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Poésie aztèque contemporaine: Luis Alveláis Pozos (Traductions)
Luis Alveláis Pozos (1916-2001) est un poète mexicain promoteur et animateur de l’enseignement du nahuatl au Mexique.
Son recueil Yoltéotl del corazón endiosado: Nuevos poemas nahuas (Casa de las Américas, Cuba, 1992) est une édition bilingue nahuatl-espagnole et a été récompensé du prix extraordinaire des lettres indigènes (Premio extraordinario de literaturas indígenas) de la Casa de las Américas en 1991. Sur le développement des lettres indigènes contemporaines, voyez mon introduction à Poésie guarani (x). Les œuvres littéraires contemporaines publiées dans ces langues étant souvent bilingues, l’espagnol est une voie d’accès privilégié pour ceux qui s’intéressent à ces cultures dans leur diversité.
Le titre du recueil pourrait être traduit Union mystique du cœur extasié : Nouveaux poèmes aztèques. Le yoltéotl, concept aztèque signifiant littéralement « cœur de dieu », désigne un état mystique d’extase ou d’union avec le divin.
Bien que la page consacrée au poète sur le site de l’Institut national des beaux-arts du Mexique (inba.gov.mex) présente le recueil comme une sélection et traduction par Alveláis Pozos de poèmes aztèques, il s’agit en réalité de créations propres du poète et vraisemblablement traduites par lui-même. Les membres du jury de la Casa de la Américas indiquent, dans ce qui sert d’introduction au recueil : « L’emploi de métaphores et de symboles de la poésie aztèque traditionnelle ne réduit pas le texte à une simple reconstruction archaïque mais donne lieu à ce qui doit être considéré comme une nouvelle littérature indigène. » (« El aprovechamiento de metáforas y símbolos de la poesía tradicional náhuatl no reduce el texto a una simple reconstrucción arcaica, sino que da paso a lo que debe considerarse una nueva literatura indígena. ») Le sous-titre « Nouveaux poèmes aztèques » confirme le caractère de créations originales de ces poèmes. J’en ai ici traduit quelques-uns.
Il s’agit certes d’une poésie « à la manière de », à savoir à la manière des anciens Aztèques. Le lecteur familier avec cette poésie précolombienne se trouvera en terrain connu.
Quand le lecteur trouvera associés les mots fleur et chant, il s’agit d’une métaphore de la poésie, selon ce qu’en dit le poète Ernesto Cardenal : « le diphrasisme [double métaphore] nahuatl ‘in xóchitl in cuícatl’, littéralement ‘fleur et chant’, qui signifie ‘poésie’ » (« el difrasismo [doble metáfora] náhuatl ‘in xóchitl in cuícatl’, literalmente ‘flor y canto’, que significa ‘poesía’ ») (Introduction à Flor y Canto: Antología de Poesía Nicaragüense, 1998). Par exemple, ci-dessous, « les hommes continueront d’effeuiller les Fleurs et les Chants » ou encore « nous nous enivrerons de la liqueur fleurie de la Fleur et du Chant ».
La profusion du mot fleur dans la poésie aztèque en général, et dans les poèmes suivants en particulier, appelle un commentaire. Le thème des fleurs est fréquent dans la poésie occidentale également mais il possède dans la poésie aztèque un sens mystique qui n’a pas été complètement élucidé, me semble-t-il. L’ethnobiologiste nord-américain Robert Gordon Wasson considère que le terme renvoie le plus souvent à des substances psychotropes et aux rituels qui leur sont liés dans la religion aztèque. Bien que les références aux psychotropes ne soient dans certains cas nullement ésotériques dans cette littérature, comme la référence au « vin de champignons » (vino de hongos) qui, selon les commentateurs, renvoie aux champignons hallucinogènes, et donc que l’emploi de termes cryptiques ou ésotériques pour désigner des substances de cette nature ne paraisse nullement nécessité par une certaine réserve des Aztèques à les évoquer ouvertement, il semble en tout cas évident que l’expérience psychédélique de la religion aztèque joue un rôle dans les métaphores poétiques. Les métaphores étaient le plus souvent codifiées, et ce dans les écoles artistiques, qui avaient une grande importance, et le code n’en a peut-être pas été parfaitement déchiffré en raison de la destruction de la majeure partie des sources écrites et de la répression de l’enseignement oral des traditions aztèques pendant la conquête et la colonisation du Mexique.
Certains emplois métaphoriques de la fleur ne sont pas difficiles à comprendre et sont d’une grande beauté, d’autres fois le sens métaphorique des combinaisons est plus obscur, comme les topiques « fleur du bouclier » (flor del escudo) et « fleur de maïs grillé » (flor de maíz tostado). Dans ce dernier cas, il faut noter la construction telle qu’elle est rendue en espagnol ; le maïs grillé ne peut, dans le monde des choses naturelles, avoir de fleur car le maïs en fleur est le maïs qui a poussé dans un champ et qu’on a laissé fleurir, tandis que le maïs grillé est un mets, et la combinaison, qui est par ailleurs un lieu commun de la littérature aztèque pour désigner les maîtresses des guerriers non mariés, ne tire aucune force du fait qu’il s’agirait, autrement, de la fleur du maïs desséché par le soleil dans un champ, car dans ce sens l’image serait bien trop funèbre, inspirant l’idée du flétrissement et de la mort ; or c’est bien d’une métaphore plaisante qu’il s’agit.
S’agissant de la « fleur du bouclier », en nahuatl chimalxochitl, le Grand Dictionnaire nahuatl (Gran Diccionario Náhuatl, UNAM) en ligne donne les sens suivants : « 1/ tournesol ; 2/ ornements du bouclier ; 3/ (métaphoriquement) la guerre ». Je me demande s’il ne vaudrait pas mieux supprimer la préposition du déterminatif et écrire plutôt, au moins dans le sens de tournesol, « fleur-bouclier » (en apposition) à la manière agglutinante de l’aztèque lui-même et des langues germaniques telles que l’anglais (shield flower) et l’allemand (Rundschieldblume). De cette manière pourrait également être résolue la difficulté de la « fleur maïs grillé », c’est-à-dire une fleur dont le nom provient du fait que son apparence ou toute autre de ses caractéristiques rappelle le maïs grillé plutôt que de l’établissement d’une certaine relation mystérieuse d’origine, de lieu, de temps, de cause, de manière, de possession, de composition, etc. (la préposition « de » en espagnol et en français). De telles constructions seraient cependant assez peu poétiques en français compte tenu du génie propre de la langue française (malgré certaines tendances absurdes de la poésie française contemporaine).
Sur l’analyse par les linguistes de cette « fleur de maïs grillé », on trouve à l’entrée izquitl (maïs grillé) du Grand Dictionnaire nahuatl l’indication suivante : « Ce radical est souvent utilisé dans des termes désignant des plantes qui portent des groupes de fleurs blanches. » Ce qui confirme l’hypothèse « fleur maïs grillé ». En outre, izquixochitl (c’est-à-dire la combinaison des deux radicaux fleur et maïs grillé) se voit donner par le même dictionnaire cette définition : « Fleur précieuse, remarquable par son parfum, sert d’offrande et de parure. / Métaph. Dans les poèmes, izquixôchitl est étroitement associée à cacahuaxôchitl, ensemble elles sont l’expression de la beauté par excellence, de la richesse, de la grandeur, du prestige des hommes et des cités ou encore des chants, de la musique, des délices, du plaisir, de la joie. (Marie Sautron-Chompré). »
Cacahuaxochitl est littéralement la fleur de cacao. Si izquixochitl ni aucun autre terme approchant n’apparaît dans le texte nahuatl du poème d’Alveláis Pozos qui comporte pourtant dans sa version espagnole la « fleur de maïs grillé » (ce qui me laisse perplexe tout comme vous), cacahuaxochitl apparaît dans ce même poème et est traduit en espagnol par « cacao floreciente », que j’ai traduit par « cacao florescent ». Quand il est question de boire le cacao florescent, il est peu douteux que ce soit une référence à la pratique des Aztèques d’aromatiser leur chocolat chaud avec des fleurs, mais je suis contraint par le texte espagnol, même si la métaphore pourrait faire comprendre qu’il s’agit de boire des fleurs… (D’où, sans doute, le choix d’éviter en espagnol « fleur de cacao ».)
En somme, je pars du principe que le sens métaphorique des symboles aztèques n’est pas plus connu des lecteurs hispanophones du recueil qu’il ne l’est des lecteurs français de mes traductions, et si Alveláis Pozos n’a pas produit une traduction explicative qui remplacerait l’image métaphorique par son sens réel, si tant est que celui-ci soit encore connu, je ne vois aucune raison d’adopter une démarche différente.
Du reste, la force de ces poèmes réside dans les images elles-mêmes. Je crois avoir, par cette introduction, clarifié les principaux points où elles étaient de nature à laisser le lecteur perplexe plutôt qu’à le charmer.
Je complète cette introduction par une liste des noms de divinités aztèques qui figurent dans le texte nahuatl comme noms propres et sont traduits dans le texte espagnol par les mots qui composent ces noms dans l’original ou par des titres des divinités en question. Ce sont, dans l’ordre d’apparition :
Seigneur des Ténèbres : Yohualtecuhtli
Déesse des Fleurs : Xochiquetzal, également sous le nom de Déesse de l’Amour et de la Beauté
Prince des Fleurs : Xochipilli
Aigle Solaire : Tonatiuh
Colibri Gaucher : Huitzilopochtli, également sous le nom de Seigneur Méridional (en français on trouve le plus souvent « colibri de la gauche », et cette expression quelque peu baroque est interprétée comme une allusion à l’état ressuscité ; l’expression espagnole Zurdo Colibrí ne peut guère être traduite de cette manière)
Déesse à la Robe de Serpents : Coatlicue
Deux-Lièvres : Ometochtli
Reine de la Région des Morts : Mictlancihuatl
Seigneur de la Mort : Mictlantecuhtli
Seigneur du Froid : Itztlacoliuhqui
Déesse à la Robe de Jade : Chalchiuhtlicue
*
I
In ye Tlauizcaleua in Cuicatl
À l’aube du Chant
Il fait encore nuit. Moi, chanteur, Seigneur des Ténèbres, maître du silex qui vit encore dans le sang de mes veines, je suis le destructeur nocturne des Chants.
