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Quelques curiosités du moyen âge révélées par les mots du vieux français

Trouvées dans le Glossaire de la langue romane de Jean-Baptiste Roquefort (M DCCC VIII, 1808)

Lexique pour philosophes, poètes, historiens, linguistes, étymologistes, amateurs de reconstitutions historiques, rôlistes et curieux, complétant mon Cabinet de curiosités.

L’original est en noir, mes remarques en indigo (un commerce florissant au moyen âge).

*

A

Abace, abaco, abacon, abaque : Buffet de service, petite table carrée qui servait, dans un festin, à mettre les pots et les verres, d’abacus. Ces mots étaient aussi employés pour désigner une table sur laquelle on traçait des figures et des nombres d’arithmétique. Cette petite table ou ais, se nommait table de Pythagore ; de là vient que dans quelques auteurs anciens, abaco signifie arithmétique.

Le mot latin abacus, du grec abax, dont dérivent ces termes n’existe plus, en français, contrairement à l’anglais, que dans le sens historique de « Sorte de sceptre, long d’une toise, que portait le grand maître des templiers ». S’agissant de cette dernière définition, il n’est pas évident de comprendre comment on est passé d’un objet du type planche, tablette ou table, l’abax grec et l’abacus latin, à un objet du type bâton (sceptre).

Le mot français moderne abaque tout comme le mot anglais abacus ont acquis le sens de boulier quand ce dernier objet a été introduit en Europe depuis la Chine, supplantant les systèmes qui le précédaient, dans certains usages tels que le commerce.

Abacot : Ancien chapeau royal des rois d’Angleterre.

Le terme existe en effet en anglais, en tant que, selon le Merriam-Webster, variante du mot bycoket, qui est, selon telle autre définition en ligne, le nom du chapeau de Robin des Bois, alors même que le nom original du personnage est Robin Hood, c’est-à-dire Robin au capuchon et non Robin à l’abacot… D’autre part, le chapeau de Robin des Bois est dit par cette dernière définition correspondre au « chapeau à bec » en français, mais une troisième définition du bycoket lui donne une forme « en double couronne » (The upper part was in the form of a double crown), ce qui ne semble pas du tout correspondre au chapeau à bec, et c’est pourtant cette définition qui parle d’une coiffe des rois d’Angleterre. Bref, il existe autour de ces termes anglais une certaine confusion que je ne peux débrouiller.

Voyez la photo en fin de lexique pour l’abacot du type Robin des Bois, c’est-à-dire du chapeau à bec.

Abbéesse : Supérieure d’un couvent de religieuses. Ce mot désigne aussi une femme qui préside aux lieux de prostitution ; d’abbattissa.

C’est, en français moderne, le mot abbesse, qui semble avoir perdu le second sens ici présenté.

Accides : Nom d’un peuple, employé dans les Chroniques de S. Denis, pour désigner les sujets du vieil (sic) de la Montagne, roi des Accides ; occidentes. Hakesins, hactasis, hassassis, héissessins : Assassins ; nom de peuple, sujets du Vieux de la Montagne ; d’occidentes, selon MM. Sainte-Palaye et Meuchet. « Li Vious de la Montagne oï / Dire que li Rois erst croisiés : / Deux siens hakesins apiela, / Et deux coutiaus si leur bailla, / Et coumanda mer à passer / Por le Roi Loeys tuer. » (Philippe Mouskes, fol. 709) (Ce que je traduis par : « Le Vieux de la Montagne entendant dire que le Roi des Francs s’était croisé, il appela deux de ses Assassins et, leur tendant deux poignards, leur commanda de traverser la mer pour aller tuer Saint Louis. » Chronique rimée de Philippe Mouskes, 13e siècle)

Parmi les diverses étymologies proposées pour le nom de cette secte ismaélienne, nous avons donc celle, latine, d’occidentes, du verde occido, qui a donné le vieux verbe français « occire ».

Achrême, achroume : Vieillard qui tousse habituellement ; peut-être n’est-ce qu’une allusion au nom de Chrémès, personnage d’un vieillard de Térence.

Acorer : Arracher le cœur, les entrailles, faire mourir ; de cor.

Acoupaudir : Débaucher la femme d’un autre.

Affourcher : Se mettre à cheval sur un bâton pour aller au sabbat, comme on le supposait aux sorcières.

Alamandine, alabandine : espèce de rubis moins précieux que le rubis d’Orient, [nom] formé d’Alabande, ville de Carie dans l’Asie mineur, d’où Pline dit qu’on tirait cette espèce de rubis.

Alapite, alapiste : Farceurs qui se donnaient des soufflets pour amuser le peuple.

Altargues : Offres faites en argent, pour avoir part aux prières de l’église.

Ancon, ancone, angon : Pique dont les fantassins se servaient, on la nommait autrement francisque ; d’uncus, croc.

C’est manifestement une erreur si l’ancon est bien une pique, car la francisque est une sorte de hache ; au mot francisque, Roquefort décrit d’ailleurs celle-ci comme une hache et non comme une pique. Il est tout de même étonnant que ce que les auteurs s’accordent à décrire comme un javelot, et qui se lancait, dérive du mot « croc, crochet », étymologie qui pourrait bien faire penser davantage à une hache qu’à un trait. Une définition anglaise impute à ce javelot une « pointe barbelée » (A type of javelin with a barbed tip), ce qui semble encore peu satisfaisant, même si c’était le cas, pour rendre compte de l’étymologie ci-dessus.

Androm, androme, androne : Salle de compagnie au rez-de-chaussée, galerie, lieu d’assemblée pour des hommes ; c’est aussi une très petite ruelle entre deux maisons, dans laquelle on jette les eaux ; en Provençal et en Languedocien modernes, il signifie un cloaque, un égout, un cul-de-sac.

S’agissant de la deuxième partie de la définition, c’est sans doute une indication qu’il faut corriger un peu notre perception des villes au moyen âge si l’on perçoit celles-ci comme un lieu où chacun, faute d’égouts, jetait ses « eaux » (notamment le contenu des latrines) devant chez lui, quelle que circulation qui s’y trouvât. Une telle indifférence aux contingences extérieures semble tout de même extraordinaire, quand on y réfléchit deux secondes, et me paraît donc être davantage un préjugé envers le passé qu’autre chose. Il se pourrait en réalité que ce soient surtout les andromes, c’est-à-dire de « très petites ruelles », des interstices entre maisons, de nul passage ou presque, qui servissent à ce genre de vidange nécessaire. Peut-être la seule circulation (honnête) qu’on trouvait dans ces andromes était celle de personnes préposées à leur nettoyage. Le sens de « cul-de-sac » dont Roquefort dit qu’il est resté en Languedocien moderne semble confirmer que ces ruelles étaient peu empruntées.

Angerin : Homme de basse extraction, qui épouse une Damoiselle.

Aquereau : Machine de guerre.

Sans plus amples informations. Les différents noms de machines de guerre appelleraient un lexique à part entière. J’en cite quelques-unes, qui ne sont même pas la totalité de celles nommées dans le Roquefort (car j’en ai laissé passer) : arganette, batefou, bedondaine ou dondaine, bible, boso, briche, calabre, carcamousse, chat, chauffault, chijers, coillart ou couillard ou coullart, escorpion, espringale, fandofle, fondelle, hélépole, lance à feu, lide ou clide, macefonde, mangonneau, martinet, mouton, onagre, passavant, perdriau, perrier, ribaudequin, tortorelle ou tortue, trébuchet, triquoise, truie ou truhie, tumeriau, veuclaire ou vuglaire. Certaines semblent être de simples variétés de catapulte, si même plusieurs de ces noms ne désignent pas tout simplement la même machine.

Archegaye, arsegaye : Bâton ferré par les deux bouts que portaient les Stradiots, cavaliers Albanais, qui servaient en France sous les règnes de Charles III et de Louis XII. Commines, dans ses Mémoires, traitant de la guerre d’Italie, parle des Stradiots.

Archerot : Petit archet, épithète donnée à Cupidon.

Ariole, auriole : Devin, sorcier ; ariolus.

Arquelier, harquelier : Homme gagé par un religieux pour le mener faire la quête ; ce mot a signifié aussi un vagabond, un vaurien, un batteur de pavé.

Asseyner, assenier, assinier : Mettre des signes ou des marques sur les vêtements ; assignare. Les filles publiques de Toulouse étaient obligées de mettre des marques pour se distinguer des honnêtes femmes.

Atre, atrie : Cimetière ; d’atrium.

Auferrant : Cheval de bataille.

Une autre définition, trouvée en ligne, donne simplement « cheval » tandis qu’une autre encore évoque un « cheval de bataille d’une certaine qualité ».

Axinomancie : Sorte de divination, manière de prédire l’avenir par le moyen d’une hache ou d’une cognée, qu’on faisait rougir et qu’on posait sur une agate ; du grec άξίνη, hache, et de μαντεία, divination.

Les différentes formes de divination que j’ai relevées dans le présent lexique sont plus anciennes que le moyen âge et remontent à l’antiquité. Certaines ont pu subsister au-delà de l’antiquité, d’autres se sont sans doute éteintes avec elle.

B

Balcanifer : L’étendard et le porte-étendard des templiers.

Selon d’autres, l’étendard lui-même était appelé balcanum. Le radical latin -fer- va dans le sens d’une telle distinction.

Barbillon : Fer qu’on mettait au bout d’une flèche ou d’un dard, et qui était barbu ; de sorte qu’une fois entré en chair, on ne pouvait l’en retirer qu’en déchirant les parties environnantes.

Dans le même genre, voyez l’arme dénommée barbole, dans mon Cabinet de curiosités.

Barbute : Homme d’armes, ainsi appelé à cause de l’habillement de tête, ayant une mentonnière ; espèce de couverture dont on se garantissait la tête dans les combats ; barbuta.

Il est difficile de se faire une idée précise à partir de ces définitions. Il se pourrai, en ce qui concerne la première, que Roquefort commette un contre-sens. La barbute semble être, de l’avis plus ou moins général, un casque plus ouvert et moins couvrant que le heaume, de sorte que son nom ne viendrait pas de la mentonnière (pièce d’armure couvrant le menton) évoquée par Roquefort mais du fait contraire que la barbe naturelle de ceux qui la portent était visible (barbuta, which in Italian literally means ‘bearded’, possibly because the beard of a wearer would be visible). Mais cette définition anglaise n’est pas non catégorique (« possibly »). Quant à ce que pourrait être une « couverture » pour se garantir la tête dans les combats, j’avoue ma perplexité si ce n’est pas un casque ; il est indiqué ici et là que les barbutes pouvaient être ornées de crêtes de plumes ou couvertes de tissus peut-être plus ou moins flottants.

