Glossaire de l’occulte thaï (reboot)

Le présent glossaire est une fusion des listes successives de ce blog Glossaire de l’occulte thaï (I) et Thai Mysteries (II-V). Pour le plus grand nombre de ces entrées, elles sont ici pour la première fois en français.

Il n’existe pas de transcription unique du thaï. Je recours à une transcription personnelle simplifiée, le plus phonétique possible pour le lecteur francophone. Ainsi, « eu » se lira comme dans « feu » en français, « ou » comme dans « fou ». Le w est toujours liquide : « wa » se lit « oua ». Le r est roulé. Le tj est censé rendre une consonne particulière : « tjo » se lit à peu près comme « tchio ».

Les entrées sont classées selon l’ordre alphabétique de cette transcription.

Je donne pour chaque entrée le terme original en thaï, notamment parce que des recherches d’image sur internet ne peuvent donner de bons résultats avec la transcription que j’emploie (et le résultat ne peut d’ailleurs être qu’à peine meilleur pour un grand nombre de ces termes dans des transcriptions plus courantes) : il faut recourir au thaï pour avoir accès aux banques d’images, et c’est une recherche que je ne peux qu’encourager pour bien s’imprégner de l’imaginaire thaïlandais.

Glossaire

Abaïpoum (อบายภูมิ). Les mondes abandonnés, c’est-à-dire a/ les huit plans de l’enfer, b/ le monde des prétt, c/ le monde des asuras et d/ le monde des bêtes.

Les prétt (du sanskrit preta) sont également connus sous le nom de fantômes affamés ; on les représente le plus souvent sous l’aspect de grandes carcasses maigres avec une bouche fine comme une aiguille et un ventre bedonnant qu’en raison de l’étroitesse de leur bouche ils ne peuvent jamais remplir. Les asuras sont quant à eux des démons bien connus de la mythologie hindouiste et bouddhiste.

Aksonn-kom (อักษรขอม). « Écriture khmère » : l’écriture khmère était utilisée jusqu’à la fin du dix-neuvième en Thaïlande pour la littérature bouddhiste (par exemple pour la traduction du canon pali du bouddhisme théravada, le Tripitaka). La réforme du roi Rama V, et notamment la publication en thaï du Tripitaka, fut combattue par les segments conservateurs du Sangha (les bonzes) en raison des propriétés magiques attribuées à l’écriture khmère. Aujourd’hui, l’écriture khmère (qui diffère cependant du khmer actuel) est toujours employée dans le contexte des pratiques occultes, et apparaît sur les amulettes, les tatouages magiques, les diagrammes mystiques, etc. Chaque fois que le mot yantra, qui désigne un symbole ou ensemble de symboles (diagramme) magiques, apparaît dans le présent glossaire, il faut comprendre que cette symbologie est véhiculée par ladite écriture khmère (aksonn-kom-thaï).

Ampoutchini (อัมพุชินี). Étang aux lotus.

Anantriyakam (อนันตริยกรรม). Les cinq péchés capitaux : 1 tuer son père ; 2 tuer sa mère ; 3 tuer un saint (arahant) ; 4 infliger une blessure à un Bouddha ; 5 faire renoncer un moine à ses vœux.

Ang-yi (อั้งยี่). Société secrète chinoise.

Anoussaï (อนุสัย). Les sept tares enracinées dans la nature humaine : 1 l’appétit pour le plaisir sexuel ; 2 l’irritabilité ; 3 les vues erronées ; 4 le doute, l’hésitation ; 5 l’arrogance ; 6 la préoccupation pour le monde et les buts mondains ; 7 la connaissance imparfaite ou l’ignorance.

Apapa (อพพะ). Nombre de valeur élevée, égal à dix millions à la puissance onze. Aksaohini (อักเษาหิณี). Nombre élevé : un suivi de quarante-deux zéros.

Ce sont deux exemples des connaissances numériques héritées de l’antique culture sanskrite par les civilisations du bouddhisme théravada. Les nombres élevés permettaient notamment de computer la valeur des cycles du temps. Selon Mircea Eliade, la durée de vie du dieu Brahma est de 311.000.000.000.000 d’années (veille et sommeil), ce qui est encore peu relativement à la valeur d’aksaohini.

Apinya (อภิญญา). Les six formes de sagesse les plus élevées : 1 l’acquisition de pouvoirs magiques ; 2 la clairaudience (audition surnaturelle) ; 3 la connaissance des intentions d’autrui ; 4 le souvenir de ses vies antérieures ; 5 la clairvoyance (vision surnaturelle) ; 6 le dépassement du désir.

Ariya (อริยะ). (Du mot sanskrit pour « Aryen ») Dans le bouddhisme, ceux qui réalisent le glorieux dharma : illumination, mérite, cessation de la souffrance, etc. Exemple : ariya-sangha, ceux qui, moïnes ou laïcs, pratiquent le dharma avec diligence, méthode et maîtrise.

Aroupapatjonn (อรูปาพจร, อรูปาวจร). Un dieu Brahma incorporel possédant les quatre jhanas/dhyanas, ou états, sans forme de non-esprit.

Dans le bouddhisme, les Brahmas sont des dieux et non un dieu. Ils vivent dans deux mondes distincts, l’un pour les Brahmas corporels et l’autre pour les Brahmas sans forme (incorporels). Ces deux mondes sont des subdivisions du Brahmaloka ou monde de Brahma ou des Brahmas ; le dieu Brahma en tant que tel (Prom), représenté avec quatre visages, est le seigneur du Brahmaloka.

On appelle « posséder » un jhana la pratique méditative de l’état correspondant, à savoir, pour les quatre états sans forme : l’espace infini (dépassement de la notion d’objet), la conscience infinie (dépassement de la notion d’espace), le néant (dépassement de la conscience), l’état ni perceptif ni non-perceptif.

Aroupapop (อรูปภพ) or Arupapoum (อรูปภูมิ). Le monde de ceux qui ont acquis les quatre arupa-jhanas (ou arupa-dyanas) ou états sans forme de non-esprit.

Aroupaprom (อรูปพรหม). (Sanskrit a-rupa-Brahma) Une classe de dieux du Brahmaloka (monde des Brahmas) dans la doctrine bouddhiste : un Brahma incorporel. Ils n’ont ni corps ni apparence. Il en existe quatre sous-classes.

Au contraire des rupaprom (voir ce mot) ou Brahmas corporels, les arupaprom sont une particularité du bouddhisme. Ce sont d’anciens ascètes ayant acquis des pouvoirs de méditation (voyez Arupapop et Arupapatjon).

Atsadayoutt (อัษฎายุธ) ou Atsadawoutt (อัษฎาวุธ). « Les huit armes » : la lance de diamant, l’épée-éléphant (longue épée utilisée pour frapper depuis le dos d’un éléphant), le trident, le chakra (arme de jet sous forme de disque denté), l’épée avec bouclier, l’arc, la faux de guerre, et un certain type de mousquet ancien. Ces armes sont présentées au nouveau roi durant la cérémonie de couronnement.

Atsatamongkonn (อัษฎมงคล, อัษฏมงคล). (Du sanskrit Ashtamangala) « Les huit objets auspicieux », à savoir : le krop-na (un ornement frontal en forme de kratiang, motif artistique thaï consistant en feuilles s’ouvrant en deux bras), le sceptre, la conque marine, la roue chakra, le drapeau triangulaire tongsamchaï, le croc de cornac (conducteur d’éléphant), la vache albinos (en hommage à Nandi, vache de Shiva), et le chauffe-eau.

Ceci est la version théravada thaïlandaise d’une liste de symboles auspicieux de l’hindouisme. Dans le bouddhisme, ces objets sont considérés auspicieux car ils furent offerts par les dévas au Bouddha lors de sa naissance.

Attabann (อัฐบาน). « Les huit jus », les jus de fruit qu’un moine est autorisé à boire l’après-midi (à titre d’exception à l’interdiction pour les moines de toute intussusception après l’heure de midi). Ces jus sont le jus de mangue, le jus du fruit du jamelonier ou le jus de pomme-rose (jambosier), le jus de banane (deux sortes de banane), le jus de madhuca (Madhuca pierrei), le jus du fruit de l’Aglaia silvestris ou le jus de raisin, le jus de rhizome de lotus, enfin le jus de Bouea burmanica ou le jus de litchi.

Ces huit jus sont nommés dans le Vinaya (partie du canon pali relative aux régulations monacales) et sont donc connus à partir d’une source en langue pali. Dans le processus de traduction en thaï, il semblerait que des incertitudes se soient présentées, car trois de ces jus peuvent être de tel ou tel fruit (par exemple, « le jus du fruit du jamelonier ou le jus de pomme-rose », qui sont deux fruits différents). Du fait de cette traduction, prise littéralement, les « huit jus » sont en réalité au nombre de onze. Certains considèrent d’ailleurs que l’exception est valable pour tous les jus de fruit, mais l’étymologie du mot attaban contredit a priori cette opinion (atta=huit).

Awétchi (อเวจี). La plus profonde fosse de l’enfer, où reçoivent leur châtiment les plus grands pécheurs, et où l’expiation est la plus longue (339.738.624×1010 années). C’est un cube de 300.000 kilomètres de côté. Ceux qui s’y trouvent ont commis un des cinq crimes capitaux (voyez Anantriyakam).

Badann (บาดาล). (Du sanskrit Patala) Le monde souterrain des nagas.

Les nagas – nak en thaï – sont les fameux serpents, divinités chtoniennes des mythes d’Asie du Sud, trop connus pour que j’y consacre une entrée.

En langue thaïe, un novice bouddhiste est appelé du même nom qu’un naga (nak) et, si l’on croit Éveline Porée-Maspero (1951), cela n’est en rien dû au hasard : selon cette chercheuse, dans certaines formes traditionnelles d’ordination des novices, les nagas sont explicitement appelés à prendre possession du corps du candidat.

Baï-miang (ใบเมี่ยง). 1 Tissu enveloppant un cadavre dans une urne mortuaire. 2 Arrangement de feuilles (de bayteul et autres plantes) utilisé dans la cuisine thaïlandaise pour les mets enveloppés dans des feuilles.

Baïpattassima (ใบพัธสีมา), Baïssima (ใบสีมา) ou Baïsséma (ใบเสมา). Stèle dont le sommet est en forme de lotus, marquant les limites du terrain d’un temple bouddhiste.

Bangsoukoun (บังสุกุล). Nom de la robe portée par un moine ; elle a préalablement été étendue sur le cadavre d’une personne.

Beua (เบื้อ). Animal ayant une apparence semblable à celle d’un homme, à ceci près qu’il n’a pas de rotules et est couvert de poils comme un singe. Il ne parle pas. On le rencontre dans les forêts du nord-est de la Thaïlande. (Les adeptes de cryptozoologie ont-ils répertorié, et recherchent-ils, cette variété tropicale du Yéti ?)

