Tagged: Maurice Duverger
Notes de science administrative et politique
Si une personne, pour telle ou telle raison, entend absolument connaître l’identité d’un internaute quand bien même celui-ci utiliserait un pseudonyme, il lui suffit de rémunérer les services d’un hacker ou autre, qui lui communiquera l’information qu’elle recherche. Le devoir de réserve du fonctionnaire français ne saurait lui imposer de parer les techniques d’espionnage les plus diverses, contre lesquelles un fonctionnaire ordinaire n’a d’ailleurs pas les moyens de se prémunir. Les personnes qui connaissent un fonctionnaire et peuvent par conséquent l’identifier à partir d’un compte internet à son nom sont tenues au même raisonnement : le cas particulier dont elles ressortissent n’infirme pas la règle générale, qui est que toute personne conjecturant une identité de personne sur la base d’éléments non probants et demandant une corroboration, n’est pas fondée à faire passer cette simple conjecture pour une preuve. En d’autres termes, que le nom du fonctionnaire apparaisse à la fois sur le site de son administration et, par exemple, sur un compte Twitter ne permet pas, sans plus, de savoir qu’il s’agit d’une seule et même personne. Ce fonctionnaire a respecté son devoir de réserve s’il a tu en toute circonstance la nature de ses activités professionnelles sur son compte Twitter.
Même si le fonctionnaire publie sa photo sur son compte Twitter, il faudrait pour que le précédent raisonnement soit contredit que sa photo soit également publiée sur le site de son administration. Autrement, le cas particulier des personnes connaissant personnellement ce fonctionnaire n’infirme pas la règle générale (mais plutôt « l’exception confirme la règle »). La comparaison de deux photos sur deux sites différents peut permettre à une personne ne connaissant pas le fonctionnaire de l’identifier de façon probante comme étant à la fois ce fonctionnaire et l’auteur du compte Twitter ; c’est la seule identification probante possible, le reste n’est que conjectures. Une photo parfaitement identifiable ne constitue pas, pour les gens qui ne connaissent pas le fonctionnaire, une preuve que l’auteur du compte Twitter est le fonctionnaire dont le nom figure sur le site de l’administration sans photo.
*
Un homme d’État qui avait, dit-on, de l’esprit, Winston Churchill, a ainsi décrit la démocratie : « La démocratie est le pire des régimes, à l’exception de tous les autres déjà essayés dans le passé. » J’y vois l’aveu lucide (et spirituel) que la démocratie n’est pas une forme parfaite, que ce régime a ses contradictions. Un régime imparfait ne saurait se placer au-dessus de la critique. Par sa nature même, la démocratie n’est pas au-dessus de la critique, car c’est la tyrannie qui est au-dessus de la critique, pas la liberté. Qu’il y ait en démocratie des critiques de la démocratie elle-même n’a donc rien de choquant. La pratique de l’Assemblée nationale en France confirme cette pensée : députés royalistes et bonapartistes sous la Troisième République, députés communistes, et même staliniens, pendant la Guerre froide…
*
Quand, dans une situation de crise, la classe politique adopte une attitude systématiquement hostile envers la fonction publique, le dilemme du fonctionnaire, pris entre sa loyauté envers la classe politique et sa loyauté envers la fonction publique, devient aigu, par exemple si le nécessaire respect des critères maastrichtiens conduit la classe politique à une entreprise de destruction de la fonction publique, alors même que ce nécessaire respect appellerait tout autant une refonte en profondeur des modalités de notre démocratie politique, la refonte d’une classe politique pléthorique (un Français sur cent est un élu), compte tenu des aspirations de plus en plus grandes des citoyens à des formes plus directes de démocratie.
Le respect des critères maastrichtiens appelle une négociation des modalités pour parvenir à l’objectif fixé et un effort de la part de tous, car « l’État » ce n’est pas seulement la fonction publique, c’est la fonction publique et la classe politique (ou les organes de la démocratie politique). Les hauts fonctionnaires seraient bien placés pour faire entendre un tel point de vue, et ce en tant que hauts fonctionnaires plutôt qu’en passant par des campagnes électorales car ils rejoindraient alors la classe politique et en adopteraient, par un certain déterminisme des dynamiques sociales, les intérêts, c’est-à-dire qu’ils se mettraient à dire purement et simplement que les critères maastrichtiens appellent une refonte de l’État entendu sous le seul angle de la fonction publique. J’ai en tête l’exemple d’un général qui, après avoir vécu dans sa chair les contradictions que je viens de décrire (ayant démissionné après s’être entendu dire par un homme politique : « Un militaire, c’est comme un ministre : ça ferme sa gueule ou ça s’en va ») a décidé de se lancer en politique et tient désormais, sur Twitter, le discours selon lequel la France est contrôlée par une technocratie de fonctionnaires, et ce alors même qu’en tant que fonctionnaire il a pu se rendre compte peut-être mieux que quiconque de la considération avec laquelle l’expertise d’un fonctionnaire est accueillie par la classe politique quand elle ne plaît pas à cette dernière.
*
Il arrive que des dictatures se dotent d’organes délibératifs, parfois même appelés des assemblées ; l’existence d’une assemblée ne suffit donc pas à elle seule à caractériser un pays libre doté d’institutions libres.
*
Les obstacles que les députés eux-mêmes opposent à l’encadrement du débat parlementaire rendent depuis des décennies les dispositions des règlements des Chambres en la matière totalement inopérantes et les réformes successives et continuelles pour y pallier, absolument vaines. Certains adoptent le point de vue que de telles dispositions des règlements ne sont pas conformes à ce que doit être l’esprit des institutions démocratiques et se réjouissent par conséquent de leur non-application. Ce qui me conduit à demander comment le Royaume-Uni fait pour se croire un pays démocratique avec des procédures telles que la « guillotine » (guillotine ou closure), en vigueur depuis 1887, le « kangourou » (kangaroo motion), en vigueur depuis 1909, et d’autres, qui font dire à l’anglophile Maurice Duverger que le débat parlementaire en Grande-Bretagne est fortement encadré. – Certes, l’encadrement du débat parlementaire doit être plus simple dans un régime de bipartisme (le régime britannique) que dans un régime de multipartisme.
Alors que la communication des hommes politiques se fait désormais presque à 100 % dans les médias de masse, cette communication est soumise aux propres règles de ces médias, quand bien même ceux-ci, quelle que soit leur importance dans une société démocratique, n’ont pas la légitimité du suffrage universel, tandis que les règles que la représentation nationale se fixe elle-même, dans le règlement de l’Assemblée, la représentation nationale y oppose en permanence l’argument de l’atteinte à la démocratie. Quelle contradiction ! Cette facilité langagière lourde de conséquences passe complètement sous silence la nécessaire discipline que le débat parlementaire doit conserver pour ne pas bloquer le fonctionnement des institutions.
*
Les dérogations aux libertés fondamentales ont pour principal effet de tirer la communauté citoyenne vers le bas, de l’entraver dans son émancipation et élévation. Le militaire qui n’a pas le droit de se syndiquer, et dont la femme doit s’exprimer le visage flouté à la télévision pour dénoncer les indignes conditions de travail de son conjoint dans le cadre du plan Vigipirate, des mois entiers à dormir dans un gymnase loin de sa famille, tire la citoyenneté vers le bas. Le fonctionnaire, avec son statut désuet de devoirs saugrenus, tire la citoyenneté vers le bas.
Les libertés élémentaires des travailleurs restent lettre morte du fait des dépendances objectives qu’ils subissent au quotidien sur le marché du travail. Que l’administration montre donc l’exemple en assurant concrètement les libertés de ses fonctionnaires, pour que les autres travailleurs puissent revendiquer à leur tour une protection identique.
L’administration doit montrer l’exemple. L’État protège-t-il vraiment la liberté d’expression du peuple, celle du travailleur dépendant d’un employeur ? Pourquoi, sur Twitter, en dehors des personnalités publiques, en dehors des porte-parole d’organisations, d’entreprises, d’institutions, de partis, et en dehors des plumes stipendiées, mercenaires, les utilisateurs sont-ils en grande majorité anonymes ? Quel est le sens de cet anonymat généralisé ? Pourquoi le peuple est-il réduit à l’anonymat ? Doit-on se satisfaire d’être passé du peuple réduit au silence au peuple réduit à l’anonymat ? Il est évident que la majorité de ces internautes anonymes entendent se prémunir des représailles de ceux dont ils dépendent pour gagner leur vie. Ce constat, plus de deux siècles après la proclamation des droits de l’homme et du citoyen, est désolant et décourageant.
