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Je baise les pieds de la Palestine: Poèmes

En guise d’introduction : Note sur un portrait

Cet émir inquiétant… D’abord, il y a quelque chose de dyslexique dans sa composition, une partie du keffieh est noire et le bisht couleur chair, du moins de la couleur de la partie claire du visage. Ensuite, il y a cette ombre sur la figure, une plaque grise qui fait l’effet d’une lèpre ou bien du mécanisme mis à nu d’un cyborg, mi-homme mi-machine. Le caractère clivé est renforcé par les lunettes, dont un verre est noir comme la nuit et l’autre réfléchit des lumières étranges. L’aspect de lèpre, voire de décomposition post-mortem commençante est accentué non seulement par les taches à l’éponge mais aussi par la quasi-imperceptibilité des traits du visage, à peine marqués, en contraste avec la bouche livide. Le nez paraît manquer au premier regard mais il est droit et indique la volonté. Ce mage lépreux ou cette momie aux pouvoirs magiques ressort sur un fond ondoyant dont quelques bavures d’encre annoncent la décomposition prochaine. De ces ferments de pourriture physique et mentale se dégage pourtant l’éternelle jeunesse dont parle le philosophe danois et qu’il attribue à ceux qui restent sûrs d’eux-mêmes quoi que leur inflige le sort.

Portrait du poète en émir Abdoullah, par Marc Andriot

*

TABLE DES MATIÈRES

1/ Le dictateur et les poètes
2/ Émir
3/ Éléphant noir
4/ Je baise les pieds de la Palestine et autres poèmes

*

Or quant à l’antiquité de ces vers que nous appelons rimés, et que les autres [langues] vulgaires ont emprunté de nous, si on ajoute foi à Jean le Maire de Belges, diligent rechercheur de l’antiquité, Bardus V, roi des Gaules, en fut inventeur : et introduisit une secte de poètes nommés bardes, lesquels chantaient mélodieusement leurs rimes avec instruments, louant les uns et blâmant les autres, et étaient (comme témoigne Diodore Sicilien en son sixième livre) de si grande estime entre les Gaulois que si deux armées ennemies étaient prêtes à combattre, et lesdits poètes se missent entre eux, la bataille cessait, et modérait chacun son ire.

Joachim du Bellay, La Défense et Illustration de la langue française

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LE DICTATEUR ET LES POÈTES

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Le premier de ces poèmes est le LV du recueil Le zircon et le nard (ici), qu’il conclut en annonçant le présent chapitre.

Le dictateur tuait chaque jour un poète
De sa main, pénétrant dans la prison secrète,
Exact, à la même heure en fin d’après-midi.
On avait ficelé sur un siège, étourdi,
Insulté, bâillonné l’espion communiste
Dans une chambre sombre où, le visage triste,
Ce dernier attendait de connaître son sort.
C’est alors que, rompant le silence de mort,
Entrait, majestueux, le Président à vie
En personne : un honneur qu’en principe on envie.
Le dictateur voulait, un pistolet en main,
Au prisonnier, vieillard, homme mûr ou gamin,
Tenir quelques propos lui dévoilant son âme
–Il fallait cependant être homme, et non point femme,
Le sexe étant la chose afférente aux geôliers.
Ensuite il remontait la paire d’escaliers
Et pressait son chauffeur de le conduire en ville,
Au dîner de gala de quelque lâche édile.

Un copiste inconnu, pour la postérité
A retranscrit un choix de cette cruauté.

*

I

Qui peut être poète et des Muses veillé
Quand, dénué de goût, il flâne débraillé ?
Regarde-moi plutôt, regarde cette coupe
Du manteau dont chacun de mes pas se chaloupe,
Laissant voir la tunique aux nuances feldgrau
Que saura distinguer un vrai caballero,
Le baudrier, l’éclat des médailles sans nombre
Sur la poitrine mâle, et l’élégance sombre
De la toile de drap brodé de fil d’argent,
Le ceinturon de cuir et d’acier réfulgent,
Les plis du pantalon à l’exorde des bottes
Qui, si tu les couvrais d’instances idiotes,
Te feraient un miroir où contempler ton groin
Car mon sergent les cire avec le plus grand soin,
Et sur le front saillant la casquette juchée
Obombre mon regard de pierre panachée.
Quel peut être le goût d’un inné loqueteux,
Et quels relents sinon de fiel eczémateux
Sortira du caquet bègue de ce paillasse ?
Ce nez que je te vois encor, seule la crasse
Le séduit-il ? Ces yeux mornes, ces yeux glacés
Que mes geôliers bénins jusqu’ici t’ont laissés,
Ne goûtent que l’aspect sordide des guenilles ?
Tu chantes la Beauté, les pieds en espadrilles ?
Vois donc ce révolver, mon loyal Beretta :
Crosse de nacre et d’or, en étui magenta.
Les effets martiaux, le fuselé des armes
Te sont indifférents, tu ne vois point leurs charmes
Et tu te crois poète ? Arrête, où sommes-nous ?
L’art est aux seuls clochards, dans ce monde de fous ?
Et c’est en soprano que l’anarchiste braille,
En ténor du futur ?

                               Va, meurs !

                                                 Ah, la canaille !

*

II

Mouvement littéraire, autant dire une école,
Ses cahiers, ses bons points, sa sotte gloriole,
Ses blagueurs dont le mot d’ordre est la Liberté,
Ces délires prévus, un transport concerté,
Une école de clowns qui déclament leurs rôles
D’un air très convaincu, sérieux, et pas drôles,
Et que l’on canonise à la fin en donnant
Leurs noms à des dortoirs de cafard lancinant…

Comme ces histrions nomment dans leurs poèmes
Les produits dernier cri de France, parfums, crèmes
À bronzer, pantalons, fourrures, chapeaux mous,
Tes compagnons et toi, métis à demi fous,
Vous criez à l’extase, à l’art pour l’art, au rêve
Quand vous lisez des mots exempts de toute sève
Sur le papier glacé d’un imprimé bourgeois,
Mais c’est le mannequin nu de la page trois
Qui parle à vos instincts, plus que ces mornes pitres !

Mes paroles te font mal et tu récalcitres.
Or je n’ai pas fini. Tout cela serait bon,
Ferait d’un loqueteux studieux un mouton
À mon goût, mais voilà, l’ignoble communisme
Attire ces crapauds d’un pressant magnétisme ;
Se regarder en face est pour eux trop cruel
S’ils ne peuvent raser gratis, être du ciel
Quand ils vendent leur kif, avoir des ailes d’ange
En jetant autour d’eux une fétide fange.
Il faut à ces clampins sublimer le travail
Comme il faut des complots aux muets du sérail,
Il faut à ces pervers des lendemains qui chantent
Car la haine, l’envie et le crime les hantent.

Quand le marchand d’oignons n’aura plus besoin d’eux,
Leurs bronzes lèveront des fronts bas vers les cieux.
Quand nous n’entendrons plus le latin de leurs messes,
On lancera des prix en hommage à leurs fesses.
Quand des bouffons nouveaux, plus jeunes, surgiront,
Les siècles de leur voix grêle se souviendront.
Quand perdront leur impur pouvoir leurs sodomies,
On les embaumera dans des académies.
Mais jamais, moi vivant, sur leurs corps élevé,
On ne verra l’État nuire au contrat privé.

*

III

Pourquoi ne pas entendre, un jour au moins, Platon ?
Si tu n’écrivais pas des vers de mirliton
Mais une œuvre tout feu tout flamme, impérissable,
Un monument plutôt que des pâtés de sable,
Tu n’aurais pas encore ici droit de cité.
Le doigt du Philosophe est contre vous pointé,
Poètes, vous croyez être l’intelligence
Mais elle vous bannit sans la moindre indulgence.
Le canon de mon arme est son bras séculier,
Mettre fin à tes jours pour elle est régulier.
L’intelligence abhorre et blâme, énergumènes,
La bouche qui répand des paroles malsaines.
Vous êtes si certains de l’arrêt du futur
Mais l’avenir vomit votre labeur impur,
C’est moi qu’il couvrira de lauriers enviables
Pour vous avoir chassés de nos murs vénérables,
Et pour chacun de vous dont j’éteindrai la voix,
Une palme m’attend au ciel sur un pavois.
Tu m’appelles tyran, ta clique me défie,
Or je tiens mon pouvoir de la Philosophie.
L’esprit vous a maudits, qu’êtes-vous, imposteurs ?
Arrêtez d’insulter le Vrai.

                                           Maintenant, meurs.

*

IV

Quoi de plus saugrenu qu’étudier la rime
Et les inversions d’un sonnet pousse-au-crime ?
Voyez ce connaisseur en ponctuation
Étaler longuement sa délectation
Devant les hiatus novateurs d’un bigame
Célébrant l’esclavage, au bordel, de la femme :
Est-ce un homme ou bien est-ce un pantin magistral,
Ce phraseur dénué de sentiment moral ?
Que fait au genre humain l’audace virtuose
D’un froid technicien au bord de l’overdose,
S’il chante pour flatter la bestialité ?
Sous son aspect chétif, c’est la brutalité
La plus écœurante qui grogne, et le peuple s’écrie
Là-contre durement, veut que je pilorie
Cette canaille obscène et demande sa mort,
Pour apaiser la Loi morale, sans déport.
Voilà pourquoi je viens te voir en ta cellule,
De ce digne courroux étant le véhicule ;
L’Homme, que tu disais libérer par tes vers,
T’expulse comme un pou hors de son univers.

*

V

En écrivant des vers tu te vois à Paris,
Tu vas dans les cafés, c’est la fête, et tu ris,
Tu fais rire, surtout, une blonde compagne,
On te sert des cocktails d’absinthe et de champagne,
D’élégants inconnus te tirent leur chapeau,
Tout le monde te dit que le teint bistre est beau,
Que l’on n’a jamais vu de plus brillant métèque
Depuis Heredia dépeindre l’âme aztèque
D’un ton si précieux et si français aussi :
« Merci de nous singer, vraiment c’est réussi.
Je suis ému de voir comme est universelle
La plate gaudriole où moi, Gaulois, j’excelle.
Voici, Poète, au nom du baron de Feuillac,
Une invitation à jouer au trictrac.
Mademoiselle Élise en sera, c’est tout dire.
Faites-nous cet honneur, après lequel soupire
Tout Paris, alias l’Univers tout entier ! »

Je t’épargnerai donc, enfant de savetier,
La désillusion amère qui te guette
Quand là-bas sans amis, efflanqué de disette,
En fait de cotillons tu suivras dans la nuit
La soubrette d’un bouge horrible qui te fuit,
Et que son céladon, fâché par ta figure,
Saura te l’arranger dans une impasse obscure.

*

VI

Le comte de Feuillac aurait beaucoup aimé
Rencontrer, c’est certain, poète si famé
Car en homme du monde il a le goût des lettres
Et lui-même a produit quelques dodécamètres.
Mais il aurait fallu qu’il connaisse ton nom
Et cela se peut-il ? À l’évidence non.
Le faubourg Saint-Germain souffre de myopie :
Même des vers français, même une queue-de-pie
D’aussi loin ne lui font qu’un effet sans vigueur,
Il ne peut supposer dans ce smoking un cœur
Ni sous ce chapeau mou de la matière grise
Dans le goût distingué suffisamment assise.
Le comte n’eût jamais eu de temps pour ton art,
Mais l’un de ses neveux, te donnant du jobard,
T’aurait lancé son gant de suède au visage
Afin de te loger du plomb, selon l’usage,
Entre les yeux. Crois-en ma parole, ce tir
Ne t’aurait pas laissé jeter même un soupir.
Ne regrette donc point ce projet téméraire,
Mieux vaut martyr ici que là-bas pauvre hère.

*

VII

C’est Paris, tu te perds dans un grand labyrinthe,
On te sert des cocktails de champagne et d’absinthe,
Ton esprit fait valser les cœurs, ton bras les corps,
Tu voles éperdu des baisers que tu mords,
L’éternel féminin sur ton plastron se presse,
T’entendre zézayer des vers, quelle allégresse,
On n’a jamais rien vu de tel depuis Feuillet,
Si tu poudrais ton slip ça serait Rambouillet,
Ton œil flou d’Indien sagacement pétille,
Le comte de Feuillac va te donner sa fille,
Et la comtesse veut se donner, elle, à toi,
Ton désir souverain fait à présent la loi,
Qu’ai-je donc oublié ?

                                    Tout ça pour des poèmes ?
Explique à mon banquier les puissants stratagèmes
Par lesquels tu parviens à ce beau résultat,
Je te nomme aussitôt bienfaiteur de l’État.
Tu ne dis rien ? Tant pis, je m’en veux de ce rêve ;
Poète, nous comptions sur toi.
                                                 Maintenant, crève.

*

VIII

La coupe des forêts où coule la rosée (Pierre Reverdy)

Tous ces arbres détruits pour que tu souilles l’âme,
Tout ce papier couvert de muflerie infâme,
Tant d’encre dégorgée en blasphèmes bouffons,
En hystériques pleurs et farces de bas-fonds,
Vont s’économiser avec un doigt de poudre.
Vois-le comme, tombant de l’Olympe, la foudre
Qui frappe sans colère un ennemi des dieux.
Et moi, pour nos forêts, je me sentirai mieux.
Vois le faonneau téter la biche affectueuse
Dans les bosquets profonds à la mousse odoreuse,
Au chant des rossignols qui charme ses ébats ;
Tu veux y détacher les scieurs scélérats,
L’algide tronçonneuse aux hurlements sinistres
Pour qu’un livre attendu par un caveau de cuistres
Te pare de lauriers égoïstes et vains !
Que ces mesquins loisirs sont lâches. Inhumains.
N’entends-tu pas la voix des nymphes, qui m’appelle :
« Sauve-nous, sauve-nous, noble cœur, âme belle !
Sauve-nous du méchant qui va, dans son mépris,
En ravageant les bois détruire nos abris !
Diane t’a livré le fat qui nous agresse :
Ô presse la gâchette avec orgueil, ô presse ! »

*

IX

Il n’y a point aujourd’hui de censure, mais c’est que nous avons perfectionné tout cela.  (Aragon)

Pourquoi donc accuser notre État de censure
Quand ton fétiche a dit qu’en France elle perdure
Sous d’autres avatars, qu’il ne veut point nommer
Et qu’il ne paraît pas non plus bien fort blâmer ?
Nous sommes fatigués de votre hypocrisie,
De l’embrigadement de votre poésie.
Mais je dois faire court car je suis en retard
Chez un vieux sénateur qui lance son bâtard.
Il se trouvera là mon ministre des cultes
Et de l’instruction, entre autres gens incultes,
Et je veux lui toucher un mot du traitement
Que doit verser l’État par son département
À notre bonne amie écrivain, la Goulue,
Dont je me doute bien que tu ne l’as pas lue.
Nous censurons, c’est vrai, tout comme tes amis
Dès que l’État leur est entièrement soumis,
Car c’est vous contre nous, et non quelque autre chose.
Ce sont nos libertés au prix de votre cause.
Quel intérêt de vivre, alors, privé de voix ?
Un oiseau doit chanter.

                                      Je vais tirer à trois.

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ÉMIR

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X

Cet amour, Abdoullah, ne finira jamais,
Tant que tu me comprends et que tu te soumets.
Quand je rejette avec horreur ta main pelue,
Cette insulte, c’est toi –toi seul– qui l’as voulue.
Quand je suis sur ton dos à chaque heure du jour,
Tu dois me divertir et me faire la cour,
Et surtout ne dis pas que le devoir t’appelle
Ou je fracasserai de nouveau la vaisselle.
Refais à mes dépens une fois de l’esprit,
Tu sais comment ma main sur ta face atterrit.
Ne rien tenir pour vrai, c’est être philosophe
Quand je me contredis à la moindre apostrophe,
Mais chercher à savoir le vrai dans mes propos,
C’est être au plus haut point borné, le roi des sots.
Et si tu veux entendre un serpent qui crécelle,
Tu n’as qu’à me parler en bien d’une pucelle.

Tant que tu me comprends et que tu te soumets,
Abdoullah, cet amour ne finira jamais.

*

XI

Abdoullah, je souris de ton désir souffrant.
Si loin, tu n’es pas là. Je marche en t’adorant.
J’ai vu le rossignol ce soir dans les ramures
Mais en moi n’entendais que tes aimants murmures.
J’aime les souvenirs dont mon cœur est comblé
Car je vis avec eux un rêve, ensorcelé :
Je parle à chaque objet familier en silence
Et redis tous les mots de notre connivence ;
Chacun de tes regards, illuminé, profond,
Est une étoile, un ciel, un bonheur qui viendront
À chaque instant du jour et de la nuit me dire
Que l’amour est un oued que rien ne peut réduire.

*

XII

Abdoullah, ô je ris de ton désir pressant,
Je ris de ces mots doux que tu dis, rougissant,
Car ton front emperlé se plisse et se replisse,
Tu tends des doigts crochus vers l’ambre du calice
Et ton keffiyeh plonge amorphe sur tes yeux,
Son agal† pendouillant penaud, disgracieux ;
Où s’en est donc allée, amir, ta contenance,
La princière hauteur de ta belle prestance,
Et qu’ai-je devant moi ? Les soubresauts bouffons
D’un chaton empêtré dans un tas de chiffons.
Veux-tu donc que j’appelle avec nous ma servante
Et que, pour prévenir un choc, elle t’évente ?

L’agal est le cordon qui maintient le keffiyeh ajusté sur la tête.

*

XIII

Dans le Chinatown de Djeddah

Messieurs, nous le savons, l’État est en danger
Et l’honneur des Saoud par nous doit se venger :
Sur notre sol un nid de vipères sifflantes
Que notre aménité rend par trop insolentes
Sue un bouillon mortel de venin corrupteur
Sous les dehors bénins d’un commerce imposteur.

Or, pas plus tard qu’hier, un fret de cardamomes
Alerta mon sergent sur les criants prodromes
D’un désastre imminent pour notre Royauté ;
Dans les miasmes du porc ! et du tofu sauté,
Le keffieh sur le nez, j’enquêtais ; à peine eus-je
Mis la main sur le cou d’un suspect qu’un déluge
De nunchakus pleuvait sur nous de toute part.
Et voyez donc mon bisht –amarante, à broquart–
Lacéré par le jet d’un trident de coolie.
Dieu merci, mon HK confondit cette lie,
Mon agal ne bougea que d’un pica deux-tiers.

