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Poésie révolutionnaire du Chili

Le 11 septembre 1973, le président chilien Salvador Allende, élu le 4 septembre 1970, se suicidait (d’autres parlent d’assassinat pur et simple) dans le palais présidentiel de la Moneda assiégé par l’armée putschiste que soutenaient les États-Unis.

La dictature militaire qui s’ensuivit, jusqu’en 1990, mena une traque féroce de tous ceux qui avaient été d’actifs partisans du président Allende, traque caractérisée par de nombreux assassinats et disparitions de personnes. Les États-Unis s’abstinrent systématiquement de voter les condamnations prononcées aux Nations Unies pour les violations des droits de l’homme commises par la dictature de Pinochet.

Pour cette série de traductions, je me suis servi de deux recueils.

Le premier est Vino chileno para Cuba (1972), qui réunit les poèmes primés en décembre 1970 par le Prix Baltazar Castro de la Société des écrivains chiliens (Premio Baltazar Castro de la Sociedad de Escritores de Chile). Baltazar Castro, « sénateur et écrivain », était par ailleurs un viticulteur et négociant en vin qui osa défier l’embargo extraterritorial des États-Unis en exportant du vin dans la Cuba révolutionnaire. C’est lui qui eut l’idée du thème du prix : « Vin du Chili pour Cuba ». Jaime Quezada reçut le premier prix mais plusieurs autres poètes furent également récompensés, selon la volonté du mécène. Le thème choisi donna lieu à des textes d’une riche poésie terrienne et humaniste. J’ai également eu la bonne surprise d’y trouver un poème, ici traduit, du jeune Luis Sepúlveda, le fameux auteur du Vieux qui lisait des romans d’amour (1992).

Les poètes que j’ai traduits à partir de ce recueil sont Jaime Quezada (deux poèmes, dont le premier prix, Vin du Chili pour Cuba) et, pour un poème chacun, Rolando Cárdenas, Mario Macías, Guillermo Quiñones et Luis Sepúlveda.

L’alcool, bien sûr, est à consommer avec modération.

Le second recueil est l’anthologie Poesía revolucionaria chilena (Ocean Sur, 2014) compilée et présentée par Juan Jorge Faundes.

Les poètes traduits dans cette anthologie sont Elicura Chihuailaf (dans l’anthologie Elikura Chiuailaf Nahuelpan), poète bilingue d’origine mapuche (2 poèmes), Guillermo Riedemann (2), Jorge Montealegre (2), Rosabetty Muñoz (3) et Yasmín Fauaz Núñez, également connue sous le pseudonyme de Grandchester (1 poème).

*

Vin du Chili pour Cuba (Vino chileno para Cuba) par Jaime Quezada

Note. Le poème évoque divers aspects de la géographie, de l’histoire et de la culture du Chili qu’il me semble préférable de citer en note introductive, plutôt que de surcharger le texte de renvois. On y trouve nommés, par ordre d’apparition, la chanteuse Violeta Parra, le « Christ d’Elqui », personnage mystique qui eut quelques adeptes dans les années trente et quarante, le militant et journaliste prolétarien Emilio Recabarren, la poétesse Gabriela Mistral (« la Mistral »), le conquistador Pedro de Valdivia, la colline de Huelén aujourd’hui connue sous le nom de colline Santa Lucia, à Santiago, le poète anarchiste José Domingo Gómez Rojas.

L’École de Sainte-Marie d’Iquique évoque un massacre par l’armée chilienne de plusieurs centaines de travailleurs en grève qui s’étaient réfugiés dans cette école, en 1907. C’est aussi le nom d’une cantate qui fut écrite en l’honneur de ces victimes.

Le 2 avril évoque des mouvements de contestation sociale durant l’année 1957 et le 4 septembre est, comme indiqué en introduction, le jour de l’élection de Salvador Allende en 1970.

Il est également question de Pablo Neruda, sans que j’aie pu éclairer précisément l’allusion à l’habit blanc blanc évoqué dans le poème. Neruda fut un proche collaborateur du président Allende. Hospitalisé au moment du coup d’État de Pinochet, il fit savoir à des proches que le dictateur avait l’intention de l’assassiner. Il est mort peu de temps après à l’hôpital. Un rapport officiel remis au ministère de l’intérieur du Chili en 2015 a confirmé la thèse de l’assassinat, après que celle-ci fut rejetée par un groupe d’experts internationaux en 2013.

Parce que le Chili aussi est une maison
Construite planche à planche par nous autres
Du matin au soir
Comme un rêve dont on ne se souvient pas
Mais qui nous rend heureux au réveil :
Il suffit d’un verre
D’une bouteille de vin débouchée à l’heure du repas
Pour que la table et la nappe et la cuillère
Accueillent la présence d’ancêtres qui ont vécu.
Qui ont occupé nos chaises
Et parlé de noms et de lieux :

Un verre de ce vin,
C’est une inoubliable chanson de Violeta,
Un Christ d’Elqui dans une gare, dans un marché du sud,
Sur une place de province.
Un Emilio Recabarren qui fonde des journaux
Parcourant des villages de travailleurs du salpêtre les poches gonflées
De revues et de pamphlets.
C’est la Mistral qui est pure absence et vigne et terre.

Un verre de ce vin,
C’est un atlas lavé par la pluie de Chiloé.
Un pont ferroviaire du Malleco,
Un Valparaiso, un bateau de pêcheur,
Un rio Mapocho couvert de brume,
Une pierre de San Pedro de Atacama :
Un guerrier brûlé par le sel.
Toute une géographie qui descend des Andes à dos de mule.

Un verre de ce vin,
C’est ma maison familiale un jour comme les autres,
Un plateau de cerises, une guitare, un lent cheval de boulanger.
C’est ma mère assise à sa machine à coudre
Une veille de dimanche.
C’est mon grand frère qui fait ses valises.
C’est le vent du nord qui ouvre une fenêtre.
C’est moi-même en train de lire « Le trésor de la jeunesse »
Pendant mes vacances d’hiver.

Un verre de ce vin,
C’est une revue d’histoire écrite quotidiennement
Par une potière de Lumaco, un paysan de Cauquenes,
Un ouvrier de l’usine textile de Bellavista-Tomé,
Un chauffeur de la Société des transports collectifs de l’État,
Un employé municipal balayant parcs et jardins.
Une histoire qui commence à être racontée :
Une lettre de Pedro de Valdivia de la colline du Huelén,
Une fête d’Araucans, un rameau de cannelle de Magellan,
Une récolte de blé dans le printemps de Los Angeles.
C’est l’École Sainte-Marie d’Iquique
Chantée mieux encore aujourd’hui par des voix qui disent « présent »,
C’est Domingo Gomez Rojas qui meurt en prison
Ignoré en écrivant son dernier vers sur le mur.
C’est un maître d’école qui devient président de la République.
C’est Neruda vêtu de blanc comme le raconte une chronique de 1938.
C’est un deux avril, c’est une grève du charbon.

C’est, enfin, un peuple qui conquiert un aujourd’hui,
Un homme nouveau qui descend dans la rue un quatre septembre
Avec des rameaux d’acacia et des drapeaux.

Un verre de ce vin,
C’est une clé que nous confions à la mémoire,
La seule qui pourra ouvrir la porte de cette maison
À l’odeur de miche, d’avenir.

*

Quelqu’un allume la lumière dans la maison du vigneron (Alguien enciende la luz en la casa del viñatero) par Jaime Quezada

1
J’aimerais ouvrir la vieille porte :
Que quelqu’un le visage non rasé encore
me fasse entrer dans la salle à manger de la maison.
Assis sur une chaise en cuir
face à une photographie de mariage,
les paroles du père
se feraient chose vivante dans mon verre de vin.

2
Ma maison était de pisé et de bois :
Le vent y entrait avec la pluie
et en ressortait comme un fugitif,
entraînant des nappes tachées.
Je ramassais tous les jours des sarments dans les vignes,
et entre chiens, chats et poules
ma mère parlait d’aller couper de la verveine citronnelle
pour le vase de la table.

3
En l’ouvrant la vapeur de la marmite
annonce la grande table des fèves,
du sel, de l’odeur d’oignon du couteau.
Et quelqu’un
qui aurait voulu venir nous dire
« Bonsoir ».
Nous le reconnaissons vaguement sur la pendule murale
qui nous unit à cette heure du dîner.

4
Pour la farine
versée sur la planche à pâtisserie
notre haine allume le four :
Tant de bonheur
peut être à présent dérision.
Jusqu’à ce qu’une insoutenable odeur
de pain brûlant
nous fasse courir à la table
et étendre la nappe
par nous lavée à la pure tendresse.

5
Je vois mon père vigneron une nuit d’hiver :
Fermant les volets avec une chaîne pour chien,
allumer la lampe, remplir son verre,
chanter des chansons d’autrefois,
danser en manches de chemise autour des pressoirs
jusqu’à devenir vieux des pieds à la tête.

6
Il sera bon de récolter maintenant
la treille qu’ont plantée nos grands-parents :
Maintenant que dans la vigne le dernier automne
est sur le point de tomber avec les grappes de raisin.
Ce sera bon, dis-je,
pour que descende le raisin dans la fécondité des pressoirs
et qu’à notre pichet monte
le vin nouveau de la terre.
Et que cette maison même soit vigne pure
que nous vendangeons à l’heure où d’autres mènent leur brebis à l’abattoir.

7
Quelqu’un allume la lumière dans la maison du vigneron,
salue ses habitants,
pose son chapeau,
ouvre une bouteille pour les amis.
Et met à leur place les outils,
les matériaux premiers de la vigne.

*

Matériaux pour un chant au vin (Materiales para un canto al vino) par Rolando Cárdenas

Comme de dérober le rêve à la nuit et au jour
je cherche mon visage parmi ces quatre murs
dans le miroir d’un ciel endormi,
en chacun de mes os sentant la force de la terre,
illuminé par l’éclat nouveau d’un astre éclipsé
mûrissant avec cet acide si matériel qui bat mon sang
et qui s’est trouvé une place doucement à côté de mon ombre
sans déranger le silence tout-puissant des choses,
si distants que le monde ne nous pèsera pas.

Comme de se défaire de cette peau intérieure fatiguée
mon geste fraternise avec le geste d’autres hommes
de tant de latitudes,
sans amarres inutiles
mais avec toutes les bouches humides de la vieille grappe pressée,
sans les durs silences
mais avec les souvenirs anoblis comme un arbre millénaire,
avec tous les visages atteints par les reflets
qui s’absentent au-delà de ce verre congru
où il faut s’arrêter
–de même que l’ombre dans la nuit,
le poisson dans la mer et la maison sur la terre–
pour nous retrouver à cette table qui n’a pas de fin.

Comme un verre qui se brise
sur les fondements de cette maison récemment bâtie
–semblable à d’autres maisons–
dans le geste patriarcal et lumineux
de ceux qui un jour se réunissent sous le signe de ce fruit étrange
et dans les coins que le bon vin soit versé,
gardé et remodelé par un soleil si lointain
qu’il nous fasse oublier notre enveloppe de tous les jours,
cette zone obscure de notre corps,
que la joie se convertisse en fenêtre
dans la gorge lancée au chant,
à son miel léger
qui nous éloigne du cœur de l’hiver
pour renaître sur la terre étendue,
abeille silencieuse
qui nous regarde de ses milliers d’yeux depuis un verre rempli.