*
Dans notre État de droit, toute personne, en particulier toute personne mise en cause, est fondée à contester non seulement l’application des normes aux cas d’espèce mais aussi les normes elles-mêmes, soit devant les juridictions internationales de rang supérieur telles que la Cour européenne des droits de l’homme soit devant les juridictions nationales par le recours à une question prioritaire de constitutionnalité. Il est ainsi parfaitement établi qu’un fonctionnaire a le droit de se prononcer sur le caractère des obligations qui sont les siennes en tant qu’agent public. S’y conformer reste, en l’absence de jugement, une nécessité mais la contestation verbale, réfléchie des règles auxquelles une personne est soumise, non seulement n’implique pas en soi la violation de ces règles mais est la base même du pacte démocratique, qui reconnaît à tout citoyen, même fonctionnaire, le droit de s’exprimer sur les normes qui doivent s’appliquer dans la société.
*
Les classes sociales ne se distinguent plus aussi nettement qu’autrefois par la ségrégation du langage. Des termes qualifiés autrefois d’argotiques dans le dictionnaire sont entrés dans le registre « familier », les termes autrefois « familiers » ne sont plus décrits en tant que tels et leur usage passe pour parfaitement acceptable dans le plus large éventail de registres.
La charge d’outrage d’un gros mot n’est souvent plus aussi lourde que par le passé. Les médias regorgent de vocabulaire vulgaire, nous en sommes tous imprégnés, la contrariété conduit à prononcer des gros mots même aux personnalités publiques. J’ai grandi en regardant, diffusés à une heure de grande audience tous les jours de la semaine, les célébrissimes Guignols de l’info, dont une des plus fameuses répliques à l’époque était « J’ai niqué Couilles Molles »…
Récemment, le mot « déconner » a été employé par le Président de la République lors d’une réunion publique. Le mot « déconner » vient de « con » et n’appartient pas au registre relevé. Si le propos a choqué, si d’aucuns ont parlé de « dérapage », d’« insulte », ce n’est pas sur la forme puisque, par exemple, l’un des hommes politiques à avoir réagi à ce propos de manière critique a dit au micro d’un journaliste : « Il y a un mépris de classe. Le Président de la République a en permanence ce mépris de classe. Ceux qui sont dans la difficulté n’ont pas toujours déconné, loin de là. » (N. Dupont-Aignan) Par conséquent, du point de vue de ce dernier, si le propos est critiquable, ce n’est pas en raison de l’emploi du mot « déconner », qu’il emploie lui-même sans s’excuser.
Voici un florilège d’expressions employées devant les caméras par le Président de la République au cours de sa carrière politique : « pognon de dingue », « se tailler un costard », « foutre le bordel », « c’est pas bibi », « c’est de la pipe » (qui semble être une euphémisation de « c’est du pipeau »), « raconter des craques »… (sans parler de l’expression « [l’embarcation appelée kwassa-kwassa] amène du Comorien », qui semble peu respectueuse de l’humanité des personnes en question).
*
Il est étonnant, mais surtout affligeant, qu’un ancien législateur puisse être membre, et même président, du Conseil constitutionnel malgré la réforme ayant introduit les questions prioritaires de constitutionnalité (QPC), c’est-à-dire un contrôle de constitutionnalité sur les lois votées dans le passé. Si une loi qu’un membre du Conseil a contribué à faire adopter en tant que législateur est soumise au contrôle du Conseil, ce membre se trouve dans la position de juge et partie.
Si un membre quelconque du Conseil constitutionnel a voté une loi dont le Conseil est saisi par voie de QPC, ce membre doit se récuser en vertu du principe « nul ne peut être juge et partie » (Nemo judex in causa sua). Il faut que ce soit clair au cas où le constituant a omis d’envisager l’hypothèse lorsqu’il a constitutionnalisé les QPC.
*
Je considère que le droit européen a consacré une forme de droit non écrit que je qualifierais de principe de subsidiarité de la liberté. Dès lors que « la liberté est la règle et l’interdiction l’exception » (formule du Conseil d’État français qui rappelle un principe fondamental de l’ordre juridique républicain), le citoyen européen doit pouvoir opposer au juge national la liberté que la loi nationale lui refuse si une loi d’un pays européen la reconnaît. Les citoyens européens sont tous égaux et ont droit aux mêmes libertés ; s’ils ne sont point égaux et n’ont pas droit aux mêmes libertés, ils ne partagent pas une même citoyenneté européenne. Principe de subsidiarité de la liberté, donc, parce que la législation nationale est subsidiaire s’il existe une législation moins restrictive dans l’Union. C’est une conséquence nécessaire des principes posés par les traités normatifs.
Par exemple, si les agents publics de tel ou tel pays de l’Union européenne bénéficient d’un régime d’obligations plus libéral que le régime français, le fonctionnaire français a le droit de se prévaloir du même régime que celui de ses concitoyens européens, c’est-à-dire de leur liberté, contre les atteintes de l’État français à son endroit. Comme indiqué, c’est une conséquence nécessaire de la citoyenneté européenne inscrite dans le traité de l’Union européenne, et l’on ne saurait la méconnaître sans affirmer par là-même que le traité est rempli de phrases creuses.
Ma conviction est que, dans ce domaine comme dans bien d’autres, la France est particulièrement répressive. Je rappelle que le dernier classement des démocraties de l’Economist Intelligence Unit pour l’année 2018 (Democracy Index, disponible en ligne), classe la France au vingt-neuvième rang, parmi la catégorie des « démocraties imparfaites » (flawed democracies). La France est derrière les pays suivants de l’Union européenne : Suède, Danemark, Irlande, Finlande, Pays-Bas, Luxembourg, Allemagne, Grande-Bretagne, Autriche, Malte, Espagne, Estonie, Portugal. C’est-à-dire que, sauf la Belgique, l’Italie, la Grèce et Chypre, la France est le moins démocratique des pays d’Europe occidentale (au sein de l’UE, mais la Norvège, l’Islande et la Suisse sont également devant).
Le même raisonnement peut être tenu à partir du Human Freedom Index (France : 32e rang en 2018) et du Press Freedom Index (France : 33e rang en 2018).
*
« La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » (article 2 de la loi de 1905 de séparation de l’Église et de l’État). En vertu de la loi, dès lors que l’État laïque ne reconnaît aucun culte, il ne distingue pas entre cultes majoritaires et minoritaires. Si une religion, parce que minoritaire, était légalement prémunie de la caricature, l’État laïque reconnaîtrait le même droit aux autres religions, même à une religion majoritaire. La problématique de la protection des minorités ne relève donc pas du même sujet, et il faut par conséquent faire une différence entre la critique de la religion et la critique de personnes appartenant à des minorités raciales ou sexuelles au nom de cette appartenance.
Outre l’absence de reconnaissance par la République de religions minoritaires et majoritaires, la critique de la religion est conditionnelle, la religion étant un ensemble de (croyances et) pratiques, tandis que la critique de la race est forcément inconditionnelle puisqu’un individu ne peut changer de race. Un individu ne doit pas être contraint de changer de religion contre sa volonté mais il ne peut demander, en vertu des principes qui viennent d’être énoncés, que sa religion soit prémunie par la loi de toute critique. Ce qui n’empêche pas que l’État laïque ne doit pas discriminer contre des individus en raison de leur religion, comme de leur race. Les deux principes (non-discrimination pour religion et libre critique de la religion) ne sont pas contradictoires et découlent en réalité tous deux de la liberté de culte.
En outre, il ne faudrait pas que des individus puissent se prévaloir de leur religion pour se prétendre au-dessus de la critique et couvrir par ce moyen d’éventuelles turpitudes. Or c’est ce qui se produirait si leur religion mettait par principe des individus, ou des idéologies, à couvert de la critique.
