Pensées VI : Du succès des études cul-de-sac

Les milliers d’étudiants qui, chaque année, s’orientent dans des filières dont ils savent parfaitement qu’en dehors de l’enseignement elles ne débouchent sur rien et pour lesquelles il n’existe et n’existera jamais aucune demande sur le marché du travail, devraient nous amener à considérer qu’ils n’envisagent tout simplement pas leur existence sous l’angle d’un métier, que cela leur est même répugnant, et il faut se demander ce que cela signifie.

Il y a deux façons de considérer la chose. La première consiste à mépriser ces jeunes (dont la majorité n’a sans doute aucune passion pour la spécialité choisie, le choix portant le plus souvent sur une vague préférence et principalement sur le caractère non pratique et non professionnalisant de la matière, c’est-à-dire qu’un tel choix est en fait déterminé par une répugnance à se projeter dans un avenir spécialisé et routinier, ce qui s’appelle une carrière professionnelle), à les mépriser et à caractériser la mentalité dont leur comportement est le reflet comme un symptôme ou une cause de divers maux de la société.

La seconde façon de voir les choses est celle que je souhaite développer ici. Il est indéniable que la culture générale que l’école s’efforce d’inculquer aux enfants et aux jeunes ne prédispose pas ceux qui la reçoivent avec plaisir et gratitude à devoir la traiter plus tard, dans leur vie d’adultes, en quantité négligeable, en teinture de bon goût pour les quelques temps de loisir que leur laissera une vie de bureau où elle ne leur sera d’aucune utilité pratique. Les entreprises, dans leurs politiques de communication, répètent inlassablement qu’elles sont ouvertes aux humanités (car c’est bien des humanités qu’il s’agit, pour l’essentiel, lorsqu’on parle des filières culs-de-sac), mais elles le disaient déjà dans les années cinquante ; plus elles le disent et moins c’est le cas, en réalité, et le fait qu’elles le disent ne contribue d’ailleurs en rien à rendre leurs offres d’emploi intéressantes pour des gens cultivés.

Ces jeunes refusent tout simplement d’entrer dans la vie active telle qu’elle s’offre à eux, et si c’est de la paresse de leur part, c’est une paresse éduquée, et même culte, de gens capables d’apprendre, de réfléchir et de raisonner. La très grande majorité d’entre eux ne pourront enseigner dans l’enseignement supérieur, réservé à ceux qui auront pu développer des affinités particulières avec tels de leurs professeurs, le plus souvent par chance, opportunisme ou manque d’originalité, voire bassesse. Certains feront le choix de l’enseignement à un niveau moins élevé, où ils passeront leur vie à inculquer des rudiments, ce qui offre peu de satisfaction intellectuelle. Les autres entreront dans la vie active dans des positions sans rapport avec leurs diplômes, assez généralement (comme leurs proches bien intentionnés le leur avaient dit) dans des métiers plus ou moins précaires, peu rémunérateurs, qu’ils échangeront vite, passant d’une occupation à une autre, sans pouvoir ni d’ailleurs vouloir se fixer. Ce seront sans doute des gens désabusés, parfois aigris, enfermant en eux la conscience de l’échec, tant il est difficile de ne pas intégrer au moins une parcelle de la logique d’émulation monétaire qui constitue la trame de nos relations sociales. Dans la plupart des cas, leurs humanités, pour l’amour desquelles il leur faudra boire à ce calice d’amertume, auront fait naufrage avec les espérances de leur jeunesse, et rien ne les distinguera même sous ce rapport de l’avocat et du fonctionnaire ayant pour eux l’avantage d’une relative considération sociale.

En dépit de ces évidentes vérités, le nombre de jeunes faisant un tel choix ne cesse d’augmenter. En dépit de ces évidences, on ne parvient pas à leur ôter de l’esprit qu’ils ne se cultivent pas pour avoir une vie de bureau, où la culture n’a rien à faire. Ils voudraient, au fond, étudier toute leur vie, et c’est ce qui reste le privilège de quelques « chercheurs », de ces universitaires dont j’ai dit plus haut comment ils ont pu arriver. Ce n’est pas tant qu’ils envient le statut social de ces universitaires, avec lesquels ils partagent parfois un titre doctoral, couronnement des études ; ce n’est pas tant qu’ils leur envient la considération dont ils jouissent, qui n’est d’ailleurs pas rarement accompagnée d’avantages matériels et pécuniaires ; c’est surtout qu’une fois éveillée la vie de l’esprit, il est d’une grande cruauté de la contraindre dans les pratiques routinières ou brutales du monde du travail. Or c’est ce trait psychologique qui reste en grande partie ignoré.

