Category: Français
Bobby le chewing-gum
Une fable écologique
Daniel Préjean, président-directeur général des laboratoires Neurobulle, était un homme intègre et rien ne permet de penser que l’éthique fût en cause lorsqu’il accepta d’offrir à Guillaume, le cousin de sa belle-sœur, un stage dans sa florissante entreprise high-tech. Guillaume était tout de même un cas. Il n’est pas nécessaire pour notre histoire de présenter son CV, car Daniel Préjean lui-même donna son assentiment sans y avoir jeté un œil. Bonnard, le sous-directeur, lui trouverait une occupation de secrétariat ou autre ; c’était là le plus délicat – trouver à ce garçon quelque chose à faire – et Bonnard était l’homme de la situation.
Guillaume trouvait tout de même le temps très long dans ces bureaux blanc cassé, où lui-même comprit que son allure négligée faisait tache. De la prise de conscience à une décision en conséquence, il y a cependant un pas que sa réfractaire juvénilité ne lui permit de franchir. Il déambulait dans les couloirs, pour le plus grand scandale des employés mais sans que personne n’osât rien dire car, lorsque le directeur était présent, il louait haut et fort ses initiatives, comme il appelait les errances nonchalantes du garçon.
Les laboratoires Neurobulle étaient en étroites relations avec l’armée et le ministère de la défense et de la destruction massive, en raison de ses recherches de pointe dans différents domaines du transhumanisme stratégique. Ses ingénieurs travaillaient notamment sur la genèse de neurones miroirs révolutionnaires ainsi que sur les transferts de données synaptiques vers des supports électroniques et biologiques.
On ne sait comment Guillaume put un jour pénétrer, sans que personne l’accompagnât, dans le laboratoire le plus « secret défense » de toute l’installation, avant que l’alarme retentît et que le personnel de surveillance se ruât sur lui. Le gardien en chef, Muzot, voyant qu’il s’agissait de Guillaume, arrêta ses hommes. Guillaume retira ses oreillettes, car il était alors en train d’écouter un MP33, et demanda aux gorilles ce qu’ils voulaient. Muzot s’excusa de déranger M. Guillaume mais si M. Guillaume voulait bien le suivre il le reconduirait dans les parties du laboratoire où, en tant que membre non accrédité, il était libre d’aller et venir.
M. Guillaume les suivit. Lorsqu’ils eurent le dos tourné, il s’empressa de reprendre le chewing-gum que la surprise causée par l’irruption des agents de sécurité lui avait fait tomber de la bouche dans un pot de gelée neuromorphogénique couleur groseille dont il avait soulevé le couvercle. Il se remit à le mastiquer mais le goût que celui-ci avait pris en plongeant dans la mixture lui fit aussitôt cesser ce mouvement masticatoire qui imprégnait sa salive d’une saveur répugnante.
Bonnard demandant qu’on fît passer Guillaume à la douche carbonique, comme prévu par le protocole de sécurité, celui-ci pénétra dans le caisson où il se fit fumiger une minute ou deux. Puis Bonnard lui dit qu’il disposait de son après-midi.
Sur le chemin du retour, Guillaume jeta son chewing-gum au premier coin de rue. Du fait qu’il avait cessé de mâcher, personne ne s’était rendu compte qu’il avait un chewing-gum dans la bouche, et du fait qu’il ne souhaita pas le cracher dans les bureaux avant sa douche carbonique, personne ne sut non plus qu’il ramenait du secteur « secret défense » un chewing-gum. Et comme, enfin, il n’ouvrit pas la bouche tout au long de la procédure, car il n’avait pas l’habitude de répondre aux employés du laboratoire, et surtout pas à Bonnard, personne ne se douta de rien.
Le lendemain, Guillaume était trouvé mort dans son lit. Son cerveau, triplant de volume pendant la nuit, avait fracturé le crâne, créant une hémorragie fatale, et s’était répandu à l’air libre. Les médecins légistes furent incapables de déterminer la cause de l’accident.