La laïcité est la liberté de culte et la liberté de ne pas avoir de religion. Elle est aussi la liberté de faire du prosélytisme : « Le prosélytisme est propre à chaque religion et ne saurait en soi être considéré comme fautif. » (Cour d’appel de Montpellier, 13 juin 2000) Il en découle nécessairement que la critique de la religion est libre, à défaut de quoi personne ne pourrait faire de prosélytisme (qui implique de mettre en avant une religion par rapport aux autres, de hiérarchiser les religions) ni ne pourrait se justifier de n’avoir aucune religion (car la justification de l’athée ou de l’agnostique passe nécessairement par une critique de la religion en général et/ou des religions en particulier).
Je remarque que la France ne passe pas, au niveau international, pour être particulièrement respectueuse de la liberté de culte, notamment du fait de sa lutte contre les dérives sectaires. On peut citer le cas de la scientologie et des Témoins de Jéhovah, pour lesquels les États-Unis ont exprimé des « préoccupations » (USCIRF, Commission des États-Unis pour la liberté religieuse internationale), ou encore celui des Brahma Kumaris, qui figurent parmi les sectes du rapport parlementaire de la MIVILUDES alors qu’ils ont une représentation à l’UNESCO, dont le siège est à Paris, sans parler de la loi française relative au voile islamique qui vient d’être « condamnée » (c’est un simple avis) par le Comité des droits de l’homme des Nations Unies. L’État français exerce donc une forme de critique de la religion à son niveau et il serait par conséquent incohérent qu’il la condamne chez les citoyens français.
P.S. Le terme de « critique » ici employé ne figure pas dans la loi, qui condamne les injures ou les incitations à la haine. Cependant, la frontière peut être extrêmement floue entre la critique et l’injure ou l’incitation, et il n’est pas sain que le juge soit établi en arbitre de ces questions, car c’est en faire un arbitre de la pensée, laquelle doit être libre. L’objet de cette section était de montrer que, même dans le cadre légal actuel, répressif pour la liberté d’opinion et d’expression, l’inclusion de la « religion » parmi les motifs aggravants dans les cas d’injure ou d’incitation est extrêmement problématique et, de fait, largement incohérent avec les autres pans de notre droit.
*
Dans le domaine de la liberté d’opinion et d’expression, il est d’autant plus important que la liberté soit la règle et la restriction l’expression que la pensée est dialectique et que quelqu’un qui n’a pas examiné avec la même probité la thèse et l’antithèse d’une question ne peut dire avoir pensé, il en est resté aux opinions préconçues. Toutes restrictions en ce domaine interférant avec le processus de la pensée, elles doivent rester aussi exceptionnelles que possible. C’est là sans doute un truisme puisque le principe est consacré depuis longtemps, mais la pratique a malheureusement tendu à s’en écarter, avec la création d’un contentieux de masse.
Cette remarque relative au système judiciaire français est également valable pour des procédures disciplinaires envers des agents publics. Un devoir de dignité, par exemple, ne devrait pas être opposé à la pensée individuelle, qui, dans son cheminement dialectique, doit pouvoir « penser l’indigne », et un fonctionnaire ne peut renoncer, en tant qu’il reste un être humain, à la pensée. En outre, sans doute fatalement, les lois de restriction de la parole, si elles ont contribué à créer en la matière un contentieux de masse incompatible, en réalité, avec un ordre républicain (la liberté est-elle encore la règle quand il existe un contentieux de masse sur des restrictions à la liberté d’expression ?), n’atteignent pas leur objectif affiché, concernant la protection des minorités, puisque les études sur les discriminations à l’embauche ou les contrôles au faciès, par exemple, montrent que ceux-ci restent fréquents en France. L’approche des États-Unis d’Amérique en ces matières, totale liberté d’expression et lois anti-discrimination (à l’embauche), est la seule voie véritablement démocratique.
Or ce pays a également une approche plus démocratique de la fonction publique. La question du devoir de réserve et de neutralité des agents publics se pose en effet aux États-Unis de manière différente, ou plutôt ne se pose pas, en raison du spoils system (système des dépouilles), qui fait qu’une majorité politique remplit elle-même, en puisant dans ses propres rangs, les postes de la haute fonction publique. Dès lors, la haute administration nord-américaine adhère par conviction à la politique conduite par la majorité politique. Le sociologue Max Weber a montré divers défauts de cette conception de l’État, qu’il décrit comme archaïque et vouée à être remplacée partout par le système qui constitue véritablement l’État moderne selon lui, à savoir une administration occupée par des fonctionnaires indépendants du pouvoir politique, techniciens neutres et impartiaux de la chose publique. Mais cette conception serait elle-même excessivement problématique, serait une violence à la nature humaine plus grande que les vieilles morales ascétiques, si elle aboutissait à concevoir la neutralité et l’impartialité comme imposant au fonctionnaire de n’avoir aucune opinion personnelle, ou d’avoir telle ou telle opinion. Impartial ne veut dire ni sans opinion ni centriste.
*
Fonctionnaire international, Cornélius Castoriadis (1922-1997) fut économiste à l’OCDE, où il occupa à la fin de sa carrière un poste de directeur de département. En même temps révolutionnaire déclaré, théoricien de l’autogestion ouvrière, il écrivait sous pseudonyme ce que d’aucuns pourraient appeler des brûlots anticapitalistes, dont il ne révéla être l’auteur qu’après sa retraite (à cinquante ans), où il en publia une nouvelle édition sous son vrai nom. Le fait qu’il ait écrit ce qu’il a écrit entache-t-il la neutralité de ses travaux d’économiste senior pour l’OCDE ? Si la réponse est oui, l’anonymat était lui-même une faute vis-à-vis de l’institution qui l’employait car la révélation ex-post de ses écrits jette de manière rétrospective le discrédit sur celle-ci. Si la réponse est non, l’anonymat n’était pas justifié. Ou bien l’anonymat était justifié seulement comme une défense face à de la malveillance toujours possible. Mais, dans un État de droit, la malveillance ne doit pas prévaloir sur le droit.
TW17 De l’acte V à l’acte XIII
ACTE V (suite)
Pourquoi un sucrier doré à l’image pour une allocution présidentielle ? J’aimerais comprendre. #macron20h
Suite à son allocution télévisée, Sophie Pedder de The Economist appelle Macron « l’homme au bureau en or » (the man with the golden desk). C’est ce qui s’appelle, en bon français, une ironie sanglante. « L’homme au bureau en or … et il essaie d’avoir l’air contrit. » (and he tries to look contrite) Si avec ça The Economist n’a pas brisé la jeunesse de Macron (cf. Jean-Michel Aphatie : « Les Gilets Jaunes ont brisé Emmanuel Macron, son élan, sa trajectoire, sa jeunesse »), aucun Gilet Jaune ne le pourra !
*
ACTE VI
Emmanuel Macron réveillonne avec les soldats français de Barkhane au Tchad. (RT France)
La seule compagnie appréciée par le président : la Grande Muette.
*
Tchad : un militaire de la force Barkhane s’effondre devant Macron après la Marseillaise. (RT France)
Comme pour les motards et les avions du 14 juillet, cela ressemble à du sabotage de cérémonie présidentielle… Quand c’est le soldat le plus près du président qui s’écroule au cours de la cérémonie, c’est tout de suite beaucoup plus spectaculaire à l’image. Parfois, le hasard peut aller contre un président de la République… Si le soldat en question ne se sentait pas dans son assiette avant son malaise, n’aurait-il pas mieux valu le placer derrière et loin du président plutôt que juste devant les caméras ? Quand on a affaire à la Grande Muette, il faut savoir comprendre le langage des signes.
*
Police ou milice ? Comment savoir si ces « commandos » qui frappent un homme sont des policiers ? Ils cachent leurs visages et ne portent aucun insigne ou identifiant « Police ».
Voir sans réagir un homme se faire frapper à terre par des individus qui ne sont pas identifiés comme policiers par un insigne est de la non-assistance à personne en danger.
*
Toulouse : Une femme tente de venir en aide à un manifestant qui vient de se faire lyncher par les CRS qui refusent de la laisser passer. Réponse d’un CRS : « Quand on veut faire la guerre, madame, on assume. »
Si les CRS, si le pouvoir parle de « guerre », les Gilets Jaunes ont le statut de « partie au conflit » protégé par les Conventions de Genève et le pouvoir doit accepter l’intervention de la Croix-Rouge internationale.