Comme de retourner aux vieux rivages
saluer ceux qui nous ressemblent
–nos ancêtres austères qui se promenaient les mains dans le dos–
et savoir pourquoi ils nous enseignèrent tant de silence,
cette manière lente qui naissait d’une jarre,
ces mains terreuses qui partageaient sans impatience
un contenu toujours renouvelé
où ils se plaçaient pour voir de dos tellement de vie,
dévorés par les souvenirs qui ne cessent jamais,
leur propre sang qui les étouffait
transformé en aliment indispensable
dans leurs bouches obscures
avec des paroles qu’ils ne répétaient pas
pour reconnaître que tout ce temps si long n’était le moins du monde endormi.

*

Vin pour Cuba (Vino para Cuba) par Mario Macías

D’un racine de soleil, d’un parfum, d’une saveur,
d’une couleur distincte sur la colline.
De la majestueuse copulation du soleil sur la terre humide,
une timide figure végétale qui émerge.
Ce n’est pas encore du temps arrêté,
pas encore de l’amitié, ni une conversation à bâtons rompus
sur le dur comptoir du bar, ce n’est pas encore une feuille,
c’est seulement un mouvement infime, et déjà
fait histoire sa navigation occulte sous les étoiles,
son étreinte du cœur profond de la terre.

Cette étreinte et la caresse seront matière de sa contexture légère
Sa qualité de serpent aimant sera
ce qui le fera doucement féminin.
C’est l’eau amie et la main amie
qui rendront sa croissance parallèle, sa lignée sage.
Ce seront, enfin, dis-je, des lèvres
qui conformeront la stature de cette racine ancienne.

Sarment humble qui dans le triste automne
fait jaune le ciel proche de la terre.
Peut-être que des tremblements de terre se cachent dans ton lien de pulpe
à tout un monde de trépidations,
et que pour toi est tout l’amour dénié tant de fois,
les mythes ténus, la main dans la main, la main sur la pierre,
la forteresse élevée au contrefort des Andes.

Dans le balancement de la chlorophylle, près du sapin araucan,
près de la flamme rouge du copihue,
près du chérimolier et du mimosa,
rabougrie, jamais seule, recroquevillée, sarmenteuse,
la vigne avec sa grappe, avec son offrande
d’illusion, de réalité jamais complète.

Et ensuite fruit dans le verre, transfiguration
du cristal, main levée,
coude haussé, physiologie pure, sang qui cherche
des canaux nouveaux dans les levers de soleil,
du soleil qui hier était seulement la caresse légère
du raisin et aujourd’hui du salut, si fraternel.

Je recours à la pluie pour comprendre l’étoile.
Je me sers du vent pour acquérir la science.
J’abrite la fumée pour attraper la vie.
J’égrène la grappe pour orner les yeux de mes enfants
et dans le miroir clair de l’écorce américaine,
dans la vendange joyeuse je crée l’aile, la communication terrestre
qui nous unit ; île et mer,
cordillère et homme, c’est tout un.
Je m’immerge dans ma soif d’opale et te retrouve, camarade.

Écoute mon nom, mon message tellurique,
ma parole solaire pour ta poitrine souriante ;
tu boiras l’air du Chili, sa vaste géographie,
son homme fait rude travailleur des champs et harassé, son aspiration
à la justice ; tu boiras avec ce vin la fraternité, camarade.

*

Message du vin à Cuba (Recado del vino a Cuba) par Guillermo Quiñones

…Des entrailles du Chili,
de Colchagua, O’Higgins, Ñuble, Linares,
entre mer et cordillère,
d’Olmué, Ñipas, Portezuelo,
de Quebrada Alvarado,
le vin monte le long des treilles,
cherche l’homme et son espérance.

…Vin qui obscurément cherche au-dedans de l’homme,
vin, fleur terrestre qui s’ouvre dans ma poitrine,
vin qui distille des mirages,
vin qui tend les mains,
vin qui rapproche les bouches :
vin des rencontres.

…Vin des hanches puissantes,
vin de la ramure des arbres,
vin des racines les plus profondes,
vin de la douleur et de la joie,
vin feu,
vin flammes,
vin qui monte à la tête,
vin qui descend dans les pieds,
vin de l’évasion, de celui pour qui le film s’efface,
vin qui va par les branches,
vin qui pépie avec les oiseaux.

…Vin trouble de l’exploiteur,
vin mains à la hache de l’ouvrier,
vin veuf de l’avare,
vin faulx paysanne,
vin velours du simulateur,
vin de « Jean de la Vérité »,
vin amer du solitaire,
vin glorieux des compagnons,
vin au jour le jour du policier,
vin rebelle et harassant du mineur de fond,
vin du sieur et du gentilhomme,
vin confiant, aux poches trouées,
vin du geste torve,
vin vent qui balaie les haines,
vin du froid et des vêtements trempés,
vin de la sueur,
vin halluciné des habitants de Chiloé,
vin dense du Mapuche…
…Vent des ailes de la nuit :
vin du matin.

…Vin creux des vaches sacrées,
vin bavardé simplement dans un coin d’auberge,
vin baveux du colonisé mental,
vin qui sourit dans notre indulgence,
vin à genoux des vendus,
vin debout du révolutionnaire,
vin nuit,
vin jour.

…Que vienne le Cubain à sa rencontre
et le regarde en face.
Avec la joie que gorgée après gorgée
ce vin édifie dans ta poitrine,
se lèvent, frère cubain,
des siècles de mains vides ;
dans les gouttes vermeilles ou blondes
naviguent de pauvres mas,
des enfants nus-pieds te font signe,
des paysans écrasés,
la femme flétrie par la souffrance,
la longue soif de l’homme sans fête,
les rêves tronqués du jeune couple.

…C’est pourquoi
–en cette année mille neuf cent soixante-dix
il est important de dire
c’est pourquoi–
quand du sol chilien émerge un nouvel oxygène,
ce vin est joie.

…Vin qui monte jusqu’à Cuba,
vin qui cherche ses bouches,
vin qui chantera dans ses chansons,
vin qui étreindra dans les amours cubaines,
vin qui récoltera la canne à sucre avec les paysans,
vin qui montera aux palmiers jusqu’à son soleil,
vin qui bavardera la nuit avec les camarades,
vin de la fraternité, du cri libre…
…Vin qui picotera sur ta langue, frère cubain,
vin qui galopera dans tes nuits,
vin qui brillera sur les dents,
vin qui brillera dans les yeux

…Vin
…….du regard infini
……………………..vers l’avenir.

*

Poème à faire voyager avec le vin (Poema para que viaje junto al vino) par Luis Sepúlveda

Le vin part, il s’en va pour son voyage d’ami
faisant au revoir de son mouchoir noir, il quitte les ports
en chantant de vieilles chansons de marins, des hymnes nostalgiques
avec sa grosse voix d’ouvrier, un matin de septembre.
Il part, articulant de ses lèvres de pampre un mot nouveau,
ample comme une grappe de raisin : Camarade.
Notre millénaire camarade s’en va,
tendant les bras depuis les tonneaux,
pour accoster comme un albatros de raisins
dans la poitrine dionysiaque du milicien mulâtre,
et se faire légende et couleur dans le paysan victorieux
de l’héroïque récolte de canne du revers-victoire.
Le vin rouge du Chili, comme un poulain furieux
monte dans les bateaux qui l’emmèneront à Cuba.
Il porte dans ses bulles la salutation populaire de ce peuple nouveau.
Quand le coupeur de canne le boira le soir, tranquillement,
il sentira courir dans ses veines toute l’histoire épique
de cette terre pleine de cataclysmes, de tempêtes,
d’inondations, de catastrophes océaniques,
d’épopées, de terribles siècles d’exploitation latifundiste,
que l’homme national, ferme et œcuménique,
a foulée et dépassée à force d’énergie et de courage prolétaire.
Quand ils le boiront, dans un moment de repos, Fidel, Almeyda, Dorticos,
Raoul ou un autre des grands dirigeants
sentiront le même colossal choc d’énergies,
qui conduisent notre homme du peuple à démolir des cordillères
en perçant des tunnels, à aiguillonner les ténèbres de la nuit vers la haute mer
dans les hauts faits de pêche, ils sentiront, camarades,
le même impact vital que sent
le mineur de fond qui déchire les entrailles de la montagne dans les mines de cuivre
ou creuse une galerie de plusieurs kilomètres jusqu’à la mer dans les mines de charbon de Lota.
Mais là où le vin remplira vraiment une fonction prépondérante
d’antiques légions, c’est dans les célébrations de victoires,
quand la main révolutionnaire du jeune Peuple de la jeune Cuba
pour la centième fois repoussera une vile invasion
et fera fuir vers le cloaque de Miami les rats
et cancrelats apôtres des mensonges de Yankeeland.
Et le vin chantera, comme vin n’a jamais chanté,
quand Nicolas Guillén lèvera le verre dans sa main de maître de générations entières,
avalera une gorgée, se souviendra de la colline Santa Lucia,
et rira à gorge déployée sous ses cheveux blancs, comme un vieux dieu grec vêtu à la manière d’un paysan cubain.
Quand le poète cubain sentira le goût du Chili,
aux compagnons du vert lézard vert il parlera de cette terre
nommée Chili, leur parlera tristement d’Arica et
de son Morro1, monument au massacre des peuples,
que finança le gringo Samuel North pour remplir
d’or, d’argent et de salpêtre la gueule du vieil impérialisme.
Il leur parlera des ports, beaux et tristes ports du Chili,
peuplés de pélicans et de prostituées obscures comme la nuit,
petites femmes, statues de chair se vendant au plus offrant.
Il leur parlera des ports de notre côte, qui sont la veine tranchée
par où s’échappe notre sang minéral pour remplir
les bourses de Wall Street, et financer avec le cuivre humilié
les massacres du Vietnam, du Cambodge et les attaques de l’île.
Le poète leur parlera, par le vin, du sud du Chili, plein de fleuves,
de nuages, d’averses, d’éclairs,
il leur parlera des îles et des canaux, leur
dira qu’une nuit la populace nationale maritime et agraire
but tant et tant de vin qu’une cueca2 de Huillin
fit trembler si fort la terre qu’elle la fit éclater en mille morceaux,
lui donnant forme d’archipel de Chiloé, leur
racontera qu’ici, la nuit, en hiver,
on le boit chaud comme un baiser de femme et parfumé
à l’orange et à la cannelle, comme une bouche d’adolescente.
Et le poète leur dira qu’il faut le boire comme quelqu’un boit du sang,
respectueusement, car c’est du sang.
C’est du sang de mains agricoles vendangeuses, c’est
du sang d’hommes attristés, saouls de découragement
avant l’heure.
Et il leur dira qu’il faut le boire avec ferveur révolutionnaire,
car il est feu et force, et comme tel
il faut le boire comme une accolade, parce que nous avons tous besoin
que le phare de Cuba continue d’éclairer l’Amérique.
Moi, poète de cet hémisphère de louveries,
je lève mon verre et idéologie prolétarienne,
et je crie comme un taureau rouge près de la montagne :
À ta santé, Cuba ! À ta santé, Amérique ! À ta santé, Révolution !