Ce fut une terrible épreuve pour Daniel Préjean et sa belle-sœur. Bonnard comprit que l’accident était lié à l’intrusion de Guillaume dans le secteur « secret défense » du laboratoire et décida d’en informer son directeur. Celui-ci promit à Bonnard qu’il lui ferait payer sa négligence mais lui demanda auparavant d’éclaircir les faits afin de trouver les moyens d’écarter tous soupçons. Bonnard avait déjà demandé aux employés témoins de garder le silence ; chacun comprit, après la mort du jeune homme, que la consigne était renouvelée et renforcée.
En procédant à l’examen des vidéos ultrasecrètes du secteur confidentiel, Bonnard comprit par où les employés de la sécurité et lui-même avaient pêché. Il vit Guillaume cracher un chewing-gum dans la gelée neuromorphogénique en prolifération puis le remettre dans sa bouche. La douche carbonique n’avait pas suffi à interrompre le processus dans les particules entrées dans sa bouche, qu’il avait tenue fermée tout du long, et le processus avait été conduit à son terme au cours des heures suivantes. Bonnard rédigea une note demandant d’ajouter au protocole de sécurité, après la douche carbonique, un bain de bouche, que les employés excédés par l’alourdissement du protocole surnommèrent entre eux le « bain de bouche Guillaume ».
Cependant, un autre phénomène devait échapper à l’attention de Bonnard. Le chewing-gum que Guillaume avait recraché une fois sorti de l’établissement était imprégné des tissus neurogènes expérimentés par les laboratoires Neurobulle. Or il semble qu’un phénomène inattendu se soit produit alors et que la gomme ait servi de terrain propice à l’activation de réseaux de neurones, car il est indubitable qu’au cours de cet incident la conscience vint au chewing-gum.
Et avec elle, la volonté de puissance.
*
Puisque nous avons désormais affaire à un être doué de conscience et donc de personnalité, il convient de lui donner un nom. Comme ce chewing-gum provenait d’un lot à la menthe verte de la marque Bobby Gum, nous l’appellerons Bobby.
Selon les apparences, pour le passant qui aurait regardé sans le voir cet informe caillot verdâtre sillonné d’arabesques baveuses, Bobby n’était qu’un insignifiant spécimen de ces quelque 800.000 ou 900.000 tonnes de gomme à mâcher jetées en dehors d’une poubelle chaque année dans le monde. Je ne sais, lecteur, si tu trouveras ce chiffre confirmé de ton côté ; je l’ai calculé à partir d’une estimation d’un million de tonnes métriques de chewing-gum produites par l’industrie chaque année et de la proportion avancée par certains de 80 à 90 % de chewing-gums consommés qui ne sont pas jetés dans une poubelle.
Voilà donc, cher lecteur, ce qu’aurait été Bobby pour toi si tu l’avais croisé ce jour-là dans son caniveau. Marchant sur le trottoir, au moins n’aurais-tu pas craint en le voyant de te le coller à la semelle, d’où l’enlever proprement demande des efforts incroyables, et je me fais la réflexion que tu aurais peut-être même remercié mentalement le consommateur de ce chewing-gum pour l’avoir jeté non pas sur le chemin des gens mais le long du trottoir, où en principe personne ne marche. Le cynisme des uns doit être mis en balance avec le civisme des autres. Cela dit, il m’est arrivé un jour d’écraser un chewing-gum dans un caniveau, pour avoir cédé le passage à une grand-mère avec son caddie ; mais c’est une autre histoire, comme le jour où je m’assis sur une banquette de métro où quelqu’un avait écrasé son chewing-gum et où, ne connaissant pas la méthode pour sauver les textiles d’une gomme à mâcher, je perdis un jeans (il faut, me dit Marjorie entretemps, se servir d’un glaçon).
Or Bobby était un être pensant. Ses neurones se concertèrent dans un premier temps pour muter une partie d’entre eux en cellules photoréceptives et autres terminaisons nerveuses afin de créer une interface avec le milieu. Je ne saurais dire exactement de quelle façon Bobby voyait, ni s’il distinguait un aussi large spectre de couleurs et d’ondes mécaniques que l’œil et l’oreille humains, mais toujours est-il que Bobby était aussi un être sentant.
