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Poésie maya contemporaine du Guatemala

Ce qu’il est convenu d’appeler, au Guatemala et dans les pays voisins, le « mouvement maya » a pris son essor à la fin de la guerre civile guatémaltèque (1960-1996) et en partie comme une réponse à ce qui a été caractérisé comme un « holocauste maya » :

« La guerre civile récemment terminée au Guatemala a été conçue comme un ‘holocauste maya’. La majorité des plus de 200 000 personnes qui moururent dans le conflit armé et du million de personnes déplacées étaient indigènes. » (La recién finalizada guerra civil en Guatemala ha sido concebida como un ‘holocausto maya’.  La mayoría de las más de 200.000 personas que perecieron en el conflicto armado y el poco más de un millón de desplazados fueron indígenas.) (Extrait de la préface à l’anthologie ici utilisée : voir les références trois paragraphes infra).

Le rapport de la Commission nationale pour l’éclaircissement des faits historiques relatifs à la guerre civile (Comisión para el Esclarecimiento Histórico) parle de 83 % de Mayas parmi les victimes (Wkpd). L’enrôlement forcé de paysans indigènes par l’armée nationale guatémaltèque sur le modèle des « hameaux stratégiques » créés par l’armée U.S. au Vietnam dans leur stratégie contre-insurrectionnelle joua un rôle important dans ce résultat. Notamment, la résistance des communautés mayas à cette stratégie, même dans les cas où ces communautés n’étaient ni de près ni de loin affiliées à la guérilla, entraîna des massacres de masse contre ces populations civiles par l’armée.

À la suite de ces événements tragiques, les survivants ressentirent le besoin de réaffirmer leur culture, et les jeunes intellectuels issus de la communauté maya s’en firent l’écho en utilisant le maya dans leurs travaux littéraires. En d’autres termes, le traumatisme récent de la guerre civile donna une impulsion particulièrement forte au mouvement pour que le maya prenne sa part au courant d’« oralittérature », de littérature écrite par des écrivains indigènes le plus souvent dans les langues indigènes de la littérature orale (par ailleurs toujours vivante dans ces communautés), courant qui s’est développé à partir de ces années-là dans différents pays d’Amérique latine. (Sur le concept d’oralittérature, voir la présentation mes traductions de Poésie amérindienne du Nord-Ouest du Mexique et d’Arizona ici.)

Les poèmes ici traduits sont tirés de l’anthologie Uk’u’x kaj, uk’u’x ulew: Antología de poesía maya guatemalteca contemporánea (Cœur du ciel, cœur de la terre : Anthologie de poésie maya guatémaltèque contemporaine) (Instituto Internacional de Literatura Iberoamericana, Universidad de Pittsburgh, 2010), compilée et présentée par Emilio del Valle Escalante.

Les poèmes recueillis dans cette anthologie sont ceux de poètes mayas. Certains poèmes ont été écrits en espagnol, d’autres en maya et sont accompagnés de leur traduction espagnole dont je me suis servi pour ce travail. Sur les vingt-trois poèmes ici présentés, onze ont été écrits en maya. Dans le choix qui suit, à côté du titre du poème en français figure entre parenthèses le titre original ou le titre original et sa traduction espagnole, ce qui permet au lecteur de savoir si l’original est maya ou espagnol.

Les poètes traduits sont Luis de Lión (pseudonyme de José Luis de León Díaz, pionnier de la littérature maya au Guatemala, membre dirigeant du Parti guatémaltèque du travail [Partido Guatemalteco del Trabajo], parti qui s’unit aux autres forces de la guérilla pendant la guerre civile ; Luis de Lión fut enlevé en 1984 par un escadron de la mort et porté disparu jusqu’en 1999, date à laquelle un examen des archives militaires a montré qu’il fut assassiné l’année de son enlèvement) (quatre poèmes), Víctor Montejo, exilé aux États-Unis depuis 1982 (deux poèmes), María Elena Nij Nij (1), Pablo García (3), Santos Alfredo García Domingo (1), Adela Delgado Pop (3), Daniel Caño (5), Rosa Chávez (1), Pedro Chavajay García (1) et Sabino Esteban Francisco (2). Ce dernier, né en 1981, a grandi dans une CPR, une « communauté de population en résistance » (Comunidad de Población en Resistencia) ; les CPR étaient des communautés mayas qui abandonnèrent leurs localités traditionnelles pendant la guerre civile pour fuir les massacres et vécurent, cachées dans les forêts, d’une précaire économie de subsistance, ne réapparaissant au grand jour que dans les années 1990.

Le lecteur trouvera mes autres traductions de poésie du Guatemala à « Poésie révolutionnaire du Guatemala » (x).

Volcán de Agua

*

Poème pour mon enfant (Poema para mi niño) par Luis de Lión (José Luis de León Díaz)

sous cette peau
il y a la peau douce d’un enfant
qui dort seulement,
qui porte une charge,
qui marche même en rêve :
ses pieds sont deux fruits sans gousse,
son fardeau est un volcan,
son chemin est de pierre.

et cet enfant,
comme il y a des années de cela,
dès que le jour se lève,
quitte son lit
et sort avec sa mère.

en bas il y a son hameau
avec ses rues comme des serpents,
ses maisons comme des poules,
son église, grande et blanche,
comme un lapin dans l’herbe.

en haut
il y a sa propriété privée,
……son morceau de volcan,
avec quelques pêches pleines de miel pareilles à
des moineaux,
avec quelques chérimoles suspendues comme des ruches vertes,
avec sa terre à demi stérile
comme une mère à la veille de la ménopause.

cet enfant est un guerrier,
il tient dans ses mains
une fronde et une machette
pour triompher de la nature et chasser les animaux des bois,
cet enfant est un poète,
il a dans sa bouche
des centaines de mots pour nommer les choses :
le pin : pin ;
le chêne : chêne ;
le ravin : résonateur de marimba ;
les oiseaux : avions ;
les insectes : paons, petites vaches, etc.
cet enfant est un esclave,
il porte sur le front
la trace de corde du faix
comme une marque à bétail.

quand il gravit le volcan, c’est une fourmi.
tachée par le bleu et le vert.

en dessous de son hameau il y a la vallée,
grande et plane comme un lac,
et au milieu la ville,
blanche comme un bateau,
avec ses rues droites,
ses hautes églises,
ses cloches qui secouent le verre du ciel
quand elles sonnent,
avec son vieux parfum de violette entre les pages d’un livre,
avec sa bouche édentée de patronne qui attend.
l’enfant la regarde,
monte,
transpire,
trotte derrière l’ombre de sa mère.

l’enfant et la mère arrivent à leur bout de terre,
l’enfant et la mère le fertilisent de leur sueur et de leur espérance,
lui grimpe aux arbres
et se déplace entre les branches comme un écureuil,
il cueille les fruits
et elle les collecte.

plus tard,
les deux descendront laissant le volcan derrière eux,
mais cette fois ce sera en direction de la ville,
ils parcourront la route à pied,
de nouveau, écrasés, pliés sous le poids
du fardeau,
en suant comme des bœufs ;
sur le marché, en plein soleil, ils continueront de suer ;
et ils retourneront au hameau en suant.
parfois,
lui n’ira pas
et attendra sa mère dans un coin
puis se précipitera à sa rencontre
en sautant comme un ballon joyeux.

c’est une partie de l’histoire de cet enfant
qui un jour cessera de l’être
et d’être un paysan
qui soufflait à grand bruit
quand il posait sa charge dans la cour de sa maison
et se redressait digne comme un arbre.

cependant,
malgré le temps et l’apprentissage d’un autre métier,
en lui,
au plus intime de son être,
cet enfant va toujours avec lui.