Beuk-maï (เบิกไม้). Conduire une cérémonie pour les esprits de la forêt avant d’abattre un arbre.

Bia-kè (เบี้ยแก้). Coquillage (Mauritia mauritiana) utilisé pour produire des médicaments ou comme amulette.

Boripann (บริภัณฑ์). Le nom collectif des montagnes qui entourent le mont Mérou en sept chaînes concentriques est : les sept montagnes de Boripann.

Les noms de ces chaînes de la plus proche à la plus éloignée sont Yukonton (ยุคนธร), Issinton (อิสินธร), Garawik (กรวิก), Soutassana (สุทัสนะ), Néminton (เนมินธร), Wintaka (วินตกะ) et Atsakan (อัสกัณ). Ces chaînes de montagne sont séparées entre elles, et le mont Mérou de la chaîne Yukonton, par des mers appelées Sitandon (สีทันดร).

Bouppé-niwassa-noutsatiyann (บุพเพนิวาสานุสติญาณ). Connaissance de ce que l’on a été et où l’on a vécu dans ses vies antérieures, connaissance de ses vies antérieures. Ce qui se traduit parfois par rétrocognition.

Bouppé-sanniwatt (บุพเพสันนิวาส). Le fait de s’être aimés, d’avoir été unis dans une vie antérieure.

Chagamapatjonn (ฉกามาพจร) ou Chagamawatjonn (ฉกามาวจร). Nom collectif des six Paradis : Tjatoumaharatchika (จาตุมหาราชิกา), Daowadeung (ดาวดึงส์), Yama (ยามา), Doussitt (ดุสิต), Nimmanaradi (นิมมานรดี) et Paranimitawatt-sawatdi (ปรนิมมิตวสวัตดี).

Chaque paradis a ses propres habitants : les quatre Grands Rois, gardiens des quatre directions cardinales, et leurs cours à Tjatoumaharatchika ; Indra et sa cour à Daowadeung ; les dévas Soumaya à Yama, qui volent dans les airs dans des aéronefs appelés vimanas ; les dévas Sandoussitt (ainsi que Maïtreya, le prochain Bouddha) à Doussitt, etc (avec des dévas dont la vie se mesure en milliards d’années humaines). Le Paranimitawat-sawatdi est l’état le plus raffiné dans lequel on puisse naître au sein du Samsara (étant entendu que tous ces paradis font partie du Samsara ou cycle des réincarnations).

Chaï-koun-chonn (ชยกุญชร). Éléphant de guerre. Les éléphants de guerre nous sont connus par les récits de Quinte-Curce et d’autres sur les conquêtes d’Alexandre et ses batailles contre les armées de l’Inde. Ils sont un élément familier de l’histoire de l’Asie du Sud-Est.

Chaléo (เฉลว). Symbole produit à l’aide de lanières de bambou croisées entre elles en forme d’étoile à cinq branches. Il est placé au-dessus de chaudrons où sont en train de bouillir des remèdes, sur des marchandises, comme indication de lieu, comme talisman contre la possession par les esprits, etc.

C’est la même chose que le pentagramme ou pentacle occidental (Drudenfuß en allemand, c’est-à-dire le pied d’un esprit malfaisant appelé Drude, qui était dit posséder des pieds comme ceux d’une oie), et il en partage les propriétés et usages mystiques et apotropaïques.

Chamop (ฉมบ, ชมบ) ou Tamop (ทมบ). Fantôme d’une femme morte en forêt et qui hante les environs du lieu de sa mort. Son apparence est floue, relativement indistincte.

Chang-nam (ช้างน้ำ). « Éléphant des eaux », animal ayant le corps d’un éléphant, une trompe et des défenses comme celles de l’éléphant, et une queue de poisson.

Chang-niam (ช้างเนียม). Éléphant possédant trois qualités distinctives : la peau noire, des ongles noirs et des défenses en forme de banane.

Chang-samkann (ช้างสำคัญ). Éléphant possédant les sept signes auspicieux qui en font de droit un éléphant royal, à savoir : des yeux blancs, un palais blanc, des ongles blancs, des poils corporels blancs, une peau blanche ou de couleur argileuse, les poils de la queue blancs, et un scrotum (étui pénien) blanc ou de couleur argileuse.

Chappana-rangsi (ฉัพพรรณรังสี). Lumière composée de six couleurs, à savoir : le bleu de la fleur d’aloès (pois bleu), le jaune de l’orpiment, le rouge du soleil au crépuscule, le blanc d’une assiette d’argent, l’orange d’une patte d’oie, et la brillance du cristal. Telle est la lumière du halo émanant du corps du Bouddha. Le tong-chappana-rangsi, ou drapeau de la lumière des six couleurs, est le drapeau de la religion bouddhiste. (Ces couleurs sont sur le drapeau au nombre de cinq et se répètent chacune une seconde fois dans la bande verticale à l’extrémité droite du drapeau, car cette sixième couleur est en fait la combinaison des cinq autres, et le chappana-rangsi en tant que tel est donc lui-même une seconde combinaison.)

Chappayapoutta (ฉัพพยาปุตตะ). Naga arc-en-ciel.

Relativement à la couleur des écailles, il existe trois autres espèces de naga : les nagas dorés, les nagas verts et les nagas noirs. Les nagas arc-en-ciel sont extrêmement beaux.

Chinabanchon (ชินบัญชร). Un certain paritt (voir ce mot) ou récitation auspicieuse et protectrice particulièrement répandue en Thaïlande, rédigée sous sa forme actuelle par le bonze Somdet To (†1872). Le mot vient du sanskrit et signifie « armure du vainqueur », c’est-à-dire armure du Bouddha, et la formule est décrite allégoriquement en thaï comme créant une armure de diamant autour de celui qui la récite.

Dao-tjonn (ดาวโจร). En astrologie, étoile faisant de la personne née sous son influence un voleur. D’où l’expression Yati-dao-tjonn : personnes à qui l’on ne peut se fier.

Dok-doua (ดอกดั้ว). Corne d’animal révérée comme un objet magique (protégeant la maison de son possesseur de l’incendie), par exemple la corne de diverses espèces de buffle ou, dans les textes anciens, la corne d’une vache sacrée.

Fang-kém (ฝังเข็ม). 1 Planter une aiguille enduite d’« huile-mantra » (voyez Nam-mann-monn) dans un membre du corps en récitant des incantations afin d’accorder l’invulnérabilité. 2 Acupuncture chinoise.

Gajasih (คชสีห์). Éléphant-singha, animal légendaire qui a le corps d’un lion singha (lion légendaire souvent représenté dans l’art thaïlandais) et une trompe d’éléphant.

Galawaga (กาฬาวก). Une des dix familles d’éléphant, qui sont les suivantes : 1 Galawaga-Hati (éléphant noir) ; 2 Kangkaï-Hati (à la couleur « comme celle de l’eau d’un ruisseau ») ; 3 Pantara-Hati (blanc argenté) ; 4 Tamop-Hati (cuivré) ; 5 Pingkon-Hati (doré clair, comme les yeux de chat) ; 6 Kanta-Hati (couleur de calambac ou bois d’aloès, et l’éléphant dégage une odeur suave) ; 7 Mongkon-Hati (couleur de pois bleu, et les mouvements de l’éléphant sont gracieux) ; 8 Hem-Hati (jaune comme l’or) ; 9 Ubosot-Hati (doré) ; 10 Chattan-Hati (blanc comme l’argent fondu, avec la bouche et les ongles rouges). Selon la cosmologie thaïlandaise exposée dans le livre connu sous le nom de Traïpoum-Pra-Ruang (Les Trois Terres, 1345), ces éléphants vivent dans la forêt d’Himmapan entourant le mont sacré Mérou au centre du monde (tiré de la mythologie hindoue). Cette forêt est dite exister dans l’Himalaya.

Ganpirom (กรรภิรมย์). Ombrelle à cinq étages en tissu blanc marquée de symboles magiques (yantras) dorés, avec un manche également doré. Elle est portée devant les troupes lors de défilés et dans les processions d’éléphants. On voit ainsi l’importance des yantras au plus haut niveau de l’État thaïlandais.

Garawik (กรวิก). 1 L’oiseau de paradis (Paradisaeidae). 2 Nom de la troisième chaîne de montagnes parmi les sept qui entourent le mont Mérou. Voyez Boripann : ces chaînes de montagne entourent l’axe du monde de manière concentrique.

Gasak (กาสัก). Un oiseau magique qui reste invisible quand il vole. Si quelqu’un parvient à s’emparer d’une ou plusieurs de ses plumes, il acquiert le pouvoir de se rendre invisible.

Gramouatt (กระหมวด). Le nerf supérieur de la tête d’un éléphant ; c’est un organe important figurant parmi les critères utilisés pour caractériser un éléphant royal, c’est-à-dire un éléphant blanc (albinos), ces critères ayant en effet à voir avec la dépigmentation de diverses parties du corps de l’animal. (Cet organe n’apparaît pas dans la liste de critères présentés sous Chang-samkann [voir ce mot]… Je ne fais que le remarquer, sans pouvoir pour le moment l’expliquer.)

La découverte d’un éléphant blanc dans la forêt est, en raison d’une histoire de la vie du Bouddha narrant sa rencontre avec l’éléphant blanc Palilaï dans la forêt du même nom, considérée auspicieuse, et c’est pourquoi le roi de Thaïlande est leur protecteur, d’où le statut d’éléphants royaux de ces éléphants. Le nom thaï utilisé pour décrire un éléphant blanc est chang peuak, littéralement « éléphant taro », du nom d’une plante comestible (Colocosia esculenta) dont la chair est d’un blanc éclatant.

Héra (เหรา). Animal légendaire mi-naga mi-dragon (mangkonn).

Ho (เหาแ). L’art magique de voler dans les airs.

Hong (หงส์). Un oiseau légendaire de noble descendance, son chant est mélodieux et il sert de monture à Brahma. La langue thaïe se sert également de ce nom pour désigner le cygne.

Hong-praï (โหงพราย). Esprit qu’un sorcier conjure pour en être obéi. C’est un koumann-tong (voir ce mot) féminin.

Hongronn-mangkonram (หงส์ร่อนมังกรรำ). « Le cygne qui plane, le dragon qui danse » : cérémonies magiques accomplies par une femme pour rendre un homme follement amoureux et timide avec les autres femmes. Le « cygne qui plane » consiste principalement à couvrir de son entre-jambes la marmitte où cuit le repas avant de servir le contenu à l’homme en question. Le « dragon qui danse » se sert de l’eau du bain qu’a pris la femme, qu’elle utilise ensuite pour préparer à manger.