*
Sans la liberté de se pâmer d’admiration, il n’est point d’éloge vraiment flatteur. (Beaumarcheur)
*
Voyez les lois travail d’un Kurz en Autriche, d’un Orban en Hongrie. Les travailleurs votent pour cette droite dure pour laisser une société de « valeurs » à leurs enfants, et ils leur préparent une vie d’esclaves.
*
ACTE VII
Brigitte et Emmanuel Macron ont ensuite pris la direction du Capon, sur les hauteurs de Saint-Tropez, où se situe la demeure de la réalisatrice Danièle Thompson. (Closer)
Le Capon, une enclave protégée où l’on trouve les demeures de B. Arnault, F. Pinault ou encore V. Bolloré. [Cette dernière information ne serait, finalement, pas exacte.]
Selon mes sources, la pointe du Capon, où se trouvent des villas de B. Arnault, Pinault, Bolloré, etc, est une presqu’île artificielle sur la commune de Saint-Tropez qui peut se détacher de la France et prendre la mer en cas de révolution Gilets Jaunes.
*
Le 29.5.2018, le ministère des affaires étrangères français tweetait : « L’attachement de la France à la sécurité d’Israël est indéfectible. » [Je tiens la capture d’écran de ce tweet à disposition de qui le souhaite.] Comment un ministère peut-il déclarer un soutien indéfectible à un État étranger ? Un gouvernement ne peut être attaché indéfectiblement qu’au seul intérêt national ! Le gouvernement national ne peut recevoir des élections le mandat de soutenir indéfectiblement un État étranger. Le soutien d’un État à un État étranger ne peut être que conditionnel et jamais indéfectible dans la mesure où un État souverain est de fait libre de commettre des actes contraires à l’intérêt d’un autre État, ce que ce dernier sera alors obligé de constater sous peine de faillir à son intérêt national. C’est le fameux principe Pacta sunt servanda, une des premières choses que l’on apprend en droit international.
*
Pierre Vanlerberghe estime que la situation en France légitimise les mesures de sécurité publique… (Le JDD)
Qu’est-ce que « légitimiser » ? Une combinaison de « légitimer » et « sodomiser » ?
*
J.-F. Kahn sur LCI à propos des Gilets Jaunes : « Qu’ils arrêtent de dire qu’ils sont peuple, ce n’est pas vrai ! »
Par l’*** qui demandait aux Français de ne pas s’offusquer d’un « troussage de domestique », dans l’affaire DSK.
*
How hard (from work hard) is hard enough for a capitalist? Our fathers have known 16 hours a day: Is that hard enough?
*
Travailler dur pour l’avoir molle.
*
#VoeuxMacron Si j’ai bien entendu, il n’a pas dit « foule haineuse » mais « foule laineuse ». Une périphrase intéressante pour moutons de Panurge, certainement…
*
Question pour foule haineuse de Gilets Jaunes un soir de réveillon 2019 : combien doit coûter la nourriture qu’on y sert pour être à la hauteur d’une vaisselle à 500.000 € [coût du renouvellement de la vaisselle de l’Élysée selon Le Canard enchaîné] ?
*
Président Macron va envoyer la #LettreDeMacron aux Français. Que chaque Français réponde avec une demande. Le Président dirige l’administration avec le Premier ministre, et « le silence gardé par l’administration sur une demande vaut accord » (délai : 2 mois). Bon courage à ses services.
*
Décapitation symbolique
« Décapitation » de Macron à Angoulême : les trois organisateurs mis en examen (France 3 Régions)
Pour « outrage et incitation au crime » – mais aussi trois journalistes auditionnés par la police pour incitation au crime également. C’est complètement disproportionné. Le monde entier a vu la décapitation symbolique de Trump par Kathy Griffin, elle n’a donné lieu à aucune poursuite judiciaire. Les organisateurs d’Angoulême ont pensé que la France était, comme les États-Unis, un pays du monde libre. Ont-ils tort ? Les peuples peuvent se comparer et comparer leurs libertés grâce à internet, et les gens ne voient pas pourquoi certains pays du monde libre seraient plus libres que d’autres. Dans le monde libre, c’est la liberté du plus libre qui est la règle légitime.
Si la justice veut ignorer délibérément qu’elle se rend aujourd’hui dans un contexte mondialisé-connecté, en quoi se différencie-t-elle de Marine Le Pen ?
Au plan des lois nationales, le contexte même (Gilets Jaunes) exclut l’incitation au crime : comment ne pas voir que la mise en scène s’inscrit dans la revendication d’un règlement de crise par les voies constitutionnelles, dissolution, démission…?
« Je pense qu’il a besoin d’aide … À quand remonte la dernière fois qu’un acteur a assassiné un président ? » Johnny Depp, le 22 juin 2017. Trump n’apprécie pas et le fait savoir, mais c’est ainsi. Mais à Angoulême, c’est « code pénal », « outrage », « incitation au crime » ! Johnny Depp a certes créé l’émoi parmi les supporters de Trump, et peut-être un peu au-delà, et présenté de vagues excuses (en fait une impertinence de plus), mais l’important c’est qu’il n’y a pas l’ombre d’une robe noire lugubre dans le tableau. Ce serait en France sous ce gouvernement…
La robe noire est bien sûr toujours précédée du hallebardier. Ce dévoiement français de la pompe judiciaire pour paralyser la parole et in fine la pensée, notamment en ressortant les dispositions les plus poussiéreuses des « lois scélérates », est abject.
Si le parquet se met en mode automatique pour envoyer devant les tribunaux tout « outrage » qu’il détectera, ce sera une pression sur les juges du siège qui finiront par y céder, car elle risque de ne pas être dénoncée par des médias de plus en plus aux ordres.
Si l’on n’a pas le droit de décapiter un mannequin du président car c’est un « outrage » et une « incitation au crime », a-t-on le droit de le faire sauter en l’air sur un drap, ce qu’on infligeait au pied-tendre dans le Far-West ? (cf. Lucky Luke) [C’est aussi la tradition du paillassou niçois.] De quoi a-t-on le droit?
Si la décapitation d’un mannequin à la Kathy Griffin est outrage et incitation, ainsi que de faire sauter un pantin en l’air, tout sera outrage à part le cirage de chaussures. Je ne dis pas qu’entre ces mises en scène et la flagornerie il n’y a rien, mais la critique peut toujours passer pour un outrage pour des hommes de pouvoir susceptibles et violents. Qui veut le pouvoir sans accepter la critique et même la colère, veut la tyrannie !
Les lois scélérates l’étaient déjà à l’époque de leur adoption il y a plus de cent ans. Aujourd’hui elles sont devenues inqualifiables. Le dernier classement des démocraties, qui place la France au 29e rang (!), n’a pas eu vent de ces récentes décisions, songez-y.
*
Le mot démagogie était dans la Grèce antique le mot désignant la démocratie dans la bouche des aristocrates. Rien n’a changé.
*
Chevalier des temps modernes, la lumière des gyrophares fait scintiller ton armure. Prêt pour l’Acte 8 des Gilets Jaunes ce 5 janvier ?
*
Gilets Jaunes. Emmanuel Macron représenté par un pantin dans un cercueil. Retour sur les violences du mouvement des gilets jaunes. (L’Info du vrai, Yves Calvi)
Des violences sur un pantin ? Vous lui avez conseillé de porter plainte, j’espère.
*
La situation de LaREM, pseudo-parti sans implantation locale, doit lui faire apparaître avec une certitude absolue comme ingagnable une élection soudaine et donc empêche la mise en œuvre des mécanismes constitutionnels de sortie de crise, dissolution, etc. Constitution papier ! Dès lors que les voies constitutionnelles semblent exclues (car elles impliqueraient inévitablement passation de pouvoir pour le pseudo-parti LaREM), le pouvoir n’a d’autre choix, face à la contestation des Gilets Jaunes, que de s’y attaquer par une répression de plus en plus féroce des libertés.
*
ACTE VIII
50.000 personnes ou même un million, ça n’est pas le « peuple ». (Jean Quatremer, journaliste)
Ni 50.000 ni même un million. Le peuple tient dans un bureau à côté d’un encrier en or.
*
Au sujet de Christophe Dettinger [boxeur et boxeur de CRS], il me semble que si, comme le dit le procureur de Toulon, le commandant Andrieux est excusé par le « contexte », le même contexte excuse Dettinger.
