Glossaire thaï (Contribution à l’étude des croyances et pratiques en Thaïlande)

En tant que poète, je suis attiré par les aspects de cultures étrangères, légendes, magie, sciences occultes, qui entrent, du point de vue rationaliste, dans la rubrique des superstitions. Eu égard à l’amour-propre, j’aurais cependant trop de scrupules à n’y voir qu’un passe-temps de collectionneur, qui accumule les micrologies ethnographiques comme d’autres, de manière moins pédante, rapportent de leurs excursions touristiques les productions de l’art local qu’ils sont vivement sollicités d’admirer à chacune de leurs étapes. Qui plus est, en tant que philosophe (ce n’est pas être présomptueux que de se dire philosophe, à savoir de prétendre, non pas d’avoir trouvé la sagesse, mais de la rechercher, car, selon l’étymologie, et non selon les titres, qui n’est pas philosophe ?), je suis toujours tenté de rejeter tout cela dans le domaine des fables puériles et je dissimule mal mon impatience pour les recherches du poète. Le poète irrite le philosophe, le philosophe paralyse le poète.

Fables puériles, car ne sommes-nous pas au temps de la Religion dans les limites de la simple raison? Les croyants méprisent ou affectent de mépriser les exorcismes et les divinations de leurs églises à des époques anciennes et révolues, ils sont les premiers à blâmer ces superstitions, qui seraient leur religion mal entendue et dévoyée. Le surnaturel a disparu ou est devenu abstrait, les rituels sont dépourvus de valeur intrinsèque, arbitraires, la loi morale s’est dégagée du pittoresque et règne dans l’air pur des finalités dernières de l’humanité. Le besoin de la raison, et ce sentiment de l’absurde dont parlait déjà Kant pour s’opposer aux conclusions du matérialisme, qui donnèrent l’impulsion à sa philosophie pratique, disposent notre temps et les temps à venir en faveur de l’avènement d’une religion universelle purement morale.

Or, si Kant propose le christianisme comme étant, à sa connaissance, la religion la plus appropriée pour, une fois dépouillée de son ritualisme, de son surnaturalisme dogmatique et de ses superstitions, servir de religion universelle ainsi entendue, il s’en faut de beaucoup que le bouddhisme puisse être sans plus de considération écarté du cercle des prétendants légitimes à ce titre. L’importance que ce dernier attache à la conscience individuelle, son indifférence relative aux rites et aux dogmes, sa tolérance sont bien connus de nous et le désignent naturellement à l’accomplissement d’un tel destin. Admettre cette possibilité reviendrait toutefois à considérer comme hasardés des pans entiers du criticisme kantien dans sa dimension pratique (par exemple quant au fait que le besoin de la raison évoqué plus haut implique le postulat d’un Être suprême créateur du monde).

Le présent glossaire a pour objet d’éclairer quelques aspects d’une culture nationale bouddhiste. Il apporte, concernant le bouddhisme, un démenti apparent au paragraphe précédent, mais il est parfois bon, avant de mobiliser l’ensemble de ses ressources intellectuelles dans la défense d’une cause, de ne rien négliger pour exposer tout ce qui peut sembler la desservir, car c’est l’indice d’une conviction loyale et sereine.

Mes principales sources sont le dictionnaire en ligne Longdo, qui réunit plusieurs lexiques sous un même moteur de recherche, le dictionnaire thaï-français de Praewpayom Booyapaluk, et le dictionnaire thaï-anglais-allemand de Josef Rohrer.

Il n’existe pas de transcription unique du thaï. Je recours ici à une transcription personnelle simplifiée, la plus phonétique possible (ainsi, “eu” se lira comme dans “feu” en français, etc.).

Glossaire

กระสือ. ผีชนิดหนึ่งที่ถือว่าเข้าสิงในตัวผู้หญิง ชอบกินของโสโครก, คู่กับกระหัง ซึ่งเข้าสิงในต้วผู้ชาย.
มักออกหากินกลางดืนและไปแต่หัวกับตับไตไส้พุง ส่วนร่างกายคงทิ้งไว้ที่บ้าน เวลาไปจะเห็นเป็นดวงไฟดวงโตมีแสงสีเขียวเรืองวามๆ.
Krasseu. Fantôme qui prend possession du corps d’une femme et aime à se repaître d’immondices. Elle fait la paire avec le krahang, qui prend le corps d’un homme. Le plus souvent, elle sort la nuit pour se nourrir, elle a alors l’aspect d’une tête volante d’où pendent les viscères ; les autres parties de son corps restent où elle réside. Elle a parfois l’apparence d’une grosse boule de feu de couleur verte.

สมิง. เสือที่เชื่อวา่เดิมเป็นคนที่มีวิชาอาคมแก่กล้าแล้วต่อมาสามารถจำแลงร่างเป็นเสือใด้ หรือเสือที่กินคนมากๆ เข้า เชื่อกันว่าวิญญาณคนตายเข้าสิง ต่อมา สามารถจำแลงร่างเป็นคนได้.
Saming. Tigre dont on pense qu’il a été un habile magicien ayant le pouvoir de se transformer en cet animal, ou bien : tigre ayant dévoré de nombreux humains dont les esprits viennent alors le hanter de sorte qu’il est capable de prendre apparence humaine.

