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Macri Hierolexicon

Il y a du vrai dans tous les contes, et du faux dans toutes les doctrines.

Alain, Propos du 6 décembre 1921, La magie naturelle.

Si nous voulons que nos garçons et nos filles aient quelques vues de l’histoire humaine, nous ne pouvons pas vouloir qu’ils ignorent le catholicisme ; et la vérité du catholicisme ne peut pas être séparée de ce paganisme qu’il a remplacé. Ce passage est d’importance ; il domine encore nos mœurs et se trouve marqué dans toutes nos idées sans exception.

Alain, Propos du 4 octobre 1921, Les Martyrs.

D’où l’humble contribution présente au projet présenté par le philosophe, par un choix commenté d’objets tirés du Hierolexicon (dictionnaire sacré), édition de 1712, de Domenico Magri, Maltais, théologien de l’Université de Viterbe (Dominicus Macer, 1604-1672).

Le Macri Hierolexicon fut d’abord écrit en italien sous le titre Notizia de’ vocaboli ecclesiastici puis traduit et publié par le frère de Domenico, Carlo Magri, en latin. L’ouvrage a connu plusieurs éditions, dont celle dont je me suis servi.

Au cours de ce travail de sélection et annotation, j’ai constaté que l’original italien était, tout comme la ou les versions latines, disponible en ligne, ce qui m’a aidé dans mes traductions. Cependant, d’une version à l’autre, certaines entrées manquent et les citations des textes originaux sont de toute façon en latin dans la version italienne.

Je demande pardon pour la reproductions des termes grecs, étant donné que Magri recourt à l’accentuation minutieuse du grec de son époque, dans une typographie de l’époque, et que j’ai donc préféré limiter les dégâts en limitant ici l’accentuation des mots grecs au plus basique.

Dans la sélection ci-dessous, les définitions sont ce que j’ai retenu de chaque entrée et pas forcément l’intégralité de la définition telle qu’elle se trouve dans l’original. Magri emploie des crochets [ ] au lieu de guillemets pour les citations, mais, dans mes traductions, conformément à un usage constant de ce blog, les mêmes crochets enferment une remarque de ma part sur la traduction ou un ajout qui m’a semblé nécessaire. Mes traductions sont en couleur, de même que les commentaires qui la suivent le cas échéant, dans un ou des paragraphes distincts.

Quand je cite la Bible, il s’agit du texte de la Bible de Jérusalem [BJ], catholique. Dans certains cas, j’y ajoute la traduction de la Bible suisse protestante de Louis Segond [LS], pour montrer les variations de l’une à l’autre.

A

ABYSSUS, à græca voce βυσσος, fundum, & α, particula privativa, idest, absque fundo. Inde Abyssus dicitur in Euangelio damnatorum locus, ubi rogaverunt Christum dæmones expulsi : [Ne imperaret illis, ut in abyssum irent. Luc. 8.31]

Du grec byssos, fond, avec la particule privative a-, soit : qui est sans fond. Dans l’Évangile selon S. Luc, est ainsi appelé le lieu des damnés, quand les démons chassés implorèrent le Christ « de ne pas leur commander de s’en aller dans l’abîme » (8-31).

Les damnés ne peuvent être, à ce jour, que les anges rebelles et déchus, car nos morts à nous, humains, « dorment » (voyez l’entrée Cœmeterium plus bas) et ne sont ni au paradis ni en enfer : cette division interviendra au jour de la Résurrection.

ACHEROPOETA, appellabatur mirabilis Imago illa Salvatoris, Αχειροποίητος græcè, quod nos Non manufactam dicimus, quæ Romam translata magna veneratione conservabatur. In vetustis Basilicæ Lateranensis monumentis habetur hanc venerabilem Iconem à Divo Luca inchoatam, & ab Angelis perfectè absolutam fuisse, quod confirmatur ex Joanne Lateranense Diacono apud Honuphrium Panvinum in opusculo M.S. in quo de hac Basilica egit, cujus hæc sunt verba : [Super hoc Altare est imago Salvatoris mirabiliter super quadam tabula depicta, quam Lucas Euangelista designavit, sed virtus Domini Angelico perfecit opificio] & Angelicus Doctor in 3 par. quæst. 25.

Achéropoïète, nom grec de l’image miraculeuse du Sauveur, qui signifie qui n’est pas de la main (de l’homme), conservée à Rome avec une grande vénération. Dans les anciennes chroniques de la Basilique du Latran, il est indiqué que cette icône fut commencée par S. Luc et terminée par les anges, ce qui est confirmé par Jean Diacre de Latran cité par Onofrio Panvinio dans un manuscrit sur la Basilique, dont les paroles à ce sujet sont les suivantes : « Sur cet autel se trouve l’image miraculeuse du Sauveur commencée par Luc l’Évangéliste et menée à sa perfection par l’action des anges », ainsi que par le Docteur angélique [S. Thomas d’Aquin].

Je laisse les connaisseurs apprécier le talent artistique des anges.

L’icône achéropoïète du Latran

ADAM, Primus prævaricator.

Adam, le premier prévaricateur, premier pécheur.

ADMINICULATOR, officium in Ecclesia Romana antiquum pro defensione viduarum, pupillorum, aliorumque hujusmodi destitutorum erectum ; sicut hodie pauperum Advocati faciunt.

« Adminiculateur », une fonction établie dans l’ancienne Église romaine pour la défense des veuves, des orphelins et de toutes autres personnes destituées ; comme font aujourd’hui les avocats des pauvres.

La chevalerie médiévale reprit donc ces prérogatives de l’Église primitive mais les exemples me manquent pour confirmer que cette « protection de la veuve et de l’orphelin » (auxquels on ajoutait parfois aussi « les pauvres ») n’était pas qu’une simple parole.

ÆGYPTII, quid significare intendebant per sphingis simulacrum. Quid per Serapin.

« Égyptiens », peut servir à désigner des statues de sphinx. Ou le dieu Sérapis.

AFA, vox græca Αφη, quæ pulverem significat. [Ægyptium video in Afa voluntantem. In Vita  Propertii, & Felicis] Palæstricam artem alludit ; nam luctatores oleo uncti in arena involvuntur, nè facilè ab adversario amplexari, & prosterni valeant. Hic autem de dæmone fabulatur in forma Ægyptii apparente.

Mot grec signifiant poussière, sable : « Je vois un Égyptien qui se roule dans le sable. » (Vies de saintes Perpétue et Félicité) Le mot renvoie à l’art de la lutte, car les lutteurs enduits d’huile se roulaient dans le sable pour ne pas être si facilement embrassés et jetés à terre par l’adversaire. La citation évoque une apparition du démon sous forme d’« Égyptien » [de sphinx ? Voyez Ægyptii].

De prime abord, il semblerait pourtant que le corps d’un lutteur doive être moins facile à saisir fermement sans aucun sable sur l’huile dont il est recouvert.

AGAMUS, græca vox Αγαμος, idest, Cœlebs : γαμος enim nuptiæ dicuntur ; unde Agamus sine nuptiis, idest, innuptus. [Primus Adam monogamus, secundus agamus. Qui bigamiam probant, exhibeant tertium Adamum bigamum. D. Hieron. contra Jovin.]

« Agame », Gr. agamos, célibataire, non marié : « Le premier Adam fut monogame, le deuxième agame. Ceux qui appliquent la bigamie suscitent le troisième Adam. » (S. Jérôme, Contre Jovinien)

AMBIGENA, persona utriusque sexus, hermaphroditus. [Ambigena non generat teste Hippocrate. Blesens. epist. 90.]

« Ambigène », personne ayant les deux sexes, hermaphrodite : « L’ambigène n’est pas fertile, selon Hippocrate. » (Lettre 90 de Pierre de Blois [Petrus Blesensis])

ANAVIVAZON, Ascendens, à græco verbo αναβιβάζω. Astrologi ita appellant planetam, sub quo aliquis vel concipitur, vel nascitur.

« Ascendante », du verbe grec anabibazon. Les astrologues appellent ainsi la planète sous laquelle une personne a été conçue ou est née.

Remarquez le sens du mot « ascendant » en français : « avoir de l’ascendant sur quelqu’un ». Il a en vieux français le sens astrologique de « degré du zodiaque qui monte sur l’horizon au moment de la naissance » puis de « destinée qui est censée en résulter » (Robert Dictionnaire historique de la langue française). L’idée d’influence exercée sur quelqu’un dérive de ce sens astrologique.

Je place ici mon court essai inédit (2008) sur l’astrologie au moyen âge.

L’Astrologie au Moyen-Âge

L’astrologie dont il est ici question est celle que pratiquaient les clercs et théologiens. Tandis que les procès en sorcellerie étaient monnaie courante de l’activité judiciaire, les papes possédaient des ouvrages d’astrologie dans leurs bibliothèques et la cour pontificale était fréquentée par des astrologues ; c’est dire que cette matière n’était nullement considérée comme hérétique en soi. Nous examinerons deux types d’usage de l’astrologie au Moyen-Âge : la production de talismans et le calcul des conjonctions astrales pour aider à la prise de décision politique. Le premier usage pouvant être suspect de magie, c’est surtout le second qui était pratiqué au sein de l’Église ; il convient néanmoins de distinguer celui-ci de la divination prophétique, également reconnue.

L’introduction de l’astrologie aux plus hauts degrés de la hiérarchie ecclésiastique fut d’abord le fait du pape Boniface VIII, qui recourut, à partir de 1301, aux services du médecin et théologien Arnaud de Villeneuve, pour traiter ses coliques néphrétiques. Sa guérison, qui fit grand bruit, aurait été due à une médaille thérapeutique représentant le signe du Lion et gravée sous l’influence de ce signe. Le but de tels objets astrologiques était de capter les influences célestes dans un sens favorable à leurs possesseurs. Cette pratique de l’astrologie était cependant fort proche de la magie, donc suspecte. Au sein même du clergé, Boniface VIII fut accusé de posséder un démon portatif (homunculus) doué de pouvoirs magiques et divinatoires. Lors de son procès posthume, on retint contre lui qu’il avait domestiqué des démons pour son usage privé, et qu’il portait, de son vivant, un esprit dans une bague*. (Voyez Paredros plus bas.)

L’usage de l’astrologie dans les affaires personnelles, notamment en médecine, fut progressivement écarté. À cet égard, l’Université de Paris avait du reste adopté la position d’Avicenne (Ibn Sinna) selon laquelle « le praticien ne doit tenir compte que des causes proches des maladies, l’art médical n’ayant guère de prise sur les causes lointaines, divines ou astrales ». Néanmoins, plusieurs traités médiévaux de médecine font appel à des considérations astrologiques pour expliquer les grandes épidémies de peste.

C’est dans sa fonction prédictive que l’Église continua de recourir, tout au long du Moyen-Âge, à l’astrologie. Il ne s’agissait pas d’établir de cette manière un strict déterminisme philosophique, qui se serait opposé à la doctrine de l’Église ; le calcul des conjonctions astrales relevait davantage, toutes proportions gardées, d’un calcul statistique, considérant que certaines conjonctions sont de nature à favoriser ou défavoriser certains événements sur la Terre.

Prenons pour l’illustrer l’exemple d’un calcul effectué par le chanoine et « magnus astronomus » Jean des Murs, et adressé en 1344 au pape Clément VI, concernant la fin de l’islam. Jean des Murs calcula pour l’année 1365 « l’une des conjonctions les plus grandes, celle de Saturne et Jupiter avec permutation d’une triplicité d’air en triplicité d’eau, et Mars, la même année et dans le même signe, s’appliquera à se conjoindre avec ces planètes ». Cette conjonction s’avérait être la même que celle qui avait signifié, en son temps, l’élévation de Mahomet. Une telle conjonction ne devant se reproduire que 794 ans plus tard, l’astrologue invitait le pape à profiter de ces circonstances astrales exceptionnelles concernant directement le proche avenir de l’islam : « Si, à ce moment, cette secte était ébranlée énergiquement et attaquée vigoureusement par les chrétiens, alors (…) elle devrait se changer en une autre loi ou bien s’affaisser et s’écrouler sur elle-même. »**

Ainsi, le calcul astral n’avait-il pas tant vocation à prédire des événements qu’à détecter les occasions favorables à certaines entreprises. Le recours de l’astrologie par les papes ne fit que s’accroître tout au long des quinzième et seizième siècles.

*Il devait vraisemblablement s’agir d’une bague-talisman, fonctionnant selon les mêmes principes que la médaille du Lion. Le procès de Boniface VIII n’est pas resté sans conséquence sur celui du Temple, dans la mesure où il fragilisa la position de Clément V, qui aurait voulu, semble-t-il, aider les templiers mais qui se trouvait également devant la nécessité de maintenir non seulement le prestige de sa fonction, mais aussi l’unité de la chrétienté, alors menacée.

**Pour une nouvelle conjonction identique, il faut donc attendre 1365 + 794 = l’an 2159.

ANDRONA, græca vox ανδρων, locus in Ecclesia pro viris destinatus. Locus iste erat ex meridionali parte, cum antiquissimus sit mos separatim in Ecclesia viros, & mulieres orare, quod rigorisissimè ab omnibus sectis in Oriente observatur, ubi mulieres in pare remotiore, ac strictim per cancellos separatæ, cum earum janua peculiari seponuntur. Ratio verò, & significatus hujus usus ab Amalario lib. 3. de Eccles. off. cap. 2. traditur, inquiens : [Masculi stant in australi parte, & fœminæ in boreali, ut ostendatur per fortiorem sexum firmiores Sanctos semper constitui in majoribus tentationibus æstus hujusmodi.]

Gr. andron, place assignée aux hommes dans l’église. C’était la partie méridionale. L’usage de séparer les hommes et les femmes était une coutume ancienne de l’Église, laquelle continue d’être strictement observée par toutes les sectes de l’Orient, où les femmes occupent la partie la plus éloignée, séparées par des sortes de grilles ou jalousies, avec leur propre porte pour entrer et sortir. La raison de cette coutume est expliquée par Amalaire de Metz [775-850] de la manière suivante : « Les hommes occupent la partie méridionale et la femmes la partie septentrionale car le sexe masculin représente les Saints de la perfection la plus accomplie, pouvant résister aux plus grandes chaleurs de la tentation. »

Cette définition rappelle indirectement que les églises sont orientées (vers l’Orient). La partie « la plus éloignée » (in pare remotiore) assignée aux femmes doit s’entendre par rapport à un point défini par l’orientation de l’église.

ANGELOPTES, Ανγγελόπτης. FR. Epitheton S. Joannis Ravennatis Archiepiscopi, ob continuas Angelorum apparitiones sibi à Deo concessas. Videns Angelum.

Épithète de l’archevêque Jean de Ravenne, en raison des continuelles apparitions d’un ange qui lui furent accordées par Dieu. « Qui voit un ange. »

Il s’agit de Jean Angelopte (430-?).

ANTHROPOPATHOS, ανθρωποπάθως. FR. figura Rhetoricæ, quando, scilicet, tribuitur Deo id, quod hominibus convenit.

Figure de rhétorique, par laquelle est attribué à Dieu ce qui appartient aux hommes.

Souvent traduit par « anthropomorphisme ».

APOTELESMA, græcè Αποτέλεσμα. Astrologorum judicium juxta constellationem, & planetarum aspectum, de quo vocabulo Gregorius Nazianz.

Jugement astrologique à partir de l’aspect des constellations et des planètes (astrologie judiciaire) ; voir Grégoire de Nazianze.

Le Grand Larousse du 19e siècle connaît le mot apotélésmatique : « Se disait, au moyen âge, de l’astrologie judiciaire basée sur l’inspection des planètes, des étoiles, du ciel : art ~, calcul ~. » (Le mot apotélesme a dans ce même dictionnaire le sens de « terminaison d’une maladie ».)

(Voyez également Anavivazon et mon essai sur l’astrologie au moyen âge.)

