Tagged: mapuche

Abya Yala occulta : Le surnaturel amérindien

Abya Yala est le nom de l’Amérique dans la langue des Kunas du Panama, nom adopté en 1992 par les nations indigènes d’Amérique sur proposition du leader aymara Takir Mamani.

Le présent glossaire est une refonte en français de mes billets bilingues Aztequismos I-II et Americanismos I-V. Ces travaux ont été impulsés par le Diccionario general de americanismos de Francisco J. Santamaría (Editorial Pedro Robredo, Méjico, D. F., 1942, 3 volumes), un ouvrage qui, malgré quelques imprécisions, fait encore référence.

Les définitions de ce dictionnaire forment le cœur des entrées de mon glossaire mais ont été complétées par d’autres sources latino-américaines (en espagnol et portugais), sources papier mais aussi en ligne. Je me contente le plus souvent de reprendre ces définitions, de les traduire en les récrivant parfois en partie et en y ajoutant éventuellement quelques remarques. Je ne m’étendrai pas sur ce qui relève des emprunts et ce qui est de ma plume ; cela paraîtra sans doute clair au lecteur attentif et, sinon, je me permets de le renvoyer (via la table des matières de ce blog) aux billets dont celui-ci est une refonte.

La plupart des termes qui figurent ici sont « castillanisés », mais j’indique que la tendance est aujourd’hui à donner de ces termes une graphie non pas conforme à l’espagnol mais plutôt aux langues indigènes d’où ils sont tirés.

Quelques-unes de ces entrées ont une origine postérieure à la conquête espagnole et ne sont donc pas fondamentalement amérindiennes mais hybrides, produits de la colonisation et de la christianisation. Les notions directement empruntées à la culture européenne ont été écartées, ainsi que les notions spécifiquement afro-américaines (ces dernières faisant l’objet de mon billet Americanismos VI: Bantuismos, lequel n’épuise d’ailleurs pas le sujet puisqu’aux « bantouismes » il faut encore ajouter au moins les « yorubismes »).

Compte tenu des sources qui ont été les miennes et dont je viens d’indiquer la nature, le présent glossaire ne couvre en outre que très marginalement les ethnies indiennes d’Amérique du Nord, se concentrant sur celles d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud (Amérique latine).

Certaines entrées de la présente liste ne figurent dans aucun des billets précédents. Elles sont tirées de sources autres que le Santamaría.

Conformément à l’usage répandu à son époque, Santamaría employait des termes comme « sauvage » pour décrire les tribus amérindiennes qui demeuraient attachées à leur mode de vie séculaire, et je n’ai pas spécialement cherché à écarter de tels termes, ce dont je me suis déjà expliqué en traduisant un choix de poèmes de l’anthologie de poésie « primitive » (Antología de poesía primitiva) du grand poète Ernesto Cardenal, ami des Indiens.

.

*

.

Acaltetepon, Acaltetepo (m). (Mot aztèque. Nom scientifique : Heloderma horridum) Sorte d’iguane dont on dit qu’il lui pousse des ailes à un certain âge.

Achacalla (m). Au Pérou, être démoniaque qui habite dans les cimetières et épouvante les gens par son rire.

Achachilla (f). (Mot aymara) En Bolivie, oratoire primitif des Indiens aymaras, dont on trouve encore de nombreux restes sur l’altiplano du pays.

Achiqué (f). (Mot quechua) Sorcière, enchanteresse. Achiquinvieja (f). Dans les régions amazoniennes du Pérou, vieille sorcière d’aspect horrible, borgne et bossue, qui enlève les enfants et les enferme dans des cages avant de s’en repaître.

Achuma (f). (Mot quechua. Cereus lanatus [le nom scientifique donné par Santamaría, en cette occasion comme en d’autres, semble erroné, ce cactus étant selon les sources en ligne Echinopsis lageniformis (syn. Trichocereus bridgesii)] 1 Nom vulgaire péruvien d’une espèce de cactus et de son fruit, dont le jus possède des propriétés narcotiques et insensibilisantes. 2 On appelle également ainsi le breuvage préparé avec ce fruit, très utilisé par les Indiens dans leurs cérémonies rituelles. « Le jus, lorsqu’il est ingurgité, fait perdre conscience, de sorte que ceux qui en boivent sont comme morts, et l’on en a même vu mourir quelques-uns en raison de la grande frigidité qu’en reçoit le cerveau. Transportés par cette boisson, les Indiens rêvaient mille choses extravagantes, auxquelles ils croyaient comme si elles fussent la réalité. » (Cobo)

Ahuizote (m). 1 Au Mexique et en Amérique centrale, nom de la loutre, animal que les Aztèques supposaient si mauvais qu’il est resté un signe néfaste. C’est peut-être pour cette raison que s’appelait Ahuizotl le huitième roi de la dynastie aztèque, tristement célèbre pour ses cruautés. Il se signala en particulier par l’inauguration du grand temple de Mexico, au cours de laquelle l’histoire dit qu’il fit sacrifier quelque cinquante mille victimes humaines. 2 Sortilège, mauvais augure, sorcellerie.

Alicanto (m). Dans la région d’Atacama au Chili, grand oiseau à tête de cygne et au plumage doré, se nourrissant de métaux précieux, qu’il accumule à cette fin dans son antre. Ceux qui cherchent à le suivre pour trouver ses trésors se perdent sur des chemins inconnus et dangereux.

Alux (m). Dans l’imaginaire maya du sud-est du Mexique et de certaines localités du Bélize et du Guatemala, lutin qui enlève les enfants et le bétail et se livre à toutes sortes de diableries. Certains Mayas contemporains continuent de bâtir dans leurs champs une sorte d’autel dans une cabane qu’ils appellent kahtal alux, ou la maison de l’alux, afin de s’attirer les bonnes grâces de ce diablotin.

Amarú (m). (Du quechua) 1 Dans l’aire andine centrale et méridionale : serpent. 2 Dans la mythologie péruvienne, c’est un symbole sacré, figurant parmi les quatre Créateurs et Initiateurs des croyances indigènes. On le connaît également sous le nom de Tupac-Amaru.

Amyras (m. pl). Nom que prirent les Indiens Caraïbes au Pérou et qui signifie « adorateurs de serpents ».

Anaconda (m). Le plus grand serpent du monde (ou bien le second, après le python réticulé d’Asie). Selon certaines ethnies amazoniennes, il est l’origine de l’espèce humaine ; il occupe par conséquent une place particulière dans les rites chamanistiques de ces ethnies. Il est par exemple « le maître de l’ayahuasca » (voir ce mot), dans les chants rituels.

Añangá (m). (Mot guarani) Esprit ou génie qui, selon les Indiens du Brésil, protège les animaux, pouvant prendre la forme de n’importe lequel d’entre eux dans le but d’effrayer le chasseur ou le pêcheur. 2 Fantôme ou spectre d’une personne, d’un animal terrestre, marin ou aérien, dont l’apparition fait peser une malédiction sur celui à qui elle se montre. 3 Le diable.

Apu (m). Montagne tenue pour vivante, dans les Andes, depuis les époques préincaïques. On attribue à ces montagnes une influence directe sur les cycles vitaux de la région qu’elles dominent. Elles sont le plus souvent associées à une divinité tutélaire, ces divinités étant appelées huamani ou guamani.

Aquijiras ou Aquihirós (m. pl). Indiens, remarquables par leur petite taille, qui vivaient en périphérie de la province d’Espiritu Santo, au Brésil. Ayomanes (m. pl). Indiens de la grande famille betoye du Venezuela, qui habitaient le nord-ouest de ce pays. « Dans les notes de Federmann [Conquistador de nationalité allemande. L’exploration du Venezuela à l’époque de la Conquête se distingue par l’implication significative, et à titre principal, d’Allemands : Federmann, Dalfinger, les Welser (los Belzares)…], on notera l’insistance qui s’y trouve sur la taille de pygmées des Ayomanes ; il est même avancé qu’ils mesurent de quatre à cinq palmes, soit 90 à 115 centimètres. Cette étrange conformation étonna grandement les Européens, et bien que nous estimions quelque peu exagérés les propos du chroniqueur à ce sujet, il ne fait aucun doute que les individus de taille naine devaient être nombreux dans cette tribu. Arcaya rejette dans le domaine de l’imagination, propre à cette époque, l’affirmation de Federmann selon laquelle il existait alors des localités entières de cette tribu peuplées de pygmées, et considère que les cas de petite taille étaient exceptionnels. De nos jours, il n’est pas inhabituel de rencontrer quelques individus ayant véritablement une taille de nains, à Parupano, Moroturo et San Miguel, sur l’ancien territoire des Ayomanes, et nous en avons également vu à Arenales et El Cerrito, près de Quibor, qui furent autrefois le lieu de résidence des indiens Xaguas et Gayones. » (Jahn, Los Aborígenes del Occidente de Venezuela)

Ararás (m. pl). « Les Perroquets », tribus indigènes du Brésil aujourd’hui presque disparues. Ces Indiens habitent les plaines et les rives du Xingu inférieur. On leur a donné ce nom du fait qu’ils ont coutume de s’orner de plumes et à cet effet de se percer les cartilages des narines afin de les y introduire. – La pratique reste en vigueur en Amazonie.

Atlateca (a & s). Nom qui a été donné en ethnologie aux Aztèques, habitants de l’ancienne Atlatlan, que l’on suppose être dans l’Atlantide et qui fut le point de départ de l’immémoriale pérégrination nahoa. – Atlatlan est une forme castillanisée désuète, et le nom courant est aujourd’hui Aztlan. Le nom des habitants d’Aztlan, selon la même construction, serait donc Aztleca.

Axayacate (m). Sorte de mouche des lacs du Mexique, dont les œufs innombrables, qu’elle dépose à la surface des eaux parmi les joncs, forment d’épaisses galettes comestibles, que les pêcheurs vendent sur le marché de Mexico et dans les villages du plateau central. Les Aztèques pratiquaient avec les taches formées par ces agrégations d’œufs une forme de divination, considérant que les plaques répandues à la surface des eaux dessinaient le visage de la déesse du lieu, dont les interprètes pouvaient ainsi connaître l’état d’esprit et savoir si elle était satisfaite ou irritée.

Ayacuá (m). (Du guarani añaquá, diablito) En Argentine, diablotin que les Indiens supposaient armé d’un arc et de flèches, dont la blessure était selon eux la cause de leurs douleurs.

Ayahuasca (f). (Mot quechua. Banisteria metallicolor) 1 Plante sylvestre dont les racines contiennent un principe excitant. 2 Nom de la drogue préparée avec cette plante, plus forte que l’opium et que la morphine, et qui produit parmi les Indiens des hallucinations terribles. « Ils éprouvent la sensation de s’élever dans les airs et de commencer un voyage aérien. La personne sous l’effet de la drogue voit d’abord les images les plus délicieuses, conformément à ses idées et connaissances : les sauvages disent qu’ils voient des lacs enchanteurs, des bosquets couverts de fruits, des oiseaux de toute beauté qui leur communiquent ce qu’ils désirent savoir. Passé ce premier moment, ils commencent à voir des bêtes terribles qui s’apprêtent à les déchirer, leur vol s’arrête et ils tombent à terre pour combattre les bêtes, qui leur communiquent tous les malheurs qui les attendent. À ce moment, le sauvage, qui était jusque-là plongé dans un état de stupeur cataleptique, se lève pour s’emparer de ses armes et insulte ses meilleurs amis, qui le retiennent de force dans son hamac, jusqu’à ce qu’il s’endorme. » (M. Villavicencio) (Le même auteur cité par Santamaría raconte ensuite qu’il a expérimenté les effets de cette drogue sur lui-même et que ses hallucinations ont eu un déroulement exactement identique, bien que les images se fussent adaptées à ses propres représentations courantes.)

Ayamtai (m). (Mot shuar/jivaro) Cabane érigée dans le but exclusif d’y avoir des visions d’ayahuasca (voir l’entrée précédente). Le mot espagnol pour traduire ce terme est soñadero.

Babujal (m). À Cuba, 1 Esprit maléfique qui s’introduit dans le corps des gens pour en prendre possession. 2 Sorcier ; personne qui a passé un pacte avec le diable.

Bucoyas ou Biminis (m. pl). Habitants de l’île Bucoya, où, selon les Indiens, existait une fontaine qui rendait la jeunesse à celui qui buvait de son eau. – « L’île Bucoya » n’est plus un nom connu aujourd’hui ; les îles Bimini se trouvent dans les actuelles Bahamas.

Bucurú (m). (Mot bribri) En Amérique centrale, 1 Impureté de la femme qui vient d’accoucher et du nouveau-né, desquelles il faut se préserver par des rites. 2 Maléfice.

Butamacho (m). Voir imbunche.

Caapí (m). Plante aux longues lianes et aux fleurs roses, dont on extrait un certain alcaloïde. Les magiciens guaranis l’utilisent fréquemment dans un but curatif ainsi qu’au cours de séances spirituelles religieuses. – C’est le nom guarani de l’ayahuasca, un hallucinogène puissant : voir ce mot.

Caapora ou Caipora (m o f). Être fantastique des croyances tupies, dérivé du curupira (voir ce mot), et qui, selon les régions, est représenté sous l’aspect d’une femme unijambiste qui avance en sautillant ou bien comme un enfant à la tête énorme, un oiseau ou encore un génie agreste dont les pieds ont les talons devant et les doigts derrière, monté sur un cochon sauvage et protecteur de la faune et de la flore. Dans ces croyances populaires variées, il est toutefois toujours associé au mauvais sort et à la mort.

Caburé (m). Nom vernaculaire guarani d’une petite chouette de la grosseur du poing (Glaucidium nanum). Caburé-í (m). Il en existe une variété plus petite encore (Glaucidium minutissimum), qui donne son nom à une pratique magique par laquelle le magicien ou la magicienne prépare une petite bourse contenant des plumes de cet animal et ointe avec des particules de la cervelle de l’oiseau et du vermillon. Cette amulette est supposée apporter à son possesseur amour, succès dans les affaires, chance aux jeux de hasard, etc.

Cadejo (m). En Amérique centrale, animal surnaturel, le plus souvent un molosse, qui va par les rues la nuit à la chasse des personnes ivres.