ผีปอบ, ปอบ. ผีชนิดหนึ่งเชื่อกันว่าอยู่ในตัวคน กินตับไตไส้พุงจนหมด แล้ว ออกมาไปคนนั้นก็ตาย.
Pipop ou Pop. Fantôme qui entre dans le corps des gens pour leur dévorer les entrailles. Quand il ne lui reste rien à manger, il quitte le cadavre.

กองกอย. ผีชนิดหนึ่ง เชื่อกันว่ามีตีนเดียว ไม่มีสะบ้าหัวเข่า จึงต้องเดินเขย่งเกงกอย ชอบออกมาดูดเลือดที่ห้วแม่เท้าของคนที่นอนหลับพักแรมในป่า.
Kong-koï. Fantôme vampirique n’ayant qu’un pied et pas de rotule si bien qu’il doit marcher sur la pointe de son pied unique. Il a l’habitude de sucer le sang de ceux qui passent la nuit en forêt, par le gros orteil.

ฉมบ, ชมบ, ทมบ. ผีผู้หญิงที่ตายในป่า และสิงอยู่ในบริเวณที่ตาย มีรูปเห็นเป็นเงาๆ แต่ไม่ทำอันตรายใคร.
Chamop ou Tamop. Fantôme d’une femme morte en forêt et qui hante les environs du lieu de sa mort. Son apparence est floue, relativement indistincte. Elle n’attaque personne.

เวตาล. ผีจำพวกหนึ่ง ชอบสิงอยู่ในป่าช้า, นักปราชญ์ที่ไม่ได้ถ่ายวิชาให้ใครตายไปแล้ว เป็นผีชนิดนี้.
Wétann. Fantôme qui hante les cimetières. Les sages qui meurent sans avoir transmis leur savoir deviennent des fantômes de ce type. (Du sanskrit vetala)

ผีนางรำ. นางรำคืหญิงผู้แสดงการร่ายรำ.
Pi-nang-ram. Fantôme d’une danseuse traditionnelle thaïe.

โขมด. ชื่อผีชนิดหนึ่งเป็นผีป่า จะเห็นเป็นแสงเรืองวาวเวลากลางดืน.
Komott. Fantôme de la forêt qui apparaît sous l’aspect d’une vive lumière dans la nuit ; feu-follet.

เบื้อ. สัตว์ในนิยายเล่ากันว่ามีรูปร่างคล้ายคน แต่ไม่มีสะบ้าหัวเข่า พูดไม่ได้ มีคนเมือนลิง พบในป่าทางภาคอีสานของไทย.
Beu-a. Animal légendaire dont il est dit qu’il aurait une apparence semblable à celle d’un homme, à ceci près qu’il n’a pas de rotules et est couvert de poils comme un singe. Il ne parle pas. On le rencontre (sic) dans les forêts du nord-est de la Thaïlande.
(Les adeptes de la cryptozoologie ont-ils répertorié, et recherchent-ils, cette variété tropicale du Yéti ?)

แมววิเชียรมาศ.
Méo-wichian-matt. Le chat siamois est le “chat diamant et or”, l’or et le diamant étant désignés, qui plus est, par leurs noms poétiques et non par leurs noms courants. Un beau nom pour un bel animal.

เหล็กไหล. โลหะชนิดหนึ่งเชื่อกันว่าเอาไฟเทียนลนก็ไหลย้อยออกได้.
Lék-laï. Type de métal susceptible de fondre à la flamme d’une bougie.
La définition est un peu sommaire et pourrait désigner un vulgaire alliage de plomb. Il s’agit en fait d’un métal magique, dont les bonzes versés dans la pratique alchimique font des amulettes. Cette pratique est si répandue qu’un film est sorti, il n’y a pas longtemps, sur L’homme lék-laï, un super-héros tout ce qu’il y a de moderne qui bénéficie des pouvoirs de ce métal (titre anglais du film: Mercury Man).

หุ่นพยนต์. รูปที่ผู้ทรงวิทยาคมเอาวัตถุมาผูกขึ้นแล้วเสกเป่า ให้เป็นเหมือนรูปที่มีชีวิต.
Houn-payonn. Figure ou figurine à laquelle ont donné vie des incantations ; golem.

กระบี่กระบอง. ชอื่การเล่นชนิดหนึ่ง ต่อสู้กันด้วยกระบี่และกระบอง.
Krabi-krabong. Art martial traditionnel pratiqué avec des épées et des bâtons.