Messieurs, ne laissez point quelques greffiers amers
Oser dans leurs bureaux critiquer ces méthodes.
Moi, l’émir Abdoullah, je méprise leurs codes
Et n’ai d’autre souci que les bons résultats.
D’avoir sauvé ma vie en tirant dans le tas
Je n’ai pas à rougir devant de fourbes scribes
Qui vivent aux crochets de l’État, en amibes,
Pas plus qu’émir doué de saine tempérance
Je ne dois aux toqués la moindre tolérance.

*

XIV

La connexion Zanzibar

Messieurs, vous le savez, le Royaume est la cible
D’un malfaisant complot contre l’Un infaillible.
Vous mandez un rapport vous récapitulant
Notre opération Dromadaire volant.
Voici donc.

                  Quand j’appris par mes sources secrètes
Que des pirates noirs aux haïssables traites
S’apprêtaient à passer un fret délictueux
Sur notre territoire enclosant les Saints Lieux,
Je lançais la marine et mon hélicoptère
–Où je pris place armé d’un HK militaire–
Contre les Zandj félons. Me voyant, ces derniers
Poussèrent de hauts cris, des blasphèmes grossiers,
Et depuis leur vaisseau, dans leur aigreur hostile,
Tirèrent vers le ciel un fulgurant missile.
J’étais déjà sur eux et sautai dans les airs,
Sentant contre mon dos les débris, les éclairs
De mon engin détruit, mais sauf et plein de rage
Contre les ennemis défiant mon courage
Et les autorités du Royaume très saint.
Je tirais sur ces gueux avant d’avoir atteint
Le pont de leur esquif, terme et but de ma chute,
Où je roulai, courus, me jetai dans la lutte
Au corps à corps parfois, les balles fulminant
Autour de moi, de tous les côtés, lancinant
Stroboscope de tirs. Mais j’en ai l’habitude.
Sans me laisser fléchir devant leur négritude,
J’abattis un à un ces délinquants retors.
La marine arrivant put recompter les morts.
Et c’est ainsi, messieurs, dis-je sans hâblerie,
Qu’en farouche opposant de la piraterie
Notre pays gardien de la religion
Fit la plus grosse prise à ce jour de jambon.

*

XV

L’émir Abdoullah contre les Thugs de Bénarès

Messieurs, vous le savez, pour notre économie
Nous employons chez nous une tourbe ennemie
Qu’il nous faut surveiller opiniâtrement
Sous peine de subir un cruel châtiment :
Loin de nous savoir gré de nos sollicitudes,
Ces esprits indévots aux sales habitudes
Couvent dans leur poitrine une animosité
Que le relâchement de notre fermeté
Rendrait pernicieuse au trône des Saoud,
Et pendant que nos fils se parfument à l’oud
En pensant aux yeux noirs et doux de leurs amies,
Ignorant le serpent fomenteur d’infamies,
Nous avons le devoir austère et rigoureux
De tenir en respect ces immondes lépreux.

Vous eûtes vent, bien sûr, d’une cabale ancienne,
Aujourd’hui trafiquante et politicienne,
Infiltrée en tous lieux du pouvoir, un Satan
Régnant sur ce cancer qu’on nomme l’Hindoustan,
Je parle –veuille Allah me prêter assistance–
Des Thugs de Bénarès : cette maudite engeance,
Selon tous les rapports de nombreux espions,
Aurait jusque chez nous avancé des pions,
Détournant à ses fins nos besoins de main-d’œuvre.
Voyant se resserrer les bras de cette pieuvre,
Je partis aussitôt pour la sombre cité
Où le koufr dément, sabbat surexcité,
À toute heure du jour et de la nuit aboie
En jetant ses défunts dans mille feux de joie.
En arrivant, je fus, malgré l’incognito
Dont je me croyais sûr, attaqué subito
Par une foule atroce, ivre, populacière,
Tandis que je faisais fervemment ma prière.
Cela se déroulait à quelques pas des ghats ;
Je les massacrai tous entre les deux rakats.

L’ennemi consterné changea de stratagème
Et crut alors pouvoir résoudre son problème
Avec une bibi, qui m’empoisonnerait.
La danseuse était belle et vous enchanterait,
De sorte que Brahim aussitôt, à mon geste,
Saisit et m’emporta ce corps gracile et preste.
Et c’est dans mon harem qu’on découvrit l’horreur :
La belle avait voulu me refroidir le cœur.
Vous avouerez, messieurs, jugeant cette offensive,
Qu’il faut garder le sens de l’initiative.

Enfin, je pénétrai dans l’antre des démons.
Un monstrueux eunuque aux géants mamelons
Me barra le chemin ; à son collier de crânes
Je crus voir attachés mes bijoux, diaphanes,
Car son grand cimeterre aveuglant fendait l’air
Comme dans la nuit noire un fulminant éclair.
Mais puisque, pour l’islam, une technologie
Est permise dès lors que ce n’est point magie,
J’abattis ce gros porc au fusil-mitrailleur.

Et l’avenir, messieurs, nous paraît bien meilleur
Depuis que j’explosai cette maison maudite,
Ce repaire de djinns à coups de dynamite,
Ayant auparavant pris soin d’y renfermer
Ses habitants.

                       Ils ont fini de blasphémer.

*

XVI

L’émir Arachide contre le gendarme de Saint-Tropez

Messieurs, vous le savez, sur la Côte d’Azur,
Où l’hiver est clément et l’été point trop dur,
J’ai quelques cabanons et manoirs en pinède
Où loin du Tadawul† nerveux qui nous obsède,
J’aime passer des jours indolents –mais princiers–,
Spéculant un chouïa sur les marchés fonciers,
Plus pour jouer, d’ailleurs, comme sur quelques chiffes,
Avec mes garnements pour leur faire les griffes.

Mais voilà, je fais face à l’imbécillité
D’un gendarme du cru, simple et surexcité.
On lit sur son faciès le profond crétinisme
D’un avorton produit au sein du paganisme,
Rendu plus ridicule encore par l’habit
Que Dieu marque sans doute à l’éternel débit
De ses sots concepteurs, sans goût ni main habile
–Et dire que ces gens osent parler de style,
S’y pensant les premiers, c’en est désespérant,
Mais pour un cœur pieux plutôt corroborant.
Je ne puis rendre compte à vos yeux d’hommes sages
Des grimaces sans nombre et des cabotinages,
Des mimiques de singe et de femme et de nain,
Ni des contorsions de pygmée inhumain
Dont cet individu contrefait est capable.
Plus qu’un homme, je vois un djinn abominable.

N’aimant pas les Bédouins, il veut me provoquer.
Dans mon quiet bercail, je le vois m’attaquer
Avec tous les moyens de l’ignoble chicane
Dont ce pays regorge, et la tourbe ricane
De voir un noble émir à la merci d’un pou,
Parce qu’il est français et que ce peuple est fou.

Messieurs, c’en est assez, notre droit intangible
Au climat tempéré pour nous irrésistible
Ne saurait plus longtemps être ainsi méprisé.
Je requiers avec force et droit qu’il soit puisé
Dans notre fonds secret pour régler le problème
Et ne veux plus revoir ce trépignant blasphème,
Car vous avez goûté les agréments de Fez
Et connaissez le prix de ceux de Saint-Tropez.

Tadawul : la Bourse saoudienne, située à Riyad.

*

XVII

Essence du téléphone d’or

Le téléphone d’or est, vous l’aurez compris,
Un appareil filaire.

                               Importé de Paris,
Où firent ce bijou, sur les fonds du royaume,
Les meilleurs joailliers de la place Vendôme,
Son combiné se pose, élégant instrument,
Sur le fin reposoir horizontalement.
Son cadran rotatif est composé d’un disque
Que l’on tourne du doigt, c’est charmant, et sans risque,
Je le dis à tous ceux qui n’ont jamais connu
Que les touches sans art d’un clavier convenu ;
Pardon de dénigrer le présent mais personne
N’a vu si bel engin, plus riant téléphone
Que –personne ici-bas !– le téléphone en or
De l’émir Abdoullah Aladdin Almanzor.

Et mon émotion s’augmente sans mesure
Quand je songe aux poteaux, un à chaque encablure,
Traversant les déserts de sable à l’infini,
Ainsi que le néant au gratuit réuni.

*

XVIII

La vie ne tient qu’à un fil

Vous ai-je raconté, messieurs, comment un jour,
Prisonnier du mogul zandj Mamadi Mansour
Dans son hélicoptère au-dessus de Médine,
Je pus, en me sauvant, tuer cette vermine ?
Écoutez donc.

                       J’étais ligoté dans l’engin
Qui devait m’emporter vers une triste fin.
Deux Zandj plus Mamadi Mansour, dont le pilote,
Trois hommes donc en tout, trois bandits de Mayotte,
Étaient là. Je brisai mes liens promptement,
Puis, m’étant dégagé de son embrassement,
Jetai le premier Zandj blasphémant dans le vide.
Le pilote suivit d’un coup de pied rapide.
L’engin ne volait plus qu’en zigzags cahoteux,
Si bien que Mamadi manqua son coup, piteux ;
J’attrapai son kandjar et lui trouai la panse,
Le jetai dans un siège, il perdit conscience,
Je bouclai la ceinture autour de l’embonpoint
Et tirai de la plaie, entre le gras disjoint,
Un boyau, me lançant avec ça dans l’abîme.
Cette inspiration démente fut sublime
–Sans affectation : Dieu fut l’inspirateur,
Gloire à Lui–, le sanglant boyau libérateur
Déroulé tout au long ne brisa pas de suite,
Si bien que ma vitesse en tombant fut réduite,
Assez pour que je pusse atteindre un toit clément
Sans détriment majeur ; c’est alors seulement
Que, tendu, le viscère éclata. C’est limpide :
Ce criminel avait l’estomac très solide.

*

XIX

Mamadi Mansour le Zandj démoniaque

De tous les Zandj félons issus du Zanguebar,
C’est Mamadi Mansour mon plus grand cauchemar.

Tout commença le jour où Mayotte, aux Comores,
Par le plus grand outrage à ses ancêtres Maures
Refusa de quitter le giron des koufar.
Pour Mamadi ce fut un vrai coup de kandjar
Dans le dos ; il entrait alors en résistance
Contre cet ogre obèse, efféminé, la France.
Jeune encore, il connut les geôles de Satan.
Torturé de longs mois sous le drapeau tyran,
Toujours il refusa de parler aux eunuques
Dont il abominait les licences caduques.
Avec des compagnons, un jour, il s’éclipsa,
Quitta le sol aimé dans un kwassa-kwassa
Pour depuis Moroni continuer la lutte.
Ce fut l’occasion fatale de sa chute
Dans les méandres noirs du crime organisé,
Car pour faire la guerre en Zandj civilisé,
Qui plus est contre un djinn de saindoux en friture,
Il faut beaucoup d’argent et vite, et la gageure,
Voyez-vous, ne connaît aucun autre chemin
Que la géhenne où trône Iblis, monstre inhumain.

Maudite soit la France, effrayante est sa coulpe.
Il enserre nos bishts en ses longs bras de poulpe :
De tous les Zandj félons issus du Zanguebar,
C’est Mamadi Mansour mon plus grand cauchemar.

*

XX

L’émir Abdoullah dans la pyramide du Rub al-Khali

Messieurs, vous demandez un rapport exhaustif
De faits par nous tenus secrets non sans motif.
Entendez par ma voix ce récit pittoresque,
Très étrange et non moins abracadabrantesque.

Quand notre CubeSat Taqnia Tripoli
Découvrit un beau jour dans le Rub al-Khali
Un objet inconnu comme surgi du vide
Et qui paraissait bien être une pyramide,
Concevez ce que fut d’abord notre stupeur.
Certes, dans le désert un mirage trompeur
Est pour la caravane ordinaire magie,
Mais non pour le tractus de la technologie !
L’analyse fractale indiquait le travail
D’êtres rationnels, c’était comme un sérail
–Me disais-je en voyant cette image irréelle
Dont j’admirais, troublé, l’aura surnaturelle–
Élevé par des djinns en une seule nuit,
Loin des regards gênants, du mouvement, du bruit,
Et non l’empilement de roches éboulées,
De dunes par le vent puissant accumulées.
Il fallut aller voir sur place.

                                            À l’horizon,
Comme un débris d’Iram relevé sans raison,
Se dressait devant nous, gigantesque, le prisme,
Augure de quel drame ou de quel cataclysme ?
La pierre scintillait, blanche, ivoire éclatant,
Nous ne pouvions manquer ce détail important :
Les siècles n’avaient point patiné sa surface.
Qui donc osait ainsi, consternante menace,
S’inviter au pays trois fois saint des Saoud ?
J’entendis, semblait-il, une musique d’oud
Depuis l’intérieur profond de la structure,
Et lorsque, la cherchant, nous vîmes l’ouverture,
Sans hésiter j’entrai le premier par ce trou.
Le croirez-le, messieurs ? je crus devenir fou
Quand se ferma le mur aussitôt à ma suite
Et je me trouvai seul dans cet antre d’afrite.

Car nous n’avions point pris avec nous d’explosifs
Et je ne voyais donc quels moyens positifs
Pourraient être employés, avant de longues heures,
Pour me sortir de là, « Abdoullah, que tu meures,
Pensai-je, ce serait certes grande pitié,
Mais puisque te voilà du jour congédié,
Apprends donc à connaître un peu cette bâtisse
Où t’a voulu mener ton esprit de service. »

J’avais ma lampe –las, pas celle d’Aladdin
Mais une lampe torche– et perçus un chemin,
Que je suivis ; nul oud n’égayait mon oreille
Mais un bruit de turbine ou de froufrou d’abeille
Amplifié ; je vis au loin une clarté,
Éteignis, m’approchai, qu’avisai-je, hébété ?
Dans une salle haute aux murs dans les ténèbres,
Mille scintillements inquiétants et guèbres :
Tout comme au Tadawul d’innombrables écrans
Clignotaient, recouverts de glyphes aberrants,
Étincelants rébus, l’alphabet hérétique
De djinns abandonnés dans le gouffre hermétique,
Et j’eusse bien en vain cherché dans ces listings
La cote d’Aramco, Sabic, nos stock-holdings,
Car c’était magie noire et science farouche.
Je vis alors un nain à figure de mouche
–Plutôt un serviteur maudit de Bal Zebub,
Idole de grès noir, qu’un honnête Querub–,
Qui semblait consulter je ne sais quelle courbe
D’un indice inconnu, prenant un air très fourbe.
Ses gros yeux globuleux, sombrement irisés,
Réticules de grains quartzeux entrecroisés,
Suintaient l’abstraction vide d’un infidèle
Et la méchanceté rare d’un anophèle.
Quand il leva sur moi ces organes hideux,
Je risquai bravement un exorde hasardeux :
« Étranger, quel que soit le but de ta visite,
Tu ne peux, sans permis, prolonger en ce site
Ton clandestin séjour car c’est contre nos lois,
Nos services n’ayant point reçu les envois
Prescrits dans les délais, ni le mémoire idoine
Avec timbre fiscal pour contreseing en douane
Et l’attestation du double bordereau,
Présent le formulaire autographe au bureau
Des colligements près la chambre des épices,
Ayant posé son sceau la cour des bénéfices.
Fort de ces condensés mais clairs abrègements
Valant de par statut dus éclaircissements,
Veuille donc, étranger, me suivre sans attendre
Pour plus ample examen des mesures à prendre. »
Après ce peu de mots, je me vis au milieu
D’un amas de ces nains, et me remis à Dieu.

Tirant au pistolet dans un globe de verre,
Je parvins à créer un trouble salutaire.
Fuyant je ne sais où, vif comme l’ouragan,
Tout à coup je glissai le long d’un toboggan
Et chutai dans le noir sur un pouf en matière
Élastique émettant une vague lumière.
Je sentis les cloisons autour de moi trembler,
La pyramide était en train de s’envoler !
Et puis quelle ne fut encore ma surprise,
Le flan gélatineux, mon improbable assise,
Entreprit de ramper, comme un être vivant.
Une trappe s’ouvrit et dans un coup de vent,
Jetés hors du vaisseau qui s’élevait rapide,
Le pouf et moi dessus tombâmes dans le vide.
Allah est pour les siens miséricordieux :
Je planais sur mon pouf dans l’azur clair des cieux
Plus que je ne tombais, et nous touchâmes terre
Sains et saufs. Gloire à Lui qui connaît le mystère.

Messieurs, vous savez tout. Nous avons établi
Un institut secret d’étude à Roswali
Où nous nous occupons, afin de le connaître,
Du Blob auquel je dois devant vous de paraître.

*

XXI

L’émir Abdoullah est l’invité du maréchal Amin Bobo

La délégation des bishts noirs et dorés
Du royaume gardien des monuments sacrés,
Sortant des cadillacs aux drapeaux couleur jade
Flottants, enluminés, dans l’air chaud en cascade
Agitent les longs plis de leur sombre appareil
Comme un nid de corbeaux s’ébrouant au soleil.
L’émir Abdoullah songe à Djeddah dans la brise.
C’est le fardeau de l’homme au keffiyeh cerise.

Le maréchal Amin, ogresque et colossal,
Rutilant de sueur, ce vernis tropical,
Et sur son fier plastron d’innombrables médailles,
Souvenir de non moins abondantes batailles,
Comme une poule avec, la pressant, ses poussins,
Entouré de soldats, séides, spadassins,
Est avec les émirs pour leur faire la grâce
De partager sa table insigne et son palace.