Callaguaya (m). 1 Botaniste des Incas. 2 Sont ainsi nommés de nos jours les Indiens Aymaras qui sont de toutes les fêtes et foires et voyagent entre le Pérou, le Chili et la pampa de Buenos Aires en exerçant la médecine traditionnelle. Certains se consacrent également à la vente d’animaux, en particulier de mules non domestiques, qui cheminent avec facilité dans les Andes car on leur bouche les oreilles avec des chiffons de laine pour que, n’entendant plus aucun bruit, elles suivent leur chemin sans dévier.

Callana (f). Tache calleuse que l’on dit se trouver sur les fesses du métis d’Indien et de Noir. Pedurria (f). Au Honduras, tache bleuâtre que présentent les métis de Blanc et de Noir, dans la région de la colonne vertébrale, au niveau du coccyx. On l’appelle au Mexique le centavo (centime de peso), et c’est le signe indubitable que l’enfant n’est pas de pur sang blanc. Cua, Uah (m). (Mot maya) Au Yucatan, tache bleue que présentent au niveau du coccyx les enfants mulâtres, ou tous métis issus de croisements avec une personne de sang noir.

Cette tache bleue supposée indiquer, selon la croyance populaire des peuples hispano-américains à l’époque de Santamaría, ou du moins selon ce dernier, une origine métisse, et en particulier la présence de sang noir, est de toute évidence ce qu’on appelle la tache pigmentaire congénitale, dite encore tache mongolique. Indique-t-elle indubitablement une hérédité noire, ou amérindienne ? Si elle est rare chez les races leucodermes (très rare chez les plus dépigmentées : Nordiques 3/1000, moins rare chez les autres : France 3 %, Turquie 5,6 %, Portugal 16,6 %), elle doit son nom de tache mongolique au fait qu’elle est surtout associée aux races jaunes d’Asie (Chinois 98 %, Japonais 90 %), tandis qu’elle est présente à une fréquence variant de 50 % (Afrique équatoriale) à 75 % (région du Cap) chez les races noires, et de 17 % (Indiens d’Amazonie) à 85 % (Indiens du Pacifique) chez les races jaunes d’Amérique (Source : La Grande Encyclopédie de la nature, Lausanne, 1972).

Calullanas (m. pl) Dans la région de Lioja, sur le territoire de Quito, nom donné aux Indiennes qui exerçaient l’autorité et dirigeaient le gouvernement de leur province, dans lequel les hommes ne jouaient aucun rôle.

Camahueto (m). Animal fantastique à qui l’on attribue, au Chili, une beauté extraordinaire et des forces colossales. Selon les mythes des Indiens Chilotes (de l’île de Chiloé), il naît dans les fleuves, où il vit jusqu’à ce que, une fois parvenu à sa pleine maturité, il passe à la mer, emportant sur son passage troncs d’arbre et grandes mottes de terre.

Camayoa (m) : Esclave travesti des Indiens du Darien (Panama), à la fois partenaire passif de l’acte homosexuel et chargé de tâches féminines telles que le ménage et le tissage.

Cambevas (m. pl). Nom, signifiant « tête aplatie », par lequel les Portugais du Para désignaient les Tupis de Yapura et du Mapès, dans la vallée de l’Amazone, ceux-là même que les Péruviens appelaient Omaguas, et qui avaient pour coutume de presser entre deux planchettes de bois le front des nouveaux-nés pour lui donner, selon leurs propres dires, l’apparence de la pleine lune. Caraques. Indiens qui résidaient sur la côte du Pérou et en Équateur. Ils se déformaient le crâne de la manière suivante : « Une fois l’enfant né, ils lui abaissaient la tête, et la plaçaient ensuite entre deux planchettes liées de telle manière qu’à l’âge de quatre ou cinq ans elle était large ou longue et sans occiput. Ils disaient qu’ils la façonnaient  ainsi pour qu’ils soient plus sains et capables de fournir un plus grand travail. » (Cieza de Léon)

Camile (s) (De l’aymara kamire) Nom des rebouteux ambulants au Pérou, personnages typiques des campagnes.

Canacuate, Canaguate (m). Nom historique d’un énorme serpent pouvant atteindre dix mètres de long, au Mexique. – Cette définition ne manquera pas d’intéresser les cryptozoologues à la recherche des « bêtes ignorées ». Mais ce pourrait n’être que le nom nahuatl de l’anaconda.

Candileja (f). (La lanterne) Nom que le vulgaire colombien donne à une apparition fantastique ayant l’apparence d’une femme qui, avec une lanterne (un lampion) à la main, poursuit les voyageurs sur les chemins.

Canopa (m). (Mot quechua) En Amérique du Sud, idole de pierre ou de métal.

Capiango (m). En Argentine, sorte de lycanthrope : un homme-jaguar.

Caribes (m. pl). Indiens Caraïbes. « D’où provient cette race Caraïbe ? Son pays d’origine doit-il être recherché en Amérique du Nord ou dans la partie méridionale du continent, dans les Antilles ou au Honduras, dans le bassin du Mississippi ou dans ceux de l’Atrato, de l’Orénoque, de l’Amazone, du Parana ? Rien de concret n’a encore pu être établi sur cette si intéressante question anthropologique. Toutefois, les hypothèses basées sur le type physique et ethnologique de ces Indiens qui occupaient et occupent encore la partie orientale de l’Amérique, permettent de les considérer comme les Atlantes, ainsi qu’étaient nommés, chez les anciens Pélasges, les proches parents des Guanches des Canaries et des Berbères d’Afrique du Nord, une race détruite aux temps préhistoriques par la grande catastrophe géologique qui engloutit l’Atlantide de Platon dans le sein de la mer, catastrophe si grande que toutes les théogonies de l’ancien comme du nouveau monde ont gardé le souvenir de ce déluge ou inondation universelle, de même que les mythes de l’Inde et le poème du Ramayana, ainsi que les mythologies égyptienne et grecque. » (Dr. Salas, Los Indios Caribes)

Carite (m). Nom donné par les indiens Caraïbes au cadavre d’un enfant mort en bas âge, cuit dans la saumure et momifié. C’est une pratique encore en vigueur parmi certaines tribus sauvages du Venezuela. – Selon Oviedo, ce sont les caciques des Caraïbes qui faisaient l’objet d’une telle momification.

Cazahuate (m). (Du nahuatl cuauhitl, arbre, et zahuatl, gale) (Ipomoea murucoides) Arbre de plusieurs espèces, à la sève laiteuse, au sujet de laquelle il existe la crainte qu’elle cause l’imbécilité : il suffirait pour cela de boire à un cours d’eau sur la rive duquel pousse cet arbre. On considère également qu’elle est toxique pour le bétail. En quelques endroits, on l’utilise pour guérir les morsures venimeuses.

Cegua, Cigua (f). (Du nahuatl cihuatl, femme) Sorte de fantôme qui aurait, selon la croyance populaire, un corps de femme et une tête de cheval. Ruben Darío a chanté la cegua dans un de ses poèmes immortels.

Celaje (m). À Porto Rico, revenant, apparition d’une personne défunte. – Dans son sens le plus courant, ce terme sert à désigner des nuages colorés, par exemple des nuages rouges au crépuscule ou au matin, comme dans ces vers de Francisco Villaespesa ‘Sobre el espejo de la mar bruñido/ El sol disipa el matinal celaje…

Cencuate, Zincuate (m). (Pituophis deppei) Couleuvre que les chroniqueurs décrivent de diverses manières et dont le vulgaire croit qu’il suce le lait des femmes à la mamelle lorsqu’elles dorment.

Cenote (m). (Du maya tzonot) Gouffre, résurgence d’eau que l’on trouve au Mexique et dans d’autres parties d’Amérique, généralement en profondeur au centre d’une caverne. Ces gouffres sont très communs au Yucatan où ils constituent les uniques réservoirs d’eau naturels caractéristiques de certaines régions arides. – C’étaient pour les Mayas des lieux de communication avec le monde des dieux. Dans le Cénote sacré de Chichen Itza étaient pratiqués des sacrifices humains cataboliques. Xuche (m). (Mot maya) Nom que l’on donne au Yucatan à des canaux d’évacuation naturels dans la région montagneuse et dont on pense que proviennent les cénotes.

Chac Mool (m) : Sculpture caractéristique de l’art tant des Toltèques que des Mayas, représentant une figure humaine couchée, les jambes pliées et s’appuyant sur les coudes, portant un récipient sur le ventre. On interprète ces statues – sans certitude – soit comme liées à une forme d’intoxication ou d’ivresse rituelle soit comme un autel sacrificiel, le récipient de la statue servant à recueillir le cœur de la victime.

Chamico (m). (Du quechua chamincu. Datura stramonium). Plante solanacée aux propriétés narcotiques, anesthésiantes et vénéneuses, commune dans toute l’Amérique : Datura. On l’appelle au Mexique, entre autres noms, higuera infernal (figuier infernal), yerba del diablo (herbe du diable)… Enchamicar (v. tr). Donner à quelqu’un de la datura pour qu’il acquière le don de double vue et découvre des objets perdus ou des trésors cachés.

Chaneque (m). Au Mexique, entité de l’inframonde dont la fonction principale est de garder les forêts et les animaux sylvestres. Les chaneques peuvent prendre diverses apparences, parmi lesquelles celle d’un homme ou d’une femme de petite taille (lutin), et ils laissent des traces blanches.

Chichilama (f). Selon les traditions syncrétiques issues de la mythologie aztèque, Chichilama est une vieille chienne vivant dans les limbes, où demeurent les enfants morts sans baptême ; s’ils tètent à sa mamelle, ils vont en enfer.

Chiro (m). En Équateur, être fantastique habitant les forêts, dans les provinces azuayas. La même chose que chuzalongo (voir ce mot).

Chivato (m). Au Panama, fantôme représentant le démon et qui se manifeste sous la forme d’un chevreau aux yeux de flammes.

Chucao (m). (Mot mapuche. Pteroptochus rubecula) Au Chili, nom d’un petit oiseau considéré comme augure lors des voyages par la route. S’il chante à la droite du voyageur, celui-ci peut cheminer tranquille, mais s’il chante à sa gauche, il doit s’attendre à toutes sortes de problèmes.

Chueiquehuecú (m). Au Chili, certain animal légendaire vivant dans les eaux et ayant forme de… cuir. – Parmi les définitions obscures de Santamaría, celle-ci remporte le gros lot. Je ne vois pas quelle représentation on peut se faire d’un animal ayant forme de cuir (ou de peau d’animal), vu que la forme du cuir dépend entièrement de la bête où il a été pris ou de la façon dont il a été taillé, et que le concept de cuir ou de peau ne comprend en lui-même aucune notion de forme en particulier. En réalité, cet animal a l’apparence (plutôt que la forme) d’une peau de vache et s’enroule autour des baigneurs pour les entraîner par le fond. Également appelé cuero (cuir/peau), cuero de agua (cuir d’eau), manta (couverture) ou manta del diablo (couverture du diable).

Chuzalongo (m). (Mot quechua) Lutin lubrique et violeur d’aspect repoussant et au pénis énorme, qu’il est obligé de porter sur l’épaule pour ne pas en être embarrassé quand il marche. Selon d’autres récits, cet appendice disproportionné serait son cordon ombilical.

Cíbolas, Cíbolos, Zibolos o Zivolos (m. pl). Nom que l’on donnait aux habitants d’une cité, d’un pays ou royaume imaginaire appelé Cibola, que les Espagnols cherchèrent avec acharnement dans le nord du Mexique, sans jamais le trouver.

Ciguapa (f). Créature féminine, ressemblant à une femme indienne aux pieds à l’envers (le talon devant et les doigts derrière). Elle émet un cri semblable à celui de la perdrix. Elle sort la nuit, au bord des cours d’eau, et peut ensorceler les hommes.

« La ciguapa est un être étrange dont les pieds sont disposés de telle façon que l’on ne sait jamais dans quel sens elle marche. Elle ne sort que la nuit et, si elle vous rencontre, elle vous force à la suivre, et ne vous rend plus jamais la liberté. » (Gérard d’Houville, nom d’auteur de Marie de Heredia, Le séducteur, 1914)

Cingachuscas (m. pl). Indiens sauvages qui habitaient l’actuel département de Loreto, au Pérou. Leur nom signifie nez coupés, car on croit qu’ils se coupaient le nez pour rendre leur aspect plus horrible.

Cipe (m). (De l’aztèque) En Amérique centrale, lutin qui se nourrit de cendres (raison pour laquelle on l’appelle aussi ceniciento). Cette créature est rapportée à une légende précolombienne aztèque. Son avatar au Salvador, le Cipitío, a l’aspect d’un petit enfant vêtu de blanc et portant un grand chapeau.

Clamascozote (m). (De l’aztèque tlamascaqui, prêtre, y zotl, souillure de sang) Aztéquisme par lequel on désigne la plante « cheveux d’ange » (Calliandra grandiflora), parce que ses grands pistils rouges et embrouillés ressemblent peu ou prou à la chevelure couverte de sang des anciens prêtres aztèques.

Coapali, Cueipali (m). Nom que les habitants de certaines régions du Mexique telles que Teotihuacan donnent au jumeau né second, qu’ils croient posséder le mauvais œil.

Cocoyome (m). (Mot tarahumara) Nom vulgaire d’une variété de peyotl, qui représente chez les Indiens Tarahumaras une divinité mineure. (D’autres variétés de la même plante sont également divinisées.) Sumarique (m). Nom vulgaire d’une variété de peyotl, de la racine pilée de laquelle les Tarahumaras extraient un liquide mousseux que les chamanes prennent en petites doses pour entrer en communication avec les dieux grâce aux hallucinations dont ils sont saisis.

Coicoy (m). Au Venezuela, oiseau fabuleux vivant dans les falaises de la sierra, qui crache du feu par les fosses nasales et envoûte ceux qui le regardent.

Cojoba (f). (Deu Caraïbe cohoba, ou de cohiba, tabac) Sorte de tabac à priser d’effet narcotique que les Indiens des Antilles préparaient à partir des graines d’une certaine plante légumineuse (Piptadenia peregrina) du même nom, ou bien encore appelée bois de fer, très semblable au teck d’Amérique. Ils l’utilisaient en particulier lors de leurs cérémonies religieuses. 2 Cérémonie au cours de laquelle les Indiens des Antilles consommaient le tabac à priser de ce nom.