เกมสู์มังกรน้อยพ่นฟองบู่มๆ.
Mangkonn-noï-ponn-fong-boum-boum. Petits dragons soufflent des bulles boum boum (Bubble Bobble). (Pfff…)

กิ้งก่ายักษ์. ไดโนเสาร์
King-ka-yak. Ce mot, qui signifie littéralement “lézard géant” ou “dragon géant” (ou bien encore “dragon-yaksa”) et qui a été donné à un type de reptile existant, peut aussi servir à désigner les dinosaures. La langue islandaise recourt à un système comparable : risaeðla veut dire “lézard géant”. Il s’agit dans les deux cas, plutôt que de recourir au grec (“lézard terrible”), de créer le terme à partir du lexique national.
En thaï, on a procédé de cette manière à partir du sanskrit/pali pour toute une série d’inventions occidentales ; de même que “téléphone”, “microscope” etc. sont des mots communs aux langues européennes qui dérivent du grec, leurs équivalents dérivant du sanskrit/pali sont communs à plusieurs langues d’Asie du Sud-Est, le thaï, le khmer, sans doute d’autres. Cette méthode est tombée en désuétude à la fois en Europe et en Asie du Sud-Est. L’usage de l’anglais s’est banalisé, et le terme le plus courant aujourd’hui pour désigner en thaï un dinosaure, peut-être aussi en raison de l’autre sens de king-ka-yak signalé plus haut, est la pure et simple transcription du mot anglais : “daïnosao” ไดโนเสาร้.

รักยม. ของขลังอย่างหนึ่ง เป็นรูปตุ๊กตาเด็กเล็ก ๒ ตัว ทำด้วยไม้รักและไม้มะยม เชื่อว่าทำให้เกิดเมตตามหานิยม.
Rak-yom. Amulette ayant l’apparence d’un petit enfant à deux têtes, en bois d’arbre à laque et de groseillier à maquereau, et qui a le pouvoir de faire aimer celui qui la porte.
Je subodore un ou plusieurs jeux de mots dans l’affaire. Le nom de l’arbre à laque est maï-rak, c’est-à-dire “bois d’amour”. Le groseillier à maquereau se nomme maï-mayom. On trouve dans le nom de l’amulette, en plus de rak (amour), yom, qui peut signifier jumeau, d’où les deux têtes de la figurine. Il existe aussi un bois maï-yom.
Enfin, j’ai traduit le pouvoir de cette amulette en interprétant le texte d’après ce que je crois savoir de son usage (superstitieux) parmi la population, mais à vrai dire le texte est assez peu explicite et pourrait aussi vouloir dire que cette amulette aide celui qui la porte à pratiquer l’amour du prochain… [Novembre 2022. Cette seconde interprétation est en réalité la seule évidente pour la définition thaïe ici donnée, car le terme employé, เมตตา, metta, est un terme canonique du bouddhisme désignant l’amour bienveillant, la bonne entente, qui n’a rien à voir avec la passion.]

ลูกกรอก. ลูกคนหรือลูกสัตว์มีแมวเป็นต้นที่ตายตั้งแต่อยู่ในครรภ์หรือในท้อง มีร่างกายครบบริบูรณ์ แต่ขนาดเล็ก เชื่อกันว่าจะให้คุณแก่เจ้าของ หรือบางทีก็ใช้เป็นเครื่องรางของขลัง.
Louk-krok. Fœtus humain ou animal, notamment de chat, mort dans le ventre de sa mère. Le corps est complet mais de petite taille. On croit qu’il apporte des bénédictions à celui qui le possède et peut parfois servir d’amulette.

ปลัดขิก, ขิก. รูปจำลองอวัยวะเพศชาย มักทำด้วยไม้ ใช้เป็นเครื่องรางของขล้ง.
Palatt-kik ou Kik. Image de phallus en bois servant d’amulette.

ตะกรุด. เครื่องรางอย่างหนึ่ง ทำด้วยโลหะหรือใบลานเป็นต้น โดยปรกดีลงคาถาอาคม แล้วม้วนเป็นรู้ปกลมยาวและกลวง.
Takroutt. Amulette cylindrique en métal ou en parchemin inscrite de formules magiques.

ลูกอม. ลูกกลมๆ ทำด้วยของต่างๆ ใช้อมเป็นเครื่องราง.
Louk-om. Bille pouvant être composée de matériaux divers et qui, placée dans la bouche, sert d’amulette.
On donne aussi ce nom aux bonbons de forme ronde.

ฮวน. ๑ ป่าเถื่อน ๒ คำจีนในไทยเรียกหมายถึงคนไทย.
Huann. 1. Non civilisé. 2 Terme emprunté au chinois et servant à désigner les Thaïs (ce que je comprends comme étant un terme dont les Chinois de Thaïlande se servent pour désigner les Thaïs).
L’Occidental qui a l’idée d’apprendre le thaï ne doit pas s’attendre à ce que sa démarche suscite de l’intérêt en Thaïlande même. S’il prend des cours auprès d’une société privée à Bangkok, ses enseignants seront à coup sûr des Sino-Thaïs, et il s’entendra peut-être demander candidement, comme à moi-même, pourquoi il n’apprend pas plutôt le chinois. Les vendeurs de rue, chauffeurs de taxi et autres viennent pour la plupart de la campagne et n’ont pas comme langue maternelle le thaï, mais un dialecte lao, khmer, issan… S’il parle à des bonzes, ils l’inviteront à se plonger dans l’étude du pali, la langue sacrée du bouddhisme théravada, dans laquelle ils sont tous versés et qu’ils enseignent. Vous êtes prévenus.

อั้งยี่. สมาคมลับของชาวจีน.
Ang-yi. Société secrète chinoise.

