habituellement les enfants et les adolescents de l’aristocratie et de la grande bourgeoisie. Leur innocence mignonne et gaie contraste avec la condition du prolétariat invisible (car invisibilisé) que le rêve fixe dans mon esprit, et cette scène, loin de m’attendrir, me laisse au contraire de glace : ce sont là ceux qui doivent payer.

Quelques années plus tard, le fils de famille, à présent dans la fleur de l’âge, est aux côtés des révolutionnaires français de 1789. Il croit retrouver dans l’armée révolutionnaire française un avatar de l’armée du peuple des colons nord-américains mais déchante car l’esprit militariste finit par l’emporter sur l’esprit populaire.

On découvre cette désillusion, mais aussi un certain trait de son caractère, dans l’épisode suivant. Son expérience dans la guerre d’indépendance américaine lui valant un certain prestige dans l’armée révolutionnaire, quand il arrive en calèche dans un camp et demande au commandant deux hommes pour une mission secrète, celui-ci ne fait aucune difficulté à les lui donner. Ils repartent tous les trois en calèche. En chemin, l’un des soldats demandant au milord où ils doivent se rendre, ce dernier répond : « En bord de mer, à Biarritz ! », ce qui signifie qu’ils vont prendre du bon temps avec les femmes et le jeu dans un lieu de villégiature monarchiste. Il cherchait uniquement de la compagnie pour une partie de plaisir. Les trois éclatent de rire, égayés par cette perspective et le bon tour joué au commandant.

Quelques années passent encore, et notre milord est devenu un homme mûr impliqué dans les intrigues d’une famille d’annoblis vivant dans le grand luxe sous l’Empire. Comme il est question qu’il épouse une des filles de cette famille, il s’est attaché à celui des fils qui pouvait le mieux assister ses desseins, et dont il sert en échange les intérêts contre les autres fils. Quand un oncle à eux se fait remarquer par l’empereur Napoléon Ier pour des succès militaires à l’étranger, et en reçoit des félicitations publiques, le fils en question est fâché car c’est de nature à favoriser les intérêts d’un de ses frères et rivaux au détriment des siens.

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En touriste à Stockholm, je descends du métro et m’arrête au bout du quai pour m’assurer, en lisant l’affichage, que je vais emprunter la sortie qui convient. Tandis que je suis ainsi immobile, un touriste asiatique entré sur le quai par les escaliers que je m’apprête à emprunter pour sortir, m’aborde en me demandant si je parle anglais. Quand je lui réponds que yes, il m’invite à le suivre à quelques pas sur le quai jusqu’au distributeur de tickets, car il ne sait comment s’y prendre. Je n’en ai pas la moindre idée moi-même (il faut croire que j’ai acheté mon propre ticket d’une autre manière) mais j’accepte de l’aider. Je commence par appuyer sur un bouton au hasard et ceci fait tomber dans l’escarcelle de la machine, où l’utilisateur récupère en principe ses tickets et sa monnaie, d’abord un billet de dix euros (la Suède serait ainsi passée à l’euro) puis des pièces de monnaie. Je dis au touriste de prendre cet argent car il faut considérer cet événement comme une aubaine, et en profiter ne saurait être immoral. Le touriste a quelques scrupules mais s’empare finalement d’une poignée de pièces avec le billet. Pendant qu’il met cet argent dans son portefeuille, les pièces continuent de tomber et, alors que je croyais que ce ne serait que de la menue monnaie, je vois de nombreuses pièces d’un et deux euros. Je demande alors au touriste, par politesse, de me laisser prendre un peu d’argent moi-même : « Allow me… » car, après tout, lui dis-je, s’il est celui qui souhaite acheter un ticket à cette machine, c’est moi qui ai appuyé sur le bouton, et je ramasse à mon tour des pièces dans l’escarcelle.

C’est alors que je comprends pourquoi cet argent tombe ainsi. La Suède est un pays tellement évolué, riche, égalitaire, discipliné qu’ils ont conçu le mécanisme le plus simple qui soit pour récolter l’argent introduit dans les machines, à savoir, non pas, comme ailleurs, avec une clé spéciale ouvrant la machine ou l’un de ses compartiments mais par la simple pression d’un bouton immédiatement accessible. Car, en Suède, personne ne presse le bouton destiné à récolter l’argent de la machine, si ce n’est l’employé chargé de récolter cet argent.