1 Arica et son Morro : Le « Morro d’Arica » est un piton rocheux dans la commune d’Arica, dans le nord du pays, qui évoque la guerre de 1879-1883, « guerre du Pacifique » ou « guerre du salpêtre », entre le Pérou et le Chili, par laquelle ce dernier s’annexa cette partie de son actuel territoire.

2 Cueca : danse traditionnelle.

*

Rêve bleu (Kallfv peuma mew, sueño azul) par Elikura Chihuailaf Nahuelpan (1995)

Note. Le poème a été écrit en mapudungun, langue des Indiens Mapuche du Chili. L’anthologie comporte le texte original accompagné d’une traduction en espagnol, qui est la version à partir de laquelle j’ai travaillé à cette traduction française.

La maison bleue où je suis né est
…située sur une colline
entourée de robles, de saules,
de noyers, de marronniers
d’un parfum printanier en hiver
–un soleil à la douceur de miel d’ulmo–
de fuchsias entourés à leur tour de colibris
dont nous ne savions pas s’ils étaient réels
ou bien un rêve : si éphémères !
En hiver nous entendions tomber les chênes
…frappés par la foudre
Le soir nous sortions, sous la pluie
…ou dans les couchers de soleil
chercher les brebis
–parfois nous pleurions
la mort de quelques-unes
flottant sur les eaux–

La nuit nous entendions les chants
les légendes et les prophéties
près du feu
respirant l’arôme du pain
…enfourné par ma grand-mère
…ma mère ou tata Maria
pendant que mon père et mon grand-père
–cacique de la communauté–
observaient avec attention et respect
Je parle des souvenirs de mon enfance
et non d’une société idyllique
C’est là, me semble-t-il, que j’appris
…ce qu’est la poésie
Les grandeurs de la vie
…quotidienne
mais surtout ses détails
la lueur du feu, des
…yeux, des mains

Assis sur les genoux de ma
grand-mère j’entendis les premières
histoires d’arbres
et de pierres qui se parlent entre eux
et avec les animaux et les gens
C’est donc ça, me disais-je, il faut
…apprendre à interpréter
…leurs signes
et à percevoir leurs sons
qui se cachent habituellement
…dans le vent
Tout comme ma mère aujourd’hui,
elle était silencieuse et avait
une patience à toute épreuve
On la voyait aller d’un lieu
…à l’autre
faisant tourner son fuseau
la blancheur
…de la laine
Fils qui, sur le métier à tisser des
…nuits, se convertissaient
…en beaux tissus
Comme mes frères et sœurs
…–plus d’une fois– j’essayai d’apprendre
cet art, sans succès.

Mais je gardai en mémoire
le contenu des dessins
qui parlaient de la création
et de la renaissance du monde mapuche
de forces protectrices, de
…volcans, de fleurs et d’oiseaux
De même, avec mon grand-père
nous partageâmes de nombreuses nuits
…à la belle étoile
De longs silences, de longues histoires
…qui nous parlaient de l’origine
…de notre peuple
du Premier Esprit mapuche
lancé du Ciel
Des âmes qui sont suspendues
…dans l’infini
…comme des étoiles
Il nous apprenait les chemins du
…ciel, ses fleuves, ses signes
Chaque printemps le voyait portant
…des fleurs à ses oreilles
et sur le revers de son veston
ou marchant pieds nus sur

…la rosée du matin
Je me souviens aussi de lui cavalant
sous une pluie torrentielle
d’hiver dans des bois
…immenses
C’était un homme agile et fort
Me promenant entre ruisseaux
bois et nuages, je vois passer
…les saisons :
Bourgeons de Lune glacée (hiver)
Lune de la verdeur (printemps)
Lune des premiers fruits
…(fin du printemps
…et début de l’été)
Lune des fruits abondants
…(été)
et Lune des bourgeons cendrés
…(automne)
Je sors avec mon père et ma mère
…chercher des remèdes et des champignons
La menthe pour l’estomac
la mélisse pour le chagrin

le matico pour le foie et pour
…les blessures
le coralillo pour les reins
–disait ma mère
Ils dansent, ils dansent, les remèdes
…de la montagne –ajoutait mon père
me faisant lever les
…herbes dans mes mains
J’apprends alors le nom des
…fleurs et des plantes
Les insectes remplissent leur fonction
Rien n’est de trop en ce monde
L’univers est une dualité
le bien n’existe pas sans le mal
La Terre n’appartient à personne
Mapuche veut dire Gens de la
Terre –me disaient-ils
En automne les ruisseaux
…commençaient à briller
L’esprit de l’eau remuant
sur le lit de pierre
l’eau émergeant des yeux
…de la Terre

Chaque année je courais à la montagne
pour assister à la merveilleuse
…cérémonie de la nature
Puis arrivait l’hiver
…afin de purifier la Terre
pour le commencement des nouveaux
…rêves et semis
Parfois des hérons bihoreaux passaient
nous annonçant la maladie
…ou la mort
J’avais de la peine en pensant
…qu’un des Anciens que j’aimais
devrait partir pour
…les rives du Fleuve des Larmes
appeler le nocher de la mort
rejoindre les
…Ancêtres
et se réjouir dans le Pays Bleu
Un matin partit mon frère
…Carlitos
Il bruinait, c’était un jour cendreux
Je sortis pour me perdre dans les bois
…de l’imagination

…(j’y suis encore)
Le bruit des ruisseaux
nous enveloppait en automne
Aujourd’hui, je dis à mes sœurs
…Rayén et América :
je crois que le poésie est seulement
une respiration paisible
–comme nous le rappelle notre
…Jorge Teillier3
tandis que comme Autruche du Ciel
par tous les pays je laisse errer
…ma pensée triste
Et à Gonza, Gabi, Caui, Malen
…et Beti je dis :
Aujourd’hui je suis dans la Vallée de
…la Lune, en Italie
avec le poète Gabriele Milli
Aujourd’hui je suis en France
avec mon frère Arauco
Aujourd’hui je suis en Suède
avec Juanito Cameron
et Lasse Söderberg
Aujourd’hui je suis en Allemagne
avec mon cher Santos Chavez

…et Doris
Aujourd’hui je suis en Hollande
avec Marga, Gonzalo Millan
…et Jimena, Jan et Aafke
…Juan et Kata
Il pleut, il bruine, le vent
…jaunit à Amsterdam
Les canaux brillent
sur les antiques lampadaires
…de fer
et les ponts-levis
Je crois voir une tulipe bleue
un moulin dont les ailes tournent
…et se détachent
Nous avons envie de voler :
Allons ! que rien ne trouble
…mes rêves –me dis-je–
Et je me laisse emporter par les nuages
vers des lieux inconnus
…de mon cœur.

3 Jorge Teillier : poète chilien (1935-1996).

*

Le secret du soleil (El secreto del sol) par Elikura Chihuailaf Nahuelpan (1991)

À Sandra Trafilaf, prisonnière politique

La Lune se cache dans tes yeux
que je regarde, tes yeux sanglants
Ton âme s’échappe de la prison
et main dans la main je t’emmène tu m’emmènes
…vers l’aube
Il y a une femme à la porte de
…la maison, près du lac
J’irai découvrir le mystère
…du soleil derrière la montagne, maman

lui dis-tu.

*

Que t’ont-ils fait Ignacio Valenzuela (Qué te han hecho Ignacio Valenzuela) par Guillermo Riedemann (1987)

Note. Ignacio Valenzuela Pohorecky, un des responsables du Front patriotique Manuel Rodríguez (Frente Patriótico Manuel Rodríguez, FPMR), fut assassiné par les services secrets chiliens avec plusieurs autres responsables de cette organisation illégale, en 1987.

Le ciel est tellement bleu Ignacio
Étrangement bleu en plein mois de juin
Il fait froid oui et toux et détresse
Que fais-tu là étendu le sourire
En miettes que t’ont-ils fait
Nu sur le dos en plein trottoir
Le visage brisé par les balles ainsi que les jambes
Et la poitrine et même les pieds.
Que font ces gens penchés
Sur ton corps ils regardent ton sang
Ta tendresse qui est restée là
Hors de ta peau et ils comparent
Ton visage avec une photographie.
Ils mesurent la distance qui te sépare
De la chaussée à présent que l’avenir
Est devenu tellement lointain.
Ils éloignent les curieux semblent si graves
Mais ils sont tranquilles eux
Penchés sur ton corps.
Tellement bleu le ciel est tellement bleu
Que tu décides de te mettre debout
Et ainsi dénudé tu te mets à marcher
Lent et calme sans regarder derrière toi.
Tu passes devant la maison de ta mère
Tu lui baises le front elle te dit
Couvre-toi mon fils prends soin de toi cet hiver
Tu ne sembles pas l’écouter tu souris et t’en vas.
Sur le chemin tu prends ta 2CV4
Tu vas chercher tes enfants et ta compagne
Nu comme tu es personne ne te regarde
Pourtant et tu traverses rues et feux de circulation
Sous ce ciel tellement bleu en plein mois de juin.
Tellement bleu le jour sous ce ciel bleu
Que même mourir serait beau
Douloureux injuste tristement beau
Comme meurent les hommes et rien de plus Ignacio.

4 2CV : La « deux chevaux » ou « deudeuche » était également produite et commercialisée par Citroën au Chili (et en Argentine), avec le nom de Citroneta sous lequel elle apparaît dans l’original.

*

Le pardon du roi (El perdón del rey) par Guillermo Riedemann (2010)

Note. Hommage aux victimes de la dictature militaire, dont plusieurs sont nommées. Villa Grimaldi et Londres 38 étaient des centres de détention et de torture.

Le « véritable visage de ce pays » (vers 7) est celui des victimes transformées en « torches vivantes » et qui survécurent, c’est-à-dire un visage brûlé. Voir « Carmen Gloria Quintana » sur Google images.