Tyran Amin Bobo, suréminent golgoth,
Est-ce toi qu’on appelle, à Job, le Béhémoth ?
Ô combien d’ennemis t’es-tu mis dans la panse
Pour étaler si riche et belle corpulence ?
Ton pays tout entier a-t-il assez de bras
Pour soulever ton pied ? Je ne le pense pas.
Un négrillon, ce n’est, pour ta sublime bouche
Et ton grand appétit, guère plus qu’une mouche.
Mais je sais, mon Amin, que tandis que l’émir
Admire en ton château d’ivoire et de saphir,
D’ébène et d’or, les œufs cyclopéens d’autruche,
Les défenses, les peaux, le chat-pard, la guenuche,
Les esclaves, en route –à peine un freluquet
Près de toi, l’éléphant– vers la salle au banquet,
Que sous ton air guerrier, exécutif et roide,
Tu mousses en passant devant la chambre froide.

.

ÉLÉPHANT NOIR

.

XXII

Maréchal, voilà le maître-queux !

Par Hadji Lamouche, poète lauréat

Grand Amin, l’univers est ton œuf, et l’Afrique
Est ton œuf à la coque, et c’est grâce à la trique
Dans ton poing de babouin que le monde va droit,
Grâce à l’engrais des forts que la justice croît.
Tous les diamants bleus que des griffes tu touches
Se changent aussitôt en gluants nids de mouches.
Si tu mettais les pieds dans la source du Nil,
On ne parlerait plus du Caire, peuple vil.
Les femmes, bel Amin, ne peuvent se contraindre
Quand tu roules des yeux : il faut ou les étreindre
Ou les faire punir par tes maîtres d’hôtel.
Qui dira que cela n’est point surnaturel ?
Mais tu sais délecter ton sang, ton oxygène
Par de meilleurs moyens de tendres corps d’ébène.
Il ne te suffit point d’écraser sous ton poids
Des cuisses où fermente un équivoque empois ;
D’où croit-on que te vienne une telle sagesse,
Dépassant ce qu’a vu le monde, dans ta graisse ?
Et qui ne sait les bancs vides des facultés,
Pleine ta chambre froide avec ses voluptés ?
Oui, les meilleurs cerveaux du pays sont, je pense,
Depuis longtemps passés par le fond de ta panse.
–Mon lecteur goûtera ce fin oxymoron :
Ta panse est un abîme et non pas un chaudron.–
Et c’est avec bonheur, non face de carême,
Que je chante aujourd’hui mon ultime poème.
Amin Bobo, salut, voilà le maître-queux
Pour trancher dans mon lard croustillant et musqueux.

*

XXIII

Maréchal Bobo, l’éléphant noir

Par un autre poète lauréat

Dieu, dans sa bienfaisance infinie, a voulu
Que tu règnes, aussi prodigue que goulu,
Au principe du Nil, paradis sur la terre,
Grand éléphant d’ébène en habit militaire !
Sois gros ! sois devant nous le vrai Léviathan
Dont parlent les babouins dans leur Kafiristan.
Sois sur le monde un poids énorme, un monolithe,
Pyramide vivante et sphinx hétéroclite.
Sois composé de tout le sang, de tous les nerfs,
De tout le gras, de tous les muscles de nos chairs.
Brise nos os trop secs et suces-en la moelle.
Saisis notre seul bien, nos enfants, à la poêle.
Sois gros ! bois des cocktails de nos gluants cerveaux,
Nous voulons que les plis de ta panse soient beaux,
Que par ta voix nous parle, embelli, le génie
De notre race : sois la sagesse infinie.
Dévore ce qui vit sous ton autorité,
Car nous ne voulons pas d’un totem déjeté.
Aplatis sous ton sac la morgue de nos femmes,
Les singes aux sourcils d’argent sont omnigames,
Et quel meilleur levain que le tien, éléphant
Qui manges la forêt, pour pétrir un enfant ?
Amin Bobo, sois gros, ô sois la corpulence
Incarnée : épandage, énergie, opulence !

*

XXIV

L’éléphant noir des marécages

Par le poète lauréat Jean-Bedel Toto

Grand éléphant Amin, si tu vois l’éléphante
Remuer devant toi sa trompe, alors enfante !
Couvre d’éléphanteaux le limon volatil
Du bocage enchanté sur les sources du Nil.
Tu les verras jouer avec les flamants roses
À les faire s’enfuir comme des vols de roses
Dans le doux crépuscule incarnat des marais.
Tu les verras, prenant sous les arbres le frais,
Vers les chauves-souris tête en bas suspendues,
Par toute la ramure épaisse répandues,
Lever inquisiteurs leurs trompettes, serrés
L’un contre l’autre et prêts à courir effarés.
Et tu les entendras klaxonner : « Notre père,
Nous louons tes hauts faits d’éléphant militaire.
Apprends-nous à fouler le vulgaire ahuri. »

Même quand tu sais bien qu’un autre est son mari,
Grand éléphant Bobo, si tu vois l’éléphante
Remuer devant toi sa trompe, alors enfante !

*

XXV

Le laurier de la chambre froide

Par le poète lauréat Jean-Bedel Toto

Maréchal éléphant, zébu pharaonique,
Amin Bobo, c’est toi, notre bombe atomique !
Tu fais peur aux toubabs avec tes grosses dents
Et pèses comme vingt de leurs nains présidents.
Ça sent, dans leurs journaux, la miction des chèvres
Quand ils parlent des plis de tes énormes lèvres.
Leurs maîtres sont contrits en voyant ton harem,
En voyant ton pouvoir sans limites idem ;
Nous rions avec toi de leurs mélancolies,
C’est nous qui triomphons quand tu les humilies.

Et ta panse est le terme éternel, sépulcral,
Labyrinthique, ancien, profond, pyramidal,
De nos jours sans valeur, notre nuit de momies.
Pour repousser toujours les forces ennemies,
Nous aimons enrichir ton sang en zinc, en fer,
En tungstène, en titane, alimenter ta chair,
Nous fondre dans le gras de l’union mystique
Éléphantesque, en or tomate hiérophantique.
C’est mon tour, j’ai chanté ta grandeur, tes cheveux
Crépus, ton biceps dur, tes pieds fatals : je veux
Le laurier qui m’attend, pour que ma viande roide
Se parfume à ton goût exquis, la chambre froide !

*

XXVI

Jean-Bedel Toto, poète lauréat, espion

Le maréchal Bobo s’étant calé la panse
Et fait des bons morceaux du poète bombance,
Se trouva ballonné quand un rapport secret
L’informa de l’affront : Jean-Bedel, indiscret,
N’était rien qu’un mouchard, qu’un sale communiste,
Et c’est sans doute encore ironie anarchiste
De sa part s’il s’était laissé glorifié
Par l’État souverain ainsi mystifié
Qui venait d’assurer, pour son apothéose,
Le transfert de sa moelle à la glacière close.
Le malaise d’Amin ne dura cependant
Pas plus que le quartier le moins long d’un instant :
Une éructation le fit tôt disparaître–
Suffit à déloger de ses tripes le traître.

*

XXVII

Le maréchal Bobo et les femmes

C’est un sujet sensible, on n’ose en murmurer.
Ce torchon qu’est la presse aime se censurer,
Souvent le directeur songe à la chambre froide,
Cela lui rend la nuque usuellement roide
Car il n’espère point, ce clown, l’insigne honneur
D’être un jour –et pourtant c’est un pur flagorneur–
Convié comme une huile au banquet délectable,
Si ce n’est dans le plat et très méconnaissable.
D’ailleurs, Fatoumata, sa femme, lui redit :
« À quoi bon remuer tout ça ? Sois érudit,
Un intellectuel qui voit loin, dans la brume,
Ne trempe pas dans l’eau croupissante ta plume,
Ne va point avilir ton stylo compassé. »
En outre, pour Fatou, le bon temps est passé.
Naguère, en son printemps, elle connut la panse
–où sa fière beauté trouvait sa récompense–
Qui dans la terre meuble enfouissait son corps
Sous son poids merveilleux, les sublimes accords
De ses os aplatis, ses hanches démanchées,
Écartelés ses seins et ses bronches bouchées,
Avec l’énorme sac du maréchal Bobo.
C’était comme au palace-hôtel sans lavabo.
Dans la fosse excavée à coups de panse pleine,
C’était voir contenter son rêve d’être reine.
Comment oublierait-elle, ô non ! qu’elle eut un jour
Entre ses bras un peu de l’immense pourtour
De graisse et de replis du Président suprême,
Son levain écumeux à ras bord. Quel poème !
Elle n’oubliera pas. « À quoi bon, directeur,
Colporter des ragots sur notre Dictateur ?
Qu’il fasse son métier avec la compétence
Que nous lui connaissons. Les bruits, quelle importance ? »

*

XXVIII

Un banquet sur le Nil

Le maréchal Bobo qui buvait du zython
Pour arroser le riz au singe et le python,
Le méchoui de zèbre et le couscous d’autruche,
Se rinçait le gosier vidant cruche après cruche,
Quand un de ses jongleurs, pétulant comme un chat,
Tomba dans le Nil blanc au cours d’un entrechat,
Au bruit des cris affreux du pauvre pour sa vie,
En voyant les crocos, sourit : « Je les envie. »

Ô barde Jean-Bedel, que ce bon mot glaça,
Tu gémis : « Si Joseph Staline voyait ça… »

*

XXIX

Les nuits de Jean-Bedel

Je voudrais vous parler de Jean-Bedel Toto,
Poète lauréat du maréchal Bobo.
Jean-Bedel composait d’hétéroclites odes,
Fruit d’un labeur constant, d’innombrables maraudes,
De rapines sans fin dans les champs grands ouverts
De la littérature occidentale en vers.
Mais son plus grand amour, mais son unique Muse,
Et pour ses plagiats sa véritable excuse
–Car que ne ferait-on par l’amour qui rend fou ?–,
C’était Olivia, noire comme un cachou.
Il disait que son sort, des lundis aux dimanches,
Était entre ses mains dont les paumes sont blanches.
Olivia, le Nil blanc, clair et transparent,
Enveloppe ton col nu, noir et sidérant,
L’entendait-on encore halluciner, fébrile,
Et cela ne manquait franchement pas de style.
Las ! Pauvre Jean-Bedel ! Frivole Olivia,
Par ta faute un rêveur dans Engels s’oublia,
Un poète, vaincu par ton immoralisme,
Expia son amour dans le fauve marxisme.
Car, en sortant du Nil avec ton domino,
Tu reçus les baisers du maréchal Bobo.

*

XXX

Maréchal Bobo Bombe

Par le poète lauréat Abdoulie Jallow

Quand tu lèves la main pour saluer ta race,
C’est comme un récepteur dirigé vers l’espace,
Une antenne-relais qui diffuse sur nous
Les lasers des novas traversant nos boubous,
Ô maréchal Amin, la force des étoiles !
Sur l’estrade géante, à tes fils tu dévoiles
Les mystères du ciel et du temps, des volcans,
Du Nil bleu, du nickel, du sang, des diamants,
Du pétrole et du gaz qui sous terre bouillonnent
Dans les gouffres des djinns où leurs flots tourbillonnent
Et qui font des geysers de feu sur l’océan
Dont je ne sais quel diable est l’étrange artisan.
Nous saluons l’émir Abdoullah, ton convive,
Au thobé très seyant, au bisht élégant : Vive
Le maréchal Bobo, qui nous fait des amis
Chez les peuples les plus fiers, libres, insoumis !
Quand tu brandis le poing contre le diabolisme
Inique et répugnant de l’impérialisme†,
Quand tu montres les dents aux monstrueux vautours,
Ils retournent tremblants aux cailloux de leurs tours
Dans les nuages noirs, mais ton poing est la bombe
Qui fera de ces nids jonchés d’os une tombe.
Face aux Zorros haineux ton ventre triomphal
Est notre bastion. Vive le Maréchal !

Le poète lauréat Abdoulie Jallow souhaite apporter la précision suivante au sujet de la diphtongue dans les mots diabolisme et impérialisme. Dans ce dernier mot, la diphtongue « ia » est une diérèse (comptée deux syllabes), conformément à la règle la plus classique. Dans diabolisme, Abdoulie a voulu suivre l’exemple du mot diable, dont il dérive et où, par exception, la diphtongue est une synérèse (comptée une syllabe). Le mot diable apparaît au vers 12 et se compte, selon l’exception elle-même classique, deux syllabes (dia-ble) ; en comptant une synérèse dans diabolisme comme dans son mot-racine diable, Abdoulie est conscient de faire un choix audacieux ; il espère que cela contribuera sans tarder à lui faire une réputation d’innovateur.

*

XXXI

Ma négritude

Elle ne cache pas son jeu, ma négritude.
C’est l’autre nom que porte ici ma solitude.
On m’appelle négro, je dis : spiritual !
On me dit : la forêt ! je dis : le Maréchal !
Là-bas, au paradis, au ciel, nous serons frères,
Ici je ne dois rien aux faux humanitaires.
Je parle au « négrophone », on est habitué :
Bonjour, le numéro n’est pas attribué.
Vous trouvez mon propos un peu trop didactique,
Ma révolution pas assez extatique ?
Allô, monsieur, pardon mais qui demandez-vous ?
Le singe est dans son arbre, avez-vous rendez-vous ?
Il ne peut recevoir qu’avec un bon prétexte,
Peaufinez bien le ton enjoué dans le texte.
Ta négritude est belge, ô mon vieux Léopold,
Et ton nom, d’un vieux roi qui m’étiquette : Sold.
Ma négritude à moi, le poète Abdoulie
Jallow, sans général d’opérette accomplie,
Va repasser l’histoire au charbon qui noircit :
C’est l’histoire du singe à qui tout réussit.

*

XXXII

La coupe de zython

Par Adboulie Jallow

Je te lève, ô ma coupe, au bord du sombre Styx.
Pour que je vive encore il n’existe aucun ptyx.
Les jeux du mont Parnasse auront d’autres trouvères,
Parmi lesquels, toujours, beaucoup de pauvres hères.
Nul Boileau, de nos jours, pour siffler ces marauds,
Car personne n’entend leurs cantiques lourdauds ;
On ne peut rabaisser ce qui rampe sur terre
Dans le trou dont il est fondé propriétaire.
Ils vivent malheureux et cependant cachés,
Dans un anonymat dont ils sont très fâchés.
Mais que Victor Hugo pût siffler ce grand maître,
C’est une balourdise à ne point s’en remettre.
Si l’on veut bien juger de son discernement,
Ce sifflet dit l’absence, et surabondamment.
Sa force, qu’il osa croire contemplative,
Fut grande pour un clown mais pour penser chétive
Voilà ce qu’attendant Charon je dis : Victor,
Boileau fut génial et toi, Hugo, butor.
Et je lève ma coupe à la belle mémoire
Du poète où trouva notre verbe sa gloire.
Qu’un paillasse lui plaigne un jargon ampoulé
Indique la curure où ce drôle a roulé.
Qu’il dénigre l’« ancien » parce qu’il est « moderne »,
C’est le fiel attendu d’une vieille baderne.
Je t’ai vengé, Boileau ! Content, je peux mourir.

Ce poème plaira, j’en suis sûr, à l’émir.

*

XXXIII

Poète dont le nom est Abdouli Jallow,
Que ton chant à la bouche, ainsi qu’un chamallow,
Soit moelleux, délicat, fondant, mielleux et rose,
Et que Fatou l’entende en baisant une rose.

Poète dont le nom est Jallow Abdouli,
Que ton chant soit pour l’œil comme de la jelly,
Transparent, cristallin, miroitant, diaphane,
Fatou l’écoutera mangeant une banane.

.

JE BAISE LES PIEDS DE LA PALESTINE ET AUTRES POÈMES

Ceci n’est pas un nettoyage ethnique.

XXXIV

Je baise les pieds de la Palestine

En un siècle sali, nauséabond, infâme,
Rien ne saurait donner au dégoût de mon âme
Plus grand apaisement que ce baiser contrit.
Et tant mieux si le fou dans sa bêtise rit,
Si me tournent le dos les grandeurs irritées,
Si le fiel se répand de biles dépitées,
Tant mieux si la justice inhumaine, aux abois,
Abuse de la force en profanant les lois :
Je baiserai ces pieds, baiserai leur poussière,
Je lave mes péchés dans ce baiser sincère.
Je dis : Gloire aux martyrs de ce siècle odieux,
Ils gagnent en souffrant le royaume des cieux.
Gloire au martyr debout face à l’ignoble outrage,
Tout éclat, au soleil de son sang, est mirage.
Et tel qui croit gagner lâchement, a perdu,
Son néant par le sang des martyrs confondu.
Je baise la poussière et gagne l’or des justes,
Je baise avec respect tes blessures augustes.

Palestine martyre, enfant des oliviers,
En ce monde je baise humilié tes pieds.

*

XXXV

Intifada

Contre les chars blindés et l’escadron vampire,
Ton sang se fait cailloux, Palestine martyre,
Et ta poussière monte au ciel comme un drapeau
Fait de tes ossements épars et de ta peau ;
Ton sang se fait cailloux, l’occupant pétrophage,
Et l’olivier tombé, dans les méandres nage
Des larmes que n’ont plus les yeux de tes enfants.

Ton sang vole, ababil narguant les éléphants,
Ton sang crie à l’assaut sur les murs des ruines
Et ton sang marche droit sur un chemin de mines.

Ton sang ne coule pas : dans le jardin rasé
La terre ne boit plus, le nuage est brisé.

Ce caillou, pur cristal de larmes héroïques,
Poème fulminant que jamais tu n’abdiques,
C’est un bourgeon de fleur poussé dans un charnier,
Le pigeon qui retourne à l’eau du colombier,
Et c’est le chant d’amour du sang pour ses racines
Craché sur la terreur des balles assassines.

Ce caillou, c’est ton sang fait pluie et chant fécond,
C’est la clef de la porte oscillant sur un gond
Dans le pré qui n’est plus qu’un trou, qu’un cimetière,
C’est ton sang fait tempête, éclatante lumière.

Ce caillou, cette pierre aveugle, est la beauté
Qui montre à l’univers ce qu’est l’humanité.
De ce germe semé par ton cri, Palestine,
Graine persécutée, immense, clandestine,
Naîtront sur ces débris de nouvelles moissons,
De nouveaux oliviers, de plus belles chansons.