ก๊ก. โยงใยของสมาคมลับ.
Kok. Réseau, connections d’une société secrète.
P. Boonyapaluk donne de ce mot les définitions suivantes: “association, bande, cabale, clan, clan chinois, clique”.

จ๊อย.
Tioï. Unité d’opium, valant 1,6 kilogramme (P. Boonyapaluk).

สาธุการ. ชื่อเพลงหน้าพาทย์ที่สำคัญยิ่ง ใช้บรรเลงในพิธีกรรมเมื่อบูชาหรืออัญเชิญพระรัตนตรัย เทพยดา สิ่งศักดิ์สิทธิ์ และใช้เพื่อแสดงกิริยาน้อมไหว้.
Satou-kann. Musique cérémonielle très importante jouée pour appeler la propitiation des Trois Joyaux (Bouddha-Dharma-Sangha), des divinités, des objets sacrés, exprimant une salutation polie et déférente.
On peut en écouter sur YouTube (copier/coller le mot thaï ci-dessus), et c’est plutôt rébarbatif. Mais comme dit Rousseau : « Les plus beaux chants, à notre gré, toucheront toujours médiocrement une oreille qui n’y sera point accoutumée ; c’est une langue dont il faut avoir le dictionnaire. » (Essai sur l’origine des langues)

เจโตปริยญาณ. รู้จักกำหนดใจผู้อื่น.
Tié-to-pariya-yann. Connaissance des pensées et intentions d’autrui.
Le témoignage d’un cas de lecture mentale de pensées par un bonze, d’origine occidentale, vivant en Thaïlande est donné par l’écrivain italien Arnaldo Fraccaroli dans son récit de voyage Il Budda di smeraldo (Mondadori 1935, p. 215). En l’occurrence, ce bonze put connaître mentalement et dire le nom de son interlocuteur dont il n’avait jamais entendu parler et qu’il voyait pour la première fois. Interrogé sur la manière dont cela pouvait être possible, il répondit que ce nom lui était venu à l’esprit spontanément, dans un éclair d’inspiration.

บุพเพนิวาสานุสติญาณ. ความรู้เป็นเครื่องระลึกได้ถึง ขันธ์ที่อาศัยอยู่ในก่อน, การระลึกชาติได้.
Bouppé-niwassa-noutsatiyann. Connaissance de ce que l’on a été et où l’on a vécu dans ses vies antérieures, connaissance de ses vies antérieures.
Ce qui se traduit parfois par rétrocognition.

บุพเพสันนิวาส. การเคยเป็นเนื้อคู่กัน, การเคยอยู่ร่วมกันในชาติก่อน.
Bouppé-sanniwatt. Le fait de s’être aimés dans une vie passée, le fait d’avoir été unis dans une vie antérieure.

อพพะ. ชื่อจำนวนนับอย่างสูง เท่ากับโกฏิยกกำลัง ๑๑.
Apapa. Nombre de valeur élevée, égal à dix millions à la puissance onze.

อักเษาหิณี. จำนวนนับอย่างสูง คือ ๑ มีศูนย์ตาม ๔๒ ตัว.
Aksaohini. Nombre élevé: un suivi de quarante-deux zéros.
Ce sont deux exemples des connaissances numériques héritées de l’antique culture sanskrite par les civilisations du bouddhisme théravada. Les nombres élevés permettaient notamment de computer la valeur des cycles du temps. D’après M. Eliade, la durée de vie de Brahma est de 311.000.000.000.000 d’années (veille et sommeil), ce qui est encore peu relativement à la valeur d’aksao-hini.

ชยกุญชร. ช้างสึก.
Chaï-koun-chonn. Éléphant de guerre.
Les éléphants de guerre nous sont connus par les récits de Quinte-Curce et d’autres sur les conquêtes d’Alexandre et ses batailles contre les armées de l’Inde. Ils sont un élément familier de l’histoire de l’Asie du Sud-Est.

โจมทัพ. ชื่อช้างศึกพวกหนึ่ง มีหน้าทีเข้าโจมตีข้าศึก.
Tiom-tap. Bataillon d’éléphants de guerre, dont la fonction était de charger contre l’ennemi.

ปรวด. หมอช้าง.
Prouatt. Médecin pour éléphants.

หมอเฒ่า. ผู้มีความรู้ทางคชศาสตร์ และเป็นหัวหน้าในการจับช้าง.
Mo-tao. Personne versée dans la connaissance des éléphants (un champ d’étude à part entière nommé kok-satt, คชศาสตร์) et experte dans le domaine de leur capture (pour domestication).
Il existe une littérature rituelle adressée aux éléphants ainsi capturés, par laquelle on s’excuse, dans des poèmes, de les éloigner de leur forêt natale, tout en dépeignant les avantages et les douceurs de la vie au milieu des hommes (les éléphants de guerre n’existent plus).

ช้างน้ำ. สัตว์ในนิยาย มีรูปร่างเหมือนช้าง มีงวงและงาคล้ายช้าง หางเป็นปลา.
Chang-nam. “Éléphant des eaux” : animal légendaire qui a le corps d’un éléphant, une trompe et des défenses comme celles de l’éléphant, et une queue de poisson.

