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Journal onirique 2

Les idées viennent en dormant.

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Deux couples d’amis participent à une émission de télé-réalité du type Koh-Lanta, sur une île déserte. L’un des couples saisit cette opportunité pour assassiner l’autre couple, pour une histoire d’argent. Quand la voix off de l’émission détaille les heureuses conséquences financières de la mort des deux participants pour leurs assassins, la femme, qui entend elle aussi la voix off, laisse éclater sa joie.

Le couple assassin a mis à profit l’isolement de l’île déserte pour commettre son crime – comme si cet isolement était réel et non une mise en scène de télé-« réalité » : on peut penser que les deux couples étaient seuls sur l’île avec une petite équipe de tournage et que l’isolement était donc en partie réalisé.

Une idée alternative est que les producteurs de l’émission étaient de mèche avec le couple assassin : les amis de ces derniers croyaient participer à une émission de télé-réalité mais ont été victimes d’un snuff. Par conséquent, l’intérêt, pour les spectateurs, est aussi – mais cela ne m’apparaît, en tant qu’onironaute spectateur de cette émission, que progressivement – d’observer comment les assassins s’y prennent pour commettre leur crime.

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Il peut arriver que l’on se fasse connaître de la police à son insu par des e-mails que la police a trouvés et lus dans le smartphone d’une personne interpellée. C’est ce sur quoi ce rêve appelle mon attention.

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Je déjeune avec C. (♀), membre des Brahma Kumari, et le député Georges F., ancien directeur de la MIVILUDES (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires). Il est question du Homard Gate. Je fais remarquer que toute considération d’économie était absente des dîners en question et qu’au contraire les grands moyens ont été employés pour que ces dîners soient le plus chers possible. Le député élabore alors une théorie sur ce que pourrait être le « coût décent » d’un dîner officiel, en se basant sur ce que coûte une bouteille de vin dans les cantines des ministères, voire, compte tenu de son intérêt pour les questions pénitentiaires également, dans les prisons (sans doute les cantines du personnel).

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Me rendant à un cinéma « d’art et d’essai » dont je suis, dans ce rêve, familier, je découvre après avoir acheté mon ticket qu’il ne s’agit pas cette fois-ci de la projection d’un film mais d’une exposition en présence de l’artiste, qui explique son travail au public au cours d’une visite guidée. Cela se passe au cinéma parce que certaines des œuvres exposées sont des vidéos. Une de ces vidéos est le film d’un tableau abstrait de l’artiste accroché à un mur et tournant sur lui-même dans le sens des aiguilles d’une montre – à moins que ce ne soit l’écran qui tourne sur lui-même.

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La pensée est plus rapide que la lumière.

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En classe de mathématiques (avec pour professeur l’économiste et politicien indien Subramanian Swamy, qui fut dans la réalité mon professeur d’économie à la Harvard Summer School de 2004), je ne prends que des notes superficielles, ce qui me fait anticiper mon échec à l’épreuve de mathématiques du baccalauréat. Cette anticipation inquiète n’est cependant pas de nature à me faire prendre des notes plus détaillées ; je persiste à ne relever que les éléments du cours qui contribuent à la connaissance du kantisme. Certains résultats mathématiques sont en effet le fruit des efforts de mathématiciens pour confirmer ou récuser la pensée de Kant. Un de ces résultats, dans le sens d’une confirmation, est particulièrement séduisant ; malheureusement, je l’oublie à mon réveil.

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En classe à Harvard, la professeure nous informe que, selon l’administration de l’université, un étudiant du cours n’est pas régulièrement inscrit et que sa présence risque donc de n’apparaître dans aucun fichier de l’université. La professeure se tourne alors vers moi, confirmant ma crainte que je pourrais être cet étudiant. Elle me demande de vérifier le statut de mon inscription. Je google alors sur mon iPhone mais la recherche ne donne rien ; il faut dire que j’ai oublié de googler mon nom parmi les mots clés de la recherche. Mon voisin me suggère donc de googler « Boucharel-harvard.com ».

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Le président de la République est présent à un carnaval, dans ce qui semble être une église, pour rencontrer l’opposition. Il n’est pas déguisé, porte un costume cravate. Je me fais passer pour un de ses partisans et, quand, lors de la prise de parole d’un opposant, il s’exclame « Que chie que chaud ! », je pousse un « Oh ! » de surprise et ris bruyamment. Devant ce succès, le président adopte cette interjection pour larder systématiquement les prises de parole de ses opposants. Il s’agit d’une expression désuète, dont le sens n’est pas très éloigné de « peu me chaut » et dont le mot « chie », peut-être du verbe « chier », en trouble plus d’un dans l’audience, ce qui semble être l’effet visé par le président.

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Avec d’autres militants, je grimpe une échelle qui conduit à un pont suspendu très haut, à hauteur de gratte-ciel, au-dessus du fleuve et de la ville. C’est un pont étroit d’où l’on peut facilement tomber, mais je ne ressens aucun vertige jusqu’à ce que des militants entonnent le chant de manifestation « Et tout – le monde – détest-e la police ! – Et tout – le monde… » car alors j’anticipe une charge des forces de l’ordre sur le pont et le vertige me saisit aussitôt. Je réussis cependant à le surmonter et parviens au bout du pont, à l’étage supérieur d’un centre commercial. En me retournant, je vois que les militants chanteurs, lourdement armés, forment une véritable milice paramilitaire. Certains militants tièdes se disent entre eux, en descendant les escaliers vers les galeries du centre commercial, qu’une telle milice est une curieuse manière de lutter pour les libertés, que de cette façon la force ne peut être remplacée que par la force, mais je ne suis pas de leur avis (je ne suis pas un tiède).

[Note. Les mots milice et militant ont la même étymologie.]