Houn-payonn (หุ่นพยนต์). Figure ou figurine à laquelle ont donné vie des incantations et qui sert de protecteur mystique à son possesseur.

On peut en acquérir auprès de bonzes. Le houn-payon que je possède, de quelque 5 cm de hauteur, est composé d’un fragment d’os humain constituant le ventre de la figurine et enveloppé dans le fragment d’un linceul, des cheveux d’homme ont été placés sur la tête, laquelle est une turquoise taillée en forme de crâne, et des takroutt, c’est-à-dire ici de petits cylindres métalliques renfermant des parchemins de formules magiques, forment le corps et les membres (douze au total) ; la figurine est enfermée dans une châsse en plastique, où elle est plongée dans de l’« huile d’exorcisme » rouge jusqu’à hauteur du bassin. Ce talisman a été fabriqué par le bonze Luang Po Somchat du temple Wat Huay Bong (province de Lopburi). Son possesseur est supposé l’« activer » par des incantations spéciales sur un papier joint par le bonze à la figurine.

Itti-patihann (อิทธิปาฏิหาริย์). Pouvoirs au-delà des limites communes de la nature humaine, tels que le pouvoir de se rendre invisible, le pouvoir de voler, etc. Ces pouvoirs sont un des trois patihann ou « miracles », avec atétsana-patihann, le pouvoir de lire dans la pensée d’autrui, et anusatsana-patihann, la doctrine (permettant de persuader autrui de croire et d’admirer).

Kaliyoukka-sakaratt (กลียุคศักราช). Le Kali Yuga, l’ère de 2.558 années précédant l’ère bouddhiste (qui commence avec l’entrée du Bouddha Gautama dans le Nirvana).

Kampop (กามภพ). Lieu de naissance de ceux qui sont restés attachés au désir sexuel (kama) ; les mondes de ceux qui restent dépendants de la sensibilité, à savoir les quatre abaïpoum (voir ce mot) – les plans de l’enfer et les mondes respectifs des bêtes, des prétt et des asuras –, le monde humain et les six paradis.

Kantakouti (คันธกุฎี). « Cellule parfumée » : nom de la cellule qui fut construite pour servir de résidence au Bouddha à Jétavana (Inde).

Kantamatt (คันธมาทน์). En tant qu’adjectif, le mot veut dire : enivrer (des animaux) de parfums. En tant que nom, il désigne « la montagne parfumée » qui se trouve dans la forêt d’Himmapan. Son parfum provient de diverses plantes et essences de bois. On y trouve des grottes : la grotte d’or, la grotte de cristal et la grotte d’argent. Elle est le lieu de résidence des Pratyékabouddhas, qui devinrent des Bouddhas en dehors de la direction du Bouddha Gautama.

Kaopao (ข้าวเภา). Riz mêlé à des pigments jaunes et rouges et utilisé lors des cérémonies d’admission d’éléphants royaux (éléphants blancs) conduites par les brahmanes preutibatt, c’est-à-dire la classe des brahmanes dédiés aux cérémonies relatives aux éléphants.

Les « brahmanes » ont continué et continuent de jouer un rôle à la cour royale de Thaïlande et dans la société thaïlandaise même après l’introduction du bouddhisme, mais ils ne sont pas reconnus comme faisant partie de la communauté internationale de l’hindouisme, qui inclut les communautés religieuses traditionnelles de l’Inde, du Népal et de Bali (en Indonésie). Ces prêtres thaïlandais sont souvent associés aux moines bouddhistes lors de cérémonies importantes comme les mariages.

Voici un témoignage intéressant du chercheur Pierre Lefèvre-Pontalis (Notes sur des amulettes siamoises, 1926) :

« Comme au Cambodge, il y a encore de nos jours, à la cour des rois de Siam, des Brahmes qui président à certaines cérémonies officielles, tirent les horoscopes, désignent les jours et les heures favorables. Ceux qui desservent à Bangkok le temple brahmanique sont originaires de Ligor dans la péninsule malaise. Sous la direction de Raja Khrou Vamathib, qui accompagne le souverain dans tous ses déplacements, ils ont atteint le degré de complaisance et de scepticisme nécessaire en une cour bouddhiste, où, si l’on ne croit pas à la divinité du maître, on ne saurait cependant admettre qu’aucun dieu lui soit supérieur dans la hiérarchie céleste. ‘Si l’on en croit les textes, a dit M. Foucher, Çakyamuni lui-même n’aurait toujours nié qu’il fût un dieu que parce qu’il était bien davantage.’

Le chef des Brahmes de Bangkok lui-même a bien de la peine à distinguer les divinités dont il a la garde. Pénétré de l’idée officielle que Bouddha est supérieur à toutes, il ne reconnaît comme images orthodoxes de Siva (Phra In Suen en siamois) que celles où le plus grand des dieux porte un Bouddha assis dans sa chevelure. Visnu lui aussi n’est admis qu’en qualité de Narâyana (Phra Naraï des Siamois), dieu complexe qui procède directement de l’hindouisme. »

Kaotok-dokmaï (ข้าวตอกดอกไม้). Une offrande religieuse (courante) de riz grillé et de fleurs.

Ka-Si-Nassop (ขษีณาศรพ). Une personne au-delà du désir (parvenue à l’éveil) ; un saint bouddhique.

Kassinn (กสิณ). Forme de méditation utilisant la concentration sur un objet ou un élément (terre, air, eau, feu) ; par exemple, quand il y a du vent, se concentrer sur la sensation du vent. Cette méditation permet notamment d’acquérir des pouvoirs magiques relatifs aux éléments et objets considérés dans la méditation, quand celle-ci est suffisamment maîtrisée.

Kèow-Sanpatt-Neuk (แก้วสารพัดนึก). Cristal magique qui assure à son possesseur la réalisation de ses vœux.

Kiao-kèo (เขี้ยวแก้ว). « Dent de verre ». 1 Les dents du Bouddha sont connues sous le nom de Pra-kiao-kèo. 2 Les dents du dieu singe Hanuman. 3 Crochets d’un serpent venimeux.

Kiatmouk (เกียรติมุข). Un être non-humain de la cour du dieu Shiva. Leur visage ricanant, mi-ogre (yaksa) mi-lion (singha), n’a pas de menton apparent. Ils ne possèdent ni corps ni membres. Ce sont des dieux gardiens des seuils, chassant le mal. On les trouve souvent gravés sur les portails monumentaux anciens.

Kinari (กินรี). Un kinnon femelle. Selon certaines définitions, kinonn serait le nom générique, kinari le nom de la femelle et kingbouroutt celui du mâle. (Voir ces mots)

Kingbouroutt (กิงบุรุษ). Un animal légendaire ayant le corps d’un cheval et une tête d’homme. Dans le folklore thaï, cependant, il s’agit d’une créature mi-homme mi-oiseau (la partie antérieure humaine et la partie postérieure aviaire) vivant dans la forêt d’Himmapan entourant le mont Mérou au centre du monde.

Kingka-yak (กิ้งก่ายักษ์). Ce mot, qui signifie littéralement « lézard géant » ou « dragon géant » (ou bien encore dragon-yaksa) et qui a été donné à un type de reptile existant, peut aussi servir à désigner les dinosaures.

La langue islandaise recourt à un système comparable : risaeðla veut dire « lézard géant ». Il s’agit dans les deux cas, plutôt que de recourir au grec (« lézard terrible »), de créer le terme à partir du lexique national.

En thaï, on a procédé de cette manière à partir du sanskrit/pali pour toute une série d’inventions occidentales ; de même que « téléphone », « microscope » etc. sont des mots communs aux langues européennes qui dérivent du grec, leurs équivalents dérivant du sanskrit/pali sont communs à plusieurs langues d’Asie du Sud-Est, le thaï, le khmer, sans doute d’autres. Cette méthode est tombée en désuétude à la fois en Europe et en Asie du Sud-Est. L’usage de l’anglais s’est banalisé, et le terme le plus courant aujourd’hui pour désigner en thaï un dinosaure, peut-être aussi en raison de l’autre sens de king-ka-yak signalé plus haut, est la pure et simple transcription du mot anglais : « daïnossao ».

Kinonn (กินนร). Créature légendaire dont il existe deux espèces, l’une mi-homme mi-oiseau (la partie antérieure humaine et la partie postérieure aviaire), l’autre ayant une apparence humaine mais possédant des ailes et une queue, et capable de voler.

Kok (ก๊ก). Réseau, connections d’une société secrète. Boonyapaluk (auteur d’un dictionnaire thaï-français) donne de ce mot les définitions suivantes : « association, bande, cabale, clan, clan chinois, clique ».

Komott (โขมด). Fantôme de la forêt qui apparaît sous l’aspect d’une vive lumière dans la nuit ; feu-follet.

Kong-koï (กองกอย). Fantôme vampirique n’ayant qu’un pied et pas de rotule si bien qu’il doit marcher sur la pointe de son pied unique. Il a l’habitude de sucer le sang de ceux qui passent la nuit en forêt, par le gros orteil.

Konntann (คนธรรพ์). Les ghandarvas (sanskrit), une classe d’habitants des demeures du ciel, considérés comme des dieux mineurs. Ils constituent la cour de Déva Tatarott, l’un des quatre Rois du premier paradis, et ce sont des musiciens et chanteurs. Leurs épouses sont les apsaras.

Kott (คด). Objet dur comme une pierre trouvé à l’intérieur de certains animaux et certaines plantes, et utilisé comme amulette. C’est un bézoard, un genre d’objet considéré comme ayant des propriétés magiques dans de nombreuses traditions du monde, si ce n’est dans toutes.

Krabi-krabong (กระบี่กระบอง). Art martial traditionnel pratiqué avec des épées et des bâtons.

Krabong-deng (กระบองแดง) : « La baguette rouge », une baguette passée au tour, au manche doré, dont le corps est peint en rouge vermillon, la pointe dorée également et sculptée en forme de laitue d’eau (Pistia stratiotes). L’objet est remis au médecin royal lors de son investiture et symbolise le privilège de la collecte des herbes et plantes médicinales dans le royaume.

Krasseu (กระสือ). Fantôme qui prend possession du corps d’une femme et aime à se repaître d’immondices. Elle fait la paire avec le krahang, qui prend le corps d’un homme. Quand elle sort la nuit pour se nourrir, elle a l’aspect d’une tête volante d’où pendent les viscères ; les autres parties de son corps restent où elle réside. Elle prend parfois aussi l’apparence d’une boule de feu de couleur verte.

Krata-tongdeng (กระทะทองแดง). Grandes poêles brûlantes où les damnés sont mis à frire dans les fosses infernales.

Kring (กริ่ง). Petite amulette creuse dans laquelle est enchâssé un objet sacré. Quand on secoue l’amulette, elle produit le son kring kring, d’où son nom (pra-kring, le préfixe pra étant généralement accolé aux amulettes ainsi qu’aux personnes et images sacrées).

