Bobby le chewing-gum

Une fable écologique

Daniel Préjean, président-directeur général des laboratoires Neurobulle, était un homme intègre et rien ne permet de penser que l’éthique fût en cause lorsqu’il accepta d’offrir à Guillaume, le cousin de sa belle-sœur, un stage dans sa florissante entreprise high-tech. Guillaume était tout de même un cas. Il n’est pas nécessaire pour notre histoire de présenter son CV, car Daniel Préjean lui-même donna son assentiment sans y avoir jeté un œil. Bonnard, le sous-directeur, lui trouverait une occupation de secrétariat ou autre ; c’était là le plus délicat – trouver à ce garçon quelque chose à faire – et Bonnard était l’homme de la situation.

Guillaume trouvait tout de même le temps très long dans ces bureaux blanc cassé, où lui-même comprit que son allure négligée faisait tache. De la prise de conscience à une décision en conséquence, il y a cependant un pas que sa réfractaire juvénilité ne lui permit de franchir. Il déambulait dans les couloirs, pour le plus grand scandale des employés mais sans que personne n’osât rien dire car, lorsque le directeur était présent, il louait haut et fort ses initiatives, comme il appelait les errances nonchalantes du garçon.

Les laboratoires Neurobulle étaient en étroites relations avec l’armée et le ministère de la défense et de la destruction massive, en raison de ses recherches de pointe dans différents domaines du transhumanisme stratégique. Ses ingénieurs travaillaient notamment sur la genèse de neurones miroirs révolutionnaires ainsi que sur les transferts de données synaptiques vers des supports électroniques et biologiques.

On ne sait comment Guillaume put un jour pénétrer, sans que personne l’accompagnât, dans le laboratoire le plus « secret défense » de toute l’installation, avant que l’alarme retentît et que le personnel de surveillance se ruât sur lui. Le gardien en chef, Muzot, voyant qu’il s’agissait de Guillaume, arrêta ses hommes. Guillaume retira ses oreillettes, car il était alors en train d’écouter un MP33, et demanda aux gorilles ce qu’ils voulaient. Muzot s’excusa de déranger M. Guillaume mais si M. Guillaume voulait bien le suivre il le reconduirait dans les parties du laboratoire où, en tant que membre non accrédité, il était libre d’aller et venir.

M. Guillaume les suivit. Lorsqu’ils eurent le dos tourné, il s’empressa de reprendre le chewing-gum que la surprise causée par l’irruption des agents de sécurité lui avait fait tomber de la bouche dans un pot de gelée neuromorphogénique couleur groseille dont il avait soulevé le couvercle. Il se remit à le mastiquer mais le goût que celui-ci avait pris en plongeant dans la mixture lui fit aussitôt cesser ce mouvement masticatoire qui imprégnait sa salive d’une saveur répugnante.

Bonnard demandant qu’on fît passer Guillaume à la douche carbonique, comme prévu par le protocole de sécurité, celui-ci pénétra dans le caisson où il se fit fumiger une minute ou deux. Puis Bonnard lui dit qu’il disposait de son après-midi.

Sur le chemin du retour, Guillaume jeta son chewing-gum au premier coin de rue. Du fait qu’il avait cessé de mâcher, personne ne s’était rendu compte qu’il avait un chewing-gum dans la bouche, et du fait qu’il ne souhaita pas le cracher dans les bureaux avant sa douche carbonique, personne ne sut non plus qu’il ramenait du secteur « secret défense » un chewing-gum. Et comme, enfin, il n’ouvrit pas la bouche tout au long de la procédure, car il n’avait pas l’habitude de répondre aux employés du laboratoire, et surtout pas à Bonnard, personne ne se douta de rien.

Le lendemain, Guillaume était trouvé mort dans son lit. Son cerveau, triplant de volume pendant la nuit, avait fracturé le crâne, créant une hémorragie fatale, et s’était répandu à l’air libre. Les médecins légistes furent incapables de déterminer la cause de l’accident.

Ce fut une terrible épreuve pour Daniel Préjean et sa belle-sœur. Bonnard comprit que l’accident était lié à l’intrusion de Guillaume dans le secteur « secret défense » du laboratoire et décida d’en informer son directeur. Celui-ci promit à Bonnard qu’il lui ferait payer sa négligence mais lui demanda auparavant d’éclaircir les faits afin de trouver les moyens d’écarter tous soupçons. Bonnard avait déjà demandé aux employés témoins de garder le silence ; chacun comprit, après la mort du jeune homme, que la consigne était renouvelée et renforcée.

En procédant à l’examen des vidéos ultrasecrètes du secteur confidentiel, Bonnard comprit par où les employés de la sécurité et lui-même avaient pêché. Il vit Guillaume cracher un chewing-gum dans la gelée neuromorphogénique en prolifération puis le remettre dans sa bouche. La douche carbonique n’avait pas suffi à interrompre le processus dans les particules entrées dans sa bouche, qu’il avait tenue fermée tout du long, et le processus avait été conduit à son terme au cours des heures suivantes. Bonnard rédigea une note demandant d’ajouter au protocole de sécurité, après la douche carbonique, un bain de bouche, que les employés excédés par l’alourdissement du protocole surnommèrent entre eux le « bain de bouche Guillaume ».

Cependant, un autre phénomène devait échapper à l’attention de Bonnard. Le chewing-gum que Guillaume avait recraché une fois sorti de l’établissement était imprégné des tissus neurogènes expérimentés par les laboratoires Neurobulle. Or il semble qu’un phénomène inattendu se soit produit alors et que la gomme ait servi de terrain propice à l’activation de réseaux de neurones, car il est indubitable qu’au cours de cet incident la conscience vint au chewing-gum.

Et avec elle, la volonté de puissance.

*

Puisque nous avons désormais affaire à un être doué de conscience et donc de personnalité, il convient de lui donner un nom. Comme ce chewing-gum provenait d’un lot à la menthe verte de la marque Bobby Gum, nous l’appellerons Bobby.

Selon les apparences, pour le passant qui aurait regardé sans le voir cet informe caillot verdâtre sillonné d’arabesques baveuses, Bobby n’était qu’un insignifiant spécimen de ces quelque 800.000 ou 900.000 tonnes de gomme à mâcher jetées en dehors d’une poubelle chaque année dans le monde. Je ne sais, lecteur, si tu trouveras ce chiffre confirmé de ton côté ; je l’ai calculé à partir d’une estimation d’un million de tonnes métriques de chewing-gum produites par l’industrie chaque année et de la proportion avancée par certains de 80 à 90 % de chewing-gums consommés qui ne sont pas jetés dans une poubelle.

Voilà donc, cher lecteur, ce qu’aurait été Bobby pour toi si tu l’avais croisé ce jour-là dans son caniveau. Marchant sur le trottoir, au moins n’aurais-tu pas craint en le voyant de te le coller à la semelle, d’où l’enlever proprement demande des efforts incroyables, et je me fais la réflexion que tu aurais peut-être même remercié mentalement le consommateur de ce chewing-gum pour l’avoir jeté non pas sur le chemin des gens mais le long du trottoir, où en principe personne ne marche. Le cynisme des uns doit être mis en balance avec le civisme des autres. Cela dit, il m’est arrivé un jour d’écraser un chewing-gum dans un caniveau, pour avoir cédé le passage à une grand-mère avec son caddie ; mais c’est une autre histoire, comme le jour où je m’assis sur une banquette de métro où quelqu’un avait écrasé son chewing-gum et où, ne connaissant pas la méthode pour sauver les textiles d’une gomme à mâcher, je perdis un jeans (il faut, me dit Marjorie entretemps, se servir d’un glaçon).

Or Bobby était un être pensant. Ses neurones se concertèrent dans un premier temps pour muter une partie d’entre eux en cellules photoréceptives et autres terminaisons nerveuses afin de créer une interface avec le milieu. Je ne saurais dire exactement de quelle façon Bobby voyait, ni s’il distinguait un aussi large spectre de couleurs et d’ondes mécaniques que l’œil et l’oreille humains, mais toujours est-il que Bobby était aussi un être sentant.

Sentant et pensant, Bobby comprit qu’il existait. Le monde lui donna tout d’abord le vertige, et la crainte du danger lui fit prendre conscience, par l’observation de ses réflexes, qu’il était capable de déplacer son corps. Il admira la faculté de reptation qui était la sienne et qu’il pouvait contrôler. Cependant, remarquant que l’un des passants à la taille cyclopéenne qui le dépassaient à intervalle régulier, se retourna et le fixa des yeux un moment alors qu’il se mouvait, contrairement aux autres passants lorsqu’il était immobile, il jugea préférable de ne pas attirer l’attention et s’immobilisa de nouveau. Le passant reprit alors son chemin ; ce n’était pas la première fois que ce dernier, à la psychologie duquel nous devons nous intéresser un bref instant, croyait voir quelque chose là où il n’y avait rien, comme quand il avait vu un énorme pénis en érection dans une anodine publicité pour de la crème solaire.

Bobby attendit que la rue se vidât de monde, avec la nuit, pour reprendre son activité exploratoire. Un chien lui causa une frayeur extrême. Bien qu’il s’immobilisât dès qu’il aperçut la créature approcher, celle-ci n’en avait pas moins grondé de manière terrifiante en voyant un chewing-gum se mouvoir. Après quelques instants d’immobilité de la part de Bobby, le chien s’éloigna, et, remis de ses émotions, Bobby poursuivit son chemin.