Becquoysel : Sorte d’arme qui ressemblait à un bec d’oiseau.

Ce ne serait pas le bec-de-corbin, sorte de marteau d’armes ou marteau de guerre, mais un « couteau en forme de bec d’oiseau », définition trouvée en ligne pour l’orthographe becoisel.

Behaignon : Bohémien, sorcier, devin.

Belin : Sorcier, enchanteur ; au figuré, un sot ; et un mouton ou bélier franc. Beliner : Tromper, attraper quelqu’un.

Il est vraisemblable que le sens figuré sot vienne du sens premier de mouton plutôt que du sens premier de sorcier, a fortiori quand beliner veut dire « tromper quelqu’un » (ce qui n’est pas à la portée d’un sot).

Bibloteur : Ouvrier en os et en ivoire.

C’est-à-dire qui travaille l’os et l’ivoire (pour ceux qui ne sont pas familiers avec le français quelque peu archaïsant de Roquefort).

Bierre (bière) : Nom générique de toutes sortes de bières, dites boires bouillis, qui étaient la goudale, le hambours, le houppes, le brisemars, la quieute, la cervoise et le haquebart. On mettait aussi au nombre des boires bouillis, la bière faite avec du jus de cerise.

Bloi : Blond, jaune, bleu et blanc. Blondir : User d’art pour paraître blond ou blanc.

Bougerie : Crime de bestialité ; de bulgaria ; d’où bougeronner, commettre le péché de sodomie.

Braon : Le gras des fesses, le derrière.

Braconage : Droit qu’avait un seigneur sur les filles de ses vassaux lorsqu’elles se mariaient.

Ce qui semble donc être un autre nom du droit de jambage ou de cuissage ou deculage. Voyez culage. Voyez également despucellement.

C

Caborde : Petite loge de pierres sans mortier, qu’on fait dans les vignes.

Cachenez : Petit masque de velours ou d’étoffe fine, que les dames portaient pour conserver leur teint.

L’orthographe moderne est bien sûr cache-nez, qui désigne aujourd’hui une écharpe. Alors que bien des mots du vieux français ont disparu de notre vocabulaire quand bien même ils y seraient encore utiles selon moi (j’en donne dans ce lexique quelques exemples : fongineux, mérétrical…), le mot cache-nez semble complètement superflu pour désigner une écharpe dont on peut se couvrir le bas du visage en cas de froid : y aurait-il des écharpes dont on ne peut pas se couvrir le bas du visage ?

Pour ce mot, comme pour gimple, peploum, touret et wiart, qui masquent le visage de la femme et sont donc des variétés de voile intégral, voyez mon essai Le voile intégral des femmes dans l’histoire de l’Occident (ici).

Cagarier, cagarieur : Visage ou grimace d’un constipé.

Je donne cette intéressante définition de Roquefort pour sa précision et son originalité, tout en pensant comme d’autres, dont au moins un linguiste ancien (Lacombe, 1766), que ces mots sont en réalité synonymes de « chieur », quelqu’un qui chie.

Cagoule : Soutane, froc de moine.

Cakehan, cakehen, caquehein, casquehein : Cabale, conspiration, projet de révolte. Le cakehan désignait le soulèvement de tous les ouvriers d’un ou de plusieurs métiers qui s’assemblaient et refusaient de travailler pour un motif quelconque.

Les esprits réactionnaires ont tort de considérer que les relations du travail étaient plus satisfaisantes à l’époque des corporations de l’ère préindustrielle : le mot caquehein leur montre que ces relations pouvaient déjà déboucher sur des piquets de grève. Curieusement, je n’ai jamais non plus trouvé ce mot dans la littérature prolétarienne. Cette dernière adopte à certains égards le même point de vue que les réactionnaires sur la condition du travailleur à l’ère préindustrielle, non, toutefois, pour préconiser un retour aux formes dépassées de l’économie mais pour souligner la violence de l’économie capitaliste industrielle. Je fais mienne l’analyse de ces auteurs prolétariens sur le caractère sans précédent de la violence des conditions de travail dans les grandes usines des premiers temps de l’ère industrielle, notamment pour les enfants.

Camelin, cameline : Sorte d’étoffe de couleur brune faite de poil de chameau. Les manufacture d’Amiens et de Cambray au XIIIe siècle, étaient fort renommées pour la fabrication de cette étoffe que portaient les gens riches.

Fréquent dans les œuvres littéraires évoquant le moyen âge, et donc relativement connu, ce terme, il convient de le souligner, atteste de l’ouverture des économies au moyen âge, puisque, tout comme les épices, le camelin ne pouvait être qu’un produit d’importation depuis les régions extra-européennes.

Canterme : Sorte de sortilège, de maléfice.

Caraie, caraude, caraux : Espèce de sortilège ; billet écrit en caractères magiques. Caraudesse : Sorcière, qui a le visage défiguré ; de cara, visage ; en Lang. carëto, un masque.

L’étymologie du visage et du masque semble indiquer qu’une sorcière est souvent identifiée par sa grimace, et que, si elle a parfois le pouvoir d’apparaître sous les traits d’une belle jeune femme, c’est en réalité un « visage défiguré ». Voyez masque plus bas. Je remarque également que le terme latin pour un masque, larva, désigne par ailleurs, au pluriel, une sorte de fantômes, les « larves » à l’apparence hideuse.

Carme : Charme, sortilège ; de carmen.

Carnon : Ancienne arme des Français.

Carvane : Association, assemblée, réunion de plusieurs personnes pour voyager, pour aller en marchandise, en pèlerinage, ou pour quelqu’autre sujet que ce soit. Mot dérivé de l’arabe, ou des langues de l’Asie. En basse latinité caravana et carvana.

Choule, choulle : Boule de bois que l’on pousse avec une crosse ; sorte de jeu de mail. Plus anciennement, on désignait par choule les jeux de ballon, de paume, et de longue paume. D’où chouleve (choulève), joueur de ballon et de paume.

Chrapoudine : Sorte de pierre précieuse, qu’on croyait se trouver dans la tête d’un vieux crapaud.

En français moderne, crapaudine. Une des nombreuses sortes de bézoards réputés magiques dans les anciens temps.

Cibole : Tête d’une massue.

Claver : Imprimer un fer rouge sur la tête d’un animal pour le préserver de la rage.

Clunagiter : Remuer les fesses.

Colre-russe : Bile noire, épanchement, dégorgement de bile ; cholera rufa.

Cette bile noire n’est autre que la mélancolie dans la théorie des humeurs d’Aristote, qui y voit « un fluide d’une essence subtile, supérieure aux quatre éléments terrestres et analogue au principe des astres, qui ont un caractère divin ; elle est de la nature de l’éther, ce cinquième élément ou quintessence d’origine céleste » (Robert Flacelière, Devins et oracles grecs, 1961)

Coninetter : Onomatopée du chant du merle, lorsque cet oiseau est en amour.

Contretenant : Champion qui, dans un tournoi, entrait en lice pour combattre celui qui était le tenant.

Conventicule : Assemblée secrète d’une partie des moines d’un couvent ; conventiculum.

Le terme désigne de nos jours une « assemblée secrète et illicite » (Littré).

Couers : Mari qui souffre et qui favorise les infidélités de sa femme.

Crochet : Sorte de boîte d’artifice que l’on tirait lors des réjouissances publiques.

Ancienneté de l’usage des feux d’artifice, connus du moyen âge depuis les voyages de Marco Polo, qui de retour de Chine fit connaître à ses compatriotes et la poudre à canon et les feux d’artifice qui s’en servent.

Crouste : Église souterraine ; de crypta.

Culage, cullage, culiage : Droit que certains seigneurs s’attribuaient, de coucher la première nuit des noces avec l’épousée ; c’était aussi le nom du présent que l’époux était obligé de faire à ses amis le premier jour des noces, pour qu’ils le laissassent coucher avec sa femme.

D

Défectif : Se dit encore dans quelques provinces en parlant d’un chat subtil et voleur.

Défourmé : Bâtard, adultérin ; et un homme laid, mal bâti ; deformis.

Despucellement : Ancien droit seigneurial.

Détranchés : Souliers d’une longueur extraordinaire, qui furent longtemps de mode, surtout dans le XIVe siècle. Plus la qualité de celui qui les portait était éminente, et plus les souliers étaient longs. Ceux d’un prince avaient deux pieds, et ceux d’un chevalier un pied et demi ; c’est sans doute de là qu’est venu le proverbe : Il est sur un grand pied dans le monde, pour dire, considéré, d’un grand état, d’une grande fortune.

Plus connus sous leur nom de souliers à la poulaine.

Discrétoire : Lieu d’assemblée des mères discrètes [religieuses qui entrent dans le conseil de la Supérieure d’une communauté] dans les couvents de femmes ; discretorium.

Le terme est tiré du sens aujourd’hui caduc de discret « qui a du discernement, du jugement ».

Dominical : Voile blanc sans lequel les femmes ne pouvaient approcher de la sainte Table ; dominicale.

Dorbus : Excréments pulvérisés.

Contexte ? Roquefort tire le mot d’un dictionnaire plus ancien (Lacombe 1776), guère plus explicite avec la définition « merde pulvérisée ».

Dorsal : Tapisserie ou autre étoffe suspendue à un mur ; de dorsalis.

Druydes, druyndes : Prêtres ou devins des anciens Gaulois ; druidæ ; du Grec drus, chêne, arbre consacré à leurs cérémonies ; leurs prophétesses s’appelaient dryades.

Très intéressant emploi du mot dryade qui désigne les nymphes des forêts et des arbres. Les dryades sont, dit-on, particulièrement associées au chêne, qui était par ailleurs l’arbre sacré des druides. Le contexte des dryades-nymphes et des druides est donc tout semblable, et il se pourrait que le mythe des dryades soit né chez les Grecs du personnage des druides.

Dusiens : Prétendus démons qu’on nommait incubes. On supposait qu’ils avaient commerce avec les femmes qu’ils conduisaient au sabbat ; de dux, conducteur, guide. S. Augustin, Cité de Dieu, liv. 15, chap. 23, les appelle dusii ; dans S. Isidore, dusius ; en bas Bret. deuz.

E

Échippe : Espèce d’estrapade, de laquelle on jetait les coupables dans une eau boueuse, d’où le bourreau ne les tirait que pour les fustiger, et les chasser ignominieusement de la ville ; de scopa.

Emplumer : Plaisanterie dont on punissait un homme surpris en état d’adultère.

Voyez le mot emplumement dans mon Cabinet de curiosités. C’est le supplice du « goudron et des plumes » qui, comme on le sait, a perduré bien au-delà du moyen âge.

Encluse : Fille dévote qui vivait dans une église où elle entretenait la propreté, parait les autels, etc.