Colocolo (m). Monstre fantastique que le vulgaire, au Chili, croit avoir la forme d’un lézard ou d’un poisson et qu’il suppose provenir de l’œuf dégénéré de la poule.

Copal (m). (du nahuatl copali) Résine produite par divers arbres et que les anciens Mexicains utilisaient comme encens dans leurs temples.

Coras, Choras, Chotas ou Nayaritas (m. pl). Indiens dont les origines sont inconnues, bien que l’on suppose qu’ils vivaient déjà dans la sierra de Nayarit au temps de la pérégrination des Aztèques, desquels ils se défendirent en construisant des tranchées de plus de neuf kilomètres de long. Ce n’est pas avant 1616, semble-t-il, que l’on se rendit compte que la sierra de Nayarit était habitée, mais il s’écoula plus de cent années encore avant que ses habitants soient soumis par les Espagnols, car les montagnes escarpées prêtaient un précieux concours à leur défense.

Corequenque (m). (Phalcobœnus megalopterus) Oiseau sacré des Incas, dont les plumes splendides servaient à l’ornement du diadème royal.

Cu (m). Lieu de culte des anciens Aztèques, généralement en forme de monticule ; il en existe de nombreux restes dans plusieurs parties du pays. Ku est un mot maya « aztéquisé ». Les kues mayas originels étaient destinés au culte, c’étaient des tumulus de forme pyramidale dressés sur la tombe des morts et au sommet desquels étaient établis des oratoires ; c’est pourquoi les Espagnols appelèrent cues les temples aztèques.

Cuñantensecuimas (f. pl). Dans la langue des Indiens Topayos, nom signifiant femmes sans époux que ces Indiens donnaient aux fameuses Amazones, femmes guerrières dont on croit qu’elles vivaient dans la région du bassin du Marañon.

Curundú (m). (Mot guarani) Amulette qui dévie les balles et les coups de lance, dans les rixes ou les fameux « duels créoles » des gauchos.

Curupa (f) ou Curupay (m). (Du guarani curupaib, árbol del hechizo, l’arbre du sortilège. Piptadenia sebil) Plante légumineuse, peu connue en Europe, que certains Indiens, et spécialement les Omaguas, utilisent pour produire une ivresse qui leur dure un jour entier et produit des rêves agréables. Son écorce est employée en tannerie. – Il semblerait que ce soit la même chose que le ñopo (voir ce mot), car le nom scientifique ici donné est synonyme de celui donné à ñopo.

Curupí (m). (Mot guarani) Génie des forêts. C’est un Indien corpulent de couleur rubiconde, qui a les doigts de pied à l’arrière et les talons devant. Quand le Curupi apparaissait aux Guaranis, ils devenaient fous, se jetaient dans une rivière ou dans des arbustes pleins d’épines pour se tuer.

Curupira ou Currupira (m). Créature fantastique habitant les forêts, considéré comme l’un des mythes les plus anciens du Brésil. Il est représenté comme un garçonnet de petite taille aux cheveux couleur de feu et les pieds talons devant et doigts derrière pour induire les chasseurs en erreur. Il est le protecteur des arbres et des animaux.

Cuyancúa (f). Au Salvador, animal de grande taille ayant une queue de serpent et la partie antérieure d’un cochon sauvage ou sanglier.

Desentongar (vt). Combattre les effets de la tonga, nom vulgaire de la stramoine, ou datura officinale, plante qui produit un sommeil hypnotique.

Eltún (m). (Mot mapuche) Cimetière indien, au Chili, ou encore tombeau, ou trésor caché dans la terre.

Embichar (vt). En Argentine, et particulièrement parmi les gauchos de la pampa, pratiquer la sorcellerie à l’aide de certains animaux ou bestioles, que le sorcier serait capable de faire entrer dans le ventre d’autrui.

Esapán (m). « Temple du sang », lieu où les prêtres aztèques pratiquaient l’auto-sacrifice en versant leur propre sang.

Ezyoa (vt). « Couvrir de sang » : Les prêtres aztèques se badigeonnaient le visage avec le sang des victimes sacrifiées. Lors de certains rites, on versait également le sang sur les images des dieux.

Frijolito (m). (Sophora secundiflora) (Littéralt. « petit haricot ») Dans le nord du Mexique, et principalement dans la province de Tejas, plante dont les graines contiennent un alcaloïde extrêmement vénéneux. Les Indiens prennent de ces graines réduites en poudre, en petites doses, afin de provoquer une sorte d’intoxication délirante, suivie d’un sommeil profond qui dure plusieurs jours.

Guaca, Huaca (f). 1 Sépulture des Incas et autres peuples indigènes d’Amérique du Sud. Le terme s’emploie également en Amérique centrale, où l’on a trouvé de ces tombes en abondance au Panama. 2 Trésor caché. 3 Ancien temple indigène. Guaco, Huaco (m). 1 Au Pérou, idole, généralement de terre, commune dans les guacas. 2 Par extension, tout objet trouvé dans une guaca. Guaquear, Huaquear (v. intr). Chercher des trésors, en fouillant les tombes préhispaniques.

Guacolote (m) (De cuahuitl, arbre, y colotl, scorpion, en allusion aux épines) (Caelsapinia crista) Roseau très épineux – d’où son nom – qui produit des amandes gris jaune très dures, utilisées par certains Indiens des Antilles comme amulette ou talisman.

Guará (m). Mot de la langue des Guajiros du Venezuela par lequel ces Indiens désignent leurs amulettes ou fétiches principaux, qui peuvent avoir des formes diverses, généralement très compliquées. « Le guará est un fétiche d’une grande valeur chez les Guajiros. Ceux qui en possèdent un sont considérés comme les plus puissants et les plus riches d’entre eux. (…) En ce qui concerne l’origine du guará, les Guajiros disent qu’ils en ignorent la provenance, que leurs actuels propriétaires les ont reçus de leurs parents, qui les avaient reçus des leurs, de sorte qu’ils sont la propriété d’une même famille depuis des temps immémoriaux. » (Jahn)

Güecuvu (m). Génie du mal dans la mythologie Mapuche, que les Indiens, lors de leurs libations, invoquent avec les âmes de leurs ancêtres et auquel ils attribuent divers pouvoirs surnaturels.

Guillatún, Nguillatún (m). Cérémonie des Indiens Araucans (Mapuches) pour accomplir des actions propitiatoires en vue de la pluie ou d’autres bienfaits.

Guirivillo (m). Voir Ñirivilo.

Hermano (m). « Frère », au Costa Rica, apparition, fantôme, spectre, âme en peine.

Iara (f). (Mot guarani) Iara ou « Mère des eaux », créature fantastique, espèce de sirène, mi-femme mi-poisson, qui vit dans les rivières et les lacs.

Ichuri (m). (Mot quechua) Nom de certains prêtres incas, confesseurs de ces Indiens.

Ijillo (m). (Del aztèque ihiyo ou ihio, souffle) Au Honduras, les personnes superstitieuses appellent ainsi une maladie dont ils croient atteintes les plantes que touche une personne venant d’être en contact avec un mourant.

Imbunche, Ibunche (m). (Du mapuche ivum, monstre) 1 Maléfice, sortilège, enchantement diabolique. 2 À Chiloé, le sorcier maître du sabbat. 3 Certain sorcier ou personnage comparable à un ogre, qui enlève les enfants pour les transformer en monstres. – La jambe droite de l’enfant est brisée et attachée à son dos, ce qui fait qu’il ne peut plus se mouvoir qu’en rampant sur l’autre genou et les deux mains, sa langue est rendue fourchue et l’application d’un onguent magique entraîne une extrême pilosité. L’imbunche est le monstre ainsi produit par le sorcier, qui s’en sert comme gardien de sa caverne. Un autre nom en est butamacho.

Itacayo (m). Au Guatemala, nain ou lutin des rivières, velu et lubrique, violeur de femmes. Également appelé sisimite.

Itoto (m). Les Indiens Caraïbes donnaient ce nom au cadavre momifié de leurs ennemis tués à la guerre.

Janase bequas (m. pl). Hommes titanesques du cap de Sainte-Marie, de Tierra Firme. (Totalement inconnus sous ce nom sur internet. Ils devaient se distinguer par une très grande taille. Santamaría ne met pas en doute leur existence, car, s’agissant de fantômes et autres gobelins, il ne manque jamais de préciser que ces êtres n’existent que dans la tête du « vulgaire ».)

Jarjacha (f). Démon des Andes, apparaissant sous une forme mi-homme mi-flamme, ou bien sous l’aspect d’un chien, et condamné à errer de par le monde pour avoir commis l’inceste.

Jichi (m). Dans les Andes, l’animal roi des lagunes, serpent gigantesque qui maintient celles-ci par sa présence. Quand il quitte un point d’eau, celui-ci s’assèche.

Jigüe, Güije (m). À Cuba, lutin « amoureux » (je suppose que cela fait allusion à la lubricité, un trait que l’on trouve chez d’autres farfadets, véritables satyres, du folklore amérindien mais aussi européen) et joueur, très brun, portant une longue chevelure, et qui, selon les croyances populaires, a sa résidence principale dans les eaux.

Lampalagua (f). 1 En Argentine, serpent de grande taille, le boa constrictor ou anaconda, également appelé ampalagua. 2 Au Chili, monstre fabuleux qui assèche les rivières et les fleuves en en buvant toute l’eau.

Llicta, Llipta, ou Llucta (f). (Du quechua lliptta) Pâte alcaline, composée de chaux et de cendre de quinoa, de pomme de terre, de cactus, de gomme de hediondilla, ou encore de maïs tendre, et que les Indiens Quechuas prennent en petits morceaux durs, comme excitant, mélangés à leurs bouchées de coca, pratique répandue depuis le Pérou jusqu’au nord de l’Argentine. Constitue en Bolivie un article de commerce ordinaire. Acullico, Acollico ou Acuyicua (m). Pâte à mâcher de feuilles de coca, avec ou sans llicta, que le mâcheur de coca (coquero), en Amérique du Sud, consomme pour tuer la faim et se donner des forces. Mambí (m). Sorte de pâte ou de substance savonneuse, couleur de cendre, que les Indiens mélangent à la coca pour la mâcher. Mita (f). En Bolivie, récolte de la feuille de coca. 2 Au Pérou, la seconde et les tailles suivantes de la coca. Poporo (m). (Mot caraïbe) Petit récipient dont les Indiens du Venezuela, du Pérou et de Bolivie se servent pour transporter la coca ou bien le hayo, feuilles de coca émiettées, mêlées de chaux et de cendre, à mâcher. On l’appelle également baparón au Venezuela. – La dimension rituelle de la coca est absente de ces définitions.

Luancura (f). (Du mapuche) Au Chili, nom donné à un bézoard qui se forme dans l’estomac du guanaco, un animal semblable au lama, et à laquelle les indigènes attribuent des vertus médicinales.

Luisón, Lobisón, Lobizón (m). Dans le Cône Sud, fantôme ayant l’apparence d’une personne et qui se transforme en animal à la tombée de la nuit. Le mot est tiré du portugais lobisomem, qui n’est autre qu’un loup-garou. En espagnol, il sert à désigner une certaine créature des légendes tupi-guaranies dont le nom original ne semble pas s’être transmis jusqu’à nous. – Dans cette croyance des Tupi-Guaranis, il s’agit du septième fils consécutif d’un même lit, qui se transforme régulièrement en chien ou en loup. Il réalise ses sorties nocturnes hebdomadaires le vendredi. Il n’est pas carnivore mais se nourrit de la fiente des poulaillers.

Lutona (f). Fantôme ayant l’apparence d’une femme vêtue de noir, en Équateur.

Macuñ, Macuñi (m). (Mot mapuche) 1 Au Chili, dans la province de Chiloé, espèce de poncho fait, selon la croyance populaire, de la peau arrachée à un mort, dont se couvrent les sorciers. Il se fabrique également avec la peau de certain poisson qui émet la nuit une lumière phosphorescente.

Mainumbi (m). (Mot guarani) Colibri. Les croyances populaires affirment que sa présence augure d’une bonne nouvelle ou d’une visite agréable.

Malqui (m). (Mot quechua) Nom donné, dans l’archéologie péruvienne, aux tumuli qui renfermaient les momies des Incas et qui avaient leurs prêtres et desservants particuliers, commis à leur garde.

Mamacuna (f). (Du quechua) Chez les Incas, femmes âgées, matrones honorables et de sang noble, sorte de vestales qui veillaient sur les Vierges du Soleil.

Mambeadero (m). En Amazonie, espace rituel de réunion où les Indiens prennent des décisions collectivement tout en faisant usage du mambe (poudre obtenue à partir des feuilles de la coca amazonienne) et de l’ambil (tabac à chiquer amazonien).

Mañahua (f). (Mot mapuche) Casque de cuir paré de plumes, ou bien fait d’une tête d’animal entière, que portaient comme ornement les Indiens du Chili.

Maqueche (m). (Du maya) Dans la région orientale, maya, de la province de Tabasco, nom d’un petit insecte commun, que mettent les gens de la campagne dans une chaînette, comme amulette, autour du cou des jeunes enfants, dans le but de les prémunir de certaines maladies.

Masacoate (m). Espèce de boa dont la chair, considérée comme un puissant aphrodisiaque, était si appréciée des Aztèques qu’ils pratiquaient l’élevage de ce serpent.

Millahuinllin (m). Au Chili, pierres que l’on frotte dans l’eau d’irrigation afin de faire pousser en abondance des pommes de terre volumineuses.

Mohán (m). En Colombie, sorcier, magicien. « Ressembler à un mohán », avoir les cheveux longs et mal peignés. Mohanes (m. pl). Indiens magiciens qui habitaient au début du dix-septième siècle dans les forêts de la province de Quito. Ils remplissaient, sous ce nom et sous celui de piaches (voir ce mot), des fonctions de prêtres guérisseurs, intermédiaires entre les ches, ou divinités supérieures, et les Indiens pour plusieurs tribus d’Amérique du Sud telles que les descendants de la race timote, au Venezuela.