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Devant moi, mon ami B., duquel je ne me fais pas remarquer, se voit refouler à l’entrée de l’université par les portiers alors qu’il venait demander une bourse d’études. Il se fait refouler à cause de ses cheveux longs, me dis-je. Je décide pour ma part de ne rien demander aux portiers, pensant demander mon chemin seulement une fois à l’intérieur, et je traverse les portiques avec un passe. Après être entré et avoir traversé le hall, je demande le chemin du bureau des bourses à une étudiante assise au comptoir d’une buvette. Elle me montre une porte non loin de là : « Après cette porte, tout droit puis à droite. » En ouvrant la porte, je suis surpris, alors que je m’attendais à voir un couloir, de trouver un amphithéâtre. Sur l’estrade en contrebas, la professeure ne fait pas cours mais tente de répondre à la contestation des étudiants présents : je tombe en plein mouvement étudiant. Si je veux suivre les indications qui m’ont été données à la buvette, il me faut descendre jusqu’à l’estrade, devant la professeure, puis prendre une porte à ma droite. C’est ce que je fais, le plus discrètement qu’il m’est possible. Cette fois, la porte donne sur un dédale de cavernes, dont je peux apercevoir l’ampleur par quelques dégagements, me trouvant à son niveau supérieur. Bien que j’aperçoive une étudiante, puis une autre, aller leur chemin vers les profondeurs de ces grottes, je décide de ne pas les suivre car je n’arrive pas à me convaincre que je trouverai le bureau des bourses au bout de cet improbable chemin. Je retourne donc dans l’amphithéâtre, où j’apprends que les deux étudiantes que je viens d’apercevoir sont l’objet d’une horrible machination : elles pensent rejoindre le lieu où leur sera remis un prix de reine de beauté fictif qu’elles croient avoir gagné mais se rendent en réalité à la cérémonie de sacrifice humain dont elles doivent être les victimes. La contestation étudiante n’est elle-même qu’un simulacre.

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[Il s’agit d’un rêve éveillé, au moment d’une sieste, avant de m’endormir tout à fait ; c’est du moins ce qu’il m’a semblé rétrospectivement.]

L’étreinte de la femme-araignée

Sa morsure, quand elle a encore forme de femme, paralyse et rigidifie le corps de son amant ; le pénis est mis en état d’érection. Les mouvements matriciels autour du pénis introduit produisent l’éjaculation. L’accouplement a lieu pendant que la femme-araignée est sous forme arachnéenne et couvre sa victime. Plus tard, la mise-bas a lieu pendant qu’elle a forme humaine : des araignées lui sortent de la matrice.

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Dans une grande entreprise de média, le personnel a des séances quotidiennes d’aérobique. Un jour, à la demande de la directrice, la coach d’aérobique explique que les séances comprendront désormais des attouchements entre collègues ; devant l’incrédulité de certains, elle précise qu’il faut que le personnel entre de plain-pied dans son temps. Plusieurs collègues hommes me mettent la main aux fesses pendant la séance. Les effets de cette nouvelle philosophie aérobique ne se font pas attendre à l’échelle de l’entreprise. Une collègue explique dans un couloir à la directrice, en fumant une cigarette, que cela a profondément changé ses relations avec son père, avec qui elle a maintenant des rapports sexuels, et elle en remercie la directrice. Un nouveau-venu dans l’entreprise, qui ne supportait pas ce nouvel état d’esprit, part quant à lui en laissant à une collègue âgée un emballage de poupée bébé dans lequel on voit, à travers le plastique transparent, un sandwich baguette garni avec la cervelle d’un autre collègue dont il ne pouvait souffrir les attouchements. Une autre collègue décide désormais de travailler nue. Un autre demande à un collègue de venir partager son bureau avec lui ; quand le second refuse, le premier s’énerve et remet son pénis dans son pantalon, ce qui fait voir aux tiers qu’il avait fait cette invitation le pénis à l’air. La collègue nue décroche le téléphone : c’est sa mère, avec qui elle a une conversation en italien. Elle lui demande de parler plus lentement, lui rappelant qu’elle ne parle plus très bien cette langue, étant de la deuxième génération d’Italo-Américains.

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L’Afrique n’exporte pas de produits manufacturés mais nous envoie une image subliminale. Malheureusement pour elle, les guerres interethniques brouillent cette image.

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À Paris, devant une porte cochère, trois petites filles asiatiques m’abordent en souriant avec les mots « thaï, thaï » quand je passe et repasse. Plus tard, je franchis cette porte (les fillettes ne s’y trouvent plus à ce moment-là) et répète les mots « thaï, thaï » à la gardienne asiatique que je trouve sous le porche. Elle fait alors descendre deux des petites filles, qui m’accompagnent dans des escaliers conduisant à un lobby où nous devons prendre un ascenseur pour monter à une chambre dans les étages. Tandis que nous attendons l’ascenseur, l’une des fillettes dit qu’elles savent faire toutes sortes de choses et me demande si je souhaite faire ces choses avec l’une d’elles, et alors laquelle, ou bien avec les deux. Quand je réponds « avec les deux », un homme portant lunettes et moustache, d’aspect débonnaire, m’appelle par mon prénom, bien que je ne le connaisse pas, et demande à me parler quelques instants à l’écart. Je comprends qu’il s’agit d’un officier de police qui vient de me prendre en quelque sorte en flagrant délit dans une sordide affaire de prostitution de mineures. Tout en le suivant vers le lieu où je suppose qu’il va m’interroger, je réfléchis à ce que je vais lui dire : j’ai l’intention d’affirmer que j’ignorais qu’il s’agissait de prostituées, que rien dans les quelques échanges que nous avons eus elles et moi devant l’ascenseur et qu’il a dû entendre ne me permettait de supposer qu’elles se prostituaient, et d’expliquer que les distractions auxquelles je pensais étaient parfaitement innocentes. Pressentant que mes explications ne le convaincront pas, je me réveille.

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Des individus cherchent à faire passer de la drogue de Mongolie en République populaire de Chine par avion. Le plan qu’ils mettent au point consiste à cacher la drogue dans un couffin car ils imaginent que cet objet, supposément occupé par un bébé, n’attirera pas l’attention des douanes et de la police. Il leur reste à trouver comment prêter vie à ce bébé fictif pour que le couffin paraisse réellement occupé par un bébé. L’idée qu’un enregistrement audio de pleurs et babillages puisse tromper la crédulité des gens me laisse sceptique.

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La civilisation de corail.

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L’hombrologie (science de l’homme, hombre) se distingue de l’ostéopathie en ce qu’elle n’interdit pas de péter.