*

Comme quand j’étais un enfant flâneur (Como cuando era un niño sin oficio) par Luis de Lión

Comme quand j’étais un enfant flâneur,
je me couchai sur l’herbe pour regarder le ciel
mais aucun ange, pas le moindre n’allait par ses chemins.
Ne me dis pas que tu étais cette hirondelle qui battait des ailes sur le toit de la maison.
Ou ce papillon qui se posa sur le géranium et but la dernière goutte de rosée ?

Ma petite,
de quelle taille sont tes yeux ? tes pupilles ont-elles grandi ?
quelles cloches entends-tu ? ressemblent-elles aux cloches de San Juan ?
Je t’imagine enfonçant tes pieds de petit puma dans la neige.
Ou bien te baignes-tu sous un feu-follet ?

Tu sais quoi ?
La grenade a pris la couleur que lui donnerait un potier
et dans ta chambre est née une violette.
Le ciel ? C’est toujours le même pleurnichard que quand tu es partie,
mais les milpas sont mères à présent.
Oui,
le toit de la maison est toujours un aéroport d’oiseaux et
l’œillet suit avec ses fleurs les filles qui passent dans la rue.
La Marie, je sais que son ventre germera bientôt.

Mon petit écureuil,
as-tu rêvé de nous ?
te souviens-tu de la table et de sa permanente exposition d’arômes ?
de la fenêtre et de sa vitre faite d’infini, qui donne sur
le bois de peupliers et la montagne ?
te souviens-tu des montagnes et de leurs pantalons et blouses de chlorophylle ?
des arbres et de leurs fruits comme peints par un enfant ?
des oiseaux et de leurs costumes de printemps, leurs flûtes d’argile ?
te souviens-tu des villages, de leurs ruelles et placettes de poupée ?
des villes ? les villes, lampes des vallées !

Ah, j’allais oublier que le volcan d’Agua te salue bien et
que notre village a demandé de tes nouvelles.

Mon enfant,
ma petite camarade,
je voudrais t’envoyer nos matins et nos crépuscules enveloppés
dans une feuille de maïs,
nos rivières et nos lacs dessinés dans une goutte d’eau
et tout un marché avec son artisanat, ses fleurs, ses fruits
et ses femmes et ses hommes dans le cristal d’un grain de sucre.

Mais tu sais bien que je ne peux même pas t’envoyer ce poème.
Ce poème plein de lumière est pour le compost.
Pour moi et pour personne.
Tu le sais, ma future patrie.

*

Quand tu reviendras (Cuando volvás) par Luis de Lión

Quand tu reviendras,
Je t’attendrai avec un panier pour recevoir ta joie.
Avec ces crayons de couleur je peindrai tes paysages.
Mon amour,
si c’est l’hiver,
mes mains auront gardé la chaleur de l’été.

Mais si cela n’arrive pas,
tu sais quel sont mes devoirs.
Sûrement je serai sorti, ponctuel, pour accomplir l’un d’eux,
un devoir long de jours, de mois.
Il se peut aussi qu’on doive mourir et cela peut durer des années.

Et s’il ne suffit pas d’être mort,
il faudra se convertir en poussière et cela peut durer des siècles.
Et tu sais que l’on ne peut revenir,
que cela fait partie de la plus ancienne discipline.
Autrement
nous ne pourrons accomplir correctement notre fonction d’accoucheurs.

Ainsi donc,
pas de larmes.
Tu sais qu’ici la pluie est abondante, alors pourquoi
gonfler davantage la terre ?
Profite plutôt de son humidité, laboure-là en profondeur,
sèmes-y toutes les graines que tu portes et attends, concentrée.
Il se peut que tu perçoives ma respiration dans une de leurs germinations.

*

Le poème des héros (El poema de los héroes) par Luis de Lión

Note. Le poème fait le tour de plusieurs personnages de la récente culture enfantine occidentale, d’origine essentiellement nord-américaine, dont la plupart n’ont pas besoin d’être présentés. Le Fantôme est le personnage de comics The Phantom, pas tout à fait aussi connu que les autres, me semble-t-il. Quant à Kaliman, c’est un super-héros mexicain créé dans les années 1960 sur le modèle de ses grands frères gringos (Kaliman el hombre increíble). Le poète oppose à ces créations la mythologie maya du Popol-Vuh. Hunapú et Ixbalanqué sont deux jumeaux qui descendirent dans l’inframonde, Xibalbá, combattre les dieux maléfiques pour semer le maïs qui donna naissance à l’humanité.

Avant que Superman l’homme d’acier
vole dans le ciel comme un aigle
et que Batman et Robin, la paire,
se déguisent en chauves-souris ;
avant que le premier Fantôme
habite la Grotte du Crâne
et que Tarzan lance son premier cri
et triomphe de son premier lion dans la forêt ;
avant que le simplet Dingo et le sagace Mickey
capturent le délinquant Pat Hibulaire
et que l’Oncle Picsou épargne son premier centime,
privant un petit enfant de repas ;
avant que Bugs Bunny
vole sa première carotte à Elmer
et que le Renard de la fable
trompe perfidement le Corbeau ;
avant que Lone Ranger
cesse de vivre comme les hommes
et que Kaliman l’homme incroyable
cherche à paraître crédible ;
avant eux tous et bien d’autres,
il y eut deux enfants, Hunapú et Ixbalanqué
qui dans Xibalbá vainquirent la Mort,
deux enfants dont les aventures ne passent pas
à la télé ni à la radio ni ne se lisent dans les journaux,
encore moins dans les magazines de bande dessinée,
mais qui sont bien plus grands et bien plus certains
que Superman et tous ses frères ;
il y eut deux enfants dont nous devons, tous les enfants,
connaître les grandes aventures…

*

L’interrogatoire des ancêtres (Interrogatorio de los ancestros) par Víctor Montejo

Que me fait mal le silence
de mes ancêtres
qui sont devenus muets
leurs traces se perdant peu à peu
comme le vent
lointain des étoiles
incompréhensibles.

Leurs voix s’éteignent
comme le feu
que l’on cache la nuit
mais qui ensuite
est éteint par la pluie ;
et ainsi leurs pas
se sont presque entièrement effacés
comme d’obscures
pages de vieux codex.