*

XXXVI

Territoires occupés, ou Le haillon de sang

Les soldats, bons robots, font le travail des flics,
Les flics font le travail, tout en étant moins chics,
Des muets croque-morts, et ce métier là-bas,
Pour le gouvernement du moins, n’existe pas
Car personne ne meurt en terres occupées,

Où les prisons high-tech sont des villas huppées
–On y retrouve goût à la vie, à l’amour–,
Où les fils barbelés qu’on a mis tout autour
Servent à retenir chiens et chats domestiques
Mais surtout à garder au dehors les moustiques,
Oui, ce réseau crochu par tant de sang rouillé,
De snipers, miradors, projecteurs émaillé,
Est une moustiquaire immense et géniale,
Un cadeau pour montrer l’amitié spéciale
Liant à l’habitant primitif son docteur,
Expert en psychotisme et malaises du cœur.
Territoire occupé, paradis sur la terre !

On entend bien parfois le mot « sécuritaire »,
C’est, je pense, une erreur de la traduction :
Il ne s’agit ici que de compassion
Et d’amour du prochain par relais satellite,
Vidéosurveillance et mitrailleurs d’élite,
Actroïdes, cyborgs députés, couvre-feu,
Check-points, état d’urgence, intox, espions, jeu
De guerre, électrochocs, colons, loi martiale,
Censure, bulldozers et guerre spatiale,
Assassinats ciblés et massacres gratuits†,
Des hectares de champs et de vergers détruits,
Une terre indomptable à ses bourreaux livrée
Qui jure d’être un jour de ses maux libérée.

Palestine au cœur haut, du sang de ta douleur
Tu te fais un haillon pour couvrir ta pudeur.

Voyez les rapports de l’ONU.

*

XXXVII

La belle Ahed

Pour Ahed Tamimi

Parce que les jasmins sur ton cœur ont saigné,
Ton doigt contre la bombe atomique a gagné.
L’astronaute foulant les cailloux de Naplouse
A grimacé devant ta faconde andalouse.
Les maréchaux d’empire, angoissés par tes yeux,
Ont envoyé des taons zigzaguer dans les cieux.
Les cyborgs entraînés à la guerre d’usure
Prennent peur quand le vent touche ta chevelure.
Les éléphants d’acier, en criant « Ababil ! »,
Ont voulu se jeter effrayés dans le Nil.
Le sanglant bulldozer a revomi sa proie
Et s’est souillé, craignant que ton poing ne le broie.
Le Mur a dit au ciel : « Envoie un ouragan
Avant que me détruise Ahed d’un rude vlan ! »
Les snipers étendus, sinueuses vipères,
Ont préféré fouir dans leurs viles ornières.

Ahed, ô belle enfant de la terre martyre,
Accepte cet hommage et lyrique délire.
Moi, ce pauvre poète où saigne le jasmin,

Aux souverains martyrs je demande ta main.

*

XXXVIII

Intifada 2

Prends ce caillou bien dur dans les dents, sale tank.
Va pleurer au guichet de la Goldman Sachs Bank
Et ne reviens qu’avec des mégatonnes d’armes,
Supersoniques jets, bombes, robots gendarmes,
L’Oncle Sam en inox pour ta sécurité,
Tous les brevets du monde en destructivité,
La bénédiction de Wall Street à la hausse,
Sinon tu finiras le nez dans une fosse.

Va pleurer tout ton saoul devant tout Parlement
Pour qu’ils votent des lois brisant virilement
Notre haine antichar, autrement tes oreilles
Siffleront jour et nuit comme un essaim d’abeilles.
C’est bien d’avoir beaucoup d’avions rutilants
Mais mieux vaut prévenir les propos trop cinglants.

Et toi, le bulldozer à la gueule flétrie,
La terre est devenue une Rachel Corrie
Sur laquelle tu cours comme un vil puceron.
Tu submerges les morts et le sang de goudron,
Et les courts de tennis sont un grand cimetière,
La balle rebondit sur la blanche poussière
Des crânes concassés, broyés d’enfants martyrs.
On entend dans le vent des jardins leurs soupirs.
Ton rire cache mal, si jaune, les tortures
Qui couvrent ton État comme un dépôt d’ordures.

Et toi, le satellite, orbitant œil de lynx,
Va requérir d’E.T. les mystères du Sphinx !

*

XXXIX

Asmaa

Asmaa, je vais te lire : ô ne me déçois pas !
J’aurai, pour déchiffrer le sens de tes combats,
Un masque étanche ainsi qu’une paire de palmes
Et j’irai près des rocs bercés par les vents calmes
Pour regarder le fond de la mer en nageant.
Les étoiles d’onyx et les oursins d’argent,
Les poissons colorés et les blancs coquillages
Me subjugueront-ils plus que du bord des plages
Quand, seul et suspendu sur leur havre brillant,
Je laisserai parler leur silence accueillant ?
Asmaa, pour déchiffrer ton ire, quelles larmes
Par toi vais-je verser, moi qui voudrais des armes
Pour empêcher la nuit de cacher ta douleur,
Asmaa, car il faudrait qu’ils s’arrachent le cœur
Pour vivre en te voyant couverte de ténèbres,
Et c’est le cœur qui tient ensemble les vertèbres.
Qu’ils se bouchent les yeux, qu’ils vivent sans te voir,
C’est tout ce qui pourra leur garder un pouvoir
Sur la terre qui boit ton sang par trop de plaies
Et les étouffera dans ses oliveraies
Désertes, où murmure un fantôme glacé,
Sauvages, où la main d’Astaroth a passé,
La terre qui te boit comme un vin qui l’enivre,
Marécage de sang où lasse tu dois vivre.
Tu seras de ces eaux mortes le feu-follet,
Un phare sur le Styx et dans le serpolet.
Que l’on ne dise pas que cette ombre de terre
Est un grand casino, car c’est un cimetière.
Asmaa, quelle clef d’or pour déchiffrer ton ire ?
Quelle clef ? Quelle épée ? Asmaa, je vais te lire…

*

XL

Mon Asmaa dont je suis inconnu

Asmaa, si tu lisais les mots de ma folie,
Si tu voyais ton nom dans ma tête abolie,
Tu saurais que la terre où se posent tes yeux
A pour elle une place, un trône dans les cieux.

Tu vivais avant toi sur une terre ailée ;
Quand d’autres l’ont voulue, elle s’est écroulée.
Tu vivais comme un arbre avec tes longs cheveux
Dans le vent, tu vivais comme l’eau dans le creux
De la main, vivais-tu comme l’oiseau qui chante
Et qui meurt enfermé par une main méchante ?
Tu vivais sur la terre aux reflets de ciel bleu,
Dans le miroir du vent, des nuages, du feu,
Sur le bord d’une mer toute circonférence
Qui te tendait les bras de son aimant silence.
L’ombre des grenadiers pleurait sur toi ses fleurs.
Lumignons aux carreaux de toutes les couleurs,
Vers toi venaient les nuits de roses effeuillées
Sous les étoiles d’or au ciel éparpillées.

Asmaa, tu n’as aimé qu’en rêve, ton amour
S’est envolé sans bruit avant le point du jour,
Apprends de son départ qu’à ton seuil est la peste.
Ton amour est parti sans demander son reste,
Avec la clef des champs dans son bec ; chère Asmaa,
Ce rêve sans espoir est un sombre coma,
Tu ne vis point, tu crois grandir avec les heures
Que ton cœur te redit mais en vrai tu demeures
Prise en cette statue au regard effacé
Dont le soleil en vain frappe le front glacé.
Car comment vivrais-tu quand tes faibles racines
N’ont plus où s’enfoncer que trappes assassines ?
Comme ils ont pris la terre à tes pieds, et tu vas
Dans le vide où jamais tu ne te retrouvas.

*

XLI

La revanche des agomphes

Agomphe : (Zoologie) Dépourvu de dents. Épithète appliquée par Christian Gottfried Ehrenberg aux infusoires rotifères dont les mâchoires sont dépourvues de dents.

Du haut de votre esprit bureaucratique et fat,
Vomi de belzébuth – de peur qu’il n’étouffât
On le fit expulser cette vile immondice
De son gosier puant : vous fûtes le calice –,
Vous avez contemplé d’un œil incompétent
Ce siècle et décrété bigrement important
Qu’admirent ébahis la tourbe des agomphes,
Sur leurs droits piétinés, vos vulgaires triomphes.

Et vous voilà céans arbitres du bon goût.
Vous dont ne voudrait point le ruisseau de l’égout,
Tout rampe prosterné devant vos borborygmes,
Vos gris gargouillements d’estomac, paradigmes
Que de graves penseurs colligent en traités ;
Tout ce qui parle dit à vos acidités
Un oui tonitruant de grasse mouche bleue,
Qu’on sert en haut-parleurs aux morts de banlieue.

Il est écrit qu’un jour les morts se lèveront ;
Ce jour-là les sans-dents aphones rêveront
Qu’un dentier est possible, et ce non point pour mordre
Mais pour être compris. Quel effrayant désordre
Quand on aura cessé de croire que vos vents
Sont un esprit subtil !

                                  – Quels peuples décevants,
Qui ne veulent plus être otages de nos urnes,
Les gueux, les malappris, les sans-dents, les sans-b*** !

*

XLII

Distiques 1

Quand plane l’esprit l’homme alors doit tituber
Ne prends cet escalier que si tu veux tomber

Surpris comme le fou cousin de la cigale
Quand tombe sur sa tête une grosse mygale

Tu ne vois point le cœur où tes doigts sont posés
Nous n’irons pas au ciel puisque tout est baisers

Ce n’est pas un bon jour mais demain sera pire
Ne demande pas trop d’éclat à ton sourire

Quand tu veux vers le ciel infini faire un bond
Tu tombes en toi-même et ce n’est pas profond

Dans ton jardin durcit ses épines la rose
C’est le sang de ta main rien d’autre qui l’arrose

Vivre qui peut le croire à l’échec est voué
On dirait que pour ça tu n’es pas très doué

Je tire mon chapeau claque à tous les poètes
Qui firent bon ménage avec de fortes têtes

Quand tu te fais bien mal imagine un passant
Qui le voit pour qu’au moins ce soit divertissant

*

XLIII

Vous qui toujours avez un goût de chère en bouche,
Que voulez-vous de moi ?
Que voulez-vous qu’un homme énonce qui vous touche,
Vous dont le ventre est roi ?

Gardez pour les mignons que votre panse admire
Ces lauriers dans vos mains :
Nous n’avons, eux et moi portant la même lyre,
Pas les mêmes chemins.

Gardez pour vos amis efféminés et lâches
Vos flétrissants lauriers
Ou couvrez-en le front docile de vos vaches,
Ils seront oubliés.

Je vais seul et n’ai point besoin de vos lumières
Pour assurer mes pas.
Je ne veux point avoir de part en vos affaires,
Je ne vous aime pas.

*

XLIV

Distiques 2

Devant la porte close à quoi bon te parler
C’est un piètre miroir et mieux vaut m’en aller

Dès lors que l’on ne meurt d’un amour grand et triste
C’est qu’on en redemande et qu’on est masochiste

Pour ne plus jamais voir chez nous un dictateur
La moitié des Français sont des flics ça fait peur

Au jardin je voulus te cueillir une rose
Mais j’en fus détourné par une théraphose

Je parle dans le noir te croyant près de moi
J’allume et ton squelette a l’air tout en émoi

Si l’hyène voyait ta cruauté hideuse
Elle perdrait bientôt le beau nom de rieuse

Le seul petit problème avec le grand amour
Mais le seul c’est qu’il manque entièrement d’humour

Quel bonheur de t’avoir aimée et puis quittée
Vivre avec moi t’aurait tellement contristée

Ce grand esprit a dit à son fils un vaurien
Qu’on peut se marier sans renoncer à rien

L’étrange passion le très étrange orage
Quand on se dit que c’est pour former un ménage

*

XLV

Je suis venue au point du jour te démunir
De tout ce qui pouvait notre amour prévenir

Je te suis revenue ainsi qu’une colombe
Qui retourne au boulin alors que la nuit tombe

Je suis devenue oie et je vole en plein ciel
Car j’entends des ardents rivages ton appel

Je me sais bienvenue au jardin de la source
Où tu captes l’eau fraîche au milieu de sa course

Je ne suis contenue en aucun parchemin
Et je vais avec toi jusqu’au bout du chemin

Je suis tenue et toi dans mes bras tu te laisses
Aimer par mes baisers aimer par mes caresses

Ô je suis retenue au sommet de l’azur
En tes mains retiens-moi le sol aride est dur

Comme je m’insinue en racines et sève
Jusqu’à cette oasis que cache notre rêve

Je vais t’être connue en ce que tu renais
Du feu que dans ton cœur si grand je reconnais

Ma joie est si complète et forte et continue
Je suis à toi je suis à toi seul JE SUIS NUE

*

XLVI

Le paon ingrat

Comment donc vivrais-tu, séducteur volatile,
Amorti pesamment par ta roue inutile
Qui doit son merveilleux au goût dégénéré
Des paonnes pour le luxe et l’art exagéré,
Si nous ne te gardions en nos jardins paisibles,
Aux sanglants prédateurs fermés, inaccessibles ?
C’est donc bien plutôt nous et notre amour du beau
Qui sommes le jouet de ton charme d’oiseau :
C’est à nous que tu tends tes joyaux, tes ocelles,
Tes plumes de lapis-lazulis en ombelles,
Pour que nous t’enclosions parmi nos doux loisirs
Avec paonne et paonneaux comblant tous tes désirs.
Mais toi, vil suborneur ingrat, parmi les treilles
Pavané, tu te ris de nos pauvres oreilles
Et, tout en ravissant nos yeux de ton azur,
Tu lances le brocard railleur de ton cri dur.

*

XLVII

À Lucy, la première femme

Si c’est toi la première femme,
Ta mère était une guenon ;
Toi, tu possédais donc une âme,
Mais ta mère, la pauvre, non.

Elle ne put jamais comprendre
Pourquoi tu lui parlais de Dieu
Et puis de recueillir sa cendre,
Ayant imaginé le feu.

Comme c’était toi la première,
Il commit une impiété,
Ton stéatopyge derrière,
Car c’était bestialité :

Étant seule de ton espèce,
Tu ne pouvais avoir d’époux.
Un mâle à la fourrure épaisse
Te couvrit pourtant de ses poux.

Tu le trouvas abominable,
Pourtant tu prodiguas des soins
À l’enfant tombé dans le sable
Depuis tes viscères disjoints.

Lucy, comme il avait pour mère
Une femme, ton bambin blond
Sut vous sortir de la misère
Et mit sur ta tête un plafond.

Quels jours heureux quand à la chasse
De son fusil il tuait tout.
Tu pris du gras. Mais le temps passe,
Un jour notre corps se dissout :

Comme toi, ton enfant prodige
N’avait en ce monde d’égal ;
Il prit pour épouse une stryge
Et fut un père très banal.

Hélas, Lucy, fervente mère,
La première femme tu fus
Et fatalement la dernière.
Qui pourrait n’en être confus ?

*

XLVIII

Le putride Occident veut cacher ses poisons
Sous un exosquelette en fils électroniques ;
Il meurt asphyxié dans ses exhalaisons
En écrasant le monde avec des poings iniques.

*

XLIX

À l’inconnue

À la fin de l’été, dans, je crois bien, Narbonne,
À moins que ce ne fût, peut-être, à Carcassonne,
De retour de la mer où ma famille et moi
Avions passé des jours légers d’oubli de soi,
Nous marchions, moi pensif, à l’ombre des platanes,
Quand la plus belle alors, la perle des sultanes,
Sans voile tu passas ; ce souvenir si clair,
Si pur, je le refais comme si c’était hier.
Tu passais, toi que j’aime, et nos yeux se trouvèrent,
Et mes yeux, toi passée, épris me désespèrent
Toujours trente ans plus tard ; je n’ai pas oublié
Et ne me suis jamais, pauvre fou, marié.

*

L

Butor Hugo

Je serai bref. Butor, tu n’as aucun humour.
Et Despréaux en a trop pour faire la cour ;
S’il essaye pour voir, sa belle dulcinée,
Couverte par un flot de bons mots, consternée,
Sent pâlir son éclat auprès de cet esprit
Qui loin de vénérer semble se jouer, rit
Et fleuretant compose une satire encore,
Si bien que le moment de dire qu’il adore,
Bien forcé, se conclut par un cuisant soufflet.
Et c’est pour le poète un fiasco complet.
Or toi, Hugo, tu viens accabler son génie ?
Mépriser ce colosse est de la vésanie :
Tu pris un ton douteux pour abattre un géant
Mais il se porte bien, qu’en dis-tu maintenant ?
Tu lui dois le stylet dont tu voulus l’occire,
Avec Pradon ligué, Quinault, quelque autre sbire :
Il faut donc ajouter au pitoyable index
Des Panites perdus ton nom –oui, Dura lex
Sed lex, Butor Hugo, vieille et funeste souche–,
Et cela quoi qu’en dise –ou pas– l’ombre de bouche !

*

LI

Le muet du sérail

Comme une gourgandine affreuse emperlousée,
Ce triste faquin va la panse punaisée
De frivoles rubans : Pour quels hauts faits, dit-on,
Pense être distingué cet obscur avorton
En portant si flagrant insigne de bassesse ?
Il a vendu, muet toujours, son droit d’aînesse
Contre un vulgaire plat de lentilles sans goût
Et porte l’appareil de sa honte partout
Tel un dandy raté qui ne verrait la tache
Sur son plastron, le bout de gras sur sa moustache,
Et se croyant permis de tout prendre de haut
Pour avoir bien soufflé sur le potage chaud
D’un plus maraud que lui. Le moindre esprit qui passe
Voit là ce qui périt sans conserver de trace.
Mais le faquin ricane : « On a besoin d’appuis ;
L’esprit va, sans rubans, au-devant des ennuis,
Sur sa poitrine nue on sent que l’arbitraire
Veut frapper à grands coups de knout judiciaire,
Et, même si l’on hait ce clinquant attirail,
On ne peut mépriser le muet du sérail. »

*

LII

Il faut savoir finir un amour éternel

Il faut savoir finir un amour éternel
Pour fumer son cigare au goût impersonnel
Et trouver à ce monde un peu de sens pratique,
Faire bonne figure au miroir apathique
Pour aux cartes jouer l’incurable chagrin
Et gagner un ulcère aigu de mandarin,
Pour perdre à la roulette, enfermé dans un bouge,
Son cœur au désespoir en misant sur le rouge,
Quand on aurait voulu dire au contraire noir,
Pour cacher ce malheur que l’on ne saurait voir
En portant un smoking capri sur un cilice,
Et pour, le poing cassé, vouloir entrer en lice :
Triomphe, ô l’invalide armé de pied en cap,
Au Barnum où ton pied lève à tous un hanap !
Il faut savoir finir une sotte amourette.