Il ne se passa pas longtemps avant qu’il rencontre un autre spécimen de son espèce, à savoir une gomme crachée et comme incrustée dans le bitume du caniveau par une longue station et quelques écrasements. En l’apercevant, Bobby sentit son cœur battre – façon de parler – car, depuis qu’il existait, il sentait le poids de la solitude. Ce n’est pas de l’anthropomorphisme : il ressentait vivement le fait d’être seul, même si c’est difficile à croire, et attendait donc beaucoup de cette rencontre. Or ce congénère ne répondit à aucune de ses approches et sollicitations. Au bout d’un moment, il se dit qu’il était mort. Mais tous les chewing-gums étaient morts; il était seul au monde. Lorsque cette pensée tragique le pénétra, il tomba éploré sur le corps inerte et desséché d’un énième chewing-gum.

C’est alors qu’un phénomène étrange se produisit. En serrant contre son cœur affligé le cadavre du chewing-gum qui aurait pu devenir son ami, Bobby fusionna avec lui. Le réseau neuronal qui lui servait de conscience contrôlait ainsi un Bobby deux fois plus grand – pas tout à fait deux fois, en réalité, car si le nouveau chewing-gum était bien de la même taille que Bobby, il se perdit un peu de masse au cours de la fusion en raison de la dépense d’énergie nécessaire.

Bobby répéta l’opération avec chaque chewing-gum qu’il rencontrait.

*

C’est ainsi que Bobby acquit rapidement une taille tout à fait anormale pour un chewing-gum. Seule la relative lenteur de sa reptation freinait quelque peu son désir inextinguible de croissance. Par ailleurs, il ne se déplaçait qu’aux heures les plus abandonnées de la nuit, quand même les rues qui ne dorment jamais sont tout de même somnolentes. Le jour, il se trouvait un abri, derrière des poubelles, dans des impasses non fréquentées, sous des journaux… Cela n’empêchait pas quelques surprises. Les clochards et les rats étaient sa principale préoccupation. Les rats apprirent vite à ne pas approcher car, fatigué de leur curiosité hostile, il tuait par étouffement ceux qui venaient l’examiner. Ni leurs griffes acérées ni leurs dents pointues ne pouvaient rien contre Bobby, qui n’avait qu’à se soulever et se laisser retomber sur la vermine pour que celle-ci, ensevelie et paralysée sous sa masse, fût asphyxiée en quelques instants.

Quant aux clochards qui croisaient Bobby au cours de sa collecte nocturne de chewing-gums, ou qui le dérangeaient le jour car fréquentant les mêmes lieux isolés, ils n’en pouvaient croire leurs yeux. La plupart n’interprétaient pas autrement cette rencontre que comme une vision nouvelle et particulièrement sinistre de delirium tremens, mais certains avaient l’audace de chercher à s’assurer que Bobby n’était pas un produit de leur imagination. Avec ceux-là il procédait comme avec les rats, et la police eut bientôt sur les bras plusieurs cas non élucidés de morts de SDF par écrasement de la tête ou étouffement.

Cependant, Bobby devenait trop grand pour pouvoir se cacher en plein jour. Déjà des rumeurs circulaient sur l’existence d’une mystérieuse créature semblable à celle de l’un des films de la franchise Le Blob. Des sociologues éminents écrivirent des articles profonds sur les origines de cette légende urbaine.

Cela ne faisait pas les affaires de Bobby, qui se cacha désormais dans les égouts, conquis sur des hordes de rats, dont certains géants. Mais même dans ce labyrinthe nauséabond il n’était pas assuré de ne jamais rencontrer d’humains. En particulier, le personnel municipal venait l’y déranger et déplora plusieurs disparitions en quelques jours. Les syndicats furent alors tentés de propager la rumeur.

Bobby haïssait l’humanité. Il avait observé que les hommes exploitent les chewing-gums pour une jouissance orale immonde, avant de les recracher sans vie. Cette cruauté le révoltait. Lors de ses sorties nocturnes, désormais il ne recherchait plus seulement des chewing-gums mais aussi des noctambules, pour les assassiner. Plusieurs réussirent à lui échapper et leurs témoignages hystériques concordants nourrirent la légende urbaine. L’attitude exemplaire des médias, gardant le silence le plus absolu sur ces faits, prévint un mouvement de panique générale. En même temps, les habitants de certains quartiers remarquèrent que les rues étaient entièrement nettoyées de chewing-gums et se félicitèrent naïvement du changement de majorité municipale.

Bobby découvrit qu’il était doté d’un pouvoir de télékinésie : au lieu d’avoir à se rendre auprès des chewing-gums, il pouvait les faire venir à lui comme un aimant. D’abord de faible ampleur, ce pouvoir grandit prodigieusement et Bobby décida un jour d’appeler à lui tous les chewing-gums de la ville.

Il se trouvait dans les égouts quand il se concentra mentalement. Tous les chewing-gums crachés sur les trottoirs, collés contre les murs, écrasés sur les bancs publics et les sièges des trains, tout comme les rares chewing-gums jetés dans des poubelles, tous chewing-gums sortis de leur emballage, consommés et abandonnés à plusieurs kilomètres aux alentours répondirent à l’appel. Ils se décollaient et volaient dans les airs comme des balles de pistolet pour aller se fondre dans la masse de Bobby. Aucun obstacle ne les arrêtait. Corps, voitures, vitrines étaient traversés de part en part par les caillots plus ou moins secs transformés en projectiles meurtriers. Certains pénétraient les murs où ils creusaient des tunnels avec une rage de perceuses électriques, n’entendant que l’appel de Bobby. On aurait dit qu’une mitrailleuse géante avait ouvert le feu sur la ville ; les corps sautaient en l’air dans des nuages de sang, les vitrines explosaient de tous côtés, les voitures entraient les unes dans les autres, écrasaient les foules comme des troupeaux d’éléphants furibonds ou défonçaient les immeubles dans un fracas de tous les diables.

La ville était en ruine. Bobby, colossal, sortit à l’air libre en défonçant le bitume.

*

Le Président de la République Eugène Pinard avait de nouveau réuni l’état-major de l’armée.

« Madame, messieurs, il est grand temps de détruire cette chose. »

Silence. Les attaques aériennes et bombardements n’avaient eu aucun effet sur Bobby.

« J’écoute vos propositions. »

Le maréchal Dandin prit la parole :

« Cette chose, monsieur le Président, est un chewing-gum de plusieurs milliers de tonnes, et quand on sait la difficulté de se débarrasser d’un chewing-gum ordinaire… »

Le lecteur se souvient que j’ai donné plus haut le secret pour se débarrasser d’un chewing-gum sur du textile : un glaçon. Le secret fut communiqué à l’état-major, qui proposa par conséquent d’attaquer Bobby au canon à glace. On déploya les troupes d’élite. Un grand nombre de ces valeureux soldats périrent au milieu du déluge de projectiles de gomme à mâcher qui pleuvaient sur eux, d’autres furent balayés par les pseudopodes que Bobby lançait à partir de son corps élastique, mais nos troupes tinrent bon et confirmèrent que Bobby était bien sensible à la glace. Elle en réduisait la taille ! Tout espoir n’était donc pas perdu. Les canons à glace ne furent cependant pas suffisants pour triompher lors de ce premier assaut, en particulier parce que Bobby se reconstituait par l’afflux de nouveaux chewing-gums, qui volaient à son secours.

La coopération internationale se mit en place sans tarder. Dans tous les pays on ramassa et brûla les chewing-gums autant qu’on put, afin d’empêcher Bobby de grandir. La production et la consommation de chewing-gums furent strictement interdites à l’échelle mondiale. Des convois de glace furent envoyés sans discontinuer vers nos ports depuis les usines frigorifiques du monde entier. Mais Bobby était un adversaire redoutable : il devenait de plus en plus difficile d’en approcher les canons à glace suffisamment près. Bien qu’on eût fait le maximum pour supprimer tous les chewing-gums, il ne cessait de se déplacer, et avec lui le périmètre de son pouvoir télékinétique, pour appeler de nouveaux chewing-gums, parvenant ainsi à compenser les dégâts que les canons à glace lui causaient. Ses déplacements s’accompagnaient d’exodes massifs de population, et lorsqu’il traversait une ville celle-ci gardait la trace de son passage comme un champ de blé celui de la moissonneuse. Le chaos régnait sur la terre.

On décida de pilonner le chewing-gum géant à coups de missiles intercontinentaux remplis de glace mais les quantités étaient à peine suffisantes et même après des centaines et des milliers de missiles et de fusées Bobby continuait d’avancer, sans réduction notable de sa taille. Beaucoup de missiles tombaient sur des civils, mal dirigés dès le départ ou balayés dans le ciel par les tentacules de Bobby comme autant de balles de tennis par des raquettes géantes. L’Amérique ne cessa pas pour autant de le pilonner, considérant que tout ce qui pouvait être fait devait l’être – et par ailleurs ce n’était pas mauvais pour l’industrie américaine.

On congela des kilomètres de sol autour de lui mais le réchauffement climatique des décennies précédentes ne permettait pas à la glace de tenir sans être en permanence renouvelée, et Bobby s’y opposait : ses attaques faisaient fuir les escadrons cryogéniques. Tout cela ne menait à rien. Les obstacles matériels, murailles, tranchées, champs de mine et autres, n’étaient d’aucune utilité.

Eugène Pinard comprit que l’heure était grave.

« N’y aurait-il pas moyen d’amener cette chose au Pôle sud ? » demanda-t-il au maréchal Dandin.