Nous leurs descendants,
endormis,
les étrangers
nous ont tellement trompés
qu’ils sont devenus experts en l’art
de tout mélanger
et d’embrouiller pleins d’étonnement
nos histoires.

Et nous ne pouvons rire,
ni nous résigner,
car c’est nous,
les indigènes,
qu’ils défigurent
car, enfin,
quelle sera notre réponse
aux ancêtres
quand avec éclairs et tonnerre
ils reviendront
nous demander le feu
qu’ils nous laissèrent
dans le cratère du grand volcan ?

Ils diront :
« Que viennent à nous tous les fils
avec le livre sacré
que nous les avons chargé
de garder et d’interpréter. »

« Ô pères ! », répondrons-nous,
« les livres sacrés
ont tous été brûlés
quand les Kaxhlanes, les étrangers
venus de l’Orient
par la mer
nous dépouillèrent de nos richesses ;
nos livres alors
furent brûlés
par ces moines maudits
aussi voleurs
que les conquistadores. »

Et ils répondront :
« Tristes fils endormis,
notre déshonneur.
N’avez-vous pas appris
à vaincre la nuit noire
comme les jaguars,
embrasant ensemble
vos fagots de pin ?
« Nous l’avons tenté,
ô pères sages et grands !
Mais les traîtres
comme toujours n’ont pas manqué. »

« Tristes fils humiliés
et abandonnés,
Pourquoi n’avez-vous point réitéré
notre histoire
et la roue des katuns1
gravée sur les stèles
devant les temples ? »
« Ô pères sages et grands !
nos stèles
aussi ont été déplacées,
dispersées dans les musées
du monde. »

Tristes fils endormis,
vous les abusés.
Pourquoi avez-vous cédé à l’encan
nos connaissances,
les sciences écrites
sur ces pierres indéchiffrables
aux yeux étrangers ? »
« Ô pères sages et grands !
nos stèles
ont été arrachées à la terre
et non vendues.
Encore une fois ces voleurs… »

« Tristes fils endormis,
vous les dépossédés.
Que sont devenus les livres
du culte annuel
aux symboles peints
qu’à toute heure
interprétaient les Ahb’eh2 ?

« Ô père sages et grands,
les étrangers ont également emporté
nos codex
de l’autre côté de la mer, là-bas. »

Et ils diront :
« Tristes fils geignards
et giflés,
pourquoi les livres sacrés
sont-ils en d’autres mains, comme des ornements ?
Prétendent-ils lire leur contenu
et interpréter
nos messages occultes ?
« Ô pères sages et grands,
personne ne peut, comme vous, les lire aujourd’hui.
Les connaissances du passé
se sont petit à petit
évanouies. »

« Et vous, fils,
pouvez-vous extraire
les enseignements cycliques
qui se cachent
dans nos hiéroglyphes ?
« Non, pères !
nos peuples ont été réduits au silence
et de plus
nous vivons trop loin
de ces centres
où jadis
comme un prodige
vous érigeâtes les murs de nos grands temples
et de nos cités. »

« Alors qui
peut lire les signes
et les chemins brillants
des astres
et le « Chemin du Froid »3
qui serpente
dans l’azur du ciel ?
« Ô pères sages et grands,
quelques mayanistes
affirment avoir la clé
pour les lire,
et qu’ils sont les seuls à pouvoir interpréter un jour
les mystères cachés. »

Ils riront
à gorge déployée
quand ils entendront
leurs fils se lamenter ainsi,
car il faudra beaucoup de temps pour lire
et non seulement imaginer
les histoires écrites
dans la pierre taillée.

Alors les ancêtres
appelleront de nouveau leurs fils
et leur diront avec orgueil :
« Triste fils humiliés
et dépouillés,
vous devez aviver
avec beaucoup de bois
la petite flamme esseulée
luisant encore
sur le copal odorant
de l’encensoir
qui s’offre toujours à nous
dans le cœur de la colline, près de la mer.

Vous serez
à nouveau nos vassaux,
les fils illustres
qui dans les katuns à venir
ne seront plus humiliés.
Mais il vous reste encore
à vaincre la nuit noire.
Allumez vos brassées de pin
tous ensemble, tous les peuples,
et que vos pas à l’unisson
rompent aujourd’hui
le sceau de l’avenir. »

1 Roue des katuns : La roue des katuns est un monument d’astrologie maya, une figuration circulaire du calendrier. Le katun maya est une période d’environ vingt années.

2 Ahb’eh : Selon le glossaire en fin d’anthologie réalisé par E. del Valle Escalante, il s’agit de l’interprète des livres sacrés chez les Mayas.

3 « Chemin du froid » : Selon le glossaire en fin d’anthologie, c’est un des chemins qui conduit à l’inframonde Xibalbá, en l’occurrence à la région de l’inframonde connue sous le nom de « Maison du froid ». Montejo le situe, avec les étoiles, « dans l’azur du ciel » et je ne sais pas si c’est conforme au mythe.

*

Les Mayas s’en vont (Los mayas se van) par Víctor Montejo

Les Mayas sont un grand mystère
dira un jour, dans un futur plus ou moins lointain,
quelque archéologue encore inconnu
quand, dans un cimetière à l’écart
parmi la centaine d’autres aujourd’hui clandestins
au Guatemala, au Salvador,
en Amérique latine,
il trouvera à l’intérieur d’une seule et même fosse
des dizaines ou centaines de cadavres,
les uns sans bras, les autres sans jambes,
et de nombreux autres décapités.
Alors le chercheur expliquera
qu’il s’agit de victimes sacrificielles
pour apaiser la colère des dieux.
À nouveau on doutera
de la nature des Mayas
et il y en aura même qui affirmeront
que ces Mayas étaient cannibales
comme leurs ancêtres
parce qu’ils mangeaient leurs victimes
ou parce que le rituel sanglant exigeait
de démembrer les malheureux
avant de les enfouir tous ensemble
dans une fosse commune.
L’hypothèse sera crue, bien sûr,
si ces graves mayanistes
ne prennent pas note dans leurs carnets
que ces morts innombrables
sont le résultat des grands massacres
commis par les Kaibiles surentraînés
et les commandos Atlacatl4
usant et profanant cyniquement
les noms de deux caciques héroïques
qui contre les avides envahisseurs
mal-nommés conquistadores
luttèrent avec ténacité, corps à corps
et non avec fusils israéliens
ni M16 de gringos
mais avec des armes nationalistes :
leur sang, leurs flèches,
et leur lutte corps à corps
pour repousser les envahisseurs.
Ainsi dira l’archéologue de l’avenir
qui à présent mesure seulement des crânes ancestraux
et se réjouit d’ouvrir une tombe de plus,
tandis que le même jour,
quelque part,
tout près de lui, et tous les jours
on ouvre des centaines de tombes
de paysans pauvres, indigènes
tombés sur les hiéroglyphes.
Cela n’a pas d’importance, diront certains,
Le temps ne manquera pas
pour continuer de fouiner, de creuser
et de forger des théories
sur pourquoi les Mayas ont disparu
et où sont allés les « Indiens »
avec leurs dieux, leurs costumes bigarrés
et le pesant bagage
de leur savoir millénaire.