Je suis le voyageur de la Nuit à la vue pénétrante. Noctambule générateur des fleurs noctivagues, je tends ma natte verte de fleurs smaragdines à côté des timbales d’amour de la Maison du Chant et de la Danse, la délicieuse demeure de la déesse des Fleurs.
Je lève mon visage enhardi de florescent forgeur de Chants vers les Trois Cieux de mes ancêtres, car au petit matin des fleurs du corbeau, dans le silence de décombres de ma cité circulaire de jades endeuillés, sont restées submergées la fleur tremblante de mes Chants, ma parole et ma voix…
Il fait encore nuit, je m’en irai et les hommes continueront d’effeuiller les Fleurs et les Chants.
Je partirai et les oiseaux bleus resteront, chantant notre belle et ancienne chanson étincelante…
II
Teuinticuicatl: Nahuatlazotlaliztli
Chants enivrants : Les chants d’amour aztèques
Viens, astre du matin, aime-moi et enivre-moi de tes fascinantes fleurs de Lumière.
Ah, tes fleurs odorantes là-bas au bord du lac aux oiseaux !
Là-bas dans le jardin fleuri aux dards aigus de couleurs et aux boucliers peints des fleurs aquatiques qui se balancent au Soleil.
Étends-toi près de moi, Fleur de Miroirs, non loin des tambours ensorcelés.
Papillon de Chants, dénoue ta chevelure de perles obscures sur ma natte verte pour que nous nous enivrions ensemble, l’un près de l’autre, embrassés sur ma natte verte, forme précieuse qui brilles la nuit avec une splendeur de jade sur mon cœur…
*
Et quand enfin tu me livreras les fleurs obsédantes de tes yeux verts, là-bas les fleurs divines du bord de l’eau lanceront des voix claires, là-bas où sont debout les hérons cendrés, et la fleur du cœur, éprise, ouvrira sa corolle…
Ici, dans la Maison du Chant, amoureuse Fleur de Lumière, près des tambours ornés de fleurs, c’est seulement avec ton Chant de tourterelles farouches que le cœur se réjouit, rêve et chante…
C’est seulement avec la liqueur fleurie qui sourd de la fontaine fleurie de tes lèvres qu’entrouvre sa corolle tremblante la fleur de notre fraternité divine, là où le Prince des Fleurs se lève pour chanter sa chanson fleurie…
*
À côté de toi, avec toi, près de ton corps clair de parfait magnolia, Fleur de Maïs grillé, mes fleurs ne mourront pas ni mes Chants car tu es le Chant et le parfum, Astre du Matin, qui enroules les fleurs de turquoise de mes bras tendus autour de la fleur souple de ta chair. Oui, cacao florescent, fleur divine qui t’ouvres comme un rêve sous le vent nu, la flamme et la caresse de mes mains…
*
Ris et chante, fleur divine qui chantes.
Que s’élève le lys de ton cou par-dessus les joncs des cercles de l’eau à la couleur d’oiseau bleu, pour que j’écoute dans l’enceinte des papillons l’éventail bleu de tes paroles, oiseaux éveillés, sous le regard solennel du Donneur de Vie, et nous contemplerons ensemble le pays bruissant de la resplendissante étoile enivrée de Lumière…
*
Il tombe sur mon cœur de forgeur de Chants une pluie de rosée fleurie quand je vais à ton ventre de papillons obscurs, oiselle au cou bleu, mûr épi de maïs ; ici, ici dans mon temple de fleurs parfaites, sans racines.
Ici où se dresse la fleur blanche, où brille ton corps avec une splendeur de jade, jonc gracile à la tige reverdie entre les mauves iris.
Fleur de Lumière érigée, corolle de lucioles errantes aux ventres d’émeraude, effeuille tes pétales sacrés sur la tiédeur de ma natte de cailles chaudes et d’enivrantes plumes de quetzal…, donne-moi des baisers et pleure avec tes oiseaux illuminés sur ma poitrine ornée de nuit et de silex…
III
In yaotl in cuicatl
La guerre et le chant
1
Chante et danse, mon Amour.
Fleur de Sang, danse et chante.
Balance tes hanches merveilleuses et fais-moi l’offrande de ton corps de cuivre illuné† sur les ailes fleuries du vent.
2
Pose tes pieds minuscules comme des lièvres fugitifs sur les nattes expectantes de ma maison aux lugubres expectatives, et chante ton Chant
ici
ici dans ma maison pleine de bruits et du copal fleuri de ta peau.
3
Chante, mon Amour ; ris et chante ; que tombe ta rosée sur la fleur obscure de ma tristesse, car là-bas dans le cercle de l’eau on entend les accords de la Fleur du Bouclier et il me faudra partir pour ce lieu où la poussière se lève, où fleurit et flambe le brasier du combat et où la timbale de turquoises lance au vent la rauque clameur de sa voix sous le fracas rouge des voix guerrières de l’Aigle Solaire.
† illuné : inlunado, qui est la traduction espagnole du néologisme illuné forgé par Arthur Rimbaud dans son poème Les Premières Communions : « Devant le sommeil bleu des rideaux illunés » (« en el ensueño azul del visillo inlunado », traduction par Javier del Prado, à vrai dire plus tardive que le poème d’Alveláis Pozos, ce qui laisse ouverte la question de l’antériorité, étant entendu que le terme espagnol, comme le terme français, est un néologisme [non reconnu par le Dictionnaire de l’Académie espagnole]).
*
En attendant les mains lumineuses du Seigneur de la Maison de l’Aube, oublions un peu le chant ensanglanté de la guerre qui pulse dans la gorge du Colibri Gaucher…
Buvons le cacao florescent, Fleur de Lumière, ici sur ma natte entretissée de plumes de héron et d’oiseau bleu.
Écoutons le chant rouge du rouge colibri pendant que tes lèvres grandissent sur mes lèvres, fleurs consumées, et que le colibri du baiser enivre mon cœur…
*
Ouvre tes jambes frémissantes, Fleur de Lumière, car on entend résonner les grelots fatals au milieu du brouillard et de la plaine tandis qu’un hibou, en bâton de cymbales, lance à la nuit son chant lugubre.
Ouvre tes yeux verts, Fleur de Pluie, car, depuis la Maison de Nuit des Tigres, s’en viennent à tire-d’aile les oiseaux nocturnes de la désolation, et la grive du soir brode, et dans ta robe d’étoiles s’enflamme la Fleur de hauts brasiers du Colibri Gaucher…
*
Saigne-toi tes lèvres purpurines, Amour Fleuri, sur le cuivre d’oiseaux captifs de ma peau car la Fleur de la Guerre aux aigres pétales s’est ouverte soudain, et l’on entend tout près les voix obscures de la conque rauque.
Ferme les yeux, Fleur de Nacre, étends-toi sur mon cœur car de lugubres cymbales résonnent là-bas, là-bas où rêvent et chantent des saules blancs ; là-bas où l’eau s’est teinte de jade et de cochenilles hébétées ; là-bas où des émeraudes se nuancent des voix rouges du Colibri Gaucher…
IV
…In tlamanalli
L’offrande
Radieuse Fleur de Chair, ouvre les pétales de tes paupières car l’Aigle Rouge a posé ses ailes sur notre maison bleue.
Le Créateur du Temps a pénétré avec les oiseaux aux chants incolores et s’est posé sur tes yeux d’émeraude avec ses flèches saturées de lumière.
Ouvre tes paupières fleuries, Fleur de Lumière, car nous devons porter, soumis et solennels, notre offrande fleurie d’amour au temple hallucinant du Colibri Gaucher.
Je me suis dépouillé de mes insignes de noble conducteur d’hommes car je suis un guerrier, un guerrier fleuri au panache ondoyant de quetzal, mais je suis aussi l’humble dévot qui fait offrande de son sang à la terre fatale de la Fleur du Bouclier, là où la poussière se lève et l’eau étincelle sous les yeux écarlates du Soleil.
On entend au loin le chant étourdissant des timbales et la voix blême de la conque rauque…
Belle Fleur de Nacre, ôte ta robe et couvre-toi les épaules de ton manteau fleuri, allons offrir au fils de la Déesse à la Robe de Serpents la guirlande fugace de notre amour…
Seigneur des Combats, reçois-nous et protège-nous. Nous laissons sur l’autel l’encens fumant au parfum ardent de copal, et dans une conque de nacre nous égrenons notre meilleure offrande : l’ambre smaragdin qu’amoureusement un soir donna la Déesse de l’Amour et de la Beauté à ma fidèle Fleur de Nacre comme éternel symbole de l’Amour.
Accepte-le et protège-nous, Puissant Seigneur Méridional, car les hérons de neige volent au-delà des cercles de l’eau, et sur les jambes du vent se consument les grelots fleuris d’une danse vieillie, déjà m’appelle la voix noctivague de la conque…
*
Tenonotzaliztli ihuicpa Xochiquetzal
Prière à Xochiquetzal
Déesse de l’Amour et de la Beauté, compagne florale du Seigneur de la divine floraison,
Descends de la demeure de la liqueur qui humidifie la terre, d’où l’Arbre Florescent de la Vie fait splendir son feuillage vital.