Enfanmentère : Fantôme, esprit, lutin, revenant.

Envulter, envoulter : Faire une effigie en cire pour s’en servir à des sortilèges.

En français moderne, envoûter. Voyez le mot veu ci-dessous.

Escoillié : Eunuqe ; de colus.

Escouberette : Jeune servante qui balaie ; de scoparius.

Il semble évident que c’est de ce mot que vient notre soubrette, qui désigne une servante de comédie, et que l’étymologie de plusieurs autres, qui la répètent, comme le Robert (et le dictionnaire étymologique d’Alain Rey), à savoir que ce mot de théâtre viendrait du provençal pour « affecté, qui fait le précieux », a peu de sens. D’une part, la soubrette ne présente pas un trait stéréotypique d’affectation ou préciosité. D’autre part, elle est au bas de l’échelle sociale y compris parmi la nombreuse domesticité des intérieurs nobles ou bourgeois de l’époque, avec sa hiérarchie ; c’est là qu’elle doit se placer pour le sel de la comédie, et l’on est donc naturellement allé cherché la soubrette parmi les servantes affectées aux plus humbles tâches, comme l’escoubement à l’escoube (balai) par l’escouberette, ou scouberette, ou soubrette.

Escoufle : Cerf-volant.

Escouvettes : Grands manches à balai, avec lesquels on supposait que les sorciers ou prétendus tels allaient aux sabbats, en se mettant à cheval dessus ; de scopa.

Essoriller : Couper, arracher les oreilles, c’était le supplice auquel on condamnait les voleurs ; d’exauriculare.

Quand on ne leur coupait pas la main ou le pied.

Estrie : Fantôme, spectre, sorcière, loup-garou.

Apparemment la même chose que stryge ou strige, du Grec στρίγξ strix.

F

Fachil, fachignier, fachinier, facinier, fatilié : Sorcier, enchanteur, devin, diseur de bonne aventure ; fatidicus.

Faicturerie : Art magique, sorcellerie, sortilège ; factura. Faiturier : Sorcier, qui fait des maléfices et des sortilèges.

Le mot faiturier me semble se retrouver dans l’italien fattucchiero, masculin, rare, de fattucchiera : « donna che esercita, o si cree che eserciti, le arte magiche, compiendo malie e stregonerie ». La racine en est dans tous les cas le verbe « faire ».

Faide : Droit qu’avaient les parents ou amis d’un assassiné de venger sa mort sur son meurtrier ; en bas lat. faida.

Faisnieur : Gardien des corps morts.

Faitila, faitilia : Poison, charmes magiques, enchantements.

Falcaire : Épée en forme de faux ; falcaria.

Famulaires : Sorte de caleçons que portaient les moines.

Flambart : Feux volants ou follets, qui paraissent sur les eaux à la fin de l’automne, autrement dit le feu de S. Elme.

Forcesainte : Boucle, agrafe de ceinture, ou coffret à reliques.

Foungineux : Terrein rempli de champignons ; funginus.

Je revendique l’utilité de ce terme, sous la forme modernisée fongineux : une clairière fongineuse où viennent danser les fées sous la lune.

Fourcilles : Petites fourches patibulaires placées sur les grands chemins pour effrayer les malfaiteurs.

Franche-dogue : Terme d’injure d’un Anglais à un Français, comme chien de Français. « Franche-dogue dist un Anglois, / Vous ne faites que boire vin ; / Si faisons bien, dist li François, Mais vous buvez le lienequin, / Roux estes comme pel de mastin. » (Eust. Deschamps, fol. 224) (Ma traduction : Chien de Français, dit un Anglais, vous ne faites que boire du vin ; Certes, dit le Français, mais vous buvez de la bière et vous êtes roux comme une peau de mâtin. »)

C’est évidemment de « French dogs » qu’il s’agit.

Franchiman : Français qui habite par-delà la Loire, et qui parle naturellement bon français, sans accent désagréable.

Il me paraît curieux, surtout après la précédente entrée, de trouver cette définition toute positive, de ce qui me paraît n’être autre chose qu’un Frenchman.

Fresaude : Sorcière, enchanteresse, magicienne.

Furelique, furrelique : Petite monnaie noire.

Mes recherches sur internet montrent que Roquefort s’est contenté de reprendre cette définition à d’autres dictionnaires plus anciens, sans y rien ajouter. Je suis perplexe devant une monnaie « noire » car un métal noir n’existe pas à l’état naturel et il ne devait guère être simple d’en produire à l’époque. S’agit-il, dès lors, d’une monnaie non métallique ? Cela se pourrait car, selon d’autres sources, cette monnaie, également appelée poitevine, était de très faible valeur (et, pour cette raison, interdite en Normandie) (Revue numismatique, vol. 13, 1848)

Certaines amulettes thaïlandaises réputées particulièrement puissantes sont produites dans un alliage métallique noir aux reflets iridescents, le lek-laï.

Fusée : Sorte de bâton de défense, ainsi nommé à cause de sa forme.

À cause de sa forme en fuseau.

Fy : Espèce de lèpre, maladie des bœufs ; terme d’aversion et de mépris.

Ce terme de mépris est devenu fi, comme dans « fi donc ! », lui-même tombé en désuétude.

Fyfi (mestre) : Vidangeur, cureur de latrines.

G

Galbanoner : Terme des vitriers qui nettoient les vitres sans les déplacer.

Galonner sa barbe : Selon Borel, c’était la peigner, y mettre de petits glands au bout de chaque floquet, comme font les Dames de leurs cheveux. On faisait cela aussi avec du fil d’or, ou bien on couvrait la barbe de paillettes ou de limaille d’or ; et si on était jeune et sans barbe, on s’en mettait une fausse de fil d’or ; mais cela ne se pratiquait qu’aux enterrements des grands, pour rendre la cérémonie plus majestueuse ; car la barbe a toujours marqué vénération.

Voyez blondir. Ce dernier mot, comme la coutume ci-dessus décrite, comme le mot loriot plus bas, semblent témoigner d’une certaine attirance pour le blond au moyen âge (tendance qui semble également attestée par quelques usages de l’antiquité). Cette préférence pour le blond est évoquée dans ma série de « psychologie évolutionniste » (The Science of Sex I-VI : voyez la table des matières de ce blog), certains auteurs dans ce domaine affirmant qu’une telle préférence est biologiquement déterminée. Je suis aujourd’hui moins convaincu par leurs arguments. Selon eux, la blondeur attirerait comme un signe indubitable de jeunesse et donc de fertilité, car les personnes blondes le sont de moins en moins à mesure qu’elles avancent en âge. Or, quelle que soit la couleur des cheveux, les cheveux sont plus beaux quand la personne est jeune et saine que quand elle vieillit, et si les cheveux plus pigmentés ne se distinguent pas à travers les âges de la vie par des variations de coloris aussi prononcées que les cheveux dépigmentés, ils varient par d’autres qualités, de brillant et autre…, sans doute tout aussi perceptibles, c’est-à-dire que de beaux cheveux noirs et brillants sont tout aussi manifestement un signe de jeunesse et de fertilité que des cheveux très blonds.

S’agissant de la coutume ci-dessus, on pourrait par ailleurs l’expliquer par les origines germaniques de la noblesse et des dynasties royales au moyen âge (Francs etc.), ou encore, éventuellement, par un goût pour l’apparence de l’or, la blondeur étant ce qui rappelle le plus l’or : le goût naturel pour l’apparence des métaux précieux et des gemmes est, sur un autre registre, expliqué par Aldous Huxley dans son essai Heaven and Hell sur les expériences mystiques et psychédéliques.

Gamologie : Traité sur les noces.

Littré, qui connaît ce mot, parle de traité sur le mariage, ce qui semble plus approprié et corrige ce que peut avoir d’incongru un traité sur les noces, qui sont une cérémonie ponctuelle qui n’appellent pas forcément un traité, au-delà de quelques conseils pratiques. Un « traité sur les noces » (Roquefort), au sens moderne, peut difficilement passer pour un traité de la vie dans le mariage, ce que je suppose être un « traité sur le mariage » (Littré).

Garancie : Couleur de cerf.

Sauf à se perdre en conjectures, il ne s’agit donc pas de la même chose que la garance, plante utilisée en teinturerie et qui donne un rouge vif. Mais le brun de la peau de cerf peut aussi être un roux très intense…

Gare : Cave, souterrain.

Garelax : Loup garrou (sic).

Gargariton (dit) : Jargon des médecins.

Garou : Sorcier ; gerulphus.

Le gerulphus est le loup-garou lui-même, en bas latin.

Gaset : Jeune chat.

Gastos : Savant, sage, selon Borel ; d’où, dit-il, viennent les noms des anciens Gaulois, Wisogastus, Husegastus, Salegastus et Losogastus, qui écrivirent la loi salique.

Je n’ai pas d’informations particulières à ce sujet mais je m’étonne que des Gaulois soient auteurs de la loi des Francs. Je trouve en ligne mention de « quatre grands du royaume des Francs, Visogast, Arogast, Salegast, Windogast ».

Gelasins : Les fossettes des joues ; de gelasinus.

Genéaux, genaux : Astrologues, tireurs d’horoscopes ; de genethliaci.

Geneschier, genicier : Sorcier, enchanteur.

Généthliaque : Tireur d’horoscope, devin, astrologue ; de genethliacus, du Grec γενέθλη. Généthliologie : Espèce de divination astrologique, par laquelle on prétendait connaître par l’état du ciel, à la naissance de quelqu’un, ce qui devait lui arriver pendant le cours de sa vie ; du Grec γενεθλιαλογία.

Genoche : Sorcière, selon Borel, qui cite la loi salique. Guenoche, guenuche : Sorcière, enchanteresse.

Gessine : La cérémonie et le festin des relevailles.

Gimple, guimple : Guimpe, partie de l’habillement d’une femme, espèce de voile qui cachait le visage.

Gladiatoire (main) : Main meurtrière, terrible dans les combats.

Glager : Répandre des fleurs ou des herbes odoriférantes sur un chemin, comme on faisait dans ces derniers temps le jour de la Fête-Dieu.

Cette pratique de joncher de fleurs et de parfums le chemin des processions religieuses est encore vivace en Inde. J’en ai trouvé une trace en Amérique latine au vingtième siècle, avec le mot chagrillo : voyez mes Americanismos.

Glap, glatissement : Aboiement d’un chien.

Glop : Boiteux ; claudus.

Gnac : Coup de dents.

Gobbin : Petit bossu ; de gibbus.

Gohine : Nom fabuleux d’une princesse d’Angleterre, que le roman de Tristan de Léonois, dépeint comme une femme extrêmement méchante, et dont le nom paraît avoir formé le mot gouine, femme de mauvaise vie, de basses mœurs, femme méchante.