4 Kaibiles et Commandos Atlacatl : Selon le glossaire en fin d’anthologie, ce sont les noms d’unités de l’armée guatémaltèque (Wkpd ne connaît cependant de « bataillon Atlacatl » que pour l’armée salvadorienne) spécialisées dans la contre-insurrection (lutte contre la guérilla) et nommées d’après deux caciques indiens du XVIe siècle (ce qui, fait remarquer le poète, est du cynisme compte tenu des massacres d’indigènes dont elles furent responsables).

*

Je vins à la ville (Me vine a la ciudad) par María Elena Nij Nij

Je vins à la ville chercher du travail,
je quittai mon hameau et fus pleine de tristesse,
et pour me trouver il m’en coûta beaucoup de travail,
j’avais apporté bien des illusions et des rêves.

Je perçus une grande obscurité, sans chaleur de village,
sans chaleur de famille, sans rire de village,
sanglotant toute les nuits dans ma chambrette
sur la cour, chambre de planche et de tôle ;
la niche du chien était plus digne.

Je me sentis comme si j’étais entrée dans un tunnel,
je vis la ville comme un long tunnel,
sans voix de marimba, sans voix d’oiseaux,
sans air à respirer, seulement soupirs et soupirs,
sans voir les nuages et le ciel bleu, seulement la fumée noire, seulement l’asphalte,
seulement le béton,
sans vol de papillons, seulement le vol et le bruit des avions, je sentis
une énorme lamentation,
sans pierres, sans rivières, sans arbres, seulement des édifices,
et je dus supporter de nombreux sacrifices,
sans voir la lune, sans voir le scintillement des étoiles,
seulement des lumières artificielles qui scintillent comme les étoiles.

J’ai tellement de peine d’avoir quitté mon hameau,
j’ai quitté mes chemins et j’ai quitté mes joies,
j’abandonnai mes jeux d’enfant,
ma poupée de feuilles de maïs, mes babioles en terre cuite,
mes paniers de canne tissée, mon petit bol en terre cuite,
ma poupée de chiffon, que maman m’avait faite,
les excursions avec papa,
le délicieux miel de canne que papa portait dans sa gourde,
les mangues sucrées que papa portait dans sa musette,
les cirouelles exquises que maman portait dans son panier,
les délicieuses goyaves, la pomme rose et le doux greffon,
ma balançoire de corde que je laissai suspendue à l’arbre,
mes rêves qui ne se sont pas éveillés,
je reviendrai les embrasser,
je reviendrai les embrasser.

J’arrivai à la ville inconnue,
la ville dite supérieure5,
pleine de lumières et d’imagination,
pleine de mensonge et d’ignorance.
Ils se moquaient, riaient parce que je ne parlais pas espagnol,
dans mon hameau, non, nous ne parlons qu’une seule langue,
ces gens ne comprenaient pas que j’avais ma propre langue,
ne comprenaient pas que c’est dans le ventre de ma mère que j’ai appris ma langue.
Dans les rues, au marché, on m’appelait Maria, la fille, l’Indienne,
ces gens ne comprenaient pas que ce pays n’est pas l’Inde.
Pour le simple fait de porter les habits
que j’avais apportés de mon village,
ils ne savaient pas que sous les habits se cache la cicatrice laissée par le bourreau,
ne savaient pas que sous les habits se cache une histoire millénaire,
qui conforte mon esprit intensément,
ne savaient pas que sous les habits
se cache le courage.

Dans mon cheminement je rencontrai des patrons qui
me séquestraient avec une pitance insuffisante,
m’obligeaient à aller à la messe le dimanche,
sans respect pour mes propres croyances,
le curé, Miguel Murcia, fut complice de l’injustice.

Mes parents m’ont permis de comprendre
que Dieu n’a pas besoin de maison,
que Dieu est présent en tout lieu et à tout moment,
que Dieu peut être loué et remercié où l’on veut,
que Dieu ne veut pas d’une maison somptueuse,
c’est pourquoi son fils est né dans une étable et dans une crèche.

Autour d’églises luxueuses pleurent une foule d’enfants mal nourris,
une foule d’enfants avides d’un toit digne,
pourquoi faire étalage de luxueuses églises
quand tant d’enfants vivent au bord du précipice,
pourquoi faire étalage de luxueuses églises
quand tant d’enfants vivent dans des taudis aux toits de nylon,
pourquoi faire étalage de luxueuses églises
quand tant d’enfants vivent dans des taudis aux toits en carton,
pourquoi faire étalage de luxueuses églises
quand tant d’enfants agonisent dans l’extrême pauvreté,
pourquoi faire étalage de luxueuses églises
quand il n’y a pas d’écoles ni d’hôpitaux, et une foule d’enfants meurent
le cœur brisé en mille morceaux,
des enfants à demi nus,
pourquoi faire étalage de luxueuses églises !

5 La ville dite supérieure : J’avoue ne pas savoir comment traduire «la llamada ciudad superada», littéralement « la ville dite dépassée » ou la « dénommée ville dépassée ». Si ce n’est pas une coquille ou une erreur, quelque chose m’échappe. Si la ville est « dépassée » par des flux migratoires trop importants en provenance des campagnes, par exemple, ce n’est pas très cohérent dans le contexte. Une source internet évoque le concept de dépassement de la ville chez l’architecte et urbaniste français Paul Virilio et il faudrait donc voir si, ce qui est douteux, le concept a pris au Guatemala une ampleur telle qu’il pourrait se trouver évoqué de manière elliptique dans un poème (dont j’ignore d’ailleurs la date). J’ai donc traduit de la façon qui m’a semblé la plus cohérente.

*

Nous chuchotons (Kuj jasjatik, Cuchicheamos) par Pablo García

Dans la tritureuse d’os de l’enfer
Jun Kame et Wuqub’ Kame6 nous rôtissent
…………………………..nous grillent
…………………………..nous pulvérisent
tandis que nous pleurons
………………..gémissons
………………..et chuchotons.

Pourquoi nos tendres visages sont-ils devenus des vieillards ridés ?

Pourquoi nous sommes-nous enfermés endormis dans la sépulture ?

Pourquoi nous sommes-nous convertis en âmes mortes ?

Pourquoi l’ambition des choses
et des charognes tridimensionnelles
nous a-t-elle convertis en roseaux pourris ?

Pourquoi n’avons-nous pas travaillé avec le feu cosmique
de Jun Ajpu et Ixb’alamkej7
pour devenir une perpétuelle racine de lumière ?

Pourquoi ne ressuscitons-nous pas de l’enfer
pour retourner à nos pères et mères Étoile
…………………………………….Sirius
…………………………………….Soleil
…………………………………….et Lune Blanche ?

6 Jun Kame et Wuqub’ Kame : Deux divinités de l’enfer.

7 Jun Ajpu et Ixb’alamkej : Dans une graphie différente, ce sont les héros Hunapú et Ixbalanqué que nous avons déjà rencontrés dans « Le poème des héros » supra.)