Momostle (m). Monticules des anciennes ruines aztèques, à l’intérieur desquels se trouvent des restes d’objets de céramique et que l’on suppose avoir été les autels (les temples) de l’ancienne race indigène. Dans la région du sud-est de Tabasco, on les appelle des cuyes ou cuyos (voir  le mot cu).

Motepulizo (m). « Saignée du membre viril », chez les Aztèques, auto-sacrifice que pratiquent les dieux, en imitation de Quetzalcoatl, pour rendre vie aux ossements des générations passées, en versant leur sang dessus, et créer ainsi la cinquième humanité (l’humanité actuelle). Les hommes la pratiquent également, en l’honneur des dieux.

Muqui (m). Nain ou lutin des mines, dans les Andes. (Il faut rappeler que l’activité minière a toujours été très importante dans les Andes. Selon les historiens, la plus importante exploitation commerciale du monde au seizième siècle était les mines d’argent de Potosí en Bolivie.)

Ñacanendi (m). « La relation entre le ñacanendi des Guayaquis et le Yazy Yateré des Guaranis me semble certaine, bien qu’il existe certaines différences entre les deux. La première est que le Yazy Yateré est un être unique, tandis que les ñacanendis constituent une classe d’hommes, petits et couverts de poils. Ils vivent dans les bosquets les plus profonds de la forêt, possèdent des arcs et des flèches mais pas de haches ni de machettes. On suppose qu’ils mesurent entre 1,20 m et 1,30 m. Ils marchent courbés comme des petits vieux. Je me souviens que le Yazy Yateré, dans une vieille légende tupie, apparaît comme un vieillard courbé et boiteux. (…) Mais c’est une version rare. En général, le Yazy Yateré est présenté comme un jeune garçon blond et beau, et les ñacanendis sont blonds eux aussi. De même que le Yazy Yateré, ils ont l’habitude d’enlever les nourrissons ou de les tuer. / Ils [Le sujet n’est pas précisé. Il semblerait que la citation de Santamaría soit incomplète] furent d’accord avec moi pour dire que les ñacanendis sont des êtres humains, qu’ils vivent dans des cavernes, où ils laissent leurs enfants dans des plats de terre fermés par des couvercles jusqu’à ce qu’ils sachent marcher. Ils ont un visage humain, mais leurs empreintes rappellent celles du fourmilier. Ils ont une voix humaine mais personne ne peut les comprendre. Ils ont mauvaise odeur, et par ailleurs vont toujours nus. Ils n’utilisent ni cruches ni paniers ni plateaux de cire, et ne savent pas non plus faire de feu. Avec leurs flèches ils tuent des hommes, des porcs sauvages, des bovins, jamais de cervidés. Personne ne sait ce qu’ils mangent, peut-être des porcs sauvages. (…) Un Guayaqui m’a assuré que les ñacanendis sont très nombreux. Les Guayaquis ont très peur de ceux qui viennent parfois la nuit dans leurs villages : s’ils ne tuent pas, ils pincent et griffent. » (Dra. Wanda Hanke, Los indios Guayaquí, estudio publicado en la «Rev. Geográfica Americana», de Buenos Aires, ag. 1938, N° 59)

Nagual, Nahual (m). Animal symbolique représentant l’esprit protecteur d’une personne. 2 Sorcier, magicien pouvant changer de forme par enchantement.

Ñandú Tatá (m). (Mot guarani) « L’autruche de feu » est, dans les croyances populaires, un feu-follet qui sort la nuit et court à la manière de l’autruche appelée ñandú.

Ñirivilo (m). Selon la croyance populaire du Chili, animal fabuleux qui vit dans les eaux et fait du mal à ceux qui s’y baignent. – Nom mapuche qui signifie « renard-serpent » car le monstre a une tête de renard et un corps de serpent. Il est doté d’une longue queue de renard pourvue de griffes, avec lesquelles il entraîne par le fond ceux qui traversent les cours d’eau ou s’y baignent.

Ñopo (m). Chez les Indiens Otomacos, Yaruros et d’autres, poudre extraite de la racine d’une herbacée (Anadenanthera peregrina), produisant des effets hallucinogènes. Les Indiens la prisent comme du tabac à priser ou se la font souffler dans le nez par un tiers à l’aide d’une sorte de sarbacane. Les chamanes de ces ethnies s’en servent pour avoir des rêves prophétiques. On la trouve également appelée niopo, yopo ou mopo. (Voir également le mot paricá)

Ñusta (f). Nom de la Vestale, chez les Incas, laquelle, en plus du service divin, avait le privilège de préparer la chicha destinée à la consommation du souverain.

Ojagua. (Fils du soleil, dans la langue caraïbe) Nom que donnèrent aux Espagnols de la Conquête les habitants des côtes caraïbes de l’Amérique du Sud. Usachies. Nom que donnèrent les indigènes de la vallée de Bogota aux premiers Espagnols entrant dans ces régions, composé des mots usa (soleil) et echia (lune), car ils croyaient qu’ils en étaient les fils. Viracocha. Dieu des anciens Péruviens, dans la mythologie quechua, qui était considéré comme fils du soleil. 2 Dénomination que les Indiens péruviens et chiliens donnèrent aux Espagnols, à l’époque de la Conquête et encore quelque temps après. Teul, Teules ou Tehules. (De l’azt. teotl ou teutl, dieu) Nom que les Aztèques donnèrent aux conquistadores espagnols, les croyant fils du soleil. Tuira (m). Dieu, esprit chez les Indiens Caraïbes. Les Caraïbes donnèrent ce nom aux Espagnols, ainsi que l’assure Oviedo.

Ololiuque (m). (Ipomoea sidaefolia) Nom donné au Mexique à une plante dont la graine contient un narcotique enivrant et provoquant le délire, à la manière du peyotl.

Ombú (m). Grand arbre de bon feuillage, typique du milieu guarani (Phytolacca dioica). Sa cendre, qui contient de la potasse, permet de fabriquer du savon. La supersticion l’associe aux trésors cachés, entre ses racines, ainsi qu’aux luces malas, « lumières mauvaises » (feux-follets) ; de même, les oiseaux ne nicheraient jamais dans ses branches, et dormir sous l’arbre serait néfaste.

Selon Santamaría, l’ombú pousse isolé au milieu de la pampa et n’est d’aucune utilité si ce n’est pour l’ombre ou l’abri temporaire qu’il offre contre la pluie ou le vent, vu qu’il n’a pas de fruits et que son bois spongieux ne peut servir ni en charpenterie ni pour le chauffage, dans la mesure où il ne prend pas feu. On le trouve également souvent dans les cimetières, en Argentine. – Il est curieux que l’arbre soit dit ici ne pas brûler, alors que l’on a vu plus haut que sa cendre sert à faire du savon ; mais ces deux sources ont près de cinquante ans d’écart (Dacunda Díaz pour la première et la plus récente).

Pachacuti (m). Dans les Andes, grand renversement des conditions du monde, où ce qui est « en haut » passe « en bas » et vice-versa ; la conquête espagnole a représenté un de ces renversements et l’idée est assez présente dans les communautés indiennes des Andes qu’un nouveau renversement est imminent, avec le « retour de l’Inca » (l’empereur inca) occulte (un peu comme l’Imam occulte du chi’isme).

Pantitlán (m). Canal souterrain de la lagune de Tenochtitlan, dans le gouffre duquel étaient jetés les albinos et autres enfants stigmatisés, comme ceux nés siamois ou présentant d’autres graves déformations. On y jetait également des offrandes de papier, caoutchouc et pierres précieuses. Les cœurs de certaines victimes sacrifiées y étaient promenés dans une embarcation sacrée, en l’honneur de Huitzilopochtli.

Paricá (f). (Mot tupi) Substance narcotique, en forme de poudre, préparée à partir des graines séchées, et peut-être aussi des feuilles, d’une plante légumineuse (Piptadenia peregrina) ; que certains peuples indigènes du Brésil, de l’Argentine, du Chili et d’autres parties de l’Amérique du Sud consomment à la manière du tabac à priser, en aspirations nasales. On a trouvé, principalement dans le désert de l’Atacama, au Chili, des tablettes de cette préparation ainsi que des tubes spéciaux pour l’inhalation. – Ainsi, plutôt qu’à la manière du tabac à priser, c’est à la manière de la cocaïne contemporaine que cette substance était consommée. – C’est la même chose que le ñopo (voir ce mot), et les deux noms scientifiques différents sont donnés sur Wikipédia comme synonymes. Et, comme indiqué pour le ñopo, les deux modes d’inhalation de la substance sont pratiqués.

Payé (m). 1 En Argentine, nom populaire du diable. 2 Amulette protectrice qui consiste généralement en une plume de caburé (voir ce mot), une écharde de santo viejo (le bois d’une essence d’arbre ?) ou bien une balle extraite d’une blessure. 3 Sortilège, mauvais œil. 4 Sorcier. – S’agissant de la définition 2, par Santamaría, il faut croire qu’il s’agit de la même chose que la définition du caburé-í plus haut, par Dacunda Díaz.

Peyote (m). Peyotl, plante cactacée en forme de cœur possédant des propriétés hallucinogènes et qui servait à communiquer avec les dieux.

Piache (m). (Mot caraïbe) Dans les mythes des anciens Indiens Caraïbes, au Venezuela, prêtre qui était, au choix, sorcier, magicien, botaniste. Le mot est entré dans le langage courant avec le sens de guérisseur.

Piguchén, Picuchén, Piuchén (m). (De l’araucan pihuichen, couleuvre qui siffle en volant) Au Chili, monstre fabuleux en forme de lézard avec des ailes de chauve-souris, qui tue par son sifflement ou son regard, et qui boit le sang des hommes ainsi que des animaux à distance. 2 « Taverne de male mort », où l’on vend un alcool infâme ; également, maison de prostitution.

Pillunchuca (f). Herbe du Chili, à laquelle les indigènes attribuent des propriétés magiques (prise en infusion, pour devenir un habile voleur et/ou prévenir les accidents).

Pincoya (f). Dans la mythologie araucane des indiens de Chiloé, espèce de Néréide ou fée marine ; sirène qui, en compagnie de son époux le Pincoy, attire abondance de poissons et de fruits de mer là où elle réside.

Pinto (m). «Mal del pinto», Maladie bien connue, sorte de teigne squameuse très laide, endémique dans certaines régions de terre chaude et à une altitude déterminée au-dessus du niveau de la mer. Pintos (m. pl). Indiens d’Oaxaca et de Guerrero, au Mexique, ainsi que du Nicaragua, appartenant à des tribus très anciennes et qui présentent sur la peau des taches blanches sur fond sombre, ou inversement, effet du mal del pinto. Les machettes forgées par les Pintos d’Oaxaca sont fameuses. – Dans son poème El drama del alma (1867), le grand poète espagnol Zorrilla les appelle les « lépreux » du Mexique, et il tient à les distinguer des Indiens, évoquant à plusieurs reprises « les Indiens et les Pintos », comme si ceux-ci formaient une race à part, un peu comme les cagots (agotes) du nord de l’Espagne et du midi de la France, cette race de parias dont on disait qu’ils étaient lépreux. Il est à noter que le détail évoqué par Santamaría quant à la très grande ancienneté de ces Indiens pourrait accréditer l’idée d’une origine distincte de celle des Indiens qui les entourent.

Pipa de diablos. Expression familière, au Honduras, pour désigner une légion de démons. (Cette légion de démons m’évoque la « procession de fantômes » qui est la définition du nom commun estantigua en Espagne. Qu’un mot serve à désigner une telle chose apporte une confirmation au propos de Kant, dans ses Observations sur le sentiment du beau et du sublime, selon lequel l’âme espagnole se caractérise par le sentiment du sublime avec tendance au fantastique. Il s’agit, je l’ai dit, d’un nom commun, mais qui dérive du nom propre Estantigua, laquelle est en Castille ce qu’est la Santa Compañía, ou Güestia, en Galice, une apparition caractérisée qui annonce un décès proche.)

Piranú (m). Monstre protecteur des poissons, dans la région de Misiones, en Argentine. C’est un grand poisson noir, avec de grands yeux et une tête de cheval, qui coulait par le fond les pirogues des pêcheurs.

Pistaco, Pishtaco (m). Au Pérou, monstre à l’apparence humaine, ogre qui tue les hommes pour dévorer leur graisse frite. 2 Désigne également un type de criminels vivant dans les cavernes et supposés assassiner les gens pour vendre leur graisse (mais il s’agirait d’une pure et simple rumeur).

Pombero (m). En Argentine et au Paraguay, espèce de lutin, génie protecteur des oiseaux. – Comme pour luisón/lobizón, ce nom semble venir du portugais/brésilien ; le nom tupi-guarani est Pyragué.

Pupusa (f). (Mot quechua. Werneria digitata) Plante sylvestre qui pousse dans la cordillère des Andes, au Pérou et au Chili, employée efficacement pour combattre le mal de puna (le vertige de la cordillère), ainsi que les indigestions. Le mal de puna, également connu sous le nom de soroche, est un vertige provoqué par la raréfaction de l’air dans les lieux les plus élevés de la cordillère des Andes, et qui présente des symptômes de postration générale, vomissements, bourdonnements et douleurs d’oreille.

Pusana (f). Au Venezuela, herbe de l’Orénoque à laquelle les Indiens attribuent la propriété magique d’attirer des amants aux femmes. 2 Breuvage aphrodisiaque préparé par les Indiens avec cette plante.

Quesalcoate. (Quetzalcoatl) Dieu de l’air, dans la mythologie nahoa, symbolisé par un serpent à plumes. La tradition le dépeint comme un homme blanc, corpulent, au front large, aux grands yeux, à la barbe fournie. Prêtre de Tula, souverain pontife et divinité, il entreprit un long voyage d’exil et disparut. La tradition, chez les Aztèques, y a vu la disparition des hommes blancs et barbus prédecesseurs de Colomb dans la découverte de l’Amérique ou précurseurs de la conquête espagnole.

Quetzal (m). Le quetzal était un oiseau sacré pour les anciens Mexicains, qui donnaient à ses plumes la même valeur qu’à l’émeraude ; elles constituaient le tribut suprême, en tant qu’ornement du manteau des empereurs aztèques. C’était également un oiseau mythologique, symbole de la beauté des dieux, et aujourd’hui encore ses plumes servent de talisman et l’on attribue à son cœur des vertus curatives secrètes.