Loge dans mon temple désastreux ta présence fleurie de douce turquoise…
Je ne suis qu’un guerrier qu’extasie le cœur, ici, ici sur la natte chaude d’amour de mon éclose Fleur de Lumière ; et je suis celui qui revient des pays où la brume verse les mortels pétales de la guerre.
Écoute-moi, vénérée Déesse, je me rendrai bientôt au lieu où tournoient les massues volatiles ; là où s’incendient et se consument les hauts panaches parmi le rouge tumulte des dards véloces sous la soif de sang du Colibri Gaucher.
Embaume mon temps présent de douces tourterelles car de l’Anahuac arrivent à tire-d’aile par les cieux subtils les jours néfastes, et ici sur ma poitrine bleue de forgeur de Chants s’enroule la corolle de la Fleur de l’Amertume, et sur mes chemins rudes éclot la Fleur de la Désolation et son souffle funèbre pénètre mes veines.
Déesse balsamique, chemine dans mes artères de ruisseaux carmin et verse en pluie dans mon sang ta parole d’émeraude et de miel.
Inonde-moi de verdures prometteuses, répands tes magnolias d’amour et la fertile semence de tes blancs iris.
Sème dans mes sillons tes graines florales où la rosée de ma Fleur Carmin irrigue ma peau .
Avant de partir assombri au pays du silence où l’on vit, rêve et chante d’une autre manière, j’ornerai ton temple de roses et m’agenouillerai, la tunique déchirée, devant la majesté culminante de l’Aigle Solaire…
V
Teoyotica tlamatiliztli
Inanité de la vie…
Nous venons seulement sur cette terre pour rêver ; nous sommes venus ici seulement pour connaître nos visages.
Le Donneur de Vie, celui pour qui l’on vit et pour qui tout existe, ne se donne pas à connaître ici à notre côté, près de nous, et c’est seulement dans les chants que nous découvrons son visage ; voilà pourquoi je crée ces Chants. Je suis chanteur et c’est pourquoi j’ai le cœur en extase et fleuri…
Fleur de Lumière, belle fleur aux pétales ardents, ici rien ni personne ne pourra mettre fin à la Fleur et au Chant.
Jamais ne se perdront les rêves, les fleurs ni les chants ; peut-être que là-bas, au pays des Décharnés, où l’on vit, rêve et chante d’une autre manière, mes chants mourront et mes fleurs parfumées se faneront…, mais ici, sur cette terre, personne ni rien ne pourra mettre fin à la Fleur et au Chant.
*
En ce monde nous sommes seulement à la recherche d’un rêve, chère Étoile. Ce n’est pas vrai que nous venons sur cette terre pour vivre ; nous sommes venus ici seulement pour rêver.
Notre peinture bleue†† s’effacera et il ne restera rien ; nous quitterons bientôt la fragrante Maison du Soleil.
Nous irons peut-être au Manoir de l’Aigle et danserons dans le patio de brumes. Dans la claire enceinte du dieu Deux-Lièvres, avec des grelots sans âge dans nos mains et des grelots d’or à nos pieds, nous danserons…, nous danserons au son des timbales face au sanglot des flûtes aiguës et à la grande lamentation du tambour.
Nous danserons, Fleur de Lumière ; nous danserons dans le patio fleuri et nous nous enivrerons de la liqueur fleurie de la Fleur et du Chant à l’intérieur du cœur…
†† notre peinture bleue : c’est-à-dire la peinture bleue dont nous sommes faits. Les hommes vivent dans le livre d’images peintes du Donneur de vie.
VI
Miquitlaxochtli
Fleurs de mort
Les fleurs des larmes sont écloses, bien-aimée Fleur de Chair.
C’est le temps des larmes, tu te fanes et disparais, comme une fleur à la vie brève, et dans le sein des eaux les fleurs aquatiques ne chantent plus leur chanson fleurie.
Les joncs se sont brisés devant le visage des eaux… une jacinthe est tombée.
La timbale de la nuit résonne dans la distance et la voix de la conque emporte ton nom lumineux vers le silence.
Je suis malheureux sans tes rires. Je souffre, mon chant n’est plus rien car tu te meurs, Papillon Fleuri, et dans la Maison du Chant la Fleur du Cœur s’est teinte de larmes sombres.
Des fleurs de larmes tombent de mes yeux somnambules et ma langue est de craie dans le soir d’été.
L’opulente racine des présages a servi à ma table les funestes épines de la désolation.
Je ne peux te regarder, à travers la brume de mes paupières mortes, passer parmi mes rêves avec tes sandales d’or qui résonnent dans mon imagination, ni n’entends pénétrer dans la maison tes légers pas de coton…
*
La Reine de la Région des Morts t’appelle, Fleur de Lumière.
Elle te tend les bras et le Seigneur de la Mort joue de son tambour orné d’obsidiennes, je me désespère et bois du vin de champignons au milieu du brouillard dans cette nuit d’insomnie et me plonge dans le sein glacial du mélancolique Seigneur du Froid, tandis que tu t’éloignes et te pares pour le somptueux voyage sans retour, tellement loin, pour la Maison d’ombres du Silence, où l’on vit d’une autre manière… dans le Quenonamican.
Au loin j’entends la voix immarcescible de la Blanche Reine du Sel, qui te nomme et t’appelle avec des paroles salées.
…Et je désespère, bois du vin de champignons et m’enivre, immergé dans les bras de la nuit abyssale…
*
Laisse-moi un bref instant à ses côtés, toi qui peux tout, Arbitre Suprême.
Toi qui octroies la Vie, toi par qui tout existe, écoute ma prière.
Et toi, dame seigneuriale de notre chair, aie pitié de mes yeux et du sombre étui de ma peau.
Intercédez pour moi et ma compagne bleue, cœur de mon sang, papillon de lumière.
Rendez-vous parés de joyaux au lieu du mystère pour demander au Seigneur de la Région des Morts qu’il ne tende dès maintenant ses bras vers l’iris brillant de mes eaux ; qu’il permette à l’oiseau bleu de poser à nouveau ses ailes sur ma maison ; que s’en revienne le grelot de rires de ma divine Fleur de Lumière sur les cuisses du vent, que ses yeux verts de jade en flammes dissipent les ténèbres, et que la fleur de lumière qui s’enivre en son nom ne se brise ni n’aille aux lieux de l’existence incertaine devant les yeux effrayés du Soleil…
*
Épines, mes mains sont remplies d’épines…
Ma divine Fleur de Lumière est morte… !
La flamme de son cœur fleuri s’est consumée ; ma fleur hallucinante s’est desséchée.
Je pleure sur ses pétales fanés de magnolias noyés ; je baise son visage de solitude pétrée et mes pleurs fleurissent et se fanent comme une fleur de neige dans la nuit d’hiver…
Sur une natte amère de fleurs jaunes et de fines plumes de flamand rose, ma fleur est fanée, sans défense face à la nuit et son suaire blanc de tubéreuses flétries.
Je la porte au brasier de flammes crépitantes érigé devant le temple du Colibri Gaucher… Quelqu’un chante au loin et dans le sein d’émeraude de l’eau la Déesse à la Robe de Jade pleure sa complainte d’abîme.
Je plonge dans les ombres fatales du silence mon visage saturé d’absence, tandis qu’un oiseau nocturne lance à la nuit son chant funèbre…
Tzonquizcayotl
Chant final…
…Avec des grelots de brume et des grelots d’or, avec des bracelets dorés incrustés de pierres précieuses je gis sur mon bouclier, désarmé et paré de la plume de quetzal.
Je suis, le visage peint de chants jaunes, détruit et ardent sous le manteau de sang du soir d’été.
Je me disperse avec les sombres pétales du temps désastreux de la Fleur du Bouclier.
Des ailes rouges se détachent du vent, et les plumes s’accrochent à mon dos détruit en jonglerie écarlate.
Je me transforme en oiseau rubis, colibri aux ailes carmin, et je pars frémissant pour les rouges cieux incendiés me joindre au cortège de joyaux sous le sortilège de l’Aigle Solaire…
GNOSTIKON (français)
Militia Templi Salomonis Jherosolomitani
La Milice du Temple dans ses relations avec le Languedoc
Nulle autre région, en France ou ailleurs, n’a accueilli autant de commanderies des Templiers que le Languedoc. Anciennement territoire du royaume wisigothique de Septimanie, premier démembrement de l’Empire romain, le Languedoc, dont le nom serait d’ailleurs une altération du germanique Land Goten, ou pays des Goths, a été fortement marqué par l’apport germanique. La noblesse du Midi se montra particulièrement généreuse envers la milice, contribuant à son expansion matérielle en Languedoc et au-delà.
À l’époque du procès des Templiers, qui dura de 1307 à 1314, l’ordre, en France, était partagé entre quatre grandes circonscriptions : Provincia, Aquitania, Francia et Arvernia. La première, provincia Provincie, qui comprenait la Provence et le Languedoc, était la plus étendue et celle où demeurait la majeure partie des Templiers du royaume. Le siège de l’ordre était toutefois situé à Paris, après avoir été à Saint-Jean-d’Acre pendant les Croisades. Le trésorier de la province de Francia était également trésorier du roi, de même que le trésor du royaume de Majorque, dont la capitale était Perpignan, était gardé dans une commanderie templière roussillonnaise.
Par leur implantation européenne, les Templiers nourrirent l’esprit de croisade à travers l’Occident. Les revenus des commanderies leur permettaient de financer leur mission d’assistance aux pèlerins et croisés en Terre sainte. Outre les revenus de leurs activités agricoles, industrielles et financières, les Templiers recevaient les dotations de familles pieuses, particulièrement généreuses en Languedoc, comme on l’a dit. La milice du Temple étant l’instrument majeur de la guerre sainte en Palestine, les chevaliers séculiers prirent l’habitude de lui léguer, à leur mort ou bien lorsqu’ils quittaient l’état de chevalier et leurs autres devoirs mondains, leurs armes et chevaux.