*

Animal rationnel (Chomanel Awaj, Animal racional) par Pablo García

Sans plus de sagesse solaire
pour nous tout était réjouissance et prospérité
quand nous marchons dans l’obscurité de la Lune Noire
nous logeons un animal rationnel, penseur
entre les quatre piliers et soutiens de nos cœurs.

Aujourd’hui, là maintenant
l’animal rationnel, penseur
consomme le feu de notre essence
et transforme
en pierres ponces desséchées nos têtes
en vermisseaux ridés nos organismes
et en pantins acides nos personnalités.

Aujourd’hui, là maintenant
nous ne sommes plus que térébenthine sèche d’animal rationnel
empilés devant Jun Kame et Wuqub’ Kame
nous brûlons
et flambons en enfer.

Aujourd’hui, là maintenant
nous ne sommes que suie sèche d’animal rationnel
nous souillons Jun Ajpu et Ixb’alamkej
nous noircissons la fleur de l’étoile de la vie
avant de nous pulvériser
………………et de nous endurcir
dans le nombril du feu infernal.

*

Canne à sucre pourrie (Q’uma’r aj, Caña podrida) par Pablo García

Notre regard reflète un ciel enfumé
et un cœur nu sans tournesols
parce que nous avons été convertis en cannes à sucre pourries de l’enfer.

Nous avons perdu nos poissons et sapins de sagesse solaire
et nous suspendons des nœuds pourris d’animal rationnel
dans nos essences et organismes :
nœud d’arrogance, de croûtes sur nos yeux
nœud de colère, de luttes dans nos estomacs
nœud de larmes, de gémissements dans nos gorges
nœud de désir, d’appétence dans nos entrailles
nœud d’avarice, d’envie dans nos cœurs
nœud de connaissance, d’inquiétude dans nos cerveaux
nœud de gloutonnerie, de saoulerie dans nos intestins
et nœud de veine variqueuse dans nos genoux.

À présent,
nous ressemblons à des plaies maigres
…………………………………………recroquevillées
…………………………………………et débiles
de même nous ressemblons à des plaies grasses
…………………………………………………nous dégoulinons
…………………………………………………nous empestons
…………………………………………………et nous hurlons
par nos nœuds pourris.

À présent,
avec la puanteur asphyxiante de nos nœuds pourris
nous engraissons Jun Kame Wuqub’ Kame
nous endormons Jun Ajpu Ixb’alamkej
et nous calcinons l’air
…………………………………………….l’eau
…………………………………………….la terre
…………………………………………….et le feu.

*

L’hiver attendu (Nhab’il echmab’ilxa, Invierno esperado) par Santos Alfredo García Domingo

La pluie reviendra caresser ton visage
Ô terre martyre et stérile !
Elle viendra par ses gouttes d’eau
Étancher ta soif et tu seras
la mère reconnaissante de toujours.

Les fleuves et les mers se réveilleront
de leur rêve éternel de liberté
et la rage assassine de l’homme
perdra sa force, un jour.

Les peuples crieront dans leur joie
un hymne de grâce et d’harmonie
quand ils porteront les fruits de ton sein
à la chaleur de leur foyer,
feu du foyer béni.

*

Notre seigneur Obsidienne (K’awá Tijax) par Adela Delgado Pop

Aujourd’hui, par une chaude
et somnolente soirée,
K’awá Tijax a brisé
ce sentiment
que chérissait mon cœur.

Obsidienne à double tranchant
coupant à la racine le sentiment malsain,
la plaie toujours ouverte
que je croyais être le bonheur.

Médecine ancestrale
qui guérit définitivement,
arrachant à la racine
la pourriture occulte
que je craignais de toucher.

Mes os se brisèrent
avec mon cœur
et mon âme s’emplit
d’obsidiennes coupantes, cruelles
qui la saignent sans pitié.

Mes jambes purent à peine
m’éloigner,
je serrai les dents et courus.
Ah, l’amère médecine
pour me guérir de toi !

*

J’aime (Me gusta) par Adela Delgado Pop

J’aime la nuit
parce qu’elle
apporte le son du silence
que l’on ne peut écouter en plein jour
à cause de tant de bruit stupide.

J’aime l’obscurité
parce qu’elle me montre
les choses comme elles sont et
non comme mon imagination
voudrait les voir.

J’aime l’aube
parce qu’elle a coutume d’être froide
et cohérente
même si le jour doit être
infernalement caniculaire.

J’aime la lune
parce qu’elle teint tout d’argent,
comme si tout était
également précieux
et également superflu.

J’aime la nuit
car intemporelle
parce que c’est l’heure des âmes
et des autres formes de vie
Nezahoalcoyotl

J’aime la mort
car définitive
parce que
c’est l’unique partage des eaux
que j’ai appris à respecter.

*

Nous (Nosotras) par Adela Delgado Pop

Nous qui supportons la violence
à fleur de peau
car ainsi le voulut
le dieu blanc.

Nous qui pleurons par devers nous
en serrant les dents
car ainsi le veulent
ses maudits héritiers.

Nous qui crions d’angoisse
dans l’obscurité
parce que nous barrent tous les chemins
ces infâmes gendarmes.

Nous sommes aussi celles qui rient
sans demander la permission
et chantent des berceuses
aux siècles.

Nous sommes aussi celles qui sèment
des fleurs dans le désert
et font mettre bas des épis de maïs
à la terre aride.

Nous sommes aussi celles qui aiment
en liberté
et dansent joyeuses à la pleine lune
car nous sommes la vie.

*

Paradis acheté (Manb’il xewb’al kamichej, Paraíso comprado) par Daniel Caño

Nos anciens racontent
qu’à l’époque coloniale
quand un latifundiste
était enfin fatigué
de voler tant de terres
et d’exploiter les Mayas,
il faisait de pieuses donations
non aux Mayas
mais aux moines pansus,
afin que ceux-ci
disent des messes pour son âme
quand il serait mort.

Quand je serai mort
je n’aurai rien à donner,
j’espère seulement ne pas me retrouver
en enfer
avec tous ces connards.

*

Oraison sauvage (Stxaj no’ anima, Oración salvaje) par Daniel Caño

Son oraison favorite
était de gravir les montagnes,
qui lui révélaient
un sens profond de la vie.

Il contemplait l’herbe, les fleurs,
les arbres, les pierres, les fourmis,
les abeilles, les papillons, les oiseaux
et tout ce qui l’entourait
avec une passion indéchiffrable.

Cela fascinait le grand-père
d’écouter la voix de l’air,
le chant des oiseaux et des grillons
et les milliers de sons
que seule la nourrice nature
pouvait lui offrir.

Il était silence parmi le silence,
des voix entre les voix,
air dans l’air,
nuage entre les nuages,
lumière entre les lumières et les ombres.

Il est clair que tout cela lui donnait
une plus grande tranquillité d’esprit
qu’entrer dans une église somptueuse.