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La guerre civile en République centrafricaine est une guerre confessionnelle entre la majorité chrétienne et une minorité musulmane dont le bras armé dans le conflit contrôle de facto le nord du pays, rebaptisé Dar El-Kouti du nom d’un ancien sultanat local. Cela, c’est la réalité. Dans le rêve, je suis présent en République centrafricaine de ma propre initiative afin d’y ramener la paix. Mon plan est de garantir la liberté religieuse dans le pays. Compte tenu des dynamiques actuelles des religions, cela implique de laisser la Centrafrique s’islamiser un peu plus. Car c’est une politique répressive de la part de la religion majoritaire qui est cause du conflit, et cette politique est promue et favorisée par l’ancienne métropole (la France), qui n’a que faire de la pacification du pays et au contraire s’y oppose, ainsi qu’à la liberté religieuse, qu’elle considère de nature à desserrer son emprise sur son ancienne colonie. Je fais ainsi comprendre à mes interlocuteurs qu’en me donnant le pouvoir, non seulement ils sont assurés de la paix à brève échéance mais ils entreront aussi dans une relation plus égalitaire avec l’ancienne métropole, dont l’influence reste à ce jour pernicieuse : le pays sortira d’une relation néocoloniale.

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Dans une gare ferroviaire high-tech, la nuit, la compagnie des chemins de fer s’adresse aux personnes présentes par l’intermédiaire d’un écran qui n’est pas un écran d’affichage mais un écran parleur. L’écran dit que les voyages seront gratuits le 31 décembre, et ce, je suppose, afin de permettre aux Français de fêter le réveillon du nouvel an malgré la crise économique. Je me fais la réflexion que, si les gens souhaitent fêter le réveillon en famille ou chez des amis éloignés, ils pourraient vouloir prendre le train avant le 31 décembre. Bien que seul, je me fais cette réflexion à voix haute. L’écran m’entend et me répond du tac au tac : « Vous avez entièrement raison, monsieur Florent Boucharel (il connaît mon nom), et nous avons le plaisir d’annoncer que les trajets seront également gratuits le 30 décembre. » Je suis tenté d’entrer en marchandage avec l’écran pour que la compagnie étende la gratuite jusqu’au 27 ou 28 inclus, mais j’y renonce. – Les personnes présentes dans la gare ne sont pas des voyageurs mais des SDF, des clochards, moi compris.

Cependant, je pars en vacances avec deux amies, A. et E. (que je ne vois plus depuis longtemps dans la réalité), en voiture. C’est A. qui conduit. La route, à l’aube, est bordée de part et d’autre de congères continues et traverse un beau paysage de neige uniforme, illuminé par le soleil levant. E. et moi nous tenons serrés l’un contre l’autre pour nous tenir chaud ; en fait, je suis même couché sur elle et quand je cherche à m’écarter un peu pour bavarder avec A., car un but implicite de ce voyage est qu’A. et moi entrions en relation plus intime, E. me rappelle à elle avec les mots : « Tiens-moi chaud. »

Du fait qu’A. conduit tout au long du voyage, les choses entre E. et moi vont très loin, jusqu’à la consommation de l’acte charnel, dans le parking lors d’un arrêt dans une bourgade (où nous nous promenons ensuite en touristes bien que cette localité ne présente aucun intérêt touristique). J’en éprouve de la culpabilité envers A. et cherche à lui cacher ce qui se passe entre E. et moi. Cette dissimulation, me rends-je compte, nous éloigne l’un de l’autre. Puis je comprends qu’elle a placé son bonheur dans la consommation de l’acte et que mes scrupules sont par conséquent la seule cause de sa tristesse, qu’elle entend me passer tout, car ce n’est rien. « Une fenêtre s’ouvre », me dis-je en me réveillant, alors que je viens de voir son visage délirant de bonheur au moment de m’étendre sur elle.

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En sortant, alors que la nuit tombe, du domaine entouré de hautes murailles de je ne sais quel château médiéval en plein Paris, j’entends les haut-parleurs de la préfecture de police rappeler les règles applicables aux étrangers subsahariens demandeurs de papiers, car une partie du château sert à présent d’annexe de la préfecture pour le traitement des demandes de papiers des étrangers subsahariens. Dans le quartier, je ne croise d’ailleurs que des personnes noires. Les haut-parleurs rappellent qu’il est permis à un étranger de rester quelques jours en France sans papiers, un petit nombre de jours qui peut s’augmenter « d’un jour par rein donné ». Les autorités françaises ont ainsi mis en place un ignoble trafic d’organes.

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À la mer, je caresse une inconnue. Nous sommes couchés sous l’eau, une eau peu profonde et parfaitement transparente. Si j’avais touché cette inconnue à la surface, c’était un abus sexuel mais comme nous sommes tous les deux entièrement immergés c’est licite. Je me demande si je vais arriver au terme de l’acte avant qu’elle remonte en surface pour reprendre de l’oxygène, puis je me rends compte, non sans une certaine humiliation (car je croyais qu’elle goûtait mes caresses), qu’elle a déjà perdu connaissance, et c’est moi qui la remonte en surface.