Je pardonne à ceux qui appliquèrent la gégène à Muriel Dockendorf
Et l’écoutèrent crier ainsi qu’à ceux qui savaient et n’ont rien fait
Je pardonne à ceux qui jetèrent Marta Ugarte à la mer
Tandis qu’ils se vantaient qu’il n’y avait pas de disparus au Chili
Je pardonne à ceux qui transformèrent en torches vivantes
Rodrigo Rojas et Carmen Gloria Quintana
–le véritable visage de ce pays–
Je pardonne à ceux qui égorgèrent
José Manuel Parada, Manuel Guerrero et Santiago Nattino
Je pardonne à celui qui donna l’ordre et à celui qui appuya sur la gâchette
Pour trouer le corps de Victor Jara et Carlos Lorca
Je pardonne à ceux qui cachèrent les corps dans un four à chaux à Lonquén
Je conchie les avocats, les jugements et les peines
Ce n’est pas pour rien que je suis le nouveau monarque successeur de la Princesse
Qui nous apprit à jouer de la cloche de Wall Street
Je pardonne à ceux qui se sont faits dirigeants d’entreprise
et de banque et ont accumulé la richesse qui ne leur appartient pas
À ceux qui ont volé ce qui était à tout le monde et à ceux qui ont volé
Ce qui n’est à personne
Je pardonne à ceux qui, comme nous, sont retournés
Sur le lieu du crime et ne ressentent aucune honte
Je pardonne à ceux qui jetèrent dans les lacs du sud
–Ces lacs que j’aime et où je vais prendre du repos et signer des contrats–
Des paysans Mapuche sans que personne le sache
Je pardonne à celui qui fabriqua les bombes et à celui qui les déposa
Et à celui qui les fit détoner et à celui qui donna l’ordre
D’assassiner Orlando Letelier et Carlos Prats
Je pardonne au responsable de la Villa Grimaldi
Et au responsable du responsable de Londres 38
Je pardonne à celui qui viola des prisonnières à terre
À celui qui introduisit des rats dans leurs vagins
Et à celui qui arracha les ongles des mains
De ceux qui malgré tout ne dénoncèrent pas leurs camarades
Je pardonne à ceux qui inhumèrent de nuit
Les restes des personnes assassinées et ensuite les exhumèrent
Pour les faire disparaître pendant que d’autres –comme moi–
Regardaient le solde de leurs comptes courants
Je pardonne à ceux qui assassinèrent Ignacio Valenzuela par derrière
Lors de l’opération Albania et enfermèrent sept prisonniers
Dans une maison abandonnée pour les tuer de sang-froid
Je pardonne aux pilotes qui ont bombardé le palais présidentiel de la Moneda
Je pardonne au bourreau, à l’interrogateur, au geôlier
Au sergent, à l’instructeur militaire, au secrétaire, au chauffeur
Au falsificateur, au fossoyeur, à l’assassin
Je pardonne à tous, en cela je suis particulièrement généreux
Je leur pardonne car je suis le nouveau monarque
Et que par le biais de ses représentants Dieu me l’a demandé
Je pardonne à ceux qui ont fait pour moi le sale boulot.

*

Haute poésie (Alta poesía) par Jorge Montealegre (1983)

Tous les voisins de mon quartier font la sieste,
mais il y a des enfants assommants qui frappent aux portes :
ils demandent du pain et empêchent
d’écrire des poèmes sublimes sur la faim.

*

Envoyé spécial (Enviado especial) par Jorge Montealegre (1983)

Des sources bien informées auraient indiqué
que certains représentants non identifiés d’organisations inexistantes
seraient réunis en un lieu inconnu
…………………………………vraisemblablement près de Santiago
en vue de concerter une éventuelle action de protestation
contre une supposée violation des droits de l’homme

En outre elles évoqueraient l’apparition en vie
…..de gens qui auraient disparu de manière involontaire
et dont la mort présumée a déjà été clairement suggérée au Comité
…………………………………sans personnalité juridique
regroupant les personnes concernées par cette situation hypothétique

Il apparaîtrait
qu’à cette réunion non autorisée
par conséquent rien d’autre qu’un rendez-vous social d’éléments antisociaux
outre les dirigeants de partis dissous
ont également participé certains individus inconnus
…………………………………jeunes probablement
qui derrière l’anonymat propagent rumeurs et plaisanteries
attentatoires à la sécurité
…………………………………de la partie la plus connue de la Nation.

*

Il y a brebis et brebis (Hay ovejas y ovejas) par Rosabetty Muñoz

Note. Les trois poèmes suivants de Rosabetty Muñoz sont tirés de son recueil Canto de una oveja del rebaño (Chant d’une brebis du troupeau, 1981).

Celles qui broutent de tout pâturage
et dorment avec un sourire de satisfaction
dans les enclos.
Celles qui vont aveuglément
sur les chemins accoutumés.
Celles qui boivent insouciantes
aux ruisseaux.
Celles qui ne vont pas sur les versants dangereux.
Celles-là donneront une laine abondante
lors de la tonte
et seront de savoureuses invitées
aux fêtes de fin d’année.
Il y a aussi
celles qui se tordent les pattes
en cherchant des champs de marguerites
et restent des heures et des heures
à contempler le fond des précipices.
Celles-là bêlent toute la grande nuit de leur vie
apeurées.
Et il y a, enfin,
les mauvaises brebis égarées.
C’est pour elles que
sont les racines cachées
et les prés les meilleurs, les plus délicieux.

*

Une brebis trébuchant (Oveja a tropezones) par Rosabetty Muñoz

J’ai peur.
Peur des mauvais chemins
des malentendus qu’à bras ouverts
accueillent nos rêves.
J’espère plus que je ne puis dire
et depuis que j’ai cessé d’être possibilité
devant l’abîme des yeux en arrêt
j’éprouve une sensation brumeuse
d’amarres et de toiles d’araignée.

*

Exposée (Expuesta) par Rosabetty Muñoz

Prompts à blesser ils s’accumulent
à ma périphérie.
Un œil sur un autre.
Je vais à eux les bras ouverts
Il ne sera pas dit qu’ils ne m’atteindront pas.
Il ne sera pas dit que la douleur de leurs crocs
me sera niée pour toujours.

*

Harangue au conquistador (Arenga al conquistador) par Yasmín Fauaz Núñez (2014)

Frère soldat.
Triste héritier d’Alexandre le Grand
(cet autre conquistador, néfaste entre tous)

Si tu te baissais un moment
et regardais avec attention la poussière
que tu disloques de tes bottes.

Si tu demandais leurs secrets les plus inconnus
aux eaux de ces fleuves
et aux grains de ces dunes
qu’arrose la colère de ton regard de napalm.

Si tu prêtais dans le vent une oreille attentive
à ce ciel que sillonne la tempête lâchée
par les chasseurs-bombardiers furtifs dans les hauteurs
avec leurs œufs de phosphore et d’uranium résiduel.

Si tu ne passais lâche et tyrannique
dans l’insecte qui te fait fort
par son exosquelette d’acier
résistant aux larmes brûlantes
et aux dents serrées des mères et des enfants
de Syrie et d’Iran,
d’Irak et d’Afghanistan.

Si tu appréciais la sublime
architecture des temples et des mosquées
les millénaires œuvres de l’hydraulique
et laissais voler ta pensée
avec le sable du désert.

Si tu te libérais des paroles des médias.
Si tu pensais !
Si tu doutais une seconde,
si tu lisais, si tu écoutais
et si tu méditais…

…tu comprendrais…

Que tu devrais t’agenouiller
pour baiser tes propres empreintes
car tu es dans la grande Mésopotamie,
une des terres les plus sacrées.

Le lieu où nous déchiffrons
les secrets de la culture.

Le « Tigre » ne te dit rien ?
L’« Euphrate » ne te dit rien ?
Ces noms insignes ne te parlent pas ?
Ne vois-tu pas que tu es dans le jardin, dans l’école
où les hommes apprirent à écrire ?
Où fut découverte la métallurgie.
Où fut inventé le monothéisme.

Frère ! Au nom de ta mère et de ma mère…
Ne manque pas de respect
à notre mère Babylone.

Les Chaldéens enseignèrent à tes pères
les délices de boire de la bière.
Ammourabi légiférait
là où tes balles aujourd’hui tuent.
D’ici sortirent les mythes,
lois et légendes que traduisit Moïse
dans la moitié ou plus du Pentateuque,
en commençant par la Genèse,
suivie du Décalogue
et culminant avec les normes du Deutéronome.

Tu es sur la terre de Noé !
Tu es sur la terre de Lot et de Moab
et de Ben-Ammi !

Zoroastre ne te dit rien ?
Ni la route de la soie ?
Ni les Parthes ?
Ni les contes de la princesse Schéhérazade ?

Tu oses massacrer les peuples divins
de la Bible et du Coran ?
Les descendants d’Ésaü,
les bâtisseurs des ziggourats ?
Les hommes qui fixèrent les constellations
sur la mappemonde sidérale ?

Tu ne vois pas les djinns, les afrites, les califes abbassides ?
Les peuples amorrites ?
Les Perses ?
Les navires de Sinbad dans le port de Bassora ?
Les tapis volants ?
Le fantôme d’Al-Rashid errant dans Bagdad ?

TU NE VOIS RIEN ?

Ne sois pas le crachat mensonger des peuples barbares.
Réveille-toi orgueilleux esclave
des marchands d’armes.

Ne vois-tu pas comment aveugle tu défèques tes ancêtres,
la moitié de ta culture,
l’origine première de ton concept moral,
le lieu où est née la propriété privée,
la terre d’où sont surgies les banques,
l’argent et bien d’autres choses encore
de tout ce que tu aimes et adores ?

C’est ici que Cyrus pardonna au rabbin !

Va soldat…
Suis ton destin…
ajoute un nouveau chapitre à la geste
du berceau originel
de ce que nous appelons l’histoire universelle.

Va…
Va tranquille…

Qu’est-ce que ça change ?

Americanismos III

Suite de notre glossaire d’américanismes tirés du Diccionario general de americanismos de Francisco J. Santamaría et traduits en français.

Nous ne nous sommes pas limités à ce dernier dictionnaire, cette fois. Les mots qui proviennent d’autres sources sont indiqués par une astérisque (*). En particulier, nous avons eu recours au Diccionario ritual de voces nahuas, d’Adela Fernández : ces termes sont indiqués, à la suite de leur définition espagnole, par (A. Fernández). Les autres mots avec astérisque sont tirés de différents dictionnaires, dont certains en ligne.

Mes observations se trouvent entre crochets [ ]. Les citations littéraires sont le fruit de mes lectures (elles font chacune l’objet d’un paragraphe particulier, contrairement aux citations de Santamaría pour la partie encyclopédique de son travail. Enfin, les trois photos ont été trouvées sur Internet.

Achiqué * (f). (Voz quechua) Bruja, embaucadora.

Sorcière, enchanteresse.

Amarú (m). (Del quichua) Serpiente, en la región andina central y del sur. 2 En la mitología peruana es símbolo sagrado y figura además entre los cuatro Creadores y Formadores de las creencias indígenas en la América Central. Desígnasele también con el nombre de Tupac-Amarú.

[Con la forma amarun] «Y ni en lagunas ni en islas faltan enormes caimanes y pintadas culebras, hallándose a veces el monstruo amarun, terror de esas soledades, y junto al cual la boa de África pierde su fama toda.» (Juan León Mera, Cumandá)

«Las hermosas islas, esas ninfas abrazadas y acariciadas eternamente por los dioses de las ondas, iban apareciendo más frecuentes. En el seno de una de ellas asomó un amarun que, huyendo de la multitud de canoas, se escondió en la espesura arrastrándose como una enorme viga de color cenicienta. Las mujeres y los niños dieron gritos de espanto, y los indios dispararon algunos inútiles flechazos.» (Ibid.)

Dans l’aire andine centrale et méridionale : serpent. 2 Dans la mythologie péruvienne, c’est un symbole sacré, figurant parmi les quatre Créateurs et Initiateurs des croyances indigènes en Amérique centrale. On le connaît également sous le nom de Tupac-Amaru.