C’est pourquoi ils l’appelaient « sauvage ».

*

Sensibilité perdue (Kamnaq el sk’ununihal, Sensibilidad perdida) par Daniel Caño

Un enfant parle avec son chat et son chien,
il parle avec les papillons, les abeilles,
les plantes et les fleurs,
il parle avec la lune et les étoiles.

Quand il devient grand,
tout cela lui semble ridicule.

Je m’interroge :
Où, quand et comment
a-t-il perdu cette sensibilité ?

*

Les enseignements de ma grand-mère (Skuyb’anil hinchikay, Les enseñanzas de mi abuela) par Daniel Caño

Maïs rouge :
……………Bon pour ton sang.
Maïs noir :
……………Bon pour tes cheveux.
Maïs blanc :
……………Bon pour tes os, tes dents et tes ongles.
Maïs jaune :
……………Bon pour ta peau.
Et maïs tacheté :
……………Bon pour discerner les conneries
……………qu’ils te fourrent dans le crâne
……………à l’école.

*

Seulement en enfer (Asannej b’ay xol infierno, Sólo en el infierno) par Daniel Caño

Ils viennent au village nous chasser
armés de fusils et de bombes,
affirmant que la terre
que nous habitons depuis des milliers d’années
ne nous appartient pas.

Et quand nous émigrons à la ville
ils ne nous acceptent pas.
Il n’y a ni terre ni travail pour nous.

Où pourrons-nous vivre en paix ?
Peut-être seulement en enfer.

*

Ut’z Baby par Rosa Chávez

Note. Ce poème, écrit en espagnol, est intéressant entre autres pour le mélange qu’il fait de mots mayas et anglais, comme le montre le titre, Ut’z Baby, avec le mot maya ut’z, bon (Good Baby). Tout comme on parle de spanglish (ou espanglish), l’équivalent de notre franglais, il semble inévitable que les locuteurs mayas éduqués et travaillant à la ville, confrontés à la culture de masse mondialisée d’origine nord-américaine, développent ce que l’on pourrait appeler un « mayanglish » ou « mayaspanglish », notamment dans la capitale « Guatemala city » (plutôt que Guatemala ciudad, voir la fin du poème).

Kaxlan, au vers 2, désigne une personne non maya (on l’a déjà rencontré dans « L’Interrogatoire des ancêtres », avec la graphie Kaxhlan : les Kaxhlanes), et nojim (vers 9) veut dire « doucement ».

Ci-dessous je donne d’abord la version originale, avant ma traduction.

Ut’z baby
así kaxlan
el amor en medio de la locura
aunque el mundo diga
que todo es frontera
lágrima rota
mala vida y mala muerte
besame en la calle más amarga
nojim baby nojim
besame en la calle más amarga
veamos juntos el atardecer
en Guatemala city

Ut’z baby
comme ça kaxlan
l’amour au milieu de la folie
même si le monde dit
que tout est frontière
larme brisée
mauvaise vie et mauvaise mort
embrasse-moi dans la rue tellement amère
nojim baby nojim
embrasse-moi dans la rue tellement amère
regardons ensemble la nuit tomber
sur Guatemala city.

*

Poème de Pedro Chavajay García

1 rue

Peut te conduire

2 rues

Peuvent t’égarer

3 rues et tu oublies ton nom

Si tu ne trouves pas
les rues
Inventes-en une au hasard

Le chemin
Sera ton cadavre

*

Le cadeau de la pluie (Ssab’ejal Nab’, Regalo de la lluvia) par Sabino Esteban Francisco

Le vent
peigne les arbres

les oiseaux
chantent l’invitation

et quand le tonnerre
annonce la fête
les nuages arrivent
–vêtus d’eau–
avec notre cadeau de pluie.

*

Pleine lune (Xajaw, Luna llena) par Sabino Esteban Francisco

Il y a des nuits
où la lune prend
la rondeur
d’une tortilla
de maïs jaune.

–Odorante
et chaude–

comme si elle était
sur un comal de terre cuite.

TW-13

May-June 2018. English/français.

*

#DimitriosPagourtzis [17-years old Santa Fe highschool mass shooter] was wearing both an Iron cross and a Soviet star on his jacket. So far I had heard only of the Iron cross (under appellation “Nazi sign”). I wonder how come people noted the former but failed to see the latter.

[Dimitrios is said to have being stalking for some time his class mate Shana Fisher before he killed her during the mass shooting. His father said he was bullied by his class mates. Some (self-described feminists) who adhere to the version that he was a stalking male predator refuse to admit he could have been bullied. Here are my thoughts on the matter.]

Dimitrios Pagourtzis may have been a stalker AND been bullied. He may have reasoned that Shana Fisher’s rebuffs were due to his being bullied by other kids at school and resented her submitting to the group pressure that ostracized him. Shana wasn’t strong enough to help Dimitrios against the bullying when he was calling her for help, as his advances meant “If I can date this fine girl, they’ll leave me alone.” As she couldn’t help, she turned against him, shaming him before the whole class [one incident that occurred a few days before the shooting]. Turns out the kids bullied the wrong guy. And they did bully him, perhaps, not even because of Dimitrios’s behavior but because of his Greek name…

It is a known fact that bullying leads to many suicides among teens and yet hardly anything is done about it. School staff close their eyes. Sometimes it leads to mass shooting, as the sad story of Dimitrios Pagourtzis shows.

[And in reply to one bully] If Dimitrios has a right to a lawyer, I have the right to play the role of Dimitrios’s lawyer any time anywhere.

*

Si l’antisémite n’existait pas, le Juif l’inventerait.

*

L’ami de Khamzat Azimov [Français d’origine tchétchène responsable d’une attaque au couteau à Paris-Opéra] sera « lui aussi » jugé pour « assassinat et tentative d’assassinats en lien avec une entreprise terroriste » (Le Figaro) car on a trouvé une photo du drapeau de Daesh sur son ordinateur… Parodie de justice ! La France sur le chemin de la dictature policière et militaire. Connaître un assassin et télécharger de la propagande djihadiste n’a jamais été et ne sera jamais un « assassinat », sauf peut-être dans une dictature bien franchouillarde de chez nous à gerber.

« La France sur le chemin de la dictature policière et militaire ». Mais ne vous inquiétez pas : il y aura toujours des députés pour vous dire à la télé que la France est un pays libre. La place de député est trop bonne pour qu’on s’en passe, même en dictature. Ils ne servent déjà à rien.

Comme pour les politicards, un attentat=>une nouvelle loi sécuritaire, maintenant pour les flics, c’est un Tchétchène fait une attaque au couteau=>une ratonnade chez les Tchétchènes. Bravo, quelles méthodes !

*

L’islam a le droit d’être politique et a le droit d’être prosélyte. Toute interférence de l’État laïque avec un processus de conversion pacifique du pays est illégale et anticonstitutionnelle. #MaryamPougetoux

« Le prosélytisme est propre à chaque religion et ne saurait en soi être considéré comme fautif. » (Cour d’appel de Montpellier, 13 juin 2000)

*

Si un avocat des djihadistes a le droit de s’exprimer sur la place publique sans que cela passe pour de l’apologie du djihadisme, je ne vois même pas pourquoi un tel délit d’apologie existe. La France n’a aucun respect pour la liberté d’expression et d’opinion.