À la surface, il s’avère en fait que c’est un homme, d’aspect martial, avec des cheveux en brosse et un visage carré. Il s’agit d’un partenaire potentiel de la société commerciale que je dirige avec N. (♂) et une femme blonde qui est la véritable dirigeante de la société. C’est elle, la femme blonde, qui m’a demandé d’avoir un rapport sexuel avec cet homme, afin que nous puissions faire pression sur lui dans le sens de nos intérêts commerciaux. Or il a entièrement refoulé de sa conscience le fait qu’il vient d’être un partenaire passif dans un acte homosexuel. La chose a cependant été filmée et se trouve dans l’ordinateur portable de la femme blonde.

Nous nous rendons tous les quatre dans le bureau de celle-ci, un grand bureau élégant, où la femme arrange un appareil noir ressemblant à une machine d’ophtalmologiste pour l’examen des yeux ou à un puissant microscope, demandant à N. de procéder aux derniers ajustements. C’est cette machine qui doit servir à projeter les images de l’ordinateur portable, posé fermé sur la table à côté de la machine.

Pendant que N. procède aux ultimes réglages, l’ordinateur portable commence à être agité de secousses violentes, s’ouvrant et se refermant alternativement, comme possédé. Ce que voyant, le « militaire », qui ne connaît toujours pas la raison de nos préparatifs, s’empare de l’ordinateur, ouvre la fenêtre du bureau, qui donne sur la mer (la vue est superbe), et jette l’ordinateur de toutes ses forces au loin, dans la mer. La femme blonde, dépitée, lui demande pourquoi il a fait cela (pour lui en faire le reproche). C’est moi qui réponds : « Qu’y avait-il d’autre à faire ? L’ordinateur allait exploser. » Et plus bas, pour qu’elle et N. seuls m’entendent : « Je ne suis d’ailleurs pas mécontent de la disparition de ces images. »

UV Bubble : La bulle ultraviolette

Florilège de textes publiés comme blogueur sous les billets d’autres blogueurs (avril-mai 2020).

La première partie du présent billet est consacrée à l’idée, que j’exprimai pour la première fois le 11 avril 2020, d’un traitement du coronavirus covid-19 et de tous autres virus aéroportés par les ultraviolets – un sujet placé entre-temps sous les feux de la rampe par le président américain Donald Trump.

 

Sans titre, par Cécile Cayla Boucharel

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I) La bulle ultraviolette

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Certains pays assainissent les eaux avec des ultraviolets (UV) : « Introduction à la méthode de désinfection par les UV. Contrairement aux méthodes de désinfection de l’eau par les produits chimiques, la lumière UV inactive rapidement et efficacement les micro-organismes par un processus physique. Lorsque les bactéries, les virus et les protozoaires sont exposés aux longueurs d’onde germicides de la lumière UV, ils deviennent incapables de se reproduire et perdent leur pouvoir d’infection. » (Société Trojan UV : Water Confidence)

Des lampes UV sont également à la vente pour permettre aux particuliers de désinfecter leurs logements.

Les UV semblent être une voie possible de prévention des pandémies virales aéroportées. Si, par exemple, on doublait l’éclairage d’un réseau de métro avec des lampes UV, les couloirs de métro, qui présentent de fortes densités de population plusieurs fois par jour, seraient sains. On peut envisager aussi de doubler en UV l’éclairage extérieur des villes ; une certaine proportion de la surface au sol serait ainsi complètement saine, réduisant l’exposition globale de la population de la ville aux virus et donc la morbidité globale au sein de cette population. Cet éclairage UV pourrait n’être activé que de manière saisonnière, par exemple pendant l’épisode grippal annuel, ou bien l’être en permanence.

Face à de nouveaux virus pour lesquels il n’y a pas encore de vaccin, cette méthode, pour peu qu’elle soit praticable, présenterait un avantage évident.

(Ce texte, publié sous un article du blogueur Aphadolie, date du 11 avril. La conférence de presse du président Donald Trump où ce dernier a parlé d’UV pour le traitement du covid-19, date du 24 avril.)