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Une personne de ma connaissance, vieille fille vers la fin d’une carrière de pigiste obscure, me montre de manière inattendue, en me tendant une liasse de dessins, qu’elle a une activité artistique. De façon plus inattendue encore, ces dessins ne sont pas complètement mauvais, leur originalité m’étonne. L’un d’eux en particulier retient mon attention : c’est un dessin abstrait où dominent les couleurs rouge et rose fuchsia, et où se distinguent en outre deux yeux de verre bleus, l’un et l’autre placés sans ordre dans le dessin pour mieux ressortir. Les reflets du verre et l’intensité de l’iris sont saisissants. Toutefois, je demande à l’artiste d’encrer les traits qu’elle a laissés au crayon à papier, comme le contour des yeux de verre, et de même, pour ces contours en forme de globe, d’utiliser un compas, avant que je publie son dessin sur mon blog.

Ensuite, j’initie plusieurs personnes au jeu de plateau que vient d’inventer mon ami M., un jeu à la manière de Talisman, bien que je l’aie testé en solo et l’aie trouvé ennuyeux. Comme il fallait s’y attendre, les joueurs s’ennuient et, à l’instigation d’une joueuse, interrompent la partie. Je prends donc la décision de ne pas les initier à un autre jeu inventé par M. qui est la suite de celui-ci et que, le testant en solo, j’ai également trouvé ennuyeux.

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Je prends en filature une lycéenne dans la rue. Elle est de petite taille, porte un jeans et un blouson noir, mais bien que le blouson la désigne à l’attention de la police elle donne plutôt l’impression d’être bon chic bon genre. Derrière elle, je franchis la grille de l’enceinte extérieure du lycée et continue la filature dans la cour, où elle rejoint un groupe de lycéens mâles occupés à discuter. L’un d’eux attire particulièrement mon attention par son look post-hippie : c’est un blondinet avec un vague chignon sur la tête et des poils follets au menton. Ma filature quitte le groupe pour entrer dans le hall du lycée, où je continue de la suivre. Là, dans la foule, elle est avisée par le proviseur, qui l’appelle, souhaitant lui parler de ses nombreuses absences injustifiées : « Suivez-moi dans mon bureau, Rothschild ! » Rothschild est le nom de ma filature, un cas de petite délinquance juvénile au sein de la grande bourgeoisie.

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À l’intérieur d’un hôpital futuriste, un match de football est organisé dans un couloir. Le public se tient debout de part et d’autre du couloir, avec, contre le mur en face de moi, des officiels parmi lesquels je reconnais le président russe Vladimir Poutine. Il semble que les spectateurs, se faisant face à si peu de distance, passent plus de temps à se regarder les uns les autres qu’à suivre le match lui-même. Quand le match se termine, je n’en ai aucun souvenir. Poutine serre des mains et je m’approche ; quand vient mon tour, je ne peux lui offrir que le bout de mes doigts car j’ai la main engourdie, et je note dans son regard un furtif étonnement de ne pas recevoir une poignée de main franche. Je me perds ensuite dans l’hôpital, ses couloirs obscurs, son ascenseur qui, quand les portes s’ouvrent, s’ouvrent en fait sur un escalier s’enfonçant à perte de vue dans les profondeurs.

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Les maisons de retraite ont de petits chiens blancs pelucheux pour le bien-être des pensionnaires mais qui servent aussi de repas pour les politiciens et leurs invités. C’est une collaboratrice de la maison de retraite qui me l’apprend au moment où je m’applique à donner une caresse à chaque petit chien tandis qu’ils se tiennent immobiles, entassés les uns contre les autres sur des chariots de cantine le long des couloirs de l’établissement, inquiets, frissonnant comme s’ils venaient de vivre un tremblement de terre. Ils sont peints comme des gâteaux car ils doivent être servis au déjeuner organisé pour la visite d’une ministre. Croisant celle-ci dans un couloir, alors qu’elle se rend avec d’autres personnes au réfectoire où doit avoir lieu le déjeuner, je la pousse brutalement, irrité par la coutume barbare dont on vient de m’apprendre l’existence. La ministre tombe au sol mais ne fait pas de scandale. Dehors, entre le bâtiment principal et le réfectoire, je suis présenté à des collaborateurs politiques de la ministre, dont deux sont investis de missions de sécurité bien qu’à la différence des gorilles exerçant habituellement ce genre de fonctions ils soient efféminés (des assassins plutôt que des gardes du corps). Ils me prennent pour cible de leurs plaisanteries et intimidations ; l’un d’eux fait mine de me pousser du doigt, comme s’il voulait m’écarter d’une pichenette. Je pressens que l’on va me faire payer mon geste contre la ministre ; je suis prêt à en découdre, mais cela ne se produit pas. Au moment d’entrer dans le réfectoire, je suis séparé de la fonctionnaire et lanceuse d’alerte avec qui je me trouvais (celle qui m’expliqua le double rôle des petits chiens) car les pensionnaires et fonctionnaires mangent à part des politiciens (et collaborateurs politiques) et de leurs invités, dont je suis ; au milieu des gens massés à l’entrée pour passer le contrôle de sécurité, je m’exclame : « Ils ne veulent pas mélanger les serviettes et les torchons ! » Un autre invité répond : « Ou l’inverse ! »

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Je retrouve une vieille photo de classe, où je regarde d’abord tendrement la belle S., à côté de moi sur la photo et avec qui, dans le rêve, je suis resté en termes d’affection. Puis je remarque qu’une élève assise au premier rang exhibe ses parties intimes. Par ailleurs, une autre élève non loin de celle-ci fait une fellation au garçon derrière elle. Je me demande comment j’ai pu ne pas voir ces choses à l’époque et comment cette photo a pu être distribuée aux uns et aux autres sans faire scandale.