Sentant et pensant, Bobby comprit qu’il existait. Le monde lui donna tout d’abord le vertige, et la crainte du danger lui fit prendre conscience, par l’observation de ses réflexes, qu’il était capable de déplacer son corps. Il admira la faculté de reptation qui était la sienne et qu’il pouvait contrôler. Cependant, remarquant que l’un des passants à la taille cyclopéenne qui le dépassaient à intervalle régulier, se retourna et le fixa des yeux un moment alors qu’il se mouvait, contrairement aux autres passants lorsqu’il était immobile, il jugea préférable de ne pas attirer l’attention et s’immobilisa de nouveau. Le passant reprit alors son chemin ; ce n’était pas la première fois que ce dernier, à la psychologie duquel nous devons nous intéresser un bref instant, croyait voir quelque chose là où il n’y avait rien, comme quand il avait vu un énorme pénis en érection dans une anodine publicité pour de la crème solaire.
Bobby attendit que la rue se vidât de monde, avec la nuit, pour reprendre son activité exploratoire. Un chien lui causa une frayeur extrême. Bien qu’il s’immobilisât dès qu’il aperçut la créature approcher, celle-ci n’en avait pas moins grondé de manière terrifiante en voyant un chewing-gum se mouvoir. Après quelques instants d’immobilité de la part de Bobby, le chien s’éloigna, et, remis de ses émotions, Bobby poursuivit son chemin.
Il ne se passa pas longtemps avant qu’il rencontre un autre spécimen de son espèce, à savoir une gomme crachée et comme incrustée dans le bitume du caniveau par une longue station et quelques écrasements. En l’apercevant, Bobby sentit son cœur battre – façon de parler – car, depuis qu’il existait, il sentait le poids de la solitude. Ce n’est pas de l’anthropomorphisme : il ressentait vivement le fait d’être seul, même si c’est difficile à croire, et attendait donc beaucoup de cette rencontre. Or ce congénère ne répondit à aucune de ses approches et sollicitations. Au bout d’un moment, il se dit qu’il était mort. Mais tous les chewing-gums étaient morts; il était seul au monde. Lorsque cette pensée tragique le pénétra, il tomba éploré sur le corps inerte et desséché d’un énième chewing-gum.
C’est alors qu’un phénomène étrange se produisit. En serrant contre son cœur affligé le cadavre du chewing-gum qui aurait pu devenir son ami, Bobby fusionna avec lui. Le réseau neuronal qui lui servait de conscience contrôlait ainsi un Bobby deux fois plus grand – pas tout à fait deux fois, en réalité, car si le nouveau chewing-gum était bien de la même taille que Bobby, il se perdit un peu de masse au cours de la fusion en raison de la dépense d’énergie nécessaire.
Bobby répéta l’opération avec chaque chewing-gum qu’il rencontrait.
*
C’est ainsi que Bobby acquit rapidement une taille tout à fait anormale pour un chewing-gum. Seule la relative lenteur de sa reptation freinait quelque peu son désir inextinguible de croissance. Par ailleurs, il ne se déplaçait qu’aux heures les plus abandonnées de la nuit, quand même les rues qui ne dorment jamais sont tout de même somnolentes. Le jour, il se trouvait un abri, derrière des poubelles, dans des impasses non fréquentées, sous des journaux… Cela n’empêchait pas quelques surprises. Les clochards et les rats étaient sa principale préoccupation. Les rats apprirent vite à ne pas approcher car, fatigué de leur curiosité hostile, il tuait par étouffement ceux qui venaient l’examiner. Ni leurs griffes acérées ni leurs dents pointues ne pouvaient rien contre Bobby, qui n’avait qu’à se soulever et se laisser retomber sur la vermine pour que celle-ci, ensevelie et paralysée sous sa masse, fût asphyxiée en quelques instants.