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L’idée s’inspire, on l’aura compris, non pas des techniques de désinfection d’eau par UV mais des lampes UV qui sont vendues pour désinfecter les pièces d’une habitation et les maintenir saines de « bactéries, virus et protozoaires ». Si c’est possible pour des habitations, cela doit l’être aussi pour tous autres types de bâtiments et infrastructures fermés, privés et publics, voire pour les lieux ouverts. La lumière UV étant invisible (« lumière noire »), un tel système ne créerait aucune gêne oculaire. En revanche, la question des effets sur la santé se pose puisque les UV peuvent être responsables de cancers de la peau, mais des gens font des séances d’UV dans des caissons pour bronzer, et ce type de matériel est agréé : on sait donc doser le rayonnement, et il s’agit par conséquent de voir si l’on peut créer un système suffisamment puissant pour prévenir toute pandémie virale sans risque de mélanomes. Les effets possibles sur l’atmosphère et le climat devraient également être étudiés.

Vu que Bill Gates vient de prédire (sur la foi de je ne sais quelles études) des épisodes pandémiques avec de nouvelles souches virales inconnues tous les vingt ans à l’avenir, un système tel que je le suggère prend tout son sens si l’humanité souhaite éviter les confinements mondiaux à répétition (avec les conséquences économiques drastiques qui doivent s’ensuivre, comme la crise majeure qui se profile aujourd’hui avec le covid-19).

Un tel système gagnerait sans aucun doute à être conçu comme le plus complet possible dès l’origine, c’est-à-dire comme une véritable « bulle ultraviolette » autour de la Terre.

12.4.20

iii

Un blogueur considère ma proposition d’utiliser les UV contre de futurs virus à ce jour inconnus (et donc sans vaccin) comme de nature à « affaiblir [l’homme] biologiquement au maximum dans un univers parfaitement protégé, stérile, et survitaminé ».

Il est aujourd’hui avéré que la réponse immunitaire de l’organisme à une parasitose est un stress considérable, dans le sens d’une dépense énergétique du métabolisme. On peut même le dire de toute maladie, jusqu’au moindre rhume : la réponse immunitaire représente une usure du système. Ce qui fait que les personnes âgées tendent vers l’immunodéficience.

Pendant la croissance de l’organisme, cette allocation de ressources pour des réponses immunitaires d’urgence face à des attaques bactériennes, virales ou parasitiques, est de nature à priver le métabolisme d’une partie des ressources qui seraient autrement dédiées à la production de tissus, d’os et de muscles. C’est pourquoi des poulets, par exemple, élevés dans des milieux sans germes acquièrent au cours de leur croissance 25% de masse corporelle en plus en moyenne par rapport à d’autres poulets. (Notez bien qu’on ne parle pas ici d’injection d’hormones ni de régimes survitaminés, donc d’intervention sur l’organisme des poulets autre qu’indirectement sur leur milieu de vie.)

Les caractéristiques de la compétition sexuelle dans le monde animal sont une pure et simple confirmation de ce fait. Les oiseaux mâles aux couleurs les plus éclatantes sont distingués par les femelles : or plus l’oiseau est porteur de parasites, plus son métabolisme est mobilisé pour lutter contre ces parasites et moins les couleurs de son plumage peuvent être éclatantes. De sorte que les couleurs du plumage, objet de la séduction des femelles, sont le marqueur d’un organisme sain, libre autant que possible de parasites et de germes, tandis qu’un plumage terne indique au contraire un organisme fortement parasité. Le chant des oiseaux obéit à la même règle.

Il semble donc y avoir une erreur au fond de la pensée selon laquelle un milieu « stérile » débiliterait l’organisme car celui-ci ne serait alors pas accoutumé à lutter contre les germes. La lutte contre les germes a un coût élevé, en termes de métabolisme. On sait que nous sommes de plus grande taille que nos ancêtres ; la raison avancée, et la seule, est celle de notre alimentation, mais il est évident que c’est aussi le résultat d’un environnement moins stressant pour le métabolisme au moment de la croissance, à savoir que notre milieu, en Occident, est aujourd’hui bien plus « stérile » que celui de nos ancêtres (par rapport à qui nous vivons aussi plus longtemps).

La bulle ultraviolette que j’évoque a donc aussi un sens dans ce contexte.

13.4.20

iv

La course au vaccin contre le covid-19 paraît bien compromise ; un virus qui mute tous les quinze jours semble en effet avoir trouvé la parade au principe même de la vaccination, basé sur le principe de l’immunité…

La dernière conférence de presse de Donald Trump, qui a parlé de rayonnement ultraviolet appliqué au corps humain, prend donc tout son sens. L’opposition politique y a vu une proposition à court terme, et se moque de lui, mais il me semble plutôt qu’il pose les bases d’un nouveau type de recherche.