Gomorant : Habitant de Sodome et de Gomorrhe ; sectateur des vices qui leur étaient reprochés.

Le Liber Gomorrhianus de Pierre Damien a consacré cet usage du nom des habitants de Gomorrhe pour désigner les pratiques aujourd’hui plus connues sous le nom de leurs voisins de Sodome. Plus particulièrement, ce livre décrit comment la confession mutuelle permet aux « sectateurs » en question, membres du clergé, de s’absoudre mutuellement. Il me paraît certain que c’est à ce livre, datant du 11e siècle, qu’il faut imputer l’inscription au nombre des « délits graves », susceptibles d’excommunication, en droit canonique, de « l’absolution du complice dans un péché contre le sixième commandement de Dieu (canon 1378, § 1), c’est-à-dire en matière de chasteté » (Le Tourneau, 1988).

Gourmancien : Nécromancien, devin, astrologue.

Groules, grolles, groulles : Savates, pantoufles.

Les grolles désignent aujourd’hui tout type de chaussures en argot.

Guestiere (guestière), geneschiere (geneschière) : Sorcière.

Gyromantie (gyromancie) : Sorte de divination qui se pratiquait en tournant autour d’un cercle sur la circonférence duquel on avait marqué des lettres ou d’autres caractères significatifs.

L’ancêtre des pratiques de spiritisme, où la gyromancie est effectuée non par le mouvement des corps autour d’un cercle mais, par exemple, le mouvement d’un verre sur lequel les participants, assis autour d’une table, ont chacun posé un ou plusieurs doigts.

H

Ham, hamel, hamelet : Village, hameau bâti au milieu des champs ; de l’arabe khan, khanih.

L’un des plus célèbres personnages de la littérature occidentale, Hamlet, a donc un nom d’origine arabe.

Handuiteur : Espèce de professeur dans une académie de jeux de hasard et d’adresse, tels que dés, cartes, trictrac, boules, quilles, etc.

Haneprie : Toute espèce de hanap d’orfèvrerie ou de cuivre doré, et l’art de les faire et de les fabriquer.

Hec, heche (hèche) : Porte coupée en deux parties, dont celle d’en bas ne passe point l’estomac, porte qui clôt le bas de la baie, pour empêcher les bestiaux d’entrer dans les maisons ou en d’autres lieux.

Hellequin : Lutin, esprit follet, fée, fantômes imaginaires de chevaliers qui combattaient dans les airs.

L’Arlequin de la Commedia dell’Arte a des origines plus inquiétantes que ses tours sur scène, puisqu’il n’est autre que Hellequin, conducteur des démons de la Mesnie Hellequin, chasse sauvage ou chasse aérienne héritée du wotanisme des Scandinaves.

Voyez le tableau du peintre norvégien Peter Nicolai Arbo en bas de ce lexique.

Herbelée : Potion médicinale faite de jus d’herbes ; herbilis, herbile.

Herbeline : Brebis maigre et éclopée, qu’on fait paître à part dans de bons pâturages.

Hercotectonique : Art de l’architecture militaire.

Hiraux : Ceux qui récitaient publiquement des fables et des romans.

Hoguinelle : Troupe de mendiants.

Hottu : Courbé, voûté par l’habitude de porter la hotte.

I

Ignise : Purgation par le feu, épreuve faite par le feu ou par un fer chaud.

Issorba : Aveugler, rendre aveugle ; supplice en usage aux X et XIe siècles.

L

Lampian : Épée, flamberge dont la lame est bien luisante, bien polie.

Langoiement : Action d’examiner la langue d’un porc, pour vérifier s’il n’est point attaqué de ladrerie.

Lecticaire : Fossoyeur, porteur de corps morts ; lecticarius.

Leu-wasté : Loup-garou.

Lisme : Tribut que payaient aux nations Barbaresques les Souverains qui voulaient commercer avec elles.

Loriot : Ornement de tête, tresses de cheveux blonds.

Luiton, luthon : Esprit follet, lutin.

Pour « esprit follet », également : Folot, Foletéour.

Lumerette : Feu follet qui paraît la nuit.

M

Manies : Figures de cire dont nos pères se servaient pour les sortilèges ; manducus, ou du Grec μαντεία.

Maou-bos : Forêt dangereuse, bois rempli de brigands ; malus boscus.

Mare : Espèce de monstre.

C’est exactement le mare de la langue anglaise, qui a donné le mot nightmare, le mare de la nuit.

Marisson : Petit marais.

Marramas, mattabas : Espèce de drap d’or.

Masque : Sorcière, diseuse de bonne aventure.

Le mot est féminin et vient du latin masca, qui désigne une stryge (stria, striga) ou une lamie (lamia), sortes de monstres. Le terme masque au féminin existe encore dans le dictionnaire français : « terme familier d’injure dont on se sert quelquefois pour qualifier une jeune fille, une femme, et lui reprocher sa laideur ou sa malice ; sorcière (languedoc. masco, sorcière, du bas-latin masca) » (Grand Robert).

Maubuisson : Buisson près duquel il est dangereux de passer.

J’ignore si ce buisson est dangereux en raison de quelque magie ou pour toute autre raison.

Mauron : Rond de malheur, cercle tracé par un magicien.

Meretrical (mérétrical) : Qui appartient à une prostituée.

Dans le sens « Relatif à ou qui appartient à ». Mot du vieux français dont il n’existe pas d’équivalent en français moderne, sans qu’il y ait de raison valable à une telle disparition, qui oblige le locuteur contemporain à des périphrases, des circonlocutions alambiquées.

Mesel, meséau : Lépreux ; malheureux, infortuné. Ducange, dans ses Observations sur l’Histoire de S. Louis, dit que ladre et mesel sont synonymes et signifient lépreux ; Barbazan prétend qu’il faut en faire en la distinction (…) pour moi, je crois que la mesellerie a été, dans l’origine, une maladie différente de la ladrerie, que par suite on les a confondues, et qu’elles ont servi à désigner un mal affreux, que l’on réputait le plus dangereux de tous ; il paraît certain que les meséaux étaient traités moins sévèrement que les ladres.

Miséricorde (épée de) : Poignard très pointu, sorte d’épée fort courte qui faisait partie de l’armement des anciens chevaliers ; ces poignards étaient ainsi nommés, de ce que les chevaliers qui avaient terrassé leurs ennemis, s’en servaient pour les tuer s’ils ne criaient miséricorde. On disait aussi dague de miséricorde.

« Terrasser » est ici entendu au sens strict de faire tomber à terre. Comme le montre bien le film Excalibur (1981), un chevalier en armure qui tombe à terre est comme une tortue sur le dos. Son ennemi peut le mettre à mort en lui enfonçant une lame par les jointures de l’armure, le plus souvent au niveau de la gorge. En revanche, le film ne montre pas l’ennemi de l’adversaire terrassé changer d’arme, prendre une dague de miséricorde plus fine et plus pointue que l’épée dont il se sert pour combattre, laquelle, si elle était suffisamment longue et large, devait être difficile à employer pour ce genre de mise à mort.

Monaul, monaut : Qui n’a qu’une oreille, qui en a perdu une ; de monoculus.

Monocle : Qui n’a qu’un œil, borgne ; monoculus.

Mouard, mouarde : singe, guenon. Mounin, mounette, mounine : Singe mâle et femelle.

N

Narquin, narquois : Mendiant, voleur, coupeur de bourses, fourbe, trompeur ; l’argot, langage des gueux, langue composée de mots énigmatiques, de mots remplis de ruse et de finesse.

Néette : Eau, mare où l’on met rouir le chanvre. Nais : Rutoir pour le chanvre. Rutoir : Lieu où l’on fait rouir le lin et le chanvre.

Neule : Pâtisserie fort déliée, connue encore dans quelques provinces du Nord, sous le nom de noules, noudles, espèces d’oublies.

Les noudles font immédiatement penser au mot anglais noodles (nouilles), où des linguistes anglophones croient voir une origine hollandaise. S’agissant d’une pâtisserie fort déliée, il y a lieu de croire que c’était une sorte de pâte, de pasta en somme, donc de nouilles. Le mot qui désigne nos nouilles (à côté de celui qui désigne nos pâtes et est d’origine italienne) pourrait donc bien être la forme moderne de ces noules.

Nomance, nomancie : L’art de deviner ce qui peut arriver d’heureux ou de malheureux à une personne, en examinant les lettres de son nom de baptême ; onomancia.

Nouement de l’aiguillette : Impuissance accidentelle, espèce de maléfice qu’on attribuait aux prétendus sorciers.

O

Oblie, oublie : Sorte de pâtisserie légère et fort déliée, que nous appelons plaisirs ; en bas lat. oblia ; c’était aussi le nom d’une cérémonie qui se pratiquait dans les églises le jour de la Pentecôte, et qui consistait à jeter du haut de la nef, des étoupes enflammées.

Ottruchier, ottrucher : Homme qui élevait et dressait les oiseaux de proie, en général.

Quant à l’autruche, on l’appelait struction.

P

Pacolet (cheval de) : Cheval de bois imaginaire qui allait dans les airs, et qui se conduisait au moyen d’une cheville. Quelques poètes anciens ont donné le nom de pacolet au cheval Pégase.

Cet aéronef apparaîtrait entre autres dans le roman de chevalerie Valentin et Orson, dont la plus ancienne version remonte au 13e siècle (la version française imprimée date de 1489). Il s’agit d’un aéronef, à la manière de Jules Verne, c’est-à-dire d’une technologie imaginaire plutôt que d’un animal imaginaire, vu que Pacolet est en bois et se conduit « au moyen d’une cheville », ce qui me fait penser au manche de pilotage d’un avion.

Paléoc, paletot, paltoc : Tulipe bigarrée, et coupée par différentes couleurs. Mais à Paltoc, paltoque : La tulipe, fleur bulbeuse.

Passaire : Potion médicinale passée à la chausse.

Cette mystérieuse chausse doit être la « chausse d’Hippocrate » ou « chausse à hypocras », « utilisée en pharmacie » selon le Grand Robert, et qui était une sorte de « filtre, entonnoir en étoffe ».

Pegomancie (pégomancie) : Divination païenne qui se faisait en jetant des espèces de dés dans les fontaines ; lorsqu’ils allaient au fond, on en tirait un heureux présage ; mais quand ils s’arrêtaient à la surface, c’était mauvais signe ; pegomantia.

Peploum, peplum : Voile, coiffure de femme en usage au XIIe siècle ; elle enveloppait la tête et le menton, et remontait jusqu’au nez.