Krouti (ครุฑี). Garuda (krout) femelle. Les garudas sont les créatures ressemblant à des oiseaux qui servent d’emblème héraldique à la Thaïlande. Garuda est dans la mythologie hindouiste la monture du dieu Vishnou.

Koumann-tong (กุมารทอง). Esprit qu’un sorcier conjure pour en être obéi. Autrefois, cela passait par un fœtus mort dans le ventre de sa mère (et pour cela par la mort de la mère), fœtus que le sorcier mettait à rôtir et couvrait ensuite de feuilles d’or. En pratiquant certaines offrandes et d’autres rites en présence de l’effigie ainsi produite, le sorcier s’acquérait un démon familier. La pratique se survit sous la forme d’amulettes et d’effigies artificielles.

Koumpannta-prétt (กุมภัณฑเปรต). Un démon prétt (du sanskrit preta) ayant d’énormes testicules.

Les prétt sont une sorte d’êtres surnaturels ou démons vivant dans un monde à eux guère différent d’un plan des enfers (voyez Abaïpoum). Il arrive toutefois qu’ils entrent en contact avec les hommes, dans certaines circonstances. Il existe différentes typologies de ces démons, dont l’une comporte le présent kumpanntaprétt, prétt éléphantiaque, pour ainsi dire.

Lék-laï (เหล็กไหล). Type de métal susceptible de fondre à la flamme d’une bougie. La définition est un peu sommaire et pourrait désigner un vulgaire alliage de plomb. Il s’agit en fait d’un métal magique dont les bonzes font des amulettes. Cette pratique est si répandue qu’un film est sorti, il n’y a pas longtemps, sur L’homme lék-laï, un super-héros tout ce qu’il y a de moderne qui bénéficie des pouvoirs de ce métal (titre anglais du film : Mercury Man).

On notera que, dans les pratiques occultes malaises, la science de l’invulnérabilité (kebal) est dite reposer sur une injection magique de mercure dans le corps de la personne, c’est-à-dire que le film thaï évoqué ci-dessus emprunte aussi à cette conception.

Lék-yann (เลขยันต์). (Du sanskrit lekka-yantra). Symbole dessiné sur un yantra (diagramme magique).

Louk-chang (ลูกช้าง). Le pronom « je » quand l’orateur s’adresse à un esprit des forêts ou un esprit des montagnes (marque de déférence).

Louk-kèo (ลูกแก้ว). 1 Bille de verre ; plus spécifiquement, désigne les billes de verre utilisées par les shamans pour prédire l’avenir. 2 Enfant qui s’est rasé la tête comme prescrit pour devenir novice (c’est-à-dire pour appliquer, en tant qu’enfant, certaines régulations monacales du bouddhisme).

Long-kong (ลองของ). Tester une amulette pour déterminer si ses pouvoirs magiques sont effectifs.

Louk-krok (ลูกกรอก). Fœtus humain ou animal, notamment de chat, mort dans le ventre de sa mère. Le corps est complet mais de petite taille. On croit qu’il porte bonheur à celui qui le possède et peut servir d’amulette. (Voyez Koumann-tong)

Louk-nimitt (ลูกนิมิต). Boules de pierre, de la taille de deux bols à aumône approximativement, posées à même la terre pour délimiter les limites d’un sanctuaire bouddhiste.

Louk-om (ลูกอม). Bille pouvant être composée de matériaux divers et qui, placée dans la bouche, sert d’amulette.

Mahalalouaï (มหาละลวย). Formule magique pour rendre les gens amoureux.

Mahaoutt (มหาอุจ). En astrologie, planète qui confère des bénéfices éminents et rend faste le destin de la personne née sous ses auspices.

Mahatatt (มหาธาตุ). Une relique du Bouddha. Les temples (wat) qui renferment une de ces reliques sont appelés de ce fait wat-mahatatt.

Makkaliponn (มักกะลีผล). Nom d’un arbre de la forêt d’Himmapan qui porte des fruits ayant l’apparence de jeunes femmes nues, pendant de ses branches. Au bout de sept jours, ces fruits tombent au sol et pourrissent.

Makorakountonn (มกรกุณฑล). Pendentifs d’oreille en forme de dragons.

Mekkapatt (เมฆพัด). Nom d’un alliage métallique noir brillant émettant des reflets scintillants de couleur verte à la manière du bupestre (scarabée). Il s’obtient en fondant ensemble du plomb et du cuivre et en ajoutant du soufre (c’est la recette courte). Les amulettes composées dans cet alliage alchimique s’appellent pra-mekkapatt.

Mèo-wichian-matt (แมววิเชียรมาศ). Le chat siamois est le « chat diamant (wichian) et or (matt) », l’or et le diamant étant désignés, qui plus est, par leurs noms poétiques et non par leurs noms courants. Un beau nom pour un bel animal.

Mérou-Pra-Boup-Po (เมรุพระบุพโพ). Crématoire de petite taille servant à brûler la lymphe du corps (« eau jaune » en thaï), employé surtout dans les temples aux reliques. C’est un terme réservé aux cérémonies royales (et donc, assurément, cet objet n’est employé que pour les personnes de sang royal).

Mè-seu (แม่ซื้) ou Mè-wi (แม่วี). Une divinité ou un esprit féminin réputé protéger les nouveau-nés pendant les premiers jours de leur vie.

Selon le jour de la semaine où l’enfant est né, ce dernier a un ange gardien différent. Les mé-seu sont donc au nombre de sept. Le dimanche, c’est Witjitoramawann, rouge avec une tête de lionesse singha ; lundi, Wanongkrann, blanche avec une tête de jument ; mardi, Yaksaborisoutt (« Yaksa/ogresse pure »), rose avec une tête de buffle ; mercredi, Samonlatatt, verte avec une tête d’éléphante ; jeudi, Galotouk, jaune clair avec une tête de biche ; vendredi, Yaknongyao (« belle Yaksa/ogresse »), bleue avec une tête de vache, et samedi, Ekalaï, noire avec une tête de tigresse. Elles portent toutes des vêtements de fil d’or.

(Les yaksas sont des ogres ou des géants mais il ne faut pas prendre l’appellation en mauvaise part ; ces créatures sont en effet souvent représentées dans les temples bouddhistes où ils servent à repousser les mauvais esprits par leur aspect peu engageant.)

Les mé-seu ne doivent pas être confondues avec les sept déesses de Songkran, filles de Brahma et concubines d’Indra, liées au festival annuel de Songkran, et qui sont elles aussi associées chacune à un jour de la semaine et à un animal (qui leur sert de monture).

Ming-mia (มิ่งเมีย). Une femme auspicieuse à son mari et à sa famille.

Mitt-mo (มีดหมอ). Couteau magique employé entre autres dans les exorcismes.

Moranapap (มรณภาพ). Mourir, ou la mort (terme réservé aux bonzes). Exemple de phrase employant le terme : « Les Thaïlandais croient qu’un bonze qui meurt (moranapap) revêtu de sa robe se réincarne en esprit protecteur (pra-poum) », c’est-à-dire en esprit auquel un foyer thaï, en principe, dresse une maison miniature (sann-pra-poum) et fait des offrandes quotidiennes. Ces esprits protègent les humains des mauvais esprits ou fantômes (pi, dont le présent glossaire présente quelques variétés, notamment aux mots commençant par pi-).

Mo-tao (หมอเฒ่า). Personne versée dans la connaissance des éléphants (un champ d’étude à part entière nommé kok-satt) et experte dans le domaine de leur capture (pour domestication).

Il existe une littérature rituelle adressée aux éléphants ainsi capturés, par laquelle on s’excuse, dans des poèmes, de les éloigner de leur forêt natale, tout en dépeignant les avantages et les douceurs de la vie au milieu des hommes. (Les éléphants de guerre n’existent plus.)

Nakbatt (นาคบาศ). « Nœud des nagas », nom d’une arme de jet du héros Indrajit (dans le Ramakien, version thaïlandaise du Ramayana). Dans les légendes, les chasseurs se servent de cette arme pour chasser les kinari (voyez ce mot).

Il existe dans le bouddhisme théravada une tradition d’interprétation du sens ésotérique du Ramakien, où les différents épisodes représentent des étapes initiatiques et d’élévation spirituelle.

Par ailleurs, on trouve en Thaïlande des amulettes appelées nakbatt, en forme de nagas enroulés sur eux-mêmes.

Nakprok (นาคปรก). Nom d’une position des statues ou images du Bouddha, où le Bouddha est assis les jambes croisées (position samadhi) avec les mains l’une sur l’autre la paume vers le haut contre le bassin, tandis que les coiffes (capuchons) dilatées de nagas l’ombragent. Il en existe deux modèles : l’un où les anneaux circulaires des nagas servent au Bouddha de siège et l’autre où le Bouddha est assis à l’intérieur du cercle des anneaux.

Nam-mann-monn (น้ำมันมนตร์). « Huile-mantra » : huile de noix de coco activée par des formules magiques et utilisée comme onguent ou huile de massage en vue de traiter douleurs, courbatures, foulures, etc, ou pour conférer des bénédictions ou pouvoirs spéciaux (voyez Fang-kèm).

Nam-mann-praï (น้ำมันพราย). Une huile recueillie au cours de sa crémation sur le corps d’une femme morte pendant sa grossesse. Quand on asperge une femme de cette huile, elle tombe amoureuse.

Nam-monn (น้ำมนต์, น้ำมนตร์). « Eau mantra » : eau consacrée ou bénite, pour s’y baigner, boire, ou en asperger des personnes ou des objets.

Nang-kwak (นางกวัก). « La jeune fille au salut », image sainte sculptée en forme de femme assise et saluant de la main, considérée comme porte-bonheur, de façon générale ou dans les affaires.

Nang-maï (นางไม้). Esprit féminin qui réside dans les arbres. C’est un roukkatéwada (voir ce mot), c’est-à-dire une apsara, une nymphe.

Nèng (แหนง). Cérémonie de magie noire destinée à empêcher une femme de se marier.

Ngang (งั่ง). 1 Statue ou statuette fondue avec du métal destiné à des statues du Bouddha, assise en position samadhi, avec la poitrine non couverte, n’ayant ni robe ni châle (deux des trois éléments du vêtement monacal bouddhiste : voyez Traï-tjiwonn), avec seulement une guirlande autour du cou. Étant fondue avec une bien plus grande quantité de cuivre que les autres statues, on l’appelle pra-ngang (pra-« cuivre »). 2 Nom d’une statue du Bouddha qui n’a pas encore reçu la touche finale, à savoir la complétion des yeux (qui réclame une cérémonie particulière).

Ngasann (งาสาน) ou Pat-ngasann (พัดงาสาน). (Dans le passé) éventail honorifique en ivoire, emblème de la secte de moines Aranyawasi, qui vivaient dans la forêt.