Il me paraît de plus en plus évident que nous devons collectivement trouver une alternative à la vaccination. Comparons les choses. La vaccination exige un vaccin pour chaque type de virus, tandis qu’un seul et même système d’UV détruirait quant à lui tous les virus, connus et inconnus. L’avantage des UV ne fait par conséquent pas le moindre doute. Je ne sais pas si l’on pourra inventer un système de projection de lumière UV dans l’organisme qui ne détraque pas ce dernier, mais un « traitement de surface » suffisamment étendu serait déjà de nature à prévenir les infections : c’est cette idée que j’appelle la « bulle ultraviolette ».

Des robots de traitement de surface par UV sont déjà utilisés contre le coronavirus, par exemple ceux de la société danoise UVB Robots, dont le président indique que la demande de ses robots a explosé avec la pandémie de covid-19.

24.4.20

v

Suite aux révélations sur les nombreuses mutations du covid-19, qui présente à ce jour déjà plus de trente souches (trente-trois souches), et les conséquences qu’il convient d’en tirer dans la recherche d’un vaccin, à savoir qu’il est probable qu’un vaccin unique ne sera pas efficace contre toutes les souches, mais qu’il faudra peut-être au contraire autant de vaccins que de souches, car, comme le dit un médecin chinois, « il ne faut pas traiter le covid-19 comme une maladie unique », et compte tenu du fait que, chacun de ces vaccins « régionaux » étant développé localement, on ne peut pas s’attendre à ce que tous les vaccins sortent en même temps (même si l’on peut supposer qu’une fois un vaccin trouvé cette découverte permettra de conclure les autres plus rapidement), on voit mal comment la fermeture des frontières ne s’imposerait pas.

Le gouvernement des États-Unis a pris une mesure de cessation complète de l’immigration légale de 60 jours, dont d’aucuns, au sein même du gouvernement, affirment déjà que ce « provisoire » a vocation à devenir la règle dans la durée, à savoir, je suppose, que les États-Unis vont revenir à une période d’immigration légale très restrictive, comme dans les années de la Grande Dépression (avec des restrictions quantitatives mais aussi quant aux pays d’origine autorisés à envoyer des migrants). D’autres États ont mis en place des périodes de quarantaine drastique pour les personnes entrant sur leur territoire, ou projettent de le faire (Grande-Bretagne).

Il semble en effet, au moins pendant une certaine période, que même un pays qui vaccinerait sa population ne serait pas immunisé contre toutes les souches du covid-19 et que les étrangers porteurs de ces autres souches resteraient donc un danger pour la population nationale vaccinée. À moyen terme, on peut envisager qu’une même injection réunisse tous les vaccins développés contre les souches du covid-19, mais ce dernier ne va-t-il pas développer de nouvelles souches tant et plus, si bien qu’une course serait perdue d’avance et qu’il conviendrait de développer sans tarder les méthodes alternatives connues, pour les rendre soit opérationnelles soit plus efficaces (des traitements généralistes du type chloroquine ou interféron alpha 2b, ultraviolets, et autres) ?

26.4.20

vi

« Coronavirus : les rayons ultraviolets pour éliminer le Covid-19. En retard sur l’Asie, l’Europe se met à son tour aux ultraviolets pour désinfecter des objets en quelques secondes et des pièces entières ou l’intérieur de bus en quelques minutes. » (L’Express, 11.5.20)

« C’est très différent de ce que suggérait le président Trump fin avril. Il ne s’agit pas d’irradier le corps des patients. »

La société américaine AytuBioScience travaille de son côté sur des dispositifs d’irradiation du corps des patients par des UV en vue de traiter le covid-19 : « UV light treatment that can be administered internally to coronavirus patients on ventilators. »

J’ai connu l’existence de cette société AytuBioScience quand son PDG a réagi publiquement aux sarcasmes des politiciens et militants démocrates, ainsi qu’à ceux des journalistes, après la conférence de presse du président Trump qui évoquait une irradiation par UV pour traiter le covid-19, ce sur quoi travaille justement cette société.

En insistant sur le fait que les dispositifs décrits ne sont « pas ce que suggérait le président Trump en avril », les médias semblent continuer à chercher à faire passer ces paroles de Trump pour une « gaffe » mais, sans le moindre parti pris, je tiens à dire que cette ligne d’argumentation politicienne est navrante, et je vais en donner les raisons brièvement.