Dans la vidéo où le commandant Didier Andrieux frappe le « délinquant » noir, un autre gendarme se précipite sur lui pour l’arrêter. Il faudrait interroger ce gendarme : pourquoi ce geste alors qu’Andrieux était si évidemment justifié par le contexte selon le procureur de Toulon ?
Le CRS qui, sur la vidéo, se précipite sur le commandant Andrieux pour mettre fin aux coups de poing de ce dernier dans la figure d’un manifestant noir, est prié de se présenter au rond-point le plus proche de sa caserne pour une audition libre… C’est pour rigoler ! Ce CRS est un héros, il peut se présenter au rond-point pour recevoir une médaille Gilets Jaunes.
(Le préfet a « cassé » la décision du procureur de Toulon concernant les actes de Didier Andrieux –à savoir ne rien faire– et c’est rassurant.)
*
La cagnotte fait le buzz
Quand un membre du gouvernement dit que la cagnotte Leetchi en faveur de Christophe Dettinger est « une forme de complicité », cela revient à dire que payer une caution rend complice.
De plus, parler de complicité d’un crime dont Christophe Dettinger est jusqu’à son jugement présumé innocent, c’est du non-respect de présomption. Le procès peut révéler des éléments qu’aujourd’hui personne ne connaît.
La campagne contre la cagnotte en faveur de Dettinger méprise la présomption d’innocence et s’apparente à un lynchage, orchestré (ou à tout le moins soutenu) par le gouvernement. La pression de l’État pour clôturer la cagnotte Leetchi est illégale et, puisque le gouvernement consent (par bonté peut-être ?) à ce que Dettinger en bénéficie pour ses frais de justice et à hauteur de ces frais seulement, j’espère que cela inclut les frais du recours qu’il doit faire devant la justice administrative.
Ce n’est pas par bonté que le gouvernement laisse à Dettinger le bénéfice de la cagnotte pour sa défense ; c’est parce que Dettinger y a droit comme il avait le droit que la cagnotte se poursuivît jusqu’à son terme. De deux choses l’une, ou bien la cagnotte est illégale et alors Dettinger n’a le droit à rien, ou bien il a le droit à la moindre partie de la cagnotte et alors elle n’est pas illégale et la pression de l’État pour la clôturer est illégale. Dès lors que Dettinger perçoit la moindre partie de la cagnotte, les donateurs n’ont rien à se reprocher et les dénonciations-intimidations d’un membre du gouvernement contre ces honnêtes citoyens appellent des excuses en bonne et due forme.
Si la cagnotte est illégale, Leetchi est en cause. Si elle est légale, l’État est en cause pour la faire clôturer illégalement.
La ministre : « Je ne demande pas un tableur Excel avec les noms des donateurs de la cagnotte de Leetchi, ça ne me concerne en rien. La question que j’ai posée c’est : qui finance les casseurs ? Des puissances étrangères ? » Cette ministre voulait donc savoir si un État étranger souverain pouvait être poursuivi par le parquet français pour « complicité » de violences ? Elle cherchait « une forme de complicité » étatique aux uppercuts de Christophe Dettinger ? Cette nouvelle version ministérielle nullement crédible a au moins le mérite d’être l’aveu implicite que la première approche était répressive et arbitraire.
*
Luc Ferry appelle à tirer sur les Gilets Jaunes deux ou trois semaines après qu’il a traité Macron de « gamin ». Il faut sans doute comprendre que, selon Ferry, Macron est un gamin pour ne pas savoir faire tirer sur la foule à balles réelles…
*
La députée A.B. va saisir la justice pour des propos de La France Insoumise qui « a incité à la violence et s’est félicitée de l’insurrection ». (Télématin)
C’est de la répression d’opposition politique par le biais du statut dépendant du parquet, que LaREM veut exploiter jusqu’à la corde. J’en appelle aux solutions constitutionnelles responsables. S’il y a « insurrection », c’est l’article 16. Quand on parle d’insurrection, on ne va pas chercher le juge. C’est grotesque. Un juge anti-insurrection, ça n’existe pas. Quand on parle d’insurrection, on met en œuvre l’article 16 de la Constitution : les pleins pouvoirs du Président. Assumez.
Mais un président qui est passé en quelques mois de « tu m’appelles pas Manu » à, virtuellement, « tu m’appelles pas enc*lé » peut-il assumer l’article 16 ?
*
Sodomie péri-anale (Affaire Théo)
Je soutiens la police mais pas la sodomie péri-anale. « Une expertise médicale conclut que Théo n’a pas été violé … la matraque n’a pas déchiré l’intestin en entrant par l’anus mais par la partie péri-anale » (Wkpd). La sodo péri-anale, c’est quand tu rates le trou du c** avec le bout de ta matraque.
*
« Il y a des gens sincères porteurs d’inquiétudes et il y a des factieux. Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens. » Les entretiens (presque) imaginaires du porte-parole du gouvernement.
*
La dépendance du pouvoir judiciaire en France
Dans les années soixante, Maurice Duverger écrivait qu’il n’y a pas en France indépendance du judiciaire et de l’exécutif. « Dans les pays anglo-saxons, le troisième pouvoir est confié à des organes absolument indépendants aussi bien des gouvernants que des gouvernés, de façon à réaliser une justice aussi exacte que possible. En France, malgré toutes les doctrines officielles, les tribunaux sont considérés en fait depuis Napoléon comme une branche particulière de l’Administration, et le pouvoir juridictionnel est, au point de vue politique, une partie spéciale du pouvoir exécutif. » (M. Duverger, Les régimes politiques, 1965) Une réforme de la justice a-t-elle démenti ses paroles entre-temps ? Non, et le classement au 29e rang des démocraties [Democracy Index 2018] est sans doute trop généreux pour ce pays.
Un élu français [Macron]: « RT [média russe] essaie de faire croire que nous sommes la Turquie ou l’Egypte. » (Le Canard enchaîné) On peut faire passer beaucoup de répression en se comparant à ces deux pays. Il suffit de dire : « Chez nous on peut critiquer l’islam. »
Censure de Twitter : la France devant la Russie ! La France se situe en deuxième position des pays pour les demandes de suppression de contenu, juste après la Turquie. Faut-il s’en inquiéter ? (Le Point, 2014)
On n’est pas la Turquie, qu’on vous dit ! Nous, c’est du bon flicage. Il est temps de garantir la pleine et réelle indépendance de la justice en France, notamment en supprimant la Chancellerie (sic) et le Garde des Sceaux (re-sic) qui portent de vieux noms énigmatiques pour effrayer les Français et les juges !
*
De même que l’œuvre d’un intellectuel est entachée par le fait d’avoir été produite en régime totalitaire, est entachée, quand elle est apologétique et non critique, l’œuvre d’intellectuels d’une démocratie de 29e rang. Leur œuvre est saluée dans et par un régime répressif.
*
My bill doesn’t punish any political activity. It protects the right of local & state governments that decide to no longer do business with those who boycott Israel. So boycotting Israel is a constitutional right, but boycotting those participating in BDS isn’t? (U.S. Senator Marco Rubio)
BDS is a grassroots citizen movement and it is as such that it is protected by the Constitution against incroachments by local, state, and federal authorities. With your bill you want to deal the death blow to U.S. institutions, turning them into an empty shell. Claiming that local, state, federal authorities have the same rights and freedoms as the citizenry is turning one’s back to American freedom, intent on allowing local, state, federal repression against individuals’ freedom.
*
ACTE IX
Superbrain
Netiquette says: “Don’t use internet as a shield to do something you wouldn’t do during a real face-to-face conversation with your correspondent.” What correspondent? Do you imagine Plato explaining his Republic to a colleague by the coffee machine? Plato wouldn’t do that but he got to write his Republic. So real Netiquette is: Use internet as if you were writing the book of your life on a daily basis. Forget everybody, above all colleagues and all organization men of vertical hierarchies.