– Je suis d’avis que c’est nous qui devrions nous rendre au Pôle sud, pour y réfléchir aux moyens de contrecarrer ce chewing-gum, » répondit le maréchal.

Le président et ses proches établirent leurs quartiers en Antarctique. Quand Bobby traversa l’océan en vue de ravager l’Amérique, les dirigeants du monde entier les rejoignirent. Bobby en Amérique avait, malgré les mesures prises, décuplé en taille. Comme au temps de la prohibition de l’alcool, les Américains avaient toléré la production clandestine de chewing-gum.

*

Dans le monde post-apocalyptique que nous décrivons, le globe est défiguré par une grosse tache verdâtre dont les mouvements imprévisibles déterminent les migrations de populations retournées à l’état nomade. Bobby est désormais grand comme l’Allemagne. Grâce à son élasticité, il peut recouvrir un cinquième de la surface du globe en quelques instants, mais alors il craque, par son milieu ou par l’un des côtés, ce qui n’a d’ailleurs guère de conséquences sur sa santé. Sa masse corporelle est désormais stable car il a fusionné tous les chewing-gums disponibles sur la terre.

La civilisation sédentaire n’est possible qu’aux pôles et dans les glaciers des chaînes de montagne. Alors que les populations nomades ont très rapidement perdu les acquis de la technologie en raison de leur existence précaire, l’humanité civilisée a organisé dans l’urgence une fuite des cerveaux vers l’Antarctique pour y constituer une base de survie et développer les moyens de détruire Bobby. Ces installations sont pour la plupart souterraines, pour éviter que Bobby ne lance des pseudopodes vers l’Antarctique et les balaie. Une ceinture de canons à glace a également été établie sur le littoral du continent.

Les scientifiques réunis dans ce dernier bastion ne pensaient qu’à une seule chose : détruire Bobby. Après quelques décennies de tâtonnements et de tentatives infructueuses d’attaque directe, on décida de mobiliser l’ensemble des moyens sur un projet de glaciation artificielle de la terre. Les scientifiques devraient modifier le climat afin de recréer une nouvelle ère de glaciation à l’échelle planétaire.

Pendant ce temps, les populations nomades semblaient vouées à une complète disparition à plus ou moins brève échéance. Cette situation désespérée détermina une tribu, les Gommariens, à tenter de s’assurer les bonnes grâces de Bobby. Un des leurs, une espèce de shaman post-apocalyptique, collectait diverses herbes et racines que les passages de Bobby n’avaient pas complètement détruites et s’en servait pour composer des remèdes. Il collectait notamment de la gomme : gomme de sapotillier, gomme d’acacia, gomme de guar, galbanum, oliban, opoponax…, tout ce qu’il trouvait. C’est alors qu’il eut l’idée de fabriquer du chewing-gum car les légendes de sa tribu racontaient que le grand crachat vert qui empoisonnait la terre et l’existence des hommes était parvenu à sa taille actuelle par la fusion de tous les chewing-gums terrestres ; sans doute serait-il reconnaissant aux hommes s’ils lui faisaient des offrandes de gomme à mâcher.

C’est ainsi qu’avec l’aide de toute la tribu il fabriqua de manière artisanale une importante quantité de chewing-gum à sacrifier. Puis ils marchèrent sept semaines jusqu’à Bobby et le moment venu, en prononçant force paroles propitiatoires, ils déposèrent leur offrande non loin du bord de cette mer de chewing-gum. Bobby absorba par télékinésie la gomme à mâcher ; c’était une goutte d’eau dans l’océan de sa masse molle mais il comprit que ces hommes se proposaient de fabriquer du chewing-gum pour lui et décida de favoriser leur entreprise, ce qui lui permettrait de grandir jusqu’au jour où il pourrait lancer une attaque décisive contre les Antarctidiens. Il lancerait des milliers de pseudopodes pour défoncer le sol de l’Antarctique et faire s’écrouler le continent sur ses ennemis. Ce qu’il fallait, c’était établir une base industrielle qui produirait suffisamment de chewing-gum pour compenser les pertes de masse corporelle occasionnées par des attaques en continu contre l’Antarctique.

Sous la protection de Bobby, la tribu des Gommariens se sédentarisa, plantant des milliers d’hectares de champs de gomme et construisant des usines. Dans le même temps, les autres tribus nomades étaient réduites en esclavage pour travailler dans ces champs de gomme et ces usines. Une nouvelle civilisation vit le jour. Les Gommariens ne se posaient pas la question de savoir ce qu’il adviendrait d’eux une fois que Bobby aurait détruit les Antarctidiens : ils avaient échappé à la précarité de leur passé nomade et cette considération suffisait à leur présent. Certains prêtres commençaient toutefois à concerter secrètement la mobilisation de quelques-uns des nouveaux moyens offerts par leur civilisation pour développer des armes contre leur dieu.

Les Gommariens ne cessaient de le pourvoir en gomme, c’est-à-dire dans la mesure où les Antarctidiens le leur permettaient, car ceux-ci s’étaient bien sûr avisés, par leurs espions, de ces nouveaux développements et menèrent dès lors de continuelles opérations de sabotage contre la production de chewing-gum. Ces opérations étaient conduites par les brigades Eugène Pinard à l’efficacité redoutable, nommées en mémoire du grand homme qui avait conduit le monde libre en Antarctique. En représailles, les Gommariens entreprirent plusieurs guerres d’invasion des territoires antarctidiens.

En d’autres termes, il s’agissait d’une course contre la montre entre deux projets industriels, le premier qui serait mené à bien devant détruire l’autre : le plan de glaciation des Antarctidiens contre l’industrie du chewing-gum des Gommariens. Tant que dura le conflit, Bobby grandit et, de leur côté, les Antarctidiens étendaient les poches de glace existantes à partir des pôles et des chaînes de montagne aux neiges éternelles, ce qui accroissait les zones d’activité de la civilisation antarctidienne. De manière secrète, des émissaires des uns et des autres tentaient également des négociations pour une alliance contre Bobby.

La civilisation antarctidienne était en bonne voie de l’emporter mais, malheureusement, un astéroïde entra en collision avec la terre et y détruisit toute forme de vie humaine et animale. Bien que de la glace se trouvât sur l’astéroïde, elle fut en grande partie vaporisée par la friction entre les deux corps célestes avant l’impact, et par l’impact lui-même, et Bobby n’en pâtit que fort peu.

*

Nous voilà, cher lecteur, à la seconde apocalypse de cette histoire, mais quel intérêt pourrais-tu trouver à un monde post-apocalyptique où ne subsiste aucune trace de vie humaine, seulement Bobby ?

Or il existe dans l’espace des planètes aux conditions comparables à celles de la terre et habitées par des extraterrestres peu différents de nous (mêmes causes, mêmes effets). Bobby décida de passer à l’attaque car il n’avait pas rassasié sa soif de vengeance envers tout ce qui ressemble aux hommes persécuteurs de gomme.

Une caractéristique de son réseau neuronal, à la suite de sa croissance par agrégation de gomme, était la suivante. Bien que Bobby ne disposât pas d’un centre de commande comparable au cerveau des mammifères, sa conscience n’était pas également répartie dans tout le corps. Ainsi, quand une partie de lui-même se détachait, on ne se trouvait pas tout à coup en présence de deux Bobbies autonomes. L’une de ces parties était Bobby et l’autre un chewing-gum inerte. Il lui suffisait alors d’exercer son pouvoir télékinétique ou d’entrer de nouveau en contact avec cette partie inerte pour la réintégrer. Or ce n’était pas nécessairement la partie la plus volumineuse des deux qui était Bobby – un fait que les Antarctidiens, s’ils en avaient eu connaissance, aurait pu exploiter dans leur lutte pour la victoire.

C’est cette faculté qui permit à Bobby de voyager dans l’espace. Il lançait en direction des étoiles un pseudopode aussi loin que possible, jusqu’au déchirement. Lorsque ce pseudopode coupé de la masse et flottant dans l’espace était Bobby, il attirait à lui par télékinésie le chewing-gum inerte resté en arrière. Il répétait ensuite l’opération. Il arrivait quelques fois que le pseudopode envoyé en avant n’était pas Bobby et il devait donc le rappeler à lui et recommencer, mais cela n’arrivait pas souvent car Bobby disposait d’un sens interne spécial qui lui donnait à connaître quelle serait la partie qu’il occuperait après segmentation. Le voyage n’était pas des plus rapides mais Bobby avait le temps.

Quand on sait que la glace d’eau est le solide le plus abondant de l’univers, on comprend toutefois que ce n’était pas gagné pour Bobby. Je ne sais trop comment il traversa la zone glacée au-delà de Pluton et avant le vide interstellaire, mais toujours est-il qu’il y parvint, quoique diminué. C’est alors qu’il finit par se dissoudre complètement, car le vide interstellaire, loin d’être vide, est en fait saturé de cristaux de glace, et le temps qu’il s’en rende compte il était trop tard…

Juin 2017

Americanismos III

Suite de notre glossaire d’américanismes tirés du Diccionario general de americanismos de Francisco J. Santamaría et traduits en français.

Nous ne nous sommes pas limités à ce dernier dictionnaire, cette fois. Les mots qui proviennent d’autres sources sont indiqués par un astérisque (*). En particulier, nous avons eu recours au Diccionario ritual de voces nahuas, d’Adela Fernández : ces termes sont indiqués, à la suite de leur définition espagnole, par (A. Fernández). Les autres mots avec astérisque sont tirés de différents dictionnaires, dont certains en ligne.