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En rentrant chez moi après une absence prolongée, je découvre que mon appartement est occupé par un inconnu qui en a fait sa résidence et se trouve au lit avec deux femmes de petite vertu. Je lui demande de quitter immédiatement les lieux mais il refuse. Vêtu d’un simple caleçon, il me menace physiquement : l’empoignade qui s’ensuit me montre que sa force est supérieure à la mienne. Je l’avertis que je vais appeler la police, à quoi il réplique qu’il ne craint rien, qu’il a la police dans sa poche, parce qu’il est député (ce que je sais être faux). Dans le bureau, où doit se trouver le téléphone, celui-ci n’y est plus, et je n’ai pas non plus mon téléphone portable. Je cherche en vain le téléphone dans plusieurs autres pièces. L’ami qui m’accompagne me dit alors qu’il l’a vu dans la chambre, où je dois donc retourner malgré le risque d’être agressé par le squatteur. Le téléphone s’y trouve en effet, à côté du lit, là où dormait l’une des femmes. J’appelle la police tout en luttant contre le squatteur qui cherche à me faire raccrocher. Après que j’ai expliqué mon problème à la policière au bout du fil, celle-ci me demande quand je souhaite que la police intervienne. Je réponds : « Le plus tôt possible. » La policière m’annonce alors que ce ne sera pas avant cinq jours. Interloqué, j’essaie de plaider pour une intervention immédiate. En vain. Je raccroche et parviens au bout du compte à jeter le squatteur hors de chez moi, dans les escaliers, où nous croisons un écrivain pédophile connu qui engage la conversation avec moi.

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Je déjeune au restaurant thaïlandais qui est mon favori dans la réalité, sauf que cette fois cela se passe au bord de l’eau et de la façon suivante : je suis le seul client et assis à même le sol, tandis que les deux jeunes propriétaires du restaurant, dans le rêve un homme français et une femme thaïlandaise, sont également à ma table, elle face à moi, lui à ma gauche, tous deux sur des tabourets et me surplombant. Tandis que je suis là, je me rends compte que je n’ai pas commandé l’un de mes plats préférés, la soupe lac xa (dans la réalité cette soupe n’est pas servie au restaurant thaïlandais auquel je pense mais l’était dans un restaurant chinois à Chaville, dont les propriétaires, en partant après plusieurs décennies d’activité, ont emporté avec eux leur recette inimitable de cette soupe par ailleurs bien connue). Je commence donc à me lamenter bruyamment sur cet oubli de ma part, afin de faire accepter que je puisse commander une soupe lac xa à emporter, malgré l’heure. Ma demande est acceptée. Pendant cet échange mon repas est devenu froid, alors la patronne le place sur un réchaud devant moi mais, en réchauffant la nourriture, elle la carbonise complètement, la réduisant à une petite boule blanche. Comme ces perles mystérieuses que laisse la crémation de certains saints bouddhiques et qui sont vénérées en tant que reliques.

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Je rêve que les flashs lumineux que je vois en appuyant sur mes yeux fermés forment une montagne russe sur laquelle je me trouve lancé à grande vitesse. Après quelques instants, cette montagne russe s’avère être une rampe de lancement qui me projette dans l’espace, traversant des constellations d’étoiles (et l’effet 3D, absent dans la réalité de ce genre d’« images » les yeux fermés, ou bien présent seulement par un vague effet de profondeur, est ici saisissant).

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Membre d’une société savante, après avoir assisté déchaussé, comme les autres présents, à une conférence, j’oublie de remettre mes chaussures en sortant, alors que nous nous rendons tous ensemble au restaurant. Bien qu’embarrassant, cet oubli ne m’empêche finalement pas d’entrer dans le restaurant avec les autres, parce qu’en mangeant on a les pieds sous la table et que personne ne pourra donc voir que je n’ai pas de chaussures. Au cours du repas, je demande à un convive de bien vouloir me servir du vin. Il me passe la bouteille en simulant l’ivresse, pour égayer la compagnie. Alors que je me fais la réflexion que cette petite comédie n’est pas drôle, je commets une faute grossière : au lieu de verser le vin dans mon verre, je bois à même la bouteille, comme si je venais d’ouvrir le frigidaire de mon appartement de célibataire et que j’en avais tiré une bouteille de jus de fruit ou de soda pour y boire au goulot. Les convives sont consternés. Je prends conscience que mes habitudes érémitiques me rendent inapte à toute forme de sociabilité. On continue toutefois de se servir du vin à la bouteille après mon geste, comme si rien ne s’était passé : on fait en somme comme si l’on n’avait rien vu.

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Bangkok, Thaïlande, la nuit. Un tremblement de terre se produit. Les édifices sont secoués mais aucun ne s’effondre. Il semble que ce soit ce qui se passe habituellement car de nombreux immeubles sont entourés de filets au-dessus du sol pour recevoir les personnes que les secousses jettent de leurs terrasses ou de leurs fenêtres. Cependant, nombre de personnes qui tombent sur ces filets rebondissent dessus et finissent tout de même par s’écraser au sol. Dans certains cas, l’effet de ces filets est celui d’un véritable trampoline : les personnes rebondissent plusieurs fois sur le filet avant d’être projetées dans le vide et donc de poursuivre leur chute mortelle.

Journal onirique

La fondation de l’être est liée aux signes des dieux. Et en même temps la parole poétique n’est que l’interprétation de la « voix du peuple » (Stimme des Volkes). C’est de ce nom que Hölderlin appelle les légendes, les « dicts », dans lesquels un peuple fait mémoire de son appartenance à l’étant en son ensemble. Souvent cette voix se tait et s’exténue en soi-même. (Heidegger, Hölderlin et l’essence de la poésie / Hölderlin und das Wesen der Dichtung)

Il faut donc quelqu’un de plus haut, de plus proche du Sacré, et pourtant toujours encore différent de lui, un dieu, pour lancer dans l’âme du poète l’éclair qui enflamme. Ainsi le dieu prend sur lui Cela qui est « au-dessus » de lui, le Sacré, et, l’assemblant, il le porte à l’acuité et à la force de l’unique éclair grâce auquel il est « orienté » vers les hommes ; c’est ainsi qu’il en fait le don. (Heidegger, Comme au jour de fête / Wie wenn am Feiertage…)

Aussi incroyable que cela puisse paraître, il n’y a pas de conviction qui soit enracinée en moi avec une plus grande certitude que celle-ci : Le contact psychique avec les habitants des autres planètes est un phénomène normal de la conscience humaine. (Helgi Pjeturss)

[Je commence par un rêve couché sur papier en anglais, bien que, de mémoire, je n’aie jamais rêvé qu’en français. L’anglais était la langue que j’utilisais alors à titre principal pour mes notes. Contrairement aux rêves suivants, celui-ci est présenté sous une forme moins narrative que didactique.]

Seeing sex acts sparks spite. When you look for intimacy to have sex with your girlfriend, when you look for a secluded place (not your own) where she and you will be alone and undisturbed, in fact you run the risk of making unwanted encounters.