When you interact on internet it’s like the words, sentences, ideas that continually pop up in your mind, most of which you ignore, some of which you deal with – what psychologists call the ‘default mode network.’ Internet is your brain, what correspondent are they talking about? Your social media’s settings are the default mode’s settings of your brain. Instead of flashing on the cortical screen, default mode’s words, ideas, pictures pop up on the crystal screen. Yours is now a superbrain…
*
ACTE X
Écoutez les vœux pour 2019 du Premier ministre de Malte. Le maltais (langue) ressemble, à l’oreille, à l’arabe car il vient de l’arabe : « L’origine de la langue est l’arabe sicilien. » (Wkpd). Malte a présidé l’UE en 2017.
Mais quel « Grand Remplacement » en Europe ? Le maltais est un dialecte arabe et les Bosniaques, les Albanais, les Kosovars [ainsi que le Caucase russe] sont largement musulmans. Les Arabes et les musulmans sont chez eux chez nous en Europe.
Les Arabes et les musulmans ont été chassés d’Europe ? Oui et alors ? Ils ont été chassés par des autocrates qui, après cela, ont été eux-mêmes chassés par les peuples d’Europe lors de révolutions populaires démocratiques. Les Arabes et les musulmans sont chez eux chez nous.
*
Les gilets jaunes empêchent la CGT de faire une récupération politique : « Quelle honte ! C’est vous qui avez appelé à voter Macron » à l’élection présidentielle de 2017.
Les Gilets Jaunes qui s’opposent à la CGT, cela rappelle les analyses de Cornélius Castoriadis sur le nécessaire rejet de la « bureaucratie syndicale » et fait penser qu’on a peut-être là un mouvement véritablement révolutionnaire.
*
L’interdiction de l’anonymat en ligne est la condition de la révolution. Tant que les gens pourront avoir une vie anonyme en ligne, ils supporteront tout ce à cause de quoi ils sont contraints de rester anonymes, c’est-à-dire leur exploitation.
*
« Il y a un an, un événement tragique a secoué la ville : il s’agissait d’une grand-mère de 80 ans qui s’est faite agresser à son domicile. Et pardonnez-moi si je suis triviale, elle s’est faite sodomiser par un Algérien qui était en situation irrégulière, sous le coup d’une reconduite à la frontière et qui n’a jamais été reconduit à la frontière. » (Brigitte Barèges, maire de Montauban, lors d’une séance de Grand Débat)
Brigitte Barèges Productions et Le Grand Débat National Associés présentent
L’Algérien de Montauban
Ce mercredi dans les salles 😱
L’Algérien de Montauban, ils en parlent :
« Trivial à souhait » (Les Cahiers du cinéma)
« Toute la trivialité d’un fait divers » (Le Film, revue de la Cinémathèque française)
« Trivial et angoissant » (Mad Movies)
« Peut mieux faire » (Tabou X)
*
Le trafic de drogue va bientôt entrer dans le PIB français. (Le Figaro)
Désormais la lutte contre le trafic de drogue va plomber la croissance française.
*
ACTE XI
Prise de vue d’un lancer de grenades fumigènes à Rouen. Voir vidéo : le lanceur jette un projectile qui éclate en l’air et libère ses grenades, dont certaines ont l’air de partir un peu n’importe où, de même que les débris de la coque.
Sur la capture d’écran que j’ai faite, on voit un projectile (grenade ? fragment de coque ?) partir dans une direction complètement différente. Où va-t-il se perdre ?
Il est certain que Zineb Redouane, morte des suites d’un impact de « fragment de grenade lacrymogène » alors qu’elle fermait ses volets (pendant l’acte III), a été victime d’un fragment « perdu » dans les mêmes conditions que dans cette vidéo de Rouen. Dès lors que Zineb Redouane est morte d’un impact de fragment de grenade lacrymo, la mort doit bien être imputée aux forces de l’ordre, involontairement, car nous n’allons tout de même pas nous mettre à ne compter que les homicides volontaires des forces de l’ordre !
Les FDO en manifestation ne peuvent vouloir donner la mort, sauf 1/légitime défense ou 2/sur ordre. Donc, quand on parle des morts provoquées par les forces de l’ordre, c’est a priori involontaire (balle perdue, fragment de grenade perdu…). Le bilan est donc d’un mort par l’intervention des FDO. [Le président disait au même moment, depuis l’Égypte, que dans la crise des Gilets Jaunes aucun mort n’était à mettre au compte des FDO.]
*
Les live-streams des médias traditionnels, y compris RT [en l’occurrence Ruptly], sont filmés côté forces de l’ordre tandis que les nouveaux médias sur PeriscopeTV filment côté GJ et c’est bien plus intéressant.
*
On me dit que si c’est fluo et que ça bouge, il faut d’urgence appeler S.O.S. Fantômes. Il n’est peut-être pas trop tard.
[Dissolution dans le slime]
*
Les portes de l’enfer se sont ouvertes. Face à l’invasion des démons de l’inframonde, le gouvernement doit agir : il est temps de tenir ses promesses électorales !
[Dissolution dans l’acide. Source photo : Hellraiser de Clive Barker]
L’infographie c’est un métier! lol
#Retrogaming 😉
*
Apocalypse Gilets Jaunes Acte 4.269
Après des décennies à demander en vain une dissolution… ils l’ont finalement appelé! 😱 LE BLOB DES GILETS JAUNES ou la Dissolution par sucs gastriques extraterrestres hypercorrosifs.
*
Depuis que je tweete les hashtags #GiletsJaunes et connexes type #acte11/#acteXI mes statistiques sont excellentes. Cela suscite forcément de la reconnaissance, c’est humain.
*
Democracy Index 2018
Un ministre : « Y a pas beaucoup de pays où… En France on condamne les excès »
!!!
Au Democracy Index 2018, la France est au 29e rang, parmi les « démocraties imparfaites » (flawed democracies), derrière les pays de l’UE suivants : Suède, Danemark, Irlande, Finlande, Pays-Bas, Luxembourg, Allemagne, Grande-Bretagne, Autriche, Malte, Espagne, Estonie, Portugal. C’est-à-dire que, sauf la Belgique, l’Italie, la Grèce et Chypre, la France est le moins démocratique des pays d’Europe de l’Ouest (au sein de l’UE, mais la Norvège, l’Islande et la Suisse sont également devant).
Quand j’écris « !!! » ça ne signifie pas que ce que dit le ministre est faux, juste que c’est petit. C’est petit de se comparer à des pays sous-développés. Parmi les pays de sa catégorie économique, ses voisins, la France est particulièrement mauvaise. Petit mais surtout cela conforte les tendances répressives car en se congratulant de ne pas être une parfaite dictature on ne cherche pas à devenir une démocratie plus parfaite. Or je pense que la politique de ces derniers mois fait dégringoler la France dans le Democracy Index.
*
Ce qui m’attriste dans la manifestation des Foulards Rouges, ce sont les femmes de ménage, nounous, concierges, leurs maris, tous les domestiques obligés de manifester à côté de leurs employeurs. J’ai peur de devenir une de ces femmes de ménage à cause de la politique du gouvernement.
*
Le RIC le « hérisse » [citation du Premier ministre : « Le RIC me hérisse »] mais la politique sans RIC c’est comme le coup de la harissa quand tu reviens de vacances au Maroc avec ta femme, tu découvres qu’elle a le trou de balle en chou-fleur et elle te dit : « Si j’avais pas tant mangé de harissa… » Ouais, ouais…
*
Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien, c’est différent.
Surtout ne vous gênez pas pour saisir le parquet contre moi ! (J’ai dit « du », ce n’est pas une faute d’orthographe.)
*
‘Medical’ LSD (faugh)
The key neural mechanisms identified by scientists in an LSD trip may be instrumental in treating it for mental disorders like OCD and depression. Finally, psychedelics are being treated seriously for the potential that they can unlock. (Reza Ali)
For decades psychedelics have been treated very seriously by the military and believe it or not this is no good news. Same with institutional shrinks: You don’t want a Nurse Ratched for an LSD “treatment.”
LSD will cure depression only when not prescribed by some licensed shrink. To begin with, the very existence of licensed shrinks is ground enough for depression. Licensed shrinks’ one function is to flush damaged labor back into the production machine, keep its return at level. We’re talking about human life but the machine can’t see it that way, it has to see it as another kind of fuel and grease.
*
Le kirpan sikh
Je trouve révoltant que les Sikhs en France ne puissent pas sortir avec leur poignard (kirpan), un de leurs cinq « k » prescrits par la religion.