Nopsoun (นภศูล, นพศูล). (Du sanskrit naba shula, « lance céleste ») Ornement du toit des pagodes, en métal et en forme de lance, pourvu de branches en forme d’épées pointées vers les quatre points cardinaux.

Un autre ornement caractéristique du toit des temples bouddhistes thaïlandais est le cho-fa (ช่อฟ้า), posé aux angles de la toiture, et qui représente assez souvent des garudas ou des nagas.

Oppatika (โอปปาติกะ). Créatures nées sans progéniteurs et n’ayant pas de karma. Le nom est appliqué aux dévas, aux Brahmas, aux créatures infernales, aux démons malfaisants et aux asuras. Parmi les dévas sont inclus les garudas et nagas, mais pas tous, seulement certaines variétés de ces derniers naissant oppatika.

Ounalom (อุณาโลม). Symbole auspicieux ressemblant au chiffre thaï 9 et au symbole du « troisième œil » du Bouddha, souvent inscrit sur des diagrammes magiques pour prévenir le danger ou sur le front des novices durant la cérémonie tam-kwann-nak (au cours de laquelle on leur rappelle d’être reconnaissants envers leurs parents).

Païsatji (ไปศาจี). Le langage des fantômes.

Pakawam (ภควัม). Amulette représentant un personnage dont les neuf ouvertures corporelles, à savoir les yeux, les oreilles, les narines, la bouche, l’anus et l’urètre, sont bouchés. (Ce qui donne le plus souvent un personnage se cachant le visage dans les mains, avec parfois d’autres bras et mains pour boucher le reste.) Elle sert de talisman pour prévenir les blessures physiques.

Palatt-kik (ปลัดขิก) ou Kik (ขิก). Image de phallus en bois servant d’amulette. Tong-pra-koun (ทองพระขุน) ou Koun-pétt (ขุนเพ็ด) ou Ay-kik (อ้ายขิก). Image taillée de l’organe génital masculin, servant d’amulette. (J’ignore les distinctions, s’il en y a, entre ces différentes appellations de la même amulette phallique.)

On trouve aussi, au-delà de la définition qui précède, des amulettes phalliques en métal, mais encore des amulettes ithyphalliques (comme le Priape romain) de toutes sortes, avec des animaux, des personnages légendaires ou des créatures mythologiques, ou des phallus anthromorphisés, comme un personnage dont la tête est un gland de phallus saluant auspicieusement à la manière de la figure nang-kwak (voir ce mot), ou des phallus ithyphalliques. Les représentations d’accouplement ainsi que la bestialité ne sont pas non plus rares sur les amulettes censées maintenir ou renforcer la puissance sexuelle de l’homme.

Palilaï (ปาลิไลยก์). 1 Nom d’une forêt où le Bouddha passa la saison des pluies. 2 Nom d’un éléphant vivant dans cette forêt. 3 Nom d’une position des images et statues du Bouddha où le Bouddha est représenté assis sur un rocher, les pieds reposant sur une fleur de lotus, les deux mains sur ses genoux, tandis qu’un éléphant accroupi lui tend une jarre d’eau avec sa trompe et un singe un rayon de miel.

Paritt (ปริตร). Récitation de versets des écritures pali pour prévenir le danger et les maux.

Pi-dip (ผีดิบ). 1 Un cadavre qui n’a pas subi la crémation. 2 Fantôme d’un mort resté sans crémation ; mort-vivant.

Pi-nang-ram (ผีนางรำ). Fantôme d’une danseuse traditionnelle thaïe (nangram).

Pi-pong (ผีโพง) ou Pong (โพง). Fantôme qui se nourrit de viande crue.

Pi-pop (ผีปอบ) ou Pop (ปอบ). Fantôme qui entre dans le corps des gens pour leur dévorer les entrailles. Quand il ne reste rien à manger, il quitte le cadavre.

Pirott (พิรอด). Anneau en tissu marqué de symboles magiques ou en coton bénit (voyez Saï-sin) utilisé comme amulette.

Quand il est en coton, il est découpé dans le fil qui relie tous les participants à la cérémonie considérée ; ce fil, qui sert de lien entre tous les participants en prière, accumule des vertus mystiques au cours de la cérémonie.

Pitsamonn (พิสมร). Une amulette en forme de triangle ou de carré, faite de fil. Elle peut être attachée à un takroutt.

Plouk-Pi (ปลุกผี). « Appeler le fantôme », c’est-à-dire réciter des incantations jusqu’à ce qu’un fantôme se matérialise et agisse conformément aux souhaits de qui l’invoque. L’expression désigne également la pratique consistant à recueillir du corps d’une femme morte en couches, pendant sa crémation, des graisses fondues en vue de composer une huile qui sera utilisée comme philtre pour rendre les femmes amoureuses (nam-maan-praï).

Plouk-Pra (ปลุกพระ). « Appeler le saint », c’est-à-dire réciter des incantations sur une amulette afin d’en activer les pouvoirs magiques.

Pouttangonn (พุทธันดร). La durée temporelle entre un Bouddha vivant et la naissance du Bouddha suivant.

Pouttankoun (พุทธังกูร). Un Bouddha enfant, c’est-à-dire qui deviendra Bouddha.

Pouttapissek (พุทธาภิเษก). Cérémonie durant laquelle des incantations sont chantées devant une statue du Bouddha ou un objet sacré par un groupe de moines assis, appelés en la circonstance kanaprok (voir ce mot), qui se concentrent de cette manière afin d’insuffler les vertus du Triple Joyau (Bouddha, Dharma [loi bouddhiste], Sangha [communauté bouddhiste]) dans la statue ou l’objet et lui conférer des propriétés magiques.

Praï-krassip (พรายกระซิบ). Un esprit familier qui murmure (krassip) à l’oreille de son possesseur pour lui révéler la cause des événements.

Un praï-krassip peut s’acquérir de la même manière qu’un houn-payonn, autre type d’esprit servant, comme celui que j’ai acquis en Thaïlande.

Praï-tani (พรายตานี). Fantôme de femme qui hante les bananiers sauvages.

Pra-Pom (พระผอม) ou Luang-Po-Pom (หลวงพ่อผอม). Le Bouddha émacié, une image ou statue du Bouddha le représentant dans sa période de mortification ascétique.

Pra-pong (พระผง). Amulette réalisée à partir d’une poudre ou d’un mélange de poudres bénites par des incantations (mantras) ou parce que les matériaux réduits en poudre étaient inscrits de symboles magiques ou de mantras, et compactées en forme de Bouddha ou autre.

Pra-tiatt (ประเจียด). Pièce de tissu marquée de yantras (symboles et diagrammes mystiques) considérée comme un talisman contre le danger et les blessures. Il est porté autour du cou, du biceps, etc.

Prayatékroua (พระยาเทครัว). Homme marié à la fois avec la mère et la fille, ou avec deux sœurs. (La polygamie est légalement interdite en Thaïlande depuis 1935 mais…)

Prok (ปรก). (Du verbe « couvrir ») Le nom donné aux moines en prière durant une cérémonie de consécration d’une image du Bouddha ou d’un objet sacré est kana-prok (le collectif de couverture).

Pour un autre usage du terme prok, voyez Nakprok.

Prouatt (ปรวด). Médecin pour éléphants.

Rak-yom (รักยม). Amulette ayant l’apparence d’un petit enfant à deux têtes, ou de deux petits enfants enchâssés dans une même capsule, en bois d’arbre à laque et de groseillier à maquereau, et qui a le pouvoir de faire aimer passionnément celui qui la porte.

Je subodore un ou plusieurs jeux de mots dans l’affaire. Le nom de l’arbre à laque est maï-rak, c’est-à-dire « bois d’amour ». Le groseillier à maquereau se nomme maï-mayom. On trouve dans le nom de l’amulette, en plus de rak (amour), yom, qui peut signifier jumeau, d’où la dualité de la figurine (cette dualité représentant entre autres l’union de deux personnes dans l’amour). Il existe aussi un bois maï-yom.

Raleuk-Chatt (ระลึกชาติ). Le souvenir de ses vies antérieures.

Rang-kwann (รังควาน). 1. Fantôme malfaisant qui peut entrer dans le corps des gens. 2 Esprit attaché à un éléphant sauvage – d’où, je pense, certaines connaissances occultes exigées, à l’origine, du mo-tao (voir supra) comme l’indique déjà son nom, qui comporte le terme หมอ mo, souvent traduit par « guérisseur » et qui s’emploie en général pour toute personne disposant de pouvoirs occultes : astrologue/mo-dou, exorciste/mo-pi

Reussi (ฤๅษี). (Du sanskrit rishi). Ermite. La tradition shamanistique toujours vivante en Thaïlande fait fond sur les pratiques érémitiques de l’Inde védique. Les shamans sont requis pour différentes fonctions telles que les tatouages sak-yann (voir ce mot) ou la consécration de maisons des esprits (sann-pra-poum) dans les foyers thaïs. Autant le tatouage est pratiqué aussi bien par les shamans que par les bonzes, autant la consécration de maisons aux esprits, en dépit du fait qu’elle soit un élément caractéristique de la culture thaïe, ne fait pas intervenir de bonzes du Sangha, seulement des shamans.

Roukkamoulika-toudong (รุกขมูลิกธุดงค์). L’une des treize observances toudong qu’un moine pratique pour obtenir des mérites : celle-ci consiste à vivre au pied d’un arbre.

C’est le neuvième toudong du canon pali. D’autres observances sont nommées dans les entrées correspondantes du présent lexique.

Roukkatéwada (รุกขเทวดา). Un esprit hantant les arbres.

Ces esprits sont des gandharvas ou, dans le cas d’esprits féminins, leurs conjointes les apsaras (ici, donc, de véritables nymphes des forêts). Les habitants du premier paradis, le plus proche de notre monde, voyagent en permanence entre l’un et l’autre.

Roupaprom (รูปพรหม). Une sous-classe de dieux Brahmas (les Brahmas, au pluriel, sont en effet, dans le bouddhisme théravada, une classe de dieux) ayant un corps apparent et vivant dans seize domaines célestes du Brahmaloka (monde des Brahmas).

Saï-sin (สายสิญจน์). Fil de coton blanc utilisé dans différentes cérémonies religieuses, par exemple quand les moines prient en commun pour consacrer un objet religieux (le fil est alors tendu de l’un à l’autre, reposant sur leurs mains et formant un lien entre eux) ou pour entourer une maison afin de rendre le terrain auspicieux lors d’une cérémonie de bénédiction.

Sak-yann (สักยันต์). Tatouage de symboles magiques (yann, du sanskrit yantra) pour bénéficier de leur protection. Certains bonzes sont des maîtres-tatoueurs réputés.