Quant aux clochards qui croisaient Bobby au cours de sa collecte nocturne de chewing-gums, ou qui le dérangeaient le jour car fréquentant les mêmes lieux isolés, ils n’en pouvaient croire leurs yeux. La plupart n’interprétaient pas autrement cette rencontre que comme une vision nouvelle et particulièrement sinistre de delirium tremens, mais certains avaient l’audace de chercher à s’assurer que Bobby n’était pas un produit de leur imagination. Avec ceux-là il procédait comme avec les rats, et la police eut bientôt sur les bras plusieurs cas non élucidés de morts de SDF par écrasement de la tête ou étouffement.
Cependant, Bobby devenait trop grand pour pouvoir se cacher en plein jour. Déjà des rumeurs circulaient sur l’existence d’une mystérieuse créature semblable à celle de l’un des films de la franchise Le Blob. Des sociologues éminents écrivirent des articles profonds sur les origines de cette légende urbaine.
Cela ne faisait pas les affaires de Bobby, qui se cacha désormais dans les égouts, conquis sur des hordes de rats, dont certains géants. Mais même dans ce labyrinthe nauséabond il n’était pas assuré de ne jamais rencontrer d’humains. En particulier, le personnel municipal venait l’y déranger et déplora plusieurs disparitions en quelques jours. Les syndicats furent alors tentés de propager la rumeur.
Bobby haïssait l’humanité. Il avait observé que les hommes exploitent les chewing-gums pour une jouissance orale immonde, avant de les recracher sans vie. Cette cruauté le révoltait. Lors de ses sorties nocturnes, désormais il ne recherchait plus seulement des chewing-gums mais aussi des noctambules, pour les assassiner. Plusieurs réussirent à lui échapper et leurs témoignages hystériques concordants nourrirent la légende urbaine. L’attitude exemplaire des médias, gardant le silence le plus absolu sur ces faits, prévint un mouvement de panique générale. En même temps, les habitants de certains quartiers remarquèrent que les rues étaient entièrement nettoyées de chewing-gums et se félicitèrent naïvement du changement de majorité municipale.
Bobby découvrit qu’il était doté d’un pouvoir de télékinésie : au lieu d’avoir à se rendre auprès des chewing-gums, il pouvait les faire venir à lui comme un aimant. D’abord de faible ampleur, ce pouvoir grandit prodigieusement et Bobby décida un jour d’appeler à lui tous les chewing-gums de la ville.
Il se trouvait dans les égouts quand il se concentra mentalement. Tous les chewing-gums crachés sur les trottoirs, collés contre les murs, écrasés sur les bancs publics et les sièges des trains, tout comme les rares chewing-gums jetés dans des poubelles, tous chewing-gums sortis de leur emballage, consommés et abandonnés à plusieurs kilomètres aux alentours répondirent à l’appel. Ils se décollaient et volaient dans les airs comme des balles de pistolet pour aller se fondre dans la masse de Bobby. Aucun obstacle ne les arrêtait. Corps, voitures, vitrines étaient traversés de part en part par les caillots plus ou moins secs transformés en projectiles meurtriers. Certains pénétraient les murs où ils creusaient des tunnels avec une rage de perceuses électriques, n’entendant que l’appel de Bobby. On aurait dit qu’une mitrailleuse géante avait ouvert le feu sur la ville ; les corps sautaient en l’air dans des nuages de sang, les vitrines explosaient de tous côtés, les voitures entraient les unes dans les autres, écrasaient les foules comme des troupeaux d’éléphants furibonds ou défonçaient les immeubles dans un fracas de tous les diables.
La ville était en ruine. Bobby, colossal, sortit à l’air libre en défonçant le bitume.
*
Le Président de la République Eugène Pinard avait de nouveau réuni l’état-major de l’armée.
« Madame, messieurs, il est grand temps de détruire cette chose. »
Silence. Les attaques aériennes et bombardements n’avaient eu aucun effet sur Bobby.