Aña (f). En algunas mitologías indígenas, el genio del mal, el diablo.

Dans certaines mythologies indigènes, le génie du mal, le diable. [C’est un mot guarani.]

Arará (s). Se llama así al negro o negra que tiene la piel del rostro más rayada que los demás de su raza, en el Brasil y otras partes de Sur América.

On nomme ainsi, au Brésil et dans d’autres parties d’Amérique du Sud, la personne noire, homme ou femme, dont la peau du visage est davantage rayée que celle d’autres individus de sa race. [La définition est à la fois curieuse et vague, car je ne sache pas qu’un visage « rayé » soit une caractéristique connue des races noires ; je suppose qu’il s’agit de rides mais il pourrait aussi bien être question de blessures ou de scarifications, ou d’une autre chose qui m’échappe complètement. Enfin, ce pourrait aussi être une pure et simple erreur ou confusion de la part de Santamaría – le terme désigne par ailleurs une communauté ethnique de Cubains noirs ayant leur origine au Dahomey, ainsi que leur culture.]

Ararás (m. pl). Tribus indígenas del Brasil, que casi han desaparecido; se las encuentra en las llanuras y en las riberas del Xingú inferior. Se las da este nombre por la costumbre de adornarse con plumas, a cuyo efecto se agujerean los cartílagos de las narices, en los cuales se las introducen.

« Les Perroquets », tribus indigènes du Brésil aujourd’hui presque disparues. Ces Indiens habitent les plaines et les rives du Xingu inférieur. On leur a donné ce nom du fait qu’ils ont coutume de s’orner de plumes et à cet effet de se percer les cartilages des narines afin de les y introduire.

Auca (s). Denominación que daban los incas a los indios no sometidos o rebeldes. Hasta hoy suele usarse la voz en el sentido de rebelde. Los aucas eran una rama de los araucanos. 2 Idioma hablado por los indios de esta tribu. 3 Comunidad de negros cimarrones que habitan en el interior de la Guayana holandesa.

Nom que donnaient les Incas aux Indiens non soumis ou rebelles. Le mot est encore employé de nos jours dans le sens de rebelle. Les Aucas étaient un rameau des Araucans. 2 Langue parlée par cette tribu. 3 Communauté de nègres marrons habitant l’intérieur de la Guyane hollandaise.

Babul (m). Baile africano del oriente de Cuba, que allí llaman de procedencia haitiana.

Danse africaine de l’est de Cuba, que l’on prétend là-bas être d’origine haïtienne.

Bachaquero (m). Nido de bachacos [ciertas hormigas arrieras], que consiste en grandes galerías subterráneas, de preferencia en terrenos arcillosos, duros, rojizos; muy frecuentes en el alto Orinoco, en Venezuela.

«Vomitan los bachaqueros sus trillones de hormigas devastadoras, que recortan el manto de la montaña y por anchas veredas regresan al túnel, como abanderadas del exterminio, con sus gallardetes de hojas y de flores.» (José Eustasio Rivera, La vorágine)

Nid de bachacos (une espèce de fourmis coupe-feuille) consistant en longues galeries souterraines situées de préférence dans des terres argileuses, dures et rouges. Ces nids sont très fréquents dans le Haut-Orénoque, au Venezuela.

Baní (m). (Voz afr.) Nombre que los negros cubanos dan a Dios.

Nom que les Noirs de Cuba donnent à Dieu.

Bilongo (m). (Voz de or. afr.) En Cuba, hechizo o hechicería, embrujamiento o brujería, mal secreto. Esta fruta tiene bilongo, no se come, dicen en Cuba.

À Cuba, sorcellerie, envoûtement, sortilège. « Ce fruit a le bilongo, on ne peut le manger », dit-on à Cuba.

Canopa (m). (Voz quichua) En Sur América, ídolo de piedra o de metal.

En Amérique du Sud, idole de pierre ou de métal.

Callaguaya (m). Botánico de los incas. 2 Se llaman así los indios aimaraes, que están en todas las ferias sonadas y hacen viajes al Perú, a Chile y a la pampa de Buenos Aires, curando empíricamente; algunos se dedican también a la venta de animales, mulas chúcaras principalmente, las cuales conducen con facilidad por la cordillera porque las ensordecen con tarugos de lana, y así no oyendo ningún ruido, los animales siguen su camino sin descarriarse.

Botaniste des Incas. 2 Sont ainsi nommés de nos jours les Indiens Aymaras qui sont de toutes les fêtes et foires et voyagent entre le Pérou, le Chili et la pampa de Buenos Aires en exerçant la médecine traditionnelle. Certains se consacrent également à la vente d’animaux, en particulier de mules non domestiques, qui cheminent avec facilité dans les Andes car on leur bouche les oreilles avec des chiffons de laine pour que, n’entendant plus aucun bruit, elles suivent leur chemin sans dévier.

Camile (s) (Del aim. kamire) En el Perú se llama así al curandero ambulante, personaje típico de los campos.

Nom des rebouteux ambulants au Pérou, personnages typiques des campagnes.

Canicha (f). En Sur América, grutas naturales que se encuentran en la cordillera de los Andes y que sirven de abrigo a los viajeros.

Grottes naturelles que l’on trouve dans la cordillère des Andes et qui servent d’abri aux voyageurs.

Carabela (f). Entre los negros bozales de Cuba, compañero de viaje, el que ha llegado de África en el mismo barco que otro.

« Caravelle », c’est-à-dire, parmi les esclaves africains récemment arrivés à Cuba, un compagnon de voyage, un individu arrivé sur le continent américain dans le même bateau qu’un autre.

Catete (m). En Chile, nombre que el vulgo da al demonio.

Au Chili, nom que le vulgaire donne au diable.

Catinga (f). (Del guaraní) En Bolivia y Argentina, olor sofocante y desagradable que despiden naturalmente algunos animales. 2 Olor intenso de la traspiración de los negros. Grajo (m). Sobaquina, catinga, mal olor de los negros. 2 En Colombia, escarabajo negro, hediondo y nauseabundo, que se cría en las habitaciones. 3 (Eugenia tuberculata) Planta cubana de olor semejante al de los negros. Grajiento, ta (a). En Antillas, que huele mal. Dícese de personas, del negro principalmente. Lo mismo en el Perú. Sajino (m). En Costa Rica, la catinga o sobaquina, mal olor de los sobacos, y olor peculiar desagradable de los negros.

En Bolivie et en Argentine, odeur suffocante, désagréable que dégagent naturellement certains animaux. 2 Forte odeur de la transpiration des Noirs. Grajo. Odeur d’aisselles ou mauvaise odeur des Noirs. 2 En Colombie, scarabée noir dégageant une odeur nauséabonde et qui vit dans les maisons. 3 Plante de Cuba dont l’odeur est semblable à celle des Noirs. Grajiento. Aux Antilles, cet adjectif signifie puant et s’applique à des personnes, en particulier de race noire. Même sens au Pérou. Sajino. Au Costa Rica, l’odeur fétide des aisselles, et de même l’odeur particulière, désagréable des Noirs.

Cavalonga (f). Amuleto que, entre la gente del campo, consiste pm. en algún objetito de metal o de hueso, que las mujeres llevan en gargantillas o collares, etc.

Amulette des gens de la campagne consistant le plus souvent en quelque petit objet en métal ou en os que les femmes portent en collier ou autrement.

Celaje (m). En Puerto Rico, sombra, aparición fantástica de un difunto.

À Porto Rico, revenant, apparition d’une personne défunte. [Dans son sens le plus courant, ce terme sert à désigner des nuages colorés, par exemple des nuages rouges au crépuscule ou au petit matin, comme dans ces vers de Francisco Vellespesa ‘Sobre el espejo de la mar bruñido/ El sol disipa el matinal celaje…’]

Cenote (m). (Del maya tzonot) Depósito de agua, manantial que se halla en Méjico y otras partes de América, generalmente a gran profundidad de la tierra, en el centro de una caverna. Son muy comunes en Yucatán (Méjico), donde constituyen los únicos depósitos naturales, característicos de ciertas regiones áridas.

«Abismos contenidos en la pupila del hombre rojo, que supo tanto, hace tantos miles de años, y ahora parece que se ha olvidado de todo. Se parece su alma al viejo cenote maya, de aguas verdes, profundas, inmóviles, en el centro del bosque, desde hace tantos siglos que ya ni su leyenda perdura.» (José Vasconcelos, La raza cósmica)

Gouffre, résurgence d’eau que l’on trouve au Mexique et dans d’autres parties d’Amérique, généralement en profondeur au centre d’une caverne. Ces gouffres sont très communs au Yucatan où ils constituent les uniques réservoirs d’eau naturels caractéristiques de certaines régions arides.

Cocinas (m. pl). Tribus guajiras y salvajes, compuestas por salteadores y ladrones, que aun hoy habitan en parte de la Península de Guajira, en territorio de Venezuela y Colombia. «Estos Cocinas no son ni más ni menos que una horda de salteadores que han sido expulsados de sus parcialidades por pendencieros, asesinos y ladrones, y obligados, por tal razón, al pillaje para ganar la vida. En su propia defensa, y para tener mejor éxito en sus correrías de bandidos, se reúnen en grupos más o menos numerosos con jefes reconocidos, y así se hallan en la aptitud de llevear a cabo sus expediciones merodeadoras.» (Jahn)

Tribus d’Indiens guajiros sauvages composées de bandits et de voleurs, qui vivent encore de nos jours dans la péninsule de Guajira, sur les territoires du Venezuela et de la Colombie. « Ces Cocinas ne sont ni plus ni moins qu’une horde de bandits de grand chemin, expulsés de leurs communautés d’origine pour être des fauteurs de trouble, des assassins et des voleurs, et contraints de ce fait à recourir au pillage pour gagner leur vie. En vue de leur propre défence, et pour s’assurer le succès, ils se rassemblent en bandes plus ou moins nombreuses sous l’autorité de chefs reconnus, et sont ainsi organisés de façon à réussir leurs expéditions. » (Jahn)

Cochimí (s). Individuo perteneciente a la tribu de los Cochimíes o Cochimís, indios que habitaban a orillas del mar, en la parte norte de la Baja California, en Méjico. 2 (m) Idioma de estos indios, que se habló y se habla aún poco en la parte norte de la Baja California. Es una lengua muy difícil, llena de aspiraciones y con algunos modos de pronunciarse que no se pueden explicar, según Clavijero. No se cuenta en él más que hasta cinco. Tiene gran diversidad de dialectos.

Individu appartenant à la tribu des Cochimis, Indiens qui habitaient la côte de la partie septentrionale de Basse-Californie. 2 Langue de ces Indiens, qui était parlée et l’est encore un peu dans le nord de la Basse-Californie. C’est une langue très difficile, pleine d’aspirations et de certaines façons de prononcer qui ne se peuvent expliquer, selon Clavijero. La numération ne va pas au-delà de cinq. Cette langue comprend une grande variété de dialectes.