You go to a lonely, isolated place with your girlfriend, but three bad guys find you there by chance, aggress you, beat you, humiliate you, rape the girl with impunity as there is no witness and no one to give a help. (Remember: You needed an isolated place.)

Probably, in the remote past gangs of men would form and take the opportunity of pairs having to isolate themselves to gang rape women. Cf. H.G. Wells about Japanese rapist gangs (in The Outlook for Homo Sapiens). Männerbünde. Hence a slasher film may not always put one in a self-protection mode, as supposed by evolutionary psychology (Kenrick & Griskevicius), but rather could put one in the mate-searching mode specific to ancestral Männerbund members…

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Je fais de l’auto-stop dans le village de Fibblwuggn, où je suis égaré (je cherche à retourner à la gare ferroviaire à l’extérieur du village), profitant de ce qu’un jeune routard est là et fait lui-même du stop, quelque peu désabusé par son insuccès. Les voitures nous ignorent délibérément, de même que les habitants du village.

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Un très vieil homme, qui dans sa jeunesse l’a connu, me parle de Kant. Il avait une maladie des nerfs qui lui faisait voir par moments en noir et blanc (il voyait la vie en gris). Il a par ailleurs inventé le moulin à poivre de table. Et : « Il était pauvre comme Job. Quel homme ! » À ces paroles, j’ai honte de moi.

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Après avoir subi des épreuves initiatiques de nature thériomachique, en particulier la morsure à la tête par un homme-chien, je suis devenu membre d’une société secrète sataniste et cannibale, comme mes parents, mes frères et ma sœur [qui n’apparaissent pas dans ce rêve sous les traits des membres de ma famille réelle]. Seule une autre sœur n’en fait pas partie et ignore l’existence de cette société secrète. Je finis par dire à la première, celle qui appartient à la secte, que je ne peux plus vivre ainsi. Cela se passe sur le pont d’un bateau dans l’archipel de Stockholm, par une belle journée de l’été scandinave ; ma sœur est d’ailleurs une grande et belle Suédoise blonde. Elle commence par ne pas vouloir m’écouter, puis nous nous étreignons en pleurant ; elle comprend. Ce sont des larmes d’adieu très émouvantes.

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Papi va mourir [mon grand-père était déjà décédé depuis plusieurs années quand je fis ce rêve]. Je le vois d’abord assis sur le banc de pierre dans le jardin de sa maison, avec mon père (son fils). Il me regarde. Puis nous déjeunons dans la salle à manger avec d’autres, mais Papi est maintenant un homoncule, une sorte de bébé, et comme je l’ai mal ajusté sur sa chaise il se renverse et tombe par terre. Sous cette forme il demande une grande attention et de grands soins, comme sous sa forme suivante, un chat maigre.

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Des enfants font les « vagabonds du rail » (cf. La route de Jack London sur son expérience de hobo) jour après jour pour se rendre à l’école et en revenir.

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Une discussion chez un écrivain au Caire. Entre les méandres du Nil se sont établies des communautés humaines d’origine commune n’ayant plus que très peu de relations entre elles du fait de leur séparation par le fleuve. C’est ainsi que la langue originale de ces communautés s’est perdue, remplacée par de multiples dialectes propres à chacune.

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Une créature du prince des ténèbres tue un homme en lui arrachant la tête. La tête est arrachée avec une sorte de croc ou de ventouse plantée dans le crâne de l’homme à terre. La tête arrachée entraîne avec elle l’ensemble des viscères (comme pour un krasseu thaï [voyez ici]), traînés au sol, sur un tapis de couleur claire où ils laissent une empreinte sanglante.

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Parfum Le Chômeur de la boutique Lady Laine (choix de pulls en laine). Belle boîte et beau flacon noirs et or de ce parfum.

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Je m’engage dans un cañon de glace que surplombent de part et d’autre des montagnes irisées par le soleil. Le corridor du cañon est en pente déclinante et, le sol étant lui-même glacé, je me laisse glisser, debout, en tâchant de garder mon équilibre. Plus je descends, plus les parois du cañon s’élèvent et l’intérieur du cañon s’assombrit. Au moment où F. me rejoint sur un skate-board, nous parvenons à l’entrée d’un tunnel, marquée par d’étranges mousses de couleur rouille.

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Un conducteur de train, tenant à me montrer une certaine particularité du réseau ferroviaire connue de lui, me conduit comme unique passager le long d’une voie traversant une forêt au bord d’un précipice. Au fond du précipice se trouve une zone résidentielle. La voie est si près du vide qu’elle ne peut plus être empruntée, m’explique le conducteur. À un moment, le train est même obligé de rouler en dehors des rails pour ne pas tomber dans le vide.

J’ai rendez-vous avec J. à une station de métro de Dubaï, ou d’une autre ville du Golfe, pour lui raconter la chose. En sortant de la station, je le trouve qui m’attend. Je scrute des yeux la skyline pour retrouver le chemin de retour à notre hôtel. L’architecture qui s’offre à mes yeux, sous un ciel lumineux, est futuriste et étincelante. C’est J. qui trouve les repères le premier et nous nous mettons en marche.

En chemin, alors que nous nous engageons sur la chaussée pour traverser une rue, une voiture déboule. Je recule et fais reculer J. pour retourner sur le trottoir mais la voiture, que nous avons forcée à ralentir, nous y suit et pile devant nous quand nous sommes dos au mur. La conductrice, une jeune femme occidentale, tient à nous réprimander pour nous être engagés sur la chaussée, mais je ne comprends rien à ses paroles. Elle repart. Un passant, occidental également, dans le genre hippie, entend lui aussi nous faire la leçon. Je cherche à nous excuser par la discussion prenante qui nous occupait, J. et moi, ainsi que par le fait que « ma courge raccourcit », ce qui veut dire sans doute que je me fais vieux.

Notes

1/ C’est comme si le train de la forêt m’avait déposé à la station de métro de la ville futuriste, comme si la station de métro était un arrêt régulier de cette ligne perdue.