Quilca (f). Signe idéographique des dessins rupestres et des pétroglyphes des Andes, dont le sens, tout comme l’art inca des quipus, semble perdu à jamais. (En ce qui concerne le déchiffrement des quipus, les découvertes du site d’Incahuasi en 2013 ont toutefois fait dire à certains qu’une « pierre de Rosette » venait d’être découverte : à suivre.)

Quinames, Quinametzin (m. pl). Premiers habitants du Mexique, que l’ethnographie considère aujourd’hui comme légendaires, et qui avaient une taille de géants. Ils vivaient principalement sur les rives de l’Atoyac, dans l’actuelle province de Puebla.

Salamanca (f). En Argentine, sorcellerie, science diabolique et, par extension, caverne ou autre lieu où se réunissent les sorciers de la région, sous la présidence du diable, pour enseigner leur magie noire. (Du nom, de toute évidence, de l’ancienne et célèbre université espagnole de Salamanque.)

Sangraco (m). Indien guérisseur pratiquant la saignée.

Santero (n). Personne dont l’occupation est de fabriquer des saints de bois, ou de les remettre en état. 2. Personne qui vend des images de saints. – Le mot n’a pas ces sens-là en Espagne, où il désigne ou bien une personne extravagante dans sa dévotion aux images des saints, ou bien la personne responsable d’un ermitage ou d’un sanctuaire, ou bien celui ou celle qui guérit par voie de magie, ou encore la personne qui mendie en s’aidant d’une image de saint.

Sumé o Tumé. Saint Thomas. Prêtre qui enseigna aux Guaranis la culture de la terre. – L’ethnologue et linguiste Dacunda Díaz reprend à son compte la thèse (qui fait partie du folklore guarani colonial) selon laquelle l’apôtre Thomas aurait fait de grands voyages à travers le monde, selon les uns en Inde, selon les autres, à l’instar du polymathe mexicain Carlos de Sigüenza y Gongora (mort en 1700), aux Indes, c’est-à-dire en Amérique.

Surumpe, Surumpi, Surupí (m). (Mot aymara) Inflammation des yeux causée par la réverbération du soleil sur la neige des montagnes. Elle se contracte en traversant les sommets des Andes sans précaution.

Tacuache (m). (Mot caraïbe, selon Zayas. Cela paraît être une simple variante de l’aztequisme tlacuache. Solenodon paradoxus) À Cuba, petit carnassier, sorte de blaireau de couleur blanchâtre. L’ascendance du terme est authentiquement aztèque et cela peut être une preuve de plus de la thèse soutenue par le savant linguiste Marcos E. Becerra, qui, dans son étude Por la ruta de la Atlántida [Sur la route de l’Atlantide], a démontré la parenté des langues caraïbes et du maya avec l’aztèque, celle-ci étant l’antécédente de celles-là. (Voir Atlateca et Caribes)

Tangatanga (m). (Du quechua tanka) Nom du célèbre scarabée mythologique qui représente le dieu des Quichuas et des Aymaras, dans la tradition sacrée de ces indigènes ; semblable à celui que vénéraient les anciens Égyptiens.

Tapalcúa (f). Nom que l’on donne au Guatemala à une espèce de couleuvre qui aurait deux têtes et au sujet de laquelle le chroniqueur Fuentes y Guzmán rapporte d’autres fables.

Tecihuero, ra (m). Individu auquel les Indiens attribuent le pouvoir magique d’attirer ou d’éloigner des nuages de grêle.

Tecotín (m). Danse sacrée pratiquée par les Aztèques dans leurs temples.

Tecuán (m). Animal fantastique, mangeur d’hommes de la mythologie aztèque. 2. Au Honduras, nom populaire du léopard, car il mange des hommes. De même au Nicaragua, où on l’appelle également teguan.

Teocomite, Tepenexcomite (m). Le fenouil, important dans les rites aztèques, parce que ses épines servaient à saigner les corps lors des sacrifices.

Teopacle (m). (De l’azt. teotl, dieu, et patli, médecine) Onguent sacré des prêtres aztèques dont ils s’enduisaient le corps, se croyant ainsi prémunis contre tout danger extérieur. C’était, selon Clavijero, une répugnante préparation d’insectes venimeux réduits en cendre, de suie, d’herbes diverses, ainsi que de bestioles vivantes, le tout mélangé et pilé.

Teotl (m). Dans l’ancien empire mexicain, l’esprit suprême. (La similitude pour ainsi dire parfaite avec le grec théos a été remarquée et a donné lieu à diverses spéculations.)

Tequina (m). Sorcier des Indiens Caraïbes.

Tetlacihue (m). Tlahuepoche (f). Tetlacihue : mot aztèque désignant un sorcier ou magicien. Tlahuepoche : sorcière ou magicienne.

Tlacamichi (m). (De l’azt. tlacatl, homme, y michin, poisson) Petit poisson de quelques lacs qui possède au-dessus de chaque œil une sorte de pierre transparente, et qui, dans la cosmographie nahoa, représente l’homme, lequel n’a pas disparu pendant le déluge mais s’est transformé en poisson.

Tlacatlaolli (m). « Homme-maïs », mets sacré consistant en la chair humaine d’un sacrifié préparée avec du maïs. Le corps de la victime immolée est rendu à ses proches ou à ses maîtres pour qu’en en consommant la chair ils se nourrissent de son esprit.

Tlalconete, Tlaconete (m). (Mot aztèque) Certain animal d’aspect répugnant, espèce de limace vivant dans les lieux humides. On raconte qu’elle s’introduit dans le vagin des femmes, dont seul un coït peut l’extraire ; de sorte qu’elle est particulièrement redoutable aux vierges.

Tlacuilo (m). Nom donné, dans les anciennes chroniques et histoires mexicaines, aux individus qui, chez les Aztèques, pratiquaient l’écriture hiéroglyphique.

Tlamanacali (m). Temple, édifice préhispanique où avaient lieu les sacrifices humains et où étaient placées les offrandes. (Icpac Tlamanacali : la Grande Pyramide de Mexico).

Tolteca (a & s). Toltèque : une des tribus indigènes du Mexique, qui possédait sa propre civilisation et bâtit un très important empire dans la région. … M. Chavero n’accepte pas la version de Veytia, reçue d’Ixtlilxochitl, et fait sienne celle des Annales de Cuautitlan, selon laquelle Tula, capitale des Toltèques, aurait été fondée en 674 [et non en 713, selon Veytia] et les rois toltèques auraient régné dans l’ordre suivant : Mixcoamazatzin, de 700 à 765 ; Huetzin puis Totepeuh, jusqu’en 887 ; Ilhuitimaitl jusqu’en 925 ; Topiltzin Quetzalcoatl jusqu’en 947 ; Matlacxoxitl jusqu’en 978 ; Nauyotzin jusqu’en 997 ; Matlacoatzin jusqu’en 1025 ; Tlicoatzin jusqu’en 1046 ; Huemac jusqu’en 1048 ; Quetzalcoatl II jusqu’en 1116. … Certains croient que les Toltèques entrèrent en contact avec la race blanche et qu’un évêque chrétien leur enseigna le culte de la Croix et plusieurs traditions de cette religion, comme celles du Déluge et du Paradis terrestre. D’autres le nient catégoriquement. (L’un des premiers, sinon le premier, à avoir formulé ces hypothèses n’est autre que le père Bartolomé de Las Casas, le défenseur des Indiens.)

Traiguén (m). Chez les Araucans, à Chiloé, cascade dans laquelle se baigne le sorcier huit jours durant afin de s’effacer le baptême.

Trauco (m). 1 Au Chili, dans la province de Chiloé, personnage mythique d’aspect répugnant, qui vit dans les arbres, a le visage tourné dans la direction du dos et dont le regard effroyable contrefait le corps de la personne sur laquelle il se fixe. 2 Dans certaines régions, personnage mythique, espèce de lutin des bois qui aide les jeunes filles qui lui plaisent à cueillir des fruits. (La description 2 de Santamaría est très pudique. Dans le cas de créatures comme l’itacayo, le pombero, etc, il s’agit de satyres, et même de petite taille ils sont dangereux pour les femmes.)

Tulivieja (f). Au Costa Rica, harpie qui, selon les superstitions populaires, habite les forêts.

Ucumar (m). (Du quechua ucumari, ours) « On appelait ainsi un homme quasi bestial, hideux et velu, qui vivait dans les montagnes de Tucuman, il y a quelques années, et qui occupa l’attention publique jusqu’à sa capture par les autorités. On lui imputait plusieurs rapts de jeunes filles. » (Lizonzo Borda)

Ulmecas ou Olmecas (m. pl). (Olmèques). La tribu des Olmèques fut l’une des premières à peupler le territoire du plateau central du Mexique. … La légende raconte qu’en arrivant dans la vallée de Puebla, les Olmèques la trouvèrent occupée par une race autochtone de géants, à laquelle certains historiens donnent une origine chichimèque, et qui est peut-être celle des Quinames (voir ce mot), complètement sauvage, avec laquelle ils entrèrent en guerre jusqu’à ce qu’ils l’aient entièrement exterminée. C’était une race adonnée aux boissons enivrantes, qui connaissait déjà la fabrication et la préparation du pulque.

Urabá, Urabaes ou Urabás (m. pl). Nation d’Indiens Caraïbes qui s’établirent sur le littoral de Colombie, dans le golfe d’Uraba. Ses principales localités étaient Urabaibe, Caribana, Apurimando, Rio Léon, et, plus à l’intérieur, Dabaibe, site d’un trésor fameux, sorte d’El Dorado qui attira la convoitise des conquistadores, sur le territoire de l’actuelle Antioquia.

Uturunco, Uturuncu (m). 1 En Argentine, un des noms du jaguar. 2 Animal fabuleux, tigre ou lézard à deux têtes, prenant parfois forme humaine. Runa-uturuncu (m). Homme-jaguar, homme qui se transforme la nuit en jaguar rôdant dans la campagne pour assouvir sa faim.

Vajear, Bajear (tr). Faculté attribuée à certains reptiles d’hypnotiser leurs proies en projetant sur elles leur souffle ou haleine. 2 Jeter un sort à quelqu’un, ou bien simplement gagner sa volonté par la flatterie.

Valichú ou Gualicho (m) : Dans le Cône Sud, sortilège ou objet produisant un sortilège, d’après le nom de l’esprit du mal chez les Indiens Tehuelches.

Viruñas (m). En Colombie, type de fantôme apparaissant sous la forme d’un chien noir aux yeux de flamme, traînant des chaînes. Les chaînes sont présentes sous d’autres formes du mythe, quand l’apparition se manifeste à l’intérieur de maisons hantées, sous aucune forme visible mais par le bruit de ses chaînes.

Votán (m). 1 Divinité des Indiens Quichés, considéré comme le fondateur de leur nation. C’était un grand prêtre qui les guida dans leur pérégrination jusqu’à la côté du golfe du Mexique et permit à cette tribu de s’établir d’abord sur les rives de l’Usumacinta, d’où elle s’étendit par la suite. Presque tous les peuples de l’isthme du continent déifièrent Votan et en firent leur dieu. 2 Nom générique des prêtres de ce culte. Votánides. Indiens qui habitaient en Amérique centrale, où ils constituèrent l’empire de Kibalkay. Leur nom vient de ce que leur premier chef était Votan. (La similitude pour ainsi dire parfaite avec le nom du Wotan scandinave – Odin en français – a été remarquée. Le nom de Kibalkay a totalement disparu de la circulation : on n’en trouve mention, sur internet, que dans une page de journal nord-américain… des années 1850. [J’ai écrit la phrase qui précède en 2013 et force est de constater qu’il n’existe plus aujourd’hui sur internet la moindre source, du moins accessible depuis Google, au sujet de « Kibalkay » (à part le présent blog)…])

Vuta (m). Au Chili, dans la province de Chiloé, maître du sabbat, qui, selon la croyance populaire, a le visage déformé et une pierre collée au dos. Il va nu et, lors des grandes festivités, sort de sa caverne accompagné des autres sorciers. Un autre nom, donc, d’imbunche (voir ce mot).

Xoxalero (m). Nom donné communément à un certain sorcier ou magicien doté du mauvais œil.

Xtabentún (m). (Mot maya. Turbina corymbosa) Herbe de la famille des convolvulacées, cultivée comme plante grimpante. On dit que sa graine contient un narcotique hallucinogène d’effet semblable à celui du peyotl.

Yacaretas (m. pl). Nation d’Indiens sauvages qui occupait les forêts au nord du Marañon. Certains croient que leur territoire est le fameux El Dorado.

Yateré. (mot guarani) Esprit originaire de la lune (Yacy) : Yacy Yateré. (Voir ñacanendi)

Yerepomonga (f). (Mot guarani) Serpent du Brésil vivant immobile au fond de l’eau, et dont on dit qu’il reste collé à l’animal le touchant, qui l’entraîne alors avec lui.

Yoshi (m). Parmi certaines ethnies d’Amazonie, divinité sur laquelle le chamane peut agir à l’aide de ses chants afin d’obtenir la guérison d’une personne. Il existe par exemple un yoshi de l’ayahuasca (voir ce mot) que le chamane invoque pour guérir les troubles éventuels liés à l’ingestion de cette plante.

Yugo (m). (Littéralt. « Joug ») Nom communément retenu par les archéologues, au Mexique, pour désigner certain objet archéologique en pierre, en forme de fer à cheval, provenant des races autochtones et également connu sous le nom d’« arc » (arco). « On ignore le véritable usage de ces pièces archéologiques. Les auteurs ont des opinions diverses sur la question : les uns inclinent à penser qu’elles étaient appliquées au cou des victimes pour faciliter le sacrifice humain courant (par extraction du cœur, pour l’offrir aux dieux) ; d’autres supposent que ce sont des pierres pénitentielles, ou des objets de culte, ou des représentations d’êtres ou de forces créatrices, ou bien qu’ils avaient un usage funéraire, ou encore qu’ils servaient dans des monuments cosmogoniques. Certains yugos sont très délicatement travaillés. Ils sont pour la plupart d’origine totonaque. » (Jesús Galindo y Villa)

Zemí (m). Nom de certaines divinités, fétiches ou esprits chez les anciens Indiens des Antilles. Même chose que Semi (m) : à Cuba, divinité inférieure, médiatrice des divinités supérieures, chez les Indiens de l’époque précolombienne, qui incarnaient dans ces esprits toutes les forces de la nature.