Certains, l’entrevoyant, préconisent une éducation plus pratique et spécialisée, défendant l’idée que ce « prolétariat intellectuel », pour parler comme Bernanos, est le produit d’un système éducatif pervers qui méprise les arts manuels. Il est clair que l’école s’est donné pour mission de détecter les individus intellectuellement doués pour les tirer socialement vers le haut ; dès lors, elle ne vise pas tellement à les former à des métiers qui peuvent être ceux de leurs parents et ne sont guère valorisés. L’école recherche ceux qui sont doués ou intelligents parmi les classes défavorisées et sans ressources culturelles pour les former à entrer dans ce qu’il faut bien appeler les « classes intelligentes ». Au passage, c’est pourquoi il devient difficile de trouver de bons artisans, car un artisan intelligent sera toujours meilleur qu’un artisan qui l’est moins, et l’intelligence est justement « siphonnée » vers le haut par le système éducatif.

Quand je dis vers le haut, c’est bien souvent aussi vers cette vie de nomade que j’ai brièvement décrite et qui ne peut guère passer pour une réussite. Cette situation est pourtant inéluctable, et elle annonce les réformes à venir. L’idée profonde et véridique que le travail est une malédiction, qui se trouve dans la Genèse, est ce qui a conduit l’humanité à réduire toujours davantage la charge de son labeur. De nombreux travaux pénibles ne sont plus exécutés par la force humaine, et le temps de travail n’a cessé de diminuer au cours des siècles. Aujourd’hui, nous n’avons jamais produit autant d’objets nécessaires à notre consommation avec si peu de main-d’œuvre. C’est une tendance irréversible et une consolation : nous allons vers une société d’où le travail humain aura disparu. Que les bases économiques d’une telle société doivent être différentes de celles qui existent aujourd’hui, c’est ce qui paraît évident, sans que ceci appelle une quelconque révolution si ce n’est celle qui est contenue dans le développement même des technologies. La production et l’administration de notre économie ont besoin de machines, de robots et d’ordinateurs ; or l’homme est une pauvre machine, un mauvais robot, un misérable ordinateur.

C’est pourquoi je ne peux adopter le point de vue critique envers ces jeunes qui font le choix d’études inutiles pour l’économie, car ils sont en avance sur leur temps. Que les parlementaires de tous pays conçoivent leur mission comme étant de devoir préserver les bassins d’emplois de leurs circonscriptions, au prix même du maintien d’industries non performantes et non compétitives, vouées à un archaïsme toujours plus grand, n’est guère étonnant, mais cela va contre le sens de l’histoire. Dans ce monde du travail déclinant, il faut examiner ce que « valent » les salaires. Les économistes parlent des coûts induits par l’exercice d’un travail, par rapport à une vie sans occupation : déplacements, vêtements, etc., coûts qui peuvent être suffisamment importants pour que la personne sans emploi préfère continuer de bénéficier de l’assistance publique. Ces coûts sont d’autant plus importants qu’il faut y ajouter celui du travail sur la santé. Il ne s’agit pas seulement des accidents du travail : rester des heures entières debout à un poste sur une chaîne est tout simplement nuisible. La société pourrait s’accorder sur le fait qu’il n’est pas permis de faire faire à une personne ce qu’une machine peut faire à sa place. La conséquence d’une telle maxime ne peut être que la légitimité absolue des revenus de substitution, sans contrepartie ni limitation dans le temps. Une telle légitimité est déjà reconnue, avec certaines restrictions. Or ces restrictions ont pour conséquence que ne bénéficient justement pas de tels revenus la plupart de ceux qui se sont cultivés, et pour qui « l’oisiveté » pourrait ne pas être la mère de tous les vices (par exemple, parce qu’ils feraient de la recherche). Notre société n’a pas encore fait le choix de favoriser la vie de l’esprit. Pourtant, toutes nos découvertes tendent à déléguer de plus en plus de fonctions, y compris mentales, à des machines : par définition, c’est la part non délégable qui est le propre de l’homme, et c’est donc une vie occupée à l’exercice de ces facultés-là qui est une vie à proprement parler humaine.

Les peines judiciaires alternatives à l’emprisonnement étant appelées à se développer, et les individus condamnés devant, selon ces nouvelles modalités, rester libres, bien que sous surveillance, serait-ce une atteinte à la dignité humaine que de leur demander de purger une peine en réalisant ces travaux résiduels que l’automation complète de l’appareil économique n’aura pas supprimés (s’il en reste) ? Quel intérêt de prononcer une peine si elle consiste seulement à faire porter à quelqu’un, dans sa vie de tous les jours, un bracelet ? La personne délinquante est peut-être surveillée mais elle n’est pas punie, et je doute que la simple surveillance, une fois terminée, exerce rétrospectivement une dissuasion suffisante. En tout état de cause, si c’est une atteinte à la dignité humaine, elle est aujourd’hui réservée à ceux que l’on dit travailler de leur plein gré.