“Sikhs are allowed to carry Kirpan (dagger) of reasonable length as per Indian Constitution’s Article 25.” The provision has served Indian authorities’ purpose to ban kirpans of all sizes except the ridiculously small ones, according to Sant Bhindranwale. Religious freedom: Kirpan’s size is none of the government’s business, neither in India nor in France nor anywhere else.
L’Assemblée nationale du Québec a le droit d’interdire le port du kirpan dans son enceinte en vertu de ses privilèges parlementaires. (La Presse, 19.2.2018)
Le Québec est une société de privilèges, donc d’Ancien Régime. Que les Québécois ne m’en veuillent pas : c’est juste que leur Assemblée nationale, avec ses « privilèges parlementaires », est, contrairement au Québec dans son ensemble, aussi rétrograde que la France toute entière, où le kirpan sikh = port d’arme illégal !
Les Sikhs sont la cinquième religion mondiale, près de 30 millions de personnes. Bronzés, d’accord, et la France veut rester recroquevillée sur elle-même, d’accord. Le législateur français crache sur Le Pen mais il devrait se regarder dans une glace : il crache sur son clone !
*
Des députés LREM veulent forcer Twitter à recueillir une pièce d’identité à la création d’un compte.
Si ça passe, Twitter pourra savoir quels comptes appartiennent à la police nationale, donc la société privée Twitter connaîtra l’activité de la police française sur sa plateforme et pourra communiquer ces informations à qui bon lui semble.
*
« Je vais faire attention aux petites phrases. Dans le système où nous vivons, cette franchise n’est peut-être plus possible. » Le président Macron découvre :
1 que le système qu’il représente a muselé la parole ; ou bien
2 qu’il ne peut exprimer ses idées avec franchise (car elles sont nauséabondes).
*
ACTE XII
Le JEFTA [accord de libre-échange entre le Japon et l’Union européenne] est entré hier en vigueur mais nous allons voter en France une loi anti-casseurs qui veut envoyer les gens masqués en prison ! Le masque anti-particules doit au contraire se généraliser d’urgence ! J’ai toujours pensé, depuis mon voyage à Séoul et Tokyo il y a près de trente ans, que le masque anti-particules devait avoir du bon. J’attendais que ça prenne en France…
*
Gilets Jaunes vs Baskets Dorées
Les baskets Vuitton à 750 euros de Brigitte Macron font le buzz sur le Net.
L’expression luxe insolent a un sens (même si c’est « un prêt »). Quand des élus de la République veulent vivre dans un luxe insolent, ils n’ont pas tout compris. De surcroît, l’excuse « c’est un prêt » est ridicule, même et surtout si c’est vrai. On sait très bien qu’un couple de banquier a de quoi se payer une paire de baskets Vuitton. Le problème, c’est d’afficher un luxe insolent quand on est un couple d’élu.
Après « c’est un prêt », on entend dans les troupes LaREM que c’est bien car « c’est made in France, c’est Vuitton ». Pathétique ignorance des réalités économiques et de la sous-traitance généralisée des compagnies multinationales, dont, bien sûr, LVMH : « Vuitton, une marque qui sous-traite en Chine et en Roumanie » (Mediapart, 2013).
*
Subventions dans le désert
« Si être gilet jaune, c’est vouloir moins de parlementaires … moi aussi je suis gilet jaune. » « Jojo avec un gilet jaune a le même statut qu’un … député ! » (dans les médias, ce qui est choquant aux yeux du président Macron)
Où est la cohérence ? Si c’est une faute dans les médias de donner le même statut à Jojo qu’à un député, en quoi moins de députés serait-il une bonne idée ? S’il n’est pas nécessaire que l’État paye autant de gens ayant un haut statut parce qu’ils se distingueraient de Jojo, pourquoi les distinguer de Jojo ?
Le nombre de parlementaires et d’élus en général est arbitraire et résulte de tripatouillages de carte électorale, de gerrymandering (de la lutte contre lequel Arnold Schwarzenegger a fait son cheval de bataille aux États-Unis). Selon que le découpage sera ceci ou cela, statut auras ou n’auras point, ô Jojo !
Disons, pour être tout à fait exact, que le nombre lui-même résulte d’une décision arbitraire, à partir de laquelle on peut arbitrairement découper les cartes électorales pour faire des circonscriptions sur mesure. Nous savons qu’une voix dans les territoires ruraux pèse plus lourd qu’une voix chez les citadins, car les circonscriptions rurales sont moins peuplées. Ce président et cette majorité sont président et majorité à la fois des riches et des gens de la campagne. Système hyper-conservateur, sans parler du Sénat qui aggrave encore la surreprésentation des déserts ruraux dans notre vie institutionnelle, comme si c’était au fin fond des cambrousses qu’était l’avenir de la France… Banlieues, réveillez-vous ! La France de la périphérie, ce sont les banlieues urbaines et périurbaines des travailleurs de la ville, les moins bien représentés par le découpage électoral.
Quand on fait un Grand Débat en province devant, disons, 300 maires, c’est à tout casser 40 maires de villes et leurs banlieues et tout le reste des maires de petites communes rurales sous perfusion de subventions publiques, complètement dépendantes car l’argent vient des villes. C’est un Grand Débat devant 20 % de maires représentant 80 % de la population et 80 % de maires représentant 20 % de la population. Et quand on dit « les maires sont OK », cela veut dire les 20 % de la population qu’on arrose de subventions pompées aux travailleurs des villes et des banlieues !
Il y a 36.000 communes en France, dont 20.000 ont moins de 500 habitants, 34.500 moins de 5.000 habitants. Seules 950 communes ont plus de 10.000 habitants. Chaque commune, quel que soit le nombre d’habitants, a un maire [et un conseil municipal]. « Les maires », c’est le monde des petites communes rurales, ce n’est pas la France !
La France, c’est 80 % de Français vivant en agglomération urbaine. « Les maires », c’est l’Ancien Régime : 80 % de petites communes rurales ! Le Grand Débat National, le Sénat, les circonscriptions législatives, tout cela, ce n’est pas la France. C’est là une forme particulièrement vicieuse de « classisme » et de racisme institutionnels, les campagnes servant de rempart contre l’accession à la parole politique du prolétariat urbain et des Français d’origine immigrée. Les déserts ruraux comme rempart de la bourgeoisie… il fallait y penser ! Déserts ruraux : pléthore d’élus. Grosses concentrations urbaines : déserts d’élus. Ce système n’est pas représentatif.
La France des maires, des sénateurs, des députés, la France des élus à l’écharpe tricolore, la France qui « participe » au Grand Débat, c’est une France de Peppone et Don Camillo, de déserts ruraux subventionnés, entre cent et mille ans en arrière.
*
Clip de Didier Bourdon On peut plus rien dire : « Sûr qu’on est d’accord avec toi mais c’est pas nous qu’on fait la loi. » C’est pas nous, c’est personne ! La spirale a été enclenchée et ne s’arrêtera que dans la dictature Big Brother totale et sans masque.
*
Dites-vous bien que le délit de blasphème existe déjà en droit français : ça s’appelle « incitation à la haine en raison de la religion ».
*
Quand Pierre-Emmanuel Barré fait son one-man-show en salle, c’est en fait un Grand Débat National ?
*
Gilets Jaunes Caracas
Tu sais si bien que tu es libre que tu tweetes toujours sous ton vrai nom. Toujours. Tout le monde. Tout le temps. Dans le pays des droits de l’homme où règne la plus totale liberté. Et quand parfois, mais c’est si rare, tu crées un compte sous pseudonyme, c’est seulement pour que Carrefour ou Auchan ne sache pas quelles publicités t’envoyer. En fait, tu es tellement libre que tu devrais avoir honte, car tu empêches le président Macron de résister pour toi aux manipulations mentales du dictateur Poutine sur ton cerveau ! « Donc, nous, on est des pitres. » La France est la cinquième colonne de la Russie fasciste contre Macron et vous allez le payer.
*
« Je ne veux plus de l’anonymat sur les plateformes internet. » (Le président de la République)
Personne ne devrait avoir à être anonyme sur internet, or c’est la règle plutôt que l’exception, ce qui signifie que des honnêtes gens se sentent obligés de rester anonymes. Demandez-vous pourquoi.