« J’écoute vos propositions. »
Le maréchal Dandin prit la parole :
« Cette chose, monsieur le Président, est un chewing-gum de plusieurs milliers de tonnes, et quand on sait la difficulté de se débarrasser d’un chewing-gum ordinaire… »
Le lecteur se souvient que j’ai donné plus haut le secret pour se débarrasser d’un chewing-gum sur du textile : un glaçon. Le secret fut communiqué à l’état-major, qui proposa par conséquent d’attaquer Bobby au canon à glace. On déploya les troupes d’élite. Un grand nombre de ces valeureux soldats périrent au milieu du déluge de projectiles de gomme à mâcher qui pleuvaient sur eux, d’autres furent balayés par les pseudopodes que Bobby lançait à partir de son corps élastique, mais nos troupes tinrent bon et confirmèrent que Bobby était bien sensible à la glace. Elle en réduisait la taille ! Tout espoir n’était donc pas perdu. Les canons à glace ne furent cependant pas suffisants pour triompher lors de ce premier assaut, en particulier parce que Bobby se reconstituait par l’afflux de nouveaux chewing-gums, qui volaient à son secours.
La coopération internationale se mit en place sans tarder. Dans tous les pays on ramassa et brûla les chewing-gums autant qu’on put, afin d’empêcher Bobby de grandir. La production et la consommation de chewing-gums furent strictement interdites à l’échelle mondiale. Des convois de glace furent envoyés sans discontinuer vers nos ports depuis les usines frigorifiques du monde entier. Mais Bobby était un adversaire redoutable : il devenait de plus en plus difficile d’en approcher les canons à glace suffisamment près. Bien qu’on eût fait le maximum pour supprimer tous les chewing-gums, il ne cessait de se déplacer, et avec lui le périmètre de son pouvoir télékinétique, pour appeler de nouveaux chewing-gums, parvenant ainsi à compenser les dégâts que les canons à glace lui causaient. Ses déplacements s’accompagnaient d’exodes massifs de population, et lorsqu’il traversait une ville celle-ci gardait la trace de son passage comme un champ de blé celui de la moissonneuse. Le chaos régnait sur la terre.
On décida de pilonner le chewing-gum géant à coups de missiles intercontinentaux remplis de glace mais les quantités étaient à peine suffisantes et même après des centaines et des milliers de missiles et de fusées Bobby continuait d’avancer, sans réduction notable de sa taille. Beaucoup de missiles tombaient sur des civils, mal dirigés dès le départ ou balayés dans le ciel par les tentacules de Bobby comme autant de balles de tennis par des raquettes géantes. L’Amérique ne cessa pas pour autant de le pilonner, considérant que tout ce qui pouvait être fait devait l’être – et par ailleurs ce n’était pas mauvais pour l’industrie américaine.
On congela des kilomètres de sol autour de lui mais le réchauffement climatique des décennies précédentes ne permettait pas à la glace de tenir sans être en permanence renouvelée, et Bobby s’y opposait : ses attaques faisaient fuir les escadrons cryogéniques. Tout cela ne menait à rien. Les obstacles matériels, murailles, tranchées, champs de mine et autres, n’étaient d’aucune utilité.
Eugène Pinard comprit que l’heure était grave.
« N’y aurait-il pas moyen d’amener cette chose au Pôle sud ? » demanda-t-il au maréchal Dandin.
– Je suis d’avis que c’est nous qui devrions nous rendre au Pôle sud, pour y réfléchir aux moyens de contrecarrer ce chewing-gum, » répondit le maréchal.
Le président et ses proches établirent leurs quartiers en Antarctique. Quand Bobby traversa l’océan en vue de ravager l’Amérique, les dirigeants du monde entier les rejoignirent. Bobby en Amérique avait, malgré les mesures prises, décuplé en taille. Comme au temps de la prohibition de l’alcool, les Américains avaient toléré la production clandestine de chewing-gum.
*
Dans le monde post-apocalyptique que nous décrivons, le globe est défiguré par une grosse tache verdâtre dont les mouvements imprévisibles déterminent les migrations de populations retournées à l’état nomade. Bobby est désormais grand comme l’Allemagne. Grâce à son élasticité, il peut recouvrir un cinquième de la surface du globe en quelques instants, mais alors il craque, par son milieu ou par l’un des côtés, ce qui n’a d’ailleurs guère de conséquences sur sa santé. Sa masse corporelle est désormais stable car il a fusionné tous les chewing-gums disponibles sur la terre.