Mes observations se trouvent entre crochets [ ]. Les citations littéraires sont le fruit de mes lectures (elles font chacune l’objet d’un paragraphe particulier, contrairement aux citations de Santamaría pour la partie encyclopédique de son travail. Enfin, les trois photos ont été trouvées sur Internet.

Achiqué * (f). (Voz quechua) Bruja, embaucadora.

Sorcière, enchanteresse.

Amarú (m). (Del quichua) Serpiente, en la región andina central y del sur. 2 En la mitología peruana es símbolo sagrado y figura además entre los cuatro Creadores y Formadores de las creencias indígenas en la América Central. Desígnasele también con el nombre de Tupac-Amarú.

[Con la forma amarun] «Y ni en lagunas ni en islas faltan enormes caimanes y pintadas culebras, hallándose a veces el monstruo amarun, terror de esas soledades, y junto al cual la boa de África pierde su fama toda.» (Juan León Mera, Cumandá)

«Las hermosas islas, esas ninfas abrazadas y acariciadas eternamente por los dioses de las ondas, iban apareciendo más frecuentes. En el seno de una de ellas asomó un amarun que, huyendo de la multitud de canoas, se escondió en la espesura arrastrándose como una enorme viga de color cenicienta. Las mujeres y los niños dieron gritos de espanto, y los indios dispararon algunos inútiles flechazos.» (Ibid.)

Dans l’aire andine centrale et méridionale : serpent. 2 Dans la mythologie péruvienne, c’est un symbole sacré, figurant parmi les quatre Créateurs et Initiateurs des croyances indigènes en Amérique centrale. On le connaît également sous le nom de Tupac-Amaru.

Aña (f). En algunas mitologías indígenas, el genio del mal, el diablo.

Dans certaines mythologies indigènes, le génie du mal, le diable. [C’est un mot guarani.]

Arará (s). Se llama así al negro o negra que tiene la piel del rostro más rayada que los demás de su raza, en el Brasil y otras partes de Sur América.

On nomme ainsi, au Brésil et dans d’autres parties d’Amérique du Sud, la personne noire, homme ou femme, dont la peau du visage est davantage rayée que celle d’autres individus de sa race. [La définition est à la fois curieuse et vague, car je ne sache pas qu’un visage « rayé » soit une caractéristique connue des races noires ; je suppose qu’il s’agit de rides ou ridules mais il pourrait aussi bien être question de blessures ou de scarifications, ou d’une autre chose qui m’échappe complètement. Enfin, ce pourrait aussi être une pure et simple erreur ou confusion de la part de Santamaría – le terme désigne par ailleurs une communauté ethnique de Cubains noirs ayant leur origine au Dahomey, ainsi que leur culture.]

Ararás (m. pl). Tribus indígenas del Brasil, que casi han desaparecido; se las encuentra en las llanuras y en las riberas del Xingú inferior. Se las da este nombre por la costumbre de adornarse con plumas, a cuyo efecto se agujerean los cartílagos de las narices, en los cuales se las introducen.

« Les Perroquets », tribus indigènes du Brésil aujourd’hui presque disparues. Ces Indiens habitent les plaines et les rives du Xingu inférieur. On leur a donné ce nom du fait qu’ils ont coutume de s’orner de plumes et à cet effet de se percer les cartilages des narines afin de les y introduire.

Auca (s). Denominación que daban los incas a los indios no sometidos o rebeldes. Hasta hoy suele usarse la voz en el sentido de rebelde. Los aucas eran una rama de los araucanos. 2 Idioma hablado por los indios de esta tribu. 3 Comunidad de negros cimarrones que habitan en el interior de la Guayana holandesa.

Nom que donnaient les Incas aux Indiens non soumis ou rebelles. Le mot est encore employé de nos jours dans le sens de rebelle. Les Aucas étaient un rameau des Araucans. 2 Langue parlée par cette tribu. 3 Communauté de nègres marrons habitant l’intérieur de la Guyane hollandaise.

Babul (m). Baile africano del oriente de Cuba, que allí llaman de procedencia haitiana.

Danse africaine de l’est de Cuba, que l’on prétend là-bas être d’origine haïtienne.

Bachaquero (m). Nido de bachacos [ciertas hormigas arrieras], que consiste en grandes galerías subterráneas, de preferencia en terrenos arcillosos, duros, rojizos; muy frecuentes en el alto Orinoco, en Venezuela.

«Vomitan los bachaqueros sus trillones de hormigas devastadoras, que recortan el manto de la montaña y por anchas veredas regresan al túnel, como abanderadas del exterminio, con sus gallardetes de hojas y de flores.» (José Eustasio Rivera, La vorágine)

Nid de bachacos (une espèce de fourmis coupe-feuille) consistant en longues galeries souterraines situées de préférence dans des terres argileuses, dures et rouges. Ces nids sont très fréquents dans le Haut-Orénoque, au Venezuela.

Baní (m). (Voz afr.) Nombre que los negros cubanos dan a Dios.

Nom que les Noirs de Cuba donnent à Dieu.

Bilongo (m). (Voz de or. afr.) En Cuba, hechizo o hechicería, embrujamiento o brujería, mal secreto. Esta fruta tiene bilongo, no se come, dicen en Cuba.

«Come su arroz, su mondongo, / toma diez veces café, / echa por celos bilongo: / “Bilongo matό a Mercé”.» (Alfonso Camín, en su poema La negra Panchita)

À Cuba, sorcellerie, envoûtement, sortilège. « Ce fruit a le bilongo, on ne peut le manger », dit-on à Cuba.

Canopa (m). (Voz quichua) En Sur América, ídolo de piedra o de metal.

En Amérique du Sud, idole de pierre ou de métal.

Callaguaya (m). Botánico de los incas. 2 Se llaman así los indios aimaraes, que están en todas las ferias sonadas y hacen viajes al Perú, a Chile y a la pampa de Buenos Aires, curando empíricamente; algunos se dedican también a la venta de animales, mulas chúcaras principalmente, las cuales conducen con facilidad por la cordillera porque las ensordecen con tarugos de lana, y así no oyendo ningún ruido, los animales siguen su camino sin descarriarse.

Botaniste des Incas. 2 Sont ainsi nommés de nos jours les Indiens Aymaras qui sont de toutes les fêtes et foires et voyagent entre le Pérou, le Chili et la pampa de Buenos Aires en exerçant la médecine traditionnelle. Certains se consacrent également à la vente d’animaux, en particulier de mules non domestiques, qui cheminent avec facilité dans les Andes car on leur bouche les oreilles avec des chiffons de laine pour que, n’entendant plus aucun bruit, elles suivent leur chemin sans dévier.

Camile (s) (Del aim. kamire) En el Perú se llama así al curandero ambulante, personaje típico de los campos.

Nom des rebouteux ambulants au Pérou, personnages typiques des campagnes.

Canicha (f). En Sur América, grutas naturales que se encuentran en la cordillera de los Andes y que sirven de abrigo a los viajeros.

Grottes naturelles que l’on trouve dans la cordillère des Andes et qui servent d’abri aux voyageurs.

Carabela (f). Entre los negros bozales de Cuba, compañero de viaje, el que ha llegado de África en el mismo barco que otro.

« Caravelle », c’est-à-dire, parmi les esclaves africains récemment arrivés à Cuba, un compagnon de voyage, un individu arrivé sur le continent américain dans le même bateau qu’un autre.

Catete (m). En Chile, nombre que el vulgo da al demonio.

Au Chili, nom que le vulgaire donne au diable.

Catinga (f). (Del guaraní) En Bolivia y Argentina, olor sofocante y desagradable que despiden naturalmente algunos animales. 2 Olor intenso de la traspiración de los negros. Grajo (m). Sobaquina, catinga, mal olor de los negros. 2 En Colombia, escarabajo negro, hediondo y nauseabundo, que se cría en las habitaciones. 3 (Eugenia tuberculata) Planta cubana de olor semejante al de los negros. Grajiento, ta (a). En Antillas, que huele mal. Dícese de personas, del negro principalmente. Lo mismo en el Perú. Sajino (m). En Costa Rica, la catinga o sobaquina, mal olor de los sobacos, y olor peculiar desagradable de los negros.

«En marea serena / La grada se llena, / Revierte la arena / Sedes de calor. / De olor de catinga / El aire se pringa / Y el Diablo respinga: / Le gusta este olor.» (Ramόn del Valle-Inclán, El circo de lona en La pipa de kif)

(Le terme catinga existe en portugais, où il peut aussi désigner diverses plantes et formations végétales.) «É Ansato, / filha de Mamadi, negra africana. / Cheira a catinga, a almíscar, a banana.» «Tantan… tantan… tantan… // Cheira a sangue, a catinga, cheira a suor» (Fernanda de Castro, África raiz)

En Bolivie et en Argentine, odeur suffocante, désagréable que dégagent naturellement certains animaux. 2 Forte odeur de la transpiration des Noirs. Grajo. Odeur d’aisselles ou mauvaise odeur des Noirs. 2 En Colombie, scarabée noir dégageant une odeur nauséabonde et qui vit dans les maisons. 3 Plante de Cuba dont l’odeur est semblable à celle des Noirs. Grajiento. Aux Antilles, cet adjectif signifie puant et s’applique à des personnes, en particulier de race noire. Même sens au Pérou. Sajino. Au Costa Rica, l’odeur fétide des aisselles, et de même l’odeur particulière, désagréable des Noirs.