Zompantli, Tzompantli (m). Site des temples aztèques où l’on alignait les crânes des victimes. Autel de crânes.

Poésie révolutionnaire du Chili

Le 11 septembre 1973, le président chilien Salvador Allende, élu le 4 septembre 1970, se suicidait (d’autres parlent d’assassinat pur et simple) dans le palais présidentiel de la Moneda assiégé par l’armée putschiste que soutenaient les États-Unis.

La dictature militaire qui s’ensuivit, jusqu’en 1990, mena une traque féroce de tous ceux qui avaient été d’actifs partisans du président Allende, traque caractérisée par de nombreux assassinats et disparitions de personnes. Les États-Unis s’abstinrent systématiquement de voter les condamnations prononcées aux Nations Unies pour les violations des droits de l’homme commises par la dictature de Pinochet.

Pour cette série de traductions, je me suis servi de deux recueils.

Le premier est Vino chileno para Cuba (1972), qui réunit les poèmes primés en décembre 1970 par le Prix Baltazar Castro de la Société des écrivains chiliens (Premio Baltazar Castro de la Sociedad de Escritores de Chile). Baltazar Castro, « sénateur et écrivain », était par ailleurs un viticulteur et négociant en vin qui osa défier l’embargo extraterritorial des États-Unis en exportant du vin dans la Cuba révolutionnaire. C’est lui qui eut l’idée du thème du prix : « Vin du Chili pour Cuba ». Jaime Quezada reçut le premier prix mais plusieurs autres poètes furent également récompensés, selon la volonté du mécène. Le thème choisi donna lieu à des textes d’une riche poésie terrienne et humaniste. J’ai également eu la bonne surprise d’y trouver un poème, ici traduit, du jeune Luis Sepúlveda, le fameux auteur du Vieux qui lisait des romans d’amour (1992).

Les poètes que j’ai traduits à partir de ce recueil sont Jaime Quezada (deux poèmes, dont le premier prix, Vin du Chili pour Cuba) et, pour un poème chacun, Rolando Cárdenas, Mario Macías, Guillermo Quiñones et Luis Sepúlveda.

L’alcool, bien sûr, est à consommer avec modération.

Le second recueil est l’anthologie Poesía revolucionaria chilena (Ocean Sur, 2014) compilée et présentée par Juan Jorge Faundes.

Les poètes traduits dans cette anthologie sont Elicura Chihuailaf (dans l’anthologie Elikura Chiuailaf Nahuelpan), poète bilingue d’origine mapuche (2 poèmes), Guillermo Riedemann (2), Jorge Montealegre (2), Rosabetty Muñoz (3) et Yasmín Fauaz Núñez, également connue sous le pseudonyme de Grandchester (1 poème).

*

Vin du Chili pour Cuba (Vino chileno para Cuba) par Jaime Quezada

Note. Le poème évoque divers aspects de la géographie, de l’histoire et de la culture du Chili qu’il me semble préférable de citer en note introductive, plutôt que de surcharger le texte de renvois. On y trouve nommés, par ordre d’apparition, la chanteuse Violeta Parra, le « Christ d’Elqui », personnage mystique qui eut quelques adeptes dans les années trente et quarante, le militant et journaliste prolétarien Emilio Recabarren, la poétesse Gabriela Mistral (« la Mistral »), le conquistador Pedro de Valdivia, la colline de Huelén aujourd’hui connue sous le nom de colline Santa Lucia, à Santiago, le poète anarchiste José Domingo Gómez Rojas.

L’École de Sainte-Marie d’Iquique évoque un massacre par l’armée chilienne de plusieurs centaines de travailleurs en grève qui s’étaient réfugiés dans cette école, en 1907. C’est aussi le nom d’une cantate qui fut écrite en l’honneur de ces victimes.

Le 2 avril évoque des mouvements de contestation sociale durant l’année 1957 et le 4 septembre est, comme indiqué en introduction, le jour de l’élection de Salvador Allende en 1970.

Il est également question de Pablo Neruda, sans que j’aie pu éclairer précisément l’allusion à l’habit blanc blanc évoqué dans le poème. Neruda fut un proche collaborateur du président Allende. Hospitalisé au moment du coup d’État de Pinochet, il fit savoir à des proches que le dictateur avait l’intention de l’assassiner. Il est mort peu de temps après à l’hôpital. Un rapport officiel remis au ministère de l’intérieur du Chili en 2015 a confirmé la thèse de l’assassinat, après que celle-ci fut rejetée par un groupe d’experts internationaux en 2013.

Parce que le Chili aussi est une maison
Construite planche à planche par nous autres
Du matin au soir
Comme un rêve dont on ne se souvient pas
Mais qui nous rend heureux au réveil :
Il suffit d’un verre
D’une bouteille de vin débouchée à l’heure du repas
Pour que la table et la nappe et la cuillère
Accueillent la présence d’ancêtres qui ont vécu.
Qui ont occupé nos chaises
Et parlé de noms et de lieux :

Un verre de ce vin,
C’est une inoubliable chanson de Violeta,
Un Christ d’Elqui dans une gare, dans un marché du sud,
Sur une place de province.
Un Emilio Recabarren qui fonde des journaux
Parcourant des villages de travailleurs du salpêtre les poches gonflées
De revues et de pamphlets.
C’est la Mistral qui est pure absence et vigne et terre.

Un verre de ce vin,
C’est un atlas lavé par la pluie de Chiloé.
Un pont ferroviaire du Malleco,
Un Valparaiso, un bateau de pêcheur,
Un rio Mapocho couvert de brume,
Une pierre de San Pedro de Atacama :
Un guerrier brûlé par le sel.
Toute une géographie qui descend des Andes à dos de mule.

Un verre de ce vin,
C’est ma maison familiale un jour comme les autres,
Un plateau de cerises, une guitare, un lent cheval de boulanger.
C’est ma mère assise à sa machine à coudre
Une veille de dimanche.
C’est mon grand frère qui fait ses valises.
C’est le vent du nord qui ouvre une fenêtre.
C’est moi-même en train de lire « Le trésor de la jeunesse »
Pendant mes vacances d’hiver.

Un verre de ce vin,
C’est une revue d’histoire écrite quotidiennement
Par une potière de Lumaco, un paysan de Cauquenes,
Un ouvrier de l’usine textile de Bellavista-Tomé,
Un chauffeur de la Société des transports collectifs de l’État,
Un employé municipal balayant parcs et jardins.
Une histoire qui commence à être racontée :
Une lettre de Pedro de Valdivia de la colline du Huelén,
Une fête d’Araucans, un rameau de cannelle de Magellan,
Une récolte de blé dans le printemps de Los Angeles.
C’est l’École Sainte-Marie d’Iquique
Chantée mieux encore aujourd’hui par des voix qui disent « présent »,
C’est Domingo Gomez Rojas qui meurt en prison
Ignoré en écrivant son dernier vers sur le mur.
C’est un maître d’école qui devient président de la République.
C’est Neruda vêtu de blanc comme le raconte une chronique de 1938.
C’est un deux avril, c’est une grève du charbon.

C’est, enfin, un peuple qui conquiert un aujourd’hui,
Un homme nouveau qui descend dans la rue un quatre septembre
Avec des rameaux d’acacia et des drapeaux.

Un verre de ce vin,
C’est une clé que nous confions à la mémoire,
La seule qui pourra ouvrir la porte de cette maison
À l’odeur de miche, d’avenir.

*

Quelqu’un allume la lumière dans la maison du vigneron (Alguien enciende la luz en la casa del viñatero) par Jaime Quezada

1
J’aimerais ouvrir la vieille porte :
Que quelqu’un le visage non rasé encore
me fasse entrer dans la salle à manger de la maison.
Assis sur une chaise en cuir
face à une photographie de mariage,
les paroles du père
se feraient chose vivante dans mon verre de vin.

2
Ma maison était de pisé et de bois :
Le vent y entrait avec la pluie
et en ressortait comme un fugitif,
entraînant des nappes tachées.
Je ramassais tous les jours des sarments dans les vignes,
et entre chiens, chats et poules
ma mère parlait d’aller couper de la verveine citronnelle
pour le vase de la table.

3
En l’ouvrant la vapeur de la marmite
annonce la grande table des fèves,
du sel, de l’odeur d’oignon du couteau.
Et quelqu’un
qui aurait voulu venir nous dire
« Bonsoir ».
Nous le reconnaissons vaguement sur la pendule murale
qui nous unit à cette heure du dîner.

4
Pour la farine
versée sur la planche à pâtisserie
notre haine allume le four :
Tant de bonheur
peut être à présent dérision.
Jusqu’à ce qu’une insoutenable odeur
de pain brûlant
nous fasse courir à la table
et étendre la nappe
par nous lavée à la pure tendresse.

5
Je vois mon père vigneron une nuit d’hiver :
Fermant les volets avec une chaîne pour chien,
allumer la lampe, remplir son verre,
chanter des chansons d’autrefois,
danser en manches de chemise autour des pressoirs
jusqu’à devenir vieux des pieds à la tête.

6
Il sera bon de récolter maintenant
la treille qu’ont plantée nos grands-parents :
Maintenant que dans la vigne le dernier automne
est sur le point de tomber avec les grappes de raisin.
Ce sera bon, dis-je,
pour que descende le raisin dans la fécondité des pressoirs
et qu’à notre pichet monte
le vin nouveau de la terre.
Et que cette maison même soit vigne pure
que nous vendangeons à l’heure où d’autres mènent leur brebis à l’abattoir.

7
Quelqu’un allume la lumière dans la maison du vigneron,
salue ses habitants,
pose son chapeau,
ouvre une bouteille pour les amis.
Et met à leur place les outils,
les matériaux premiers de la vigne.

*

Matériaux pour un chant au vin (Materiales para un canto al vino) par Rolando Cárdenas

Comme de dérober le rêve à la nuit et au jour
je cherche mon visage parmi ces quatre murs
dans le miroir d’un ciel endormi,
en chacun de mes os sentant la force de la terre,
illuminé par l’éclat nouveau d’un astre éclipsé
mûrissant avec cet acide si matériel qui bat mon sang
et qui s’est trouvé une place doucement à côté de mon ombre
sans déranger le silence tout-puissant des choses,
si distants que le monde ne nous pèsera pas.

Comme de se défaire de cette peau intérieure fatiguée
mon geste fraternise avec le geste d’autres hommes
de tant de latitudes,
sans amarres inutiles
mais avec toutes les bouches humides de la vieille grappe pressée,
sans les durs silences
mais avec les souvenirs anoblis comme un arbre millénaire,
avec tous les visages atteints par les reflets
qui s’absentent au-delà de ce verre congru
où il faut s’arrêter
–de même que l’ombre dans la nuit,
le poisson dans la mer et la maison sur la terre–
pour nous retrouver à cette table qui n’a pas de fin.

Comme un verre qui se brise
sur les fondements de cette maison récemment bâtie
–semblable à d’autres maisons–
dans le geste patriarcal et lumineux
de ceux qui un jour se réunissent sous le signe de ce fruit étrange
et dans les coins que le bon vin soit versé,
gardé et remodelé par un soleil si lointain
qu’il nous fasse oublier notre enveloppe de tous les jours,
cette zone obscure de notre corps,
que la joie se convertisse en fenêtre
dans la gorge lancée au chant,
à son miel léger
qui nous éloigne du cœur de l’hiver
pour renaître sur la terre étendue,
abeille silencieuse
qui nous regarde de ses milliers d’yeux depuis un verre rempli.

Comme de retourner aux vieux rivages
saluer ceux qui nous ressemblent
–nos ancêtres austères qui se promenaient les mains dans le dos–
et savoir pourquoi ils nous enseignèrent tant de silence,
cette manière lente qui naissait d’une jarre,
ces mains terreuses qui partageaient sans impatience
un contenu toujours renouvelé
où ils se plaçaient pour voir de dos tellement de vie,
dévorés par les souvenirs qui ne cessent jamais,
leur propre sang qui les étouffait
transformé en aliment indispensable
dans leurs bouches obscures
avec des paroles qu’ils ne répétaient pas
pour reconnaître que tout ce temps si long n’était le moins du monde endormi.

*

Vin pour Cuba (Vino para Cuba) par Mario Macías

D’un racine de soleil, d’un parfum, d’une saveur,
d’une couleur distincte sur la colline.
De la majestueuse copulation du soleil sur la terre humide,
une timide figure végétale qui émerge.
Ce n’est pas encore du temps arrêté,
pas encore de l’amitié, ni une conversation à bâtons rompus
sur le dur comptoir du bar, ce n’est pas encore une feuille,
c’est seulement un mouvement infime, et déjà
fait histoire sa navigation occulte sous les étoiles,
son étreinte du cœur profond de la terre.

Cette étreinte et la caresse seront matière de sa contexture légère
Sa qualité de serpent aimant sera
ce qui le fera doucement féminin.
C’est l’eau amie et la main amie
qui rendront sa croissance parallèle, sa lignée sage.
Ce seront, enfin, dis-je, des lèvres
qui conformeront la stature de cette racine ancienne.

Sarment humble qui dans le triste automne
fait jaune le ciel proche de la terre.
Peut-être que des tremblements de terre se cachent dans ton lien de pulpe
à tout un monde de trépidations,
et que pour toi est tout l’amour dénié tant de fois,
les mythes ténus, la main dans la main, la main sur la pierre,
la forteresse élevée au contrefort des Andes.

Dans le balancement de la chlorophylle, près du sapin araucan,
près de la flamme rouge du copihue,
près du chérimolier et du mimosa,
rabougrie, jamais seule, recroquevillée, sarmenteuse,
la vigne avec sa grappe, avec son offrande
d’illusion, de réalité jamais complète.