Petteur, pettour (péteur) : Nom de celui qui, à raison de l’office de la sergenterie qu’il possédait en fief, avait le droit singulier de se présenter tous les ans, le jour de Noël, devant le Roi d’Angleterre, et de faire un pet devant lui.

Piement, pieument, pigment, piment : Liqueur composée de miel, de vin, et de différentes épices ; pigmentum. Pour Pigment : également, « vin rouge, vin haut en couleur, vin rosé ». Pour Pieument et Piment : également, « mélisse, citronnelle ».

Pimpeloré (drap) : Drap qui est à feuilles de pimprenelle, autrefois pimpinelle.

L’expression « drap à feuilles de pimprenelle » n’est pas des plus explicites. Selon un autre ancien dictionnaire (le Godefroy), le mot, avec l’orthographe pinpeloré, signifie « orné de diverses couleurs » et ne renvoie pas à la primprenelle mais est une variant de pintelé, pinteloré. Selon le Dictionnaire de l’Académie française de 1839, le mot signifie « orné d’une broderie qui imite les feuilles de la pimprenelle ».

Pimpousaie, pimpousée : Femme qui fait la délicate, la précieuse.

Pitouns : Devins, sorciers.

Polincteur : Homme qui embaume les morts ; de pollinctor.

Le terme latin pollinctor est connu en anglais, où il a le sens de « undertaker; a person who prepared corpses for a funeral » ou bien « one who prepares materials for embalming the dead; a kind of undertaker ». Le sens anglais pourrait laisser penser que polincteur ne décrit pas seulement une fonction relative à l’embaumement des momies dans l’Égypte ancienne, dont les manuscrits du moyen âge pouvaient avoir à parler, mais aussi une certaine fonction funèbre au moyen âge, qui reste cependant assez floue.

Posoera : Sorcière, femme débauchée.

Poussaille, pousse : Gardes, archers, gens destinés à saisir et chasser les vagabonds et les voleurs.

Proelingant : Qui goûte le premier aux plats.

Q

Questron : Bâtard, enfant d’une prostituée.

R

Rabat : Esprit follet, lutin.

Ramassières : Sorcières, qui s’imaginaient aller au sabbat sur un ramon, ou balai.

Rancoulli : Eunuque.

Relique à pierres : Reliquaire garni de pierreries.

Renvoisons : Prières pour les biens de la terre.

Rodondon : Espèce de manteau, ainsi nommé à cause de sa rondeur.

Roffée : Gale, teigne, croûte de gale.

S

Sacards : Ceux qui, sous le prétexte d’ensevelir les pestiférés, volent leurs maisons ; gens de sac et de corde.

Sacs : Certains religieux, ainsi nommés de ce qu’ils étaient vêtus d’un habit grossier comme un sac.

Sagane : Sorcière.

Saphistrin : Saphir d’Allemagne.

Sarviciau : Garde de femme en couche.

Satyriau : Petit satyre.

Sauterai : Nom que les gens de campagne donnent à un prétendu génie familier, qu’ils croient ou supposent s’attacher à quelques chevaux d’une écurie, et en prendre un soin particulier.

Ressemble au drolle de mon Cabinet de curiosités.

Sauvage (chevalier) : Chevalier errant, inconnu.

Séjour (beste de) : Cavale ou vache qui a mis bas, et qu’il faut laisser reposer.

Sorceron : Breuvage fait par sortilège.

Sore, soré : Jaune, doré, de couleur blonde. Cette épithète a été employée pour châtain clair.

Sourclave : Fausse clef.

Pour quoi faire ?

Squenancie : Parfum de racines de jonc.

T

Tiersaige : La troisième partie des biens d’un défunt, que le curé de sa paroisse exigeait en certains lieux, pour lui donner la sépulture : ce droit fut réduit à la neuvième partie, et ensuite entièrement aboli.

Thoilette, toilette : Batiste, toile fine de lin.

Touret : Masque que les dames portaient, et qui ne cachait que le nez ; de là on le nommait touret de nez ; on l’agrandit depuis, et alors on l’appela loup. On appelait encore ainsi un petit oreiller, ou bien un petit coussin qui servait à cacher les défauts de la taille.

Tragelaphe : Animal qui tient du cerf et du bouc.

Le tragélaphe est une antilope africaine, par exemple dans Chateaubriand. Je trouve également cette définition : « Le tragélaphe est un cerf dont le tête est une tête de bouc ou une tête humaine. Il est représenté combattant avec un lion, dans la symbolique chrétienne du moyen âge. » (Meubliz, le meuble de A à Z)

Traquenard : Piège à prendre des souris et des rats.

Triaclieur, triaclier : Marchand d’orviétan qui court les places et les rues, vendeur de thériarque.

Trilingues : Nom qu’on donnait aux Marseillais, parce qu’ils parlaient trois langues, le Latin, le Grec et le Gaulois.

Troève : Essaim d’abeilles trouvé dans un bois. Aboilage, abollage : Droit qu’ont les seigneurs de prendre les abeilles qui se trouvent sur leurs dépendances. Aurilleur : Fermier qui jouit du droit d’aboilage ou d’abeille.

S’agissant de troève, l’emploi du mot « trouvé » semble indiquer que l’essaim d’abeilles devient la propriété de celui qui le trouve ; il ne s’agit pas seulement d’un essaim « rencontré » dans un bois. Les deux mots suivants servent à confirmer cette interprétation : le seigneur, ou un fermier, peut « prendre » les abeilles qu’il trouve sur son domaine.

Troiche : Bouquet de fleurs, de perles, ou de pierres précieuses.

Truiettes : Marques rouges qui sont sur les jambes de ceux qui s’approchent trop du feu.

V

Vautrier : Chasser le sanglier.

Vert-may : Branches de verdure dont on parait les rues dans les jours de processions.

J’imagine qu’on parait les rues en les jonchant de branches de verdure, et cela nous renvoie donc aux pratiques décrites par le verbe glager (voyez supra).

Veu, vœu, voult, vout : Figure de cire qui représentait celui qu’on désirait blesser ou tuer en la piquant ; de vultus.

Vulsenade : Meurtre que le mari fait à l’instant même où il surprend sa femme en adultère ; de vulnerari.

W

Wain, wayn : Spectre, fantôme.

Wairon, vairon : Loup-garou.

Wiart, wite : Voile dont les femmes se couvrent le visage.

Z

Zahorie : Vue perçante.

Le mot existe en espagnol, avec un sens de pouvoir spécial qui doit être contenu dans la définition laconique du Roquefort : zahorí, zaorí «persona a quien el vulgo atribuye la propriedad de ver lo que está oculto, especialmente veneros de agua subterránea y yacimientos minerales».

*

Sainte Hélène portant un chapeau à bec (abacot) par Agnolo Gaddi (14e siècle)

Åsgårdsreien (1872) par Peter Nicolai Arbo

Le Cabinet des curiosités

Ce blogue est au fond un vaste cabinet de curiosités mais, comme je ne m’en étais pas aperçu jusque-là, je n’ai pas pensé à lui donner ce nom. Je le donne au présent lexique de mots rares désignant diverses curiosités, d’époques et de régions variées, pour le plaisir des curieux. Les définitions sont tirées du Grand Larousse du dix-neuvième siècle. Selon un usage constant de ce site, mes observations sont indiquées entre crochets.

s.m. substantif masculin ; s.f. substantif féminin ; adj. adjectif.

Abonde (s.f.) La principale des fées bienfaisantes, qui, suivant nos ancêtres, venaient la nuit dans les maisons et y apportaient toutes sortes de biens. [Le nom comme l’idée ne sont pas sans rappeler la corne d’abondance.]

Afragar (s.m.) Nom donné au vert-de-gris par les anciens alchimistes. [L’origine arabe de ce mot est peu douteuse, de même que celle d’un grand nombre d’autres termes d’alchimie, tels que] Aabam ou Abartamen (s.m.) Plomb. Abarnahas (s.m.) Magnésie. Ahusal (s.m.) Soufre d’arsenic. Athanor (s.m.) Sorte de fourneau dans lequel le charbon, tombant de lui-même à mesure qu’il se consumait, entretenait très longtemps un feu doux. L’athanor, qui ne servait que dans les longues opérations alchimiques, n’existe plus dans les laboratoires actuels. Avraric ou Azoch (s.m.) Mercure. Azinaban (s.m.) Nom que l’on donnait aux fèces séparées de la pierre philosophale. Bénibel (s.m.) Mercure hermétique. Brumazar (n. propre) Esprit des métaux, en alchimie. Duénech (s.m.) Matière de la pierre philosophale, quand elle est devenue très noire. Duzamé (s.m.) Pierre philosophale.

Alséides ou Alses (s.f.pl.) Mythol. gr. Nymphes des bocages et des sous-bois. // Êtres fantastiques habitant les bois. Anaraïdes (s.f.pl.) Nymphes ou génies des eaux qui, selon les Grecs, se tenaient près des fontaines. Anigrides (s.f.pl.) Nymphes qui habitaient les rives de l’Anigrus ; elles passaient pour guérir les blessures, et surtout les maladies de la peau.

Anansie (s.f.) Nom d’une grosse araignée adorée par les nègres de la Côte d’Or, qui lui attribuent la création de l’homme, et qui la révèrent comme une divinité particulière. [Le nom est aujourd’hui orthographié Anansi ou Anansé, et il est passé aux Antilles sous la forme Nancy, avec, en anglais, l’expression nancy-story, définie par le dictionnaire Merriam-Webster comme « un conte merveilleux d’Afrique occidentale ou des Antilles ». Par exemple, dans le poème dialectal The Lesson de la poétesse grenadienne Merle Collins, « Is not/ No Nancy-Story/ Nuh/ Is a serious/ joke ».]

Angimacurien (s.m.) Membre d’une secte d’ascétiques indiens ; ils méditent jour et nuit, dans la position la plus incommode, et ne vivent que d’insectes, assaisonnés avec le suc de plantes amères ou fétides.

Anthropométallisme (s.m.) Sorte de magnétisme animal.

Anktériasme (s.m.) Antiq. Nom donné à une sorte d’anneau ou de bandage au moyen duquel, avant l’usage de la castration, on cherchait à conserver aux chanteurs leur voix, aux danseurs et même aux gladiateurs toute leur énergie, en rendant impossible l’énervement amené par certaines jouissances prématurées ; c’est ce que les Latins nommaient infibulatio.

Anthropomancie (s.f.) Divination basée sur l’inspection des entrailles d’un enfant ou d’un homme fraîchement égorgé. L’anthropomancie se pratiquait encore chez les Grecs du temps de la guerre de Troie.

Archimagie (s.f.) Partie de l’alchimie qui enseignait l’art de faire de l’or.