Les Templiers contribuèrent à diffuser l’imagerie de la croisade, en faisant réaliser différents Beati illustrant, par exemple, les versets de l’Apocalypse sur la Jérusalem céleste par des scènes tirées de la lutte contre les Maures. Un autre exemple de cette pensée tournée vers la Terre sainte apparaît dans le fait que les Templiers reproduisirent, dans la construction d’églises, le modèle architectural du Saint-Sépulcre ainsi que du Temple de Jérusalem, où ils avaient initialement leur résidence (d’où leur nom). Enfin, les Templiers, protecteurs des chemins de pèlerinage, comme celui de Saint-Jacques-de-Compostelle, contribuèrent de manière décisive au développement des routes et autres infrastructures de communication sur le continent.
Malgré sa forte implantation dans le Midi, la milice prit peu de part à la croisade contre les Albigeois. Certains l’expliquent par le fait que les Templiers du Midi étaient plus occupés par la gestion des biens de l’ordre que par la guerre sainte, d’autres par cela que le pape Innocent III avait en 1199 ouvert la porte du Temple aux chevaliers excommuniés, transformant ainsi l’entrée dans la milice en une forme d’expiation, et que l’ordre aurait donc servi de refuge ou de pénitence aux familles de l’aristocratie qui avaient été séduites par le catharisme.
Toujours est-il que le roi Philippe le Bel et l’Inquisition de France menèrent contre les Templiers le procès en hérésie qui devait conduire à la destruction de l’ordre. Le pape Clément V tenta de s’opposer à de telles menées, en exigeant notamment le transfert du procès des tribunaux de l’Inquisition à la Curie. Clément V rejetait l’accusation d’hérésie pour ne retenir que celle de déviation du rituel, laquelle n’aurait dû conduire selon lui qu’à une réforme de la règle et, éventuellement, à la fusion de l’ordre des Templiers avec celui des Hospitaliers. Les Archives vaticanes contiennent un document privé dans lequel le pape expose la nature de la déviation dont les frères se seraient rendus coupables : ceux-ci auraient pratiqué un cérémonial secret d’entrée dans l’ordre (ritus ordinis nostri) consistant à simuler les violences que les Sarrasins infligeaient aux Templiers capturés en vue de les contraindre à abjurer la religion chrétienne et à cracher sur la croix.
Les accusations du roi et de l’Inquisition, beaucoup plus graves, devaient finalement prévaloir. Les Templiers furent accusés d’idolâtrie et d’outrage à la croix. Les griefs complémentaires diffèrent selon que l’enquête fut menée dans le nord de la France ou dans le Midi. Si, dans le nord, le grief de sodomie fut retenu, celui-ci est totalement absent des actes de l’Inquisition dans le Midi, qui consigne, quant à elle, des actes de sorcellerie : des sorcières se seraient matérialisées par invocation dans les lieux de cérémonie des Templiers, où elles auraient pratiqué des orgies avec ces derniers.
L’ordre anéanti, l’organisation économique et sociale qu’il avait établie sur l’ensemble de l’Europe disparut avec lui. Les Templiers survivants furent toutefois intégrés dans les ordres militaires ibériques, qui jouèrent peu de temps après un rôle fondamental dans les grandes expéditions maritimes des royaumes du Portugal (voir ci-dessous) et de l’Espagne.
Bibliographie (partielle) : Les Cahiers de Fanjeaux n°4, E. Delaruelle, « Templiers et Hospitaliers pendant la croisade des Albigeois » ; Les Cahiers de Fanjeaux n°41, B. Frale, « Du catharisme à la sorcellerie : Les inquisiteurs du Midi dans le procès des templiers »
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Note sur la justice du Temple
L’ordre des Templiers exerçait le pouvoir judiciaire dans le domaine des commanderies. Ce pouvoir lui avait été transféré, en même temps que propriétés foncières et autres biens, par les familles nobles, dont il était une prérogative au sein du système féodal. Les Templiers furent ainsi investis de la justice seigneuriale. En tant que justice d’Église, la justice du Temple se distinguait cependant de la justice féodale traditionnelle par certains aspects qui en faisaient, entre les deux systèmes, une organisation sui generis.
Dans l’exercice de leur pouvoir judiciaire, les Templiers étaient soustraits à l’interdit de verser le sang imposé aux autres juridictions ecclésiastiques. C’est cet interdit qui, par exemple, exigeait le recours au bras séculier des rois pour exécuter les arrêts des tribunaux de l’Inquisition. L’ordre du Temple, en sa qualité de milice de moines-chevaliers, exécutait lui-même les peines corporelles qu’il prononçait, et qui pouvaient aller de la fustigation à la peine capitale, en passant par la marque au fer rouge sur le front, par exemple pour un vol aggravé, ou l’amputation, par exemple pour le viol d’une femme mariée. L’exécution des peines était publique, et visait à produire un effet à la fois dissuasif et infamant.
En raison de son origine féodale, la justice templière s’exerçait principalement dans les campagnes, bien que la domination seigneuriale des templiers pût également s’étendre à certaines villes. C’est tout naturellement dans le cadre de ces dernières que se fit d’abord jour le conflit de compétences entre la justice de l’ordre et celle des échevinages et consulats, le pouvoir judiciaire étant un privilège inséparable du mouvement des libertés communales. À ce conflit s’ajouta pour le Temple, notamment en France, celui avec la justice royale.
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Les Chevaliers teutoniques dans le Midi
Souveraineté temporelle des Chevaliers teutoniques
Si le Saint-Siège, au Vatican, possède toujours les attributs d’un État souverain et indépendant, cela fut aussi le cas, par le passé, de certains ordres, comme celui des Chevaliers teutoniques. L’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean a longtemps exercé la souveraineté temporelle sur l’île de Malte et conserve encore aujourd’hui, sous le nom d’ordre de Malte, certaines prérogatives souveraines : il possède cent représentations diplomatiques bilatérales, et, de manière plus symbolique, son dernier Grand-Maître, décédé le 7 février 2008, portait le collier de l’ordre équestre pontifical Piano, remis par le Vatican et réservé aux seuls chefs d’État.
En Prusse et dans les actuels pays baltes, l’ordre teutonique exerçait la souveraineté sur un territoire autrement plus étendu que celui de l’île de Malte. Connu sous le nom d’« État de l’ordre » (Ordensstaat), cette organisation politique a duré deux siècles, de 1343 à 1561.
L’Ordensstaat possédait un système judiciaire spécifique, une monnaie propre, aux insignes de l’ordre, ainsi qu’un gouvernement central organisé autour du Grand-Maître, qui était à la fois prince d’Empire et membre de la Hanse. Dans ce système, le Grand-Maître (magister generalis ou Hochmeister), nommé à vie par le chapitre électoral de l’ordre, possédait l’autorité suprême. Il était entouré de cinq officiers supérieurs, le grand commandeur, le maréchal, le drapier, l’hospitalier et le trésorier, qui formaient autour de lui un conseil exécutif. En dehors de la Prusse, les provinces de Livonie et d’Allemagne étaient assignées à des maîtres de province (Landmeister). Chacune des trois circonscriptions était divisée en bailliages et commanderies, qui constituaient les échelons administratifs de l’État.
L’État de l’ordre ne préleva pas d’impôt avant 1415. Son organisation économique assura à son territoire une prospérité qui n’a de comparable, à la même époque, que celle liée à l’activité des Templiers. Une telle prospérité prit fin, dans un cas comme dans l’autre, avec le démantèlement de ces ordres.
La Prusse des Chevaliers teutoniques était impliquée dans des activités de crédit à grande échelle. Le système en question – de même que celui des Templiers – ne présentait aucun caractère usuraire. De cette prospérité économique sans précédent témoigne le développement des ports de Danzig, Königsberg et Elbing, qui devinrent à l’époque des axes importants du commerce international. Les grandes entreprises liées au commerce du grain, du bois, de l’ambre et des minerais d’Europe centrale étaient propriétés d’Etat. L’usure était interdite. Le démantèlement de l’Ordensstaat au profit de principautés et monarchies séculières dépendantes de l’usure conduisit à l’instauration progressive d’un régime capitaliste financiarisé qui s’est imposé depuis sans restriction, avec son cycle inexorable de crises globales.
La donation des fleurs de lys
Il est peu connu que les Chevaliers teutoniques portaient sur leurs armes les fleurs de lys, à l’instar des rois Capétiens. Ceci remonte à une donation de Louis IX à l’ordre, réalisée en 1250 à Acre, au moment de la Croisade. Le roi Saint Louis souhaitait ainsi distinguer le mérite des Chevaliers, et ceci est l’un des derniers actes majeurs de son règne, juste avant sa captivité et sa mort. Si certains historiens doutent – je ne sais pourquoi – de la réalité de cette donation, celle-ci est établie par les chroniques de l’ordre.
Les Chevaliers teutoniques dans le Midi de la France
L’ordre teutonique possédait deux maisons dans le Midi de la France, à Montpellier et à Arles. Constitué en Terre sainte comme ordre d’hospitaliers et de moines soldats, les Teutoniques sont une création des nobles du Saint-Empire romain germanique, confirmée par le pape Innocent III en 1199. Le centre de l’ordre était d’abord situé à Acre, en Palestine, jusqu’à la perte de cette ville en 1291. À cette date, la maison principale fut déplacée à Venise. Ce n’est qu’en 1309 que l’ordre s’établit à Marienbourg, en Prusse, où il exerça la souveraineté dans les limites de l’Ordenstaat de Prusse et de Livonie. Si ses activités dans le cadre de l’Ordenstaat et de la christianisation des pays d’Europe orientale sont les plus connues, l’ordre n’en possédait pas moins des commanderies dans le bassin méditerranéen, en Grèce, en Italie, en Espagne, ainsi qu’en France : en Champagne et en Île-de-France (province dite de Francia), comme dans le Midi.