La civilisation sédentaire n’est possible qu’aux pôles et dans les glaciers des chaînes de montagne. Alors que les populations nomades ont très rapidement perdu les acquis de la technologie en raison de leur existence précaire, l’humanité civilisée a organisé dans l’urgence une fuite des cerveaux vers l’Antarctique pour y constituer une base de survie et développer les moyens de détruire Bobby. Ces installations sont pour la plupart souterraines, pour éviter que Bobby ne lance des pseudopodes vers l’Antarctique et les balaie. Une ceinture de canons à glace a également été établie sur le littoral du continent.
Les scientifiques réunis dans ce dernier bastion ne pensaient qu’à une seule chose : détruire Bobby. Après quelques décennies de tâtonnements et de tentatives infructueuses d’attaque directe, on décida de mobiliser l’ensemble des moyens sur un projet de glaciation artificielle de la terre. Les scientifiques devraient modifier le climat afin de recréer une nouvelle ère de glaciation à l’échelle planétaire.
Pendant ce temps, les populations nomades semblaient vouées à une complète disparition à plus ou moins brève échéance. Cette situation désespérée détermina une tribu, les Gommariens, à tenter de s’assurer les bonnes grâces de Bobby. Un des leurs, une espèce de shaman post-apocalyptique, collectait diverses herbes et racines que les passages de Bobby n’avaient pas complètement détruites et s’en servait pour composer des remèdes. Il collectait notamment de la gomme : gomme de sapotillier, gomme d’acacia, gomme de guar, galbanum, oliban, opoponax…, tout ce qu’il trouvait. C’est alors qu’il eut l’idée de fabriquer du chewing-gum car les légendes de sa tribu racontaient que le grand crachat vert qui empoisonnait la terre et l’existence des hommes était parvenu à sa taille actuelle par la fusion de tous les chewing-gums terrestres ; sans doute serait-il reconnaissant aux hommes s’ils lui faisaient des offrandes de gomme à mâcher.
C’est ainsi qu’avec l’aide de toute la tribu il fabriqua de manière artisanale une importante quantité de chewing-gum à sacrifier. Puis ils marchèrent sept semaines jusqu’à Bobby et le moment venu, en prononçant force paroles propitiatoires, ils déposèrent leur offrande non loin du bord de cette mer de chewing-gum. Bobby absorba par télékinésie la gomme à mâcher ; c’était une goutte d’eau dans l’océan de sa masse molle mais il comprit que ces hommes se proposaient de fabriquer du chewing-gum pour lui et décida de favoriser leur entreprise, ce qui lui permettrait de grandir jusqu’au jour où il pourrait lancer une attaque décisive contre les Antarctidiens. Il lancerait des milliers de pseudopodes pour défoncer le sol de l’Antarctique et faire s’écrouler le continent sur ses ennemis. Ce qu’il fallait, c’était établir une base industrielle qui produirait suffisamment de chewing-gum pour compenser les pertes de masse corporelle occasionnées par des attaques en continu contre l’Antarctique.
Sous la protection de Bobby, la tribu des Gommariens se sédentarisa, plantant des milliers d’hectares de champs de gomme et construisant des usines. Dans le même temps, les autres tribus nomades étaient réduites en esclavage pour travailler dans ces champs de gomme et ces usines. Une nouvelle civilisation vit le jour. Les Gommariens ne se posaient pas la question de savoir ce qu’il adviendrait d’eux une fois que Bobby aurait détruit les Antarctidiens : ils avaient échappé à la précarité de leur passé nomade et cette considération suffisait à leur présent. Certains prêtres commençaient toutefois à concerter secrètement la mobilisation de quelques-uns des nouveaux moyens offerts par leur civilisation pour développer des armes contre leur dieu.