รังควาน. ๑ ผีตายร้ายที่สิงอยู่ในกายคนใด้ ๒ ผีที่ประจำช้างป่า.
Rang-kwann. 1. Fantôme malfaisant qui peut entrer dans le corps des gens. 2 Esprit attaché à un éléphant sauvage (d’où, je pense, certaines connaissances occultes exigées, à l’origine, du mo-tao, voir supra, comme l’indique déjà son nom, qui comporte le terme หมอ “mo”, souvent traduit par “guérisseur” et qui s’emploie en général pour toute personne disposant de pouvoirs occultes : astrologues/mo-dou, exorcistes/mo-pi…).

Septembre 2013

Si vous êtes intéressé(e) par la Thaïlande, la langue et la culture thaïes, n’hésitez pas à visiter le site de l’Association culturelle franco-thaïe (ACFT), pour connaître ses activités.

Couverture du magazine Mè-Nak / แม่นาค

Couverture du magazine Mè-Nak / แม่นาค

Voir aussi le Glossaire de l’occulte malais

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Strindberg : Un livre bleu II / En Blå Bok

Voici donc, pour la première fois en français, deux textes du Livre bleu, II et III, de Strindberg. Pour ce qui est des textes originaux suédois, qui précèdent la traduction, le premier est écrit dans la graphie de l’époque, car le livre utilisé est un livre ancien, le second respecte l’orthographe moderne.

Je demande à mes lecteurs la permission de ne pas faire de commentaire.

[ERRATUM. Le premier des deux textes qui suivent a déjà été traduit et figure dans le choix de textes en français paru sous le nom Un livre bleu – ce dont je viens seulement de m’apercevoir, un peu tard. Le second texte le complète bien, sur le même sujet.]

*

Häxprocesserna

När på 1880-talet materialismen blomstrade och människorna förfäades, upptäckte fysiologen Charcot den onda viljans makt att influera medmänniskors psyke, så att de blefvo « besatta ». Detta kallades hypnotism och suggestion. Hemlighetsfulla tilldragelser med brottslig anstrykning började refereras, processer anlades därtill och mord förekommo, och där mördaren uppgaf sig ha handlat under inflytande och tryck af viss persons vilja, till och med på afstånd. Det var då Charcot fällde de ryktbara orden : Om femtio år ha vi häxprocesserna igen ! Därmed erkändes att det fanns något i häxprocesserna som var annat än inbillningar och bedrägeri.

Hvad menades då med en häxa ? En kvinna (mest kvinnor !) som händelsevis upptäckt själens förmåga att gå ut ur kroppen eller på afstånd influera på en annan, mest på de lägre sfärerna. Därjämte måtte de ägt förmågan att, särskildt hos barn, framkalla orena bilder.

Romarne kände alla dessa konster, men förstodo dem icke. De menade således med Lamia ett spöke som « diade » barn, och med Incubus, som i orena drömmar besökte ynglingar och flickor, menade de Faunus eller den ludne Pan. Luther talar ännu om dessa företeelser, och Huysmans har skildrat fenomenet i ett kloster som han besökte såsom om det var en upplefvelse.

Nu är saken den, som hvarje förälskad man känner till, att kvinnan kan, när hon attraheras till en man, intränga med sin själ eller delar af densamma i hans, så att han förlorar sig själf och blir besatt af henne.

Ynglingen och flickan plågas i drömmen sannolikt icke af sina fantasier utan af andras, och de som tycka sig förföljda af mänskor äro sannolikt förföljda af andras tankar, kärlek eller hat. När denna själens förmåga, under vilda tider af förfall, utvecklas och upptäckes, så missbrukas krafterna af de andra till andra ändamål. Ynglingen i pubertetsåldern, som blifvit föremål för en, kanske okänd, kvinnas böjelse, plågas af detta, känner sig ofri, besatt, och blir stundom frestad beröfva sig lifvet för att bli fri sin vampyr. Olycklig kärlek kan ju sluta i själfmord.

Dessa häxor, som brändes under häxeriprocesserna, voro antingen sådana vampyrer eller besatta, och man har exempel på häxor som af okunnighet och nyfikenhet praktiserat trolldom, sedan själfva angifvit sig och tiggt om bålet som enda räddningen, ty genom att göra ondt hade de trädt i förbindelse med en lägre region som vi ana men icke kunna känna fullständigt.

Albigenser och tempelherrar lära ha utöfvat trolldomssynd med alla afvikelser, och därför brändes de, icke för religionensskull. Och när tempelherrarne svuro på bålet att de voro oskyldiga, så menade de väl oskyldiga till den yttre handlingen, då lagen icke straffar tankesynd, viljesynd, önskesynd.

Häxeriprocesserna upphörde, men häxeriet är kvar delvis. En nådig försyn inbillade mänskorna att det bara var inbillningar ; och när deras tankar upphörde spela omkring dessa ämnen, blefvo de immuna.

När med hypnotismen, medevetandet om dolda, darliga krafter väktes till lif, började fenomenen återigen visa sig, och mäktiga andar, särskildt i Frankrike, bekämpade hvarandra, på afstånd, ibland med dödlig utgång. Flera af dem som framkallat krafterna blefvo skrämda, och flydde till religionen, där de funno säker hjälp. Andra förgingos i sin egen ondska.