Il apparaît que les deux maisons de Montpellier et d’Arles ne relevaient pas de l’administration de la commanderie de Francia. La rareté des documents existants, ou connus, ne permet pas de l’assurer avec une certitude absolue, mais il semblerait plutôt, en effet, que ces maisons ou bien possédassent un statut plus ou moins indépendant ou bien fussent administrées par le procureur général de l’ordre à la cour pontificale d’Avignon.
Le 15 mars 1229, la ville de Montpellier octroya à deux procureurs du grand maître Hermann de Salza, Jean de Gordone et Guillaume de Muttels, l’hôpital Saint-Martin, dans le faubourg de la ville, une donation confirmée l’année suivante par bulle papale. Cette possession était importante dans le cadre des relations, notamment commerciales, avec le centre d’Acre en Palestine. La date de création de la maison d’Arles et de ses dépendances en Camargue est quant à elle inconnue : elle a dû avoir lieu au cours de la première moitié du XIIIe siècle. L’ordre administrait également à Arles un hôpital pour les pèlerins.
La première maison fut vendue en 1343 ; la seconde est mentionnée pour la dernière fois en 1354. Cependant, les contacts entre l’ordre et le Midi ne cessèrent pas avec la fin de cette commanderie. Des liens demeurèrent ainsi avec l’Université de Montpellier, où plusieurs frères de l’ordre firent leurs études et même enseignèrent ; par exemple, Dietrich von Ole, procureur du maître de Livonie, y enseigna entre 1364 et 1366. En outre, plusieurs représentants de la noblesse languedocienne participèrent, dans la seconde moitié du XIVe siècle, aux combats de l’ordre contre les Lituaniens.
L’implantation du centre de l’ordre à Marienbourg et, donc, le déplacement du champ d’action des Chevaliers beaucoup plus à l’Est sont la raison pour laquelle les activités des Chevaliers teutoniques dans le Midi de la France ne connurent pas un plus grand développement. Cependant, leur présence n’est pas restée sans influence, puisqu’ils ont contribué tant au développement de l’Université de Montpellier qu’à celui des relations entre les noblesses languedocienne et allemande.
Bibliographie (partielle) : Thomas Krämer, « L’Ordre teutonique dans le Midi », Cahiers de Fanjeaux n°41 (K. Forstreuter, Der Deutsche Orden am Mittelmeer ; H. d’Arbois de Jubainville, L’Ordre teutonique en France)
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Castrum peregrinorum
Le castrum peregrinorum, ou château des pèlerins, fut édifié en 1218 lors de la cinquième Croisade, à quelques kilomètres au sud d’Acre, de manière conjointe par l’ordre du Temple et les Chevaliers teutoniques. Le comte Gautier d’Avesnes, qui avait été libéré de sa captivité en Terre sainte par les Templiers, fut l’un des principaux contributeurs à son édification. Le château fut confié à la milice templière, qui en fit l’une de ses principales places fortes en Palestine. Il s’agissait pour elle de remplacer le siège qu’elle possédait à Jérusalem, dans le Temple de Salomon, dont l’Ayyoubide Saladin les avait chassés.
La forteresse subit avec succès plusieurs sièges de la part des musulmans, dont les plus notables eurent lieu en 1220, alors même que la construction du château n’était pas achevée, et en 1265. Le château fut abandonné par ses habitants en 1291, après que toutes les cités des Croisés en Terre sainte eurent été emportées par l’islam. Il fut la dernière possession non insulaire des Croisés en Palestine. Les Templiers se replièrent alors à Malte.
Le Grand-Maître du Temple Guillaume de Sonnac, gouverneur de la forteresse, fut le parrain de Pierre de France, comte d’Alençon, fils du roi Saint Louis, qui fit donation des fleurs de lys royales aux Chevaliers teutoniques par lettres patentes du 20 août 1250. C’est au château des pèlerins que résida Saint Louis après sa défaite à Damiette, sur le Nil, en 1249.
À l’intérieur du château se trouve une chapelle de forme orthogonale ; comme les autres églises bâties par les Templiers, elle reproduit, en dimensions réduites, la forme du Temple de Jérusalem.
Le castrum peregrinorum témoigne des relations étroites entre les deux ordres des Templiers et des Teutoniques.
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A Ordem de Cristo, ressurgimento da Ordem do Templo
L’Ordre du Christ au Portugal, successeur de l’Ordre du Temple
A bula de fundação Ad ea ex quibus concedida pelo Papa de Avinhão, João XXII, em 14 de Março de 1319, proclama primeiro o nascimento da nova Ordem, denominada Ordem de Cavalaria de N. S. Jesus Cristo e institui a fortaleza de Castro Marim, situada no extremo sudeste do país, na foz do Guadiana, como casa capitular. (…)
Os historiadores consideram que a Ordem de Cristo foi o principal refúgio dos Templários que escaparam às grandes detenções de 13 de Outubro de 1307, em França. Esta nova Ordem portuguesa constituiu, pois, o ressurgimento da Ordem do Templo. A maioria dos cavaleiros templários chegou a Portugal por mar, pois uma parte da frota templária, que tinha partido de La Rochelle para evitar a sua requisição, desembarcou no Porto de Serra d’El Rei, um bastião portuário erigido por Gualdim Pais, hoje desaparecido. Por consequência, a Ordem de Cristo herdou os conhecimentos dos Templários em matéria de construção e de navegação marítima. Estes serão utilizados, um século mais tarde, pelo Infante D. Henrique, o Navegador, governador da Ordem de Cristo, para aperfeiçoar a sua famosa caravela, cujas velas ostentam com orgulho a Cruz dos Templários, e, posteriormente, por Cristóvão Colombo, genro do Grão-Mestre da Ordem de Cristo.
Paulo Alexandre Loução (voir son livre Os Templários na Formação de Portugal, 2000)
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Vellédas chrétiennes : sainte Brigitte et sainte Dorothée
Le don de prophétie était chez les anciens Germains le fait surtout de certaines femmes. L’expression de weise Frauen pour les désigner – « femmes douées de sagesse » – n’a pas d’équivalent en français, ni le terme Salige également employé, notamment en Autriche, et qui comporte l’idée de sacralité (selig). Tacite ou encore Dion Cassius évoquent par exemple le rôle important joué chez les Germains par la voyante Velléda, du clan des Bructères.
La figure des weise Frauen, qui traverse toute l’Antiquité, présente une origine hyperboréenne. Ainsi, la Pythie était l’oracle d’Apollon à Delphes. Apollon était le dieu des Hyperboréens et Delphes devint sa capitale en Grèce. De même, les vierges hyperboréennes Opis et Argé étaient vénérées comme des saintes à Délos, l’île sacrée d’Apollon, et l’on y fêtait chaque année des fêtes en leur honneur. Le poète délien Olen, qui a également écrit des oracles et est l’auteur des premiers hymnes en l’honneur d’Apollon, a composé un chant les célébrant. Le don de prophétie était appelé le « délire apollinien » ; Hérodote rapporte qu’Aristée de Proconnèse en fut saisi lorsqu’il composa le chant des Arismapées, et qu’il fut même physiquement absent, après une catalepsie, durant toute la durée de son transport.
L’autre oracle majeur de l’Antiquité grecque, la Sibylle, était également prêtresse d’Apollon. On possède aujourd’hui encore des textes appelés Oracles sibyllins, qui étaient considérés par les premiers Pères de l’Église comme sources de foi chrétienne.
Les weise Frauen se sont conservées dans le christianisme médiéval sous l’aspect de saintes telles que sainte Brigitte de Suède et sainte Dorothée de Montau, patronne de l’Ordenstaat. (La Bible connaît également ces weise Frauen : Déborah – Cantique de Déborah –, la prophétesse Anne.)
Sainte Brigitte, fondatrice à Wadstena de l’ordre du Saint-Sauveur, est la patronne de Suède, mais également des pèlerins. Elle accomplit elle-même le pèlerinage de Compostelle et celui de Jérusalem. Ses révélations et prophéties ont été consignées par écrit, et une traduction française en fut faite en 1536 sous le nom de Prophéties merveilleuses de sainte Brigitte. Sainte Brigitte est souvent représentée avec un cœur accompagné de la croix rouge de Jérusalem, ou croix des Templiers.
Sainte Dorothée de Montau est la patronne de l’Ordensstaat fondé par les Chevaliers teutoniques. Ses prophéties et révélations sont contenues dans le Septililium de Johannes von Marienwerder. La demande de canonisation adressée par les chevaliers après sa mort n’aboutit pas avant 1976 ! Mais les populations catholiques de Prusse témoignaient ouvertement leur mépris pour la bureaucratie curiale en célébrant chaque année la fête de leur sainte.
Le prestige de ces weise Frauen devait être contré au sein de l’Église par les mêmes forces qui instituèrent les ordres mendiants, et tel fut le rôle joué par Thérèse d’Avila. Les commentateurs récents, y compris chrétiens, se complaisent à souligner le caractère érotique et scabreux des effusions de cette dernière. Thérèse d’Avila institua une nouvelle règle pour les cloîtrées, dont J.-K. Huysmans écrit ceci, dans La Cathédrale : « Si la règle de sainte Thérèse, qui ne permet d’allumer le feu que dans les cuisines, est tolérable en Espagne, elle est vraiment meurtrière dans le climat glacé des Flandres. » L’écrivain impute la mort de sainte Marie-Marguerite des Anges à l’application de cette règle d’origine méridionale par les populations du Nord.