AQUILUS, (à Dæmon) Item Aquilus dæmon dicitur ; Aquilus tamen non ab aqua (ut aliqui perperàm existimant) sed à colore aquilino, fusco, nigroque ità dicitur, atque fuscus, & niger etiam pro malo translativè, & pro bono albus sumitur.

Se dit du démon, mais l’étymologie ne vient pas de l’eau (aqua), contrairement à ce qu’affirment certains, mais de la couleur sombre ou noire car métaphoriquement le noir est le mal et le blanc est le bien.

ARCHIGALLUS, primus inter Eunuchos custodes ad regium fœminarum conseptum, Principisque libidinosum seminarium.

Chef des eunuques gardiens des appartements des femmes et des plaisirs voluptueux du prince.

La citation de Tertullien ajoutée par Magri en parle de cette manière en effet mais, à l’origine, ce mot désigne les prêtres eunuques de Cybèle, les galles, dont l’archigalle est le premier, et qui n’avaient pas pour fonctions celles d’eunuques d’un harem.

ARCHISTRATEGUS, Αρϰιστράτηγος, Princeps militiæ, ità Græci Archangelum Michaelem vocant.

« Archistratège », chef d’armée ; c’est ainsi que les « Grecs » [Chrétiens orthodoxes] appellent l’archange Michel.

B

BIBONES, muscæ sunt, & metaphoricè suggestiones diabolicas.

Mouches, et, métaphoriquement, suggestions diaboliques.

BISOMATOS, vox latino-græca, quæ adhuc in multis sepulchralibus lapidibus legitur, ac denotat, quòd in tumulo illo duo corpora continentur, nam σωμα græcè corpus significat ; sic etiam Trisomatos in aliis epitaphiis legitur, idest, trium corporum.

Mot gréco-latin que l’on trouve encore sur de nombreuses pierres tombales et qui indique que la sépulture contient deux corps, car soma en grec veut dire « corps ». De même, Trisomatos indique la présence de trois corps.

BULGAROCTONUS, βουλγαροϰτόνος. FR. Bulgarum occisor : quo titulo Basilius Græcorum Imperator appellari voluit, ob stragem Bulgaris illatam, nam græcè ϰτεινω occidere significat. Ita vice versa Romæoctonus denominari voluit Carlo Joannos Bulgarorum Rex, idest, Græcorum occisor.

« Bulgaroctone », exterminateur de Bulgares : titre par lequel Basile, empereur byzantin, souhaita être appelé en raison des défaites qu’il infligea aux Bulgares. De son côté, le roi des Bulgares Joanisse Calojean [Jean Kaloyan] souhaita être nommé « Roméoctone », c’est-à-dire exterminateur de Grecs [Romains d’Orient].

Il s’agit de Basile II Bulgaroctone (958-1025).

BUSTUARIA, altaria gentilium, ubi in sacrificio superstitioso, ac diro humanæ creaturæ comburebantur.

Autel des païens où, en sacrifices superstitieux et horribles, des victimes humaines étaient brûlées.

BUXTULA, pyxidula.

Petite pyxide.

C

CALYBITA, græcè ϰαλυβίτης, tugurii habitator. Ita Sanctus Joannes, qui in insula Tiberina diu in tugurio permansit, hoc vocabulo cognominatus est.

Gr. calybitès, habitant d’une cabane. S. Jean Calybite est ainsi nommé pour avoir longtemps vécu dans une cabane dans l’île de Tibérine.

CARAGUS, Incantator. Quod vocabulum à græca dictione Κάραγος derivatur, quæ strepitum, & stridorem sagarum significat ; fortassè, quia verba strepitantia, atque tetra in earum superstionibus proferre solent.

Enchanteur. Le mot vient du grec karagos, qui signifie vacarme, et spécifiquement le bruit de la scie ; peut-être parce que ces enchanteurs avaient l’habitude de proférer des cris horribles pendant leurs rites.

CARBONARIUS, ludus gladiatorius, qui Neapoli erat in usu, & à Joanne XXII. de anno 1327, sub pœna excommunicationis prohibitus fuit, ut ipsemet Geroldo Capuano Archiepiscopo scribit.

Jeu gladiatoire qui était pratiqué à Naples et fut interdit sous peine d’excommunication par le pape Jean XXII en l’an 1327, ainsi que l’a écrit l’archevêque Geroldo Capuano.

Outre l’étonnement de voir parler de ludus gladiatorius au 14e siècle (mais peut-être s’agissait-il d’une sorte de spectacle de boxe ou de catch, le dictionnaire ne le dit pas), la ressemblance du mot avec le nom des membres de la société secrète des Carbonari est d’autant plus frappant que cette société s’introduisit en Italie par la ville et la région de Naples, dont il est ici question pour ces jeux.

CARSAMATIUS, Eunuchus, cui genitalia cum membro virili amputantur, à dict. barbaro-græca Καρσαμάτιος ; cujusmodi sunt custodes in clausura venerea Turcarum Imp.

Eunuque dont le membre viril a été tranché ; vient du terme gréco-barbare karsamatios. Toutes sortes d’eunuques sont gardiens des appartements vénériens de l’empereur turc.

CATABOLICUS, spiritus maligni species, & sonat calumniatorem, seu oppressorem, qui solet ad terram proiecere, & vexare energumenos ; eo modo, quo ille Lucæ cap.9. obsessum exagitabat.

Espèce d’esprit malfaisant, démon qui jette à terre et blesse les « énergumènes » [les possédés], comme celui qui agite le possédé dans le chapitre 9 de l’évangile selon S. Luc [c’est-à-dire, dans la Bible de Jérusalem, « le démoniaque épilectique » (Luc, 9:37-43)].

Le Grand Larousse parle d’un « démon qui emportait les hommes pour les briser en les jetant avec violence contre terre », ce qui laisse entendre qu’il les emportait haut en l’air, mais il ne s’agit sans doute que de celui qui tombe à terre, par exemple saisi par une crise d’épilepsie, c’est-à-dire qui tombe à la renverse.

CAURSINUS, mercator usurarius : sic enim Itali in Anglia appellati fuere.

Marchand (prêteur sur gages) : les Italiens étaient appelés de ce nom en Angleterre.

En français, caoursin/cahoursin, Lombard.

CHOEROGRYLLUS, græca vox χοιρόγρυλλος [[χοιρογρύλλιος]], Histrix animal, de quo cap.11. Levit. [Choerogryllus, qui ruminat] At hoc animal non ruminat, & consequenter textus sensui interpretatio non concordat. Hebræi tamen Cuniculum exponunt.

Mot grec choïrogryllos. Porc-épic, ou hérisson, dont il est question dans le Lévitique, au chap.11 : « le daman, ruminant » [11-5 ; notez que le daman n’est pas un hérisson]. Or cet animal ne rumine pas et par conséquent le texte ne s’accorde pas avec cette interprétation. Les Hébreux interprètent le terme comme désignant le lièvre.

COEMETERIUM, locus ad sepeliendos Christianos destinatus, ex græca voce Κοιμητήριον, & significat dormitorium ; Christianorum enim fides resurrectionem mortuorum docens, hinc mortem quasi somnum, & dormitionem existimat.

Cimetière, lieu destiné à la sépulture des Chrétiens, du grec koïmeterion, qui signifie dortoir, car la foi chrétienne enseignant la résurrection des morts, il en résulte que la mort est considérée comme un sommeil.

COENOMYIA, vox græca ϰοινομυια, muscarum adunatio. [Venit cœnomyia, & ciniphesin omnibus finibus eorum. Psalm.104.]

Essaim de mouches : « les insectes passèrent, les moustiques sur toute la contrée » (Ps. 105-31 BJ) / « et parurent les mouches venimeuses, Les poux sur tout le territoire » (LS).

Le Psalmiste évoque dans ce passage deux « plaies d’Égypte », lesquelles semblent mal connues des exégètes puisque, outre les différences entre les deux traductions bibliques ci-dessus, on trouve à la page Wkpd relative aux plaies d’Égypte, que la plaie n°2 sont « les moustiques (ou les poux) » et la plaie n°3 « les mouches (ou les taons ou les bêtes sauvages) ». Entre un moustique et un pou, la différence est pourtant considérable, et elle l’est bien plus encore entre une mouche (ou un taon) et une bête sauvage.

COLENTES, appellabantur, qui ab idolotria ad Judaismus transibant.

« Célébrants », nom de ceux qui passaient de l’idolâtrie au judaïsme.

COLYMPHA, navis genus ; at juxta græcam originem Colymba scribi deberet, à græco verbo ϰολυμβάω, quod ire sub aquis significat. [Ajunt enim in ipsas colimphas ipsum Alexandrum introisse, & profundum conscendisse usque ad imum, ut sciret Oceani profundum, & differentiam maris, & abyssi ; nobis verò incredibile videtur. D.Hieronym.] Non erat fortassè navis ; sed potiùs ex corio vestis, sicut nostris temporibus fieri solet, ad descendendum in aquarum profunditatem.

Genre de navire qui devrait, en raison de son origine grecque s’écrire colymba, du verbe grec colymbaon, qui signifie plonger sous l’eau : « On prétend qu’Alexandre le Grand entra dans ce colympha et qu’il descendit au fond de la mer pour connaître les océans, les différentes mers et les abysses, ce que nous tenons pour invraisemblable. » (S.  Jérôme) Ce n’était peut-être pas un navire mais plutôt un vêtement de cuir comme celui que l’on revêt de nos jours pour descendre dans les profondeurs.

Ce passage comporte une double surprise. Tout d’abord, il est douteux en effet, comme le trouvait déjà S. Jérôme, qu’Alexandre le Grand fût jamais entré dans un sous-marin pour explorer le fond des mers. C’est pourquoi le terme colympha est généralement traduit par « cloche de plongée », un dispositif rudimentaire dont des exemples anciens sont attestés, bien que les faits décrits dans le cas d’Alexandre paraissent excéder de loin les capacités limitées d’une telle cloche. Exagération des chroniqueurs, sans doute.

Mais il n’est pas moins surprenant que Magri, doutant, comme S. Jérôme, de l’existence de ce qui est décrit comme un véritable sous-marin moderne, décrive comme explication alternative plausible un scaphandre, à savoir un vêtement de cuir (« ex corio vestis ») servant à la plongée sous-marine, comme il en existait, nous dit-il, à son époque (« sicut nostris temporibus fieri solet »), alors que les premiers scaphandres passent pour ne pas être plus anciens que la fin du 18e siècle. Je rappelle ce que j’ai indiqué en introduction, à savoir que Magri est décédé en 1672 et que l’édition de son dictionnaire dont je me suis servie date de 1712.

Colympha, illustration du Roman d’Alexandre d’après le Pseudo-Callisthène, Musée Condée, Chantilly

CONCILIUM, seu Conciliabulum, Martyrum cappella, seu cœmeterium, ubi recondita sunt eorum corpora.

Concile, ou Conciliabule, chapelle de martyrs, ou cimetière, où sont conservées leurs dépouilles.

CONSTIPATORIUM, Remedium, seu emplastrum, ad sistendum vulnerum sanguinem.

« Constipatoire », remède ou emplâtre pour fermer une blessure.

D’où (du latin constipo, entasser, regrouper) l’espagnol constipado, enrhumé, congestionné, la congestion étant dans le rhume celle des voies nasales et dans la constipation celle de l’intestin.

CONTINA, apud Slavos templum significabat. Contina dicebatur, quia in ea Idolorum simulacra continebantur.

Nom qui désignait un temple chez les Slaves, où ils gardaient leurs idoles.

COPRONYMUS, Κοπρόνυμος, stercoratus, à voce græca ϰόπρος, idest, stercus, & ὄνομα, nomen, quo vocabulo cognominatus est Constitantinus Imperator Leonis Isaurici filius, quia dum trina immersione in sacro fonte juxta Græcorum ritum baptizaretur, sacras aquas constercoraverat, atque tunc S. Germanus Constantinop. Patriarcha de hoc infante vaticinavit, eum commaculaturum esse Christianam Religionem, quod ex acerrima ejus in sacras imagines persequutione verificatum fuit.

Gr. copronymos, « souillé d’excréments » (stercoratus), du grec copros, excrément, et onoma, nom, surnom du fils de Léon l’Isaurien, empereur de Constantinople, qui, lors de l’immersion dans les fonts sacrés au moment de son baptême selon le rite grec, souilla l’eau de ses excréments, ce qui fit prédire à S. Germain, patriarche de Constantinople, que cet enfant déshonorerait la religion chrétienne, comme cela fut avéré par la suite en raison de sa persécution des images saintes.

Il s’agit de Constantin V Copronyme (718-775), fils de Léon III l’Isaurien.

CRANIUM, aliquando calvarium montem denotat. [Adam primus noster parens in hoc, qui nunc dicitur cranium, loco dicitur esse sepultus, ubi meus Christus pro nobis crucem, & mortem suscepit. In vita S. Theodos. Cœnobiar.]

(Mont du) Crâne, désigne parfois le Calvaire ou Golgotha : « On dit qu’Adam notre premier père est enterré en ce lieu que nous appelons aujourd’hui le Crâne, où le Christ fut crucifié pour nous et reçut la mort. » (Vie de Théodose le Cénobiarque)

CRIOBOLUM, ϰριοβόλιον, genus sacrificii, in quo arietes mactabantur, ex græco ϰρίος, idest, aries, & βολέω, percutio, macto.

Criobole, genre de sacrifice où l’on immolait des béliers.

Auquel on peut ajouter, parmi les sacrifices païens les plus courants, le taurobole (taurobolium), immolation de taureaux, et l’égibole (egibolium ou aegobolium), immolation de chèvres.

CURMI, potio ex hordeo, vel alia frugum specia commixta, communiter cervisia appellata.

Boisson à base d’orge mêlé à d’autres produits, communément appelée cervoise.

D

DACTYLOTHECA, δαϰτυλοθήϰη, Capsula, in qua digitorum anuli conservantur. FR. Sed ex Plinio quantitatem, seu museum gemmarum significare colligitur.

Boîte où l’on gardait des anneaux. Mais dans Pline le terme est entendu comme une collection ou un musée [une mosaïque ?] de pierres précieuses.

DIACOPOSIS, & Diacopsis, sic Diacopi, διάϰοποι, dicti sunt canales illi per quos Nili inundatio in Ægyptiacos campos compartiebatur.

Ce sont, en Égypte, les canaux par lesquels les eaux des inondations du Nil sont réparties entre les champs.

DICANITIUM, clava argentea, italicè Mazza, quæ antiquitus antè Imperatorem & Magistratum ferebatur, hodie tamen ante Cardinales defertur.

Masse en argent, appelée mazza en italien, qui dans les anciens temps était portée au-devant des empereurs et des magistrats, et qui l’est encore aujourd’hui au-devant des cardinaux.

Le Macri italien est un peu différent : « Dicanitium. Mazza di argento, la quale anticamente si portava avanti alcuni Officiali della Corte Imperiale, come si costuma hoggi fare alli Cardinali, & altri Magistrati. » Selon cette version, cette masse était portée dans les anciens temps devant certains personnages officiels de la cour impériale, et aujourd’hui devant les cardinaux et d’autres magistrats.

On sait que le Parlement britannique a conservé une fonction de massier et que la masse est placée à différents endroits, sur ou sous la table, selon le type de séance ouverte.

DUSIUS, dæmon incubus : [Dæmones, quos Dusios Galli nuncupant, hanc assiduam immunditiam & tentare, & affligere plures asseverant. D.Aug. lib.15 de Civit. Dei.]