Den kvinna, som af ondska och härsklystnad leker med en mans känslor, blifver icke ostraffad. Koketten som väcker svartsjuka blir oftast straffad genom svartsjuka, det vill säga : anfäktas af inbillningar, där hon ser mannen älska en annan kvinna, och det lär vara helvetets kval. Därför heter det så riktigt : Lek icke med kärleken !

Häxor

Swedenborg tror på häxor, efter som han sett dem, och så gör jag också ; ty jag har känt sådana.

Med Häxa menas en kvinna som kan utsända sin kroppssjäl genom en stark viljeakt. Hon kan skicka denna om natten till sovande ynglingar och män, och ge dem illusion (full verklighet) av en omfamning. Detta var medeltidens Succubus eller Incubus, som förekommer i Goethes Faust 1:a Delen, och vilket författaren till Medeltidens Magi aldrig kunde begripa emedan han levde i köttet.

Jag har för många år sedan känt en häxa i utlandet utan att förstå vem jag hade för mig. Hon kunde förvända min syn, så att jag såg det som icke fanns ; hon kunde besöka mig när hon ville ; när hon var ond på mig förmådde hon ingiva mig självmordsmani ; hon ägde kraft att bibringa mig alla slags känslor och hon låg och önskade sig gåvor och pengar, så att jag fick ingivelser inifrån att uppfylla hennes outtalade önskningar.

Swedenborg talar om lastbara kvinnor som bli trollkonor. « De ingiva andra dem de hata, att de må bringa dem om livet, ty de veta sig icke kunna dö ; sedan anklaga de dem som mördare och utsprida det. »

« I helvetet består deras livs högsta nöje i att pina ; ja, medelst i världen okända konster, genom vilka de förstå att bibringa de finaste känslor, alldeles som om de voro i kroppen. »

För att läsaren icke må tro att detta är fantasier eller inbillningar skall jag skvallra om vad en häxa berättat mig, ty jag har känt flera häxor.

Jag frågade en gång, när vinet öppnat hennes tunga : Hur bär ni er åt ? – Jo, jag ligger och tänker mig…

Jag gick med en häxa på gatan, och på långt håll sågo vi ett fruntimmer förgäves söka komma opp på sin cykel.

– Nej, du kommer icke opp förr än jag vill, mumlade min häxa.

Damen på cykeln stretade en stund.

 – Opp med dig då ! sade häxan, och vände bort huvet. I detsamma var damen i sadeln.

Hon hade alltså onda ögat, var jettatore (-trice), bragte otur och förbannelse med sig, var naturligtvis grym och vällustig, vilket följer med !

Hon var rysligt ful, men kunde förvända synen så att hon föreföll skön, dock icke för alla och icke alltid. Vid 43 år kunde hon vid tillfällen ge fullständig illusion av 17 år.

Nu vill jag erkänna, att de flesta kvinnor äga denna förmågan, och detta kallas deras charm, eller tjusningsförmågan, som kan beröva en man förståndet slutligen.

Många flickor, som upptäckt denna farliga gåva, missbruka den av oförstånd ; men många handla på befallning, med tvång, och äro skyddade i sitt rysliga ämbete : att straffa gudlösa män.

Därför är den ogudaktige värnlös mot furien ; och det har givit enfaldiga män anledning tala och skriva om kvinnomakt. Hon har endast makt över den gudlöse.

– Du hade ingen makt över mig, vore hon dig icke given ovanifrån !

Mot häxan finns endast en hjälpare : Herren, levande Gud !

*

Under häxprocesserna förekommo ofta fall, att kvinnor angåvo sig själva och begärde brännas. Dessa hade antagligen handlat av nyfikenhet eller oförstånd, och när de framkallat det onda väsendet och fått det i kroppen, kände de att bålet var enda befrielsen.

Ännu för 7 år sen läste jag i tidning om häxor i Lima, vilka begärde få bli brända.

Alltså, kvinnor, bruka er makt som Gud givit er, men till det goda ; men om ni missbrukar den till härsklystnad, ondska eller vällust, så han I vansinnet eller döden att vänta !

*

En man hade satt bort sin själ i en ond kvinna. Han hatade henne, men efter som hon bar omkring hans själ, så saknade han den. Och denna längtan förnam han såsom kärlek. De skiljdes. Och varje gång häxan överflyttade sina känslor på en annan blev han befriad.

När hon sista gången märkte att han blev befriad, så fattades hon av raseri. Hon ville äga sin älskare, men också pina den förre. Nu råkade hon i en dubbelsnara. Mannen ville hon icke släppa, och därför kastade hon sina känslor på honom, telepatiskt, ty hon var ju häxa. Men i samma stund fanns ingen plats för älskarn, och hon kunde icke « äga » honom, ty han blev neutraliserad.

Då uppfinner hon den sataniska intrigen att genom sin kroppssjäl sammanföra de två männen i olovlig förening. Detta kände den frånskilde mannen på sig, och för att undgå synden, så skött han sig !

Nu frågas : förtjänade icke en sådan kvinna bålet ?