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Shikusim & Behemoth
« Ils sont allés vers Beelphegor et sont devenus shikusim comme l’objet de leur amour. » (Osée IX, 10) Ce qu’est l’objet de cet amour, les traductions modernes de la Bible ne permettent pas de s’en faire une idée exacte, ce dont on peut se rendre compte à la lecture des passages suivants, où un même terme est rapporté tel que dans son texte original, afin de bien faire comprendre de quoi il s’agit en réalité.
« La femme ne s’approchera point d’un behemah (traduit par « bête ») pour se prostituer à lui. » (Lév. XVIII, 19)
« Que les hommes et les behemoth (traduit par « animaux ») soient couverts de sacs, qu’ils crient à Dieu avec force, et qu’ils reviennent tous de leur mauvaise voie et des actes de violence dont leurs mains sont coupables. » (Jonas III, 8)
« Le behemoth est la première des œuvres de Dieu. » (Job XL, 14)
Lorsque le traducteur écrit « bête », « animal », puis « behemoth », il ne permet pas au lecteur de comprendre qu’il s’agit dans tous les cas de la même chose. Dans la mesure où le behema se couvre de sacs et crie vers Dieu, comme les hommes, cela ne peut pas être un animal et, par conséquent, la transgression évoquée dans Lév. XVIII, 19 n’est pas non plus la bestialité au sens où nous l’entendons.
En réalité, compte tenu du troisième passage cité et d’autres, le behemah est une espèce quasi-humaine archaïque aujourd’hui disparue en tant que telle mais qui se perpétue sous des formes hybrides.
La méditation sur « les suites du péché originel » – sur la condition misérable de l’homme à la suite du péché originel – est caractéristique de la pensée chrétienne. C’est un fait curieux qu’elle soit absente de la pensée juive, alors que l’événement lui-même figure dans l’Ancien Testament commun aux deux religions.
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Cagots et Gavaches
« Le mot Schratt – d’où Schrättling – est un ancien et excellent terme allemand désignant un homme-bête ou homme archaïque. Il apparaît souvent dans des noms de lieu (en particulier des localités isolées), et cela montre que des races humaines archaïques se sont conservées en Europe centrale jusqu’au Moyen Âge. Par ex. Schratten-feld, -berg, -stein, -tal, etc. » (Lanz von Liebenfels, Das Buch der Psalmen Teutsch)
Il existe également des témoignages irréfutables de l’existence, dans un passé pas si lointain encore, de races archaïques d’hominidés dans certaines parties de la France. Leurs noms se sont conservés jusqu’à nous, si nous avons oublié l’étrangeté que ces noms recouvrent. Ce sont les cagots, gavaches, cacous, colliberts et autres dont nous informe par exemple le Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France (1874, 4e éd.) d’A. Chéruel. L’embarras et la perplexité de l’auteur ressortent clairement de l’exposé qui figure à l’entrée « Cagots » de ce Dictionnaire.
« Cagots, ou agots – Les cagots, cagous, cacoux, caqueux, sont une race misérable qu’on retrouve principalement dans les Pyrénées, et sur le littoral de l’Océan jusqu’en Bretagne. Les noms varient suivant les localités. Les formes cagots, cagoux, transgots, sont usitées surtout dans les Pyrénées ; gahets, gaffets, dans le département de la Gironde ; gavaches, dans le pays de Biscaye ; ailleurs, gavets et gavots ; colliberts, dans le bas Poitou ; caqueux, ou caquins en Bretagne. Ces populations étaient jadis séquestrées comme les lépreux, et la croyance populaire les accusait de dégradation morale et physique. À l’église, on leur assignait une place spéciale. Les cagots ne pouvaient se marier qu’entre eux. Ils exerçaient généralement des métiers qui les tenaient à l’écart ; ils étaient souvent charpentiers ou cordiers. Les colliberts du bas Poitou sont encore pêcheurs. Aujourd’hui même le préjugé populaire les poursuit et les tient dans l’isolement. Comment s’expliquent le caractère étrange et la position de ces populations ? d’où viennent leurs noms ? On a imaginé une multitude d’hypothèses contradictoires. L’opinion la plus vraisemblable considère ces races proscrites comme des Espagnols émigrés en France ; le peuple les assimilant aux Goths, qui avaient occupé l’Espagne, les appela ca-goths (chiens de Goths). On place ces émigrations vers l’époque de Charlemagne. Le droit du moyen âge, si peu favorable à l’étranger, les condamna à une position inférieure, et le préjugé populaire les confondit avec les lépreux. Les progrès de la civilisation n’ont pu entièrement dissiper cette erreur et détruire ces coutumes barbares. Il paraît certain, malgré les assertions de quelques voyageurs, que les cagots n’ont rien de commun avec les crétins. » (Chéruel : Cagots)
La mention des crétins est intéressante. Voici la définition que donne le Littré du mot « cagot » : « Peuplade des Pyrénées affectée d’une sorte de crétinisme. » Les crétins pourraient être le reliquat d’une race archaïque ; toutes les races archaïques ont été contraintes par l’expansion de l’homme européen de trouver un refuge dans des lieux peu accessibles : tels sont les Schrättlinge des « lieux isolés » évoqués plus haut, les cagots des Pyrénées, les colliberts du Marais poitevin, les crétins des Alpes… Le Grand Larousse du XIXe siècle souligne que les cagots « étaient sous la protection de l’Eglise ».
Il est certain que « l’opinion la plus vraisemblable » selon Chéruel au sujet de l’origine de ces populations est fausse, car les Espagnols se servent du terme gabachos (gavaches) pour désigner péjorativement les Français. Ces cagots et gavaches étaient donc étrangers tant aux Français qu’à leurs voisins espagnols, qui s’insultaient réciproquement du nom de ces hommes-bêtes proscrits.
« Races maudites – On a désigné sous ce nom des populations de la France qui étaient condamnées à une sorte de proscription, comme les cagots, les colliberts, les gavaches. » (Chéruel : Races maudites)
Quiconque a vu le film Freaks de Tod Browning (1932) trouvera que les cagots ici photographiés auraient pu figurer en bonne place dans les cirques ambulants de l’époque (freak shows). Le nanisme et les autres singularités physiques de ces individus, si elles ne sont pas suffisamment expliquées par le milieu et/ou la consanguinité, pourraient indiquer des origines ethniques distinctes.
Deux crétins des Alpes
(Légende : « Atrophiés des Hautes Montagnes »)
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Galates et Gaulois dans l’Ancien Testament
« Les fils de Japhet furent : Gomer, Magog, Madaï, Javan, Tubal, Méschec et Tirac. » (Gen. X : 2)
Parmi les descendants de Japhet, les descendants de Magog furent les Scythes et les Goths, ceux de Madaï les Mèdes, ceux de Javan les Ioniens, ceux de Tubal les Ibères, ceux de Méschec les Cappadociens, ceux de Tirac les Thraces, ceux de Gomer, enfin, les Galates (commentaire de la Bible par le Jésuite Cornelius a Lapide ; dans ce passage : d’après Josèphe, saint Jérôme et saint Isidore).
« Galate » est le nom donné à un rameau des Celtes établi en Orient. Partis de Gaule sous la direction de leur prince Brennus, ils s’établirent au troisième siècle av. J.-C. en Anatolie, dans le pays qui porte leur nom, la Galatie (en rouge foncé sur la carte). Saint Jérôme écrit qu’ils y parlaient encore la langue des Gaulois au quatrième siècle de notre ère.
Les Galates se rendirent également en Galilée. Le Christ historique et ses Apôtres étaient originaires de Galilée. Ce sont vraisemblablement des Galates, des Celtes ; à l’appui de cette dernière assertion, la Bible nomme cette région « la Galilée des Gentils (ou des goys) » (galil haggoyim) (Math. IV, 16), et le judaïsme des Pharisiens proscrivait le mariage entre Juifs et Galiléens. C’est d’un tel pays que provient le Messie du christianisme, non reconnu par les juifs. D’ailleurs, quand les juifs appellent Jésus « le Galiléen », cela veut bien dire, je pense : « Pas de chez nous. »
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Note sur le Codex argenteus ou Bible d’argent
La Bible d’argent, conservée à la bibliothèque Carolina Rediviva d’Uppsala en Suède, doit son nom au fait qu’elle est écrite, à la main, sur du parchemin pourpre avec de l’encre argentée. C’est une copie des évangiles gothiques d’Ulfilas attribuée à Wiljarith, copiste d’origine gothe exerçant au VIe siècle à Ravenne, capitale du royaume ostrogoth, où la Bible d’Ulfilas était en usage. Sur les 336 pages que comptait l’ouvrage à l’origine, seules 188 nous sont parvenues.
La Bible d’Ulfilas est l’un des rares documents en langue gothique que nous connaissions. Le principal lieu de conservation de documents théologiques en langue gothique était, semble-t-il, la bibliothèque de Narbonne, dans le royaume wisigothique de Septimanie ; la bibliothèque fut incendiée à l’instigation de catholiques orthodoxes : « [Après la conversion au catholicisme] on note des vexations regrettables, comme l’incendie du lieu de culte arien à Narbonne où brûleront les livres de théologie. » (G. Labouysse, Les Wisigoths, 2005)
La traduction d’Ulfilas en langue gothique est plus ancienne que la traduction latine de saint Jérôme, puisqu’elle date du IVe siècle après J.C. Considérant ce fait, il est regrettable qu’aucun théologien, aucun historien de la littérature ou linguiste, ne se soit servi de cette traduction à des fins d’exégèse, si l’on excepte les théologiens goths représentants de l’arianisme, dont les écrits sont partis en fumée.
Labouysse, précédemment cité, relève que « l’étude assidue de la Bible gothique à la cour de Toulouse » (p. 87) contribua à maintenir l’usage de la langue gothique en Septimanie.