Dusien, démon incube : « (comme c’est un fait public et que plusieurs ont expérimenté ou appris de témoins non suspects que les Sylvains et les Faunes, appelés ordinairement incubes, ont souvent tourmenté les femmes et contenté leur passion avec elles, et comme beaucoup de gens d’honneur assurent que) certains démons, à qui les Gaulois donnent le nom de Dusiens, tentent et exécutent journellement toutes ces impuretés (en sorte qu’il y aurait une sorte d’impudence à les nier, je n’oserais me déterminer là-dessus, ni dire s’il y a quelques esprits revêtus d’un corps aérien qui soient capables ou non – car l’air, simplement agité par un éventail, excite la sensibilité des organes – d’avoir eu un commerce sensible avec les femmes) » (S. Augustin, La cité de Dieu, livre 15)

E

EDUCERE SE PER AENEUM, legis Salicæ phrasis in tit.59. & est, quando reus cogitur suam innocentiam probare, summergendo brachium in aqua ferventi, & ita purgatur à calumnia, absque idoneis testibus ei imposita.

« Se tirer d’affaire par le chaudron », expression de la loi salique, quand un accusé est forcé de prouver son innocence en plongeant le bras dans l’eau bouillante pour se disculper de cette manière d’une accusation portée contre lui sans les témoins requis.

ELEPHANTINUS MORBUS, lepra, ita dicta, quia cutem scabiosam reddit ad instar elephantum.

« Maladie éléphantine », la lèpre, ainsi appelée parce que la peau devient rugueuse comme celle de l’éléphant.

EMBRYORECTES, formatur ex græcis vocibus εμβρυορέϰτης, idest, chirurgicum instrumentum quo discinditur embrio, ut ex materno utero frustratim extrahatur.

Instrument chirurgical servant à réduire en pièces l’embryon et à l’extraire de la matrice morceau à morceau.

ENCOLPIUM, ένϰόλπιον, parva Crux pectoralis Episcopi ; significat etiam quodlibet pectorale reliquiarium.

Petite croix pectorale portée par les évêques ; désigne également tout reliquaire pectoral.

ENERGEMA, Ενέργηπα, operatio, efficacia, & accipitur in malum sensum, scilicet, pro operatione diabolica in Energumenis excitata.

Action, force, entendue comme l’action diabolique suscitée dans les « énergumènes » ou possédés.

ENIDIOS, marmoris genus, ità frigidissimum, ut in aquam convertat ambientem aerem : [Unde Constantinopoli in veteri palatio imperiali sub terra quasdam conchas marmoreas vidi de simili lapide, quæ plenæ existentes aqua, evacuantur aliquotes, & sine omni humano studio plenæ inveniuntur aqua. Guglielmus, de Terra Sancta, apud Canisium.]

Genre de marbre, si froid qu’il change l’air ambient en eau : « Dans les caves de l’ancien palais impérial de Constantinople, j’ai vu quelques vasques de ce marbre, qui une fois vidées de leur eau se remplissent de nouveau d’elles-mêmes. » (Récit d’un voyage en terre sainte par [un certain] Guglielmus, dans S. Pierre Canisius)

ENGASTRIMITUS, Græcum vocabulum ἐγγαστρίμυτος, idest, ventriloquus : sic ab Origene appellatus est quoddam ejus opus, in quo de spiritibus pythonicis egit, qui ex ventre responsiones proferebant.

Gr. engastrimytos, à savoir, ventriloque : nom d’une œuvre d’Origène où il est question des esprits pythiens, qui donnaient leur réponse par le ventre.

« La pythie ou la pythonisse de Delphes rendant des oracles de temps immémorial ; non seulement elle était ventriloque, mais elle recevait l’inspiration dans son ventre. » (Voltaire)

ENSALMUS, incantatio, quæ in certis superstitiosis orationibus continetur, cujusmodi est oratio illa Crux Christi salva me à quodam Archiepiscopo Græco composita.

Incantation que comportent certaines prières superstitieuses, à la manière de Croix du Christ, sauve-moi composée par un certain archevêque grec.

La version italienne ajoute que cette oraison Croix du Christ, sauve-moi a été composée contre la peste et qu’elle fut encore employée lors de la peste de 1656 en Italie, avant d’être condamnée par l’Inquisition : « Nell’anno 1651, grassando la peste in alcune principali Città dell’Italia, alcuni ostinatamente adopravano le sopredette parole scritte in cifre. … Finalmente doppo molto controversie furono condanatte dal supremo Tribunale del sant’Officio di Roma, e dichiarate superstitiose. »

EXCETRA, εϰϰετρα, hydra, serpens in aquis degens, & translativè pro impatientia accipitur à Tertulliano.

Hydre, serpent aquatique, et métaphoriquement l’impatience, selon Tertullien.

F

FABARIUS, perantiquum Cantorum vocamen. [Antiqui pridie, quàm cantandum erat, cibis abstinebant, psallentes tamen legumine in cause vocis assiduè utebantur. Unde & Cantores apud Gentiles Fabarii dicti sunt. Isidor. de Eccles. off. lib.2.c.12.]

Dénomination antique des chanteurs : « Naguère, à la veille de chanter, les chanteurs s’abstenaient de nourriture, mais ils mangeaient fréquemment des fèves pour leur voix. C’est pourquoi les chanteurs sont appelés fabarii, mangeurs de fèves, chez les païens. » (Isidore)

FACULARUM ACCENSORES, dicebantur Christiani, qui Gentilium superstitiones retinentes, lucernas ad fontes accendebant, quæ superstitio à Conciliis Toletano, Antisiodorensi [[Autissiodorensi ?]], & Nannatensi aliisque condemnata fuit.

« Allumeurs de flambeaux », nom donné aux Chrétiens qui, conservant des superstitions païennes, allumaient des lampes au bord des fontaines, superstition qui fut condamnée par les Conciles de Tolède, d’Auxerre et d’autres.

FERDINANDUS, est nomen Arabicum à Fer-din-handu, idest, Gaudium fidei habet ipse, sivè Gaudium fidei apud eum ; ideò hoc nomine appellatus fuit primus B. Ferdinandus Rex Hispaniæ, eo quia hoc regnum à Saracenorum tyrannide ipse liberaverat.

Nom arabe, de Fer-din-handu, qui signifie « qui a en soi la joie de la foi » ; d’où ce nom fut donné au premier roi d’Espagne, Ferdinand, parce qu’il libéra son royaume des Sarrazins.

D’autres donnent à ce prénom une origine germanique. Et il est plutôt étonnant de donner à un roi un nom arabe pour avoir chassé les Sarrazins de la péninsule, ce qui suppose d’ailleurs que le roi fût appelé Ferdinand après cette action plutôt qu’à son baptême. En outre, si ce Ferdinand est bien, comme je le suppose, Ferdinand le Catholique, époux d’Isabelle de Castille, il s’agit de Ferdinand V, et tous les Ferdinand qui le précèdent n’ont pas eu l’honneur de « libérer leur royaume des Sarrazins », même si la plupart les eurent combattus. En outre, en espagnol le nom est Fernando, sans le din qui veut dire « foi » en arabe.

FORMALIUM, Gemma, seu aurea lamina gemmata, posita in fibula pluvialis Episcopi. Aliquando tamen Firmale dicitur.

Gemme ou bande d’or ornée de gemmes apposée sur l’attache de la chape des évêques. Parfois appelée [en latin] Firmale.

FRICTRIX, Mulier inhonesta, & libidinosa.

Femme malhonnête et libidineuse.

A donné fricatrice en français.

G

GABBARA, Ægyptiaca vox significat cadaver exiccatum, & aromatibus conservatum, quod vulgariter in officinis Mumia dicitur.

Mot égyptien désignant un cadavre vidé et conservé par des aromates, communément appelé momie.

Dans le Grand Larousse du 19e siècle, à gabbare on lit : « Momie égyptienne embaumée par les chrétiens du pays, aux premiers siècles de l’Église. » Cette nuance ne se trouve pas dans la définition du Macri, pour lequel il s’agit simplement d’un synonyme de momie. La définition du Larousse est intéressante par l’idée que les premiers chrétiens auraient pratiqué l’embaumement et la momification à la manière des Égyptiens, mais peut-être qu’elle ne résiste pas à l’examen des faits. En l’occurrence, la définition du Larousse résulte sans doute d’une confusion, comme il semble ressortir de l’ambiguité même de sa formulation : si des chrétiens embaument une momie égyptienne, la momie est deux fois embaumée…

À noter l’embaumement du Christ dans les Évangiles (Jean 19:39-40) : « Nicodème … vint aussi, apportant un mélange de myrrhe et d’aloès, d’environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus et le lièrent de linges, avec les aromates, selon le mode de sépulture en usage chez les Juifs. » (BJ) « Ils prirent donc le corps de Jésus, et l’enveloppèrent de bandes, avec les aromates, comme c’est la coutume d’ensevelir chez les Juifs. » (LS) Les « bandes » rappellent fortement les « bandelettes » des momies égyptiennes, de même, à vrai dire, que l’ensemble de la cérémonie ainsi décrite, si ce n’est qu’il y manque l’excérébration et l’éviscération, dont le passage biblique ne dit rien.

GENITEI, sic appellabantur inter Hebreos illi, qui veram originem, & descendentiam ex Abrahamo trahere ostentabant ; nam in captivitate Babilonica multi utriusque sexus Hebræi cum infidelibus, & alienigenis matrimonio conjuncti fuerant, sed observantiores nonnisi cum fœminiis Israeliticis passi sunt commisceri. Isidor. lib.8.c.4.

Parmi les Hébreux, sont ainsi appelés ceux qui font valoir une véritable origine et descendance d’Abraham ; car lors de la captivité à Babylone de nombreux Hébreux de l’un ou l’autre sexe s’unirent conjugalement à des étrangers et païens, tandis que les plus observants ne s’unirent qu’à des femmes israélites.

GENNADES, appellantur fœminæ nobiles, quæ à propria nobilitate degenerantes viris plebeis in matrimonio junguntur.

Femmes nobles qui font déchoir leur noblesse en s’unissant à des hommes de la plèbe.

Gennade, dans le Grand Larousse du 19e siècle : « Jurisp. anc. Femme qui avait épousé un homme d’une condition inférieure à la sienne. »

GYNAECONA, γυναιϰων, locus pro mulieribus in Ecclesia destinatus.

Place dans l’église destinée aux femmes.

Voyez Androna pour la place destinée aux hommes.

H

HANNAPUS, incensi navicula.

Petit encensoir.

La ressemblance du terme avec le hanap est frappante. Le hanap était une coupe à boire.

HIEROPHANTA, Ιεροφάντης, Sacerdotis titulus apud Athenienses, qui, (ut D. Hieronymus contra Jovinianum scribit) ad extinguendos venereos ardores, cicutæ succum absorbebant.

Grec iérophantès, titre de prêtres chez les Athéniens, qui, selon S. Jérôme dans Contre Jovinien, buvaient le jus de la cigüe pour éteindre les désirs vénériens.

Socrate aussi but du jus de cigüe ; contrairement aux hiérophantes, il en mourut.

HOLOSERICUS, Heliogabalus fuit primus Romanorum, qui holoserica veste usus est, cùm antea subserica in usu esset. Lamprid. in Heliogab.

Héliogabale fut le premier à porter des vêtements entièrement en soi (holosericus) alors qu’auparavant on portait des habits à moitié en soie (subsericus) (selon l’histoire du règne d’Héliogabale par Lampride).

HYDROMYSTA, υδρομύστης, qui curam habet in Ecclesia conficiendi aquam benedictam, & eadem Ecclesiam intrantes aspergere.

Gr. hydromystes, personne chargée dans l’Église de produire l’eau bénite et d’en asperger les personnes entrant dans l’église.

HYEMANTES, erant illi, qui propter enormia & gravia delicta manebant sub dio propè Eccliesam, agentes publicam pœnitentiam ; non enim admissi erant in Ecclesiæ porticu cum aliis pœnitentibus.

Nom de ceux qui, en raison de l’énormité et de la gravité de leurs fautes, devaient faire pénitence sur le parvis en dehors de l’église ; ils n’étaient pas admis à passer les portes de l’église avec les autres pénitents.

Macri ajoute qu’ils devaient rester prostrés sur le parvis en demandant pardon aux fidèles qui passaient pour entrer et sortir de l’église. Les lépreux, « ou ceux qui l’avaient été », étaient assignés à cette place de façon permanente.

I

IDOLOTHYTUM, ειδωλόθυτον, idolo consecratum. [Sed non in omnibus est scientia. Quidam autem cum conscientia usque nunc idoli quasi idolothytum manducant.] Et inferius : [Ad manducandum idolothyta. I.Corinth.c.8. Et manducare de idolothytis. Apocalyp. cap.2.]

« Idolothyte », consacré, sacrifié aux idoles : « Mais tous n’ont pas la science. Certains, par suite de leur fréquentation encore récente des idoles, mangent les viandes immolées comme telles » (BJ) / « Mais cette connaissance n’est pas chez tous. Quelques-uns, d’après la manière dont ils envisagent encore l’idole, mangent de ces viandes comme étant sacrifiées aux idoles » (LS) (I Corinthiens, 8-7) et Apocalypse 2-20 : « cette femme qui se dit prophétesse égare mes serviteurs, les incitant à se prostituer en mangeant des viandes immolées aux idoles » (BJ) & « tu laisses la femme Jézabel, qui se dit prophétesse, enseigner et séduire mes serviteurs, pour qu’ils se livrent à l’impudicité et qu’ils mangent des viandes sacrifiées aux idoles » (LS)

ILLUMINATI, hæretici in Anglia recentiores, quos Hispani Adombrados vocant. Antiquitus tamen ità dicebantur Neophyti.

Hérétiques anglais d’origine récente, que les Espagnols appellent Adombrados. Dans le passé, on donnait ce nom aux néophytes ou nouveaux baptisés.

Car, s’agissant des néophytes, on appelait parfois le baptême « illumination » (illuminatio) et le baptistère « luminaire » (illuminatorius).

En revanche, les Illuminati renvoient aujourd’hui plutôt aux Illuminés de Bavière, donc à des « hérétiques » allemands, mais cette société ne fut créée qu’en 1776, donc bien après la mort de Domenico Magri. Plus loin (Voyez Tremulantes), ce nom espagnol d’Adombrados, quelque peu oublié, semble-t-il, paraît être appliqué aux Shakers protestants, vu que tremulantes pourrait être une traduction littérale de leur nom.

INCARMINATRIX, incantatrix.

Incantatrice (Macri italien : strega incantatrice).

L

LABORANTES, Clerici dicebantur, qui sepeliendi mortuos curam habebant. [Saluto hypodiaconos, lectores, janitores, laborantes, exorcistas. S. Ignatius Martyr. epist.112. ad Antioch.] Item dicuntur Copiatæ. Vide Synonyma in dict. Fossarii.

Clercs anciennement chargés d’enterrer les morts : « Je salue les hypodiacres, les lecteurs, les gardiens, les laborantes, les exorcistes. » (S. Ignace Martyr)

Ils faisaient ainsi partie des ordres mineurs de l’Église primitive, aux côtés des exorcistes et des autres ci-dessus nommés (« Numeravanti tra gli ordini minori nella primitiva Chiesa, como si raccoglie delle parole de S. Ignatio Martire »).

LABYRINTHUS, λαβύρινθος, mons est in Creta, habens antrum sinuosum, difficile ingressu, & reditus difficilius.

Une certaine montagne de Crète ayant des cavernes tortueuses, dont il est difficile de trouver l’entrée et difficile, une fois entré, d’en ressortir.

Le Dictionnaire historique de la langue française (Robert) indique : « Le mot aurait d’abord été employé en Crète à propos d’un complexe de cavernes [ce qui confirme le Macri], puis d’un ensemble de bâtiments réunis par des passages contournés, des couloirs inextricables. » Mais ce dictionnaire donne au terme une origine très improbable, à savoir le nom lydien de la hache. L’étymologie de Magri n’est cependant guère plus convaincante : « Ita dictus, quòd januam non capiat, seu eam non admittat. Videtur à λαβειν, capere, & θύρα, janua. » « Ainsi appelée car elle n’a pas de porte ou n’en admet pas. Des mots grecs pour comporter et porte. » Ce serait donc parce qu’elle n’a pas de porte que cette montagne ou son dédale de cavernes serait appelé « qui possède une porte » ?