Cavalonga (f). Amuleto que, entre la gente del campo, consiste pm. en algún objetito de metal o de hueso, que las mujeres llevan en gargantillas o collares, etc.

Amulette des gens de la campagne consistant le plus souvent en quelque petit objet en métal ou en os que les femmes portent en collier ou autrement.

Celaje (m). En Puerto Rico, sombra, aparición fantástica de un difunto.

À Porto Rico, revenant, apparition d’une personne défunte. [Dans son sens le plus courant, ce terme sert à désigner des nuages colorés, par exemple des nuages rouges au crépuscule ou au petit matin, comme dans ces vers de Francisco Villaespesa ‘Sobre el espejo de la mar bruñido/ El sol disipa el matinal celaje…’]

Cenote (m). (Del maya tzonot) Depósito de agua, manantial que se halla en Méjico y otras partes de América, generalmente a gran profundidad de la tierra, en el centro de una caverna. Son muy comunes en Yucatán (Méjico), donde constituyen los únicos depósitos naturales, característicos de ciertas regiones áridas.

«Abismos contenidos en la pupila del hombre rojo, que supo tanto, hace tantos miles de años, y ahora parece que se ha olvidado de todo. Se parece su alma al viejo cenote maya, de aguas verdes, profundas, inmóviles, en el centro del bosque, desde hace tantos siglos que ya ni su leyenda perdura.» (José Vasconcelos, La raza cósmica)

Gouffre, résurgence d’eau que l’on trouve au Mexique et dans d’autres parties d’Amérique, généralement en profondeur au centre d’une caverne. Ces gouffres sont très communs au Yucatan où ils constituent les uniques réservoirs d’eau naturels caractéristiques de certaines régions arides.

Cocinas (m. pl). Tribus guajiras y salvajes, compuestas por salteadores y ladrones, que aun hoy habitan en parte de la Península de Guajira, en territorio de Venezuela y Colombia. «Estos Cocinas no son ni más ni menos que una horda de salteadores que han sido expulsados de sus parcialidades por pendencieros, asesinos y ladrones, y obligados, por tal razón, al pillaje para ganar la vida. En su propia defensa, y para tener mejor éxito en sus correrías de bandidos, se reúnen en grupos más o menos numerosos con jefes reconocidos, y así se hallan en la aptitud de llevear a cabo sus expediciones merodeadoras.» (Jahn)

Tribus d’Indiens guajiros sauvages composées de bandits et de voleurs, qui vivent encore de nos jours dans la péninsule de Guajira, sur les territoires du Venezuela et de la Colombie. « Ces Cocinas ne sont ni plus ni moins qu’une horde de bandits de grand chemin, expulsés de leurs communautés d’origine pour être des fauteurs de trouble, des assassins et des voleurs, et contraints de ce fait à recourir au pillage pour gagner leur vie. En vue de leur propre défence, et pour s’assurer le succès, ils se rassemblent en bandes plus ou moins nombreuses sous l’autorité de chefs reconnus, et sont ainsi organisés de façon à réussir leurs expéditions. » (Jahn)

Cochimí (s). Individuo perteneciente a la tribu de los Cochimíes o Cochimís, indios que habitaban a orillas del mar, en la parte norte de la Baja California, en Méjico. 2 (m) Idioma de estos indios, que se habló y se habla aún poco en la parte norte de la Baja California. Es una lengua muy difícil, llena de aspiraciones y con algunos modos de pronunciarse que no se pueden explicar, según Clavijero. No se cuenta en él más que hasta cinco. Tiene gran diversidad de dialectos.

Individu appartenant à la tribu des Cochimis, Indiens qui habitaient la côte de la partie septentrionale de Basse-Californie. 2 Langue de ces Indiens, qui était parlée et l’est encore un peu dans le nord de la Basse-Californie. C’est une langue très difficile, pleine d’aspirations et de certaines façons de prononcer qui ne se peuvent expliquer, selon Clavijero. La numération ne va pas au-delà de cinq. Cette langue comprend une grande variété de dialectes.

Coicoy (m). En Chile, dase este nombre a un sapo pequeño que tiene en la espalda cuatro protuberancias que parecen tantos ojos. Llámasele así, por alusión al grito que le es propio y en el cual parece repetir la voz coy. 2* Ven. En la tradición popular, ave fantástica que habita en los despeñaderos de las sierras, lanza fuego por las fosas nasales y encanta a quien la mira.

Au Chili, nom donné à un crapaud de petite taille dont le dos présente quatre protubérances ressemblant à autant d’yeux. Ce crapaud est ainsi nommé en raison de son cri, par lequel il semble répéter le son coy. 2 Dans les traditions populaires du Venezuela, oiseau fabuleux vivant dans les falaises de la sierra, qui crache du feu par les fosses nasales et envoûte ceux qui le regardent.

Coras, Choras, Chotas o Nayaritas (m. pl). Indios cuyos orígenes son desconocidos, aunque se supone que vivían ya en la sierra del Nayarit, en tiempo de la peregrinación de los aztecas, defendiéndose de los cuales fabricaron unas trincheras de más de nueve kilómetros. En 1616 parece que se tuvo la primera noticia de que la sierra de Nayarit estaba habitada, pero pasarón más de cien años para que sus habitantes fueron reducidos por los españoles, pues lo abrupto de los montes les prestaba facilidades para defenderse.

Indiens dont les origines sont inconnues, bien que l’on suppose qu’ils vivaient déjà dans la sierra de Nayarit au temps de la pérégrination des Aztèques, desquels ils se défendirent en construisant des tranchées de plus de neuf kilomètres de long. Ce n’est pas avant 1616, semble-t-il, que l’on se rendit compte que la sierra de Nayarit était habitée, mais il s’écoula ensuite plus de cent années avant que ses habitants ne soient soumis par les Espagnols, car les montagnes escarpées prêtaient un précieux concours à leur défense.

Coyoteo (m). La operación rápida de venta o cambio, generalmente hecha en la calle. El ejercicio del coyoteo. Coyotaje (m), Coyotería (m) *. Acción de coyotear (de coyote en el sentido de una persona que se encarga oficiosamente de hacer trámites, especialmente para los emigrantes que no tienen los papeles en regla, mediante una remuneración). [Ver también coyotero para otra palabra plasmada sobre coyote.]

Opération rapide de vente ou de change, généralement conduite dans la rue. La pratique habituelle de cette opération. Coyotaje, Coyotería. Les pratiques du coyote (dans le sens d’une personne qui se charge de réaliser des formalités de manière officieuse, en particulier pour les migrants sans papiers, moyennant rémunération).

«La campaña política contra el bolchevismo, el desorden gubernamental, la coyotería semi-oficial, la institución oficial de la mordida, la centralización del abuso y la judería, se inició en forma espontánea y unió a hombres de distintos antecedentes ante el peligro de perder familia, libertad y Patria.» (Bernardino Mena Brito, Hablando claro: Mis trabajos por el Partido nacional de salvación pública, 1939)

Cuarecas (m. pl). Tribu de indios aztecas que moraban en Panamá. Guachimíes. Tribu de indios aztecas que vivía en Panamá. Pipelis o Pipiles. Indios aztecas que habitan en El Salvador, siendo su centro la ciudad Cuxcatlán. También hay pipiles en Guatemala, en otro tiempo poblaban la vertiente del Pacífico, desde Escuintla y el río Michitoya (en El Salvador) hasta el río Lampa (en Guatemala). [Veanse también Aztequismos: Pipil, el idioma]

Tribu d’Indiens aztèques vivant au Panama. Guachimíes. Même définition. Pipelis ou Pipiles. Indiens aztèques vivant au Salvador et ayant leur centre dans la ville de Cuxcatlan. Il y a également des Pipiles au Guatemala ; ils peuplaient naguère la côte Pacifique depuis Escuintla et le fleuve Michitoya (au Salvador) jusqu’au fleuve Lampa (au Guatemala).

Cuiles (m. pl). Trabajadores contratados procedentes de la India, muchos de los cuales se han establecido en la isla de Jamaica. En la República del Panamá llaman cuiles a los malayos que residen en ella. Cuiles en lengua indostánica significa jornaleros que se alquilan por día.

Travailleurs contractuels originaires de l’Inde, dont le plus grand nombre se sont établis en Jamaïque. En République du Panama, les gens donnent ce nom aux Malais qui résident dans le pays. En hindoustan, cuiles signifie journaliers.

Chaquistero (a). ‘Gorro chaquistero’, llaman en Teapa (Tabasco) el que usan las personas a la entrada de la noche, hora peculiar del insecto [chaquiste: insectillo crepuscular muy voraz, especie de mosco diminuto, cuya picadura produce peculiar irritación de la epidermis; parecido a un grano de chía, por su color negro y por ser sensiblemente esférico], para prevernise de éste.

« Bonnet chaquistero » est un nom donné dans la collectivité de Teapa (Tabasco) au bonnet dont s’affublent les habitants à la tombée de la nuit, quand se manifeste le chaquiste (un petit insecte très vorace, espèce de moucheron minuscule dont la piqûre produit une irritation sensible de l’épiderme et qui, noir et à peu près sphérique, ressemble à une graine de sauge (Salvia hispanica), pour se protéger de sa piqûre.

Charada (f). En Cuba, cierta lotería prohibida que celebran clandestinamente los chinos.

À Cuba, un certain jeu de hasard interdit que pratiquent clandestinement les Chinois.