Arétalogue ou Arétologue (s.m.) Antiq. rom. Sorte de bouffon philosophe qui amusait les convives pendant le repas. [Ces bouffons remplissent aujourd’hui leur office à la télévision.]

Asellation (s.f.) Méd. Promenade sur un âne, prescrite comme moyen curatif.

Auropubescent (adj.) Hist. nat. Qui est garni de petits poils d’un jaune doré.

Avoutrie. Féod. (du lat. adulterium) Droit d’avoutrie, Droit en vertu duquel une personne, homme ou femme, convaincue d’adultère, était condamnée à courir toute nue par la ville où le crime avait été commis, ou à payer soixante sols au seigneur. Etat d’une personne adultère. Emplumement (s.m.) Anc. législ. Peine qui consistait à couvrir de plumes le corps ou une partie du corps du condamné, après l’avoir enduit d’une matière gluante. Encycl. L’emplumement paraît avoir été très-commun au moyen âge. Si l’on s’en rapporte aux lettres de rémission de l’année 1479, citées par Du Cange au mot adulterium, ce châtiment bizarre aurait été appliqué principalement aux adultères. [Châtiment plus connu de nous sous la forme pratiquée au Far-West, le tarring and feathering.] Paratilme (s.m). Antiq. gr. Epilation, peine infligée aux adultères, mais dont les riches pouvaient se racheter en payant une amende.

Baf (s.m.) (de l’angl. beef, bœuf) Métis ou jumart qu’on suppose provenir du taureau et de la jument. Le produit également supposé du cheval et de la vache s’appelle bif.

Baghe (s.m.) Anc. cout. Bagage d’un ladre ou lépreux (manteau, chapeau, besace, cliquette).

Barbole (s.f.). Antiq. Sorte de hache d’armes barbelée – c’est-à-dire pourvue de piquants qui s’opposaient au retrait de l’arme de la plaie –, très lourde et très meurtrière.

Buccomancie (s.f.) Art de connaître le passé, le présent et l’avenir d’une personne par l’inspection de l’intérieur de sa bouche. Cette science, créée par M. W. Rogers, est, selon lui, physiognomonique, physiologique et philosophique.

Cacangélique (s.m.) Nom d’une secte luthérienne qui se disait en rapport avec les anges.

Cache-Folie (s.m.) Coiffure adoptée par les femmes sous le Directoire, et qui formait un des éléments du costume de cette époque. Elle consistait en une perruque blonde à cheveux flottants. C’était la coiffure des merveilleuses.

Cacodémon (s.m.) Démonol. Mauvais génie qui, dans les croyances de l’antiquité et du moyen âge, s’attachait à chaque homme et cherchait à l’entraîner au mal.

Callipédie (s.f.) Physiol. Art de procréer de beaux enfants.

Cambion (s.m.) Démonol. Petit démon né du commerce d’un démon incube avec un démon succube. Encycl. Les auteurs qui ont traité de la démonologie, entre autres Delancre et Bodin, croient que les démons incubes peuvent s’unir aux démons succubes, et nomment cambions les enfants nés de ce commerce hideux. Ces enfants sont horribles et repoussants, ils sont plus pesants que les autres, et avalent des quantités énormes de nourriture sans jamais engraisser. Luther, qui prétend en avoir vu, dit qu’ils ne vivent que sept ans, qu’ils sont toujours tristes et moroses, et ne rient que lorsqu’il arrive un sinistre dans la maison qu’ils habitent. Un autre auteur rapporte qu’un mendiant excitait la pitié des passants en tenant un cambion sur ses genoux. [Il convient de préciser ces explications en soulignant que, si l’on a pu voir des « cambions » au milieu des hommes, ce qui n’a rien d’évident, a priori, pour les rejetons d’êtres démoniaques, c’est qu’ils sont parfois substitués par leurs parents indignes à des bébés enlevés par ces derniers, en conséquence de quoi les parents humains élèvent sans le savoir, du moins au début, un enfant surnaturel, en anglais un changeling. Pour le cambion en poésie, voir mon poème Le Baron Incube, dans le recueil Le Bougainvillier.]

Camois (s.m.) Mot qui servait à désigner les marques imprimées sur la peau par la cotte de mailles, et qu’un bain faisait disparaître : les camois des mailles.

Canabasserie (s.f.) Commerce du chanvre, dans le Lyonnais. Canabou (s.m.) Ancien nom du chanvre.

Caninage (s.m.) Féod. Droit en vertu duquel les tenanciers étaient obligés de nourrir les chiens de chasse du seigneur. // Droit dû au seigneur pour la permission qu’il accordait aux paysans d’avoir des chiens chez eux.

Caninana (s.m.) Erpét. Serpent d’Amérique qui s’attache à l’homme et le suit comme un chien. [Mes recherches sur plusieurs pages de Wikipédia n’ont pas pu confirmer cette caractéristique du caninana. Soit les hommes ont abandonné depuis longtemps cette sorte de domestication, soit elle n’a jamais existé et l’erreur provient peut-être d’une interprétation fautive du nom de ce serpent par laquelle les lexicographes auraient assigné à cani- le même sens qu’à canin.]

Capade (s.m.) Eunuque noir, chez les Maures. Capou-agassi (s.m.) Chef des eunuques blancs du sérail.

Carquet (s.m.) Place secrète entre le corset et la poitrine : cacher une lettre dans son carquet.

Catabolique (adj.) Se disait d’un démon qui emportait les hommes pour les briser en les jetant avec violence contre terre.

Cataste (s.f.) Antiq. lat. Sorte d’échafaudage sur lequel étaient exposés les esclaves mis en vente. // Instrument de torture, consistant en un lit de fer sur lequel on plaçait le patient, après y avoir allumé du feu.

Cébocéphale (s.m.) Tératol. Genre de monstre dont la tête ressemble à celle d’un singe.

Cédrie (s.f.) Antiq. Nom d’un mélange de bitume et d’une liqueur acide tirée du cèdre, l’un des trois ingrédients dont les Égyptiens se servaient pour embaumer les corps.

Céraunoscope (s.m.) Antiq. Prêtre qui observait les phénomènes de la foudre, pour en tirer des présages.

Cercose (s.f.) (du gr. kerkos, queue) Méd. Allongement du clitoris. Clitorisme (s.m.) Usage contre nature d’un clitoris qui a des dimensions exceptionnelles. // Maladie du clitoris. Tribade (s.f.) (gr. tribas, de tribo, je frotte) Femme dont le clitoris a pris un développement exagéré et qui abuse de son sexe.

Charadrius (s.m.) Antiq. Oiseau merveilleux auquel les magiciens attribuaient la vertu de guérir la jaunisse, rien qu’en regardant le malade. // Oiseau immonde, selon le Deutéronome.

Covin (s.m.) Anc. art milit. Char de guerre armé de faux, en usage chez les Bretons et les Belges. // Antiq. rom. Voiture de voyage à peu près semblable au char de guerre des Bretons.

Crierien (s.m.) Nom donné à des fantômes de naufragés qui sortent la nuit de l’Océan, pour demander la sépulture aux habitants des côtes de la Bretagne et de la Normandie.

Criomyxe (adj.) Pathol. Se dit de ceux dont le mucus nasal est abondant, comme chez le bélier. [L’adjectif s’applique à des personnes mais Larousse évoque le bélier pour rendre compte de l’étymologie : crio-.]

Cutambule (a.) Zool. Qui rampe sous la peau : vers cutambules. Cuticole (a.) Qui vit sous la peau : larves cuticoles.

Cyptonisme (s.m.) Antiq. Supplice qui consistait à placer le patient dans une cage de bois de moindre hauteur que sa taille, et dans laquelle il était obligé de tenir son corps courbé. Miechok (s.m.) (mié-chok) (Mot russe qui signifie littéralement le sac) Espèce de prison, de cachot voûté, dans lequel le prisonnier ne peut se tenir qu’accroupi. On cite des condamnés qui, au bout de deux ou trois ans de miechok, en sont sortis définitivement perclus ; mais le plus grand nombre n’en sortent pas quand la punition se prolonge aussi longtemps.

Dacnade (s.f.) Antiq. Nom donné par les Grecs à un oiseau, aujourd’hui inconnu, que les Egyptiens attachaient à la couronne de leurs convives, afin que ceux-ci, en butte aux coups de bec et aux cris incessants de l’oiseau, se tinssent éveillés pendant tout le repas.

Dam-Kane-Oualla (s.m.) Nom donné à certains pénitents ou fakirs indiens. Encycl. Les dam-kane-ouallas passent leur temps à compter leurs inspirations, cherchant à en réduire le nombre de plus en plus, jusqu’à ce qu’enfin la nature s’y refuse. Les Indous croient qu’ils trouvent ainsi le moyen de prolonger leur vie bien au-delà de son terme ordinaire. Ces misérables fanatiques s’habituent à une abstinence telle qu’une poignée de graines de maïs rôti leur suffit pour une journée. Ils finissent ainsi par rendre leur constitution presque semblable à celle des animaux à sang froid ; les transitions les plus brusques en température n’occasionnent jamais chez eux de congestion sur aucun organe. Ainsi que cela a lieu chez les reptiles, le froid ne fait que les engourdir et le soleil les ranime.

Daturea (s.m.) (da-tu-ré-a) Nom donné à des empoisonneurs indiens. Encycl. Les datureas ont emprunté leur nom à la substance vénéneuse qu’ils emploient le plus généralement pour l’exécution de leurs crimes. Ils sont répandus par centaines dans les trois présidences de l’Inde anglaise, Madras, Bombay et Calcutta. (…) Aucune organisation secrète ne relie entre elles ces bandes de malfaiteurs, composées chacune d’un petit nombre d’individus ; aussi les mesures préventives prises contre les datureas par le gouvernement anglais de l’Inde n’ont-elles pas eu le même succès que celles qu’on a prises contre les thugs.

Djala-Praleyam (s.m.) Déluge indou. L’ère indoue actuelle ou caly-yougam date du commencement de ce djala-praleyam.

Djefr-Kitabi (s.m.) Hist. ottom. Livre écrit en caractères magiques, qui contient les destinées des sultans ottomans et des souverains d’Égypte, et que l’on conserve soigneusement au sérail.

Drac (s.m.) Superst. Sorte de farfadet, de génie des eaux (en Provence).

Draconite (s.f.) Pierre de forme singulière, que Pline et quelques naturalistes anciens ont prétendu se trouver dans la tête du dragon.

Driff (s.f.) Pierre fabuleuse, composée de mousse formée sur des têtes de mort, de sel marin, de vitriol cuivreux empâté avec de la colle de poisson, ayant la propriété d’attirer le venin des plaies et de guérir toutes sortes de maladies, quand on la touchait seulement du bout de la langue. On l’appelait aussi pierre de Buttler et periapton salutis magneticum. Dris ou Driss (s.m.) Nom donné à un médicament analogue à la pierre de Buttler, par Van Helmont, qui lui attribuait la merveilleuse propriété de combattre et de guérir les maladies par une influence surnaturelle.