À noter que labyrinthus existe en français, dans le domaine de l’astronomie (planétologie), où il désigne « un réseau complexe de vallées et de canyons entrecroisés. Des labyrinthi ont été décrits sur Mars et sur Vénus. » (Wkpd) S’agissant de Mars (voyez photo, tirée de la même page), ce sont sans doute ces fameux « canaux » qui ont pu faire croire à l’existence d’une civilisation martienne.

Noctis Labyrinthus de Mars, en bas de la photo

LIBELLATICI, lapsi in idolatriam ob martyrii timorem, qui duplicis generis erant, Sacrificati & Thurificati. Sacrificati dicebantur, qui sacrificia Idolis præstebant. Thurificati, qui thus Idolis dederant.

Chrétiens retombées dans l’idolâtrie par crainte du martyre. Ils étaient de deux sortes. Les « sacrifiants » (Sacrificati) acceptaient de sacrifier aux idoles et les « thuribulants » (Thurificati) d’encenser les idoles.

LUCIFUGAE, ta ex contemptu à Rutilio Numatiano [[Namatiano]] gentili appellati fuerunt Monachi, lib.1.itinerar.

Les « Lucifuges », ceux qui fuient la lumière, appellation péjorative donnée aux moines chrétiens par le [poète] païen Rutilius Namatianus.

LUPANAR, prostibulum, & ganeum, ubi Meretrices degunt. Aliquando pro conseptu ferarum accipitur ; nam in passione SS. Chrysanthi, & Dariæ habtur, [Daria verò in lupanar compulsa, leonis tutela, dum in oratione defixa est, à contumelia divinitus defensa est]

Maison de prostituée et taverne où vivent des prostituées. On appelle ainsi parfois un enclos à bêtes, comme dans la passion de saints Crisant et Daria : « Daria fut enfermée dans le lupanar, l’enclos d’un lion, mais tant qu’elle resta absorbée en ses prières elle fut défendue par volonté divine. »

Selon la page Wkpd Crisant et Daria (saints), Daria « est prostituée mais sa chasteté est défendue par une lionne ». Ce qui ne se comprend guère et paraît être une erreur de traduction du passage cité là par Magri. Il faut dire que le texte latin est particulièrement ambigu. Tout d’abord, « leonis tutela » pourrait en effet vouloir dire que Daria est sous la protection d’un lion, mais tutela est aussi un enclos. On se demande bien ce que faisait ce lion dans une maison de prostitution ! Cependant, le texte dit aussi que Daria a été défendue des outrages, ou des insultes (contumelia), ce qui n’est pas le genre de menace qu’on s’attendrait à voir décrire s’agissant d’un lion, si c’est bien du lion que Daria a été protégée, à moins que le terme soit habituel dans les martyrologes pour désigner les blessures mortelles infligées par les bêtes aux martyrs chrétiens notamment dans les jeux du cirque.

M

MANDRA, μάνδρα, spelunca, cubile, caula. Hinc metaphoricè pro monasterio dicitur. Ideò Archimandrita superior Monasterii, & Monachus Mandrita dictus est.

Gr. mandra, caverne, tanière, cavité, et, métaphoriquement, monastère. C’est pour cela qu’on appelle archimandrites les supérieurs des monastères et mandrites les moines.

En français, le terme archimandrite semble s’appliquer seulement pour l’Église orthodoxe tandis que mandrite, de même que les mandres (nom féminin) où ils résident, sont appliqués aux moines de l’Église catholique d’Orient.

MANDRAGORA, μανδραγόρα. Est herba valdè soporifera, quæ (ut aliqui putant) juxta mandras, seu circa speluncas provenit. Ejus radix est figura humana efformata, & quidem masculina, aut fœminina : & indè à plerisque vocatur ανθρωπόμορφος. Nam ανθρωπος, est homo, & μορφή, figura, forma.

Mandragore, herbe aux puissantes propriétés soporifiques, qui, d’après certains, pousse près des grottes. Sa racine a forme humaine, masculine ou féminine : d’où le nom anthropomorphos donné par d’aucuns à cette plante.

MANSUR, Arabica dictio, idest, adjustus, auxiliatus ; quo titulo D. Jo. Damascenus appellatus est, ex eo quia auxilio Beatæ Mariæ Virginis, in pristinum conjuncta ei fuit manus, quæ ab Iconomachis detruncata fuerat.

Mot arabe signifiant « aidé, assisté » ; le titre fut donné à S. Jean Damascène car la Vierge lui rendit intacte sa main qui avait été coupée par les Iconomaques (iconoclastes).

MANUTHIA, μανούθια, boleti per terræ exaltationes producti [Cùm nos autem aliquando colligeremus alimentum in solitudine : id verò erat, quod vulgò solet nominari manuthia. In Vita S. Euthymii.]

Bolets [champignons] produits par les exhalaisons de la terre : « Nous trouvions notre subsistance dans les solitudes : c’était ce qui est communément appelé manuthia. » (Vie de S. Euthyme)

MATRONAEUM, locus in Ecclesia pro matronis assignatus.

Place assignée aux matrones dans l’église.

MEDICAMENTARIUS, qui incantationibus, aliisque superstitiosis artificiis ad corporales infirmitates utitur.

Ce qui, par incantations et autres moyens superstititeux, est employé au traitement des maladies du corps.

METEMPSYCHI, à græca dictione Μετεμψύϰωσις, idest, animæ transmigratio, Hæretici dicuntur, qui ad imitationem Pythagoricum transmigrationem animarum asserebant. Hanc impiam doctrinam asserunt Rabbini, blasphemantes, quod Adami anima transmigratura sit in futurum Messiam : igitur hæc pythagorica opinio fuit antiqua inter Hebræos a tempore Christi interris degentis, qui illum putabant Eliæ, aut Jeremiæ, vel alicujus alterius Prophetæ animam in se habuisse.

« Métempsyques » furent appelés les hérétiques qui, après Pythagore, affirmaient la transmigration des âmes. Les rabbins continuent de soutenir cette doctrine en affirmant que l’âme d’Adam doit migrer dans leur futur Messie. Cette opinion pythagoricienne était déjà répandue parmi les Hébreux au temps du Christ, certains d’entre eux affirmant qu’il avait en lui l’âme d’Élie, de Jérémie ou d’un autre prophète.

« Quant à la réincarnation, c’est une doctrine chrétienne, écartée par le clergé. Jésus-Christ prétend que saint Jean-Baptiste fut une réincarnation d’Elias. » (Strindberg, Inferno)

MISSA PRO MORTE INIMICORUM, frequentabatur in Hispania, quæ tanquam superstitiosa, & vindicativa, de ann.694. in XVII. Conc. Tolet. can.5. sub gravissimis pœnis prohibita fuit.

Messes pour la mort des ennemis, fréquentes en Espagne jusqu’à leur prohibition, sous peines sévères, pour superstitieuses et vindicatives, par le dix-septième Concile de Tolède en 694.

MONAZONTES, μοναζόντες. Monachi solitarii. Cassianus collat.18 cap.5.

Moines solitaires (dans Cassien).

Ou bien simplement moines, car ils quittaient le monde et se séparaient de leurs parents et proches.

Je place ici mon court essai inédit sur la querelle des moines au moment de l’apparition des ordres mendiants (2008).

Contra Mendicos

L’émergence et le développement des ordres mendiants donnèrent à la vie monastique en particulier et à la communauté chrétienne en général une physionomie nouvelle, étrangère à l’esprit du premier Moyen-Âge. Ces ordres ne s’imposèrent cependant pas sans résistance de la part des communautés qui leur préexistaient et étaient porteuses d’une autre forme de spiritualité.

La résistance aux ordres mendiants s’organisa tant au sein du clergé séculier qu’au sein du clergé régulier, mais particulièrement au sein de ce dernier. Le clergé séculier s’opposa à l’émergence des mendiants sur le plan doctrinal, notamment au sujet de l’interprétation de la bulle Ad fructus uberes de 1281 qui leur conférait des privilèges. Les chaires universitaires furent un lieu privilégié de cette controverse, qui ne devait prendre fin qu’au bout de neuf ans par la confirmation des privilèges des mendiants. Par ailleurs, le clergé séculier s’opposa mollement à l’installation de couvents de mendiants dès lors que les prérogatives des paroisses étaient préservées.

En revanche, les réguliers menèrent une opposition radicale. L’ordre cistercien repose entièrement sur la notion d’abbaye et les relations des unes aux autres à l’intérieur d’un réseau d’abbayes-mères et d’abbayes-filles, d’où la relative autonomie de l’ordre à l’égard de la cour pontificale. Certaines abbayes possédaient des droits seigneuriaux étendus, qui leur permirent de s’opposer à l’installation des mendiants dans leur voisinage : aucune maison religieuse ne pouvait s’installer dès lors que les obligations fiscales auxquelles les habitants étaient soumis ne pouvaient être remplies ; de cette manière, il devenait impossible de fonder un monastère sans l’autorisation de l’abbé, et les ordres usèrent avec constance de leurs prérogatives pour empêcher l’expansion des mendiants.

Seules des pressions énergiques pouvaient faire ployer un tel obstacle, et c’est ce à quoi s’efforcèrent le haut clergé et, tout particulièrement, le Vatican, conscient de l’utilité des mendiants dans un projet de centralisation pontificale. Seigneurs et bourgeois prodiguèrent également des appuis aux mendiants, notamment certaines familles qui, dans le Midi de la France, étaient en relation avec les hérésies vaudoise et cathare.

En réaction à ces pressions, plusieurs cas de voies de fait et agressions physiques sont avérés de la part de moines des anciens ordres contre les mendiants, faits qui attestent de leur hostilité profonde envers ces derniers.

Ce serait une explication insuffisante d’imputer cette hostilité à de pures considérations matérielles. Dans le but, certes louable, de dénoncer des moeurs ecclésiastiques corrompues et de se consacrer par la prière au salut des âmes, prétendument négligé par les anciens ordres, les mendiants portèrent un coup à l’organisation monastique alors existante, ainsi qu’à sa mystique. Alors que les Cisterciens font reposer leur existence monastique sur le concept du travail, et que l’utilité des ordres militaires, protégeant les pèlerins, est évidente, les mendiants introduisirent dans la chrétienté la figure du parasite pieux. L’activité de prédication caractéristique des mendiants (tels que les Dominicains, ou frères prêcheurs), est significative en soi, car les premiers chrétiens et les anciens ordres prêchaient en réalité par l’exemple et non en haranguant les foules.

MORTICINUM, animal naturaliter mortuum, cujus carne vesci prohibuit Deus in veter. testam. [Morticina vitabitis. Levit. cap.11.]

Animal mort de mort naturelle, dont la chair est interdite à la consommation dans le Lévitique (11-11) : « Vous aurez en dégoût leur cadavre. »

MORTUUS, aliquando Idolum intelligitur. Vide Necrothyta (res mortuis).

Mort, parfois entendu pour idole. Cf « Nécrotythe » : la chose pour les morts (la « chose aux morts »), ce qui est immolé aux idoles.

MYGALE, mus araneus, de quo mentionem facit Ælianus, ex græco vocabulo μυγάλη, est inter immunda animalia in Levit. cap.11. computatus.

Musaraigne, comptée parmi les animaux immondes dans le Lévitique chap.11.

Le terme est tiré du Lévitique 11-30, dans la Vulgate : « mygale, et chamaeleon, et stellio, et lacerta, et talpa. » que l’on trouve ainsi traduit en français (?) : « gecko, koah, letaah, caméléon et tinchamète » (BJ) ou « le hérisson, la grenouille, la tortue, le limaçon et le caméléon » (LS).

La mygale, au sens contemporain, est ainsi appelée car elle appartient à la famille des Mygalomorphae, c’est-à-dire des araignées « à forme de musaraigne ». Or la musaraigne est, selon l’étymologie, une « souris-araignée ». La mygale est donc l’araignée à forme de souris-araignée.

MYROBLUITA, μυροβλύτα. FR. Ita cognominatus est S. Dominicus Martyr à Græcis, quia ex ejus sepulchro liquor scaturiebatur pro infirmitatibus mirabilis : voces quidem græca sunt, nempè, μύρον, unguentum, & βλύω, scateo, mano.

Gr. myroblyta, myroblite, myroblyte, surnom donné par les Grecs à S. Dominique Martyr car de son sépulcre jaillissait un liquide miraculeux capable de guérir les infirmités. Le mot est grec et vient de myron, onguent, et blyon, jaillir, sourdre.

Dominique n’est pas le seul saint myroblite. « Par contre Lydwine ne fit point partie du groupe des Myroblites, c’est-à-dire des déicoles, dont les cadavres distillèrent des essences et des baumes. » (J.-K. Huysmans, Sainte Lydwine de Schiedam)

N

NOTATUS, aliqua nota infamis. Quare cicatrix in facie ad reminiscentiam alicujus infamiæ Nota dicitur.

Marque infamante. Une cicatrice sur le visage infligée en réminiscence d’une infamie est également appelée nota.

NYMPHAEUM, fons ad Ecclesiæ januam, ubi manus lavabant Christiani, antequam ad orandum ingrederentur.

Fontaine ou bassin près de la porte de l’église, où les Chrétiens se lavaient les mains avant d’entrer pour prier.

Dictionnaire latin Olivetti : nymphée, source sacrée aux nymphes. Dictionnaire latin Chatelain : temple des nymphes.

NYSUS, vox Syracusana, idest, claudus ; ideò Syracusani Bacchum Dio nysum ex Διος, & Νύσος, idest, Juppiter claudus appellabant.

Mot syracusain signifiant boiteux ; d’où le nom du dieu syracusain Bacchus, Dionysos, Jupiter boiteux.

O

OASENA DEPORTATIO, exilium ad quendam Ægypti locum, qui Oasis dicebatur, de qua pœna fit mentio in Theodos. Codice lib.9. tit.32.

« Déportation oasienne », condamnation à l’exil en un certain lieu d’Égypte appelé Oasis, peine dont il est fait mention dans le Code de Théodose.

Il ne s’agit sans doute pas d’une oasis unique, toute oasis, seul lieu de vie possible au milieu d’immensités désertiques, pouvant servir de prison.

OLIBANUM, incensum ; Græci λίβανος, & Arabes Alluban dicunt.

Oliban, encens : Grec libanos et Arabe al-luban.

Voyez dans ma Note sur l’indonésien :

« Luban. Encens ; luban jawi, benjoin. / De l’AR لبان (lubân), encens, لبان جاوي  (lubân jâwî), encens de Java. C’est précisément ce nom arabe de « l’encens de Java » qui a donné (par l’intermédiaire du catalan, selon le Robert étymologique) le mot français « benjoin », en anglais benzoin. »

ONONYCHITES, Christianorum Deus à Gentilibus ex contemptu, teste Tertulliano, appellatus ; græce enim ὀνονυχίτης, asininis unguibus præditum significat, quæ fictio originem traxerat ex Tacito lib.5. hist.

Appellation péjorative des Chrétiens par les païens, selon Tertullien, du grec ononychites, qui a des pieds ou des sabots d’âne, légende tirée du livre 5 des Histoires de Tacite.

P

PAREDRUS, πάρεδρος, Assessor, consiliarius, accipitur etiam pro malo spiritu, qui Incantatoribus ac Magis assistere solet. Salmasius per Paredros Deos minores intelligit.

Assistant, conseiller, dit d’un esprit maléfique serviteur des enchanteurs et des mages. Salmasius l’entend quant à lui comme dieu mineur.

Salmasius est, semble-t-il, et c’est assez remarquable pour le souligner, l’humaniste protestant Claude Saumaise. Le mot français parèdre a retenu son interprétation (dieu mineur) et oublié le sens ici donné par Magri.