– L’amour ne meurt jamais, c’est toi qui meurs, poète.

*

LIII

La microcéphale

Casting partiel du film Freaks (La monstrueuse parade) de Tod Browning : sont assises sur les marchés de la roulotte Zip et Flip, deux sœurs microcéphales américaines, dont c’étaient là les noms de scène au temps des freak shows. Je pense que c’est le visage de Zip que j’ai entouré, et c’est de ce sourire que je parle. Zip était l’aînée des deux, d’une douzaine d’années, croit-on savoir (mais l’histoire ne connaît pas la date exacte de la naissance de Flip).

Ton sourire enfantin, chère microcéphale,
Me rappelle quelqu’un, une femme fatale
Dont je fus la victime et qui fait son malheur,
Ne pouvant accuser un bon mot sans douleur.
Enfant unique, un rien la transportait hors d’elle.
En elle rien n’était si vrai que le faux, quelle
Tristesse ! Et le départ du père avait laissé
Dans son cœur ombrageux un orage blessé,
Une haine de l’homme au fond de sa tendresse,
Un désir de poignard dans la moindre caresse.
C’est pourquoi lui venaient, faciles, les serments :
D’autant plus emportés que simples boniments.
Mais j’étais trop au fait pour croire sans réserve,
Et découvrant le peu de fruit de cette verve,
Sa chaleur nourrissait en retour le dépit
Dont pourrissait son cœur, par l’aigreur décrépit.
Abandonnée aux soins d’une mère débile,
Elle avait vu navrer ses rets d’enfant habile
L’objet d’un sentiment innocent et profond.
Au tragique parfois le sordide répond :
L’homme veut, en partant, les jeter sur la paille,
Un ignoble procès change en gouffre la faille.
Elle entrait dans le monde avec des rêves morts.

Elle chercha quelqu’un pour redresser les torts,
Un chevalier servant, champion de sa Dame,
Qu’elle aurait adoré, comme aucune autre femme.
Mais un oiseau pareil, cela n’existe plus,
Elle fut un fléau pour les heureux élus.
J’aurais pu, quant à moi, qui rédige ces lignes,
Sur le berceau de qui se montrèrent des signes,
Rompre cette spirale, avec un parchemin ;
Encore eût-il fallu qu’elle donnât sa main.
Mais au lieu de chercher à dissiper mes doutes,
Elle voulut briser sa lance dans des joutes,
Comme si je devais recevoir sous mon toit
Un concurrent plutôt qu’un appui ferme et droit.

Aux temps de décadence implacable et de cendre,
Non, Adam et Hawa ne peuvent pas s’entendre.
Les femmes, ces sans-cœur, pour un plat de faux cils
Se sont payé nos droits d’aînesse et droits virils.
En ce Kali-Yuga de millions d’années,
À nous faire souffrir elles sont condamnées.
Que me jette la pierre aux très nombreux carats
L’idole aux seins bien lourds et desseins scélérats.
Ton sourire enfantin, chère microcéphale,
Me rappelle quelqu’un, une femme fatale…

*

LIV

Repousse loin de toi cette charge maudite
Où des sots se complaît la vanité séduite.
Le prix de ces honneurs est pour l’âme trop cher,
À ce piteux orgueil s’abaisse un esprit fier.
Tu n’as jamais reçu de cette panoplie
Qu’incurable dégoût et que mélancolie,
Et même un sentiment cuisant d’indignité,
D’être au-dessous de toi, dans cette gravité.

.

FIN

Space Phansegars : Un JDR

Un jeu de rôle des Éditions Alpha-Blob par F. Boucharel (PDF disponible en bas de page)

Phanségar (s.m.) Nom par lequel on désigne les membres d’une secte d’assassins dans les Indes : les thugs et les phanségars. (Grand Larousse du dix-neuvième siècle) [En ourdou, phansigar, étrangleur. Le poète Georges Fourest a utilisé le mot dans l’alexandrin « J’exterminai les phanségars de Bénarès ».] Source : Le Cabinet des curiosités sur ce blog (x)

*

En l’an 3000, le voyage dans l’espace est devenu réalité. Des vaisseaux ultra-équipés parcourent l’espace avec des explorateurs à leur bord pour découvrir de nouvelles formes de vie. De nombreuses planètes habitées ont été découvertes.

La Terre fut la première à l’être, et ce par une race extraterrestre qui l’a conquise et l’administre avec l’aide d’humains félons.

Face à cette situation, un culte nouveau s’est répandu parmi les hommes, ressuscitant l’antique société secrète des adorateurs de la déesse Kali, les Thugs ou Phanségars. Ce culte s’est donné pour mission de libérer la terre du gouvernement extraterrestre qui la contrôle mais aussi d’assurer une forme de police de l’espace dans l’intérêt de l’espèce humaine. Ses membres d’élite, experts dans le maniement des armes, sont rompus à tous les genres de combats.

L’ordre des Phanségars (Phansegars† en anglais, qui reste la seule langue pratiquée sur Terre avec le sanskrit, le chinois et l’arabe) organise les opérations secrètes de la guerre civile qui se mène sur Terre et dans l’espace. Son centre est à Calcutta. Il assigne à ses membres toutes sortes de missions sur les cinq continents et dans d’autres planètes. Ces missions sont dangereuses et les ennemis peuvent être terrifiants.

VOUS incarnerez un ou plusieurs de ces Space Phansegars (SP).

†La forme phansegar est attestée dans l’anglais du dix-neuvième siècle. Nous l’avons préférée à l’orthographe phansigar plus courante aujourd’hui (voire la seule reconnue par les dictionnaires) à la fois parce qu’elle est plus proche du français et pour éviter une homonymie, déplaisante selon nous, avec cigar.

Kali, détail de l’affiche du film The Stranglers of Bombay (1959) par Terence Fisher

Table des matières

I/ La feuille de personnage
II/ Armes et équipement
III/ Combats
IV/ Poursuites et combats motorisés
V/ Progression
VI/ Extraterrestres

.

I/ La feuille de personnage

.

Nom :

Description physique :

 

FORCE + aux dégâts : poids portable :
CONSTITUTION + aux points de résistance : + aux blessures :
RAPIDITÉ + aux tirs/attaques : + en esquive/parade :
ADRESSE + aux %ages d’attaque : + au %age d’esquive :
VOLONTÉ

 

ARMEMENT % PROTECTION

 

Points de résistance (PR) :

Blessures :
Dommages sérieux (corps, armure, arme…) :

ESQUIVE/PARADE … %
NIVEAU Points de mission (PM) :

 

Le nom et la description physique sont au choix du joueur et n’appellent pas de remarques particulières, si ce n’est que le physique ne tolère aucun handicap lourd qui rendrait impossible l’exécution des missions. (Les SP amputés ou autrement handicapés en cours de mission peuvent cependant continuer à faire profiter l’organisation de leurs talents.)

*

Les caractéristiques

Chaque caractéristique est déterminée par un jet de 4D6 dont on garde les trois meilleurs résultats ; ce sont donc des valeurs numériques comprises entre 3 et 18.

Les caractéristiques de base sont au nombre de 5 : la force, la constitution, la rapidité, l’adresse et la volonté.

Nous présentons ci-dessous ces caractéristiques de base ainsi que les moyens de déterminer les autres valeurs qui en découlent, en renvoyant à plus tard les explications concernant ces dernières.

La force est la puissance musculaire du personnage.

Le bonus aux dégâts (sur la feuille de personnage : « + aux dégâts ») sont les dommages supplémentaires causés par des coups en fonction de la force (ce qui n’est donc pas applicable, par définition, aux tirs avec les armes à feu ou les armes à énergie dirigée) :
0-10 en force : / ; 11-12 : +1 ; 13-14 : +2 ; 15-16 : +3 ; 17-18 : +4

Pour connaître le poids portable par le personnage joueur (PJ), en kilogrammes, on multiplie la force par 7. Ce n’est pas une mesure des compétences d’haltérophilie du PJ, mais le poids du matériel qu’il peut avoir sur lui en mission.

La constitution est la résistance physique du personnage.

Le bonus aux points de résistance (PR) (« + aux points de résistance ») :
0-10 en constitution : / ; 11-13 : +5 ; 14-16 : +10 ; 17-18 : +15

Le bonus aux blessures (« + aux blessures ») :
0-10 en constitution : / ; 11-15 : +1 ; 16-17 : +2 ; 18 : +3

La rapidité mesure les réflexes du personnage.

Le bonus au nombre de tirs ou d’attaques par tour (« + aux tirs/attaques ») :
0-10 en rapidité : / ; 11-15 : +1 ; 16-17 : +2 ; 18 : +3

Le bonus au nombre de parades (« + en esquive/parade ») :
Même table que pour le nombre de tirs/attaques.

L’adresse mesure la dextérité, l’agilité du personnage.

Le bonus au pourcentage des tirs ou attaques (« + aux %ages d’attaque ») :
0-12 en adresse : / ; 13-14 : +5 % ; 15-17 : +7 % ; 18 : +10 %

Même table que précédemment pour le bonus au pourcentage d’esquive (« + au %age d’esquive »).

*

Épreuves de caractéristique

Lorsqu’un PJ veut accomplir une action, le maître de jeu (MJ) décide quelle caractéristique est requise (la force pour défoncer une porte, l’adresse pour escalader une paroi, la volonté pour se retenir de dormir lors d’un tour de garde, etc) puis détermine un niveau de difficulté (ND), de 1 (très facile) à 10 (impossible n’est pas français). On procède ensuite à la soustraction « caractéristique – difficulté », et ce nombre, pour peu qu’il soit positif (car un nombre inférieur ou égal à zéro indique que l’action est impossible au PJ), est alors multiplié par 6 : cette valeur représente un pourcentage de réussite.

Il est également possible, si l’on considère qu’une caractéristique ne s’impose pas nettement par rapport à une autre pour la réalisation d’une action (par exemple, qu’il faut aussi de la force, et pas seulement de l’adresse, pour escalader une paroi), de faire la moyenne entre deux (ou plusieurs) caractéristiques pour déterminer les chances de succès du personnage dans cette action. Pour la jouabilité du système, nous recommandons d’arrêter là le raffinement et de ne pas chercher à calculer des moyennes pondérées : (1/3 force + 2/3 adresse)÷2 etc.

Le joueur lance alors 1D100 et si le résultat est inférieur ou égal au pourcentage de réussite l’action est un succès, sinon c’est un échec.

Exemple : Un PJ d’une force de 10 réalisant une épreuve de force de difficulté 5 a un pourcentage de réussite (10-5)x6 = 30 %.

Cet exemple montre que l’échelle de difficulté est biaisée vers les épreuves difficiles. En effet, une force de 10 étant une force moyenne (moyenne supérieure) pour un PJ au commencement (caractéristiques comprises entre 3 et 18), et une difficulté de 5 étant également moyenne, on s’attendrait à un pourcentage de réussite moyen autour de 50 %. Or le pourcentage est bien inférieur. Il faut que le MJ tienne compte de ce fait en déterminant le niveau de difficulté (ND) : les épreuves les plus incroyables peuvent toujours donner lieu à un petit pourcentage de réussite pour des Phanségars (c’est ce qui fait le sel du jeu de rôle).

*

Les armes

Au début du jeu, un PJ dispose de trois armes qu’il tire avec 1D100 sur la table suivante. Si la même arme sort deux fois, on retire le D100. Les caractéristiques des armes sont détaillées dans la table des armes au chapitre II.

1 Mini-révolver
2-5 Pistol 6 (tire 6 balles en même temps sur une même cible : dégâtsx6 ; un seul jet est nécessaire)
6-10 Pistol 6 fumigène (Pistol 6 disposant en plus d’un compartiment de 6 balles fumigènes tirées au coup par coup)
11-13 Walther PPK long (Walther PPK au canon allongé)
14-16 Browning long
17-18 Python
19 P-zéro-8
20-23 Magnum 44
24-27 Wildey (version automatique du magnum 44)
28-29 Calibre 45
30-36 Styn Pistol (révolver silencieux avec viseur perfectionné, canon long)
37-42 Styn Gun (version avec crosse d’épaule du Styn Pistol)
43-47 Styn Automatic (version automatique du Styn Gun)
48-53 Fusil à pompe
54-58 Fusil à canon scié
59-60 Carabine crosse coupée (utilisable avec une seule main)
61-65 Fusil OTH (fusil crosse coupée à canon court, balles explosives)
66-67 Fusil d’assaut
68-71 Pistolet-mitrailleur HK
72-73 Pistolet-mitrailleur Skorpio (mini-pistolet-mitrailleur)
74-76 Fusil juxtaposé (gros fusil à pompe à balles explosives)
77-79 Fusil-mitrailleur
80-83 HK crosse d’épaule
84-85 HK lance-grenades (un HK avec crosse d’épaule équipé d’un compartiment de 4 grenades)
86-89 TAC-B (fusil-mitrailleur avec compartiment de 4 grenades)
90 TAC-B2 (le même que précédemment avec compartiment de 6 grenades)
91-93 AKM-2 (AKM auquel on a ajouté un compartiment de 4 balles fumigènes)
94-95 MP-mitrailleur (mitraillette à deux bras ou en bandoulière, balles explosives)
96 MP2-mitrailleur (le même que précédemment avec un compartiment de 2 fumigènes)
97 Lance-flammes (sans bouteille dans le dos ; la localisation n’est pas prise en compte)
98-99 Mitrailleuse-crabe (mitrailleuse lourde ainsi nommée du fait que quatre lanières attachées par des boucles dans le dos permettent de la maintenir sur l’abdomen)
00 Mitrailleuse lourde (mitrailleuse lourde tenue par une main à la gachette, l’autre au canon, et une ceinture la retenant près du corps)

*

La protection

La protection du PJ est assurée par la combinaison qu’il endosse. On la tire avec 1D6 sur la table des protections.

1 Combinaison standard
2-4 Combinaison Phanségar
5 Armure Kommando
6 Armure Alpha-Blob

*

Points de résistance (PR) et « blessures »

Les points de résistance (PR) sont l’énergie vitale du personnage. Chaque joueur tire (3D10+10) à quoi il ajoute le bonus auquel il a droit en vertu de sa constitution (par exemple, pour une constitution de 11 : +5). Ainsi, cette valeur varie au départ entre 13 et 45. Ces points baissent et augmentent fréquemment en cours de partie, du fait des blessures reçues lors des combats notamment.

Les « blessures » sont également une mesure de l’énergie vitale du personnage. Leur valeur est déterminée par les PR÷6, arrondi à l’unité inférieure, en ajoutant les éventuels bonus liés à la constitution (« + aux blessures »). Elles sont donc au départ comprises entre 2 et 10.

Ces valeurs de PR et « blessures » ont une moyenne particulièrement haute par rapport aux êtres humains normaux (PR 10, blessures 2) ; cela traduit la sélection et l’entraînement drastiques des SP.

Explication. – Chaque blessure subie retire un certain nombre de PR. Lorsque les PR atteignent zéro, ils reviennent à leur total initial mais le personnage a perdu 1 blessure. La mort survient quand le personnage atteint 0 blessure (dans tous les cas, mais dans certains cas elle peut même survenir avant, comme cela sera expliqué plus loin).

Le comptage est continu : si un PJ ayant par exemple 25 PR et 4 blessures au début de son existence de PJ, perd du fait d’une attaque 10 PR alors qu’il lui en reste à ce moment-là 3, il perd 1 blessure, ses PR remontent au niveau initial, à savoir 25, d’où l’on soustrait encore (10-3) = 7 ; il lui reste donc 3 blessures et 18 PR.

Après chaque combat, les PR de chaque PJ retournent à leur niveau initial, mais pas les blessures. Celles-ci reviennent à leur niveau initial entre deux scénarios.

Lorsqu’un personnage perd 1 ou 3 blessures dans un combat, il peut se produire des choses particulièrement désagréables pour lui (un membre est tranché ou broyé…) du fait de l’accumulation rapide des dommages subis. Cela sera expliqué au chapitre II.

Lorsqu’un personnage et/ou son équipement (car cela arrive aussi) subit de ces choses désagréables (appelées « surplus de dégâts »), on le note également sur la feuille de personnage, à la rubrique Dommages sérieux.

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Niveaux et points de mission (PM)

Un PJ commence au niveau 1. Chaque fois qu’il terrasse un adversaire (le chapitre VI indique les PM gagnés pour chaque E.T. du bestiaire) ou accomplit une mission, il gagne des PM. Les PM indiqués pour les E.T. sont un bonus attribué à chaque PJ et non à répartir entre eux.