Coicoy (m). En Chile, dase este nombre a un sapo pequeño que tiene en la espalda cuatro protuberancias que parecen tantos ojos. Llámasele así, por alusión al grito que le es propio y en el cual parece repetir la voz coy. 2* Ven. En la tradición popular, ave fantástica que habita en los despeñaderos de las sierras, lanza fuego por las fosas nasales y encanta a quien la mira.

Au Chili, nom donné à un crapaud de petite taille dont le dos présente quatre protubérances ressemblant à autant d’yeux. Ce crapaud est ainsi nommé en raison de son cri, par lequel il semble répéter le son coy. 2 Dans les traditions populaires du Venezuela, oiseau fabuleux vivant dans les falaises de la sierra, qui crache du feu par les fosses nasales et envoûte ceux qui le regardent.

Coras, Choras, Chotas o Nayaritas (m. pl). Indios cuyos orígenes son desconocidos, aunque se supone que vivían ya en la sierra del Nayarit, en tiempo de la peregrinación de los aztecas, defendiéndose de los cuales fabricaron unas trincheras de más de nueve kilómetros. En 1616 parece que se tuvo la primera noticia de que la sierra de Nayarit estaba habitada, pero pasarón más de cien años para que sus habitantes fueron reducidos por los españoles, pues lo abrupto de los montes les prestaba facilidades para defenderse.

Indiens dont les origines sont inconnues, bien que l’on suppose qu’ils vivaient déjà dans la sierra de Nayarit au temps de la pérégrination des Aztèques, desquels ils se défendirent en construisant des tranchées de plus de neuf kilomètres de long. Ce n’est pas avant 1616, semble-t-il, que l’on se rendit compte que la sierra de Nayarit était habitée, mais il s’écoula ensuite plus de cent années avant que ses habitants ne soient soumis par les Espagnols, car les montagnes escarpées prêtaient un précieux concours à leur défense.

Coyoteo (m). La operación rápida de venta o cambio, generalmente hecha en la calle. El ejercicio del coyoteo. Coyotaje (m), Coyotería (m) *. Acción de coyotear (de coyote en el sentido de una persona que se encarga oficiosamente de hacer trámites, especialmente para los emigrantes que no tienen los papeles en regla, mediante una remuneración). [Ver también coyotero para otra palabra plasmada sobre coyote.]

Opération rapide de vente ou de change, généralement conduite dans la rue. La pratique habituelle de cette opération. Coyotaje, Coyotería. Les pratiques du coyote (dans le sens d’une personne qui se charge de réaliser des formalités de manière officieuse, en particulier pour les migrants sans papiers, moyennant rémunération.

«La campaña política contra el bolchevismo, el desorden gubernamental, la coyotería semi-oficial, la institución oficial de la mordida, la centralización del abuso y la judería, se inició en forma espontánea y unió a hombres de distintos antecedentes ante el peligro de perder familia, libertad y Patria.» (Bernardino Mena Brito, Hablando claro: Mis trabajos por el Partido nacional de salvación pública, 1939)

Cuarecas (m. pl). Tribu de indios aztecas que moraban en Panamá. Guachimíes. Tribu de indios aztecas que vivía en Panamá. Pipelis o Pipiles. Indios aztecas que habitan en El Salvador, siendo su centro la ciudad Cuxcatlán. También hay pipiles en Guatemala, en otro tiempo poblaban la vertiente del Pacífico, desde Escuintla y el río Michitoya (en El Salvador) hasta el río Lampa (en Guatemala). [Veanse también Aztequismos: Pipil, el idioma]

Tribu d’Indiens aztèques vivant au Panama. Guachimíes. Même définition. Pipelis ou Pipiles. Indiens aztèques vivant au Salvador et ayant leur centre dans la ville de Cuxcatlan. Il y a également des Pipiles au Guatemala ; ils peuplaient naguère la côte Pacifique depuis Escuintla et le fleuve Michitoya (au Salvador) jusqu’au fleuve Lampa (au Guatemala).

Cuiles (m. pl). Trabajadores contratados procedentes de la India, muchos de los cuales se han establecido en la isla de Jamaica. En la República del Panamá llaman cuiles a los malayos que residen en ella. Cuiles en lengua indostánica significa jornaleros que se alquilan por día.

Travailleurs contractuels originaires de l’Inde, dont le plus grand nombre se sont établis en Jamaïque. En République du Panama, les gens donnent ce nom aux Malais qui résident dans le pays. En hindoustan, cuiles signifie journaliers.

Chaquistero (a). ‘Gorro chaquistero’, llaman en Teapa (Tabasco) el que usan las personas a la entrada de la noche, hora peculiar del insecto [chaquiste: insectillo crepuscular muy voraz, especie de mosco diminuto, cuya picadura produce peculiar irritación de la epidermis; parecido a un grano de chía, por su color negro y por ser sensiblemente esférico], para prevernise de éste.

« Bonnet chaquistero » est un nom donné dans la collectivité de Teapa (Tabasco) au bonnet dont s’affublent les habitants à la tombée de la nuit, quand se manifeste le chaquiste (un petit insecte très vorace, espèce de moucheron minuscule dont la piqûre produit une irritation sensible de l’épiderme et qui, noir et à peu près sphérique, ressemble à une graine de sauge (Salvia hispanica), pour se protéger de sa piqûre.

Charada (f). En Cuba, cierta lotería prohibida que celebran clandestinamente los chinos.

À Cuba, un certain jeu de hasard interdit que pratiquent clandestinement les Chinois.

Cheles o Chels (m. pl). Indios mayas que habitaron en Tihoo, cerca de Mérida, en Yucatán. 2 Nombre que se dan a los extranjeros, principalmente a los de raza sajona, en El Salvador. Chele (a). En la América Central, pelirrubio. En Méjico, se dice chelo, la.

Indiens mayas qui vivaient à Tihoo [Tiho], près de Mérida, dans le Yucatan. 2 Nom donné aux étrangers, et principalement à ceux de race saxonne, au Salvador. Chele. En Amérique centrale, blond. Au Mexique on dit chelo. [Chele ou chelo vient du maya chel, bleu, peut-être parce que les cheveux blonds sont assez souvent associés aux yeux bleus. L’étymologie du nom des Indiens mayas en question serait différente – et l’on ne comprendrait pas pourquoi, en effet, il convenait de donner aux Saxons blonds le même nom qu’une tribu d’Indiens, à moins que cela ne soit une référence à des Indiens blancs, ce que je ne tiens pas pour acquis dans le cas présent. Sur cette notion d’Indiens blancs, et leur possible existence, voir mon essai.]

Chicalí, Chicalé (m). Pájaro notable por los brillantes y ricos matices de su plumaje, que se encuentra en los bosques de Panamá.

Oiseau remarquable par les brillantes couleurs de son plumage et vivant dans les forêts du Panama. [Il est de la même famille que le quetzal, et on peut espérer qu’il ne soit pas aussi menacé de disparition que son cousin plus connu.]

Chichiliano (a). (del azt. chichiltic, cosa colorada) ‘güero chichiliano’, que tiene el pelo rubio y el cutis rojo.

« Blond chichiliano » (du mot aztèque désignant une chose rouge), qui a les cheveux blonds et le teint rubicond.

Chinacate (m). En Méjico, gallo o pollo sin plumas. 2 Hombre del pueblo bajo, lépero, pelado; individuo de la chinaca. 3 En el noroeste del país (Sinaloa), murciélago.

Au Mexique, coq ou poule déplumée. 2 Homme du bas peuple, miséreux, sordide. 3 Dans le nord du pays (à Sinaloa), chauve-souris.

Chismuyo (m). (Crotophaga sulcirrostris) En Salvador, el ave más conocida por judío, o congénere muy próxima.

Au Salvador, l’oiseau plus connu sous le nom de juif, ou une espèce voisine.

Chismuyo

Chitra (f). En Centro América, insecto volador que abunda en los bosques de los lugares húmedos y vive en grandes colonias que infestan el aire.

En Amérique centrale, insecte ailé qui abonde dans les forêts humides et vit en grandes colonies infestant l’air.

Chueiquehuecú (m). En Chile, cierto animal del agua, fabuloso, que tiene forma de cuero.

Au Chili, un certain animal légendaire vivant dans les eaux et ayant forme de… cuir. [Parmi les définitions obscures de Santamaria, celle-ci remporte le gros lot. Je ne vois pas quelle représentation on peut se faire d’un animal ayant forme de cuir (ou de peau d’animal), vu que la forme du cuir dépend entièrement de la bête où il a été pris ou de la façon dont il a été taillé, et que le concept de cuir ou de peau ne comprend en lui-même aucune notion de forme en particulier. Il pourrait donc s’agir d’un emploi plus rare du mot cuero, comme fouet –soit un animal en forme de fouet–, ou encore d’une faute typographique, par exemple pour cuerno –un animal en forme de corne. En réalité, l’étymologie du mot comprend bien « cuir » (en mapuche) et Santamaria s’en est servi pour écrire sa définition, alors que les autres glossaires que j’ai consultés, dont l’un m’a fourni une étymologie (partielle), se gardent de décrire la forme de cet animal et se contentent d’ajouter qu’il attaque les personnes qui se baignent.]

Chulquero, ra (a). En Ecuador, usurero, judío, logrero.

En Équateur, usurier, juif, profiteur.

Chuva (f). (Ateles marginatus) En el Perú, mono platirrino, propio de la América Meridional, que los cristianos (cuenta Oviedo) llamaron mandruga por parecerse a los negros africanos de esta nacionalidad. Llámase también tarapoto. (De mandruga tal vez proceda chuva.)

Nom péruvien d’un singe platyrrhinien propre à l’Amérique méridionale, que les Chrétiens, selon Oviedo, appelèrent mandruga en raison de sa ressemblance avec les Africains de cette ethnie. On l’appelle aussi tarapoto. [Je ne trouve le nom de cette ethnie africaine attesté nulle part.]

Desentongar (tr). En Colombia, combatir los efectos de la tonga [nombre vulgar que se da al estramonio, llamado también borrachera, o borrachero, o guamuco], planta que produce sueño hipnótico.

En Colombie, combattre les effets de la tonga [nom vulgaire de la stramoine, ou datura officinal], plante qui produit un sommeil hypnotique.

Dúrmili-dúrmili (m). En el norte argentino (Salta), capullo plateado de una mariposa del género de los bombicidos. 2 Pájaro tonto.

Dans le nord de l’Argentine (Salta), cocon argenté d’un papillon du genre des Bombycides. 2 « Oiseau stupide », le dronte ou dodo (?).

Ezyoa * (tr). (azt.) ‘Cubrir de sangre’. Los sacerdotes se embarran el rostro con la sangre de los sacrificados. En algunos rituales se vierte sangre en las imágenes de los dioses. (A. Fernández)

« Couvrir de sang ». Les prêtres aztèques se badigeonnaient le visage avec le sang des victimes sacrifiées. Lors de certains rites, on versait également le sang sur les images des dieux.

Gemassis (m. pl). Antiguos pobladores de la Georgia y de la Florida, que desde el siglo XVI se cruzaron con los negros fugitivos y con los desertores españoles, ingleses y escoceses.