Et ensuite fruit dans le verre, transfiguration
du cristal, main levée,
coude haussé, physiologie pure, sang qui cherche
des canaux nouveaux dans les levers de soleil,
du soleil qui hier était seulement la caresse légère
du raisin et aujourd’hui du salut, si fraternel.

Je recours à la pluie pour comprendre l’étoile.
Je me sers du vent pour acquérir la science.
J’abrite la fumée pour attraper la vie.
J’égrène la grappe pour orner les yeux de mes enfants
et dans le miroir clair de l’écorce américaine,
dans la vendange joyeuse je crée l’aile, la communication terrestre
qui nous unit ; île et mer,
cordillère et homme, c’est tout un.
Je m’immerge dans ma soif d’opale et te retrouve, camarade.

Écoute mon nom, mon message tellurique,
ma parole solaire pour ta poitrine souriante ;
tu boiras l’air du Chili, sa vaste géographie,
son homme fait rude travailleur des champs et harassé, son aspiration
à la justice ; tu boiras avec ce vin la fraternité, camarade.

*

Message du vin à Cuba (Recado del vino a Cuba) par Guillermo Quiñones

…Des entrailles du Chili,
de Colchagua, O’Higgins, Ñuble, Linares,
entre mer et cordillère,
d’Olmué, Ñipas, Portezuelo,
de Quebrada Alvarado,
le vin monte le long des treilles,
cherche l’homme et son espérance.

…Vin qui obscurément cherche au-dedans de l’homme,
vin, fleur terrestre qui s’ouvre dans ma poitrine,
vin qui distille des mirages,
vin qui tend les mains,
vin qui rapproche les bouches :
vin des rencontres.

…Vin des hanches puissantes,
vin de la ramure des arbres,
vin des racines les plus profondes,
vin de la douleur et de la joie,
vin feu,
vin flammes,
vin qui monte à la tête,
vin qui descend dans les pieds,
vin de l’évasion, de celui pour qui le film s’efface,
vin qui va par les branches,
vin qui pépie avec les oiseaux.

…Vin trouble de l’exploiteur,
vin mains à la hache de l’ouvrier,
vin veuf de l’avare,
vin faulx paysanne,
vin velours du simulateur,
vin de « Jean de la Vérité »,
vin amer du solitaire,
vin glorieux des compagnons,
vin au jour le jour du policier,
vin rebelle et harassant du mineur de fond,
vin du sieur et du gentilhomme,
vin confiant, aux poches trouées,
vin du geste torve,
vin vent qui balaie les haines,
vin du froid et des vêtements trempés,
vin de la sueur,
vin halluciné des habitants de Chiloé,
vin dense du Mapuche…
…Vent des ailes de la nuit :
vin du matin.

…Vin creux des vaches sacrées,
vin bavardé simplement dans un coin d’auberge,
vin baveux du colonisé mental,
vin qui sourit dans notre indulgence,
vin à genoux des vendus,
vin debout du révolutionnaire,
vin nuit,
vin jour.

…Que vienne le Cubain à sa rencontre
et le regarde en face.
Avec la joie que gorgée après gorgée
ce vin édifie dans ta poitrine,
se lèvent, frère cubain,
des siècles de mains vides ;
dans les gouttes vermeilles ou blondes
naviguent de pauvres mas,
des enfants nus-pieds te font signe,
des paysans écrasés,
la femme flétrie par la souffrance,
la longue soif de l’homme sans fête,
les rêves tronqués du jeune couple.

…C’est pourquoi
–en cette année mille neuf cent soixante-dix
il est important de dire
c’est pourquoi–
quand du sol chilien émerge un nouvel oxygène,
ce vin est joie.

…Vin qui monte jusqu’à Cuba,
vin qui cherche ses bouches,
vin qui chantera dans ses chansons,
vin qui étreindra dans les amours cubaines,
vin qui récoltera la canne à sucre avec les paysans,
vin qui montera aux palmiers jusqu’à son soleil,
vin qui bavardera la nuit avec les camarades,
vin de la fraternité, du cri libre…
…Vin qui picotera sur ta langue, frère cubain,
vin qui galopera dans tes nuits,
vin qui brillera sur les dents,
vin qui brillera dans les yeux

…Vin
…….du regard infini
……………………..vers l’avenir.

*

Poème à faire voyager avec le vin (Poema para que viaje junto al vino) par Luis Sepúlveda

Le vin part, il s’en va pour son voyage d’ami
faisant au revoir de son mouchoir noir, il quitte les ports
en chantant de vieilles chansons de marins, des hymnes nostalgiques
avec sa grosse voix d’ouvrier, un matin de septembre.
Il part, articulant de ses lèvres de pampre un mot nouveau,
ample comme une grappe de raisin : Camarade.
Notre millénaire camarade s’en va,
tendant les bras depuis les tonneaux,
pour accoster comme un albatros de raisins
dans la poitrine dionysiaque du milicien mulâtre,
et se faire légende et couleur dans le paysan victorieux
de l’héroïque récolte de canne du revers-victoire.
Le vin rouge du Chili, comme un poulain furieux
monte dans les bateaux qui l’emmèneront à Cuba.
Il porte dans ses bulles la salutation populaire de ce peuple nouveau.
Quand le coupeur de canne le boira le soir, tranquillement,
il sentira courir dans ses veines toute l’histoire épique
de cette terre pleine de cataclysmes, de tempêtes,
d’inondations, de catastrophes océaniques,
d’épopées, de terribles siècles d’exploitation latifundiste,
que l’homme national, ferme et œcuménique,
a foulée et dépassée à force d’énergie et de courage prolétaire.
Quand ils le boiront, dans un moment de repos, Fidel, Almeyda, Dorticos,
Raoul ou un autre des grands dirigeants
sentiront le même colossal choc d’énergies,
qui conduisent notre homme du peuple à démolir des cordillères
en perçant des tunnels, à aiguillonner les ténèbres de la nuit vers la haute mer
dans les hauts faits de pêche, ils sentiront, camarades,
le même impact vital que sent
le mineur de fond qui déchire les entrailles de la montagne dans les mines de cuivre
ou creuse une galerie de plusieurs kilomètres jusqu’à la mer dans les mines de charbon de Lota.
Mais là où le vin remplira vraiment une fonction prépondérante
d’antiques légions, c’est dans les célébrations de victoires,
quand la main révolutionnaire du jeune Peuple de la jeune Cuba
pour la centième fois repoussera une vile invasion
et fera fuir vers le cloaque de Miami les rats
et cancrelats apôtres des mensonges de Yankeeland.
Et le vin chantera, comme vin n’a jamais chanté,
quand Nicolas Guillén lèvera le verre dans sa main de maître de générations entières,
avalera une gorgée, se souviendra de la colline Santa Lucia,
et rira à gorge déployée sous ses cheveux blancs, comme un vieux dieu grec vêtu à la manière d’un paysan cubain.
Quand le poète cubain sentira le goût du Chili,
aux compagnons du vert lézard vert il parlera de cette terre
nommée Chili, leur parlera tristement d’Arica et
de son Morro1, monument au massacre des peuples,
que finança le gringo Samuel North pour remplir
d’or, d’argent et de salpêtre la gueule du vieil impérialisme.
Il leur parlera des ports, beaux et tristes ports du Chili,
peuplés de pélicans et de prostituées obscures comme la nuit,
petites femmes, statues de chair se vendant au plus offrant.
Il leur parlera des ports de notre côte, qui sont la veine tranchée
par où s’échappe notre sang minéral pour remplir
les bourses de Wall Street, et financer avec le cuivre humilié
les massacres du Vietnam, du Cambodge et les attaques de l’île.
Le poète leur parlera, par le vin, du sud du Chili, plein de fleuves,
de nuages, d’averses, d’éclairs,
il leur parlera des îles et des canaux, leur
dira qu’une nuit la populace nationale maritime et agraire
but tant et tant de vin qu’une cueca2 de Huillin
fit trembler si fort la terre qu’elle la fit éclater en mille morceaux,
lui donnant forme d’archipel de Chiloé, leur
racontera qu’ici, la nuit, en hiver,
on le boit chaud comme un baiser de femme et parfumé
à l’orange et à la cannelle, comme une bouche d’adolescente.
Et le poète leur dira qu’il faut le boire comme quelqu’un boit du sang,
respectueusement, car c’est du sang.
C’est du sang de mains agricoles vendangeuses, c’est
du sang d’hommes attristés, saouls de découragement
avant l’heure.
Et il leur dira qu’il faut le boire avec ferveur révolutionnaire,
car il est feu et force, et comme tel
il faut le boire comme une accolade, parce que nous avons tous besoin
que le phare de Cuba continue d’éclairer l’Amérique.
Moi, poète de cet hémisphère de louveries,
je lève mon verre et idéologie prolétarienne,
et je crie comme un taureau rouge près de la montagne :
À ta santé, Cuba ! À ta santé, Amérique ! À ta santé, Révolution !

1 Arica et son Morro : Le « Morro d’Arica » est un piton rocheux dans la commune d’Arica, dans le nord du pays, qui évoque la guerre de 1879-1883, « guerre du Pacifique » ou « guerre du salpêtre », entre le Pérou et le Chili, par laquelle ce dernier s’annexa cette partie de son actuel territoire.

2 Cueca : danse traditionnelle.

*

Rêve bleu (Kallfv peuma mew, sueño azul) par Elikura Chihuailaf Nahuelpan (1995)

Note. Le poème a été écrit en mapudungun, langue des Indiens Mapuche du Chili. L’anthologie comporte le texte original accompagné d’une traduction en espagnol, qui est la version à partir de laquelle j’ai travaillé à cette traduction française.

La maison bleue où je suis né est
…située sur une colline
entourée de robles, de saules,
de noyers, de marronniers
d’un parfum printanier en hiver
–un soleil à la douceur de miel d’ulmo–
de fuchsias entourés à leur tour de colibris
dont nous ne savions pas s’ils étaient réels
ou bien un rêve : si éphémères !
En hiver nous entendions tomber les chênes
…frappés par la foudre
Le soir nous sortions, sous la pluie
…ou dans les couchers de soleil
chercher les brebis
–parfois nous pleurions
la mort de quelques-unes
flottant sur les eaux–

La nuit nous entendions les chants
les légendes et les prophéties
près du feu
respirant l’arôme du pain
…enfourné par ma grand-mère
…ma mère ou tata Maria
pendant que mon père et mon grand-père
–cacique de la communauté–
observaient avec attention et respect
Je parle des souvenirs de mon enfance
et non d’une société idyllique
C’est là, me semble-t-il, que j’appris
…ce qu’est la poésie
Les grandeurs de la vie
…quotidienne
mais surtout ses détails
la lueur du feu, des
…yeux, des mains

Assis sur les genoux de ma
grand-mère j’entendis les premières
histoires d’arbres
et de pierres qui se parlent entre eux
et avec les animaux et les gens
C’est donc ça, me disais-je, il faut
…apprendre à interpréter
…leurs signes
et à percevoir leurs sons
qui se cachent habituellement
…dans le vent
Tout comme ma mère aujourd’hui,
elle était silencieuse et avait
une patience à toute épreuve
On la voyait aller d’un lieu
…à l’autre
faisant tourner son fuseau
la blancheur
…de la laine
Fils qui, sur le métier à tisser des
…nuits, se convertissaient
…en beaux tissus
Comme mes frères et sœurs
…–plus d’une fois– j’essayai d’apprendre
cet art, sans succès.

Mais je gardai en mémoire
le contenu des dessins
qui parlaient de la création
et de la renaissance du monde mapuche
de forces protectrices, de
…volcans, de fleurs et d’oiseaux
De même, avec mon grand-père
nous partageâmes de nombreuses nuits
…à la belle étoile
De longs silences, de longues histoires
…qui nous parlaient de l’origine
…de notre peuple
du Premier Esprit mapuche
lancé du Ciel
Des âmes qui sont suspendues
…dans l’infini
…comme des étoiles
Il nous apprenait les chemins du
…ciel, ses fleuves, ses signes
Chaque printemps le voyait portant
…des fleurs à ses oreilles
et sur le revers de son veston
ou marchant pieds nus sur

…la rosée du matin
Je me souviens aussi de lui cavalant
sous une pluie torrentielle
d’hiver dans des bois
…immenses
C’était un homme agile et fort
Me promenant entre ruisseaux
bois et nuages, je vois passer
…les saisons :
Bourgeons de Lune glacée (hiver)
Lune de la verdeur (printemps)
Lune des premiers fruits
…(fin du printemps
…et début de l’été)
Lune des fruits abondants
…(été)
et Lune des bourgeons cendrés
…(automne)
Je sors avec mon père et ma mère
…chercher des remèdes et des champignons
La menthe pour l’estomac
la mélisse pour le chagrin

le matico pour le foie et pour
…les blessures
le coralillo pour les reins
–disait ma mère
Ils dansent, ils dansent, les remèdes
…de la montagne –ajoutait mon père
me faisant lever les
…herbes dans mes mains
J’apprends alors le nom des
…fleurs et des plantes
Les insectes remplissent leur fonction
Rien n’est de trop en ce monde
L’univers est une dualité
le bien n’existe pas sans le mal
La Terre n’appartient à personne
Mapuche veut dire Gens de la
Terre –me disaient-ils
En automne les ruisseaux
…commençaient à briller
L’esprit de l’eau remuant
sur le lit de pierre
l’eau émergeant des yeux
…de la Terre

Chaque année je courais à la montagne
pour assister à la merveilleuse
…cérémonie de la nature
Puis arrivait l’hiver
…afin de purifier la Terre
pour le commencement des nouveaux
…rêves et semis
Parfois des hérons bihoreaux passaient
nous annonçant la maladie
…ou la mort
J’avais de la peine en pensant
…qu’un des Anciens que j’aimais
devrait partir pour
…les rives du Fleuve des Larmes
appeler le nocher de la mort
rejoindre les
…Ancêtres
et se réjouir dans le Pays Bleu
Un matin partit mon frère
…Carlitos
Il bruinait, c’était un jour cendreux
Je sortis pour me perdre dans les bois
…de l’imagination

…(j’y suis encore)
Le bruit des ruisseaux
nous enveloppait en automne
Aujourd’hui, je dis à mes sœurs
…Rayén et América :
je crois que le poésie est seulement
une respiration paisible
–comme nous le rappelle notre
…Jorge Teillier3
tandis que comme Autruche du Ciel
par tous les pays je laisse errer
…ma pensée triste
Et à Gonza, Gabi, Caui, Malen
…et Beti je dis :
Aujourd’hui je suis dans la Vallée de
…la Lune, en Italie
avec le poète Gabriele Milli
Aujourd’hui je suis en France
avec mon frère Arauco
Aujourd’hui je suis en Suède
avec Juanito Cameron
et Lasse Söderberg
Aujourd’hui je suis en Allemagne
avec mon cher Santos Chavez

…et Doris
Aujourd’hui je suis en Hollande
avec Marga, Gonzalo Millan
…et Jimena, Jan et Aafke
…Juan et Kata
Il pleut, il bruine, le vent
…jaunit à Amsterdam
Les canaux brillent
sur les antiques lampadaires
…de fer
et les ponts-levis
Je crois voir une tulipe bleue
un moulin dont les ailes tournent
…et se détachent
Nous avons envie de voler :
Allons ! que rien ne trouble
…mes rêves –me dis-je–
Et je me laisse emporter par les nuages
vers des lieux inconnus
…de mon cœur.