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II/ Armes et Équipement

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*(dans le tableau) l’astérisque indique une arme automatique

ARME DÉGÂTS (en PR) POIDS
(en kg)
ENRAYAGE PORTÉE

(en m)

NB BALLES
Mini-révolver 1D4 / / 20 6
Pistol 6* 1D4 1 92 45 36
Pistol 6 fumigène 1D4 1 92 45/30 36+6
Walther PKK long 1D6 / 00 50 6
Browning long 1D6 / 00 50 6
Python 1D6+1 / 00 50 6
P-zéro-8 1D6+1 / 99 50 8
Magnum 44 1D6+2 1 96 65 6
Wildey* 1D6+2 1 96 65 50
Calibre 45 1D6+3 1 98 65 6
Styn Pistol 2D4+1 / 98 100 8
Styn Gun 2D4+2 1 96 150 9
Styn Automatic* 2D4+2 2 96 150 50
Fusil à pompe 1D8+2 2 00 50 6
Fusil canon scié 1D8+2 1 99 100 6
Carabine crosse coupée 1D8+2 2 99 150 6
Fusil OTH 1D12+1 2 98 150 7
Fusil d’assaut* 1D10+2 3 98 150 50
Pistolet-mitrailleur HK* 1D10+1 1 96 65 50
Pistolet-mitrailleur Skorpio* 1D10 1 98 65 75
Fusil juxtaposé 1D10+1 2 98 150 7
Fusil-mitrailleur* 1D10+2 3 96 100 50
HK crosse d’épaule* 1D10+3 3 96 150 50
HK lance-grenades* 1D10+3/2D20 4 96 150/30 50+4
TAC-B* 1D12+1/2D20 5 96 100/30 50+4
TAC-B2 1D12+1/2D20+1 5 96 100/30 50+6
AKM-2* 1D12+3 5 95 150/30 50+4
MP-mitrailleur* 2D10+2 10 95 150 75
MP2-mitrailleur* 2D10 10 96 150/30 75+2
Lance-flammes 2D12 13 / 20 /
Mitrailleuse-crabe* 2D12+1 15 94 150 100
Mitrailleuse lourde* 2D12+2 15 94 200 100

 

Une grenade a une zone d’effet de 3 m2 et tous ceux qui se trouvent dans le rayon subissent des dégâts.

Il en va de même pour les fumigènes (même rayon) : ceux qui se trouvent dans le rayon perdent 30% aux pourcentages de leurs actions durant 1D8 tours. Une grenade explosive peut dissiper un fumigène.

Recharger une arme vide prend un tour (de combat), pendant lequel le personnage doit se mettre en retrait (à condition que ce soit possible, c’est-à-dire, par exemple, s’il peut être couvert par des compagnons) et ne peut accomplir aucune autre action.

Enrayage. – Tous les 10 tirs avec la même arme (un compte que doit tenir le MJ), indépendamment de la fréquence des tirs, on tire 1D100 pour vérifier que l’arme ne s’enraye pas. Si le résultat est égal ou supérieur au chiffre indiqué pour l’enrayage de l’arme en question dans le tableau, l’arme s’enraye : le tir (10e tir, 20e tir, etc) échoue et l’arme devient inutilisable jusqu’à réparation. (Si un combat à l’arme à feu dure dix tours ou plus, le MJ est censé tirer ce dé pour l’enrayage des armes des adversaires des joueurs ; si un même personnage non joueur, ou PNJ, revient au cours de la partie, on peut considérer qu’il a changé d’arme, le MJ n’a pas à tenir ce compte au-delà d’un seul et même combat pour les personnages autres que les joueurs). Une rafale est comptée comme un tir unique. On fait un double compte pour les armes capables de tirer deux sortes de projectiles (munitions+grenades).

Le tir en rafale. – Une rafale permet de tirer 5 munitions dans le même tour et sur des personnes différentes. On peut distribuer les tirs sur les personnes que l’on souhaite, voisines les unes des autres, mais pas plus de 2 tirs sur une même cible. Il ne faut faire qu’un seul jet : on prend l’adversaire ayant la protection la plus élevée, et la localisation est la même pour toutes les cibles (c’est pour la jouabilité, mais à vrai dire rien n’empêche le MJ d’en décider autrement). On applique en outre un malus de 20 % quand on tire en rafale.

Concentration d’une rafale sur une même cible. – Le tir en rafale est en principe réparti sur plusieurs cibles voisines quand l’arme est portée à la main, car elle emporte le bras dans le mouvement. (Si l’arme est posée sur un support, comme un trépied, la question ne se pose pas : la rafale peut être indifféremment concentrée ou diffuse.) Si un joueur veut concentrer tous ses tirs sur une même cible (ou plus de deux tirs sur une même cible), il doit, préalablement à l’attaque réussir une épreuve de force ND3 (rappel : ND = niveau de difficulté) et une épreuve d’adresse ND2. Si les deux jets réussissent, le PJ peut tirer sa rafale comme il l’entend. Si les deux échouent, il se déboîte l’épaule du bras qui tient l’arme – il perd 1D6 PR et subit jusqu’à la fin du combat seulement un malus de -20% à ses compétences de combat – et le tir est un échec (les balles partent en l’air). Si un seul jet rate, le PJ tente sa rafale concentrée mais si elle échoue il se déboîte l’épaule ; si elle réussit il ne lui arrive rien à l’épaule.

La mitrailleuse-crabe permet de s’affranchir de cette règle.

Utiliser deux armes en même temps. – On peut utiliser deux armes en même temps (si c’est crédible : cela exclut a priori d’utiliser une arme à deux mains en même temps qu’une autre arme), et ainsi avoir deux attaques par tour si la rapidité du personnage le permet (à savoir s’il a un bonus dans le nombre de ses attaques par tour), mais le pourcentage d’attaque ou de tir est réduit de 30% pour la seconde arme.

Un personnage qui a deux attaques par tour peut effectuer ces deux attaques ou tirs avec la même arme : dans ce cas, aucun malus ne s’applique.

Tirer une rafale épuise le nombre des attaques par tour du personnage qui la tire. Pour le dire autrement, quand on choisit de tirer une rafale, on n’a le droit qu’à une attaque – la rafale – pendant ce tour-là.

Un personnage qui a trois attaques ou plus par tour peut les répartir à sa volonté entre deux ou plusieurs armes, la règle étant que toute arme à partir de la seconde arme est utilisée avec un malus de 30%. Par exemple, un PJ disposant de 3 attaques par tour peut le cas échéant tirer avec deux pistolets tout en donnant un coup de pied : il répartit alors ses deux malus de 30% sur les deux armes de son choix. Alternativement, il peut tirer trois balles avec le même pistolet dans un même tour et il a alors 100% pour chaque tir (mais il vide son chargeur de trois munitions), ou il peut répartir encore autrement ses attaques.

Armes blanches. – Lors de la création d’un PJ, le joueur peut également choisir une arme blanche parmi les armes suivantes :

Garrot (le « sacred cloth » traditionnel des phanségars) ; vibrolame ; couteau de survie (couteau Rambo) ; cran d’arrêt ; nunshaku ; shuriken ; masse ; barre à mine ; pieu ; gourdin ; fronde ; sabre ; machette ; hache ; sabre à dents ; rasoir ; poing américain ; gants cloutés ; bottes renforcées (s’il n’y a pas d’armure) ; fouet ; poignard ; lasso.

Les dégâts sont 1-2 (bottes renforcées), 1-3 (nunshaku…), 1-4 (vibrolame, hache…) en fonction des armes, auxquels s’ajoutent les bonus associés à la force. Certaines armes blanches peuvent faire davantage de dégâts que celles inscrites dans cette courte liste (tronçonneuse 1D8).

Le poing nu fait des dégâts égaux au bonus aux dégâts lié à la force (soit de 0 à 4) ; avec une armure (toutes les armures de la liste ci-dessous sauf la combinaison standard), des gants cloutés, un poing américain…, on ajoute +1.

Un garrot peut faire perdre connaissance à un humain et éventuellement un extraterrestre (d’une force égale ou inférieure à l’attaquant) s’il est pris par surprise. Si la cible est plus forte, il est inutile d’utiliser le garrot. La victime ayant perdu connaissance peut être purement et simplement assassinée en maintenant l’application du garrot un peu plus longtemps.

Le lasso (en fibre carbone) immobilise la partie du corps touchée.

Il existe également des armes sous-marines : fusil-harpon (1D8), carabine sous-marine (1D8+2), Deep Pistol (espèce de Styn Pistol sous-marin) (2D4), TAC-B mode harpon (1D12, sans grenade, 6 harpons), grenade sous-marine (2D12).

Utilisation d’armes ne figurant pas sur la feuille de personnage. – Un PJ peut, s’il ramasse des armes au cours d’une mission, préférer utiliser ce qu’il trouve plutôt que ce qu’il a reçu du culte. C’est bien sûr possible mais avec un malus de -20% (faute d’entraînement).

En outre, le culte ne prend pas en charge la réparation éventuelle de ces armes irrégulières à la fin de la mission comme elle le fait pour les armes de la feuille de personnage. De manière générale, garder ces armes au-delà de la mission où elles ont été trouvées est découragé. (Que les joueurs ne s’inquiètent pas, le chapitre V/ Progression montre que les SP sont amenés à changer d’armes au cours de leur progression.)

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Armures

ARMURE Facteur de protection (FP) Poids (en kg)
Combinaison standard 2 5
Combinaison Phanségar 2 10
Armure Kommando 3 13
Armure Alpha-Blob 4 13

 

La combinaison standard se compose d’un treillis militaire, d’un gilet pare-balles et d’un casque ouvert équipé d’une visière amovible (qui descend et remonte dans le casque) pour permettre au SP de voir avec la vision infrarouge (nocturne). Le pantalon comporte une ceinture-cartouchière et plusieurs poches fermables. Les bottes sont en cuir noir. La veste est accompagnée d’une cartouchière pectorale qui permet également d’accrocher des grenades. La protection de 2 n’est valable que pour la tête (casque), le torse (gilet pare-balles) et le bassin (coque).

La combinaison Phanségar est une armure bleu nuit chromée avec casque et visière rouge (vision infrarouge). Le dos de l’armure peut s’ouvrir pour y disposer des objets (contenance : 10 kg) et conçu de façon que l’on puisse y ranger une arme (holster dorsal). L’armure permet de résister à des températures de -140°C à +500°C. Des nanoturbines insérées dans le casque produisent de l’oxygène en cas de besoin.

L’armure Kommando est une armure noire avec un casque à visière infrarouge, ultraviolette et vision sous-marine. Outre les propriétés de la combinaison Phanségar, elle est équipée de holsters ouvrables sur commande sur chacune des jambes, sur les bras et dans les dos. Le bassin comporte un compartiment intérieur pour des rubans de cartouches. Un compartiment dans le bras gauche possède une corde avec un grappin pliable.

L’armure Alpha-Blob, de couleur bronze, possède les propriétés de l’armure Kommando avec en outre un dispositif de communication qui la relie à n’importe quelle autre armure Alpha-Blob dans le même système solaire (la communication entre les deux armures doit être préprogrammée). Elle dispose également d’une caméra enregistreuse.

Ces trois dernières combinaisons permettent de se déplacer sous l’eau, mais seule l’armure Alpha-Blob permet la plongée en abysse.

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Véhicules

La table suivante n’indique que les véhicules personnels destinés aux SP mais il existe de nombreuses autres variétés de vaisseaux petits et grands (croiseurs, frégates, destroyers…).

VÉHICULE BLINDAGE MANIABILITÉ NB DE PLACES ARMEMENT
Chasseur AT-TACK (vaisseau spatial avec ailes rétractables) 60 5 3 2 mitrailleuses (une sur chaque aile) tirant en même temps (2D12)
Chasseur PC-12 (vaisseau avec ailes perpendiculaires au poste de pilotage) 55 5 2 6 missiles Photon (2D20+3) ; 1 mitrailleuse longue portée (2D12)
Chasseur ESK (vaisseau plat et demi-sphérique au niveau du poste de pilotage, sans ailes) 55 6 3 6 roquettes (2D20+1) ; 1 mitrailleuse (2D12) ; 1 missile à tête chercheuse (2D20+2)
Aéromoto (moto sans roue sur coussins flotteurs) 30 3 2 1 fusil-mitrailleur (1D10+2) ; 1 lance-grenades (2D20)
Black Panther (moto noire avec vitre noire fumée) 35 3 1 1 lance-roquettes (2) (2D20+1) ; 2 mitrailleuses jumelées (2D12+2) ; 1 missile à tête chercheuse  (2D20)
Turbo Lunar (voiture blindée avec roues increvables) 45 6 6 2 mitrailleuses jumelées (2D12+2)
Panzer Blitz (panzer noir) 70 6 4 1 mitrailleuse lourde (1D20+3) ; 2 tubes à roquette (2D20+3)
Red Red Car (voiture de sport équipée de propulseurs spatiaux) 60 5 5 1 AKM-2 monté sur le capot (1D12+3)
Scooter des neiges (scooter pour missions dans la neige, blanc et blindé) 45 5 1 1 TAC-B2 monté sur le côté (1D12+1/2D20+1)
Blue Chip (hors-bord pour missions aquatiques) 45 5 3 1 TAC-B2 monté sur le côté (1D12+1/2D20+1)
Blue Smoke (aéroglisseur sur pneumatiques) 50 5 6 2 tubes à roquettes (2D20+3) ; 1 torpille sous-marine à tête chercheuse (2D20+3)
Sous-marin Jello (sous-marin individuel où le pilote s’allonge pour piloter) 40 6 1 1 Deep Gun automatique (3D4) ; 1 lance-torpilles (6) (2D20+3)
Jet-Horse (espèce de cheval mécanique sans pattes, monté sur répulseurs) 30 4 1 1 mitrailleuses à balles explosives (2D12+2)

 

III/ Combats

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Calcul des pourcentages dans un combat

Lors de la création d’un PJ, le joueur dispose de 200% à répartir entre chacune de ses armes (vous aurez noté que la rubrique Armement de la feuille de personnage comporte également la mention %.) Il n’est pas permis de donner plus de 70% à une arme au départ.

Pour l’esquive/parade, on tire 3D6, dont on garde les 2 meilleurs résultats, que l’on multiplie par 4, soit un résultat entre 10 et 60%.

L’esquive sert pour éviter les tirs (armes à feu et armes de jet), la parade pour bloquer les coups (combats au corps à corps). On peut tenter plusieurs parades pendant un même tour mais une seule esquive est permise. Si l’on dispose de deux parades, on peut donc tenter soit deux parades, soit une esquive et une parade, soit une parade seule, soit une esquive seule.

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Portée de tir

Il existe différentes portées de tir avec les armes à feu et armes de jet :
-bout portant : +10% aux chances de toucher la cible (lors d’un combat)
-courte (3 à 6m) : /
-moyenne (7 à 15m) : -10%
-longue (16m jusqu’à la portée maximale de l’arme) : -20% ; -5 PR pour les dégâts causés.

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Tableau-corps

Lorsqu’un humanoïde (ce qui est le cas notamment des SP) est touché, on localise la partie du corps touchée sur le graphique suivant avec 1D10 :

Tête (5) : dégâts +1D12
Torse (1-4) : dégâts normaux
Bras droit (7) : Test de volonté pour ne pas lâcher l’arme
Bassin (6) : dégâts +1D12

Pour les races non humanoïdes, on tire 1D8 : un résultat de 1 ou 2 indique qu’une partie sensible a été touchée : dégâts +1D12.

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Déroulement d’un combat

Si le contexte ne rend pas clair à qui revient l’initiative, c’est le groupe le plus nombreux qui commence à attaquer. Si les deux groupes sont également nombreux, on tire 1D6 pour chaque groupe et le plus haut résultat commence.

Les membres du groupe qui commence effectuent toutes leurs actions : tir, course, coups…

Un attaquant tire 1D100 et si le résultat est inférieur ou égal à son pourcentage avec l’arme utilisée, le coup passe. Les autres actions (sauter un gouffre, défoncer une porte…) peuvent dépendre d’une épreuve de caractéristique.

Lorsqu’un coup est passé, la cible tente (si elle a la possibilité de le faire, en fonction du nombre d’attaques réussies contre elle) une esquive ou une parade selon le type d’attaque, et si le jet au D100 est inférieur, elle a réussi. Si le résultat est égal ou supérieur, elle a raté et elle subit donc les dégâts liés à l’attaque.

On tire d’abord la localisation du coup sur le tableau-corps (supra). L’attaquant tire ensuite les dégâts associés à son arme, auxquels on soustrait la protection de la cible (si la partie touchée est protégée) et on ajoute éventuellement les surcroîts liés à la localisation ; le résultat donne les dégâts finals exprimés en PR : la cible les déduit de son compte de PR (et le cas échéant de « blessures »).

Au deuxième tour, les attaqués deviennent attaquants et vice-versa. Et ainsi de suite.

Voici différents malus pouvant affecter une attaque :

-Obscurité totale (sans vision infrarouge) : -20% en tir/attaque/esquive/parade
-Attaquant immobilisé : -20%
-Attaquant se déplaçant rapidement : -15%
-Cible partiellement cachée : -10%
-Cible entièrement ou presque entièrement cachée : -55%
-Très petite cible (pièce, fil…) : -45%
-Attaquant ayant subi un dommage sérieux : -20%
-Attaquant ayant subi une mutilation : -45%
-Attaquant devant utiliser sa main gauche : -30%

Comme on l’a dit plus haut, quand les PR d’un personnage atteignent 0, le personnage perd 1 blessure, et son compte de PR retourne au niveau initial. Au moment où cela se produit, le personnage doit tenter une épreuve de volonté (ND3 pour la 1ère perte de blessure, ND4 pour la 2ème, ND5 pour la 3ème…) pour ne pas tomber inconscient pendant 2D8 tours. Cette règle ne s’applique pas pour la plupart des extraterrestres.

Surplus de dégâts (non applicables tels quels aux extraterrestres) :

Lorsque, dans un seul et même combat, un personnage perd 1 blessure (si son compte de « blessures » initial est compris entre 1 et 3) ou 3 blessures (si compte de « blessures » initial >3), le coup qui l’occasionne peut s’avérer particulièrement fâcheux : en effet, un SP qui a subi vingt coups de griffes extraterrestres, perdant du sang et de la chair à chaque coup, peut à un moment voir son bras partir entièrement.

Il faut donc tenir compte de possibles surplus de dégâts. Lorsqu’un personnage a subi, selon les cas, 1 ou 3 blessures, il doit réussir une épreuve de volonté ND4 et une épreuve de constitution ND3. Si les deux épreuves sont un succès, rien de plus n’arrive (que les dégâts habituels ou, éventuellement, l’évanouissement, selon la procédure décrite un peu plus haut).

Si les 2 épreuves sont un échec, la partie touchée est arrachée, si c’est un membre, ou transpercée si c’est le torse ou le bassin (ou toutes autres conséquences à décrire par le MJ en fonction du type d’arme).

Si c’est la tête, la victime alors périt.