Anciens habitants de la Géorgie et de la Floride, qui se sont mêlés depuis le seizième siècle avec les esclaves noirs en fuite et les déserteurs espagnols, anglais et écossais.

Guayaquil (a). Épiteto para llamar el cacao, muy afamado, de esa región [Guayaquil, Estado y ciudad del Ecuador].

Épithète servant à désigner le cacao renommé de la région de Guayaquil, en Équateur.

Güecuvu (m). Genio del mal, en la mitología mapuche, que los indios invocan en sus libaciones, junto con las almas de sus antepasados, y al cual atribuyen hechicerías diversas.

Génie du mal dans la mythologie mapuche, que les Indiens, lors de leurs libations, invoquent avec les âmes de leurs ancêtres et auquel ils attribuent divers pouvoirs surnaturels.

Hermano (m). En Costa Rica, aparecido, fantasma, espectro, alma en pena.

« Frère », au Costa Rica, apparition, fantôme, spectre, âme en peine.

Itacayo * (m). Guat. Enano fantástico de los ríos. [Parecido al jigüe, güije; veanse Americanismos I.]

Nain légendaire des fleuves, au Guatemala. [Cela ressemble au jigüe ou güije d’Americanismos I.]

Jichi (m). En Bolivia, un caracol. 2 En la mitología indígena, el animal rey de la laguna, que la sustenta con su presencia.

Un escargot, en Bolivie. 2 Dans la mythologie indigène, l’animal roi des lagunes, qui maintient celles-ci par sa présence. [Quand il quitte un point d’eau, celui-ci s’assèche.]

Luisón, Lobisón, Lobizón * (m). Argent. Urug. Fantasma en forma de persona que, al caer la noche, se convierte en animal.

Fantôme ayant l’apparence d’une personne et qui se transforme en animal à la tombée de la nuit. [Le mot est tiré du portugais lobisomem, qui n’est autre qu’un loup-garou. En espagnol, il sert à désigner une certaine créature des légendes tupi-guaranies dont le nom original est yaguá bicho.]

Lutona * (f). Ecuad. Fantasma en forma de mujer.

Fantôme ayant l’apparence d’une femme, en Équateur.

Maleno * (m). Muñeco tosco.

«Los brujos de las luciérnagas, después de aplicarle el fuego frío de la desesperación, lo redujeron al tamaño de un muñeco y lo multiplicaron en forma de juguete de casa pobre, de maleno de palo tallado a filo de machete.» (Miguel Ángel Asturias, Hombres de maíz)

Poupée rudimentaire.

Mandinga (m). (Voz afr). El Diablo. 2 En Cuba y el Perú dícese de los negros en general. Lo mismo en la costa del Golfo, en Méjico.

(Mot africain) Le Diable. 2 Au Cuba et au Pérou se dit des Noirs en général. Même signification sur la côte du golfe de Californie, au Mexique.

Mañahua (f). (Voz mapuche) Casco de cuero con adorno de plumas, o hechos de cabezas enteras de animales, que llevaban los indios chilenos como adorno, en la cabeza.

(Mot mapuche) Casque de cuir paré de plumes, ou bien fait d’une tête d’animal entière, que portaient comme ornement les Indiens du Chili.

Mohán (m). En Colombia, hechicero, brujo. ‘Parecer uno un mohán’, tener el cabello largo y desgreñado. Mohanes (m. pl). Indios hechiceros y magos que residían a principios del siglo XVII en la selva de la gobernación de Quito. Como sacerdotes curanderos que servían de intermediarios entre los ches, o divinidades superiores, y los indios, han existido en diversas tribus aborígenes de Sur América, con tal nombre y el de piaches, por ejemplo, entre los descendientes de la raza timote, en Venezuela.

En Colombie, sorcier, magicien. « Ressembler à un mohán », avoir les cheveux longs et mal peignés. Mohanes. Indiens magiciens qui habitaient au début du dix-septième siècle dans les forêts de la province de Quito. Ils remplissaient, sous ce nom et sous celui de piaches, des fonctions de prêtres guérisseurs, intermédiaires entre les ches, ou divinités supérieures, et les Indiens pour plusieurs tribus d’Amérique du Sud telles que les descendants de la race timote, au Venezuela.

Motepulizo * (m). (azt.) ‘Sangramiento del miembro viril’, autosacrificio que hacen los dioses, imitando a Quetzalcoatl, para dar vida a los huesos de las generaciones antepasadas y crear a la quinta humanidad. Los hombres lo efectúan en honor de los dioses. (A. Fernández)

« La saignée du membre viril », auto-sacrifice que pratiquent les dieux, en imitation de Quetzalcoatl, pour rendre vie aux ossements des générations passées [en versant leur sang dessus] et créer ainsi la cinquième humanité [actuelle]. Les hommes la pratiquent également, en l’honneur des dieux.

Ñandutí (m). (Del guaraní ñandutí, araña blanca) Tejido que imita el de cierta araña, primitivamente trabajado con cierto primor por las mujeres paraguayas, y hoy generalizado en la América del Sur para toda clase de ropa blanca.

(Du guarani, araignée blanche) Tissu imitant la toile d’une certaine araignée, à l’origine produit non sans art par les femmes paraguayennes et aujourd’hui généralisé dans l’ensemble de l’Amérique du Sud pour toutes sortes de linge blanc.

Pantitlan * (m). Rezumidero de la laguna de Tenochtitlan, en cuyo ojo de agua son arrojados los albinos y otros niños con estigmas como los que nacen con dos cabezas o tienen graves deformaciones. También se arrojan ofrendas de papel, hule y piedras preciosas. En una canoa sagrada, suelen traer varios de los corazones de los inmolados en honor de Huitzilopochtli.

Canal souterrain de la lagune de Tenochtitlan, dans le gouffre duquel étaient jetés les albinos et autres enfants stigmatisés, comme ceux nés siamois ou présentant d’autres graves déformations. On y jetait également des offrandes de papier, caoutchouc et pierres précieuses. Les cœurs de certaines victimes sacrifiées y étaient portés dans une embarcation sacrée, en l’honneur de Huitzilopochtli.

Parisa (f). Colorante rojo carmesí que los indios de diversas tribus de Sur América, los guajiros, entre otros, usan para embarrarse el rostro; extráese de las hojas del paná, tal vez la misma chirca.

Colorant rouge cramoisi que les Indiens de diverses tribus d’Amérique du Sud, dont les Guajiros, utilisent pour se badigeonner le visage. Ils l’extraient des feuilles du paná, qui est peut-être la même chose que la chirca (Eupatorium).

Peje judío (m). El manatí o manatín, o manato. Peje buey. Nombre popular que se da al manatí, tambien peje judío, aunque no es pez, sino cetáceo.

« Poisson-juif », le lamantin. « Poisson-bœuf », nom populaire du lamantin, bien que ce ne soit pas un poisson mais un cétacé.

Manatí

Piache (m). (Voz caribe) En la mitología de los antiguos caribes, en Venezuela, sacerdote que era, a elección, brujo, hechicero o herbolario. Ha entrado en el habla vulgar con la equivalencia de curandero.

Dans les mythes des anciens Indiens caraïbes, au Venezuela, prêtre qui était, au choix, sorcier, magicien, botaniste. Le mot est entré dans le langage courant avec le sens de guérisseur.

Picuntregua (m). (Del arauc. picun, el norte, y thehua, perro) Nombre vulgar que en Chiloé se da a cierta clase peculiar de perro, nativo del archipiélago. [Para otros perros nativos de América, veanse Abora y Chulo]

Nom vulgaire que l’on donne à Chiloé à une certaine espéce de chien natif de l’archipel.

Pichiciego, Piciciego, Pipiciego (m). (Clamidoforus truncatus) Curioso tatucito de Argentina y Chile, de cuerpo que no alcanza quince centímetros de largo, cola de uno tres y de altura cinco.

Curieux petit tatou d’Argentine et du Chili dont le corps n’atteint pas les quinze centimètres de long, dont la queue mesure trois centimètres et dont la hauteur est de cinq centimètres.

Piquichón, na (a). (Del quichua piqui, nigua) En Perú, niguatejo, niguatero, nigüento; que está cargado de niguas y cojea por lo mismo. Dícese principalmente de los negros y los chinos, a quienes más ataca el Pulex. 2 Por extensión, cojitranco, o que anda en tal forma como si tuviese niguas en los pies. Jarretera (f). Vulgarmente, en Colombia, ulceración que forman las niguas en los jarretes o talones de las personas desaseadas.

[A propósito de aquella enfermedad encontramos lo siguiente en Oviedo] «me ocurre una plaga que hay en la Española y esotras islas que están pobladas de cristianos, la cual ya no es tan ordinaria como fue en los principios que aquellas islas se conquistaron; y es que a los hombres se les hace en los pies, entre cuero y carne, por industria de una pulga o cosa mucha menor que la más pequeña pulga, que allí se entra, una bolsilla tan grande como un garbanzo, y se hinche de liendres, que es la labor que aquella cosa hace: y cuando no se saca con tiempo labra de manera y auméntase aquella generación de niguas (porque así se llama, nigua, este animalico), de forma que se pierden los hombres, de tullidos, y quedan mancos de los pies para siempre, que no es provecho de ellos.» (Gonzalo Fernández de Oviedo, Sumario de la historia natural de las Indias)

Qui est mangé par les niguas (Pulex, puces de l’homme) et boite en conséquence. Se dit principalement des Noirs et des Chinois, qui sont ceux que le Pulex attaque le plus souvent. 2 Par extension, boiteux, personne qui marche comme si elle avait les pieds mangés par les niguas. Jarretera. « Jarretière », nom populaire donné en Colombie aux ulcères produits par les niguas dans les jarrets ou les pieds des personnes sans hygiène.

Pitiyanqui (s). En Puerto Rico, imitador servil y bajo de los yanquis.

À Porto Rico, imitateur bas et servile des Yanquis. [Il me semble que le terme est construit sur le modèle de petit bourgois, dont on sait qu’il a donné en anglais petty bourgeois. Je ne sais pas si petty yankee ou pitiburgués existe mais ce pitiyanqui est sans doute un petit yanqui.]

Pombero * (m). Argent. y Par. Especie de duende protector de los pájaros.

«A ellos [los antiguos garaníes] se les atribuye la superstición del ‘pombero’, un diablo que aparece donde menos se espera como verían aparecen en sus infiltraciones los payaguaes.» (Ernesto Giménez Caballero, Revelación del Paraguay, 1958) «Hoy no se puede uno acercar a la poesía paraguaya –o a su novela o a su música– sin sentir la latencia de una mítica aborigen: el todopoderoso Tupá, Yasy, la luna, Yasi Yatere, el fauno en la siesta, la triste Urutau, la bruja Caayarii, Tamandaré, el profeta, el erótico Curupi, Luisón, el fantasma de la noche y de la muerte, el temible Pombero. Y cristianizados los misterios de Pai Zumé, de Ypacaray, de Caacupé, de San Blique, de Quiritó y Curuzá…» (Ibid.)