PENTAGLOTTUS, quasi quinquilinguis dici potest, græcè Πεντάγλωττος. Ita dictus Sanctus Epiphanius, Salaminæ in Cypro Episcopus, vir eruditione, & sanctitate, & ob quinque linguarum, Græcæ videlicet, Hebraicæ, Latinæ, Syriacæ, & Ægypticæ à S. Hieronymo commendatus, & Pentaglottus vulgò nuncupatus.

« Le pentaglotte », S. Épiphane, évêque de Salamine de Chypre, homme saint et érudit qui parlait cinq langues, à savoir le grec, l’hébreu, le latin, le syriaque et l’égyptien, ainsi surnommé et loué par S. Jérôme.

PHRONTISTERIUM, φροντιστήριον, idest, contemplationis mantio, pro Monasterio usurpatur.

Gr. phrontistérion, maison de contemplation, pour désigner un monastère.

PHYSICA, φυσιϰη, Ecclesiasticis prohibita. Medicina intelligitur in sex. decretal. lib.3. tit.34. cap.1.&2.

La physique, entendue comme l’art de la médecine (dans les décrétales), est interdite aux ecclésiastiques.

C’est en vertu du principe Ecclesia abhorret a sanguine (l’Église a horreur du sang) que, d’une part, les tribunaux ecclésiastiques ne condamnaient jamais à mort les clercs, soumis à leur seule juridiction, et faisaient appel pour les exécutions au bras séculier, et, d’autre part, que les conciles défendirent aux clercs d’exercer le métier de chirurgiens.

PLUMBATAE, genus martyrii, de quo sæpè in Martyrol. Flagellum ex funiculis erat, ad cujus extremitates pendebant plumbeæ pilulæ.

Genre de martyre dont il est souvent question dans le Martyrologe. C’est un instrument de flagellation dont les lanières sont pourvues à leurs extrémités de billes de plomb.

POULAINIA, calceamenti cuspis acuta, qua forma illis temporibus Principes utebantur, ut ex antiquis picturis colligitur : ita appellabatur ex forma acuta ad similitudinem unguis pulli.

Poulaine (souliers à la), souliers de forme pointue, portée par les princes [et la noblesse] aux siècles passés, ainsi qu’on peut le voir dans les anciennes peintures. Ils tirent ce nom de leur forme pointue semblable aux ergots de poulet.

PROTOMARTYR, πρωτομάρτυρ, primus martyr, quo titulo appellari solet ab Ecclesia D.Stephanus ; primus enim fuerat, qui inter Christianos gloria Martyrii coronari meruerit : sic etiam vocatur justus Abel respectu veteris martyrum testamenti, & inter Christianas fœminas Sancta Thecla in Menologio græco his verbis celebratur : [Sanctæ Protomartyris, & paris Apostolis Theclæ.]

Premier martyr, titre conféré par l’Église à S. Stéphane, qui fut le premier à s’acquérir la gloire de la couronne des martyrs ; de même le juste Abel, dans l’Ancien Testament, et parmi les femmes S. Thècle, dans le Ménologe grec « Sainte Thècle protomartyre et acteur apostolique ».

S

SABBATUM HENOCH, phrasis Christianorum Æthiopiæ in eorum Calendario apposita ; hujus autem modi loquendi origo, secundum aliquorum opinionem, à periodo solarium annorum provenit, qui periodos septem millia annorum continet, cujus decima pars dicitur Sabbatum Henoch, quia hic homo natus fuerat anno 700. ab Orbe condito, ut Scaliger lib.7. de emendat. refert ; licet alii hanc nativitatem statuant anno 622.

Expression employée par les Chrétiens d’Éthiopie dans leur calendrier. Selon certains, cette expression provient de la période de sept mille années solaires, dont la dixième partie, c’est-à-dire sept cents ans, est appelé Sabbatum Henoch parce qu’Henoch est né 700 ans après la création du monde (Scaliger), bien que d’autres aient affirmé qu’il fût né en l’an 622.

Il faut rappeler, concernant ces généalogies bibliques, que, selon Voltaire, elles commencèrent à être mises à mal quand les voyageurs firent connaître que les Chinois possédaient des chroniques plus anciennes que le monde selon les généalogies de la Bible.

SALISATORES, Magi, sive Divinatores, qui sumebant auguria ex corporis palpitatione, & membrorum tremore.

Mages ou devins qui tiraient des augures des palpiations du corps et des tremblements des membres.

SCORPIACUM, medicinale antidotum contra scorpionum ictus : hoc vocabulo Tertullianus suum tractatum contra Gnosticos hæreticos denominavit, quos hæreticos etiam S. Epiphanius scorpionibus assimilavit.

Antidote contre la piqûre des scorpions : le mot sert de titre au traité de Tertullien contre les hérétiques gnostiques, que S. Épiphane comparait à des scorpions.

SCORPIO, martyrii genus ; erat enim nodosa, ac spinea virga, quæ percutiendo carnem lacerabat, ita appellata, quia ad instar scorpionis caudæ curvabatur.

Genre de martyre : il s’agissait d’un bâton noueux et épineux qui lacérait les chairs et était ainsi appelé car il était courbé à l’instar de la queue du scorpion.

Dans le dictionnaire latin Olivetti : « Sorte de bâton armé de pointes de fer qui était employé comme instrument de torture. »

SCOTALLUM, œnopolium, sive taberna, in qua cervisia venditur. Ex saxonibus Scot, idest, signum, quod in tabernis solet apponi, & Ala, nempè, cervisia.

« Oenopole » ou taverne où l’on vend de la cervoise. Du saxon scot, enseigne, car les tavernes étaient identifiées par une enseigne, et ala, bière [l’ale anglaise].

SCREONA, & Screuna, domus subterranea. Ex germanica dict. Eschrenes.

Maison souterraine. Du germain Eschrenes.

Macri italien : « Casa sotterranea, dove sogliono vegliando la notte lavorare le zitelle in campagna. Vocabolo della legge Salica. »

SCRIPTORIUM, locus in Monasterio, ubi Monachi ad scribendum conveniebant tempore hyberno, qui locus conservabatur calidus.

Partie d’un monastère où les moines se réunissaient pour écrire pendant l’hiver, laquelle était chauffée.

SOMNIALIA, liber superstitiosus ita inscriptus, in quo somniorum observationes continebantur, sub nomine Danielis Prophetæ falsò divulgatus.

Livre de superstition dans lequel étaient inscrites des observations relatives aux rêves, et faussement attribué au prophète Daniel.

SORS, idest, divinatio. = Sortilegium

Divination.

A donné le mot « sort ».

SORTIARIA, Venefica, Maga.

Magicienne, celle qui lance des sorts.

SQUATUS, piscis species, italicè squadro dicitur, cujus aspera pelle utuntur fabri lignarii ad puliendum eorum opus ; ideò à Græcis ρίνη, idest, lima ; à Latinis autem squatina dicitur.

Espèce de poisson appelée squadro en italien, dont la peau rugueuse est employée par les artisans en ébénisterie pour polir leurs œuvres ; c’est pourquoi on l’appelle riné en grec, ce qui signifie une lime. Également appelé squatina en latin.

En français, ange – et non limande.

STANTES, dicebantur Christiani in persecutione fidei constantes ; è contrario Lapsi qui timore tormentorum à fide apostatabant.

Nom des Chrétiens restés fidèles dans les persécutiones, par opposition aux Lapsi (relaps) qui apostasiaient la foi par peur des tortures.

STAUROPHYLAX, idest, Crucius Custos. Dignitas in Ecclesia Hierosolymitana, ad quam lignum veræ Crucis custodire spectabat.

« Gardien de la Croix » : dans l’église de Jérusalem, dignité de celui qui avait le bois de la vraie croix sous sa garde.

STRIA, strix, venefica, maga. In lege salica tit.67. ubi appellatur Strio portus locus, in quo striges conveniunt. FR. Strix propriè avem nocturnam, quam aliqui Bubonem esse dicunt, significat ; indè translativè striges dicuntur veneficæ mulieres, quæ de nocte malè operantur.

« Estrie », sorcière, magicienne. Dans la loi salique, est appelé Strio portus un lieu où les sorcières se réunissent. Le strix est spécifiquement un oiseau nocturne, dans lequel certains voient le hibou, et par métaphore le terme a servi à désigner des sorcières qui commettent leurs maléfices la nuit.

SUTULARES, calceamenta ex superiori parte contecta, sed absque soleis, quibus Sancta Gundula usa est, ut hac sancta simulatione ejus pœnitentiam tegeret.

Souliers ayant une partie supérieure mais dépourvus de semelle, que portait sainte Gudule en vue de cacher sa pénitence par une pieuse dissimulation.

SYNELITES, vox quidem corrupta apud Honorium lib.1. de imagine mundi cap.14. cum selenites, σεληνίτης, idest, lunaris, scribendum esset ; est autem gemma quædam, quæ crescit, ac decrescit, cum lunæ incremento, & decremento, quam Lunarem Latini appellant, & à Dioscoride Aphroselenus lib.5. appellatur ; & ibi Marcellus : corruptè tamen in textu Plinii lib.37.c.10. dicitur Aphrodisiace.

Corruption, dans Honorium, de selenites, c’est-à-dire pierre de lune : une gemme qui croît et décroît avec la lune. Lunaris en latin et aphrosélénus dans Dioscoride, par erreur appelée aphrodisiace par Pline.

T

TEGULARIA, Maga, Incantatrix, quia super tecta, ac tegulas earum præstigia facere solent. [Tegularia malefica, quod supra tegulare sacrificet. Gloss. Isidori]

Magicienne qui réalisait ses prodiges sur des toits ou terrasses : « Tégulaire maléfique, qui sacrifie sur les toits. » (Glossaire d’Isidore)

TEMPESTARII, Fascinatores, qui mediantibus eorum incantationibus tempestates in aeris regione conmovent, de quibus S. Agobertus, qui etiam inquit, quod hujusmodi tempestates à vulgo Aura levatitia dicebantur.

Magiciens qui par leurs incantations suscitaient des tempêtes dans le ciel. S. Agobard, qui en parle, explique que les tempêtes ainsi créées étaient appelées par le vulgaire « vent levé » (Aura levatitia).

TILON, vermis pilosus.

Ver poilu.

TRACONES, subterranei meatus, in quibus aquæ, vel aer inclusus serpent ; sive quia ibi Dracones generari solent : [Cum profundis traconibus, ac concavitatibus, in quibus secundum Philosophos solet terræmotus generari. Matth. Paris. in ejus Hist. an.1247.]

Cavité souterraine où les eaux ou l’air enfermé circule ; ou bien où sont engendrés les dragons : « De profonds tracones, ou gouffres, où selon les philosophes sont produits les tremblements de terre. » (Matthieu de Paris, dans son Histoire de 1247)

TRASCO-DRUGITARE, hæretici, ità appellati ex phrygiis vocibus Trascus, quæ palum significat, & Drusus, nasum, seu rostrum ; nam hi quando orabant, digitum indicem in naso imponebant.

Hérétiques ainsi nommés du phrygien trascus, poteau, et drusus, nez ou visage, car ils se mettaient le doigt dans le nez quand ils priaient.

TREMULANTES, hæretici in Anglia, quos Hispani Adombrados vocant.

« Trembleurs », hérétiques anglais que les Espagnols appellent Adombrados.

Ce nom latin fait immanquablement penser aux Shakers protestants, qui doivent leur origine aux camisards cévenols émigrés en Angleterre après la révocation de l’édit de Nantes. On a vu plus haut que ces Adombrados sont également appelés Illuminati.

TRIPASSALUM, τριπάσσαλον, pertica cum tribus cuspidibus, instrumentum martyrii, quo Syri utebantur, quemadmodum in vita S. Ephrem apud Vossium legitur.

Pieu à trois pointes, instrument de martyre employé par les Syriens, comme on peut le lire dans la Vie de S. Éphrem traduite par Vossius.

TYPHON, τυφὠν, ventum turbulentum, fulgur, & vorticem significat. De quo fabulosè cecinerunt Poetæ, erat Seth Adami filius, nam [Seth apud Ægyptios, Typhon apud Græcos dicitur. Plutarch. de Iside, & Osiride.]

Gr. typhon, vent violent, foudre et tourbillon d’air. Les poètes ont affirmé qu’il s’agissait de Seth, fils d’Adam : « Le Seth des Égyptiens appelé Typhon chez les Grecs » (Plutarque, Isis et Osiris)

U/V

VALESII, hæretici in Arabia à Valesio Arabe provenientes, quæ secta Eunuchorum etiam dicta ; nam secundum litteram Euangelium ineptè interpretantes, omnes se castrabant, non percipientes allegoricam Christi parabolam, ubi ajebat : Beati, qui se castraverunt &c. de quorum secta fuerat Origenes. Baron. an.249. nu.9.

Valésiens, hérétiques arabes sectateurs de l’Arabe Valésius ou Valens, appelés Eunuques car, suivant une interprétation littérale des Évangiles, ils se castraient tous, ne saisissant pas le sens allégorique de la parabole du Christ « Bienheureux ceux qui se sont rendus eunuques [pour le royaume des cieux] ». Origène appartenait à cette secte.

La phrase latine « Beati, qui se castraverunt propter regnum cœlorum » du passage (Matthieu 19-12) n’est plus traduite sous cette forme. Le Beati sunt (Bienheureux…) a disparu tant de BJ que de LS.

VOLUTABRUM, limus, in quo porci revolvuntur.

Boue dans laquelle se vautrent les cochons.

Dictionnaire latin Olivetti : « marais, marécage ».

USTRICULAE, ferrea instrumenta candentia, quibus comburebantur pili in mento crescentes, ut juvenilis aspectus ostentaretur.

Instrument de fer incandescent avec lequel on se brûlait les poils du menton afin de conserver un aspect juvénile.

VV(=W)ODAN, fabulosus Deus Mercurius, olim apud Septentrionales veneratione habitus.

Z

ZABULUS, ζάβουλος, Diabolus : in æolico enim idiomate sæpè particula ζα ponitur loco δια.

Gr. Zaboulos ; diable, car dans le dialecte éolien la particule za- est souvent employée à la place de dia-.

ZASUS, Jesus. Unde Itali quoque Giesù dicunt.

Zasus est le nom « Jésus » d’où les Italiens tirent Giesù.

Quelques curiosités du moyen âge révélées par les mots du vieux français

Trouvées dans le Glossaire de la langue romane de Jean-Baptiste Roquefort (M DCCC VIII, 1808)

Lexique pour philosophes, poètes, historiens, linguistes, étymologistes, amateurs de reconstitutions historiques, rôlistes et curieux, complétant mon Cabinet de curiosités.

L’original est en noir, mes remarques en indigo (un commerce florissant au moyen âge).

*

A

Abace, abaco, abacon, abaque : Buffet de service, petite table carrée qui servait, dans un festin, à mettre les pots et les verres, d’abacus. Ces mots étaient aussi employés pour désigner une table sur laquelle on traçait des figures et des nombres d’arithmétique. Cette petite table ou ais, se nommait table de Pythagore ; de là vient que dans quelques auteurs anciens, abaco signifie arithmétique.

Le mot latin abacus, du grec abax, dont dérivent ces termes n’existe plus, en français, contrairement à l’anglais, que dans le sens historique de « Sorte de sceptre, long d’une toise, que portait le grand maître des templiers ». S’agissant de cette dernière définition, il n’est pas évident de comprendre comment on est passé d’un objet du type planche, tablette ou table, l’abax grec et l’abacus latin, à un objet du type bâton (sceptre).

Le mot français moderne abaque tout comme le mot anglais abacus ont acquis le sens de boulier quand ce dernier objet a été introduit en Europe depuis la Chine, supplantant les systèmes qui le précédaient, dans certains usages tels que le commerce.

Abacot : Ancien chapeau royal des rois d’Angleterre.