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Chateaubriand, victime ignorée du vampirisme
« Les adolescents ne sont pas tourmentés dans leurs rêves par leurs propres fantasmes, mais par ceux des autres (…) Objet du désir d’une femme, qu’il ne connaît probablement pas, l’adolescent souffre, se sent possédé, prisonnier, et peut parfois tenter de mettre fin à ses jours pour se libérer du vampire. » (Strindberg, Un livre bleu)
La science matérialiste ne dit mot des phénomènes psychiques que, suivant en cela le génial Strindberg, nous décrivons sous le nom de « vampirisme », et qui sont pourtant une réalité certaine, tant dans leurs causes que dans leurs effets, pouvant conduire les individus à la mort. Mais comment s’étonner d’un tel aveuglement de la part de ceux qui seraient censés étudier les phénomènes de cette nature, alors que le témoignage le plus remarquable d’un cas de vampirisme, par une des plus grandes figures de la littérature française, reste ignoré à ce jour, quand bien même l’œuvre qui porte ce témoignage est mondialement connue ? Je veux parler de François-René de Chateaubriand et de ses Mémoires d’outre-tombe.
Mémoires d’outre-tombe : le titre même de l’autobiographie, ce premier contact du lecteur avec l’œuvre, révèle, quelles que soient les raisons qu’invoqua Chateaubriand pour donner le change à ses contemporains, que c’est un mort-vivant qui s’exprime. L’œuvre dans son entier est plongée dans une atmosphère de profonde mélancolie, de regret de vivre, que son auteur cherche à communiquer comme sa réalité la plus vraie. Écrits à plusieurs époques de la vie de Chateaubriand, ces mémoires comprennent dans chacune de leurs parties des considérations sur la destinée humaine portant la marque de cette incurable mélancolie, de ce désespoir irrémédiable que ni la philosophie, ni la religion que l’auteur confesse et dont il se fit le champion en des temps d’athéisme, ne parviennent à consoler. Chateaubriand se sait malade, atteint ; il ignore ce qui pourrait rompre sa malédiction, et finit même par déplorer ses succès littéraires, qui donneraient à penser à une jeunesse sans repère que le désespoir est la marque la plus assurée du génie.
Or Chateaubriand était la victime d’un vampire, duquel il ne se délivra jamais et qui fit de lui le mort-vivant que sa lucidité angoissée, désespérée nous a donné à connaître comme tel.
« Un voisin de la terre de Combourg était venu passer quelques jours au château avec sa femme, fort jolie. Je ne sais ce qui advint dans le village ; on courut à l’une des fenêtres de la grand’salle pour regarder. J’y arrivai le premier, l’étrangère se précipitait sur mes pas, je voulus lui céder la place et je me tournai vers elle ; elle me barra involontairement le chemin, et je me sentis pressé entre elle et la fenêtre. Je ne sus plus ce qui se passa autour de moi. » (Mémoires d’outre-tombe, III, 9)
Ainsi commença l’envoûtement. Le contact physique avec l’étrangère eut pour effet de faire entrer dans la vie intérieure du jeune Chateaubriand « une femme » (« Je me composai une femme de toutes les femmes que j’avais vues »), dont l’image le suivait partout et l’obsédait tant qu’il en vint, après deux années de souffrances, à commettre une tentative de suicide, qui échoua. Cette femme, qu’il appelle sa « sylphide », ne le quittait plus, même après des années, un voyage dans les terres sauvages de l’Amérique, la Révolution française, l’émigration en Angleterre. Et s’il n’en fait plus mention après son mariage, c’est sans doute davantage pour des considérations de bienséance. Du reste, il faut croire que le vampire a bien dû finir par se retirer à un moment, après l’avoir vidé de sa substance psychique.
Malgré les éminentes qualités qu’il lui reconnaît, Chateaubriand ne semble guère avoir aimé son épouse d’une bien vive affection. Le fait qu’il soit resté sans enfant est sans doute significatif également. Par ailleurs, je nie que Chateaubriand ait eu un quelconque amour incestueux pour sa sœur, ce que certains se sont crus autorisés à affirmer, en interprétant et déformant ses écrits de la manière la plus absurde. J’observe, enfin, que le chapitre relatant l’événement avec l’étrangère ici rapporté – et cet événement seulement – s’intitule Révélation sur le mystère de ma vie, ce qui montre l’importance que Chateaubriand lui prêtait, et qui montre aussi qu’il en tirait des conclusions à peu près semblables à celles que nous avons développées. Une lecture plate et banale de ce titre, par laquelle on ferait dire à Chateaubriand que c’est de cette manière qu’il eut la notion de l’amour des femmes, est irrecevable car il n’apparaît nulle part dans l’œuvre de Chateaubriand que l’amour des femmes fût quelque chose comme le « mystère de sa vie », ni même, à vrai dire, qu’il lui fût quelque chose de bien particulier, si l’on excepte des œuvres de jeunesse comme René, qui renvoie d’ailleurs elle-même à ladite voisine et à la possession vampirique.
On dira peut-être qu’il est heureux qu’il fût ainsi vampirisé car il n’aurait pas, autrement, écrit les œuvres qui ont immortalisé son nom. J’affirme pour ma part que rarement un écrivain et penseur a donné de manière aussi nette le sentiment d’être resté en-deçà de ses capacités.
Chateaubriand n’a pas été victime de son imagination mais de celle de l’étrangère, dont l’esprit était vraisemblablement morne et l’existence ennuyeuse, que le contact avec le jeune homme embrasa complètement et dont le désir exacerbé s’incarna dans un spectre maudit, assoiffé.
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Le Dédoublement de personnalité
expliqué par le swedenborgisme
Les phénomènes de dédoublement de personnalité, qui ont trouvé une expression littéraire intéressante dans les personnages du Dr. Jekyll et de Mister Hyde, peuvent être expliqués de manière satisfaisante par le recours aux concepts et à la philosophie morale de Swedenborg.
L’homme intérieur est le spirituel en l’homme, l’homme extérieur le naturel. L’homme intérieur est le réceptacle des influences spirituelles, où Dieu insuffle en l’homme l’amour divin et l’amour du prochain (sur ce qu’est au juste l’amour du prochain, voir Arcana Cœlestia ou le Traité sur l’amour). L’homme externe est le réceptacle des influences de la nature matérielle, par lequel l’homme jouit de l’amour égoïste de soi et de l’amour des choses qui sont dans le monde. Dans le présent état de l’humanité, l’homme intérieur est dit « fermé » à la naissance, des suites du péché originel, c’est-à-dire qu’il n’est pas en mesure d’être influencé par le spirituel émané de Dieu, sans une conversion.
Dans la mesure où l’homme interne est l’agent de l’amour du prochain, l’Église, c’est-à-dire la communauté des hommes, ne peut être composée de personnes pour lesquelles l’homme interne reste « fermé » à l’amour divin. L’homme naturel est ennemi de la société, comme les esprits mauvais sont hostiles à l’ordre spirituel céleste. Toute personne se voit donc investie de responsabilités et d’honneurs de la part de la communauté dans laquelle elle vit en fonction de l’amour du prochain dont elle est animée†. Ces responsabilités ne peuvent être assumées, en raison des contraintes qu’elles entraînent, que par un constant amour du prochain, donc par l’assujettissement de l’homme naturel en soi. Cependant, l’homme naturel n’est jamais complètement vaincu, dans cette vie terrestre, et représente pour l’homme spirituel une cause permanente de tentation.
Céder à la tentation est la cause des modifications de la personnalité, car l’homme naturel recouvre dans ces moments son empire. Les contraintes liées à la position sociale et aux responsabilités lui paraissent alors insupportables, écœurantes ; les personnes de son entourage deviennent l’objet de son ressentiment et de sa haine ; sa vie lui semble absurde. Il n’y a aucun moyen pour l’homme de résister aux mouvements violents que lui suscitent en cet état les mille contrariétés de son existence habituelle, et l’homme au commerce doux et affable d’hier (Dr. Jekyll) devient irritable, méchant, brutal (Mister Hyde). Dans la conscience qu’il a de cette situation, il ne peut qu’assister impuissant au déchaînement de l’homme naturel contre les conditions créées par l’homme spirituel, et attendre, en expiant la tentation et la chute, que privé de l’aliment de son amour égoïste l’homme externe se soumette à nouveau.
Telle était la conception des Anciens, exprimée dans les notions de pureté et d’impureté. En état d’impureté, l’individu se retirait provisoirement de la société, interrompant ses relations courantes. Ainsi, dans Sam. 20: 26, Saül s’explique-t-il l’absence de David au banquet par un état d’impureté : « Saül ne dit rien ce jour-là ; car, pensa-t-il, c’est par hasard, il n’est pas pur, certainement il n’est pas pur. »
† Swedenborg insiste également sur le cas des hypocrites, qui feignent l’amour du prochain en vue de l’honneur et des biens qu’ils en retirent dans l’Église (la communauté).
Swedenborg Chapel, Cambridge (Massachusetts)
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Une bibliographie de Carolus Lundius
sur l’Amérique précolombienne
Dans le livre de Carolus Lundius sur Zalmoxis en 1684, il est dit qu’avant Colomb arrivèrent en Amérique, de l’Ouest des Phéniciens, du Nord des Scythes, de l’Est des Chinois, et l’auteur ajoute la bibliographie suivante :
Johan. Ler. Histor. Navig. in Brasil
Gom. Hist. Ind.
Brul. Hist. Peruan.
Acost. De Nat. A. O.
Freder. Lum. de B. ext.
Grot. Diss. de orig. Gent. Am. (Il s’agit d’Hugo de Groot, ou Grotius)
Joh. de Laet., sus notas sobre el previo
Marc. Lescarb. Hist. Nov. Fr.
Horn. De orig. Gent. Amer. (Il s’agit de l’historien Georg Horn, ou Hornius)
Joh. Hornbeck De Convers. Ind.