2/ La skyline me surprend par ce que j’y découvre. Mes souvenirs de voyage, dans la vie éveillée, sont peu mobilisés par ce qui s’offre à mes yeux dans ce rêve (contrairement à la première partie du rêve, où la zone résidentielle au fond du précipice est bien connue de moi dans la réalité). Certaines tours d’une couleur brun sombre ont des formes improbables. Je prends grand plaisir à contempler cette skyline. Je comprends que nous ne sommes pas à l’époque, ni même à l’ère, où j’ai visité le Golfe mais dans un futur lointain.

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Une salle de classe (collège ou lycée). La professeure va et vient entre les tables. Sa jupe blanche laisse voir par transparence, dans la salle claire à la lumière du jour, ses sous-vêtements, ainsi que les mouvements de ses fesses et de ses muscles. Je me demande si les autres le voient aussi, et cette idée me rend jaloux. Lors d’un passage près de ma table, elle laisse discrètement tomber un bout de papier plié sur mon cahier. Je le lis à la dérobée : « Reste à la fin du cours. » C’est un rendez-vous ! Comme je n’ai pas l’habitude de m’attarder dans la salle de classe à la fin des cours, et qu’au contraire je sors toujours parmi les premiers, je réfléchis au moyen de rester le dernier cette fois-ci sans que cela paraisse suspect aux autres.

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En rentrant dans mon appartement à N., je découvre qu’une voisine l’occupe. C’est le gardien, dit-elle, qui lui a donné les clés. Deux autres voisins, ses amis, viennent lui rendre visite ; en me croisant dans un couloir, ils me saluent du nom de « Monsieur Pioch » (sans « e ») et se font la réflexion entre eux, dans mon dos, que j’ai tout de même un nom bizarre. À mon retour d’une course, la squatteuse me rend les clés. Je lui demande si elle n’en a plus besoin, si elle n’a plus besoin d’une chambre, et comme elle me répond que non, en descendant les escaliers vers son propre appartement, je lui lance : « Quel dommage ! » C’est mon côté galant.

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Une réunion d’amis chez une jeune ministre. Nous sommes plusieurs avec elle sur son lit, peu vêtus. Elle me laisse lui caresser les jambes. Au moment où je me lève du lit, F., qui jusque-là se tenait à côté, se jette brutalement sur elle : quand le calme est rétabli, on découvre qu’il lui a « clippé » (to clip, couper) un bout d’oreille avec un coupe-ongles.

À sa sortie de l’hôpital, nous nous retrouvons elle et moi de nouveau sur son lit, cette fois seuls tous les deux. Son oreille est coupée en deux par le milieu. Comme je témoigne de la surprise, elle me demande si c’est laid. Je lui réponds que c’est visible. Nous restons sur son lit. Je regarde par la fenêtre, puis la fenêtre elle-même. Derrière un voilage blanc, le carreau est couvert sur sa partie basse de dessins d’enfant, comme on en voit parfois aux vitres des écoles (mais ce sont plutôt des collages dans la réalité). La vue donne sur un austère quartier de vieux bâtiments officiels, ministériels. Je comprends qu’elle occupe cette chambre depuis toute petite et qu’elle a gardé ces dessins sur la fenêtre – ses propres dessins – pour avoir dans sa vie autre chose que la sinistre austérité d’une vie ministérielle.

En sortant, je suis arrêté, ainsi que d’autres passants, par un agent de police en raison de quelque cérémonie officielle dont on ne voit nulle trace. L’agent n’a pas d’uniforme, est mal rasé ; c’est un contractuel d’un nouveau genre. Les autres passants supportent mal d’être immobilisés, on demande au contractuel ce qu’il ferait si la foule s’en prenait à lui, la question étant posée sans doute parce qu’il n’a pas d’arme et que les gens le savent. Il s’enferme dans une guérite branlante, d’aspect vétuste, en expliquant qu’il y serait bien à l’abri. Quand il en ressort, la même question lui est posée de nouveau, sous une forme à peine différente, par un individu dont je perçois que l’intention, en posant cette question, est d’inciter à la violence contre le contractuel.

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P. et moi sommes en chasse d’une sorcière particulièrement pestilentielle. Pour la repérer, nous disposons d’un matériel spécial : il s’agit de prélever du bout des doigts dans un pot une goutte d’un produit semblable à du mercure et de la lâcher : si la gouttelette monte en l’air, la sorcière n’est pas dans les parages, si la gouttelette au contraire tombe, la sorcière n’est pas loin. Je répète l’opération plusieurs fois tandis que nous explorons un atelier désaffecté. Les gouttes montent au plafond – jusqu’à ce qu’une goutte tombe.

Plus tard, la nuit, nous devons nous remettre en chasse de la sorcière. Il nous tombe dessus une pluie torrentielle ; elle a été provoquée à dessein par la sorcière, c’est ce que je dis à P. que cette pluie décourage.

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Lors d’un banquet de militants, nous recevons un paquet expédié par notre branche espagnole. C’est, avec les salutations à l’occasion de l’événement que nous commémorons, une vidéo, que nous projetons immédiatement. Les images d’époque en noir et blanc rappellent que notre mouvement ouvrier-prolétarien s’est orienté vers le fascisme en Espagne, ce qu’illustrent les enregistrements de nos anciens dirigeants locaux, bardés de cartouchières comme des Mexicains, et certains slogans tels que « ¡Pópulo duro! » (Pueblo duro).

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À la caisse d’une supérette, quand vient mon tour dans la queue, les trois ou quatre personnes suivantes déposent leurs courses en même temps que moi sur le tapis roulant. Leurs produits passent donc en caisse avec les miens mais je fais bien attention à ne mettre que mes propres achats dans mon cabas. Fâché par leur inconduite, mais gardant le silence, j’éprouve tout de même aussi de la fierté d’être capable de bien distinguer mes produits des leurs, de ne commettre aucune erreur à ce sujet. Puis je me rends compte que je vais devoir payer pour leurs courses passées en caisse avec les miennes.

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Je reçois trois lettres des États-Unis, dont l’expéditeur est une inconnue. En ouvrant la première, je lis qu’elle me reproche l’utilisation sur mon blog d’une photo sans son consentement. La lettre est déjà ancienne car j’ai reçu cette partie de mon courrier (ces lettres et quelques autres) avec du retard. D’où les deux autres lettres de la même personne, forcément sur le même sujet. Je suppose que l’absence de réponse, due au retard de mon courrier, n’a pas contribué à la mettre dans de bonnes dispositions à mon égard. Sa lettre est en deux langues : anglais et français. Le français est à peine compréhensible et, fait curieux, l’anglais ne l’est pas moins. Il s’agit donc peut-être d’un robot et ces courriers ont été envoyés à des centaines de milliers de blogueurs pour leur extorquer de l’argent en misant sur une infraction banale à la législation sur les droits d’usage des photos. C’est ce que je me dis pour me rassurer.