L’encre elle-même n’est pas ordinaire, c’est un mélange d’encre de Chine avec d’autres substances, par exemple corporelles, comme, dans le passé, des fluides d’un ennemi particulièrement courageux, ou de particules exfoliées de la peau d’un bonze, ce qui rend la personne tatouée digne de respect de ce fait, étant désormais « vêtue d’une peau de bonze ».

Salap (สะลาบ). Petites pelures métalliques qui jaillissent hors du moule d’une amulette lorsque la chaleur décroît brutalement.

Salika (สาลิกา). Type d’amulette : takroutt de petite taille conservé dans la bouche et servant à faire tomber amoureux de son possesseur.

Saming (สมิง). Tigre dont on pense qu’il a été un habile magicien ayant le pouvoir de se transformer en cet animal ; ou encore, tigre ayant dévoré de nombreux hommes, dont les esprits viennent alors le hanter de sorte qu’il devient capable de prendre une apparence humaine.

Satou-kann (สาธุการ). Musique cérémonielle très importante jouée pour appeler la propitiation des Trois Joyaux (Bouddha-Dharma-Sangha), des divinités, des objets sacrés, exprimant envers ceux-ci une salutation polie et déférente.

On peut en écouter sur YouTube (copier/coller le mot thaï ci-dessus), et c’est plutôt rébarbatif. Mais comme dit Rousseau : « Les plus beaux chants, à notre gré, toucheront toujours médiocrement une oreille qui n’y sera point accoutumée ; c’est une langue dont il faut avoir le dictionnaire. » (Essai sur l’origine des langues)

Sék-Pao (เสกเป่า). « Souffler la magie », c’est-à-dire consacrer quelque chose en soufflant dessus après avoir récité des formules religieuses.

Siamsi (เซียมซี). (Du chinois) Système de divination pratiqué dans les sanctuaires et temples chinois. Des bâtonnets en bambou marqués avec des nombres sont placés dans des cylindres que la personne secoue jusqu’à ce qu’un ou plusieurs bâtonnets en tombent ; les chiffres sont alors interprétés à l’aide d’une affiche. (Voir aussi Tiou)

Sini (สินี). Une femme à la peau blanche (claire) ; une belle femme.

Il convient de noter que l’adjectif fair en anglais présente exactement la même polysémie.

Siraprapa (ศิรประภา). Halo de rayons irradiant de la tête d’une personne sainte ou d’une statue du Bouddha.

Sompong (สมพงศ์). 1 Calcul astrologique consistant à déterminer si un homme et une femme qui souhaitent se marier ont des destins compatibles. 2 Examen astrologique des dates de naissance des futurs époux en vue de déterminer si leur mariage sera heureux.

Sompoutt (สมผุส) ou Sampoutt (สัมผุส). Calcul astrologique évaluant la conjonction de la terre et des étoiles. Les bonzes le pratiquent.

Sossanika (โสสานิกะ). 1 Un vêtement laissé dans un cimetière (comme acte commémoratoire ou offrande). 2 Une personne vivant dans un cimetière (par exemple, un bonze, bhiksu-sossanika : c’est la onzième observance toudong du canon pali).

Soubann (สุบรรณ). « Les merveilleux », un nom des garudas.

Il existe cinq sortes de garudas en ce qui concerne l’apparence, à savoir : ceux qui ont l’apparence entièrement humaine si ce n’est qu’ils possèdent des ailes, ceux qui ont un corps humain et une tête d’oiseau, ceux qui ont un corps humain et une tête et des ailes d’oiseau, ceux qui ont un corps d’oiseau et une tête humaine, et enfin ceux qui sont complètement comme des oiseaux. Les garudas vivent dans le premier paradis. Ils mangent les mêmes nourritures divines que les dévas mais aussi des fruits et de la viande, et même des nagas.

Soutassini (สุธาสินี). Qui se nourrit d’aliments surnaturels, c’est-à-dire les dévas. Vient de suta, qui désigne une sorte de nectar (au sens surnaturel).

Takroutt (ตะกรุด). Amulette cylindrique en métal ou en parchemin inscrite de formules magiques.

Taksa (ทักษา). Nom collectif des huit planètes en astrologie thaïe, à savoir le soleil (dont la localisation permanente est le nord-est et qui est représenté par le chiffre 1), la lune (est 2), Mars (sud-est 3), Mercure (sud 4), Saturne (sud-ouest 7), Jupiter (ouest 5), Rahu (nord-ouest 8) et Vénus (nord 6).

Les personnes familières avec l’astrologie védique auront reconnu les Navagraha (« neuf demeures »), dont l’un, Ketu, est ici absent. Ketu est considéré comme un corps immatériel et fait la paire avec l’autre planète immatérielle Rahu (ici numéro 8).

Talapatt (ตาลปัตร) or Talipatt (ตาลิปัตร). Un éventail au long manche fait d’une feuille de palmier ou de soie, utilisé par les bonzes lors de différentes cérémonies.

Tammakaï (ธรรมกาย). « Corps du dharma ». Forme de méditation consistant à visualiser au centre du corps une boule de cristal lumineuse qui devient progressivement un corps de Bouddha méditant en cristal (on parle d’embryologie mystique), en vue de parvenir à la révélation de son « être vrai ».

Tang-Naï (ทางใน). « La voie du dedans », c’est-à-dire la capacité de prévoir les choses à venir par l’effort mental. Au sens figuré, ou laïcisé, le mot désigne une conjecture correcte.

Tantima (ทัณฑิมา). Un oiseau de la forêt d’Himmapan ayant l’apparence d’un garuda tenant une masse (arme ou objet de cérémonie). Selon d’autres définitions, cet oiseau a le corps d’un garuda et la tête d’un oiseau, et tient une masse. (ce qui signifie que le garuda n’a pas la tête d’un oiseau, mais on a vu plus haut (cf. Soubann) qu’il existe plusieurs classes de garudas selon l’apparence.

Tapa (ตบะ). « Pénitence », à savoir, la suppression du désir par la mortification physique. Dans la religion bouddhiste, cela signifie l’évacuation du désir hors de l’esprit par la pratique des préceptes religieux, la méditation, la patience, le toudong (la voie de l’acquisition des mérites et autres pratiques monacales)…

Tiang-seu (เจียงซือ). (Du chinois) Fantôme maléfique sautillant les bras tendus, sortant la nuit à la recherche de victimes. Également appelé pi-dip-tjin ou pi-dip chinois (voyez pi-dip).

Tié-to-pariya-yann (เจโตปริยญาณ). Connaissance des pensées et intentions d’autrui.

Le témoignage d’un cas de lecture mentale de pensées par un bonze, d’origine occidentale, vivant en Thaïlande est donné par l’écrivain italien Arnaldo Fraccaroli dans son récit de voyage Le Bouddha d’émeraude (Il Budda di smeraldo, 1935, p. 215). (Le Bouddha d’émeraude est le palladium de la nation thaïlandaise.) En l’occurrence, ce bonze put connaître mentalement et dire le nom de son interlocuteur dont il n’avait jamais entendu parler et qu’il voyait pour la première fois. Interrogé sur la manière dont cela pouvait être possible, il répondit que ce nom lui était venu à l’esprit spontanément, dans un éclair d’inspiration.

Tioï (จ๊อย). Unité d’opium, valant 1,6 kilogramme.

Tiom-tap (โจมทัพ). Bataillon d’éléphants de guerre, dont la fonction était de charger contre l’ennemi.

Tiou (ติ้ว). (Du chinois) Bâtonnets la plupart du temps en bambou, de 25 à 50 cm de long, utilisés pour marquer des points ou, si des symboles ou des chiffres sont inscrits dessus, pratiquer la divination (voyez Siamsi) ou jouer à la loterie.

Tipitakadara (ติปิฏกธร). « En Birmanie de nos jours, vivent plusieurs moines auxquels a été conféré le titre de Tipitakadara ou ‘véhicule du canon pali’ pour leur connaissance mot à mot du canon (les écritures saintes du bouddhisme théravada en langue pali), qui, dans sa version thaïe, compte plus de 22.000 pages. » (Bikkhu P. A. Payutto, Dhamma Bilingualized : ‘In Myanmar nowadays we can find living examples in several monks on whom the title Tipitakadhara ‘bearer of the Pali Canon,’ has been conferred, who are word-perfect in reciting the entire Pali Canon, which, according to the printed version in Thai script, is well over 22,000 pages in length.’)

Tjakarawonn (จักรวาล). (Sanskrit chakravala) 1 Les trois divisions de l’univers selon la foi bouddhiste, à savoir : a/ les mondes de la sensualité, b/ les mondes des Brahmas corporels, et c/ les mondes des Brahmas sans forme (incorporels). Sur ces notions, voyez Rupaprom et Arupaprom. Ces Brahmas ne sont pas les prêtres (brahmanes) mais des dieux. 2/ Une chaîne de montagnes entourant le monde comme un mur, démarcation entre la lumière et les ténèbres qui se trouvent au-delà.

Tjaturapoum (จตุรภูมิ). Les quatre niveaux de l’esprit, à savoir : a/ la réalité de ceux qui voyagent dans le kampop ou monde des sens, b/ la réalité de ceux qui voyagent dans le rupapop, c/ la réalité des voyageurs de l’arupaprop, (voir ces trois mots) et enfin d/ le Lokoutarapoum, le monde détaché du monde.

Tjinteng (จีนเต็ง). Patron chinois d’une fumerie d’opium ou d’une maison de jeu clandestine.

Tjoulamani (จุฬามณี). 1 Épingle ornementale du chignon des personnes de haut rang. 2 Nom du chignon du Bouddha. 3 Pagode bâtie par Indra dans le deuxième paradis (Daowadeung ou paradis d’Indra) pour y conserver le chignon du Bouddha.

Traï-tjiwonn (ไตรจีวร). Vêtements que le Vinaya, la partie du canon pali consacrée au monachisme et à ses règles, autorise un moine à porter, à savoir, l’antarawassok, qui couvre le bassin et les jambes, l’outarassang, la robe elle-même, et le sangkati ou châle pour les épaules et la poitrine.

Le port de ces seules trois pièces de vêtement est la deuxième observance toudong du canon pali.

Tripop (ตรีภพ), Tripoum (ครีภูมิ), ou Tripouwa (ตรีภูวะ). Les trois mondes, à savoir : le monde des sens, le monde des Brahmas corporels et le monde des Brahmas incorporels. Dans la foi populaire, les cieux (les paradis), le monde des hommes, et les enfers. Également Triloka.

Wanapa (วนัปติ). 1 Un grand arbre ; le banyan, littéralement « le roi des arbres ». 2 Un esprit de la forêt.

Wétann (เวตาล). (Du sanskrit vetala) Fantôme qui hante les cimetières. Les sages qui meurent sans avoir transmis leur savoir deviennent des fantômes de ce type.