Cheles o Chels (m. pl). Indios mayas que habitaron en Tihoo, cerca de Mérida, en Yucatán. 2 Nombre que se dan a los extranjeros, principalmente a los de raza sajona, en El Salvador. Chele (a). En la América Central, pelirrubio. En Méjico, se dice chelo, la.

Indiens mayas qui vivaient à Tihoo [Tiho], près de Mérida, dans le Yucatan. 2 Nom donné aux étrangers, et principalement à ceux de race saxonne, au Salvador. Chele. En Amérique centrale, blond. Au Mexique on dit chelo. [Chele ou chelo vient du maya chel, bleu, peut-être parce que les cheveux blonds sont assez souvent associés aux yeux bleus. L’étymologie du nom des Indiens mayas en question serait différente – et l’on ne comprendrait pas pourquoi, en effet, il convenait de donner aux Saxons blonds le même nom qu’une tribu d’Indiens, à moins que cela ne soit une référence à des Indiens blancs, ce que je ne tiens pas pour acquis dans le cas présent. Sur cette notion d’Indiens blancs, et leur possible existence, voir mon essai.]

Chicalí, Chicalé (m). Pájaro notable por los brillantes y ricos matices de su plumaje, que se encuentra en los bosques de Panamá.

Oiseau remarquable par les brillantes couleurs de son plumage et vivant dans les forêts du Panama. [Il est de la même famille que le quetzal, et on peut espérer qu’il ne soit pas aussi menacé de disparition que son cousin plus connu.]

Chichiliano (a). (del azt. chichiltic, cosa colorada) ‘güero chichiliano’, que tiene el pelo rubio y el cutis rojo.

« Blond chichiliano » (du mot aztèque désignant une chose rouge), qui a les cheveux blonds et le teint rubicond.

Chinacate (m). En Méjico, gallo o pollo sin plumas. 2 Hombre del pueblo bajo, lépero, pelado; individuo de la chinaca. 3 En el noroeste del país (Sinaloa), murciélago.

Au Mexique, coq ou poule déplumée. 2 Homme du bas peuple, miséreux, sordide. 3 Dans le nord du pays (à Sinaloa), chauve-souris.

Chismuyo (m). (Crotophaga sulcirrostris) En Salvador, el ave más conocida por judío, o congénere muy próxima.

Au Salvador, l’oiseau plus connu sous le nom de juif, ou une espèce voisine.

Chismuyo

Chitra (f). En Centro América, insecto volador que abunda en los bosques de los lugares húmedos y vive en grandes colonias que infestan el aire.

En Amérique centrale, insecte ailé qui abonde dans les forêts humides et vit en grandes colonies infestant l’air.

Chueiquehuecu (m). En Chile, cierto animal del agua, fabuloso, que tiene forma de cuero.

Au Chili, un certain animal légendaire vivant dans les eaux et ayant forme de… cuir. [Parmi les définitions obscures de Santamaria, celle-ci remporte le gros lot. Je ne vois pas quelle représentation on peut se faire d’un animal ayant forme de cuir (ou de peau d’animal), vu que la forme du cuir dépend entièrement de la bête où il a été pris ou de la façon dont il a été taillé, et que le concept de cuir ou de peau ne comprend en lui-même aucune notion de forme en particulier. Il pourrait donc s’agir d’un emploi plus rare du mot cuero, comme fouet –soit un animal en forme de fouet–, ou encore d’une faute typographique, par exemple pour cuerno –un animal en forme de corne. En réalité, l’étymologie du mot comprend bien « cuir » (en mapuche) et Santamaria s’en est servi pour écrire sa définition, alors que les autres glossaires que j’ai consultés, dont l’un m’a fourni une étymologie (partielle), se gardent de décrire la forme de cet animal et se contentent d’ajouter qu’il attaque les personnes qui se baignent.]

Ajout 7/11/23. J’ai trouvé la réponse à mes interrogations. Il existerait dans le lac Lácar en Patagonie d’Argentine, non loin de la frontière avec le Chili, un animal inconnu que d’aucuns appellent Hueke-Hueke, un nom qui ressemble fort à notre Chueiquehuecu. Un surnom de cet animal en espagnol n’est autre que « El Cuero », c’est-à-dire, en effet, « le cuir » ou « la peau ». Et c’est parce que cet animal serait une raie (comme la raie manta) qu’il a reçu ce nom, la raie ressemblant en effet à une sorte de peau de tannerie nageant dans l’eau.

Chuva (f). (Ateles marginatus) En el Perú, mono platirrino, propio de la América Meridional, que los cristianos (cuenta Oviedo) llamaron mandruga por parecerse a los negros africanos de esta nacionalidad. Llámase también tarapoto. (De mandruga tal vez proceda chuva.)

Nom péruvien d’un singe platyrrhinien propre à l’Amérique méridionale, que les Chrétiens, selon Oviedo, appelèrent mandruga en raison de sa ressemblance avec les Africains de cette ethnie. On l’appelle aussi tarapoto. [Je ne trouve le nom de cette ethnie africaine attesté nulle part.]

Desentongar (tr). En Colombia, combatir los efectos de la tonga [nombre vulgar que se da al estramonio, llamado también borrachera, o borrachero, o guamuco], planta que produce sueño hipnótico.

En Colombie, combattre les effets de la tonga [nom vulgaire de la stramoine, ou datura officinale], plante qui produit un sommeil hypnotique.

Dúrmili-dúrmili (m). En el norte argentino (Salta), capullo plateado de una mariposa del género de los bombicidos. 2 Pájaro tonto.

Dans le nord de l’Argentine (Salta), cocon argenté d’un papillon du genre des Bombycides. 2 « Oiseau stupide », le dronte ou dodo (?).

Ezyoa * (tr). (azt.) ‘Cubrir de sangre’. Los sacerdotes se embarran el rostro con la sangre de los sacrificados. En algunos rituales se vierte sangre en las imágenes de los dioses. (A. Fernández)

« Couvrir de sang ». Les prêtres aztèques se badigeonnaient le visage avec le sang des victimes sacrifiées. Lors de certains rites, on versait également le sang sur les images des dieux.

Gemassis (m. pl). Antiguos pobladores de la Georgia y de la Florida, que desde el siglo XVI se cruzaron con los negros fugitivos y con los desertores españoles, ingleses y escoceses.

Anciens habitants de la Géorgie et de la Floride, qui se sont mêlés depuis le seizième siècle avec les esclaves noirs en fuite et les déserteurs espagnols, anglais et écossais.

Guayaquil (a). Épiteto para llamar el cacao, muy afamado, de esa región [Guayaquil, Estado y ciudad del Ecuador].

Épithète servant à désigner le cacao renommé de la région de Guayaquil, en Équateur.

Güecuvu (m). Genio del mal, en la mitología mapuche, que los indios invocan en sus libaciones, junto con las almas de sus antepasados, y al cual atribuyen hechicerías diversas.

Génie du mal dans la mythologie mapuche, que les Indiens, lors de leurs libations, invoquent avec les âmes de leurs ancêtres et auquel ils attribuent divers pouvoirs surnaturels.

Hermano (m). En Costa Rica, aparecido, fantasma, espectro, alma en pena.

« Frère », au Costa Rica, apparition, fantôme, spectre, âme en peine.

Itacayo * (m). Guat. Enano fantástico de los ríos. [Parecido al jigüe, güije; veanse Americanismos I.]

Nain légendaire des fleuves, au Guatemala. [Cela ressemble au jigüe ou güije d’Americanismos I.]

Jichi (m). En Bolivia, un caracol. 2 En la mitología indígena, el animal rey de la laguna, que la sustenta con su presencia.

Un escargot, en Bolivie. 2 Dans la mythologie indigène, l’animal roi des lagunes, qui maintient celles-ci par sa présence. [Quand il quitte un point d’eau, celui-ci s’assèche.]

Luisón, Lobisón, Lobizón * (m). Argent. Urug. Fantasma en forma de persona que, al caer la noche, se convierte en animal.

Fantôme ayant l’apparence d’une personne et qui se transforme en animal à la tombée de la nuit. [Le mot est tiré du portugais lobisomem, qui n’est autre qu’un loup-garou. En espagnol, il sert à désigner une certaine créature des légendes tupi-guaranies dont le nom original est yaguá bicho.]

Lutona * (f). Ecuad. Fantasma en forma de mujer.

Fantôme ayant l’apparence d’une femme, en Équateur.

Maleno * (m). Muñeco tosco.

«Los brujos de las luciérnagas, después de aplicarle el fuego frío de la desesperación, lo redujeron al tamaño de un muñeco y lo multiplicaron en forma de juguete de casa pobre, de maleno de palo tallado a filo de machete.» (Miguel Ángel Asturias, Hombres de maíz)

Poupée rudimentaire.

Mandinga (m). (Voz afr). El Diablo. 2 En Cuba y el Perú dícese de los negros en general. Lo mismo en la costa del Golfo, en Méjico.

(Mot africain) Le Diable. 2 Au Cuba et au Pérou se dit des Noirs en général. Même signification sur la côte du golfe de Californie, au Mexique.

Mañahua (f). (Voz mapuche) Casco de cuero con adorno de plumas, o hechos de cabezas enteras de animales, que llevaban los indios chilenos como adorno, en la cabeza.

(Mot mapuche) Casque de cuir paré de plumes, ou bien fait d’une tête d’animal entière, que portaient comme ornement les Indiens du Chili.