Si c’est le bras droit, le joueur subit -40% pour tous ses pourcentages de combat, -10% en esquive, -2 en force et en adresse, -1 en rapidité.

Si c’est le bras gauche : -10% en esquive et -2 en force et en adresse.

Si c’est une des jambes : -20% dans toutes ses compétences (esquive comprise) et -2 en force, adresse et rapidité.

Si c’est le torse ou le bassin, -30% dans toutes les compétences et -2 dans toutes les caractéristiques. Si les deux bras ou les deux jambes sont arrachées, le personnage tombe dans l’inconscience et meurt en 2D6 tours en l’absence de premiers soins (épreuve de rapidité+volonté/2 ND5, le temps d’une opération en bonne et due forme ; l’épreuve de premiers soins n’est autorisée en cas d’échec qu’une fois tous les 5 tours).

Si un personnage a déjà perdu un bras et que le coup porte sur ce bras selon le tableau-corps, la conséquence en est que le coup en réalité ne porte pas ; c’est une petite compensation pour les mutilés…

Un membre peut être remplacé par des opérations chirurgicales spéciales, y compris de manière bionique.

Si seulement 1 des 2 épreuves est un échec, le membre est rendu temporairement inutilisable : les conséquences sont les mêmes que pour l’échec aux deux épreuves, mais de façon temporaire (jusqu’à la fin du combat). Si, cependant, la localisation porte sur la tête, c’est la mort.

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Endommagement de l’équipement

Lorsqu’un joueur, quel que soit son niveau de « blessures » initial, perd 1 blessure, il y a en outre 30 % de chances que son armure soit gravement endommagée. Si tel est le cas, l’armure ne protège plus la partie du corps touchée, et ce jusqu’à réparation (en fin de mission). Elle perd ses facultés de protection spéciale (haute température, haute pression…), ce qui, selon le contexte, peut entraîner la mort du personnage à plus ou moins brève échéance.

Le joueur peut décider que c’est l’arme ou l’une des armes qu’il tient, plutôt que l’armure, qui est endommagée. Dans ce cas, l’arme est entièrement détruite.

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PR et blessures des E.T.

Les « blessures » des extraterrestres ne dépendent pas forcément, comme chez les humains, des PR ; c’est pourquoi un E.T. peut très bien avoir 100 PR et seulement 2 « blessures ». (Chez les PJ aussi, les « blessures » et les PR se découplent au fur et à mesure de la progression, puisque les PR peuvent augmenter mais non les « blessures » : voyez le Chapitre V.)

De même, les règles associées aux blessures varient selon les E.T. Elles sont présentées dans le bestiaire. Dans le silence de celui-ci, le MJ peut ou bien ignorer la règle (et comptabiliser un niveau global de points de vie en multipliant les PR par les blessures) ou bien adopter des règles sur le modèle de ce qui est décrit ici pour les humains (pour peu que la nature de l’extraterrestre semble s’y prêter). En règle générale, on peut considérer, en particulier chez les E.T. plutôt bestiaux décrits dans le chapitre V, qu’un test de volonté (ND variable) est requis avec la perte de 1 ou bien successivement 3 blessures (selon le niveau initial) pour que l’alien poursuive le combat plutôt qu’il ne cherche à prendre la fuite si cela lui est possible (instinct de survie).

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Dommages divers

Acide. – Lorsqu’une armure est plongée dans de l’acide, elle subit une dégradation permanente de -1 en protection, à renouveler si le contact se prolonge. Si le jet d’acide est localisé (crachat d’un alien), c’est seulement la partie atteinte qui subit cette dégradation.

Noyade. – Un humain sans combinaison spéciale plongé plus de 10 tours dans l’eau ou tout autre milieu sans oxygène respirable perd toutes ses facultés de combat et meurt s’il n’émerge pas dans les 1D8 tours au-delà de ces 10 tours.

Chute. – Sans armure, un humain subit 1D6 dégâts par tranche de 2 mètres. Avec armure, l’humain subit 1D4 dégâts par tranche de 2 mètres. Atteindre 0 PR à cause d’une chute implique la mort.

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IV/ Poursuites et combats motorisés

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Calcul du pourcentage de pilotage

Le PJ additionne son adresse et sa rapidité et multiplie la somme par 2. Cela lui donne un chiffre en pourcentage (%) qui représente sa compétence de pilotage.

Puis il additionne son adresse et sa volonté et multiplie la somme par 2. Cela lui donne un pourcentage de tir avec les armes dont le véhicule est équipé (voyez la table des véhicules).

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Actions au cours d’une poursuite

Au cours d’une poursuite, la première action consiste à rattraper/semer son adversaire. La distance initiale est déterminée par le contexte : l’un à côté de l’autre, courte, moyenne, longue.

Au début de chaque tour, chaque pilote tire une épreuve de pilotage. Tout échec implique une perte de contrôle qui peut être temporaire et de peu de conséquence ou bien impliquer un accident (voyez infra : Accidents). Même dans le cas où l’échec est de peu de conséquences, si l’autre pilote a quant à lui réussi son épreuve de pilotage, il accroît/réduit la distance (d’une distance : de courte à moyenne ou inversement, etc.).

Si les deux pilotes ratent leur épreuve, la distance est maintenue pour peu que l’un ne subisse pas un accident.

Si les deux pilotes réussissent leur épreuve, la différence la moins élevée entre le résultat du jet de dés et le pourcentage de pilotage l’emporte sur l’autre véhicule et accroît/réduit la distance. Par exemple, le pilote A, qui a 50% en pilotage, est poursuivi par le pilote B, qui a 65%. A tire 03% et B tire 50% : (50-3 = 47) > (65-50 = 15), c’est A qui accroît la distance avec B. Si la différence est égale, la distance est maintenue entre les deux pendant ce tour.

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Tirs

De nombreux véhicules sont équipés d’armes, avec lesquelles il est permis de tirer sur un véhicule (le plus souvent un véhicule pris en chasse, mais deux véhicules peuvent aussi non se poursuivre mais en réalité se combattre). On peut également utiliser ses propres armes (soit étant le pilote, mais alors les malus pour le tir, de même que pour le pilotage, peuvent être considérables, soit étant le passager d’un véhicule) si les circonstances le permettent : dans ce cas, il convient d’appliquer des malus en conséquence (mouvement, distance…).

Quand on utilise l’arme d’un véhicule, le pourcentage est, on l’a dit, déterminé par (adresse+volontéx2). À ce score, il faut ajouter les malus suivants : -10% si le véhicule est à moyenne portée, -20% s’il est à longue portée. Si le tir porte, on soustrait les dégâts au blindage.  Lorsque le blindage est réduit à 0, il y a accident.

N.B. Un projectile à tête chercheuse ne peut en principe manquer sa cible, mais encore faut-il qu’il l’atteigne. Si le projectile est tiré entre deux véhicules à distance moyenne, il commence à distance courte. Au tour suivant, il intervient comme poursuivant lui aussi, avec une compétence de pilotage de 100 % (il peut tout de même être distancé, suivant la règle exposée plus haut). Si le projectile réduit une distance courte, il atteint sa cible. Celle-ci peut réaliser une épreuve de pilotage -20% pour tenter une esquive au moment où le projectile l’atteint. Si le projectile est tiré à distance courte, il touche directement sa cible à moins qu’elle ne réussisse l’épreuve d’esquive (pilotage) à -20%. (On considère que le missile va se perdre ailleurs, mais à vrai dire on peut considérer qu’il revient sur ses pas : le risque étant alors qu’il se guide non sur la cible première mais aussi sur le véhicule qui l’a tiré.)

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Accidents

Quand un accident se produit, le pilote fait le calcul suivant : (son adresse + la maniabilité du véhicule)x2 qui lui donne un pourcentage, et il tire 1D100. Si le résultat est supérieur au pourcentage, il y a bel et bien perte de contrôle irrémédiable du véhicule, et accident. Autrement, la perte de contrôle est corrigée à temps : la poursuite peut continuer.

En cas d’accident, le véhicule se renverse, heurte un obstacle puis se renverse, etc. (selon le contexte), et le pilote et les passagers subissent 2D12 dégâts. Si l’accident a lieu dans l’espace, bon courage.

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Cascades

Tous types d’actions spectaculaires sont possibles (sauter un fossé, faire un virage à 180°, foncer sur un mur pour le traverser, éviter une avalanche…). C’est la compétence de pilotage à laquelle s’appliquent divers niveaux de difficulté (ND) qui doit être utilisée. En cas d’échec, les conséquences découlent du contexte (en cas de réussite aussi, par exemple des dégâts sur le blindage du véhicule qui traverse un mur).

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Poursuites à pied (course)

Deux personnages ou plus peuvent aussi se poursuivre à la course à pied. On remplace alors le pourcentage de pilotage par un pourcentage de course, calculé de la façon suivante : (force+constitution)x2. Les règles sont les mêmes que pour les courses motorisées mais avec ce pourcentage.

Dans le cas d’une poursuite entre un personnage à pied et un autre en véhicule ou sur une monture, le contexte indique si la distance peut crédiblement s’accroître/se réduire pour l’un des protagonistes. Par exemple, un poursuivant à moto devrait normalement réduire la distance d’une unité à chaque tour sur un personnage à pied pris en chasse, mais il peut aussi commettre des erreurs de pilotage pendant ce ou ces tours : on s’assure donc que l’un et l’autre réussissent leurs épreuves de course ou de pilotage, mais sans comparaison des résultats, à savoir que si le motard réussit et le coureur aussi, le coureur est tout de même rattrapé d’une unité. Si le motard rate une de ces épreuves, il faut alors vérifier qu’il n’a pas un accident (ce serait bête mais la personne poursuivie peut aussi tirer sur son poursuivant en se retournant –ce qui n’est pas possible sans malus à la fois en tir et en course–, ce qui peut tout de même acculer l’autre à l’erreur).

Extension de la règle. – La règle peut s’étendre à toutes les formes de relations intersubjectives, alors que les épreuves de caractéristique décrites au chapitre II concernent les relations d’un personnage avec des objets ou un milieu objectif. Si deux individus veulent se mesurer au bras de fer, par exemple, on peut calculer un « pourcentage de bras de fer » (forcex2)x2 et appliquer la règle (éventuellement on peut même exiger deux ou plusieurs succès de suite pour déclarer l’un ou l’autre victorieux). Et ainsi de suite.

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V/ Progression

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Au terme d’une mission/aventure, le PJ récupère l’ensemble de ses PR et « blessures ».

Les armures ou les armes régulières auxquelles le SP a droit sont entièrement remplacées à l’identique ou réparées.

Le SP peut décider de remplacer une arme par une autre par un nouveau jet de dés sur la table des armes.

Il peut également tirer une nouvelle armure dans la table des armures (avec le risque, comme pour un nouveau jet d’arme, que l’armure qui lui sera donnée soit moins performante).

Au bout d’un certain nombre de points de mission (PM), un PJ passe à un niveau supérieur.

On passe au niveau 2 avec 1.000 PM.
On passe au niveau 3 avec 2.250 PM.
On passe au niveau 4 avec 3.750 PM.
On passe au niveau 5 avec 5.500 PM.
On passe au niveau 6 avec 7.000 PM.
On passe au niveau 7 avec 10.000 PM.

Pour les niveaux suivants, on demande 4.000 PM à chaque niveau plus 1.000 par niveau supplémentaire (soit, pour le niveau 8, 14.000 PM, pour le niveau 9, 19.000 PM, pour le niveau 10, 25.000 PM etc).

Quand un joueur passe au niveau supérieur, il peut choisir 2 des progressions suivantes : tirer une arme supplémentaire (avec pourcentage de 50%), augmenter de 5 ses PR, augmenter de 1 une caractéristique, augmenter de 5 % le pourcentage d’une arme (maximum 90%), augmenter de 5 % le pourcentage d’esquive/parade (celle-ci ne peut cependant jamais dépasser 60%).

Au niveau 5, le SP est décoré de l’ordre des panthères. Il se voit remettre une arme blanche honorifique et spécialement conçue pour la lutte contre les aliens. Le joueur la tire avec 1D6 sur la table suivante :

1 Death Alien Sword (DAS) : épée nano-augmentée à lame noire : 1D6+2 / 1kg

2 Épée de pouvoir : la lame est en cristal de Torga, imbrisable : 1D6+2 / 1kg (endommagée, elle n’est pas détruite mais passe à 1D6+1, puis, après un 2e dommage, à 1D6, puis à 1D4, puis est inutilisable jusqu’à réparation)

3 Fléau de Kali : ce fléau d’armes hérissé de griffes nécessite une force minimale de 13 pour le manier correctement : 1D10 / 3kg

4 Garrot sacré de Kali (gasaka) : ce garrot se distingue du nœud traditionnel par le fait que le SP peut l’employer contre un adversaire (humain ou éventuellement extraterrestre mais du type humanoïde médian, ce qui inclut la race des E.T. envahisseurs) de force égale ou inférieure sans avoir à le prendre par surprise. / /

5 Fouet cybernétique : fouet électrifié et animé : 1D6 (peut servir à immobiliser) / /

6 Ongle du Jaggernath : épée nano-augmentée et dentée : 1D8+2 / 2kg

Au niveau 8, le SP est décoré de l’ordre des manticores. Il remplace ses deux armes de tir les moins puissantes (celles qui font le moins de dégâts) par deux autres tirées dans la table suivante (1D100), entre lesquelles il répartit 110 % (avec 70 % maximum pour chacune) :

1-4 Pistolet à plasma
5-10 Fusil à plasma (version avec crosse d’épaule du pistolet à plasma)
11-15 Mitrailleur à plasma (version automatique du fusil à plasma)
16-20 Long Rifle Pistol (grand révolver à barillet au canon de 38cm)
21-25 Doom Pistol (magnum 44 à balles explosives)
26-28 Fusil OTH-2 (fusil OTH avec compartiment de 4 grenades)
29-34 Shotgun (fusil à pompe démontable et avec balles explosives)
35-41 Shotzenegger (version automatique du shotgun)
42-46 Fusil FAR (fusil à balles remplies d’acide sulfurique)
47-50 P150 (mitraillette à une main, équipée d’un viseur infrarouge)
51-55 P150++ (P150 avec compartiment de 4 grenades)
56-61 Pistolet-mitrailleur BB5
62-65 War Launcher (lance-grenades automatique : 8 grenades insérées)
66-72 Lance-flammes P2 (lance-flammes permettant de tirer plusieurs jets de feu à la fois)
73-79 Mitrailleuse EXK (placée sur le ventre de l’utilisateur, peut tirer 300 munitions d’affilée)
80-86 Mitrailleuse BB5 (version lourde du fusil-mitrailleur BB5)
87-94 Stop-Moon (mitrailleuse pouvant tirer 300 munitions d’affilée et avec un compartiment de 6 grenades)
95-00 Mitrailleuse lourde K3K

*(dans le tableau) arme automatique

ARME DÉGÂTS (en PR) POIDS
(en kg)
ENRAYAGE PORTÉE NB BALLES
Pistolet à plasma 1D20 1 95 80 /
Fusil à plasma 1D20+2 2 95 100 /
Mitrailleur à plasma* 1D20+2 3 94 100 /+4
Long Rifle Pistol 1D20 1 00 80 6
Doom Pistol 1D20 1 98 65 6
Fusil OTH-2 1D20/2D20 2 98 150 7+4
Shotgun 3D12+1 1 98 30 7
Shotzenegger* 3D12+1 1 98 65 50
Fusil FAR 3D12+4 2 96 150 7
P150* 2D20 2 96 100 100
P150++* 2D20/2D20 3 96 100/30 100+4
Pistolet-mitrailleur BB5* 2D20+2 / 99 65 100
War Launcher* 3D12/2D20 4 95 65/30 100+8
Lance-flammes P2 1D20+4 10 / 20 /
Mitrailleuse EXK* (1D20)x2 15 95 200 300
Mitrailleuse BB5* (1D20+1)x2 15 94 200 200
Stop-Moon* (1D20+2)x2 15 94 200 300
Mitrailleuse lourde 3K3* (1D20+3)x2 20 95 200 200

 

Les armes à plasma (1-15), en tant qu’armes à énergie dirigée (AED), n’ont pas de munitions et n’ont donc pas besoin d’être rechargées.

Au niveau 10, le SP est décoré de l’ordre des vampires-rakshasas. Il reçoit une armure Alpha-Blob spéciale autopoïétique (quand l’armure subit des dégâts, elle se répare d’elle-même immédiatement).

Au niveau 13, le SP est décoré de l’ordre du dragon noir. Il reçoit une armure Death Alien (DAl), plus une red red car (RRC) personnelle.

Les DAl sont des armures noires dont le casque à visière a l’apparence d’un crâne humain robotisé. Leur protection est de 6 (poids 13kg) et elles ont toutes les propriétés de l’armure Alpha-Blob autopoïétique du niveau 10, plus un détecteur de radioactivité et une vision subatomique (vision glauque/céruléenne pour les lumières trop puissantes). Une fois par combat, l’armure peut déclencher une sphère de protection qui absorbe tous les dégâts subis par le SP dans un même tour : cette sphère est invisible et le MJ ne doit donc pas considérer que les ennemis se déportent de cet adversaire pour viser plutôt les autres. Le joueur doit l’annoncer au début du tour. S’il est enserré, enlacé, immobilisé par un alien, la sphère le libère.

Au niveau 15, le SP est décoré de l’ordre du Phénix-Garuda de Kali. Il reçoit sous ses ordres 1D4 SP de niveau 1.

On attend du Phanségar qu’il meure en mission avant d’atteindre le niveau 21.

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VI/ Extraterrestres

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Voici un petit catalogue de quelques extraterrestres bien gluants qui pourraient peupler des aventures hideuses. Attention, ça dégouline !

Un mot tout d’abord des aliens qui ont envahi la Terre. Ce sont des créatures assez banales (par rapport au bestiaire qui suit) : des humanoïdes à tête de mouche qui, sur Terre, portent des masques en silicone pour leur donner une apparence humaine (ils n’ont nul besoin de se cacher mais ne sont apparemment pas très satisfaits de leur apparence réelle, ou bien il faut mettre cela sur le compte d’un phénomène psychologique comparable à celui qui tend à brouiller les traits ethniques mongoloïdes dans les mangas et dessins animés japonais). Leurs caractéristiques sont dans la même fourchette que les moyennes humaines : ils ont simplement bénéficié d’une petit avantage technologique qui a fait toute la différence.