Drolle (s.m.) Démon familier qui prend soin de panser les chevaux et obéit à quiconque l’évoque et lui commande, d’après les démonologues.

Drude (s.f.) Mythol. germ. Être féminin qui tient à la fois de la nature des dieux et de celle des hommes ; on dit aussi drute. Encycl. Lorsque le christianisme eut été introduit en Allemagne, les croyances populaires en firent des êtres malfaisants, ayant des pattes d’oie ou de cygne. Pour conjurer leurs maléfices on place dans les maisons une pierre ramassée dans un ruisseau et arrondie par les eaux, percée en son milieu de manière naturelle. Cette pierre également toute-puissante contre les elfes est appelée Drudenfuß ou Elfenfuß. [On aurait, dans les drudes, l’origine des reines pédauques, c’est-à-dire aux pattes d’oie, sculptées sur certains portails d’église. Ce trait, le pied d’oie, était également associé aux lépreux ainsi qu’à la race maudite (race paria) des cagots du sud de la France, dans les croyances populaires.]

Fantine (s.f.) Superst. Fée vaudoise, bonne et douce.

Furrole (s.f.) Météorol. Nom donné par les marins de la Manche et de la Bretagne aux exhalaisons enflammées qui sortent parfois de la terre ou se montrent à la surface de la mer.

Gabbare (s.m.) (lat. gabbarus, même sens) Momie égyptienne embaumée par les chrétiens du pays, aux premiers siècles de l’Eglise.

Galéanthropie (s.f.) Méd. Folie dans laquelle le malade se croit transformé en chat. [Le phénomène n’a pas connu le même succès que la lycanthropie, pas plus que la bousanthropie, ou transformation en bœuf — malgré Le Bousanthrope de Meulière — ni que la cynanthropie, ou transformation en chien.]

Galgal (s.m.) Archéol. Tumulus celtique composé de terre et de cailloux, et renfermant une crypte.

Garou (s.m.) Sorcier. N’est plus guère usité que dans loup-garou.

Gennade (s.f.) Jurisp. anc. Femme qui avait épousé un homme d’une condition inférieure à la sienne. [Cf. aussi, en ancien français, le mot angerin, qui désigne un « homme de basse extraction qui épouse une Damoiselle » (Glossaire de la langue romane)] Tchandala (s.m.) Nom qui s’applique spécialement, dans l’Inde, au soudra né d’un père soudra et d’une femme brahmane. (…) Il leur est ordonné de vivre hors de la ville, de prendre leur nourriture dans des vases brisés, de porter les habits des morts, de n’avoir d’autre propriété que les ânes et les chiens. Ils sont exclus de tout rapport avec les autres classes. Ils ne peuvent être employés que comme exécuteurs publics, ou emportent les cadavres de ceux qui meurent sans parents. [Le terme se retrouve dans la philosophie de Nietzsche ; c’est cette dernière qui a inspiré à Strindberg sa nouvelle Tschandala.]

Gilgul-Hammetin ou Ghilgul-Hammetin (s.m.) Théol. Sorte de déplacement que devront subir les corps des juifs à l’arrivée du Messie, d’après certains rabbins, pour venir ressusciter en terre sainte.

Gnomide (s.f.) Femelle, femme du gnome. Elfine (s.f) Femme elfe.

Goguelin (s.m.) Esprit familier que les matelots disent fréquenter habituellement la cale et l’entre-pont.

Goor-Knat (s.m.) Nœud sacré, symbole d’initiation et signe de reconnaissance des thugs ou étrangleurs de l’Inde. Encycl. Chez les thugs, le goor-knat est un nœud d’une espèce particulière, que le turka, personnage le plus élevé dans la hiérarchie de ces misérables bandits, fait à l’un des coins du foulard qui doit servir à étrangler les victimes. Ordinairement, ce nœud enveloppe une pièce de monnaie. Quand un cheyla ou disciple aspire à passer étrangleur, il présente son foulard au turka, qui le lui rend après avoir fait le goor-knat. En recevant le foulard des mains du turka, le cheyla porte respectueusement à son front le goor-knat, qu’il ne pourra dénouer qu’après s’être tiré à son honneur d’une première expédition, c’est-à-dire après avoir étranglé un ou plusieurs malheureux voyageurs.

Gynécomaste (s.m.) Méd. Homme dont les mamelles sont très volumineuses.

Hagyrkur, c’est-à-dire Celui qui versifie facilement, Celui qui récite des vers, un des surnoms d’Odin dans la mythologie scandinave. Odin, en effet, parle toujours en vers, et est encore appelé pour cela Liodra Smidr, le forgeur de chants.

Hedjera (s.f.) Femme eunuque de l’Inde. Encycl. Se défiant sans doute des eunuques mâles, chez qui l’on trouve encore quelques restes de passion, les Indous ont poussé la jalousie jusqu’à préposer des femmes également mutilées à la garde du zinanah ou zénanah. On ne voit pas, du reste, que cet usage soit sorti de l’Indoustan. L’opération que l’on fait subir à ces femmes consiste probablement dans l’écrasement ou l’ablation des ovaires. Un voyageur raconte qu’un vieux brahme d’Indore lui avait assuré qu’on produisait l’atrophie des ovaires en les piquant avec des aiguilles insérées au préalable dans le fruit encore vert de l’arbre appelé bhelpoul. Ces hedjeras sont grandes, robustes, bien musclées et jouissent d’une bonne santé. Leur voix mâle, leur haute stature, leurs mouvements brusques, accompagnés de gestes expressifs, les font prendre, au premier abord, pour des hommes déguisés en femmes. Elles n’ont point de gorge ni de mamelon ; tout l’appareil génital est atrophié ; les poils manquent complètement, et les hanches sont aussi peu développées que chez l’homme ; enfin les hedjeras n’ont pas de flux menstruel. Beaucoup de ces femmes parcourent les villes et les villages, prédisant les jours fastes et néfastes, et pratiquant la circoncision chez les enfants.

Hircisme (s.m.) Odeur fétide qui s’exhale des aisselles de certaines personnes et qui rappelle l’odeur du bouc.

Jwidie (s.f.) Mythol. scand. Nom donné à des nymphes des bois qui prédisaient l’avenir.

Kaller (s.m.) Membre d’une caste de l’Inde, uniquement composée de voleurs.

Kos (s.m.) Anthropol. Nom donné à des Nogaïs [peuple mongoloïde de langue turque habitant principalement le Daguestan] du sexe masculin, qui deviennent semblables à de vieilles femmes. Encycl. (…) Lorsque les maladies les énervent ou que l’âge produit cet effet, leur peau se ride sur tout le corps. Le peu de poils qu’ils avaient à leur barbe tombe, et le malade prend tout l’air d’une femme ; il devient impuissant, et ses actions et ses sensations n’ont plus rien de masculin. Dans cet état, il est obligé de fuir la société des hommes ; il reste avec les femmes, s’habille en femme (…) Il est impossible de ne pas voir dans les kos des Tartares et des Turcs les énarées d’Hérodote et d’Hippocrate.

Kouli (s.m.) Membre d’une caste de brahmes de l’Inde. Encycl. Les koulis sont de véritables étalons humains pur sang, chargés spécialement d’ennoblir les familles. Ils peuvent, par une loi d’exception, consacrée par la religion et la crédulité publique, cohabiter, sans déroger, avec des filles vierges de castes inférieures. Ils courent donc les villes et les campagnes ; les parents de la jeune fille qui doit être favorisée des embrassements de cet époux de passage doivent faire au kouli un cadeau en argent ou en étoffes, d’après leur fortune ; ils lui lavent les pieds et boivent ensuite l’eau qui a servi à cette opération. Les mets les plus délicats lui sont offerts ; après quoi, il est amené vers la couche nuptiale où repose la vierge, couronnée de fleurs comme une victime que l’on conduirait au sacrifice. Du moment qu’elle a reçu les embrassements de ce demi-dieu, elle doit se confiner chez elle, n’avoir de rapports avec aucun autre homme et se considérer comme veuve ; s’il vient d’elle un enfant, il sera brahme.

Kyestéine (s.f.) Méd. Pellicule qui se forme sur l’urine des femmes enceintes, lorsqu’on la conserve pendant plusieurs jours. [« Découverte » par le fameux Savonarole, elle servit aux « mireurs d’urine » à diagnostiquer la grossesse. Alors que les traités de médecine continuent de la mentionner vers le milieu du 19e siècle, et peut-être au-delà, le mot a complètement disparu du vocabulaire médical entre-temps…]

Langelotte (s.f.) Machine avec laquelle on triturait l’or qui entrait dans de certains médicaments.

Léechie (s.m.) (lé-chi) Nom donné en Russie au lutin des bois, esprit qui se plaît à jouer de mauvais tours.

Limoniade (s.f.) Mythol. gr. Nymphe des prairies.

Limousineux (s.m.) (rad. Limousin) Celui qui vole du plomb sur les toits.

Linga-Basswy (s.f.) Prêtresse de Siva. Enclyc. Les linga-basswys ou femmes du lingam sont des prêtresses indoues de la secte de Siva.

Liosalfar (les), génies ou alfes lumineux de la mythologie scandinave, opposés aux myrkalfar, génies ou alfes des ténèbres.

Mahouli (s.m.) Fakir eunuque de la secte de Krishna. Encycl. Les mahoulis font vœu de chasteté et se soumettent à l’opération d’une castration complète ; ils ont une voix féminine et sont imberbes ; mais leur mutilation ne les empêche pas d’ailleurs de devenir gras et grands et de jouir d’une bonne santé. Ils sont l’objet de la vénération publique des Indous, et n’ont d’autre profession que celle de promener leur hideuse et volontaire mutilation de village en village, où les habitants se disputent l’honneur de fournir à tous leurs besoins.

Métempsyque (s.m.) Hist. rel. Sectaire juif ou chrétien qui admettait la métempsychose.

Millegroux (s.m.) Espèce de loup-garou.

Myomancie (s.f.) Espèce de divination fondée sur le cri des souris, ou sur leur manière de manger.