Le terme existe en effet en anglais, en tant que, selon le Merriam-Webster, variante du mot bycoket, qui est, selon telle autre définition en ligne, le nom du chapeau de Robin des Bois, alors même que le nom original du personnage est Robin Hood, c’est-à-dire Robin au capuchon et non Robin à l’abacot… D’autre part, le chapeau de Robin des Bois est dit par cette dernière définition correspondre au « chapeau à bec » en français, mais une troisième définition du bycoket lui donne une forme « en double couronne » (The upper part was in the form of a double crown), ce qui ne semble pas du tout correspondre au chapeau à bec, et c’est pourtant cette définition qui parle d’une coiffe des rois d’Angleterre. Bref, il existe autour de ces termes anglais une certaine confusion que je ne peux débrouiller.

Voyez la photo en fin de lexique pour l’abacot du type Robin des Bois, c’est-à-dire du chapeau à bec.

Abbéesse : Supérieure d’un couvent de religieuses. Ce mot désigne aussi une femme qui préside aux lieux de prostitution ; d’abbattissa.

C’est, en français moderne, le mot abbesse, qui semble avoir perdu le second sens ici présenté.

Accides : Nom d’un peuple, employé dans les Chroniques de S. Denis, pour désigner les sujets du vieil (sic) de la Montagne, roi des Accides ; occidentes. Hakesins, hactasis, hassassis, héissessins : Assassins ; nom de peuple, sujets du Vieux de la Montagne ; d’occidentes, selon MM. Sainte-Palaye et Meuchet. « Li Vious de la Montagne oï / Dire que li Rois erst croisiés : / Deux siens hakesins apiela, / Et deux coutiaus si leur bailla, / Et coumanda mer à passer / Por le Roi Loeys tuer. » (Philippe Mouskes, fol. 709) (Ce que je traduis par : « Le Vieux de la Montagne entendant dire que le Roi des Francs s’était croisé, il appela deux de ses Assassins et, leur tendant deux poignards, leur commanda de traverser la mer pour aller tuer Saint Louis. » Chronique rimée de Philippe Mouskes, 13e siècle)

Parmi les diverses étymologies proposées pour le nom de cette secte ismaélienne, nous avons donc celle, latine, d’occidentes, du verde occido, qui a donné le vieux verbe français « occire ».

Achrême, achroume : Vieillard qui tousse habituellement ; peut-être n’est-ce qu’une allusion au nom de Chrémès, personnage d’un vieillard de Térence.

Acorer : Arracher le cœur, les entrailles, faire mourir ; de cor.

Acoupaudir : Débaucher la femme d’un autre.

Affourcher : Se mettre à cheval sur un bâton pour aller au sabbat, comme on le supposait aux sorcières.

Alamandine, alabandine : espèce de rubis moins précieux que le rubis d’Orient, [nom] formé d’Alabande, ville de Carie dans l’Asie mineur, d’où Pline dit qu’on tirait cette espèce de rubis.

Alapite, alapiste : Farceurs qui se donnaient des soufflets pour amuser le peuple.

Altargues : Offres faites en argent, pour avoir part aux prières de l’église.

Ancon, ancone, angon : Pique dont les fantassins se servaient, on la nommait autrement francisque ; d’uncus, croc.

C’est manifestement une erreur si l’ancon est bien une pique, car la francisque est une sorte de hache ; au mot francisque, Roquefort décrit d’ailleurs celle-ci comme une hache et non comme une pique. Il est tout de même étonnant que ce que les auteurs s’accordent à décrire comme un javelot, et qui se lancait, dérive du mot « croc, crochet », étymologie qui pourrait bien faire penser davantage à une hache qu’à un trait. Une définition anglaise impute à ce javelot une « pointe barbelée » (A type of javelin with a barbed tip), ce qui semble encore peu satisfaisant, même si c’était le cas, pour rendre compte de l’étymologie ci-dessus.

Androm, androme, androne : Salle de compagnie au rez-de-chaussée, galerie, lieu d’assemblée pour des hommes ; c’est aussi une très petite ruelle entre deux maisons, dans laquelle on jette les eaux ; en Provençal et en Languedocien modernes, il signifie un cloaque, un égout, un cul-de-sac.

S’agissant de la deuxième partie de la définition, c’est sans doute une indication qu’il faut corriger un peu notre perception des villes au moyen âge si l’on perçoit celles-ci comme un lieu où chacun, faute d’égouts, jetait ses « eaux » (notamment le contenu des latrines) devant chez lui, quelle que circulation qui s’y trouvât. Une telle indifférence aux contingences extérieures semble tout de même extraordinaire, quand on y réfléchit deux secondes, et me paraît donc être davantage un préjugé envers le passé qu’autre chose. Il se pourrait en réalité que ce soient surtout les andromes, c’est-à-dire de « très petites ruelles », des interstices entre maisons, de nul passage ou presque, qui servissent à ce genre de vidange nécessaire. Peut-être la seule circulation (honnête) qu’on trouvait dans ces andromes était celle de personnes préposées à leur nettoyage. Le sens de « cul-de-sac » dont Roquefort dit qu’il est resté en Languedocien moderne semble confirmer que ces ruelles étaient peu empruntées.

Angerin : Homme de basse extraction, qui épouse une Damoiselle.

Aquereau : Machine de guerre.

Sans plus amples informations. Les différents noms de machines de guerre appelleraient un lexique à part entière. J’en cite quelques-unes, qui ne sont même pas la totalité de celles nommées dans le Roquefort (car j’en ai laissé passer) : arganette, batefou, bedondaine ou dondaine, bible, boso, briche, calabre, carcamousse, chat, chauffault, chijers, coillart ou couillard ou coullart, escorpion, espringale, fandofle, fondelle, hélépole, lance à feu, lide ou clide, macefonde, mangonneau, martinet, mouton, onagre, passavant, perdriau, perrier, ribaudequin, tortorelle ou tortue, trébuchet, triquoise, truie ou truhie, tumeriau, veuclaire ou vuglaire. Certaines semblent être de simples variétés de catapulte, si même plusieurs de ces noms ne désignent pas tout simplement la même machine.

Archegaye, arsegaye : Bâton ferré par les deux bouts que portaient les Stradiots, cavaliers Albanais, qui servaient en France sous les règnes de Charles III et de Louis XII. Commines, dans ses Mémoires, traitant de la guerre d’Italie, parle des Stradiots.

Archerot : Petit archet, épithète donnée à Cupidon.

Ariole, auriole : Devin, sorcier ; ariolus.

Arquelier, harquelier : Homme gagé par un religieux pour le mener faire la quête ; ce mot a signifié aussi un vagabond, un vaurien, un batteur de pavé.

Asseyner, assenier, assinier : Mettre des signes ou des marques sur les vêtements ; assignare. Les filles publiques de Toulouse étaient obligées de mettre des marques pour se distinguer des honnêtes femmes.

Atre, atrie : Cimetière ; d’atrium.

Auferrant : Cheval de bataille.

Une autre définition, trouvée en ligne, donne simplement « cheval » tandis qu’une autre encore évoque un « cheval de bataille d’une certaine qualité ».

Axinomancie : Sorte de divination, manière de prédire l’avenir par le moyen d’une hache ou d’une cognée, qu’on faisait rougir et qu’on posait sur une agate ; du grec άξίνη, hache, et de μαντεία, divination.

Les différentes formes de divination que j’ai relevées dans le présent lexique sont plus anciennes que le moyen âge et remontent à l’antiquité. Certaines ont pu subsister au-delà de l’antiquité, d’autres se sont sans doute éteintes avec elle.

B

Balcanifer : L’étendard et le porte-étendard des templiers.

Selon d’autres, l’étendard lui-même était appelé balcanum. Le radical latin -fer- va dans le sens d’une telle distinction.

Barbillon : Fer qu’on mettait au bout d’une flèche ou d’un dard, et qui était barbu ; de sorte qu’une fois entré en chair, on ne pouvait l’en retirer qu’en déchirant les parties environnantes.

Dans le même genre, voyez l’arme dénommée barbole, dans mon Cabinet de curiosités.

Barbute : Homme d’armes, ainsi appelé à cause de l’habillement de tête, ayant une mentonnière ; espèce de couverture dont on se garantissait la tête dans les combats ; barbuta.

Il est difficile de se faire une idée précise à partir de ces définitions. Il se pourrai, en ce qui concerne la première, que Roquefort commette un contre-sens. La barbute semble être, de l’avis plus ou moins général, un casque plus ouvert et moins couvrant que le heaume, de sorte que son nom ne viendrait pas de la mentonnière (pièce d’armure couvrant le menton) évoquée par Roquefort mais du fait contraire que la barbe naturelle de ceux qui la portent était visible (barbuta, which in Italian literally means ‘bearded’, possibly because the beard of a wearer would be visible). Mais cette définition anglaise n’est pas non catégorique (« possibly »). Quant à ce que pourrait être une « couverture » pour se garantir la tête dans les combats, j’avoue ma perplexité si ce n’est pas un casque ; il est indiqué ici et là que les barbutes pouvaient être ornées de crêtes de plumes ou couvertes de tissus peut-être plus ou moins flottants.

Becquoysel : Sorte d’arme qui ressemblait à un bec d’oiseau.

Ce ne serait pas le bec-de-corbin, sorte de marteau d’armes ou marteau de guerre, mais un « couteau en forme de bec d’oiseau », définition trouvée en ligne pour l’orthographe becoisel.

Behaignon : Bohémien, sorcier, devin.

Belin : Sorcier, enchanteur ; au figuré, un sot ; et un mouton ou bélier franc. Beliner : Tromper, attraper quelqu’un.

Il est vraisemblable que le sens figuré sot vienne du sens premier de mouton plutôt que du sens premier de sorcier, a fortiori quand beliner veut dire « tromper quelqu’un » (ce qui n’est pas à la portée d’un sot).

Bibloteur : Ouvrier en os et en ivoire.

C’est-à-dire qui travaille l’os et l’ivoire (pour ceux qui ne sont pas familiers avec le français quelque peu archaïsant de Roquefort).

Bierre (bière) : Nom générique de toutes sortes de bières, dites boires bouillis, qui étaient la goudale, le hambours, le houppes, le brisemars, la quieute, la cervoise et le haquebart. On mettait aussi au nombre des boires bouillis, la bière faite avec du jus de cerise.

Bloi : Blond, jaune, bleu et blanc. Blondir : User d’art pour paraître blond ou blanc.

Bougerie : Crime de bestialité ; de bulgaria ; d’où bougeronner, commettre le péché de sodomie.

Braon : Le gras des fesses, le derrière.

Braconage : Droit qu’avait un seigneur sur les filles de ses vassaux lorsqu’elles se mariaient.

Ce qui semble donc être un autre nom du droit de jambage ou de cuissage ou deculage. Voyez culage. Voyez également despucellement.

C

Caborde : Petite loge de pierres sans mortier, qu’on fait dans les vignes.

Cachenez : Petit masque de velours ou d’étoffe fine, que les dames portaient pour conserver leur teint.

L’orthographe moderne est bien sûr cache-nez, qui désigne aujourd’hui une écharpe. Alors que bien des mots du vieux français ont disparu de notre vocabulaire quand bien même ils y seraient encore utiles selon moi (j’en donne dans ce lexique quelques exemples : fongineux, mérétrical…), le mot cache-nez semble complètement superflu pour désigner une écharpe dont on peut se couvrir le bas du visage en cas de froid : y aurait-il des écharpes dont on ne peut pas se couvrir le bas du visage ?

Pour ce mot, comme pour gimple, peploum, touret et wiart, qui masquent le visage de la femme et sont donc des variétés de voile intégral, voyez mon essai Le voile intégral des femmes dans l’histoire de l’Occident (ici).

Cagarier, cagarieur : Visage ou grimace d’un constipé.

Je donne cette intéressante définition de Roquefort pour sa précision et son originalité, tout en pensant comme d’autres, dont au moins un linguiste ancien (Lacombe, 1766), que ces mots sont en réalité synonymes de « chieur », quelqu’un qui chie.

Cagoule : Soutane, froc de moine.

Cakehan, cakehen, caquehein, casquehein : Cabale, conspiration, projet de révolte. Le cakehan désignait le soulèvement de tous les ouvriers d’un ou de plusieurs métiers qui s’assemblaient et refusaient de travailler pour un motif quelconque.

Les esprits réactionnaires ont tort de considérer que les relations du travail étaient plus satisfaisantes à l’époque des corporations de l’ère préindustrielle : le mot caquehein leur montre que ces relations pouvaient déjà déboucher sur des piquets de grève. Curieusement, je n’ai jamais non plus trouvé ce mot dans la littérature prolétarienne. Cette dernière adopte à certains égards le même point de vue que les réactionnaires sur la condition du travailleur à l’ère préindustrielle, non, toutefois, pour préconiser un retour aux formes dépassées de l’économie mais pour souligner la violence de l’économie capitaliste industrielle. Je fais mienne l’analyse de ces auteurs prolétariens sur le caractère sans précédent de la violence des conditions de travail dans les grandes usines des premiers temps de l’ère industrielle, notamment pour les enfants.

Camelin, cameline : Sorte d’étoffe de couleur brune faite de poil de chameau. Les manufacture d’Amiens et de Cambray au XIIIe siècle, étaient fort renommées pour la fabrication de cette étoffe que portaient les gens riches.

Fréquent dans les œuvres littéraires évoquant le moyen âge, et donc relativement connu, ce terme, il convient de le souligner, atteste de l’ouverture des économies au moyen âge, puisque, tout comme les épices, le camelin ne pouvait être qu’un produit d’importation depuis les régions extra-européennes.

Canterme : Sorte de sortilège, de maléfice.

Caraie, caraude, caraux : Espèce de sortilège ; billet écrit en caractères magiques. Caraudesse : Sorcière, qui a le visage défiguré ; de cara, visage ; en Lang. carëto, un masque.

L’étymologie du visage et du masque semble indiquer qu’une sorcière est souvent identifiée par sa grimace, et que, si elle a parfois le pouvoir d’apparaître sous les traits d’une belle jeune femme, c’est en réalité un « visage défiguré ». Voyez masque plus bas. Je remarque également que le terme latin pour un masque, larva, désigne par ailleurs, au pluriel, une sorte de fantômes, les « larves » à l’apparence hideuse.

Carme : Charme, sortilège ; de carmen.

Carnon : Ancienne arme des Français.

Carvane : Association, assemblée, réunion de plusieurs personnes pour voyager, pour aller en marchandise, en pèlerinage, ou pour quelqu’autre sujet que ce soit. Mot dérivé de l’arabe, ou des langues de l’Asie. En basse latinité caravana et carvana.

Choule, choulle : Boule de bois que l’on pousse avec une crosse ; sorte de jeu de mail. Plus anciennement, on désignait par choule les jeux de ballon, de paume, et de longue paume. D’où chouleve (choulève), joueur de ballon et de paume.

Chrapoudine : Sorte de pierre précieuse, qu’on croyait se trouver dans la tête d’un vieux crapaud.

En français moderne, crapaudine. Une des nombreuses sortes de bézoards réputés magiques dans les anciens temps.

Cibole : Tête d’une massue.

Claver : Imprimer un fer rouge sur la tête d’un animal pour le préserver de la rage.

Clunagiter : Remuer les fesses.

Colre-russe : Bile noire, épanchement, dégorgement de bile ; cholera rufa.

Cette bile noire n’est autre que la mélancolie dans la théorie des humeurs d’Aristote, qui y voit « un fluide d’une essence subtile, supérieure aux quatre éléments terrestres et analogue au principe des astres, qui ont un caractère divin ; elle est de la nature de l’éther, ce cinquième élément ou quintessence d’origine céleste » (Robert Flacelière, Devins et oracles grecs, 1961)

Coninetter : Onomatopée du chant du merle, lorsque cet oiseau est en amour.