Les dispositifs d’UV ici décrits ne sont pas, comme le rappellent les médias, des « caissons à UV ». Or les caissons à UV existent bel et bien, et font l’objet d’agréments par les autorités sanitaires et scientifiques pour une commercialisation en vue de permettre aux gens de bronzer. Ces caissons à UV ne sont rien d’autre qu’un système d’irradiation du corps humain par des UV. L’idée d’une irradiation du corps par de la « lumière noire » n’a donc en soi rien d’original, et c’est pourquoi une personne informée des questions scientifiques ne peut qu’être navrée de voir que l’expression de cette idée par une autorité politique est amenée à produire des sarcasmes de la part de l’opposition (et d’une partie de la presse), comme si celle-ci savait que cette idée qui n’a rien d’original et au contraire est d’application ancienne, est une impossibilité, une absurdité.

Une fois cela bien établi, il n’en reste certes pas moins que le traitement de contaminations virales de l’organisme par irradiation d’UV n’existe pas encore. C’est un fait. Cependant, encore une fois, pour une personne informée des questions scientifiques, l’idée n’a rien en soi qui puisse surprendre. Même en rappelant les risques des UV pour l’organisme, rien ne permet de conclure à l’impossibilité de tels dispositifs : autant vaudrait conclure de la dangerosité des rayons X à l’impossibilité de la radiologie. Or les rayons X sont dangereux pour l’organisme (« radiomes » ou brûlures radiologiques, cancers…) et les radios médicales sont pourtant quelque chose d’extrêmement courant.

Telles sont les raisons pour lesquelles l’opposition au président Trump n’aurait jamais dû chercher à se servir contre lui de ses paroles sur les UV.

Quant à l’épidémie de cancers de la peau par exposition au soleil, il y a au moins un scientifique de renom, le Dr. Robin Baker (biologiste), qui a émis l’hypothèse qu’elle ne serait pas tant due aux UV qu’aux crèmes solaires censées protéger la peau des UV (c’est l’objet d’un chapitre de son livre Fragile Science). La corrélation est entre exposition au soleil et cancers, mais une corrélation ne dit rien en soi sur un lien de cause à effet, et une autre corrélation tout aussi établie est celle entre application de crèmes solaires et cancers (car ceux qui s’exposent au soleil utilisent de la crème solaire), et l’idée que se badigeonner abondamment le corps de produits chimiques est quelque chose de peu naturel pour la peau, a du sens.

12.5.20

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II) Divers

Pourquoi le temps passe-t-il ? Parce qu’il n’existe pas. J’ai bon ? Comme disait Alain : « Ces puérilités étonnent les ignorants. »

« Mais j’attends qu’un de ces matins cet auteur propose comme possible une marche rétrograde du temps ; car je ne vois rien, dans ses principes, qui y fasse obstacle. Ainsi je reviendrai sur la terre, et à l’école, et je mourrai le jour de ma naissance. Ces puérilités étonnent les ignorants ; seulement à nos yeux elles sont usées. » (Les valeurs Einstein cotées en Bourse, Propos d’Alain du 13 juin 1923)

Ces puérilités étaient déjà « usées » au début du vingtième siècle.

Le temps et l’espace sont les formes a priori de notre intuition (kantisme). Avant de remettre cela en cause, les physiciens « penseurs » feraient bien de se dire une bonne fois pour toutes que ce qu’ils observent dans le cadre d’un théorie de la lumière à la fois corpusculaire et ondulatoire (ondulatoire, c’est-à-dire comme une onde se propageant dans un milieu alors même, qui plus est, que selon la relativité l’éther prétendument n’existe pas et qu’il n’y a donc pas de milieu, dans le vide, pour qu’une onde se propage) est ininterprétable.

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La crise du coronavirus relance une controverse scientifique vieille de 150 ans, par Karen Selick. (La controverse entre Pasteur et Béchamp)

Il s’agit d’un texte intéressant dans l’ensemble par les éléments d’histoire scientifique qu’il comporte mais je trouve tout de même le point de vue de Selick caricatural. Tout d’abord, il faut faire remarquer que, si les approches de Béchamp et de Pasteur sont opposées, on ne peut pas parler de plagiat, car le plagiat suppose une reprise et non une contradiction. Et en réalité la théorie des germes (Pasteur) et celle du terrain ne sont pas incompatibles, et je crois que personne ne les oppose. La polémique a été « oubliée » car elle n’existe pas : les germes agissent sur un terrain, il faut un terrain pour que les germes agissent. Si ce terrain est « déficient », le germe agit sur celui-ci de manière plus virulente, et la notion de maladie opportuniste (« maladie due à des germes habituellement peu agressifs mais qui sont susceptibles de provoquer de graves complications en affectant des personnes ayant un système immunitaire affaibli ») montre bien que l’on ne peut pas opposer de manière tranchée une théorie des germes et une théorie du terrain.