Ya-fètt (ยาแฝด). Plat qu’une femme sert à manger à un homme afin d’en être aimée à l’exclusion de toute autre femme, préparée en accomplissant à cette fin certains rites magiques.

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La présente liste est également disponible en format PDF sur le site de la Scénariothèque, où je l’ai déposée à titre d’aide de jeux pour rôlistes (ici).

Deux récits d’épouvante

1) La dernière tue
2) Un livre rare

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La dernière tue

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Vulnerant omnes, ultima necat.

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Le brouillard pénètre dans les ruelles étroites, rampe sur les pavés, humides d’une récente pluie, estompe les lumières de la nuit dans un halo mystérieux. Le brouillard semble une chose vivante, moite et silencieuse. Il se répand comme une toile d’araignée sur la ville qui dort.

Je cours par les rues englouties dans la brume. Je cours, fuyant. Je sais que je dois fuir.  Mais je sais aussi que cela ne sert à rien, car tôt ou tard je serai rattrapé. Je ne sais qui il est, ni pourquoi c’est moi qu’il traque. Mais je sais que son but est de mettre fin à mes jours.

Hanté par sa présence, je fuis dans le labyrinthe obscur. Je glisse et heurte des poubelles, qui se renversent, un chat de gouttière feule en bondissant, ses yeux luisent comme des lanternes, puis il disparaît. Je veux appeler à l’aide mais le brouillard étouffe mes cris, comme s’il ne se contentait pas seulement d’effacer les formes…

Je me suis engagé dans une impasse, le mur arrête ma fuite. Une sueur glaciale perle à mes tempes et sur ma nuque, mon corps est secoué de frissons. Avant que j’aie le temps de revenir en arrière, des pas résonnent à l’entrée de l’impasse. Quelqu’un est là, qui s’immobilise. Je le distingue mal, à la lumière vague d’un réverbère à quelque distance derrière lui. Il tient à la main une grosse montre à gousset, dont l’incessant tic-tac résonne étrangement fort.

« La dernière tue. »

Une voix caverneuse : c’est l’homme qui vient de parler. Il approche. Je le vois mieux, son visage est caché par un sac de toile grossière où sont pratiqués deux trous au niveau des yeux. Je me colle contre le mur, le cœur battant à tout rompre, la respiration haletante, suffoquant presque. Le tic-tac s’amplifie, grandit, grandit encore, résonnant comme d’énormes cloches qui me martèlent le crâne. Comme le glas !

« Le temps, chuchote l’homme, et je crois l’entendre tout près de mon oreille, le temps ne s’arrête jamais. Je suis son messager. »

Il sort de sa poche un rasoir, qu’il ouvre d’un coup de poignet. La lame luit. L’homme approche. Le tic-tac devient insoutenable, mon souffle se précipite, ma chair se hérisse, mes yeux se révulsent :

« Non ! parviens-je à exhaler, voyant la lame approcher de mon visage.

–La dernière tue ! »

*

Je me redresse couvert de sueur, aspirant un grand bol d’air… dans mon lit. Le cauchemar s’est répété, allant encore plus loin. Cela fait dix jours que je fais le même cauchemar nuit après nuit, et, de nuit en nuit, la scène se développe. Cette fois, j’avais la lame sous la gorge ! Que peut-il arriver de plus à présent, si ce n’est mon égorgement par le tueur à la montre ?

*

Je viens de passer une semaine sans dormir, car je crains le sommeil. J’ai peur de faire à nouveau ce cauchemar dont il ne manque qu’une seule et dernière séquence pour être complet : celle de ma mort ! Dans une tentative désespérée de repousser l’inéluctable, j’ai pris tous les excitants imaginables pour me maintenir éveillé, mais cela n’est plus possible. Je ne veux pas dormir, je ne veux pas mourir.

Je reste enfermé chez moi. Je ne peux plus voir une montre, une horloge, ne peux plus rien voir qui me rappelle l’écoulement du temps.

J’écris ces lignes alors qu’à bout de force je vais me laisser plonger dans le sommeil. Je n’ai aucun espoir de me réveiller.

*

Ces lignes sont le contenu de deux feuillets trouvés au chevet de Jean-Philippe C., alors qu’il était procédé au constat de son décès. La police avait été alertée par sa logeuse, qui, ne le voyant plus et ne recevant aucune réponse à ses appels, avait finalement décidé d’entrer dans ses appartements. Le rapport indique que C. est mort de cause naturelle.

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***

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Un livre rare

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Une lumière de cuivre inondait la pièce, tamisée par les paravents en papier de soie, rendant l’humidité plus étouffante encore. Dans cette atmosphère lourde, l’épaisse fumée de mon cigare tourbillonnait mollement.

« Je recherche le Livre », dis-je.

Le vieillard assis au sol en face moi resta immobile.

« C’est une quête dangereuse », finit-il par dire.

–Disons que j’aime le danger.

–Encore faut-il pouvoir le mesurer correctement, avant de s’y exposer. Mais puisque vous recherchez le Livre, c’est que vous n’avez déjà plus l’esprit sain. Le Livre mettra fin à votre dérèglement en mettant fin à vos jours.

–Vous allez donc me dire où je peux le trouver ?

–Celui qui le tient aujourd’hui en sa possession se nomme Iqbal Shirazi, et demeure à Bénarès. »

Puis le vieux Ming Li se tut, reprenant l’apparence d’une momie décrépite, rongé par un mal ineffable. Je me levai et sortis, me replongeant dans la cohue de Hong-Kong.

Une semaine plus tard, je me trouvais à Bénarès en quête d’Iqbal Shirazi, dit le nécromant halluciné, qui s’était constitué une petite clique de sectateurs fanatiques autour de ses enseignements occultes et, selon toute vraisemblance, criminels. Je passe sur mes démarches pour obtenir un rendez-vous. Il vivait dans le pire quartier de la ville, lieu de misère effroyable, refuge de fous et d’assassins, où vaches et mendiants lépreux se côtoyaient au milieu des immondices et parfois même de cadavres sucés par les mouches. Perdue au milieu d’un labyrinthe de ruelles toutes plus nauséabondes les unes que les autres, sa demeure, une caverne plutôt qu’une maison, s’enfonçait sous terre au lieu de s’élever en étages au-dessus de la rue.

Descendant quelques marches d’escalier en terre sèche à demi écroulés, je me retrouvai à l’entrée d’un souterrain pestilentiel. L’encens ne parvenait pas à dissiper une tenace et révoltante odeur de putréfaction. Un paria vint à ma rencontre, car j’étais attendu, et me conduisit par ce dédale dans la pièce où je devais trouver Iqbal. Une étroite ouverture au niveau de la rue filtrait une faible lumière, qui périssait avant de toucher le sol. Entouré de quelques objets indescriptibles dont les amateurs d’occultisme feraient leur miel, Iqbal se tenait assis dans un coin de la pièce. Comme il était sur une natte à même le sol, dont j’ai dit que la lumière ne l’atteignait pas, je n’eus de lui qu’une vague impression, d’autant plus que le paria me demanda de m’assoir à quelque distance sur une autre natte. Iqbal, enturbanné, me fit toutefois l’effet d’être d’une maigreur effroyable. Et ses yeux brillaient dans la pénombre d’un éclat fiévreux qui semblait exclure d’emblée un esprit sain. L’entretien devait se tenir en ourdou, langue que je pratique.

« Avez-vous le Livre en votre possession, Iqbal Shirazi ? demandai-je.

–Oui, se contenta-t-il de répondre.

–Voulez-vous me le vendre ? Je suis prêt à y mettre le prix.

–Ainsi, vous êtes venu pour le Livre…

–Oui, je souhaite l’acquérir. Je viens de recevoir un héritage et peux y consacrer beaucoup d’argent. »

Il marmotta dans sa barbe d’un noir de jais des paroles auxquelles je ne compris rien, puis se leva pour porter sa carcasse désarticulée dans le coin opposé de la pièce, où il prit deux bols, dont il me tendit l’un. Il m’invitait à partager un modeste repas. Je tentai dans un premier temps de décliner, mais son insistance avait quelque chose d’agressif qui n’augurait rien de bon pour nos négociations si je m’obstinais à refuser. Je pris donc le bol, dans lequel se trouvait une bouillie peu ragoûtante, et attendis qu’Iqbal se rassît à sa place. Il se mit à manger, comme de juste avec les doigts.

Une soudaine appréhension m’envahit. Cette pièce obscure, cet homme abominablement contrefait à la réputation sinistre, ce bol au contenu répugnant, m’oppressèrent. Cela ne dura qu’un instant. J’écartai les mouches du bol et plongeai les doigts dans la bouillie. Le goût de celle-ci était tellement immonde que je crus vomir sur le champ. Iqbal éclata d’un rire frénétique, qui me fit, de surprise, échapper le bol des mains ; son contenu se répandit au sol. Le misérable pointa sur moi un long doigt osseux, avec un hideux rictus d’allégresse, en criant :

« A’zag Sogoth : le poison de la répulsion ! »

Je ressentis un vertige profond, qui devint un tournoiement démentiel dans lequel se perdaient tous mes sens, et tombai inconscient.

À mon réveil, j’étais ligoté de la tête aux pieds, un bâillon dans la bouche et les yeux bandés. De plus, j’étais porté sans ménagement sur l’épaule de quelqu’un. Aucun des mouvements que je fis pour me libérer n’eut le moindre effet. C’est alors que j’entendis le scélérat Iqbal Shirazi, présent, perçus-je par les sens qui me restaient, au milieu de quelques autres personnes, dont celle qui me portait :

« Tu voulais le Livre ! Eh bien, je vais te faire sauter les étapes et te montrerai directement une découverte qu’il m’a permis de faire. »

Au bout de quelques instants, je fus jeté au sol, où l’on me retira le bâillon et le bandeau, ainsi que les liens qui m’entravaient les jambes (mais non ceux des mains). Nous étions dehors, il faisait nuit. Du sol où j’étais couché je ne vis autre chose que, se découpant sur un massif de montagnes éclairées par la lune, plusieurs têtes, dont celle, plus proche de moi, d’Iqbal. Ce dernier dévoila ses chicots pourris dans le même rictus hideux que je lui avais vu plus tôt, et me poussa du pied avec ces mots sarcastiques :

« Bonne lecture, mon ami ! »

Accompagné par les rires hystériques de cette bande malfaisante, je dévalai, roulant sur moi-même, une pente abrupte et parsemée de cailloux et d’arbustes. Au bas de cette côte s’ouvrait un gouffre dans lequel je tombai en hurlant. Cette chute me plongea dans les eaux d’un lac. Remontant à la surface, je nageai, des seules jambes, jusqu’au bord, où je pris un peu de temps pour trancher avec des cailloux les liens qui m’entravaient encore les mains. Aux rayons de lune qui éclairaient vaguement le fond du gouffre, j’inspectai les lieux autour de moi. Escalader la paroi pour remonter semblait exclu. Je découvris également un boyau creusé dans la roche : allait-il en sortir quelqu’un ou quelque chose ?