Mohán (m). En Colombia, hechicero, brujo. ‘Parecer uno un mohán’, tener el cabello largo y desgreñado. Mohanes (m. pl). Indios hechiceros y magos que residían a principios del siglo XVII en la selva de la gobernación de Quito. Como sacerdotes curanderos que servían de intermediarios entre los ches, o divinidades superiores, y los indios, han existido en diversas tribus aborígenes de Sur América, con tal nombre y el de piaches, por ejemplo, entre los descendientes de la raza timote, en Venezuela.

En Colombie, sorcier, magicien. « Ressembler à un mohán », avoir les cheveux longs et mal peignés. Mohanes. Indiens magiciens qui habitaient au début du dix-septième siècle dans les forêts de la province de Quito. Ils remplissaient, sous ce nom et sous celui de piaches, des fonctions de prêtres guérisseurs, intermédiaires entre les ches, ou divinités supérieures, et les Indiens pour plusieurs tribus d’Amérique du Sud telles que les descendants de la race timote, au Venezuela.

Motepulizo * (m). (azt.) ‘Sangramiento del miembro viril’, autosacrificio que hacen los dioses, imitando a Quetzalcoatl, para dar vida a los huesos de las generaciones antepasadas y crear a la quinta humanidad. Los hombres lo efectúan en honor de los dioses. (A. Fernández)

« La saignée du membre viril », auto-sacrifice que pratiquent les dieux, en imitation de Quetzalcoatl, pour rendre vie aux ossements des générations passées [en versant leur sang dessus] et créer ainsi la cinquième humanité [actuelle]. Les hommes la pratiquent également, en l’honneur des dieux.

Ñandutí (m). (Del guaraní ñandutí, araña blanca) Tejido que imita el de cierta araña, primitivamente trabajado con cierto primor por las mujeres paraguayas, y hoy generalizado en la América del Sur para toda clase de ropa blanca.

(Du guarani, araignée blanche) Tissu imitant la toile d’une certaine araignée, à l’origine produit non sans art par les femmes paraguayennes et aujourd’hui généralisé dans l’ensemble de l’Amérique du Sud pour toutes sortes de linge blanc.

Pantitlan * (m). Rezumidero de la laguna de Tenochtitlan, en cuyo ojo de agua son arrojados los albinos y otros niños con estigmas como los que nacen con dos cabezas o tienen graves deformaciones. También se arrojan ofrendas de papel, hule y piedras preciosas. En una canoa sagrada, suelen traer varios de los corazones de los inmolados en honor de Huitzilopochtli.

Canal souterrain de la lagune de Tenochtitlan, dans le gouffre duquel étaient jetés les albinos et autres enfants stigmatisés, comme ceux nés siamois ou présentant d’autres graves déformations. On y jetait également des offrandes de papier, caoutchouc et pierres précieuses. Les cœurs de certaines victimes sacrifiées y étaient portés dans une embarcation sacrée, en l’honneur de Huitzilopochtli.

Parisa (f). Colorante rojo carmesí que los indios de diversas tribus de Sur América, los guajiros, entre otros, usan para embarrarse el rostro; extráese de las hojas del paná, tal vez la misma chirca.

Colorant rouge cramoisi que les Indiens de diverses tribus d’Amérique du Sud, dont les Guajiros, utilisent pour se badigeonner le visage. Ils l’extraient des feuilles du paná, qui est peut-être la même chose que la chirca (Eupatorium).

Peje judío (m). El manatí o manatín, o manato. Peje buey. Nombre popular que se da al manatí, tambien peje judío, aunque no es pez, sino cetáceo.

« Poisson-juif », le lamantin. « Poisson-bœuf », nom populaire du lamantin, bien que ce ne soit pas un poisson mais un cétacé.

Manatí

Piache (m). (Voz caribe) En la mitología de los antiguos caribes, en Venezuela, sacerdote que era, a elección, brujo, hechicero o herbolario. Ha entrado en el habla vulgar con la equivalencia de curandero.

Dans les mythes des anciens Indiens caraïbes, au Venezuela, prêtre qui était, au choix, sorcier, magicien, botaniste. Le mot est entré dans le langage courant avec le sens de guérisseur.

Picuntregua (m). (Del arauc. picun, el norte, y thehua, perro) Nombre vulgar que en Chiloé se da a cierta clase peculiar de perro, nativo del archipiélago. [Para otros perros nativos de América, veanse Abora y Chulo]

Nom vulgaire que l’on donne à Chiloé à une certaine espéce de chien natif de l’archipel.

Pichiciego, Piciciego, Pipiciego (m). (Clamidoforus truncatus) Curioso tatucito de Argentina y Chile, de cuerpo que no alcanza quince centímetros de largo, cola de uno tres y de altura cinco.

Curieux petit tatou d’Argentine et du Chili dont le corps n’atteint pas les quinze centimètres de long, dont la queue mesure trois centimètres et dont la hauteur est de cinq centimètres.

Piquichón, na (a). (Del quichua piqui, nigua) En Perú, niguatejo, niguatero, nigüento; que está cargado de niguas y cojea por lo mismo. Dícese principalmente de los negros y los chinos, a quienes más ataca el Pulex. 2 Por extensión, cojitranco, o que anda en tal forma como si tuviese niguas en los pies. Jarretera (f). Vulgarmente, en Colombia, ulceración que forman las niguas en los jarretes o talones de las personas desaseadas.

[A propósito de aquella enfermedad encontramos lo siguiente en Oviedo] «me ocurre una plaga que hay en la Española y esotras islas que están pobladas de cristianos, la cual ya no es tan ordinaria como fue en los principios que aquellas islas se conquistaron; y es que a los hombres se les hace en los pies, entre cuero y carne, por industria de una pulga o cosa mucha menor que la más pequeña pulga, que allí se entra, una bolsilla tan grande como un garbanzo, y se hinche de liendres, que es la labor que aquella cosa hace: y cuando no se saca con tiempo labra de manera y auméntase aquella generación de niguas (porque así se llama, nigua, este animalico), de forma que se pierden los hombres, de tullidos, y quedan mancos de los pies para siempre, que no es provecho de ellos.» (Gonzalo Fernández de Oviedo, Sumario de la historia natural de las Indias)

Qui est mangé par les niguas (Pulex, puces de l’homme) et boite en conséquence. Se dit principalement des Noirs et des Chinois, qui sont ceux que le Pulex attaque le plus souvent. 2 Par extension, boiteux, personne qui marche comme si elle avait les pieds mangés par les niguas. Jarretera. « Jarretière », nom populaire donné en Colombie aux ulcères produits par les niguas dans les jarrets ou les pieds des personnes sans hygiène.

Pitiyanqui (s). En Puerto Rico, imitador servil y bajo de los yanquis.

À Porto Rico, imitateur bas et servile des Yanquis. [Il me semble que le terme est construit sur le modèle de petit bourgois, dont on sait qu’il a donné en anglais petty bourgeois. Je ne sais pas si petty yankee ou pitiburgués existe mais ce pitiyanqui est sans doute un petit yanqui.]

Pombero * (m). Argent. y Par. Especie de duende protector de los pájaros.

«A ellos [los antiguos garaníes] se les atribuye la superstición del ‘pombero’, un diablo que aparece donde menos se espera como verían aparecen en sus infiltraciones los payaguaes.» (Ernesto Giménez Caballero, Revelación del Paraguay, 1958) «Hoy no se puede uno acercar a la poesía paraguaya –o a su novela o a su música– sin sentir la latencia de una mítica aborigen: el todopoderoso Tupá, Yasy, la luna, Yasi Yatere, el fauno en la siesta, la triste Urutau, la bruja Caayarii, Tamandaré, el profeta, el erótico Curupi, Luisón, el fantasma de la noche y de la muerte, el temible Pombero. Y cristianizados los misterios de Pai Zumé, de Ypacaray, de Caacupé, de San Blique, de Quiritó y Curuzá…» (Ibid.)

Espèce de génie protecteur des oiseaux (Argentine et Paraguay). [Comme pour Luisón/Lobizón, ce nom semble venir du portugais/brésilien ; le nom tupi-guarani est Pyragué.]

Potoscudo, da (a). (Tal vez de botocudo, por la condición de las nalgas salientes de las indias de esta tribu brasileña) En Tabasco, de carnes bastas. Aplícase principalmente a la mujer caderuda o nalgona.

(Vient peut-être de botocudo, en raison des fesses saillantes des femmes de cette tribu brésilienne) À Tabasco, bien en chair. S’applique principalement à la femme aux hanches larges ou aux fesses saillantes. [L’étymologie suspectée par Santamaria semble indiquer que la stéatopygie n’est pas limitée aux races noires. Il faut d’ailleurs faire remarquer que, parmi ces dernières, elle ne se limite pas non plus aux femmes Bochiman ; selon Cheikh Anta Diop, c’est un trait plus ou moins commun à toutes les femmes noires. Si la stéatopygie est avérée chez les femmes Botocudo, c’est peut-être le résultat d’un croisement ancien avec des gens de race négroïde ; voir mon essai sur la possibilité d’une présence ancienne de races noires en Amérique.]

Pruloncon (m). (Voz arauc.) En Chile, baile o ceremonia en que los indios araucanos colgaban una o varias cabezas de enemigos vencidos o las colocaban en la punta de sus lanzas.

Au Chili, dance ou cérémonie au cours de laquelle les Indiens araucans suspendaient une ou plusieurs têtes d’ennemis vaincus ou les fichaient à l’extrémité de leurs lances.