Espèce de génie protecteur des oiseaux (Argentine et Paraguay). [Comme pour Luisón/Lobizón, ce nom semble venir du portugais/brésilien ; le nom tupi-guarani est Pyragué.]

Potoscudo, da (a). (Tal vez de botocudo, por la condición de las nalgas salientes de las indias de esta tribu brasileña) En Tabasco, de carnes bastas. Aplícase principalmente a la mujer caderuda o nalgona.

(Vient peut-être de botocudo, en raison des fesses saillantes des femmes de cette tribu brésilienne) À Tabasco, bien en chair. S’applique principalement à la femme aux hanches larges ou aux fesses saillantes. [L’étymologie suspectée par Santamaria semble indiquer que la stéatopygie n’est pas limitée aux races noires. Il faut d’ailleurs faire remarquer que, parmi ces dernières, elle ne se limite pas non plus aux femmes Bochiman ; selon Cheikh Anta Diop, c’est un trait plus ou moins commun à toutes les femmes noires. Si la stéatopygie est avérée chez les femmes Botocudo, c’est peut-être le résultat d’un croisement ancien avec des gens de race négroïde ; voir mon essai sur la possibilité d’une présence ancienne de races noires en Amérique.]

Pruloncon (m). (Voz arauc.) En Chile, baile o ceremonia en que los indios araucanos colgaban una o varias cabezas de enemigos vencidos o las colocaban en la punta de sus lanzas.

Au Chili, dance ou cérémonie au cours de laquelle les Indiens araucans suspendaient une ou plusieurs têtes d’ennemis vaincus ou les fichaient à l’extrémité de leurs lances.

Pusana (f). En Venezuela, yerba del Orinoco, a la cual los indios atribuyen mágicas propiedades para atraer amantes. 2 Brebaje afrodisíaco preparado por los indios con esa planta.

«Maleficios del Camajay-Minare –siniestra divinidad de la selva orinoqueña–, el diabólico poder que reside en las pupilas de los dañeros y las terribles virtudes de las yerbas y raíces con que las indias confeccionan la pusana para inflamar la lujuria y aniquilar la voluntad de los hombres renuentes a sus caricias, apasiónanla de tal manera que no vive sino para apoderarse de los secretos que se relacionan con el hechizamiento del varón.» (Rómulo Gallegos, Doña Bárbara)

Au Venezuela, herbe de l’Orénoque à laquelle les Indiens attribuent la propriété magique d’attirer des amants aux femmes. 2 Breuvage aphrodisiaque préparé par les Indiens avec cette plante.

Quirqui * (m). Bol. Guitarrillo de los indígenas.

Petite guitare des Indiens, en Bolivie.

Sangraco * (m). Indio curandero que practica la sangría.

Indien guérisseur pratiquant la saignée.

Tamazul (m). (Del azt. tamazulin) Entre les costeños, en Méjico, sapo de gran tamaño.

Parmi les habitants de la côte, au Mexique, crapaud de grande taille.

Taya (f). (Voz quichua) En el Perú, amuleto de cazadores y pescadores.

Au Pérou, amulette des chasseurs et des pêcheurs.

Tecotín (m). (Del azt.) Palabra usada por los aztecas para expresar una danza sagrada que hacían en sus templos.

Nom dont se servaient les Aztèques pour désigner une danse sacrée qu’ils effectuaient dans leurs temples.

Tlacatlaolli * (m). ‘Hombre maíz’, vianda sagrada consistente en la carne humana de un sacrificado, cocinada con maíz. El cuerpo del inmolado se devuelve a sus familiares o gobernantes para que al consumir su carne, se nutran de su espíritu. (A. Fernández)

« Homme-maïs », mets sacré consistant en la chair humaine d’un sacrifié cuisinée avec du maïs. Le corps de la victime immolée est rendu à ses proches ou à ses maîtres pour qu’en en consommant la chair ils se nourrissent de son esprit.

Tolteca (s). Una de las tribus indígenas de Méjico, que tuvo civilización propia y fundó un imperio importantísimo en ese suelo. (…) El Sr. Chavero no acepta la versión de Veytia, tomada de Ixtlilxóchitl, y acepta la de los Anales de Cuautitlán, conforme a la cual Tollan [Tula] habría sido fundada en 674 [y no en 713, según Veytia], y los reyes habrían reinado en el orden siguiente: Mixcoamazatzin, de 700 a 765; Huetzin y luego Totepeuh, hasta 887; Ilhuitimaitl hasta 925; Topiltzin Quetzalcoatl hasta 947; Matlacxoxitl hasta 978; Nauyotzin hasta 997; Matlacoatzin hasta 1025; Tlicoatzin hasta 1046; Huemac hasta 1048; Quetzalcoatl II hasta 1116. (…) Algunos creen que los toltecas tuvieron contacto con la raza blanca, y que un obispo cristiano les enseñó el culto de la cruz y algunas de las tradiciones de esta religión, como la del diluvio y la del paraíso terrenal. Otros niegan rotundamente esa afirmación.

Toltèque : une des tribus indigènes du Mexique, qui possédait sa propre civilisation et bâtit un très important empire dans la région. … M. Chavero n’accepte pas la version de Veytia, reçue d’Ixtlilxochitl, et fait sienne celle des Annales de Cuautitlan, selon laquelle Tula, capitale des Toltèques, aurait été fondée en 674 [et non en 713, selon Veytia] et les rois toltèques auraient régné dans l’ordre suivant : Mixcoamazatzin, de 700 à 765 ; Huetzin puis Totepeuh, jusqu’en 887 ; Ilhuitimaitl jusqu’en 925 ; Topiltzin Quetzalcoatl jusqu’en 947 ; Matlacxoxitl jusqu’en 978 ; Nauyotzin jusqu’en 997 ; Matlacoatzin jusqu’en 1025 ; Tlicoatzin jusqu’en 1046 ; Huemac jusqu’en 1048 ; Quetzalcoatl II jusqu’en 1116. … Certains croient que les Toltèques entrèrent en contact avec la race blanche et qu’un évêque chrétien leur enseigna le culte de la Croix et plusieurs traditions de cette religion, comme celles du Déluge et du Paradis terrestre. D’autres le nient catégoriquement. [L’un des premiers, sinon le premier, à avoir formulé ces hypothèses n’est autre que le père Bartolomé de Las Casas, le défenseur des Indiens. Sur cette question, lire mon essai – y compris le Commentaire ajouté tout en bas concernant entre autres Las Casas.]

Urrabá (Voz car.) Nombre con que se designant en el istmo de Panamá, los restos de alfarería, cerámica o escultura de las antiguas tribus aborigenes, vasijas, ídolos, figurillas distintas de barro, de piedra o de metal, etc., que se encuentren por lo común en las guacas.

Nom par lequel on désigne, dans l’isthme de Panama, les vestiges de poterie, de céramique ou de sculpture des anciennes tribus indigènes, vases, idoles, figurines d’argile, de pierre ou de métal, etc, qui sont le plus souvent trouvées dans les guacas (sépultures).

Vajear, Bajear (tr). Acción que se atribuye a ciertos reptiles de adormecer a la víctima arrojándole encima el vaho o aliento. 2 Perturbar a alguien por malas artes; o simplemente ganarse su voluntad, por arte de lisonja.

«Ahora lo vajeo hasta que descubra dónde tiene escondidas las plumas, y una vez que estén en mis manos las pruebas suficientes, lo amarro codo a codo y se le entrego al doctor Luzardo, para que haga con él lo que le dé la gana.» (Rómulo Gallegos, Doña Bárbara)

Faculté attribuée à certains reptiles d’hypnotiser leurs proies en projetant sur elles leur souffle ou haleine. 2 Jeter un sort à quelqu’un, ou bien simplement gagner sa volonté par la flatterie.

Yerepomonga (f). (Voz guar.) Serpiente del Brasil que vive inmóvil en el fondo del agua, y de ella dicen que el animal que la toca se queda pegado a su cuerpo y así arrastra con él.

Serpent du Brésil vivant immobile au fond de l’eau, et dont on dit qu’il reste collé à l’animal le touchant, qui l’entraîne alors avec lui.

Yolof (f). Nombre que dan en Cuba a una mosco negra y venenosa.

Nom d’une mouche noire venimeuse, à Cuba. [D’après sa ressemblance à wolof, il est fort probable que ce nom soit d’origine africaine.]

Yori (m). (Voz yaqui) Usual y corriente en el lenguaje popular de Sinaloa y Sonora, en Méjico, por blanco, para designar a la persona de esta raza, por contraposición al indio, especialmente yaqui.

«Surgimiento del oro. Hace muchísimos años, en el tiempo que Dios pensaba qué poner en la tierra, creó un yori y un indio; frente a ellos puso dos montones, uno de arena y otro de instrumentos de trabajo: palas, talachos, machetes, etc. Al preguntar al indio cuál de los montones quería, él contestó: –Quiero los instrumentos, para poder trabajar. –¿No quieres la arena?– preguntó Dios. –No, si escojo la arena me muero de hambre– contestó el indio. Dios se fue y regresó una y otra vez, insistiendo con la misma pregunta y siempre encontró la misma respuesta: –Los instrumentos–. Hasta que se enojó y le dijo: –Piénsalo muy bien, ¿qué es lo que quieres? –Los instrumentos– contestó el indio. Así, Dios tomó la arena que el indio despreció y la desparramó en todo el mundo, pero sólo para los yoris, pues dejó los instrumentos para los indios. Dios pretendía que el indio eligiera el montón de arena, que era nada menos que oro, para que no sufriera como hoy en día trabajando de sol a sol con los instrumentos.» (Historias de los conca’ac, Conafe 2006) (Los conca’ac son los seris: véase esta palabra en Americanismos II)

Appellation courante, dans la langue populaire des États de Sinaloa et Sonora, au Mexique, des personnes de race blanche, par opposition aux Indiens, en particulier yaqui.

Yorjá (m). El espíritu malo, entre los guajiros de Venezuela.

L’esprit du mal, chez les Guajiros du Venezuela.

Zemí (m). Nombre de cierta divinidad, fetiche o espíritu de los primitivos indios antillanos. [Lo mismo que] Semi (m). En Cuba, divinidad inferior, mediadora con las superiores, entre los indios de la época precolombiana, en la cual encarnaban las fuerzas todas de la Naturaleza.

Nom de certaines divinités, fétiches ou esprits chez les anciens Indiens des Antilles. Même chose que Semi : à Cuba, divinité inférieure, médiatrice des divinités supérieures, chez les Indiens de l’époque précolombienne, qui incarnaient dans ces esprits toutes les forces de la nature.

Zumel (m). Bota de los indios chilenos y de los argentinos y gauchos, hecha de un pedazo de cuero de pierna de caballo o vacuno, que se moja y se deja secar en el pie, de modo que se amolda a su forma.

Botte des Indiens du Chili, des Argentins et des gauchos, faite d’une pièce de cuir de peau de cheval ou de vache que l’on trempe et laisse sécher sur le pied de façon qu’elle en prenne la forme.

31 mai 2017

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Para ver más Americanismos, veanse Index.

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