Si quelqu’un est contre la présence militaire nord-américaine en Afghanistan, ça le met de fait du côté des Talibans. Avec des lois de criminalisation d’apologie, il est tellement facile d’attaquer toute prise de position avec le seul argument judiciaire, d’intimider les gens, d’étouffer le débat.

Dans certains pays, les djihadistes combattent des dictatures : pourquoi défendrais-je des dictatures contre les djihadistes ? En Algérie en 1991, le Front islamique du salut (FIS) remporte 82 % des sièges au premier tour des élections législatives ; l’armée annule les élections. Cela ne vous rappelle rien ? #Pinochet

Les procès de djihadisme devraient être aussi les procès des gouvernements, y compris occidentaux, qui arment et financent les djihadistes un peu partout dans le monde. (Avec le lien suivant : Britain affectionally referred to terrorists in Libya as “rebels”. A year ago today one of these “rebels” carried out a suicide bombing in Manchester.)

*

La jurisprudence des troubles à l’ordre public par le juge administratif est attentatoire et inadmissible : c’est comme ça que des manifestations sont interdites au bon vouloir des autorités. Que la police fasse son travail pour prévenir les troubles : point barre.

Avec #MaryamPougetoux, un esprit tordu pourrait considérer qu’il y a trouble à l’ordre public, vu tout le bataclan médiatique et autre ; on a déjà vu la jurisprudence servir à la répression des libertés pour moins que ça. Cette jurisprudence est une honte.

*

Danemark : Le ramadan est incompatible avec le travail, selon la ministre de l’immigration et de l’intégration. (20 Minutes)

Si le ramadan est incompatible avec le travail, vive le ramadan !

Savez-vous pourquoi les entreprises délocalisent en Chine ? Parce que la semaine de travail légale y est de 44 heures et la durée réelle constatée par la FIDH entre 60 et 80 heures. C’est ça que vous voulez, travailleurs ?

C’est ça que vous voulez, travailleurs : faire de l’émulation aux Chinetoques en heures de travail parce que les patrons voyous et leurs clébards de politiciens vous font du chantage à la délocalisation ?

*

Work hard, American workers, work hard! Yet with your average 40 hours a week you’re such lazy b*stards compared with China’s legal working week of 44h and real time average of 70h (according to FIDH)! You’ll have to work much harder than that or stop listening to CLOWNS!

*

Germany: 89 far-right extremists and 24 Islamists identified within army since 2011. (ESISC)

But everything’s OK because the 89 far-right extremists are all generals and the 24 Islamists are all cooks.

*

 Top 5 Most Inegalitarian Countries in the World (Gini coefficient, World Bank):

1 South Africa (63.4)
2 Namibia (61.3)
3 Haiti (60.8)
4 Botswana (60.5)
5 Suriname (57.6) (source)

*

Top 5 Most Egalitarian Countries in the World (Gini coefficient, World Bank) :

1 Ukraine (25.5)
2 Iceland (25.6)
3 Slovenia (25.7)
4 Czech Republic (25.9)
5 Slovakia (26.1) (same source)

Rather interesting, that 4 of 5 of these are Slavic countries, yet Russia, the former “headquarters” of World Communism, is not on the “short list”. (Abu Jubrayl Marwan bin Edward)

We know what the transition has been in Russia [cf Oligarchs]. Today it is at Gini 37.7, which is more egalitarian than U.S. (41.0) and Communist China (42.2). (Cuba, North Korea not surveyed)

*

Le directeur du journal Rivarol est fiché S [selon son propre témoignage]. Conclusion : Ce fichier S, c’est comme le cagibi (KGB ?) de l’oncle Maurice, pour trouver un truc, ça prend des plombes… Pas étonnant, après, qu’ils disent tout le temps : « On ne peut pas les surveiller tous. » Méthodes bidon.

*

When a “Contributor at Jane’s Terrorism & Insurgency Centre” tweets about gang criminality, it makes it sound like all criminality is terrorism and insurgency… The consequence of which can only be that the military will become the first and foremost institution in our countries. While we don’t ask the army to fight our “war on crime,” with our “war on terrorism” this is exactly what we’re doing.

*

Malay Islam / Islam malais

i

FPI Aceh membuka pendaftaran bagi para calon mujahidin yang ingin berjihad membela muslim Rohingya (Serambi Indonesia)

Aug 2017: Front Pembela Islam (FPI) Aceh opens mujahidin enrollment list to fight in defence of Rohingya Muslims.

ii

Kegiatan ini juga untuk mengembalikan kepercayaan publik pada perempuan bercadar paska serangan teror bom di Surabaya. (tribunnews)

Bomb Takjil: “Break ramadan fast with bomb sweets.” Indonesian veiled women offer sweets for free with these words in order “to change public perception of veiled women in the aftermath of Surabaya bomb attacks” (May 2018) #ramadan

iii

Teroris bakal keop berhadapan dengan Koopssusgab TNI.

Terrorizing the terrorists? PR Poster from Indonesian Army: “Terrorists will scream with fright in front of #Koopssusgab (elite corps)” / « Les terroristes vont hurler de peur devant le Koopssusgab. » :O

Koopssusgab = Komando Operasi Khusus Gabungan (joint commando for special operations)

iv

Hijab bukanlah suatu penhalang untuk aku terus bernyanyi dan berkarya. (Indira Anjani on TRANS7)

Golden-voiced Indonesian Indira Anjani, finalist at #SunsilkHijabHunt2018: “Hijab is no hindrance to singing and doing things.” / « Le hijab n’empêche pas de chanter et de faire des choses. »

v

Peluk saya jika anda merasa aman dengan keberadaan saya. (MNC Newsroom)

“Embrace me if you feel safe with my presence.” Indonesian women with integral chador invite female passers-by to embrace them, to convey message that the veil isn’t radicalism.

vi

L’Indonésie élue membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU (anggota tidak tetap DK PBB) (à partir de janvier 2019) avec 4 priorités : 1 résolution du conflit palestinien 2 synergie des organisations régionales 3 promotion de l’islam modéré au niveau mondial 4 promotion d’un partenariat global. #BanggaIndonesia (Fier de l’Indonésie)

vii

I have found a theologian’s justification for the burqa, that is, the integral veil where not even the eyes can be seen.