Naïr, Naïre ou Naïram (s.m.) Nom donné aux membres d’une caste indoue. Encycl. C’est une caste noble et guerrière par excellence ; elle se prétend la plus ancienne du monde et conserve des traditions qui remontent au-delà du déluge. Le fait le plus saillant de leurs coutumes, fait unique au reste dans l’histoire de l’univers, c’est la polyandrie érigée en loi civile et religieuse. Toute femme naïre se doit d’avoir quatre maris, et celle qui essayerait de se soustraire à cette obligation serait vouée à tous les châtiments imaginables, en ce monde et dans l’autre. (…) Les femmes habitent des maisons isolées, munies d’autant de portes qu’elles ont de maris ; mais elles y demeurent seules, avec leurs enfants. Lorsqu’un de ses maris vient rendre visite à une femme naïre, il fait le tour de la maison et, arrivé devant la porte qui lui est réservée, il frappe de son sabre sur son bouclier. Lorsqu’on lui a ouvert, il laisse sous une espèce d’auvent un domestique qui garde ses armes, ce qui sert d’avertissement pour les autres maris, si quelqu’un d’entre eux venait en ce moment. Tous les huit jours, la maîtresse de la maison fait ouvrir les quatre portes, et reçoit tous ses maris, qui dînent ensemble chez elle et lui font la cour. (…) Le nom de père est inconnu à un enfant naïr ; il parle des maris de sa mère, de ses oncles, de ses frères, et jamais de son père. Et, de fait, nul ne sait de qui il est le fils. Les rois de Malabar choisissaient autrefois leurs gardes dans la caste des naïrs, caste essentiellement guerrière, et il est probable que cette bizarre polyandrie, qui laisse l’homme sans affection, sans héritier direct, sans famille, fut imaginée pour entretenir chez eux les vertus du soldat.

Nécyomancie (s.f.) Syn. de Nécromancie. // Art de deviner l’avenir par l’examen des os et des nerfs des morts, et par celui des cordes qui avaient servi au supplice des condamnés à mort.

Nyctographe (s.m.) Appareil à l’aide duquel on peut écrire de nuit, sans lumière, et, en général, sans voir les traits que l’on forme.

Nympholepsie (s.f.) Antiq. Sorte de délire dans lequel tombait, disait-on, tout homme qui avait vu une nymphe. // Mélancolie qui portait à rechercher la solitude des forêts. Nympholepte (s.m.) Qui est attaqué de nympholepsie. // Qui est allé recevoir l’inspiration des nymphes sphragitides [?]. [Le terme est d’usage plus courant en langue anglaise (nympholepsy), où il possède en effet un sens dérivé plus général, défini par l’American Heritage Dictionary comme “an emotional frenzy“. Le Collins English Dictionary indique un usage spécialisé en psychiatrie : “(Psychiatry) a state of violent emotion, esp when associated with a desire for something one cannot have“.]

Omphalomancie (s.f.) Art prétendu de reconnaître le nombre d’enfants que doit avoir une femme, en examinant le nombre de nœuds que présente le cordon ombilical de son premier-né.

Onochœritis (s.m.) Antiq. Monstre moitié âne et moitié cochon, que les païens considéraient comme le dieu des chrétiens. Ononychite (s.m.) Divinité aux pieds d’âne, que les païens croyaient être l’objet du culte des juifs et des chrétiens. Onocentaure (s.m.) Myth. gr. Monstre moitié homme et moitié âne, regardé comme un génie malfaisant par les anciens. // Ancien nom du gibbon. Onoscèle (s.f.) Myth. gr. Sorcière ayant un ou plusieurs pieds d’âne.

Orgiophante (s.m.) Antiq. gr. Grand prêtre qui présidait aux orgies et qui initiait aux mystères de Bacchus.

Panisque (s.m.) (rad. Pan) Mythol. Nom donné à des dieux champêtres qu’on croyait tout au plus de la taille des pygmées. Dwergar (s.m.) Mythol. scand. Demi-dieu pygmée dont la voix est l’écho des forêts. Duses (s.m.pl.) Mythol. celt. Génies malfaisants, analogues aux satyres et aux faunes, et auxquels les Gaulois rendaient un culte. Encycl. Un deuz, au Finistère, est un lutin (…) Dews, chez les Persans, désigne les génies malfaisants. (…) Les duses sont qualifiés de pilosi par Isidore de Séville, ressemblant de beaucoup aux satyres, dont ils avaient d’ailleurs la lubricité.

Pasmasnana (s.m.) Pratique religieuse en usage dans l’Inde, et qui consiste à se frotter le front avec de la cendre de bouse de vache. Encycl. On sait que, dans l’Inde, tout ce qui procède du corps de la vache a le privilège d’effacer les souillures. L’urine de la vache, et sa fiente, particulièrement, ont des vertus merveilleuses pour chasser les impuretés les plus abominables. Il n’est pas de crime, si noir soit-il, dont on ne se déterge la conscience en avalant quelques gouttes de l’immonde mixtion appelée pantcha-garia et composée des cinq substances suivantes : le lait, le caillé, le beurre liquide, l’urine et la fient de vache.

Pégasides (s.f.pl.) Mythol. gr. Nom donné aux Muses, qui, comme Pégase, habitaient l’Hélicon et se servaient de ce cheval pour monture.

Phanségar (s.m.) Nom par lequel on désigne les membres d’une secte d’assassins dans les Indes : les thugs et les phanségars. [Ourdou پهانسی گر, phansigar, étrangleur] [Le poète Georges Fourest a utilisé le mot, dans l’alexandrin J’exterminai les phanségars de Bénarès.]

Pogoniase (s.f.) Physiol. Développement de la barbe chez la femme.

Quandros (s.m.) Pierre précieuse que l’on disait exister dans le cerveau du vautour, et à laquelle on attribuait la vertu d’augmenter la sécrétion du lait. [C’est un bézoard, c’est-à-dire une pierre d’origine organique. Les bézoards réputés magiques existaient sous de nombreuses variétés : batrachite, crapaudine… La draconite citée plus haut a cette particularité, non seulement d’être un bézoard magique, mais de provenir en outre d’un animal légendaire.]

Quirime (s.f.) (pron. kui-ri-me) Pierre à laquelle on prêtait autrefois des propriétés merveilleuses, notamment celle de faire dire sa pensée à un homme.

Rudbeckianisme (s.m.) Système ethnographique qui fait marcher du nord au sud toutes les migrations des peuples. [D’après le savant suédois Olaus Rudbeck (1630-1702), qui affirme dans son ouvrage Atland eller Manheim (L’Atlantide ou le Berceau de l’humanité) (1675-1698) que l’Atlantide n’est autre que la Suède et que c’est le berceau de la civilisation des peuples anciens.]

Samozonki (s.f.) Amazone de la mythologie slave.

Sibylliste (s.m.) Hist. relig. Nom donné aux chrétiens qui prétendaient trouver dans les livres sibyllins des prédictions relatives à Jésus-Christ (IIe siècle).

Sindonite (s.m.) Hist. relig. Nom donné à certains religieux qui portent pour tout vêtement un linceul. Sindon (s.m.) (lat. sindo, gr. sindon, qu’on fait venir de sindos, indos, indien) Linceul dans lequel Jésus fut enseveli.

Skoptzi (s.m.) Nom donné à des fanatiques russes qui se donnent pour mission la destruction de la race humaine. Encycl. La base des croyances de la secte, c’est que l’homme est foncièrement mauvais, qu’il est l’ennemi de Dieu et qu’il faut détruire sa race, en l’empêchant de se reproduire. (…) Pour arriver à leur fin, les skoptzi font vœu de virginité perpétuelle et, pour être sûrs de garder leur vœu, se soumettent à la castration. (…) Des femmes aussi se font affilier et subissent l’ablation des ovaires.

Sottais (s.m.) Nom donné à des nains qui, d’après une croyance répandue dans les districts houillers de la Belgique, travaillent dans les mines en l’absence des ouvriers.

Spermatopé (adj.) Méd. Se dit des aliments qui passent pour augmenter la sécrétion du sperme.

Sylphirie (s.f.) Pays des sylphes et des sylphides.

Tapassa (s.m.) Pénitence que s’imposent les dévots indous. Encycl. (…) Une des principales et des plus indécentes de ces absurdités pratiques consiste à se suspendre aux organes de la génération un poids de plus en plus lourd, afin d’atrophier les muscles de cette partie du corps et éteindre jusque dans sa source toute velléité d’appétit sensuel. [Sanskrit तपस्या, tapasya, pénitence]

Thérarque (s.m.) Antiq. Celui qui commandait les soldats portés sur des éléphants. Zoarque (s.m.) Chef d’une troupe montée sur des éléphants.

Toxicophage (adj.) Qui mêle des poisons à sa nourriture : Peuple toxicophage. Encycl. Dans quelques contrées de la basse Autriche et de la Styrie, surtout dans les montagnes qui les séparent de la Hongrie, certaines parties de la population ont reçu le nom de toxicophages, à cause de l’habitude qu’elles ont, de temps immémorial, de manger de l’arsenic. Les paysans l’achètent, sous le nom de hédri, aux herboristes ambulants ou à des colporteurs. Les toxicophages ou mangeurs d’arsenic ont, dans cette dangereuse pratique, un double but, se donner un air de santé, une grande fraîcheur de teint et se procurer un certain degré d’embonpoint. (…) L’avantage sérieux que les montagnards retirent de l’emploi de l’arsenic, c’est de leur faciliter la respiration pendant la marche ascendante ; ils prennent un petit morceau d’arsenic qu’ils laissent fondre lentement dans la bouche. L’effet en est surprenant ; ils escaladent alors aisément des hauteurs qu’ils ne sauraient gravir qu’avec la plus grande peine sans le secours de l’arsenic. [À comparer avec l’usage de la coca par les populations des Andes, en Amérique. Mes Americanismos contiennent plusieurs termes qui renvoient spécialement à cet usage. v. Llicta.]

Tribon (s.m.) Antiq. gr. Manteau grossier à l’usage des pauvres gens et des philosophes. // Casaque courte des Spartiates.

Trolde ou Troller, dans la mythologie scandinave, la même race de géants que les Thurses ou Thusses, ennemis des Ases. Lorsque le christianisme se fut répandu, on désigna sous ce nom des diablotins qui prennent la figure humaine. Historiquement, on a donné ce nom aux peuplades qu’Odin et ses compagnons dépossédèrent de leur territoire et firent reculer vers les régions polaires. [Le lecteur aura reconnu les trolls.]

Typtologie (s.m.) Mot employé par les partisans du spiritisme, pour désigner la communication des esprits au moyen de coups frappés. [C’est un point important dans la doctrine de Swedenborg, qui a en particulier fortement marqué Strindberg, lequel, notamment dans Inferno, a écrit sur des phénomènes de cette nature. Sur Strindberg et le swedenborgisme, voir Strindberg : Un livre bleu. Voir aussi les caractéristiques du poltergeist ou esprit-frappeur.]

À suivre (les ajouts ultérieurs seront insérés sur cette même page.)