3 Jorge Teillier : poète chilien (1935-1996).

*

Le secret du soleil (El secreto del sol) par Elikura Chihuailaf Nahuelpan (1991)

À Sandra Trafilaf, prisonnière politique

La Lune se cache dans tes yeux
que je regarde, tes yeux sanglants
Ton âme s’échappe de la prison
et main dans la main je t’emmène tu m’emmènes
…vers l’aube
Il y a une femme à la porte de
…la maison, près du lac
J’irai découvrir le mystère
…du soleil derrière la montagne, maman

lui dis-tu.

*

Que t’ont-ils fait Ignacio Valenzuela (Qué te han hecho Ignacio Valenzuela) par Guillermo Riedemann (1987)

Note. Ignacio Valenzuela Pohorecky, un des responsables du Front patriotique Manuel Rodríguez (Frente Patriótico Manuel Rodríguez, FPMR), fut assassiné par les services secrets chiliens avec plusieurs autres responsables de cette organisation illégale, en 1987.

Le ciel est tellement bleu Ignacio
Étrangement bleu en plein mois de juin
Il fait froid oui et toux et détresse
Que fais-tu là étendu le sourire
En miettes que t’ont-ils fait
Nu sur le dos en plein trottoir
Le visage brisé par les balles ainsi que les jambes
Et la poitrine et même les pieds.
Que font ces gens penchés
Sur ton corps ils regardent ton sang
Ta tendresse qui est restée là
Hors de ta peau et ils comparent
Ton visage avec une photographie.
Ils mesurent la distance qui te sépare
De la chaussée à présent que l’avenir
Est devenu tellement lointain.
Ils éloignent les curieux semblent si graves
Mais ils sont tranquilles eux
Penchés sur ton corps.
Tellement bleu le ciel est tellement bleu
Que tu décides de te mettre debout
Et ainsi dénudé tu te mets à marcher
Lent et calme sans regarder derrière toi.
Tu passes devant la maison de ta mère
Tu lui baises le front elle te dit
Couvre-toi mon fils prends soin de toi cet hiver
Tu ne sembles pas l’écouter tu souris et t’en vas.
Sur le chemin tu prends ta 2CV4
Tu vas chercher tes enfants et ta compagne
Nu comme tu es personne ne te regarde
Pourtant et tu traverses rues et feux de circulation
Sous ce ciel tellement bleu en plein mois de juin.
Tellement bleu le jour sous ce ciel bleu
Que même mourir serait beau
Douloureux injuste tristement beau
Comme meurent les hommes et rien de plus Ignacio.

4 2CV : La « deux chevaux » ou « deudeuche » était également produite et commercialisée par Citroën au Chili (et en Argentine), avec le nom de Citroneta sous lequel elle apparaît dans l’original.

*

Le pardon du roi (El perdón del rey) par Guillermo Riedemann (2010)

Note. Hommage aux victimes de la dictature militaire, dont plusieurs sont nommées. Villa Grimaldi et Londres 38 étaient des centres de détention et de torture.

Le « véritable visage de ce pays » (vers 7) est celui des victimes transformées en « torches vivantes » et qui survécurent, c’est-à-dire un visage brûlé. Voir « Carmen Gloria Quintana » sur Google images.

Je pardonne à ceux qui appliquèrent la gégène à Muriel Dockendorf
Et l’écoutèrent crier ainsi qu’à ceux qui savaient et n’ont rien fait
Je pardonne à ceux qui jetèrent Marta Ugarte à la mer
Tandis qu’ils se vantaient qu’il n’y avait pas de disparus au Chili
Je pardonne à ceux qui transformèrent en torches vivantes
Rodrigo Rojas et Carmen Gloria Quintana
–le véritable visage de ce pays–
Je pardonne à ceux qui égorgèrent
José Manuel Parada, Manuel Guerrero et Santiago Nattino
Je pardonne à celui qui donna l’ordre et à celui qui appuya sur la gâchette
Pour trouer le corps de Victor Jara et Carlos Lorca
Je pardonne à ceux qui cachèrent les corps dans un four à chaux à Lonquén
Je conchie les avocats, les jugements et les peines
Ce n’est pas pour rien que je suis le nouveau monarque successeur de la Princesse
Qui nous apprit à jouer de la cloche de Wall Street
Je pardonne à ceux qui se sont faits dirigeants d’entreprise
et de banque et ont accumulé la richesse qui ne leur appartient pas
À ceux qui ont volé ce qui était à tout le monde et à ceux qui ont volé
Ce qui n’est à personne
Je pardonne à ceux qui, comme nous, sont retournés
Sur le lieu du crime et ne ressentent aucune honte
Je pardonne à ceux qui jetèrent dans les lacs du sud
–Ces lacs que j’aime et où je vais prendre du repos et signer des contrats–
Des paysans Mapuche sans que personne le sache
Je pardonne à celui qui fabriqua les bombes et à celui qui les déposa
Et à celui qui les fit détoner et à celui qui donna l’ordre
D’assassiner Orlando Letelier et Carlos Prats
Je pardonne au responsable de la Villa Grimaldi
Et au responsable du responsable de Londres 38
Je pardonne à celui qui viola des prisonnières à terre
À celui qui introduisit des rats dans leurs vagins
Et à celui qui arracha les ongles des mains
De ceux qui malgré tout ne dénoncèrent pas leurs camarades
Je pardonne à ceux qui inhumèrent de nuit
Les restes des personnes assassinées et ensuite les exhumèrent
Pour les faire disparaître pendant que d’autres –comme moi–
Regardaient le solde de leurs comptes courants
Je pardonne à ceux qui assassinèrent Ignacio Valenzuela par derrière
Lors de l’opération Albania et enfermèrent sept prisonniers
Dans une maison abandonnée pour les tuer de sang-froid
Je pardonne aux pilotes qui ont bombardé le palais présidentiel de la Moneda
Je pardonne au bourreau, à l’interrogateur, au geôlier
Au sergent, à l’instructeur militaire, au secrétaire, au chauffeur
Au falsificateur, au fossoyeur, à l’assassin
Je pardonne à tous, en cela je suis particulièrement généreux
Je leur pardonne car je suis le nouveau monarque
Et que par le biais de ses représentants Dieu me l’a demandé
Je pardonne à ceux qui ont fait pour moi le sale boulot.

*

Haute poésie (Alta poesía) par Jorge Montealegre (1983)

Tous les voisins de mon quartier font la sieste,
mais il y a des enfants assommants qui frappent aux portes :
ils demandent du pain et empêchent
d’écrire des poèmes sublimes sur la faim.

*

Envoyé spécial (Enviado especial) par Jorge Montealegre (1983)

Des sources bien informées auraient indiqué
que certains représentants non identifiés d’organisations inexistantes
seraient réunis en un lieu inconnu
…………………………………vraisemblablement près de Santiago
en vue de concerter une éventuelle action de protestation
contre une supposée violation des droits de l’homme

En outre elles évoqueraient l’apparition en vie
…..de gens qui auraient disparu de manière involontaire
et dont la mort présumée a déjà été clairement suggérée au Comité
…………………………………sans personnalité juridique
regroupant les personnes concernées par cette situation hypothétique

Il apparaîtrait
qu’à cette réunion non autorisée
par conséquent rien d’autre qu’un rendez-vous social d’éléments antisociaux
outre les dirigeants de partis dissous
ont également participé certains individus inconnus
…………………………………jeunes probablement
qui derrière l’anonymat propagent rumeurs et plaisanteries
attentatoires à la sécurité
…………………………………de la partie la plus connue de la Nation.

*

Il y a brebis et brebis (Hay ovejas y ovejas) par Rosabetty Muñoz

Note. Les trois poèmes suivants de Rosabetty Muñoz sont tirés de son recueil Canto de una oveja del rebaño (Chant d’une brebis du troupeau, 1981).

Celles qui broutent de tout pâturage
et dorment avec un sourire de satisfaction
dans les enclos.
Celles qui vont aveuglément
sur les chemins accoutumés.
Celles qui boivent insouciantes
aux ruisseaux.
Celles qui ne vont pas sur les versants dangereux.
Celles-là donneront une laine abondante
lors de la tonte
et seront de savoureuses invitées
aux fêtes de fin d’année.
Il y a aussi
celles qui se tordent les pattes
en cherchant des champs de marguerites
et restent des heures et des heures
à contempler le fond des précipices.
Celles-là bêlent toute la grande nuit de leur vie
apeurées.
Et il y a, enfin,
les mauvaises brebis égarées.
C’est pour elles que
sont les racines cachées
et les prés les meilleurs, les plus délicieux.

*

Une brebis trébuchant (Oveja a tropezones) par Rosabetty Muñoz

J’ai peur.
Peur des mauvais chemins
des malentendus qu’à bras ouverts
accueillent nos rêves.
J’espère plus que je ne puis dire
et depuis que j’ai cessé d’être possibilité
devant l’abîme des yeux en arrêt
j’éprouve une sensation brumeuse
d’amarres et de toiles d’araignée.

*

Exposée (Expuesta) par Rosabetty Muñoz

Prompts à blesser ils s’accumulent
à ma périphérie.
Un œil sur un autre.
Je vais à eux les bras ouverts
Il ne sera pas dit qu’ils ne m’atteindront pas.
Il ne sera pas dit que la douleur de leurs crocs
me sera niée pour toujours.

*

Harangue au conquistador (Arenga al conquistador) par Yasmín Fauaz Núñez (2014)

Frère soldat.
Triste héritier d’Alexandre le Grand
(cet autre conquistador, néfaste entre tous)

Si tu te baissais un moment
et regardais avec attention la poussière
que tu disloques de tes bottes.

Si tu demandais leurs secrets les plus inconnus
aux eaux de ces fleuves
et aux grains de ces dunes
qu’arrose la colère de ton regard de napalm.

Si tu prêtais dans le vent une oreille attentive
à ce ciel que sillonne la tempête lâchée
par les chasseurs-bombardiers furtifs dans les hauteurs
avec leurs œufs de phosphore et d’uranium résiduel.

Si tu ne passais lâche et tyrannique
dans l’insecte qui te fait fort
par son exosquelette d’acier
résistant aux larmes brûlantes
et aux dents serrées des mères et des enfants
de Syrie et d’Iran,
d’Irak et d’Afghanistan.

Si tu appréciais la sublime
architecture des temples et des mosquées
les millénaires œuvres de l’hydraulique
et laissais voler ta pensée
avec le sable du désert.

Si tu te libérais des paroles des médias.
Si tu pensais !
Si tu doutais une seconde,
si tu lisais, si tu écoutais
et si tu méditais…

…tu comprendrais…

Que tu devrais t’agenouiller
pour baiser tes propres empreintes
car tu es dans la grande Mésopotamie,
une des terres les plus sacrées.

Le lieu où nous déchiffrons
les secrets de la culture.

Le « Tigre » ne te dit rien ?
L’« Euphrate » ne te dit rien ?
Ces noms insignes ne te parlent pas ?
Ne vois-tu pas que tu es dans le jardin, dans l’école
où les hommes apprirent à écrire ?
Où fut découverte la métallurgie.
Où fut inventé le monothéisme.

Frère ! Au nom de ta mère et de ma mère…
Ne manque pas de respect
à notre mère Babylone.

Les Chaldéens enseignèrent à tes pères
les délices de boire de la bière.
Ammourabi légiférait
là où tes balles aujourd’hui tuent.
D’ici sortirent les mythes,
lois et légendes que traduisit Moïse
dans la moitié ou plus du Pentateuque,
en commençant par la Genèse,
suivie du Décalogue
et culminant avec les normes du Deutéronome.

Tu es sur la terre de Noé !
Tu es sur la terre de Lot et de Moab
et de Ben-Ammi !

Zoroastre ne te dit rien ?
Ni la route de la soie ?
Ni les Parthes ?
Ni les contes de la princesse Schéhérazade ?

Tu oses massacrer les peuples divins
de la Bible et du Coran ?
Les descendants d’Ésaü,
les bâtisseurs des ziggourats ?
Les hommes qui fixèrent les constellations
sur la mappemonde sidérale ?

Tu ne vois pas les djinns, les afrites, les califes abbassides ?
Les peuples amorrites ?
Les Perses ?
Les navires de Sinbad dans le port de Bassora ?
Les tapis volants ?
Le fantôme d’Al-Rashid errant dans Bagdad ?

TU NE VOIS RIEN ?

Ne sois pas le crachat mensonger des peuples barbares.
Réveille-toi orgueilleux esclave
des marchands d’armes.

Ne vois-tu pas comment aveugle tu défèques tes ancêtres,
la moitié de ta culture,
l’origine première de ton concept moral,
le lieu où est née la propriété privée,
la terre d’où sont surgies les banques,
l’argent et bien d’autres choses encore
de tout ce que tu aimes et adores ?

C’est ici que Cyrus pardonna au rabbin !

Va soldat…
Suis ton destin…
ajoute un nouveau chapitre à la geste
du berceau originel
de ce que nous appelons l’histoire universelle.

Va…
Va tranquille…

Qu’est-ce que ça change ?