Contretenant : Champion qui, dans un tournoi, entrait en lice pour combattre celui qui était le tenant.

Conventicule : Assemblée secrète d’une partie des moines d’un couvent ; conventiculum.

Le terme désigne de nos jours une « assemblée secrète et illicite » (Littré).

Couers : Mari qui souffre et qui favorise les infidélités de sa femme.

Crochet : Sorte de boîte d’artifice que l’on tirait lors des réjouissances publiques.

Ancienneté de l’usage des feux d’artifice, connus du moyen âge depuis les voyages de Marco Polo, qui de retour de Chine fit connaître à ses compatriotes et la poudre à canon et les feux d’artifice qui s’en servent.

Crouste : Église souterraine ; de crypta.

Culage, cullage, culiage : Droit que certains seigneurs s’attribuaient, de coucher la première nuit des noces avec l’épousée ; c’était aussi le nom du présent que l’époux était obligé de faire à ses amis le premier jour des noces, pour qu’ils le laissassent coucher avec sa femme.

D

Défectif : Se dit encore dans quelques provinces en parlant d’un chat subtil et voleur.

Défourmé : Bâtard, adultérin ; et un homme laid, mal bâti ; deformis.

Despucellement : Ancien droit seigneurial.

Détranchés : Souliers d’une longueur extraordinaire, qui furent longtemps de mode, surtout dans le XIVe siècle. Plus la qualité de celui qui les portait était éminente, et plus les souliers étaient longs. Ceux d’un prince avaient deux pieds, et ceux d’un chevalier un pied et demi ; c’est sans doute de là qu’est venu le proverbe : Il est sur un grand pied dans le monde, pour dire, considéré, d’un grand état, d’une grande fortune.

Plus connus sous leur nom de souliers à la poulaine.

Discrétoire : Lieu d’assemblée des mères discrètes [religieuses qui entrent dans le conseil de la Supérieure d’une communauté] dans les couvents de femmes ; discretorium.

Le terme est tiré du sens aujourd’hui caduc de discret « qui a du discernement, du jugement ».

Dominical : Voile blanc sans lequel les femmes ne pouvaient approcher de la sainte Table ; dominicale.

Dorbus : Excréments pulvérisés.

Contexte ? Roquefort tire le mot d’un dictionnaire plus ancien (Lacombe 1776), guère plus explicite avec la définition « merde pulvérisée ».

Dorsal : Tapisserie ou autre étoffe suspendue à un mur ; de dorsalis.

Druydes, druyndes : Prêtres ou devins des anciens Gaulois ; druidæ ; du Grec drus, chêne, arbre consacré à leurs cérémonies ; leurs prophétesses s’appelaient dryades.

Très intéressant emploi du mot dryade qui désigne les nymphes des forêts et des arbres. Les dryades sont, dit-on, particulièrement associées au chêne, qui était par ailleurs l’arbre sacré des druides. Le contexte des dryades-nymphes et des druides est donc tout semblable, et il se pourrait que le mythe des dryades soit né chez les Grecs du personnage des druides.

Dusiens : Prétendus démons qu’on nommait incubes. On supposait qu’ils avaient commerce avec les femmes qu’ils conduisaient au sabbat ; de dux, conducteur, guide. S. Augustin, Cité de Dieu, liv. 15, chap. 23, les appelle dusii ; dans S. Isidore, dusius ; en bas Bret. deuz.

E

Échippe : Espèce d’estrapade, de laquelle on jetait les coupables dans une eau boueuse, d’où le bourreau ne les tirait que pour les fustiger, et les chasser ignominieusement de la ville ; de scopa.

Emplumer : Plaisanterie dont on punissait un homme surpris en état d’adultère.

Voyez le mot emplumement dans mon Cabinet de curiosités. C’est le supplice du « goudron et des plumes » qui, comme on le sait, a perduré bien au-delà du moyen âge.

Encluse : Fille dévote qui vivait dans une église où elle entretenait la propreté, parait les autels, etc.

Enfanmentère : Fantôme, esprit, lutin, revenant.

Envulter, envoulter : Faire une effigie en cire pour s’en servir à des sortilèges.

En français moderne, envoûter. Voyez le mot veu ci-dessous.

Escoillié : Eunuqe ; de colus.

Escouberette : Jeune servante qui balaie ; de scoparius.

Il semble évident que c’est de ce mot que vient notre soubrette, qui désigne une servante de comédie, et que l’étymologie de plusieurs autres, qui la répètent, comme le Robert (et le dictionnaire étymologique d’Alain Rey), à savoir que ce mot de théâtre viendrait du provençal pour « affecté, qui fait le précieux », a peu de sens. D’une part, la soubrette ne présente pas un trait stéréotypique d’affectation ou préciosité. D’autre part, elle est au bas de l’échelle sociale y compris parmi la nombreuse domesticité des intérieurs nobles ou bourgeois de l’époque, avec sa hiérarchie ; c’est là qu’elle doit se placer pour le sel de la comédie, et l’on est donc naturellement allé cherché la soubrette parmi les servantes affectées aux plus humbles tâches, comme l’escoubement à l’escoube (balai) par l’escouberette, ou scouberette, ou soubrette.

Escoufle : Cerf-volant.

Escouvettes : Grands manches à balai, avec lesquels on supposait que les sorciers ou prétendus tels allaient aux sabbats, en se mettant à cheval dessus ; de scopa.

Essoriller : Couper, arracher les oreilles, c’était le supplice auquel on condamnait les voleurs ; d’exauriculare.

Quand on ne leur coupait pas la main ou le pied.

Estrie : Fantôme, spectre, sorcière, loup-garou.

Apparemment la même chose que stryge ou strige, du Grec στρίγξ strix.

F

Fachil, fachignier, fachinier, facinier, fatilié : Sorcier, enchanteur, devin, diseur de bonne aventure ; fatidicus.

Faicturerie : Art magique, sorcellerie, sortilège ; factura. Faiturier : Sorcier, qui fait des maléfices et des sortilèges.

Le mot faiturier me semble se retrouver dans l’italien fattucchiero, masculin, rare, de fattucchiera : « donna che esercita, o si cree che eserciti, le arte magiche, compiendo malie e stregonerie ». La racine en est dans tous les cas le verbe « faire ».

Faide : Droit qu’avaient les parents ou amis d’un assassiné de venger sa mort sur son meurtrier ; en bas lat. faida.

Faisnieur : Gardien des corps morts.

Faitila, faitilia : Poison, charmes magiques, enchantements.

Falcaire : Épée en forme de faux ; falcaria.

Famulaires : Sorte de caleçons que portaient les moines.

Flambart : Feux volants ou follets, qui paraissent sur les eaux à la fin de l’automne, autrement dit le feu de S. Elme.

Forcesainte : Boucle, agrafe de ceinture, ou coffret à reliques.

Foungineux : Terrein rempli de champignons ; funginus.

Je revendique l’utilité de ce terme, sous la forme modernisée fongineux : une clairière fongineuse où viennent danser les fées sous la lune.

Fourcilles : Petites fourches patibulaires placées sur les grands chemins pour effrayer les malfaiteurs.

Franche-dogue : Terme d’injure d’un Anglais à un Français, comme chien de Français. « Franche-dogue dist un Anglois, / Vous ne faites que boire vin ; / Si faisons bien, dist li François, Mais vous buvez le lienequin, / Roux estes comme pel de mastin. » (Eust. Deschamps, fol. 224) (Ma traduction : Chien de Français, dit un Anglais, vous ne faites que boire du vin ; Certes, dit le Français, mais vous buvez de la bière et vous êtes roux comme une peau de mâtin. »)

C’est évidemment de « French dogs » qu’il s’agit.

Franchiman : Français qui habite par-delà la Loire, et qui parle naturellement bon français, sans accent désagréable.

Il me paraît curieux, surtout après la précédente entrée, de trouver cette définition toute positive, de ce qui me paraît n’être autre chose qu’un Frenchman.

Fresaude : Sorcière, enchanteresse, magicienne.

Furelique, furrelique : Petite monnaie noire.

Mes recherches sur internet montrent que Roquefort s’est contenté de reprendre cette définition à d’autres dictionnaires plus anciens, sans y rien ajouter. Je suis perplexe devant une monnaie « noire » car un métal noir n’existe pas à l’état naturel et il ne devait guère être simple d’en produire à l’époque. S’agit-il, dès lors, d’une monnaie non métallique ? Cela se pourrait car, selon d’autres sources, cette monnaie, également appelée poitevine, était de très faible valeur (et, pour cette raison, interdite en Normandie) (Revue numismatique, vol. 13, 1848)

Certaines amulettes thaïlandaises réputées particulièrement puissantes sont produites dans un alliage métallique noir aux reflets iridescents, le lek-laï.

Fusée : Sorte de bâton de défense, ainsi nommé à cause de sa forme.

À cause de sa forme en fuseau.

Fy : Espèce de lèpre, maladie des bœufs ; terme d’aversion et de mépris.

Ce terme de mépris est devenu fi, comme dans « fi donc ! », lui-même tombé en désuétude.

Fyfi (mestre) : Vidangeur, cureur de latrines.

G

Galbanoner : Terme des vitriers qui nettoient les vitres sans les déplacer.

Galonner sa barbe : Selon Borel, c’était la peigner, y mettre de petits glands au bout de chaque floquet, comme font les Dames de leurs cheveux. On faisait cela aussi avec du fil d’or, ou bien on couvrait la barbe de paillettes ou de limaille d’or ; et si on était jeune et sans barbe, on s’en mettait une fausse de fil d’or ; mais cela ne se pratiquait qu’aux enterrements des grands, pour rendre la cérémonie plus majestueuse ; car la barbe a toujours marqué vénération.

Voyez blondir. Ce dernier mot, comme la coutume ci-dessus décrite, comme le mot loriot plus bas, semblent témoigner d’une certaine attirance pour le blond au moyen âge (tendance qui semble également attestée par quelques usages de l’antiquité). Cette préférence pour le blond est évoquée dans ma série de « psychologie évolutionniste » (The Science of Sex I-VI : voyez la table des matières de ce blog), certains auteurs dans ce domaine affirmant qu’une telle préférence est biologiquement déterminée. Je suis aujourd’hui moins convaincu par leurs arguments. Selon eux, la blondeur attirerait comme un signe indubitable de jeunesse et donc de fertilité, car les personnes blondes le sont de moins en moins à mesure qu’elles avancent en âge. Or, quelle que soit la couleur des cheveux, les cheveux sont plus beaux quand la personne est jeune et saine que quand elle vieillit, et si les cheveux plus pigmentés ne se distinguent pas à travers les âges de la vie par des variations de coloris aussi prononcées que les cheveux dépigmentés, ils varient par d’autres qualités, de brillant et autre…, sans doute tout aussi perceptibles, c’est-à-dire que de beaux cheveux noirs et brillants sont tout aussi manifestement un signe de jeunesse et de fertilité que des cheveux très blonds.

S’agissant de la coutume ci-dessus, on pourrait par ailleurs l’expliquer par les origines germaniques de la noblesse et des dynasties royales au moyen âge (Francs etc.), ou encore, éventuellement, par un goût pour l’apparence de l’or, la blondeur étant ce qui rappelle le plus l’or : le goût naturel pour l’apparence des métaux précieux et des gemmes est, sur un autre registre, expliqué par Aldous Huxley dans son essai Heaven and Hell sur les expériences mystiques et psychédéliques.

Gamologie : Traité sur les noces.

Littré, qui connaît ce mot, parle de traité sur le mariage, ce qui semble plus approprié et corrige ce que peut avoir d’incongru un traité sur les noces, qui sont une cérémonie ponctuelle qui n’appellent pas forcément un traité, au-delà de quelques conseils pratiques. Un « traité sur les noces » (Roquefort), au sens moderne, peut difficilement passer pour un traité de la vie dans le mariage, ce que je suppose être un « traité sur le mariage » (Littré).

Garancie : Couleur de cerf.

Sauf à se perdre en conjectures, il ne s’agit donc pas de la même chose que la garance, plante utilisée en teinturerie et qui donne un rouge vif. Mais le brun de la peau de cerf peut aussi être un roux très intense…

Gare : Cave, souterrain.

Garelax : Loup garrou (sic).

Gargariton (dit) : Jargon des médecins.

Garou : Sorcier ; gerulphus.

Le gerulphus est le loup-garou lui-même, en bas latin.

Gaset : Jeune chat.

Gastos : Savant, sage, selon Borel ; d’où, dit-il, viennent les noms des anciens Gaulois, Wisogastus, Husegastus, Salegastus et Losogastus, qui écrivirent la loi salique.

Je n’ai pas d’informations particulières à ce sujet mais je m’étonne que des Gaulois soient auteurs de la loi des Francs. Je trouve en ligne mention de « quatre grands du royaume des Francs, Visogast, Arogast, Salegast, Windogast ».

Gelasins : Les fossettes des joues ; de gelasinus.

Genéaux, genaux : Astrologues, tireurs d’horoscopes ; de genethliaci.

Geneschier, genicier : Sorcier, enchanteur.

Généthliaque : Tireur d’horoscope, devin, astrologue ; de genethliacus, du Grec γενέθλη. Généthliologie : Espèce de divination astrologique, par laquelle on prétendait connaître par l’état du ciel, à la naissance de quelqu’un, ce qui devait lui arriver pendant le cours de sa vie ; du Grec γενεθλιαλογία.

Genoche : Sorcière, selon Borel, qui cite la loi salique. Guenoche, guenuche : Sorcière, enchanteresse.

Gessine : La cérémonie et le festin des relevailles.

Gimple, guimple : Guimpe, partie de l’habillement d’une femme, espèce de voile qui cachait le visage.

Gladiatoire (main) : Main meurtrière, terrible dans les combats.

Glager : Répandre des fleurs ou des herbes odoriférantes sur un chemin, comme on faisait dans ces derniers temps le jour de la Fête-Dieu.

Cette pratique de joncher de fleurs et de parfums le chemin des processions religieuses est encore vivace en Inde. J’en ai trouvé une trace en Amérique latine au vingtième siècle, avec le mot chagrillo : voyez mes Americanismos.

Glap, glatissement : Aboiement d’un chien.

Glop : Boiteux ; claudus.

Gnac : Coup de dents.

Gobbin : Petit bossu ; de gibbus.

Gohine : Nom fabuleux d’une princesse d’Angleterre, que le roman de Tristan de Léonois, dépeint comme une femme extrêmement méchante, et dont le nom paraît avoir formé le mot gouine, femme de mauvaise vie, de basses mœurs, femme méchante.

Gomorant : Habitant de Sodome et de Gomorrhe ; sectateur des vices qui leur étaient reprochés.

Le Liber Gomorrhianus de Pierre Damien a consacré cet usage du nom des habitants de Gomorrhe pour désigner les pratiques aujourd’hui plus connues sous le nom de leurs voisins de Sodome. Plus particulièrement, ce livre décrit comment la confession mutuelle permet aux « sectateurs » en question, membres du clergé, de s’absoudre mutuellement. Il me paraît certain que c’est à ce livre, datant du 11e siècle, qu’il faut imputer l’inscription au nombre des « délits graves », susceptibles d’excommunication, en droit canonique, de « l’absolution du complice dans un péché contre le sixième commandement de Dieu (canon 1378, § 1), c’est-à-dire en matière de chasteté » (Le Tourneau, 1988).

Gourmancien : Nécromancien, devin, astrologue.

Groules, grolles, groulles : Savates, pantoufles.

Les grolles désignent aujourd’hui tout type de chaussures en argot.

Guestiere (guestière), geneschiere (geneschière) : Sorcière.

Gyromantie (gyromancie) : Sorte de divination qui se pratiquait en tournant autour d’un cercle sur la circonférence duquel on avait marqué des lettres ou d’autres caractères significatifs.