Hugo de Groot ou Hugo Grotius (1583 – 1645), escreveu um pequeno texto De origine gentium americanarum, (está online em http://digbib.bibliothek.uni-augsbur…_02_8_0242.pdf – pags 36 até final). onde concluía que os americanos tinham uma ascendência múltipla, sendo descendentes de escandinavos, etíopes e chineses. http://www.arlindo-correia.com/160207.html
& Corroboration par Ernest Renan d’une présence phénicienne en Amérique précolombienne :
« Poço do Umbu : Rio Grande do Norte. ‘Local onde há letreiros encarnados sobre as pedras. Foi Renan que, a pedido de Ladislau Neto, examinou cópias de inscrições petrográficas brasileiras, dando-lhes origens fenícias.’ (M. Cavalcanti Proença) » (Glossaire de Macunaíma, Mário de Andrade, Edições Unesco)
Les « Indiens blancs » dans la littérature latinoaméricaine (deux exemples) :
Alcides Arguedas, Pueblo enfermo (1090, tercera ed. 1936, p. 22) : « Hay mucha variedad de tipo, entre los Araonas [Indios de Bolivia], pues mientras que unos son verdaderamente zambos, otros son de un tipo muy parecido al europeo. Los hay de nariz larga y aguda, cuando el indio, en general, la tiene chata. Hay muchos barbones y alguno que otro calvo, cosa tan rara entre los indios. Existen muchos verdaderamente rubios, tanto entre hombres como entre las mujeres. »
Ernesto Giménez Caballero, Revelación del Paraguay (1967) : « Esa raza ambarina y admirable, llamada guaraní, morena clara, blanca aún antes de transculturarse con la española. » (p. 27)
« Yo creo que las razas esenciales que poblaron la América prehispánica fueron tres : (…) la andina o serrana (…), la pampeana o llanera. Y la atlántica (atlantillana, antillana, ribereña), de donde procedieran aquellos caraibes o caribes o carios de los que surgirían los guaraníes como modalidad señorial, pues ‘señor’ significa en guaraní ‘caray’, como en Europa el nombre de Arios. (…) Carios, Arios… Ya los cronistas y luego los etnógrafos habían revelado la distinción de esa etnia paraguaya. Nuestro Rivadeneyra habló de ‘mozos fuertes’ y ‘esbeltos como robles’. Como ‘muy blancos, aún más a veces que los españoles’, los vieron D’Orbigny y Humbolt y nuestro Azara. (…) Carios, Arios… Quizá está la clave de esto en aquella leyenda del dios Are o Ario, cuya sombra sagrada quedó por estas selvas vagando tras hundirse el fantástico continente de la Atlántida, que unía Europa a América. » (p. 142)
« Cariátides, porque son de la raza caria, la raza misteriosa de estas tierras, la raza que enlaza, no se sabrá nunca por qué, con la estirpe helénica, aquella de los carios, a la que perteneciera la hija de Dión, transformada en árbol por Baco enomorado y, luego, en columna para sostener los templos. Aquella hija de Dión nominada, justamente, Caria. » (p. 162)
« Los gallegos van, vienen y andan por América desde antes de Cristóbal Colón, siendo, para mí, los primeros pobladores de este continente. » (p. 227)
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Vikings du Limousin et Amazones
Les historiens ne nient pas (encore) que les Vikings ont occupé le Limousin. Ainsi savons-nous que : “By defeating the Vikings of the Limousin, Rudolph [de Bourgogne] received the allegiance of the Aquitainians and the homage of William Longsword, now duke.” (geni.com) Et je suis porté à croire que la ville de Tulle porte, sans le savoir, un nom hyperboréen, celui de Thulé. Une autre ville au nom semblable est Tula, au Mexique, célèbre pour ses atlantes.
De même, le nom de famille Beaupoil, en Limousin – une famille comptant notamment un poète lequel, selon Voltaire, écrivit ses poèmes les mieux réussis à quatre-vingt-dix ans passés –, pourrait être nommée en souvenir du roi norvégien Harald Hårfagre ou « Harald à la belle chevelure », le mot hår, comme l’anglais hair, pouvant désigner à la fois les poils et les cheveux. Autrement dit, le nom du roi norvégien pourrait se lire Harald Beaupoil.
Les Amazones de l’Antiquité étaient les femmes des Goths.
Jornandès, Histoire des Goths (De Getarum sive Gothorum origine et rebus gestis):
Après sa mort [la mort de Taunasis, roi goth vainqueur du pharaon Sesostris], tandis que son armée, sous les ordres de son successeur, faisait une expédition dans d’autres contrées, un peuple voisin attaqua les femmes des Goths, et voulut en faire sa proie ; mais celles-ci résistèrent vaillamment à leurs ravisseurs, et repoussèrent l’ennemi qui fondait sur elles, à sa grande honte. Cette victoire affermit et accrut leur audace : s’excitant les unes les autres, elles prennent les armes, et choisissent pour les commander Lampeto et Marpesia, d’eux d’entre elles qui avaient montré le plus de résolution. Celles-ci voulant porter la guerre au dehors, et pourvoir en même temps à la défense du pays, consultèrent le sort, qui décida que Lampeto resterait pour garder les frontières. Alors Marpesia se mit à la tête d’une armée de femmes, et conduisit en Asie ces soldats d’une nouvelle espèce. Là, de diverses nations soumettant les unes par les armes, se conciliant l’amitié des autres, elle parvint jusqu’au Caucase ; et y étant demeuré un certain temps, elle donna son nom au lieu où elle s’était arrêtée : le rocher de Marpesia. Aussi Virgile a-t-il dit : Comme le dur caillou ou le roc Marpésien.
C’est en ce lieu que, plus tard, Alexandre le Grand établit des portes, qu’il appela Pyles Caspiennes. Aujourd’hui la nation des Lazes les garde, pour la défense des Romains. Après être restées quelque temps dans ce pays, les Amazones reprirent courage ; elles en sortirent, et, passant le fleuve Atys, qui coule auprès de la ville de Garganum, elles subjuguèrent, avec un bonheur qui ne se démentit pas, l’Arménie, la Syrie, la Cilicie, la Galatie, la Pisidie, et toutes les villes de l’Asie : puis elles se tournèrent vers l’Ionie et l’Éolie, et soumirent ces provinces. Leur domination s’y prolongea; elles y fondirent même des villes et des forteresses, auxquelles elles donnèrent leur nom. A Éphèse, elles élevèrent à Diane, à cause de sa passion pour le tir de l’arc et la chasse, exercices auxquels elles s’étaient toujours livrées, un temple d’une merveilleuse beauté, où elles prodiguèrent les richesses. La fortune ayant ainsi rendu les femmes de la nation des Scythes maîtresses de l’Asie, elles la gardèrent environ cent ans, et à la fin retournèrent auprès de leurs compagnes, aux rochers Marpésiens, dont nous avons déjà parlé, c’est-à-dire sur le mont Caucase. (…)
Les Amazones, craignant que leur race ne vînt à s’éteindre, demandèrent des époux aux peuples voisins. Elles convinrent avec eux de se réunir une fois l’année, en sorte que par la suite, quand ceux-ci reviendraient les trouver, tout ce qu’elles auraient mis au monde d’enfants mâles seraient rendus aux pères, tandis que les mères instruiraient aux combats tout ce qu’il serait né d’enfants de sexe féminin. Ou bien, comme d’autres le racontent différemment, quand elles donnaient le jour à des enfants mâles, elles vouaient à ces infortunés une haine de marâtre, et leur arrachaient la vie. Ainsi l’enfantement, salué, comme on sait, par des transports de joie dans le reste du monde, chez elles était abominable. Cette réputation de barbarie répandait une grande terreur autour d’elles ; car, je vous le demande, que pouvait espérer l’ennemi prisonnier de femmes qui se faisaient une loi de ne pas même épargner leurs propres enfants ? On raconte qu’Hercule combattit contre les Amazones, et que Mélanès les soumit plutôt par la ruse que par la force. Thésée, à son tour, fit sa proie d’Hippolyte, et l’emmena ; il en eut son fils Hippolyte. Après elle les Amazones eurent pour reine Penthésilée, dont les hauts faits à la guerre de Troie sont arrivés jusqu’à nous. L’empire de ces femmes passe pour avoir duré jusqu’à Alexandre le Grand.
Or, si le fleuve Amazone et l’Amazonie, dans le Nouveau Monde, ont été nommés d’après ces femmes, c’est que le conquistador Francisco de Orellana, lors de son expédition sur le fleuve, rencontra un groupe de femmes « de haute taille et à la peau blanche » (chronique du père Gaspar de Carvajal) qui décochèrent quelques flèches sur ses hommes avant de disparaître. Interrogés, les Indiens racontèrent aux Espagnols qu’il s’agissait d’un peuple de femmes vivant dans une cité bâtie en pierres (cette cité dont le Dr Michael Heckenberger a, je pense, retrouvé la trace, associée à des terrains fertiles de « terra preta », terre noire, d’origine humaine).
Pour Jacques de Mahieu, ces Amazones étaient le reliquat de Vikings installés en Amérique du Sud, les « dieux blancs » des peuples précolombiens, dont le vénérable Quetzacoatl, représenté avec une barbe blonde (Thor Heyerdahl rapporte des mythes similaires dans les îles du Pacifique). Pensez à la manière dont le Brésil a été « découvert » au XVIe siècle : le Portugais Pedro Alvares de Cabral se rendait au Cap, en Afrique du Sud, lorsque les vents firent dériver son bateau jusqu’au Brésil ! Et une telle chose ne se serait jamais produite auparavant, dans l’histoire de la navigation, en particulier pour des Normands dont la colonie du Groenland entretenait des liens constants avec l’Islande et l’Europe au Moyen Âge ? (Pour en savoir plus, lire Ingeborg, A Viking Girl on the Blue Lagoon ici)