Thai Buddhist Proverbs III

More proverbs from the “Proverbs I Like” สุภาษิตที่ข้าพเจ้าชอบ

by Buddhadasa Bhikkhu พุทธทาสภิกขุ

(For the previous ones, see Proverbes thaïs & Proverbes thaïs II, with French and English translations.)

I dedicate the following translations to the young blue-eyed Buddhist nun in red garments (what country did she come from?) whom I saw at the Tiger Temple in Kanchanaburi during the Summer of 2010. She was accompanied by her pet cat who was shyly attempting to make acquaintance with a tiger cub, and the scene attracting my attention she smiled at me. I wish I had talked to her. If this is you, please contact me with your magical powers, or through this blog.

ความสำราญหรูหรา นั้นเป็นสวรรค์ในฉากหน้า แต่เป็นนรกในฉากหลัง.

A life of happiness and luxury: heaven on the stage, and behind the curtain a hell’s pit.

ยิ้มของนักการทูต ไม่มีปัจจัยอันแท้จริงเพื่อการยิ้ม เพราะเขายิ้มเพื่อตบตา.

The smile of the ambassador is not real, he smiles to deceive.

ผีแท้ มีอยู่ในอบายมุขทุกชนิดที่มีอยู่ทั่วไปในโลก แต่น้อยคนที่กลัวผีชนิดนี้.

Genuine ghosts are the depravities of all sorts so common in this world, yet few people fear these kinds of ghosts.

ความอ่อมชนะความแข็งได้ ในกรณีที่ความแข็งชนะความอ่อมไม่ได้ สังเกตดูให้ดีๆ.

Sweetness can triumph over strength where strength cannot triumph over sweetness. Just observe!

ในบ้านเมืองที่ยิ่งเจริญ ก็ยิ่งมีความโหดร้ายทารุณที่ซ่อนเร้นอยู่ ยิ่งกว่าในป่าที่ไร้ความเจริญ.

In prosperous countries hides a great ferocity, much more rampant than in the destitute wilderness.

ทำได้ไม่ดี กับทำดีไม่ได้ มันจะมีค่าเท่ากัน เพราะแต่ละอย่างๆนั้น ไม่เข้าถึงขั้นดี ด้วยกันทั้งนั้น.

To be able to do well and not do well, and not to be able to do well, both amount to the same thing for in neither case is any good achieved.

ถ้าแพทย์หมอมีความคีดเป็นพ่อค้าขึ้นมา แม้แต่หมาก็ต้องตายหมด ไม่ต้องพูดอะไรถึงคน.

When a veterinarian wants to be a thriving businessman, then when the dog is about to die, he must not say a word of it to the owners.

คนชอบความตื่นเต้นก็นำชีวิตชีวาให้ตื่นเต้น เหมือนกุงเต้นที่มันชอบเต้น.

People who enjoy being thrilled make their lives full of thrills, in the same way as the hopping shrimp likes hopping.

สำหรับบรรดาศิษย์ที่ดีๆ ครูก็ไม่ต้องมี่ลักษณะเหมือนเรือจ้าง ที่หวังแต่ค่าจ้าง แต่มันเป็นอะไรที่สูงกว่านั้นมาก.

To have good students, the master should not be like a ferryboat captain expecting a loan, his duty is much higher than that.

ชาติพินาศ เราพินาศ, เราพินาศ ชาติไม่จำเป็นต้องพินาศด้ววยก็ได้ และดีกวา.

Were life destroyed, we would be destroyed with it. Were we destroyed, life would none the less go on without us. So much the better. (Note: Instead of “life”, it could also read “the nation.”)

แมวดี มีอาหารกินเอง แมวเส็งเคร็ง มาแหม่วๆ แถวนอกชาน.

The good cat finds his food himself. The scoundrel cat goes mewing about the neighborhood.

ในโลกปัจจุบันนี้ เป็นคนหูหนวกเสียก็จะดี จะเหมือนกับไม่มีใครด่า, โลกเต็มไปด้วยนักด่ายิ่งขึ้นทุกที.

In this world deafness really must be a good thing, it is as if no one cursed – in this world full of people cursing all the time, everywhere.

แต่งงานกับหญิงรวยเพื่อเห็นแก่ทรัพย์ นับว่าเป็นการขอทานแบบปีศาจที่เฉลียวฉลาด.

To marry a rich woman out of greed for her wealth is the beggary of a clever devil.

ผู้บังคับจิตได้เด็ดชาดเท่านั้น จึงจะเลือกที่เกิดได้. บุถุชนคนธรรมดา เลือกไม่ได้.

Only people with absolute command over their mind will be able to choose the place of their next birth; ordinary people will not.