Je passai le reste de la nuit immobile et silencieux, des cailloux à la main pour me défendre en cas d’attaque – car je m’attendais à je ne sais quelles autres suites de cette perfidie de l’Indien – mais il ne se produisit rien de plus. Le jour allait me permettre de mieux apprécier la situation.

Au matin, mes recherches confirmèrent qu’il serait impossible d’escalader la paroi. Je lançai des appels dans l’espoir d’être entendu. Cela dura toute la journée, personne ne se présenta. Je continuai mes appels pendant une partie de la nuit ainsi qu’au matin du jour suivant, avec le même insuccès, et je commençai dès lors à me dire que j’allais mourir d’inanition au fond de ce trou. Du reste, si l’infâme Iqbal avait pensé que j’aurais une chance de m’en sortir à l’aide de gens qui passeraient par là, aurait-il choisi ce moyen de se débarrasser de moi ? Ou voulait-il seulement me donner une leçon ? Je ne comprenais nullement ses paroles, qui me revenaient à l’esprit, selon lesquelles il me montrait, en me jetant là, une découverte du Livre.

Mes appels demeurant sans réponse, le boyau ouvert dans la roche m’apparut comme la seule issue possible. Par friction, je parvins à mettre le feu à du menu bois : ce foyer de fumée, pour peu que celle-ci parvînt à monter assez haut (ce qui semblait tout de même assez douteux au vu des maigres ressources présentes en combustible), pouvait, en se substituant à mes appels à l’aide, attirer l’attention sur ma situation. En attendant, j’explorerais le tunnel pour voir s’il conduisait vers une sortie.

Muni d’une torche improvisée, et portant à la ceinture tout le reste de bois trouvé au fond du gouffre pour la renouveler dans les ténèbres du boyau, je pénétrai dans ce dernier. C’était un tunnel étroit, où je devais à certains moments me baisser et à d’autres me mettre de profil pour continuer d’avancer. À quelques centaines de mètres à l’intérieur, la flamme de ma torche embrasa, en entrant en contact avec elle, une fine pellicule poisseuse qui s’étendait à partir de là dans le tunnel. Je fus incapable de conjecturer ce que pouvait être cette substance, dont mes vêtements furent bientôt entièrement recouverts. Elle se désagrégeait par ailleurs très localement au contact de la torche, sans que le feu ne prenne ni ne s’étende à l’ensemble de la pellicule.

Le tunnel continuait de s’enfoncer dans la roche sur des centaines de mètres, en l’absence de tout embranchement, sans monter ni descendre. À un moment, je vis au sol un os, que je n’eus aucune difficulté à identifier comme un fémur humain. Les restes du squelette, ainsi que le crâne, se trouvaient éparpillés sur quelque longueur le long du tunnel. Surmontant mon malaise à cette découverte macabre, je m’emparai du fémur et de quelques autres os un peu longs pour compléter mon stock de combustible, à la manière des hommes du Paléolithique quand, entre autres, ils manquaient de matière ligneuse (l’os possède une faible conductivité thermique et est donc relativement peu inflammable, mais à partir de la torche en bois que j’avais je savais pouvoir enflammer les os).

En poursuivant, je découvris d’autres squelettes le long du tunnel. Certains étaient encore couverts de quelques fragments de chair, qui présentaient une étrange caractéristique : ces fragments semblaient en effet enduits d’une indéfinissable sécrétion coagulée, comme si les corps avaient été plongés dans je ne sais quelle substance. C’est alors qu’une pensée me traversa l’esprit, une pensée terrifiante : je venais d’imaginer que cette pellicule qui m’entourait de toutes parts eût pu être une toile d’araignée. Mais quelle sorte d’araignée cela pouvait-il bien être là ? L’idée était manifestement grotesque. Et s’il s’agissait de l’œuvre d’une colonie d’araignées (de quelque espèce que celles-ci pussent être), elle semblait à présent abandonnée.

J’étais immobile, me demandant s’il convenait de poursuivre plus avant ou bien de ramasser d’autres ossements pour alimenter le feu à l’extérieur (car je n’avais pas entièrement renoncé à l’idée que quelqu’un finirait par me trouver au fond du gouffre et pourrait m’aider à en sortir d’une manière ou d’une autre). Or, tandis que j’étais ainsi immobile, la pellicule mystérieuse bougea : elle fut agitée d’un léger balancement, alors que la flamme de ma torche, droite, ne trahissait aucun courant d’air. Cette impression de mouvement de la pellicule ne dura pas, cependant. Ce tunnel interminable, comme l’ensemble de ma situation, éprouvaient mes nerfs, pensai-je.

Je décidai de poursuivre l’exploration du souterrain. M’immobilisant de nouveau après quelques pas, pour dissiper entièrement la désagréable impression qu’avait produite sur moi le mouvement de la pellicule, je constatai une fois de plus qu’elle bougeait seule. Et cette fois-ci le mouvement dura davantage qu’un instant. Une autre présence se trouvait-elle en ces lieux ? Qu’était-ce donc ? Mais cette fois l’idée me vint que ce mouvement pouvait, en dépit de l’immobilité de ma torche, être produit par un courant d’air dans une autre partie du souterrain frappant la pellicule dans cette autre partie et se propageant par toute la pellicule jusqu’à l’endroit où je me trouvais. Cette idée, avec la possibilité qu’elle représentait d’une sortie vers l’extérieur et la liberté, prit le dessus et je continuai d’avancer (non sans toutefois me munir d’un des os que j’avais ramassés et d’en casser le bout en pointe avec le pied, prêt à m’en servir comme d’une arme).

J’entrai peu après dans une grotte plus large et plus haute, elle-même en grande partie occupée par la pellicule géante. Là, le mouvement de cette dernière était plus nettement perceptible, comme si j’approchais du courant d’air – ou de la présence – qui le produisait. Ce mouvement était alors une sorte de pulsation régulière. Mon espoir, si toutefois ce n’était pas de l’angoisse, crût fortement, je commençai en même temps à respirer avec difficulté, sans qu’il me fût possible de distinguer si c’était là l’effet de l’air raréfié ou du chaos indescriptible d’émotions qui me saisissait. Faisant encore quelques pas, je vis au fond d’une cavité creusée dans la paroi de la grotte, à ma gauche, la flamme de ma torche se refléter en plusieurs foyers sur de petites surfaces noires et polies. Lorsque je pris conscience que ces surfaces noires étaient des yeux qui me scrutaient, je crus défaillir et laissai tomber ma torche et mon arme au sol.

Il y avait là en effet une énorme araignée, monstrueuse par la taille, qui m’arrivait jusqu’à la poitrine. L’horreur d’une telle apparition était doublée par une impression de puissance et de malignité telle, émanant de sa forme chitineuse et par endroits velue, que je crois pouvoir dire que mon cœur s’arrêta véritablement de battre, ne fût-ce que quelques instants, quand les différentes données des sens furent rassemblées par mon cerveau pour composer l’image complète de cette abomination.

Le monstre ouvrait et fermait les crochets de sa gueule en me regardant. Je n’osai faire le moindre geste, ayant la certitude que la fuite déclencherait l’assaut du monstre, qui semblait éprouver – du moins c’est ce que je ressentis – une forme de jubilation à prolonger ce moment de contemplation de sa proie, tandis que la torche, au sol, jetait ses dernières flammes au milieu d’un nuage de fumée. J’allais être plongé dans les ténèbres, à la merci du monstre !

C’est alors que je me souvins très distinctement d’une caractéristique du tunnel que je n’avais fait jusque-là qu’enregistrer mentalement, sans m’y arrêter, à savoir que, non loin de l’entrée de cette grotte, s’ouvrait dans la paroi latérale une sorte de faille dans laquelle je pourrais me glisser de biais, en espérant de cette manière avancer suffisamment, serré entre les deux plans, pour échapper au monstre, lequel ne pourrait sans doute pas se jeter dans une fissure aussi étroite. C’était là, pensais-je, mon seul refuge possible, en attendant je ne sais quel miracle. Car il me paraissait évident que je ne l’emporterais pas à la course contre un pareil monstre jusqu’à la sortie (et le lac).

Tandis que je préméditais d’aller me jeter dans la fissure, l’araignée bondit sur moi. Le bras que j’opposai à cet assaut subit fut arraché jusqu’au coude. Dès lors, l’instinct, confronté à cette atroce douleur, mit un terme à toute réflexion et, aux ultimes flamboiements de la torche, je pris la fuite comme un dératé en direction de la fissure. Il semblerait que le membre qu’elle m’arracha eût distrait l’araignée un instant et qu’elle ne se mit pas à ma poursuite aussitôt, car le fait est que je parvins à me glisser dans la faille avant qu’elle ne m’y rejoignît. Et elle ne put y engager que ses crochets dégoulinants. Je continuai à me faufiler aussi profondément que possible dans cette anfractuosité, loin de l’entrée où j’entendais le monstre souffler et siffler horriblement. Cette fissure s’étendait sur des dizaines et des dizaines de mètres, dans lesquelles je m’insinuais sans relâche, dans l’espoir fou d’une sortie. J’avais échappé au monstre mais j’étais aux portes de la mort à cause de ma blessure. Dès le moment où, pour mon salut, l’anfractuosité s’élargit un peu, je pressai la plaie de l’amputation avec ma chemise afin de stopper l’hémorragie.

Le chemin commença à monter en pente, et au bout de je ne saurais dire quelle distance je sortis à l’air libre, dans le jour finissant. Au milieu des étendues désertes où je me trouvai, je n’aperçus aucune trace de vie humaine et pris par conséquent une direction au hasard, espérant trouver de l’assistance pour ma blessure. Je crois bien que je passai une nuit entière à marcher et que ce n’est que le lendemain que je fus recueilli, plus mort que vif et délirant de fièvre et d’empoisonnement, par des missionnaires chrétiens qui tenaient un dispensaire dans la région, et furent, de longue date, les seuls à s’aventurer dans ces parages inhospitaliers.

C’est ainsi, par miracle, que je survécus au piège atroce qui me fut tendu par l’infâme Iqbal Shirazi dans ma quête du Livre. Le nécromant halluciné a entre-temps payé ses crimes innombrables, assassiné par l’un de ses propres séides convoitant pour lui-même le titre de gourou. Bien que j’aie perdu mon bras droit dans cette aventure et que les crochets de l’araignée monstrueuse m’aient en outre empoisonné le sang, je n’ai pas renoncé à mettre la main sur le Livre.