Och hade icke mannen rättighet att döda sig, då han icke på annat sätt kunde bli fri synden, som han avskydde ?

 

Les procès de sorcières

Dans les années 1880, quand le matérialisme prospérait et les hommes se crétinisaient, le physiologiste Charcot découvrit le pouvoir qu’une volonté maléfique a d’influer sur le psychisme d’autrui de façon qu’il soit « possédé ». On appela ce phénomène hypnotisme ou suggestion. On commença à parler de certains cas mystérieux, à caractère criminel, qui donnèrent lieu à des procès ; les meurtriers affirmaient avoir commis leurs crimes contrôlés par la volonté d’une autre personne agissant sur eux, même à distance. C’est alors que Charcot prononça ces paroles fameuses : dans cinquante ans, nous verrons de nouveau des procès de sorcières ! On admettait ainsi que ces procès reposaient sur autre chose que l’imagination ou la tromperie.

Qu’entendait-on par sorcière ? Une femme (il s’agit la plupart du temps de femmes !) qui d’une manière ou d’une autre a découvert le moyen de quitter son propre corps ou bien d’influencer autrui à distance, le plus souvent parmi les classes inférieures. De même, les sorcières auraient eu le pouvoir de susciter, en particulier chez les enfants, des pensées obscènes.

Les Romains connaissaient ces pratiques mais ne les comprenaient pas. Ils concevaient la Lamie comme un fantôme « allaitant » les enfants, et l’Incube qui hantait les jeunes hommes ou les jeunes filles dans des rêves impurs comme un faune ou comme le Pan hirsute. Luther évoque également ces faits, et Huysmans a décrit le phénomène comme quelque chose de vécu, dans un monastère où il séjourna.

Or la vérité, que tout homme épris admet, c’est que la femme peut, quand elle est attirée par un homme, pénétrer dans son âme ou prendre celle-ci dans la sienne, de sorte que l’homme est perdu à lui-même, possédé par elle.

Le jeune homme, la jeune femme ne sont sans doute pas tourmentés, en rêve, par leurs propres imaginations mais par celles de quelqu’un d’autre, et ceux qui se croient persécutés par les hommes le sont vraisemblablement par les pensées d’autres hommes, amour ou haine. Quand ces pouvoirs de l’âme se développent et se découvrent en des temps farouches de décadence, les forces de l’un peuvent être utilisées en vue des desseins d’un autre. Le jeune homme à l’âge de la puberté qui devient l’objet du désir d’une femme, peut-être inconnue, est tourmenté par elle, il ne se sent plus libre mais possédé, et il est parfois tenté de mettre fin à ses jours afin de se délivrer de son vampire. L’amour malheureux peut certes conduire au suicide.

Ces sorcières qui furent brûlées lors des procès en sorcellerie étaient soit de tels vampires soit des femmes possédées, et on a l’exemple de sorcières qui commencèrent par ignorance et curiosité à pratiquer la sorcellerie et se dénoncèrent ensuite d’elles-mêmes, demandant le bûcher comme leur seul salut car, en s’initiant à ces maléfices, elles étaient entrées en relation avec des régions inférieures dont nous avons quelque pressentiment mais que nous ne connaissons pas dans toute leur horreur.

On dit que les Albigeois et les Templiers pratiquaient le péché de sorcellerie avec toutes sortes de déviances et que c’est pour cela qu’ils furent conduits au bûcher, non pour une question de religion. Lorsque les Templiers jurèrent, sur le bûcher, leur innocence, ils voulaient dire qu’ils étaient innocents des actes extérieurs, car la loi ne condamne pas le péché en pensée, le péché de volonté ou de désir.

Les procès en sorcellerie ont pris fin mais la sorcellerie existe toujours, plus ou moins. Une divine Providence fit croire aux hommes qu’il ne s’agissait que de leur imagination ; lorsqu’ils cessèrent de penser à ces sujets, ils furent immunisés.

Quand, avec l’hypnose, la conscience de dangereuses forces cachées s’éveilla de nouveau, le phénomène ressurgit, et de puissants esprits, particulièrement en France, se combattirent les uns les autres, à distance, parfois avec des conséquences mortelles. Plusieurs de ceux qui avaient conjuré ces puissances prirent peur et se réfugièrent dans la religion, où ils trouvèrent un asile sûr. D’autres sombrèrent dans leur propre malignité.

La femme qui, par méchanceté ou manie de dominer, joue avec les sentiments d’un homme ne reste pas impunie. La coquette qui éveille la jalousie est souvent punie par la jalousie, c’est-à-dire qu’elle est obsédée par la pensée que l’homme aime une autre femme, et l’on dit que c’est là un tourment de l’enfer. C’est pourquoi il est bien connu qu’on ne doit pas badiner avec l’amour !

Sorcières

Swedenborg croyait aux sorcières, parce qu’il en avait vu, et j’y crois également, car j’en ai connu.

Une sorcière est une femme dont l’âme peut quitter le corps par un acte de la volonté. Elle peut conduire son âme auprès d’hommes, la nuit, et leur donner l’illusion (aussi complète que la réalité) d’une étreinte. C’était le Succube ou l’Incube du moyen-âge, tel qu’il apparaît dans le Faust de Goethe, première partie, et c’est ce que l’auteur de la Magie au moyen-âge [Viktor Rydberg. NdT] ne put jamais comprendre, car il vivait dans la chair.