*
Le crépuscule des groupuscules
La « commission d’enquête sur la lutte contre les groupuscules d’extrême droite » a organisé ses premières auditions. (La Croix)
Il n’y a pas de petit sujet, de sujéticule. Quand tu veux écraser une mouche, cet animalcule, tu peux utiliser soit une tapette à mouches soit, en France, une commission d’enquête parlementaire.
*
Viol ou… corruption
« Le défaut de consentement ne suffit pas à caractériser le viol. Encore faut-il que le mis en cause ait eu conscience d’imposer un acte sexuel par violence, menace, contrainte ou surprise », explique le juge. (Huffington Post)
Le classement sans suite dans l’affaire Darmanin est dû, je crois, au-non établissement des faits selon le juge et non à la phrase sur le « défaut de consentement » et le viol [qui a fait couler beaucoup d’encre]. Sur cette phrase elle-même, si demander une faveur sexuelle en l’échange d’un service n’est pas un viol, c’est au moins de la corruption : « La corruption est un comportement pénalement répréhensible par lequel une personne (le corrompu) sollicite, agrée ou accepte un don, une offre ou une promesse, des présents ou des avantages quelconques en vue d’accomplir, de retarder ou d’omettre d’accomplir un acte entrant d’une façon directe ou indirecte dans le cadre de ses fonctions. »
Si des éléments de preuve sont apportés dans le sens de la (des) plaignante(s) contre le ministre Darmanin et que le grief de viol n’est cependant pas retenu, il y a tout de même un pacte de corruption (corruption passive), où le corrupteur (la plaignante) doit à mon avis être disculpé et la peine appliquée au seul corrompu.
Dès lors que le « corrupteur » demande au « corrompu », fonctionnaire, un service relatif à sa charge et que ce dernier sollicite pour cela quelque chose qui ne lui est pas dû à ce titre (comme une faveur sexuelle), c’est une forme de concussion, une prévarication.
[Dans son précis sur Les obligations des fonctionnaires, le Conseiller d’État Pierre Bandet explique que « (la concussion) se distingue de la corruption en ce que le particulier qui doit verser des sommes non dues est la victime du concussionnaire, tandis qu’en cas de corruption, le délit est commis tant par le corrupteur que par le corrompu ». Il existe à mon sens une autre différence entre la concussion et la corruption, c’est que le texte relatif à la première (article 432-10 du code pénal) ne fait explicitement état que d’argent, « une somme … une exonération ou franchise des droits, contributions, impôts ou taxes publics », tandis que le texte relatif à la corruption (article 432-11 CP) semble pouvoir être interprété de manière bien plus large, « des offres, des promesses, des dons, des présents ou des avantages quelconques », liste dans laquelle on pourrait inclure des faveurs sexuelles, tandis que ce serait certainement une distorsion du texte dans le cas de la concussion, tel que l’article est rédigé. C’est pourquoi je suis parti sur la voie de la corruption et n’ai évoqué la concussion que pour remédier à la difficulté représentée par le fait que le délit de corruption incrimine tant le corrupteur que le corrompu. En tout état de cause, si demander et obtenir des faveurs sexuelles en échange d’un service n’est pas, de la part du fonctionnaire ou du dépositaire de l’autorité publique, un viol, comme l’a prétendu le juge en classant l’affaire en question, seul un problème rédactionnel s’oppose à inclure ce type de comportement parmi les « manquements aux obligations de probité » aux côtés de la concussion, de la corruption et d’autres.]
*
Un gouvernement de coalition ne signifie pas un gouvernement d’extrême droite. Le parti de Salvini et le M5S de Di Maio sont une coalition. Quand en Allemagne on a une coalition droite-gauche, le parti de gauche ne devient pas un parti de droite ni le parti de droite un parti de gauche. Il est certain que cela peut être difficile à comprendre dans un pays qui a pratiqué pendant des décennies le « cordon sanitaire » contre le FN/RN, avec comme résultat que ce parti est maintenant aux portes du pouvoir et n’aura peut-être même pas besoin de coalition.
*
À l’époque, un Yves Mourousi, un PPDA, une Christine Ockrent, c’était pour beaucoup de gens, presque tout le monde en fait, la personne par qui on découvrait les événements marquants. Il y avait donc de la révérence. Aujourd’hui, tout le monde sait tout avant l’heure du JT. Je ne pense pas minimiser le rôle de la presse à l’époque et je remarque que les deux, presse et TV, aujourd’hui « tombent » ensemble. Car ils se complétaient (en tant que cool media : cf. McLuhan) tandis qu’aujourd’hui internet les remplace.
*
Je suis pour le cannabis « récréatif » et contre la prescription de cannabis « médical » : pas de Nurse Ratched, s’il vous plaît. D’ailleurs, je suis contre le terme de cannabis « récréatif ». On ne parle pas de cour de récréation (où rôdent les « pions »). Je suggère plutôt cannabis « philosophique ». Et d’abord un État laïque aurait dû autoriser le cannabis rituel pour les Rastafariens il y a longtemps : les Rastas sont discriminés. Aux États-Unis, le peyote est légalisé depuis longtemps pour la Native American Church (Amérindiens).
*
Hallucinante fréquence à laquelle, dans les questions de réforme de l’État et des institutions, dans des livres savants, même récents, le caractère latin de la France et des Français est invoqué comme facteur explicatif et même prescriptif. Les auteurs ne voient-ils pas l’implication raciste ? Surtout, ne voient-ils pas que ce caractère latin, dont ils ne disent à peu près rien de concret, est comme le phlogistique de la vieille chimie ou comme la « vertu dormitive » de l’opium ? Un exemple en science politique : Maurice Duverger. En sciences du droit : Michèle-Laure Rassat.
*
ACTE XIII
Audiences en chute libre : la diffusion du Grand Débat arrêtée (Valeurs actuelles)
Audience Macron Grand Débat « en chute libre ». S’il était bon dans cet exercice, comme certains l’ont dit, son audience n’eût-elle pas dû augmenter ? Les gens ont voulu voir, ils ont vu, ils ne sont pas revenus. Veni vidi cassos…
*
J’ai suivi pour vous la danse du dragon chinois Gilet Jaune de l’Acte XIII. Une coutume que l’on retrouve aussi en Indonésie : c’est le barong, barong ket ou barong keket de Bali.
Ici le barong fait sa danse devant la foule en délire.
Là, belle prise de vue du barong keket sur les Champs-Élysées.
Là, le barong keket Gilet Jaune continue sa danse contre la reine des démons Rangda 👹 aux abords de l’Assemblée nationale, tandis que des manifestants l’accompagnent en frappant sur des palissades comme sur des tambours.
*
The Gilets Jaunes Roleplay #ActeXIII/#Acte13 de la campagne Ruissellement-Dissolution présente FDO Force Des Orques
« Et maintenant dissolution par ruissellement d’acide »
[En travaillant sur le coup de l’inspiration à ce détournement de photo, j’ai malheureusement coupé l’image trop court et on ne voit pas le gilet jaune de la jeune femme brutalisée, gisant sur le trottoir à quelques pas de là comme une loque abandonnée, beau symbole mélancolique.]
*
Un ministre sur BFM-TV : « Je ne vois pas les revendications des Gilets Jaunes. » Pour qu’un ministre ne soit pas aveugle, il faudrait qu’un gouvernement soit autre chose qu’une bureaucratie. « On ne peut pas réduire l’aliénation de 3 % par an. » (Castoriadis)
*
N’essayez pas de faire passer la moindre suspicion envers le gouvernement, qui dirige des services secrets hors de tout contrôle démocratique, pour du « complotisme ». Et je dirai même : tant que tout n’est pas transparent dans l’exercice du pouvoir, le complotisme est justifié. Un gouvernement qui ne voudrait pas être transparent sur tout et qui voudrait en même temps réprimer tout ce qu’il appellera du complotisme est une tyrannie qui doit être renversée, balayée par le peuple.
*
Qu’Antifa soient des « idiots utiles du système » est vrai principalement du point de vue révolutionnaire. L’antifascisme est « un piège utilisé par la bourgeoisie pour détourner les prolétaires de leur véritable lutte : la lutte de classe. » Wkpd article « bordiguisme » (Amadeo Bordiga)