Al Allamah Ar Ramli, ulama madzhab Syafi’i: “diharamkan melihat wanita yang bercadar yang hanya terlihat kedua matanya dan bola matanya. Karena betapa sering bola mata itu bagaikan belati.” (Quoted by Yulian Purnama here)

“It is haram to watch a covered woman whose eyes and pupils can be seen, because how very often those pupils are like daggers!”

viii

Seorang gadis Melayu berhijab berketurunan Malaysia dan Indonesia berusia 20 tahun telah memecahkan rekod dengan menjadi finalis Top 20 di Miss Universe New Zealand 2018. (toodia.my)

Une jeune femme voilée de 20 ans d’origine malaisienne et indonésienne bat des records en devenant finaliste (top 20) de Miss Universe New Zealand 2018. (son nom : Nurul Shamsul)

*

Some news from the other country that moved her embassy to Jerusalem #Guatemala:

Guatemala needs to do more to stop the killings of indigenous activists (UNSR Vicki Tauli)

At the root of this violence is institutionalized racism and discrimination against Guatemala’s indigenous population (Washington Post)

*

France: Constitutional Council validated a law that ordered the closure of a Muslim school in Toulouse. (ESISC)

A “law” that closes a school? Closure of a school is an administrative act! To write a law or an article of law to close one school is insane.

*

Skilled police [in Berlin] took down the perp without killing him. See, it can be done!

Yes, only it’s above U.S. cops’ skills. Something wrong with their training, perhaps. And U.S. private security agents probably don’t even have a training at all, or just a smattering of it, although they’re entitled to the same use of lethal force!

*

Avis à la population : trois ans après son installation à 300 000€, le ministère de l’intérieur français ne renouvelle pas le contrat de la société Deveryware pour son application SAIP (Système d’alerte et d’information à la population), qui n’a jamais marché.

La mise en place de l’application aurait coûté 300 000 euros (lien) mais cela n’inclut pas les frais de fonctionnement des trois ans de service de ce ratage.

La société Deveryware ne verra pas son contrat renouvelé parce que son application ne fonctionne pas. Il ne manquerait plus que ça ! Mais surtout n’allez pas faire un procès à une bonne start-up bien française pour non-respect du contrat, ce ne serait pas cool.

Bref, les types de cette boîte ont été payés trois ans à ne rien faire par le même État qui chicane à mort ses fonctionnaires.

*

Top 5 countries with most road fatalities (per 100,000 inhabitants per year), WHO:

1 Thailand 36.2
2 Liberia 33.7
3 Democratic Republic of Congo 33.2
4 Tanzania 32.9
5 Central African Republic 32.4

More countries:

China 18.8

France 5.1; UK 2.9; Germany 4.3; Spain 3.7; Italy 6.1; Sweden 2.8; Norway 2; Ireland 4.1; Australia 5.4; US (worst result for a Western country) 10.6; Turkey 8.9; Japan 4.7; India 16.6 (source)

*

Top 5 countries with least road fatalities (per 100,000 inhabitants per year), WHO (non-industrialized countries in brackets only)

(Federal States of Micronesia 1.9)
1 Norway 2
2 Switzerland 2.6
3 Sweden 2.7 4
UK 2.9
(Kiribati 2.9)
5 Netherlands 3.4 (same source)

*

#Sartrouville Fermer des lieux de culte est indigne. Si un imam dit des choses contre la loi, qu’il se défende en justice, mais ne punissez pas les fidèles en les privant de lieu de culte.

Ce genre de punition collective, totalement inconstitutionnel et contraire aux traités européens, est de l’islamophobie d’Etat et doit être dénoncé devant les juridictions supranationales auxquelles la France est soumise. #CEDH (Cour européenne des droits de l’homme).

Comme les autorités, quand elles ferment des mosquées, ne se demandent pas, que je sache, si les fidèles ont un autre lieu de culte à une distance raisonnable, ces autorités sont ignobles, et de toute façon punissables devant la CEDH pour peines collectives.

Si la deuxième mosquée la plus proche, encore ouverte, est au-delà d’une « distance raisonnable », l’administration a sciemment créé un obstacle exorbitant à l’exercice du culte et doit être condamnée.

Qu’un imam doive passer en justice ne justifie nullement qu’une mosquée soit fermée. C’est l’imam qui a (peut-être) violé la loi, pas « un établissement », qui peut continuer à remplir sa fonction légale avec un autre imam, voire un simple fidèle. La fermeture est une peine collective illégale. Un établissement est fermé administrativement quand son activité est illégale ; l’activité d’une salle de prières est l’exercice du culte musulman, légal.

*

Pourquoi un parti islamiste français n’existe-t-il pas et ne se présente-t-il pas systématiquement aux élections ? Ce serait tout à fait normal, si la France n’était pas un pays d’islamophobie étatique.

Si les Musulmans de France ne veulent pas se faire écraser par l’islamophobie d’État, ils n’ont pas vraiment le choix : il faut qu’ils créent un parti politique. Maintenant, quand on regarde qui serait le mieux placé pour le diriger, il est en prison dans des circonstances douteuses… #TariqRamadan

*

L’extrême-droite néerlandaise est furieuse que des classes scolaires visitent des mosquées et apprennent comment on prie quand on est Musulman [vidéo à l’appui où l’on voit des enfants néerlandais apprendre les gestes de la salat, avec génuflexion et le reste]. Comme si ce n’était pas la meilleure façon de mieux connaître ses voisins ! Que le gouvernement français en prenne de la graine.

*

Tatarstan is welcome in European Union with full membership any time if they feel repressed by autocratic ruling practises in Russia, and that applies also to Dagestan, Chechnya, Ingushetia &c. Turkey is our next member and things will change.

Albania, Kosovo, Bosnia, Chechnya, Tatarstan, you name it: Europeans all!

*

[Seeing the dismantling of Sweden’s welfare state] You’ve now got the demonstration that compromizing with capitalism is unworkable on the long run. Everything it took Sweden so long to build up will be swept out in a couple of years like everywhere else in Europe (where all countries more or less made the same kinds of compromizes these last decades). Social-dem politicos and their cronies must be held accountable. You know what they’ve been after, all these years: the good positions, the honey pot. They’re marked.

Of course there was to be mass immigration: doubling or trebling the number of people, all scabs, in search of a job on the market, to dominate the workers.

*

#MeToo. Language says it all:

As spoiled = spoilt,
raped = rapt (deeply delighted).

*

The sovereign of Australia is the British monarch. Now when #PrinceHarry of Australia’s sovereign sports a Nazi swastika, he is NOT disciplined for this “abhorrent incident” like Australian soldiers when they do the same (2007: Australian soldiers flew Nazi swastika in Afghanistan. The swastika was removed and military personnel were disciplined, with authorities condemning the “abhorrent” incident. Skynews). Still good to be King!

Prince Harry the PRIVILEGED Nazi (He can wear a swastika without trouble while his subjects, Australian soldiers, are disciplined when they do the same.)

*

Mad-Dog Democracy

Click to enlarge:

Source for the military (“active military”) personnel figures. Source for population figures is Google: Type population+name of country and you will get the latest available figure on top of page.

“Mad-dog democracy” Israel beats all countries on military personnel-to-population ratio except North Korea (4.6%) and Eritrea (3.8%).

*

Nicely placed carrot in Mario Bava’s 5 bambole per la luna d’agosto (1970). All by chance, of course. #subliminal