Cela ne veut pas dire que telle ou telle politique de santé publique ne favorisera pas telle ou telle approche (peut-être sous l’influence de groupes de pression économiques), et peut-être même que cette influence s’est faite ces dernières décennies de manière unilatérale au profit d’une approche plutôt que d’autres, mais reconduire cela au niveau théorique ne peut être fait, me semble-t-il, qu’en caricaturant les théories.

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« Certaines structures biologiques sont si petites que les scientifiques ne peuvent pas les voir avec les microscopes les plus puissants. C’est là que l’animatrice moléculaire et conférencière de TED, Janet Iwasa devient créative. » (TED YouTube)

« Son objectif général est de créer des visualisations moléculaires et cellulaires précises et convaincantes qui soutiendront la recherche, l’apprentissage et la communication scientifique. »

« Créer des visualisations convaincantes » : il convient de bien noter le caractère conjectural du travail de Janet Iwasa. Ses visualisations sont simplement un possible qui ne contredit aucune des données connues, mais l’ensemble des formes possibles qui ne contredisent pas les données connues est infini.

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Port d’armes et Liberté

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Les ventes d’armes ont explosé aux États-Unis pendant la pandémie de covid-19 en raison de la crainte, entend-on dans certains médias, de législations à venir qui restreindraient ce commerce. Je note cette explication ; je voyais quant à moi plutôt des craintes relatives au confinement lui-même, c’est-à-dire des villes désertées où les bandes criminelles pourraient agir plus librement, idée qui inciterait les gens à renforcer leur auto-défense en achetant des armes (ou davantage d’armes). Ce qui a été dit des pillages à New York ne fait d’ailleurs que leur donner raison. Il y a lieu de croire, hypothétiquement, que certaines localités plus isolées connaissent, outre les vagues de pillages un peu partout, des vagues d’attaques à main armée de domiciles particuliers ou de personnes isolées dans la rue. Les deux explications ne sont pas exclusives l’une de l’autre, et, à vrai dire, je ne vois pas que ces statistiques de vente soient inquiétantes (dans la mesure où les criminels s’approvisionnent eux au marché noir, tandis que ces statistiques concernent des commerces sous licence).

Pour un Français moyen, désarmé depuis longtemps, ce commerce ne peut que susciter l’inquiétude, car la politique de désarmer les citoyens repose nécessairement sur un élément (plutôt qu’un argument) psychologique de culpabilisation de l’achat d’armes. Pour le citoyen désarmé d’un État étatiste (car le désarmement des citoyens est une des conditions de l’étatisme), l’achat d’armes a tendance à être en soi suspect. C’est aussi pourquoi un film comme Bowling for Columbine (2002) de Michael Moore passe en France pour un plaidoyer bien moins prudent qu’il n’est en réalité, car pour nous cela confirme purement et simplement les dispositions psychologiques nées de notre désarmement, tandis que dans les pays anglo-saxons ce plaidoyer comporte en lui une dimension répressive négative, à savoir la promotion de l’idée de supprimer une liberté constitutionnelle (Second Amendement de la Constitution américaine). Le film est donc en réalité bien plus nuancé, ou en réalité plus prudent, que ce qu’ont vu la critique et le public français. Par exemple, Michael Moore rappelle qu’au Canada voisin il y avait à l’époque du tournage du film (en 2002) 7 millions d’armes civiles pour 30 millions d’habitants, c’est-à-dire un nombre élevé qui classe le Canada comme un des pays au monde où la population civile possède le plus grand nombre d’armes (certes derrière les États-Unis), mais Michael Moore rappelle aussi que les mass shootings sont au Canada un phénomène quasi-inexistant, contrairement aux États-Unis voisins. Il pose donc la question de savoir d’où vient la différence, étant entendu que la liberté de port d’armes et le nombre d’armes dans la population ne peuvent être le seul phénomène explicatif puisque, si c’était le cas, le Canada ne se distinguerait pas aussi nettement des États-Unis au plan de la récurrence des tueries de masse.