J’ai connu, il y a des années, à l’étranger une sorcière, sans comprendre à qui j’avais affaire. Elle pouvait agir sur mes sens de sorte que je visse des choses qui n’existaient pas ; elle pouvait me hanter à sa guise ; quand elle était en colère contre moi, elle était capable de m’inspirer des pensées suicidaires ; elle avait le pouvoir de susciter en moi toutes sortes de sentiments, elle s’allongeait et pensait à des cadeaux, à l’argent qu’elle voulait, de façon que je ressentisse l’impulsion de satisfaire ses désirs inexprimés.

Swedenborg parle de femmes vicieuses qui deviennent des enchanteresses. « Elles inspirent à ceux qu’elles haïssent la pensée de les tuer, car elles savent qu’elles ne peuvent mourir ; ensuite, elles répandent le bruit que ce sont des assassins. »

« En Enfer, le plus grand plaisir de leur vie consiste à faire souffrir, par des moyens inconnus dans le monde grâce auxquels elles savent inspirer les sentiments les plus profonds, exactement comme si elles avaient un corps. »

Afin que le lecteur n’aille croire que tout cela n’est qu’imagination, je vais raconter ce qu’une sorcière m’a dit elle-même, car j’ai connu plusieurs sorcières.

Un jour que le vin lui avait délié la langue, je lui demandai : Comment vous y prenez-vous ? – Eh bien, je m’allonge et je pense…

Je marchais dans la rue avec une sorcière quand nous vîmes au loin une dame essayer en vain de monter sur sa bicyclette.

– Non, tu ne monteras pas avant que je l’aie voulu, murmura ma sorcière.

La dame redoubla d’efforts quelques instants.

– Allez, monte, maintenant ! dit la sorcière, en détournant la tête. Au moment même, la dame était en selle.

Elle avait aussi le mauvais œil, c’était une jettatrice, elle apportait avec elle accidents et malheurs, était bien sûr cruelle et voluptueuse, cela va ensemble.

Elle était affreusement laide mais pouvait altérer les sens de façon à paraître belle, bien que cela ne lui fût pas possible avec tout le monde ni tout le temps. À quarante-trois ans elle pouvait à l’occasion donner l’illusion d’en avoir dix-sept.

Je reconnais que la plupart des femmes possèdent ce pouvoir, qu’on appelle leur charme ou séduction, et qui peut complètement priver un homme de sa raison.

Certaines jeunes femmes, découvrant ce don dangereux, en abusent par pure inconscience ; mais d’autres agissent sur commandement, sous la contrainte, et sont protégées dans leur affreuse mission, qui est de punir les hommes sans Dieu.

C’est pourquoi l’impie est sans défense face à une furie ; cela a conduit certains esprits peu profonds à parler et à écrire du pouvoir des femmes. En réalité, la femme n’a de pouvoir que sur l’impie.

– Tu n’aurais pas de pouvoir sur moi, si tu ne l’avais reçu d’en haut !

Contre une sorcière il n’y a qu’un sauveur : notre Seigneur, le Dieu vivant !

*

Au cours des procès de sorcières, il arrivait souvent que des femmes se dénonçassent d’elles-mêmes et demandassent à être brûlées. Ces femmes avaient certainement étaient conduites par la curiosité ou l’inconscience, et après avoir appelé l’être maléfique et l’avoir reçu dans leur corps, elles virent que le bûcher serait le seul moyen d’en être délivrées.

Il y a encore sept ans, je lisais dans un journal l’histoire de sorcières qui, à Lima, demandèrent à être immolées.

Jeunes femmes, utilisez, mais pour le bien, le pouvoir que Dieu vous a donné ; si vous en abusez, par manie de dominer, méchanceté ou volupté, vous pouvez vous attendre à la folie ou à la mort !

*

Un homme avait soumis son âme à une femme mauvaise. Il la haïssait mais, parce qu’elle possédait son âme, celle-ci n’était plus en son pouvoir. Et il prenait ce désir de recouvrer son âme pour de l’amour. Ils se séparèrent. Et chaque fois que la sorcière déplaçait ses sentiments sur un autre homme, il devenait libre.

Quand elle remarqua, enfin, qu’il devenait libre, elle enragea. Elle voulait à la fois posséder son amant et torturer l’autre. Elle était face à un dilemme. L’homme ne voulait pas la perdre, elle jeta donc ses sentiments sur lui, télépathiquement, car c’était une sorcière. Mais dès lors il n’y avait plus de place pour l’amant, elle ne pouvait le « posséder » car il était neutralisé.

Alors elle imagina une intrigue satanique : par le biais de son âme, elle réunit les deux dans une union interdite. L’homme séparé d’elle le sentit et, pour échapper au péché, se tira une balle !

La question se pose : une telle femme ne méritait-elle pas le bûcher ?

Et cet homme n’avait-il pas le droit de se tuer, alors qu’il ne pouvait pas autrement échapper au péché, dont il avait horreur ?

Septembre 2013