Pusana (f). En Venezuela, yerba del Orinoco, a la cual los indios atribuyen mágicas propiedades para atraer amantes. 2 Brebaje afrodisíaco preparado por los indios con esa planta.

«Maleficios del Camajay-Minare –siniestra divinidad de la selva orinoqueña–, el diabólico poder que reside en las pupilas de los dañeros y las terribles virtudes de las yerbas y raíces con que las indias confeccionan la pusana para inflamar la lujuria y aniquilar la voluntad de los hombres renuentes a sus caricias, apasiónanla de tal manera que no vive sino para apoderarse de los secretos que se relacionan con el hechizamiento del varón.» (Rómulo Gallegos, Doña Bárbara)

Au Venezuela, herbe de l’Orénoque à laquelle les Indiens attribuent la propriété magique d’attirer des amants aux femmes. 2 Breuvage aphrodisiaque préparé par les Indiens avec cette plante.

Quirqui * (m). Bol. Guitarrillo de los indígenas.

Petite guitare des Indiens, en Bolivie.

Sangraco * (m). Indio curandero que practica la sangría.

Indien guérisseur pratiquant la saignée.

Tamazul (m). (Del azt. tamazulin) Entre les costeños, en Méjico, sapo de gran tamaño.

Parmi les habitants de la côte, au Mexique, crapaud de grande taille.

Taya (f). (Voz quichua) En el Perú, amuleto de cazadores y pescadores.

Au Pérou, amulette des chasseurs et des pêcheurs.

Tecotín (m). (Del azt.) Palabra usada por los aztecas para expresar una danza sagrada que hacían en sus templos.

Nom dont se servaient les Aztèques pour désigner une danse sacrée qu’ils effectuaient dans leurs temples.

Tlacatlaolli * (m). ‘Hombre maíz’, vianda sagrada consistente en la carne humana de un sacrificado, cocinada con maíz. El cuerpo del inmolado se devuelve a sus familiares o gobernantes para que al consumir su carne, se nutran de su espíritu. (A. Fernández)

« Homme-maïs », mets sacré consistant en la chair humaine d’un sacrifié cuisinée avec du maïs. Le corps de la victime immolée est rendu à ses proches ou à ses maîtres pour qu’en en consommant la chair ils se nourrissent de son esprit.

Tolteca (s). Una de las tribus indígenas de Méjico, que tuvo civilización propia y fundó un imperio importantísimo en ese suelo. (…) El Sr. Chavero no acepta la versión de Veytia, tomada de Ixtlilxóchitl, y acepta la de los Anales de Cuautitlán, conforme a la cual Tollan [Tula] habría sido fundada en 674 [y no en 713, según Veytia], y los reyes habrían reinado en el orden siguiente: Mixcoamazatzin, de 700 a 765; Huetzin y luego Totepeuh, hasta 887; Ilhuitimaitl hasta 925; Topiltzin Quetzalcoatl hasta 947; Matlacxoxitl hasta 978; Nauyotzin hasta 997; Matlacoatzin hasta 1025; Tlicoatzin hasta 1046; Huemac hasta 1048; Quetzalcoatl II hasta 1116. (…) Algunos creen que los toltecas tuvieron contacto con la raza blanca, y que un obispo cristiano les enseñó el culto de la cruz y algunas de las tradiciones de esta religión, como la del diluvio y la del paraíso terrenal. Otros niegan rotundamente esa afirmación.

Toltèque : une des tribus indigènes du Mexique, qui possédait sa propre civilisation et bâtit un très important empire dans la région. … M. Chavero n’accepte pas la version de Veytia, reçue d’Ixtlilxochitl, et fait sienne celle des Annales de Cuautitlan, selon laquelle Tula, capitale des Toltèques, aurait été fondée en 674 [et non en 713, selon Veytia] et les rois toltèques auraient régné dans l’ordre suivant : Mixcoamazatzin, de 700 à 765 ; Huetzin puis Totepeuh, jusqu’en 887 ; Ilhuitimaitl jusqu’en 925 ; Topiltzin Quetzalcoatl jusqu’en 947 ; Matlacxoxitl jusqu’en 978 ; Nauyotzin jusqu’en 997 ; Matlacoatzin jusqu’en 1025 ; Tlicoatzin jusqu’en 1046 ; Huemac jusqu’en 1048 ; Quetzalcoatl II jusqu’en 1116. … Certains croient que les Toltèques entrèrent en contact avec la race blanche et qu’un évêque chrétien leur enseigna le culte de la Croix et plusieurs traditions de cette religion, comme celles du Déluge et du Paradis terrestre. D’autres le nient catégoriquement. [L’un des premiers, sinon le premier, à avoir formulé ces hypothèses n’est autre que le père Bartolomé de Las Casas, le défenseur des Indiens. Sur cette question, lire mon essai – y compris le Commentaire ajouté tout en bas concernant entre autres Las Casas.]

Urrabá (Voz car.) Nombre con que se designant en el istmo de Panamá, los restos de alfarería, cerámica o escultura de las antiguas tribus aborigenes, vasijas, ídolos, figurillas distintas de barro, de piedra o de metal, etc., que se encuentren por lo común en las guacas.

Nom par lequel on désigne, dans l’isthme de Panama, les vestiges de poterie, de céramique ou de sculpture des anciennes tribus indigènes, vases, idoles, figurines d’argile, de pierre ou de métal, etc, qui sont le plus souvent trouvées dans les guacas (sépultures).

Vajear, Bajear (tr). Acción que se atribuye a ciertos reptiles de adormecer a la víctima arrojándole encima el vaho o aliento. 2 Perturbar a alguien por malas artes; o simplemente ganarse su voluntad, por arte de lisonja.

«Ahora lo vajeo hasta que descubra dónde tiene escondidas las plumas, y una vez que estén en mis manos las pruebas suficientes, lo amarro codo a codo y se le entrego al doctor Luzardo, para que haga con él lo que le dé la gana.» (Rómulo Gallegos, Doña Bárbara)

Faculté attribuée à certains reptiles d’hypnotiser leurs proies en projetant sur elles leur souffle ou haleine. 2 Jeter un sort à quelqu’un, ou bien simplement gagner sa volonté par la flatterie.

Yerepomonga (f). (Voz guar.) Serpiente del Brasil que vive inmóvil en el fondo del agua, y de ella dicen que el animal que la toca se queda pegado a su cuerpo y así arrastra con él.

Serpent du Brésil vivant immobile au fond de l’eau, et dont on dit qu’il reste collé à l’animal le touchant, qui l’entraîne alors avec lui.

Yolof (f). Nombre que dan en Cuba a una mosco negra y venenosa.

Nom d’une mouche noire venimeuse, à Cuba. [D’après sa ressemblance à wolof, il est fort probable que ce nom soit d’origine africaine.]

Yori (m). (Voz yaqui) Usual y corriente en el lenguaje popular de Sinaloa y Sonora, en Méjico, por blanco, para designar a la persona de esta raza, por contraposición al indio, especialmente yaqui.

«Surgimiento del oro. Hace muchísimos años, en el tiempo que Dios pensaba qué poner en la tierra, creó un yori y un indio; frente a ellos puso dos montones, uno de arena y otro de instrumentos de trabajo: palas, talachos, machetes, etc. Al preguntar al indio cuál de los montones quería, él contestó: –Quiero los instrumentos, para poder trabajar. –¿No quieres la arena?– preguntó Dios. –No, si escojo la arena me muero de hambre– contestó el indio. Dios se fue y regresó una y otra vez, insistiendo con la misma pregunta y siempre encontró la misma respuesta: –Los instrumentos–. Hasta que se enojó y le dijo: –Piénsalo muy bien, ¿qué es lo que quieres? –Los instrumentos– contestó el indio. Así, Dios tomó la arena que el indio despreció y la desparramó en todo el mundo, pero sólo para los yoris, pues dejó los instrumentos para los indios. Dios pretendía que el indio eligiera el montón de arena, que era nada menos que oro, para que no sufriera como hoy en día trabajando de sol a sol con los instrumentos.» (Historias de los conca’ac, Conafe 2006) (Los conca’ac son los seris: véase esta palabra en Americanismos II)

Appellation courante, dans la langue populaire des États de Sinaloa et Sonora, au Mexique, des personnes de race blanche, par opposition aux Indiens, en particulier yaqui.

Yorjá (m). El espíritu malo, entre los guajiros de Venezuela.

L’esprit du mal, chez les Guajiros du Venezuela.

Zemí (m). Nombre de cierta divinidad, fetiche o espíritu de los primitivos indios antillanos. [Lo mismo que] Semi (m). En Cuba, divinidad inferior, mediadora con las superiores, entre los indios de la época precolombiana, en la cual encarnaban las fuerzas todas de la Naturaleza.

Nom de certaines divinités, fétiches ou esprits chez les anciens Indiens des Antilles. Même chose que Semi : à Cuba, divinité inférieure, médiatrice des divinités supérieures, chez les Indiens de l’époque précolombienne, qui incarnaient dans ces esprits toutes les forces de la nature.

Zumel (m). Bota de los indios chilenos y de los argentinos y gauchos, hecha de un pedazo de cuero de pierna de caballo o vacuno, que se moja y se deja secar en el pie, de modo que se amolda a su forma.

Botte des Indiens du Chili, des Argentins et des gauchos, faite d’une pièce de cuir de peau de cheval ou de vache que l’on trempe et laisse sécher sur le pied de façon qu’elle en prenne la forme.

31 mai 2017

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Para ver más Americanismos, veanse Index.

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