Le bestiaire qui suit n’est bien sûr qu’un petit échantillon de ce qui vous attend ! (Et les valeurs sont des moyennes.)

ANÉMOZOÏDE

FO 10 CO 12 RA 3 AD 8 VO 14
PR 100 blessures 2 protection 0 nb/parade 1/30%
Attaques : pseudopodes (1D10 + constriction) PM 300

Un anémozoïde est une anémone de mer (méduses) géante d’au moins 5 m de haut, à savoir un sphéroïde gonflé d’eau et de cellules pourvu de tentacules dans la partie inférieure. Les anémozoïdes vivent dans les profondeurs entre 700 et 1.000 m. Ils ont 2 attaques par tour avec leurs tentacules et, lorsqu’une cible est touchée, en plus des dégâts subis, elle est enserrée par le tentacule et perd 1D8 PR jusqu’à ce que le tentacule soit tranché (1-4 sur le D6 de localisation pour tout autre que le PJ enserré, dont tous les coups peuvent porter sur le membre à moins qu’il n’en décide autrement) ou que l’anémozoïde perde 1 blessure, ce qui lui fait lâcher toutes ses proies. Si la proie ainsi capturée perd 1 blessure à cause de la constriction, elle tombe inconsciente. Les anémozoïdes sont agressifs. On peut les rencontrer solitaires ou en groupes de 1D6, parfois plus nombreux.

ANGERLAG

FO 13 CO 14 RA 10 AD 12 VO 10
PR 25 blessures 3 protection 1 (graisse) nb/parade 1/25%
Attaques : pinces (1D20) 60% PM 300

Les angerlags, ou « vers des sables », vivent dans les déserts de sable. Ce sont de gros vers blanchâtres avec une gueule pourvue d’une paire de pinces. Ils résistent au feu et ont 1 attaque/tour : la victime frappée avec succès, non seulement perd des PR, mais est également entraînée sous le sable pour être étouffée (ce qui se produit en 1D6 tours si elle n’a pas d’armure à oxygène) ou mise à mort par d’autres angerlags, avant d’être conduite dans leurs terriers pour y être dévorée. La victime doit faire perdre 1 blessure à l’angerlag pour lui faire lâcher prise et espérer remonter à la surface, mais un angerlag qui lâche prise continue tout de même d’attaquer. Les angerlags conduisent souvent des attaques groupées.

BULBOMORPHE

FO 16 CO 14 RA 12 AD 10 VO 13
PR 45 Blessures 5 Protection 0 Nb/parade 1/35%
Attaques : tentacules (1D10+1) 45% PM 500

Les bulbomorphes ont l’apparence immonde d’une masse de chair protoplasmique palpitante pourvue de tentacules. Ils vivent dans tous systèmes solaires pourvu qu’ils trouvent des endroits sombres et humides. Un bulbomorphe a 3 attaques par tour, avec ses immondes tentacules. Toutes les attaques sont portées sur le même adversaire au sein d’un groupe, et une seule attaque causera des dégâts, les autres enserreront la proie. Il suffit d’un tentacule pour qu’une cible humaine soit happée et entraînée vers la masse centrale en 1D6 tours ; à la fin de ce délai, elle est plongée dans le bulbe, où elle est digérée. Une proie digérée ne peut plus rien faire et perd 1 blessure à chaque tour. Il n’y a qu’un seul moyen de stopper la digestion d’un bulbomorphe : l’abattre ou lui faire perdre 3 blessures successivement, auquel cas il recrache ce qu’il est en train de digérer. Si les armes utilisées s’y prêtent, on peut trancher un tentacule au moment de la localisation : 4, 5 ou 6 au D6 indique que le tentacule est touché (pour le PJ enserré, ses coups sont considérés portant sur le membre sans avoir à tirer le dé, sauf s’il décide de viser ailleurs) : si les dégâts sur un même tentacule (par exemple enserrant une proie) conduisent à 0 PR, le tentacule est tranché, et la proie libérée (à moins que d’autres tentacules l’enserrent, auquel cas il faut répéter l’opération pour tous les autres tentacules).

CRABOZOAIRE

FO 8 CO 12 RA 13 AD 14 VO 8
PR 50 blessures 3 protection 2 (carapace) nb/parade 1/60%
Attaques : pinces (1D10+1) 60% PM 200

Les crabozoaires ont l’apparence de crabes sans pattes arrières munis d’une queue osseuse. Ils ont la taille d’une tête humaine. Ils vivent dans les mers d’acide de la planète volcanique Gandarlax, parce que leur température intérieure est de -200°C. Ils ne se nourrissent pas, ne respirent pas, leur intelligence est celle d’une bactérie. Ils attaquent tout ce qu’ils voient bouger par instinct de survie. Ils ont 2 attaques par tour.

DARKONEM

FO 15 CO 16 RA 10 AD 11 VO 11
PR 45 blessures 3 protection 3 (carapace) nb/parade 1/50%
Attaques : crocs (1D10+2), griffes (1D10+1) 45%/55% PM 350

Les darkonems ressemblent vaguement à des chauves-souris de taille plus qu’humaine mais leur faciès est celui d’un lézard aux yeux flamboyants. La tête est reliée au tronc par un cou de près de 1 m de long. Le torse est recouvert d’une carapace noire et pourvu de deux ailes membraneuses permettant au darkonem de voler. Les darkonems ont quatre pattes mais se tiennent sur deux : de ce fait, ils ont 2 attaques par tour, une avec la gueule, l’autre avec les griffes. Ces E.T. vivent sur les planètes volcaniques. La taille moyenne d’un spécimen adulte est de 2,20 m mais quand ils naissent (scène horrible à voir, la femelle s’extirpant littéralement du ventre, par césarienne, sa progéniture) ils ne mesurent que 20 cm. Ils disposent d’une forme primitive de langage et de quelques rudiments de société.

FOGOR

FO 15 CO 14 RA 7 AD 7 VO 6
PR 50 blessures 3 protection 0 nb/parade 1/30%
Attaques : crocs (1D12+2), tentacules (1D10), spores gluantes (2D20 & -1 protection) 40%/50%/40% PM 300

Les fogors des marécages sont de grosses boules spongieuses en lévitation pourvues de tentacules ici et là, et d’une énorme gueule remplie de crocs. Ils émettent un grognement continu et attaquent tout ce qui bouge. Ils ont 3 attaques/tour, une avec la gueule, une avec les tentacules utilisés comme fouet, et la dernière en éjectant de leur masse corporelle une petite spore gluante qui, si elle atteint sa cible, libère une substance corrosive (dégâts et -1 en protection sur la partie touchée).

HASTUR

FO 1.000 CO 2.000 RA / AD / VO 18
PR 10.000 blessures 1.000 protection 20 (écorce terrestre) nb/parade /
Attaques : heurts (20D10x2) 100 % PM 16.000

Un hastur est une planète vivante ! Aussi grosses que notre soleil, ce sont des planètes volcaniques où il y a très peu de vie. Elles se trouvent dans le système d’Andérion et sont désignées sous les noms Hastur I, Hastur II, Hastur III… Il y en a 9 dans Andérion. On les reconnaît par les différences des énormes cratères de leurs surfaces qui forment, vus depuis l’espace, deux yeux et une bouche. Les hasturs ne sont pas hostiles et laissent volontiers des voyageurs se poser sur eux. Simplement, il faut bien se conduire. Un astronef n’a pas trop intérêt à être pris en chasse par un hastur à travers l’espace.

IMMONDUS

FO 9 CO 13 RA 14 AD 10 VO 10
PR 50 blessures 3 protection 2 (tendons) nb/parade 1/30%
Attaques : griffes (1D10), crochets (1D12+3), épines (1D6+poison) PM 500

Les immondus sont des humanoïdes à tête blafarde avec des yeux noirs et, à la place de la bouche, des crochets arachnéens. Leur corps est boursouflé de tendons à vif et couvert d’épines. Ils vivent dans les lieux sombres et humides, ou les marécages, et il en existe une variété amphibie qui aime vivre dans la vase. Un immondus a 3 attaques/tour : coup de griffe, morsure avec les crochets, et il fera tout ce qu’il peut pour se presser contre un adversaire afin de l’empoisonner par ses épines dermiques, dont les blessures s’accompagnent d’effets à retardement : la victime verra d’abord la partie du corps autour des plaies se couvrir de bubons, qui finiront par éclater, lui faisant perdre 20 PR supplémentaires et même 1 point de constitution.

KARITAROS

FO 15 CO 11 RA 13 AD 15 VO 6
PR 25 blessures 4 protection 0 nb/parade 1/20%
Attaques : dents (1D12+2), lianes épineuses (1D10), sécrétion (1D20+corrosion) 55%/60%/40% PM 300

Les karitaros sont des E.T. végétaux. Ce sont des amas de branches et lianes garnies de ronces et d’épines. Sous cet amas est cachée la tige principale qui, dès que le gibier approche, se montre : la tête du karitaros se trouve au bout de la tige, c’est une sphère globuleuse pourvue d’une large bouche avec des dents. Les karitaros, fixés au sol par leurs racines, vivent dans les jungles tropicales du système de Xadur. Ils ont 2 attaques par tour, l’une avec les dents, l’autre avec les lianes épineuses. S’il sent qu’il va mourir au combat, le karitaros crache une sécrétion de quelque 5 m3 sur ses adversaires ; s’ils sont touchés, le liquide corrosif leur fera perdre, en plus des PR, 1 point de protection (armures endommagées) sur tout le corps. Les karitaros se nourrissent de chair et peuvent former des champs d’une vingtaine de spécimens ayant une forme de sociabilité (ils se partagent les proies qui entrent dans leur domaine ou font front commun contre des ennemis).

LYCANSPHÈRE

FO 9 CO 11 RA 12 AD / VO 9
PR 40 blessures 5 protection 0 nb/parade 1/40%
Attaques : heurts (adhésion) PM 350

Certaines bactéries de planètes extraterrestres provoquent, notamment chez les humains, des maladies qui, du fait de leur analogie avec les anciennes légendes, ont reçu le nom de lycanthropies : la personne contaminée subit régulièrement une transformation physique pendant des périodes plus ou moins longues. Lorsque le corps change, la personnalité de la personne infectée change également, elle devient souvent cannibale. Il existe plusieurs formes de ces lycanthropies, dont une est la lycansphère ici décrite. La personne infectée gonfle soudainement pour devenir une sphère visqueuse en lévitation. Lorsqu’elle attaque, elle cherche à heurter un adversaire. Si l’attaque réussit, la victime est collée à la lycansphère et subit 1D10x2 PR de dégâts à ce tour comme à chaque tour suivant, jusqu’à ce que la lycansphère perde 3 blessures ou soit tuée, la victime étant alors décollée.

MÉGALO-ARACHNOÏDE

FO 15 CO 15 RA 15 AD 14 VO 12
PR 50 Blessures 4 Protection 3 (téguments) Nb/parade 2/35%
Attaques : crochets (1D12+4) 50%, griffes (1D10+3) 60% PM 300

Les mégalo-arachnoïdes sont d’immenses araignées noires de 4 m de hauteur environ, avec une myriade d’yeux rouges. Ils vivent dans les jungles tropicales du système Xadur. De nature très agressive, ils attaquent à peu près tout ce qui fait trembler les fils de leurs toiles gigantesques (de 900 à 2.000 m2) tissées entre les arbres à deux mètres du sol. Leur appétit est en effet vorace et insatiable. C’est pourquoi les zones de forêt où ils élisent domicile sont rapidement privés d’une grande partie de leur vie biologique. Les mégalo-arachnoïdes ont 3 attaques par tour (1 avec les crochets, 2 avec les pattes) et se battent jusqu’à la mort. Ils n’ont aucune forme de langage.

MORGULER

FO 17 CO 17 RA 12 AD 10 VO 15
PR 75 blessures 5 protection 0 nb/parade 1/37%
Attaques : bras (1D8), crocs (1D12+3), souffle de feu (2D20+2) PM 800

Les morgulers sont une race extraterrestre vivant dans les souterrains de glace de la planète Aton-4. Ils sont toujours accompagnés par au moins 1D6 shogbits et ont également domestiqué des naguraks. Les morgulers sont des colosses anthropoïdes de quelque 3 m de hauteur, avec une chair brunâtre et des yeux dissymétriques (l’un est trois fois plus gros que l’autre). Ils ont deux attaques par tour, l’un avec les bras ou une arme blanche qu’ils emploieraient, l’autre avec la gueule. Une fois tous les trois tours, le morguler peut également cracher du feu (dans ce cas c’est sa seule attaque lors du tour) : ce souffle de feu cause des dégâts à toute personne se trouvant dans une sphère de 5 m3 devant la gueule du morguler. Les morgulers ont leur propre langage, que les shogbits parviennent à comprendre. Ils sont friands de viande surgelée ; pour manger, ils vomissent d’abord sur leur nourriture une sécrétion verte qui prédispose la nourriture à la digestion.

NAGOTATH

FO / CO / RA 9 AD 7 VO 12
PR 40 blessures 1 protection 0 nb/parade 1/40%
Attaques : spécial (voir texte) 45% PM 400

Les nagotaths sont de vastes ombres noires de quelque 100 m2 (10×10), éthérées, impalpables. Elles vivent sur la planète gazeuse Zadon et, semble-t-il, nulle part ailleurs. Quiconque est traversé par un nagotath perd immédiatement 1 blessure (les surplus de dégâts ne sont pas applicables). Le seul moyen de vaincre un nagotath est de lui envoyer un fumigène : elle perd alors 1D20 PR, car la matière éthérée d’un nagota est rongée par les fumigènes.

NAGURAK

FO 6 CO 13 RA 17 AD 15 VO 17
PR 50 blessures 4 protection 0 nb/parade 3/50%
Attaques : pates (1D8+2), crocs (1D10+1) 60%/40% PM 900

Les naguraks sont des têtes osseuses pourvues d’une vaste gueule aux dents tranchantes, de yeux flamboyants et de deux orifices nasaux. Ce visage (de quelque 90 cm de long) est le centre de longues pattes scorpioïdes. Les naguraks vivent sur la planète volcanique Gandarlax ou encore sur Aton-4, planète glaciaire recouverte en permanence par la neige et la glace. Lorsqu’un nagurak reçoit une blessure, son sang (qui possède une forme de vie autonome) cherche à flotter jusqu’à l’adversaire ayant blessé le nagurak pour l’éclabousser intentionnellement, de façon que le personnage ainsi touché (s’il rate une esquive), perd 1 blessure par tour. A 0 blessure, la victime n’est (exceptionnellement) pas morte mais devient un mort-vivant possédé par la volonté du nagurak, qui lui commandera d’attaquer ses compagnons. Si l’adversaire a réussi une esquive, le sang de cette blessure tombe à terre, inerte, mais chaque nouvelle blessure infligée au nagurak entraîne le même phénomène. Quand le nagurak perd 3 blessures d’affilée, tout le sang quasi autonome devient inerte ; de même quand le nagurak est tué. Les naguraks sont très intelligents, car leur cerveau, une masse de chair rouge, est également autonome.

SHOGBIT

FO 9 CO 8 RA 10 AD 13 VO 10
PR 25 blessures 2 protection 1 (carapace) nb/parade 1/50%
Attaques : pattes insectoïdes (1D8) 50% PM 100

Les shogbits sont des insectes ailés gros comme une tête humaine et ressemblant à des moucherons noirs. Ils ont proliféré un peu partout mais leur planète d’origine est Aton-4, dans la ceinture glaciaire de Zogyoth. Ils sont assez intelligents (bien qu’ils n’aient point de langage articulé) et vouent un culte primitif à une autre race extraterrestre vivant sur Aton-4, les morgulers. Les shogbits attaquent en petites formations de 1D6 créatures.

SUPURAL

FO / CO 14 RA 3 AD 6 VO 12
PR 30 blessures 5 protection 0 nb/parade 1/20%
Attaques : membres (1D8), tentacules (1D10), antennes (voir texte) 60%/50%/35% PM 800

Les supurals sont de hideux paquets gélatineux cellulaires translucides. Dans leur cytoplasme se distingue à l’œil nu toute une vie bactérienne. Ces immondes aliens vivent en milieu aquatique ou dans des lieux isolés. Dotés d’une intelligence nulle, ils attaquent tout ce qui bouge dans un but reproductif. En effet, les antennes du supural sont en réalité des organes sexuels qui pondent des supuralcules dans le corps de la victime. À chaque tour de combat, un supural, qui se tortille constamment, sort de son corps 1D4 tentacules, 1D3 bras griffus et 1 antenne. Les tentacules et les bras causent des dégâts mais l’antenne, si elle touche une cible, se plante irrésistiblement dans le corps (même à travers une armure) et injecte dedans un supuralcule. Un jour après l’injection, la victime explose et le supuralcule absorbe instantanément les morceaux pour devenir un supural. À chaque tour, les tentacules et les bras tombent inactifs et d’autres tentacules et bras sortent au tour suivant, mais les antennes restent et sont donc de plus en plus nombreuses au fur et à mesure que le combat se poursuit (elles tombent elles aussi quand le supural a perdu 3 blessures).

TSATOGHA

FO 10 CO 17 RA 10 AD 7 VO 12
PR 60 blessures 3 protection 0 nb/parade 1/35%
Attaques : membres difformes (1D10+1) PM 250

Les tsatoghas, ou « débris informes », n’ont pas d’apparence bien définie ; ce sont des amas de membres, bras, pinces, tentacules, pattes insectoïdes, visages grimaçants, poumons, boyaux…, de taille variée, de 1 à 5 m, voire 10 m dans certains cas, et dont les mouvements s’accompagnent de bruits de succion et de borborygmes. Ils vivent dans les endroits sombres et humides. Ils ont 6 attaques/tour avec leurs membres difformes, et résistent au feu et à l’acide.

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Ajout 3/3/2021 : le PDF

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