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Peut-on tenir un psychothérapeute pour responsable des homicides commis par un patient ? L. affirme que c’est le psychothérapeute que la société doit condamner. Je réponds que cette solution juridique doit être d’emblée écartée.

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Je suis en immersion dans une famille afrikaner d’Afrique du Sud pour un séjour linguistique sur le point de s’achever. Les enfants de la famille sont un garçon et deux filles, à peu près de mon âge et très blonds. L’une des sœurs me demande de l’aider à naviguer sur internet car elle ne trouve pas la page anglophone du site officiel du Canada pour l’accueil d’étudiants étrangers ; elle se trouve sur la page en espagnol du site et je lui montre que c’est sur l’onglet Languages qu’il faut cliquer pour pouvoir choisir l’anglais. C’est ce que j’essaye de faire mais de nombreuses fenêtres ne cessent alors de s’ouvrir avec des vidéos pornos et je suis vite débordé, je n’arrive plus à les fermer. Je lui dis que son ordinateur est infesté de malwares, tout en essayant diverses manipulations pour ouvrir la page demandée ; manœuvres qui échouent les unes après les autres à cause des fenêtres ouvertes par les malwares. Quelques remarques échangées en aparté entre elle et sa sœur me font alors comprendre qu’elles ont eu vent de mon intérêt pour l’islam au cours de mes études, me suspectent d’être un islamiste et vont chercher à m’humilier.

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Vu une chose horrible. On croit d’abord à une grosse araignée noire, déjà effrayante telle quelle, mais ce n’est là que la partie antérieure d’un mille-pattes monstrueux. La créature se trouve sur le carreau extérieur de la fenêtre de ma chambre. Elle entre par la fenêtre ouverte, traverse la chambre en rampant au plafond, redescend au sol par le mur et va se cacher dans l’obscurité de la salle de bains, où je n’ose me rendre. À vrai dire, je n’ose même pas sortir de ma chambre, car je ne peux le faire sans passer devant la porte ouverte de la pièce où la créature s’est tapie. Dans la journée qui suit, le malaise de cette apparition cauchemardesque me revient par intermittence.

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Ce n’est pas un rêve que je crois vivre mais plutôt un film que je regarde, et dont je me dis que la trame est trop compliquée car j’oublie en cours de route des éléments et des personnages. C’est une sorte de roman filmé d’Agatha Christie, qui se passe entre une grande ville européenne (sans doute Londres) et le Raj anglais (l’Inde coloniale). Par la splendeur du décor, les scènes du Raj me conduisent, en plus de la fascination, à la réflexion amère que ce cinéma a placé la barre trop haut avec son idéal inaccessible (qui est peut-être la civilisation britannique ou, plus exactement, la civilisation de l’Empire britannique). Les premières images du Raj sont celles de l’héroïne quand elle arrive au manoir où elle doit faire sa vie, montrant son émerveillement (que l’on ne peut que partager) devant tant de luxe anglais et de luxuriance orientale. Mais le film a commencé dans la ville européenne. Je cherche à comprendre ce qui s’est passé – les circonstances du crime – mais il est surtout question d’un invité qui ne parle jamais et que l’on continue d’inviter malgré tout, un certain Sergio Volpi. Je suggère que c’est peut-être un espion italien, un espion de Mussolini, mais on me fait comprendre le caractère anachronique de mon hypothèse. Bref, après un coup de téléphone entre Londres et l’Inde, où l’héroïne apprend qu’une jeune femme qu’elle a croisée en arrivant en Inde a été retrouvée assassinée peu après, je comprends que l’intrigue est la suivante : un écrivain est soupçonné d’avoir fait assassiner Awa, la femme qu’il aime et qui est allée vivre en Inde, et c’est à moi qu’il revient de prouver son innocence car je sais qu’il est innocent.

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Bien qu’il y ait eu quelques doutes à ce sujet, le train s’arrête à la gare du village reculé qui est ma destination. Je viens assister à une cérémonie traditionnelle au cours de laquelle la population du village se réunit dans un amphithéâtre en gradins pour assister à une joute oratoire dont le personnage principal ressemble à un juge. Je me rends compte au bout d’un moment que j’ai un rôle à jouer dans cette cérémonie, après que les femmes assises derrière moi eurent décrit à l’assistance le caleçon qui dépasse de mon pantalon (ma chemise étant sortie du pantalon). On me revêt d’un grand châle censé faire de moi l’incarnation de telle vieille femme mythique de ces contrées et je me dois me rendre ainsi accoutré dans un sanctuaire, où je ne peux espérer parvenir qu’après avoir escaladé une falaise. Alors que je suis presque parvenu au sommet, un vieillard quasi valétudinaire engage la descente, ce qui me contraint, compte tenu de son grand âge, à redescendre pour attendre qu’il soit à son tour arrivé en bas de la falaise. Mais en raison de sa condition physique c’est avec beaucoup de peine qu’il descend et je me demande comment je pourrais l’aider. Le voyant finalement inerte et suspendu à peu de distance du sol, je le saisis à bras le corps pour le déposer à terre. Puis je reprends mon ascension. Malheureusement, elle est cette fois beaucoup plus difficile ; après bien des difficultés à trouver les bonnes prises, je parviens tout de même au sommet. Mais au lieu d’y trouver l’entrée du sanctuaire, je me retrouve sur un étroit piton glissant surplombant le pays, et pour éviter le vertige je me réveille.

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Lors d’une conférence, j’apprends que l’air est de nos jours si pollué que les nouveau-nés puent la pollution en naissant. (L’odeur de la pollution imprègne leur peau.)