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« États-Unis : des manifestants anti-confinement pénètrent armés dans le parlement du Michigan » (Le Parisien, 1er mai 2020)

« Ces militants pro-armes considèrent comme illégale la décision de la gouverneure de prolonger l’état d’urgence de 28 jours, ordonnée sans l’accord de l’assemblée à majorité républicaine. »

Ne connaissant pas cette « milice pour la liberté du Michigan », la seule chose que je puis dire c’est que la demande d’un vote formel de l’assemblée de l’État du Michigan pour la prolongation du confinement dans cet État, loin d’être « extrémiste », qui est le qualificatif accolé à cette milice par le texte du Parisien, semble pleinement conforme aux principes de l’État de droit (rule of law), et à moins que – ce que j’ignore – les assemblées des États soient de jure dessaisies de cette question en vertu de la Constitution américaine, je leur souhaite d’obtenir satisfaction. (Considérant d’ailleurs qu’il y a des chances pour que cette assemblée, même « à majorité républicaine », se conforme au point de vue fédéral, mais ce n’est pas le sujet. [J’ai souligné « même » car c’est le Parisien qui prétend qu’une assemblée à majorité républicaine doive être considérée a priori comme opposée à l’État fédéral, quand bien même ce dernier serait dirigé par une majorité républicaine.])

En France, le Parlement est appelé à voter des lois de ce type dans le même contexte, et le contraire paraîtrait choquant. Par conséquent, alors que, même avec un vote des assemblées représentatives les questions de la sauvegarde des libertés sont loin d’être par le fait apurées, il est assez consternant que cette manifestation passe pour la demande exorbitante d’une milice extrémiste.

L’adjectif « extrémiste » accompagne celui d’« antigouvernemental », qui ne peut pas être compris par un Français moyennement informé (par exemple un lecteur assidu moyen du Parisien), et il y a des chances que le journaliste auteur de l’article lui-même ne sache pas ce que cela veut dire, à moins que la vue d’hommes armés lui ait fait peur et que l’adjectif « antigouvernemental » lui semblait véhiculer une idée suffisamment inquiétante pour traduire son frisson. Antigouvernemental, en l’occurrence, ne peut vouloir dire ici qu’« anti »-gouvernement fédéral, c’est-à-dire qu’il qualifie des gens qui sont pour une lecture constitutionnelle en faveur des États (fédérés) plutôt que du gouvernement central. En France, on appellerait ça demander plus de décentralisation…

Une autre différence entre un Français et un Américain, c’est que l’un chante « Aux armes, citoyens ! » et que l’autre est libre de porter des armes. « Vous chantiez, j’en suis fort aise… »

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« Loi Avia : C’est la liberté d’expression qu’on assassine. » (Aphadolie)

On n’assassine pas un mort, mais, comme de grands groupes économiques et financiers sont mis dans la boucle (avec de possibles amendes à la clé pour ces groupes), cela suscite quelques levées de boucliers, contrairement aux précédentes lois qui ont fait de ce pays une pseudo-démocratie (flawed democracy selon le Democracy Index), parmi les deux ou trois les moins enviables d’Europe de l’Ouest (dans un tiercé France-Grèce-Italie des lanternes rouges, c’est-à-dire dans la même catégorie qu’un pays, la Grèce, encore à moitié sous-développé et un autre, l’Italie, gangrené par la terreur mafieuse, les assassinats de juges, etc.)

Or ceux qui ne trouvent rien à redire à des peines privatives de liberté dans la loi de 1881 peuvent-ils en cohérence s’opposer à de la censure ?  Je prends un exemple. Un médecin qui, pendant la pandémie de covid-19, tweeterait « On doit trier les malades », se rendrait, peut-être à son insu, coupable d’apologie de l’eugénisme (art. 511-1-2 CP). Préfère-t-il voir son tweet effacé ou recevoir une citation à comparaître devant le tribunal et encourir une peine de trois ans d’emprisonnement (!) et 45.000 euros d’amende ? Je pense qu’il préfèrerait qu’on efface son tweet et que ça s’arrête là.

Mais, évidemment, si la loi Avia c’est censure plus procès, il ne manquera plus que la peine de mort.

La présidente du Conseil national des barreaux semble penser que la loi Avia choisit la censure plutôt que la pénalisation (et non les deux mais, à vrai dire, je ne vois pas ce qui empêcherait le procureur de poursuivre un contenu même après l’avoir fait retirer) : « Ce texte délègue le pouvoir de censure à des organismes privés. (…) Si vous êtes l’auteur d’un contenu supprimé et que vous n’êtes pas d’accord avec la censure, vous allez devoir saisir le juge et rien n’est organisé. Ce sera le parcours du combattant. » En attendant, le parcours du combattant existe déjà pour la personne visée : elle doit prouver son innocence afin d’éviter une condamnation (avec potentiellement une peine d’emprisonnement). Étant entendu que les « contenus haineux » (sur la définition desquels le représentant de Google en France et d’autres feignent de s’interroger) ne sont rien que ce que la loi française condamne déjà (notamment par de l’emprisonnement), à savoir : injure, diffamation, provocation à la haine, apologies diverses et variées, outrage à personne dépositaire, fausses nouvelles etc. etc.

etc.