L’ancêtre des pratiques de spiritisme, où la gyromancie est effectuée non par le mouvement des corps autour d’un cercle mais, par exemple, le mouvement d’un verre sur lequel les participants, assis autour d’une table, ont chacun posé un ou plusieurs doigts.

H

Ham, hamel, hamelet : Village, hameau bâti au milieu des champs ; de l’arabe khan, khanih.

L’un des plus célèbres personnages de la littérature occidentale, Hamlet, a donc un nom d’origine arabe.

Handuiteur : Espèce de professeur dans une académie de jeux de hasard et d’adresse, tels que dés, cartes, trictrac, boules, quilles, etc.

Haneprie : Toute espèce de hanap d’orfèvrerie ou de cuivre doré, et l’art de les faire et de les fabriquer.

Hec, heche (hèche) : Porte coupée en deux parties, dont celle d’en bas ne passe point l’estomac, porte qui clôt le bas de la baie, pour empêcher les bestiaux d’entrer dans les maisons ou en d’autres lieux.

Hellequin : Lutin, esprit follet, fée, fantômes imaginaires de chevaliers qui combattaient dans les airs.

L’Arlequin de la Commedia dell’Arte a des origines plus inquiétantes que ses tours sur scène, puisqu’il n’est autre que Hellequin, conducteur des démons de la Mesnie Hellequin, chasse sauvage ou chasse aérienne héritée du wotanisme des Scandinaves.

Voyez le tableau du peintre norvégien Peter Nicolai Arbo en bas de ce lexique.

Herbelée : Potion médicinale faite de jus d’herbes ; herbilis, herbile.

Herbeline : Brebis maigre et éclopée, qu’on fait paître à part dans de bons pâturages.

Hercotectonique : Art de l’architecture militaire.

Hiraux : Ceux qui récitaient publiquement des fables et des romans.

Hoguinelle : Troupe de mendiants.

Hottu : Courbé, voûté par l’habitude de porter la hotte.

I

Ignise : Purgation par le feu, épreuve faite par le feu ou par un fer chaud.

Issorba : Aveugler, rendre aveugle ; supplice en usage aux X et XIe siècles.

L

Lampian : Épée, flamberge dont la lame est bien luisante, bien polie.

Langoiement : Action d’examiner la langue d’un porc, pour vérifier s’il n’est point attaqué de ladrerie.

Lecticaire : Fossoyeur, porteur de corps morts ; lecticarius.

Leu-wasté : Loup-garou.

Lisme : Tribut que payaient aux nations Barbaresques les Souverains qui voulaient commercer avec elles.

Loriot : Ornement de tête, tresses de cheveux blonds.

Luiton, luthon : Esprit follet, lutin.

Pour « esprit follet », également : Folot, Foletéour.

Lumerette : Feu follet qui paraît la nuit.

M

Manies : Figures de cire dont nos pères se servaient pour les sortilèges ; manducus, ou du Grec μαντεία.

Maou-bos : Forêt dangereuse, bois rempli de brigands ; malus boscus.

Mare : Espèce de monstre.

C’est exactement le mare de la langue anglaise, qui a donné le mot nightmare, le mare de la nuit.

Marisson : Petit marais.

Marramas, mattabas : Espèce de drap d’or.

Masque : Sorcière, diseuse de bonne aventure.

Le mot est féminin et vient du latin masca, qui désigne une stryge (stria, striga) ou une lamie (lamia), sortes de monstres. Le terme masque au féminin existe encore dans le dictionnaire français : « terme familier d’injure dont on se sert quelquefois pour qualifier une jeune fille, une femme, et lui reprocher sa laideur ou sa malice ; sorcière (languedoc. masco, sorcière, du bas-latin masca) » (Grand Robert).

Maubuisson : Buisson près duquel il est dangereux de passer.

J’ignore si ce buisson est dangereux en raison de quelque magie ou pour toute autre raison.

Mauron : Rond de malheur, cercle tracé par un magicien.

Meretrical (mérétrical) : Qui appartient à une prostituée.

Dans le sens « Relatif à ou qui appartient à ». Mot du vieux français dont il n’existe pas d’équivalent en français moderne, sans qu’il y ait de raison valable à une telle disparition, qui oblige le locuteur contemporain à des périphrases, des circonlocutions alambiquées.

Mesel, meséau : Lépreux ; malheureux, infortuné. Ducange, dans ses Observations sur l’Histoire de S. Louis, dit que ladre et mesel sont synonymes et signifient lépreux ; Barbazan prétend qu’il faut en faire en la distinction (…) pour moi, je crois que la mesellerie a été, dans l’origine, une maladie différente de la ladrerie, que par suite on les a confondues, et qu’elles ont servi à désigner un mal affreux, que l’on réputait le plus dangereux de tous ; il paraît certain que les meséaux étaient traités moins sévèrement que les ladres.

Miséricorde (épée de) : Poignard très pointu, sorte d’épée fort courte qui faisait partie de l’armement des anciens chevaliers ; ces poignards étaient ainsi nommés, de ce que les chevaliers qui avaient terrassé leurs ennemis, s’en servaient pour les tuer s’ils ne criaient miséricorde. On disait aussi dague de miséricorde.

« Terrasser » est ici entendu au sens strict de faire tomber à terre. Comme le montre bien le film Excalibur (1981), un chevalier en armure qui tombe à terre est comme une tortue sur le dos. Son ennemi peut le mettre à mort en lui enfonçant une lame par les jointures de l’armure, le plus souvent au niveau de la gorge. En revanche, le film ne montre pas l’ennemi de l’adversaire terrassé changer d’arme, prendre une dague de miséricorde plus fine et plus pointue que l’épée dont il se sert pour combattre, laquelle, si elle était suffisamment longue et large, devait être difficile à employer pour ce genre de mise à mort.

Monaul, monaut : Qui n’a qu’une oreille, qui en a perdu une ; de monoculus.

Monocle : Qui n’a qu’un œil, borgne ; monoculus.

Mouard, mouarde : singe, guenon. Mounin, mounette, mounine : Singe mâle et femelle.

N

Narquin, narquois : Mendiant, voleur, coupeur de bourses, fourbe, trompeur ; l’argot, langage des gueux, langue composée de mots énigmatiques, de mots remplis de ruse et de finesse.

Néette : Eau, mare où l’on met rouir le chanvre. Nais : Rutoir pour le chanvre. Rutoir : Lieu où l’on fait rouir le lin et le chanvre.

Neule : Pâtisserie fort déliée, connue encore dans quelques provinces du Nord, sous le nom de noules, noudles, espèces d’oublies.

Les noudles font immédiatement penser au mot anglais noodles (nouilles), où des linguistes anglophones croient voir une origine hollandaise. S’agissant d’une pâtisserie fort déliée, il y a lieu de croire que c’était une sorte de pâte, de pasta en somme, donc de nouilles. Le mot qui désigne nos nouilles (à côté de celui qui désigne nos pâtes et est d’origine italienne) pourrait donc bien être la forme moderne de ces noules.

Nomance, nomancie : L’art de deviner ce qui peut arriver d’heureux ou de malheureux à une personne, en examinant les lettres de son nom de baptême ; onomancia.

Nouement de l’aiguillette : Impuissance accidentelle, espèce de maléfice qu’on attribuait aux prétendus sorciers.

O

Oblie, oublie : Sorte de pâtisserie légère et fort déliée, que nous appelons plaisirs ; en bas lat. oblia ; c’était aussi le nom d’une cérémonie qui se pratiquait dans les églises le jour de la Pentecôte, et qui consistait à jeter du haut de la nef, des étoupes enflammées.

Ottruchier, ottrucher : Homme qui élevait et dressait les oiseaux de proie, en général.

Quant à l’autruche, on l’appelait struction.

P

Pacolet (cheval de) : Cheval de bois imaginaire qui allait dans les airs, et qui se conduisait au moyen d’une cheville. Quelques poètes anciens ont donné le nom de pacolet au cheval Pégase.

Cet aéronef apparaîtrait entre autres dans le roman de chevalerie Valentin et Orson, dont la plus ancienne version remonte au 13e siècle (la version française imprimée date de 1489). Il s’agit d’un aéronef, à la manière de Jules Verne, c’est-à-dire d’une technologie imaginaire plutôt que d’un animal imaginaire, vu que Pacolet est en bois et se conduit « au moyen d’une cheville », ce qui me fait penser au manche de pilotage d’un avion.

Paléoc, paletot, paltoc : Tulipe bigarrée, et coupée par différentes couleurs. Mais à Paltoc, paltoque : La tulipe, fleur bulbeuse.

Passaire : Potion médicinale passée à la chausse.

Cette mystérieuse chausse doit être la « chausse d’Hippocrate » ou « chausse à hypocras », « utilisée en pharmacie » selon le Grand Robert, et qui était une sorte de « filtre, entonnoir en étoffe ».

Pegomancie (pégomancie) : Divination païenne qui se faisait en jetant des espèces de dés dans les fontaines ; lorsqu’ils allaient au fond, on en tirait un heureux présage ; mais quand ils s’arrêtaient à la surface, c’était mauvais signe ; pegomantia.

Peploum, peplum : Voile, coiffure de femme en usage au XIIe siècle ; elle enveloppait la tête et le menton, et remontait jusqu’au nez.

Petteur, pettour (péteur) : Nom de celui qui, à raison de l’office de la sergenterie qu’il possédait en fief, avait le droit singulier de se présenter tous les ans, le jour de Noël, devant le Roi d’Angleterre, et de faire un pet devant lui.

Piement, pieument, pigment, piment : Liqueur composée de miel, de vin, et de différentes épices ; pigmentum. Pour Pigment : également, « vin rouge, vin haut en couleur, vin rosé ». Pour Pieument et Piment : également, « mélisse, citronnelle ».

Pimpeloré (drap) : Drap qui est à feuilles de pimprenelle, autrefois pimpinelle.

L’expression « drap à feuilles de pimprenelle » n’est pas des plus explicites. Selon un autre ancien dictionnaire (le Godefroy), le mot, avec l’orthographe pinpeloré, signifie « orné de diverses couleurs » et ne renvoie pas à la primprenelle mais est une variant de pintelé, pinteloré. Selon le Dictionnaire de l’Académie française de 1839, le mot signifie « orné d’une broderie qui imite les feuilles de la pimprenelle ».

Pimpousaie, pimpousée : Femme qui fait la délicate, la précieuse.

Pitouns : Devins, sorciers.

Polincteur : Homme qui embaume les morts ; de pollinctor.

Le terme latin pollinctor est connu en anglais, où il a le sens de « undertaker; a person who prepared corpses for a funeral » ou bien « one who prepares materials for embalming the dead; a kind of undertaker ». Le sens anglais pourrait laisser penser que polincteur ne décrit pas seulement une fonction relative à l’embaumement des momies dans l’Égypte ancienne, dont les manuscrits du moyen âge pouvaient avoir à parler, mais aussi une certaine fonction funèbre au moyen âge, qui reste cependant assez floue.

Posoera : Sorcière, femme débauchée.

Poussaille, pousse : Gardes, archers, gens destinés à saisir et chasser les vagabonds et les voleurs.

Proelingant : Qui goûte le premier aux plats.

Q

Questron : Bâtard, enfant d’une prostituée.

R

Rabat : Esprit follet, lutin.

Ramassières : Sorcières, qui s’imaginaient aller au sabbat sur un ramon, ou balai.

Rancoulli : Eunuque.

Relique à pierres : Reliquaire garni de pierreries.

Renvoisons : Prières pour les biens de la terre.

Rodondon : Espèce de manteau, ainsi nommé à cause de sa rondeur.

Roffée : Gale, teigne, croûte de gale.

S

Sacards : Ceux qui, sous le prétexte d’ensevelir les pestiférés, volent leurs maisons ; gens de sac et de corde.

Sacs : Certains religieux, ainsi nommés de ce qu’ils étaient vêtus d’un habit grossier comme un sac.

Sagane : Sorcière.

Saphistrin : Saphir d’Allemagne.

Sarviciau : Garde de femme en couche.

Satyriau : Petit satyre.

Sauterai : Nom que les gens de campagne donnent à un prétendu génie familier, qu’ils croient ou supposent s’attacher à quelques chevaux d’une écurie, et en prendre un soin particulier.

Ressemble au drolle de mon Cabinet de curiosités.

Sauvage (chevalier) : Chevalier errant, inconnu.

Séjour (beste de) : Cavale ou vache qui a mis bas, et qu’il faut laisser reposer.

Sorceron : Breuvage fait par sortilège.

Sore, soré : Jaune, doré, de couleur blonde. Cette épithète a été employée pour châtain clair.

Sourclave : Fausse clef.

Pour quoi faire ?

Squenancie : Parfum de racines de jonc.

T

Tiersaige : La troisième partie des biens d’un défunt, que le curé de sa paroisse exigeait en certains lieux, pour lui donner la sépulture : ce droit fut réduit à la neuvième partie, et ensuite entièrement aboli.

Thoilette, toilette : Batiste, toile fine de lin.

Touret : Masque que les dames portaient, et qui ne cachait que le nez ; de là on le nommait touret de nez ; on l’agrandit depuis, et alors on l’appela loup. On appelait encore ainsi un petit oreiller, ou bien un petit coussin qui servait à cacher les défauts de la taille.

Tragelaphe : Animal qui tient du cerf et du bouc.

Le tragélaphe est une antilope africaine, par exemple dans Chateaubriand. Je trouve également cette définition : « Le tragélaphe est un cerf dont le tête est une tête de bouc ou une tête humaine. Il est représenté combattant avec un lion, dans la symbolique chrétienne du moyen âge. » (Meubliz, le meuble de A à Z)

Traquenard : Piège à prendre des souris et des rats.

Triaclieur, triaclier : Marchand d’orviétan qui court les places et les rues, vendeur de thériarque.

Trilingues : Nom qu’on donnait aux Marseillais, parce qu’ils parlaient trois langues, le Latin, le Grec et le Gaulois.

Troève : Essaim d’abeilles trouvé dans un bois. Aboilage, abollage : Droit qu’ont les seigneurs de prendre les abeilles qui se trouvent sur leurs dépendances. Aurilleur : Fermier qui jouit du droit d’aboilage ou d’abeille.

S’agissant de troève, l’emploi du mot « trouvé » semble indiquer que l’essaim d’abeilles devient la propriété de celui qui le trouve ; il ne s’agit pas seulement d’un essaim « rencontré » dans un bois. Les deux mots suivants servent à confirmer cette interprétation : le seigneur, ou un fermier, peut « prendre » les abeilles qu’il trouve sur son domaine.

Troiche : Bouquet de fleurs, de perles, ou de pierres précieuses.

Truiettes : Marques rouges qui sont sur les jambes de ceux qui s’approchent trop du feu.

V

Vautrier : Chasser le sanglier.

Vert-may : Branches de verdure dont on parait les rues dans les jours de processions.

J’imagine qu’on parait les rues en les jonchant de branches de verdure, et cela nous renvoie donc aux pratiques décrites par le verbe glager (voyez supra).

Veu, vœu, voult, vout : Figure de cire qui représentait celui qu’on désirait blesser ou tuer en la piquant ; de vultus.

Vulsenade : Meurtre que le mari fait à l’instant même où il surprend sa femme en adultère ; de vulnerari.

W

Wain, wayn : Spectre, fantôme.

Wairon, vairon : Loup-garou.

Wiart, wite : Voile dont les femmes se couvrent le visage.

Z

Zahorie : Vue perçante.

Le mot existe en espagnol, avec un sens de pouvoir spécial qui doit être contenu dans la définition laconique du Roquefort : zahorí, zaorí «persona a quien el vulgo atribuye la propriedad de ver lo que está oculto, especialmente veneros de agua subterránea y yacimientos minerales».

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Sainte Hélène portant un chapeau à bec (abacot) par Agnolo Gaddi (14e siècle)

Åsgårdsreien (1872) par Peter Nicolai Arbo