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Conte africain. Trois petits enfants forgerons, l’un au four avec un soufflet, l’autre avec une calebasse qu’il brandit en l’air régulièrement, le troisième près du petit bois à brûler, chantent un chant magique. L’un après l’autre, chacun entonne un couplet. Puis le petit forgeron du tas de bois poursuit seul, sous son auvent, alternant des couplets à peine audibles avec des périodes de silence. Ensuite, l’un d’eux se rend auprès d’un homme alité à cause de la fièvre et lui prédit, s’il ne se conforme pas à certaines prescriptions, une mort ignominieuse en Europe, chez les Blancs. Puis il lui trace une croix noire sur la poitrine.

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Je suis l’inventeur d’un puissant aphrodisiaque. Il s’agit de mêler une poudre rouge à une poudre verte dans un flacon rempli d’un liquide transparent (qui n’est pas de l’eau mais une préparation spéciale). Deux femmes se trouvent là. Je dis à la plus jeune : « Conserve bien cette recette car elle te permettra de réaliser tous tes désirs sans effort, et cela n’a pas de prix. » À peine ai-je prononcé ces mots qu’une réflexion me vient, variation sur la dialectique hégélienne du maître et de l’esclave : ce que je viens de promettre ne peut être une bonne chose. La réponse de la jeune femme montre d’ailleurs qu’elle n’est pas convaincue. Je la rabroue cependant et place la potion dans la lumière verte d’un réfrigérateur.

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Sur une plage de sable et de rochers, on me laisse apercevoir un monde sous-marin à explorer. Je plonge, équipé seulement de lunettes, mais ne parviens pas à ce monde entraperçu car je me trouve dans une boucle qui me reconduit à mon point de départ. D’ailleurs, dès que j’ai la tête sous l’eau, ce n’est plus la mer mais une piscine : une piscine en forme de boucle. Déçu, j’éprouve tout de même une certaine fierté d’avoir pu faire toute la boucle sous l’eau sans reprendre une seule fois mon souffle à la surface.

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Je fais partie d’une équipe dont la mission est de combattre et d’éliminer un super-vilain, sorte d’homme au masque de cire qui se couvrait auparavant le visage de bandelettes mais décida un jour d’y renoncer et de laisser apparent aux yeux de tous son visage hideux, tout en portant des lunettes noires et des costumes élégants avec chapeau de feutre. (Dans le générique du film, on voit le super-vilain ôter ses bandelettes et sourire sardoniquement à un homme épouvanté par la vision qui s’offre à lui.)

À deux, nous nous rendons dans une tour de bureaux où nous pensons pouvoir tomber sur ce super-vilain. Dans le lobby qui conduit au couloir où il est censé se trouver, un fonctionnaire demande au vigile un produit contre les brûlures d’estomac. Le vigile le lui donne et le fonctionnaire s’engouffre dans les toilettes. Le vigile est de mèche avec nous : nous l’avons soudoyé et c’est lui qui a administré au fonctionnaire un produit diarrhéique pour que nous ayons la voie libre. Nous nous engageons, mon équipier et moi, dans le couloir, qui s’avère extrêmement étroit, avec des portes de part et d’autre. Mon équipier en ouvre plusieurs à la suite. Soudain une porte vers le fond du couloir s’ouvre d’elle-même et il en sort une horrible tête volante semblable à une tête de gorgone ou à un beholder. C’est peut-être un avatar de notre ennemi. Pris au dépourvu, nous fuyons, non sans emporter une bassine pleine d’horribles vers dans un bouillon orange.

De retour à la maison, je décris ce que je rapporte comme un « bac à vers luisants » mais m’empresse d’en vider le contenu sur les parterres sablonneux du perron, d’où les vers, à présent des mille-pattes, se répandent dans toutes les directions. Je regrette à voix haute qu’il n’y ait pas de Roundup pour empêcher que cette vermine se multiplie. Opinant, une jeune femme de l’équipe dit qu’il est en effet dommage que l’agriculture soit par ici biologique.

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Avec une certaine démarche énergique, en balançant les bras, on peut se promener dans la rue en pyjama et avoir l’air cool, et même avoir l’air le plus cool : c’est ce dont je fais l’expérience dans ce rêve.

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Avec d’autres touristes, nous gravissons une pente de montagne enneigée par un jour de grand soleil. Puis, dans je ne sais quel édifice, nous montons des escaliers, au bout desquels il n’y a rien à faire que descendre un autre escalier, ce que nous faisons. Nous voyons une porte à un étage inférieur et y sonnons. Un Indien (d’Inde) nous ouvre et nous fait asseoir dans son salon. Un spectacle nous est donné. Une musicienne indienne en sari rouge joue de la cithare cul par-dessus tête, l’instrument étant posé derrière sa tête. Je devine qu’il s’agit d’une version épurée d’un art érotique traditionnel, un art des prostituées du Kama Sutra, qui jouaient de la cithare pendant qu’elles se faisaient prendre dans cette position acrobatique. À mon réveil, je me fais la réflexion que de cette manière la musicienne pouvait jouer de la cithare avec à la fois les mains et les pieds.

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La sorcière du Groenland

Lors d’une convention politique d’extrême droite, est exprimée l’idée que le libéralisme économique et politique est la meilleure façon de parfaire la ségrégation des Noirs. L’une des personnalités invitées à cette convention, bien qu’elle en soit absente, est une certaine Européenne établie au Groenland et qu’en raison de sa philosophie ésotériste et New Age les médias appellent une sorcière. Pour la discréditer est sortie une sex tape où elle se masturbe dans sa chambre. La conversation en vient à porter sur où passer sa retraite, et quelqu’un remarque qu’il est dommage que la couronne danoise soit la monnaie du Groenland car elle y rend le coût de la vie particulièrement élevé tandis que le cours des changes fait de l’Indonésie une destination très avantageuse pour les retraités occidentaux.

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Islande. Je fais partie d’une équipe internationale dont la mission est d’empêcher la propagation du communisme dans le pays. Des gens du cru nous parlent d’un village ou labyrinthe de squelettes humains laissé par les occupants après la guerre (occupants allemands plutôt qu’américains) au milieu d’une forêt. Je décide de m’y rendre. À l’approche du lieu, le guide devient hésitant ; il faut attendre un autre guide, une femme, pour que je puisse poursuivre. Le chemin passe à présent par un tunnel dont la paroi au-dessus de nos têtes est couverte de cristaux étincelants. La guide m’apprend qu’ici, à la mort des gens, on cristallise leurs restes – leurs cendres –, et que ce tunnel est donc un cimetière.