Les Gommariens ne cessaient de le pourvoir en gomme, c’est-à-dire dans la mesure où les Antarctidiens le leur permettaient, car ceux-ci s’étaient bien sûr avisés, par leurs espions, de ces nouveaux développements et menèrent dès lors de continuelles opérations de sabotage contre la production de chewing-gum. Ces opérations étaient conduites par les brigades Eugène Pinard à l’efficacité redoutable, nommées en mémoire du grand homme qui avait conduit le monde libre en Antarctique. En représailles, les Gommariens entreprirent plusieurs guerres d’invasion des territoires antarctidiens.
En d’autres termes, il s’agissait d’une course contre la montre entre deux projets industriels, le premier qui serait mené à bien devant détruire l’autre : le plan de glaciation des Antarctidiens contre l’industrie du chewing-gum des Gommariens. Tant que dura le conflit, Bobby grandit et, de leur côté, les Antarctidiens étendaient les poches de glace existantes à partir des pôles et des chaînes de montagne aux neiges éternelles, ce qui accroissait les zones d’activité de la civilisation antarctidienne. De manière secrète, des émissaires des uns et des autres tentaient également des négociations pour une alliance contre Bobby.
La civilisation antarctidienne était en bonne voie de l’emporter mais, malheureusement, un astéroïde entra en collision avec la terre et y détruisit toute forme de vie humaine et animale. Bien que de la glace se trouvât sur l’astéroïde, elle fut en grande partie vaporisée par la friction entre les deux corps célestes avant l’impact, et par l’impact lui-même, et Bobby n’en pâtit que fort peu.
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Nous voilà, cher lecteur, à la seconde apocalypse de cette histoire, mais quel intérêt pourrais-tu trouver à un monde post-apocalyptique où ne subsiste aucune trace de vie humaine, seulement Bobby ?
Or il existe dans l’espace des planètes aux conditions comparables à celles de la terre et habitées par des extraterrestres peu différents de nous (mêmes causes, mêmes effets). Bobby décida de passer à l’attaque car il n’avait pas rassasié sa soif de vengeance envers tout ce qui ressemble aux hommes persécuteurs de gomme.
Une caractéristique de son réseau neuronal, à la suite de sa croissance par agrégation de gomme, était la suivante. Bien que Bobby ne disposât pas d’un centre de commande comparable au cerveau des mammifères, sa conscience n’était pas également répartie dans tout le corps. Ainsi, quand une partie de lui-même se détachait, on ne se trouvait pas tout à coup en présence de deux Bobbies autonomes. L’une de ces parties était Bobby et l’autre un chewing-gum inerte. Il lui suffisait alors d’exercer son pouvoir télékinétique ou d’entrer de nouveau en contact avec cette partie inerte pour la réintégrer. Or ce n’était pas nécessairement la partie la plus volumineuse des deux qui était Bobby – un fait que les Antarctidiens, s’ils en avaient eu connaissance, aurait pu exploiter dans leur lutte pour la victoire.
C’est cette faculté qui permit à Bobby de voyager dans l’espace. Il lançait en direction des étoiles un pseudopode aussi loin que possible, jusqu’au déchirement. Lorsque ce pseudopode coupé de la masse et flottant dans l’espace était Bobby, il attirait à lui par télékinésie le chewing-gum inerte resté en arrière. Il répétait ensuite l’opération. Il arrivait quelques fois que le pseudopode envoyé en avant n’était pas Bobby et il devait donc le rappeler à lui et recommencer, mais cela n’arrivait pas souvent car Bobby disposait d’un sens interne spécial qui lui donnait à connaître quelle serait la partie qu’il occuperait après segmentation. Le voyage n’était pas des plus rapides mais Bobby avait le temps.
Quand on sait que la glace d’eau est le solide le plus abondant de l’univers, on comprend toutefois que ce n’était pas gagné pour Bobby. Je ne sais trop comment il traversa la zone glacée au-delà de Pluton et avant le vide interstellaire, mais toujours est-il qu’il y parvint, quoique diminué. C’est alors qu’il finit par se dissoudre complètement, car le vide interstellaire, loin d’être vide, est en fait saturé de cristaux de glace, et le temps qu’il s’en rende compte il était trop tard…
Juin 2017
L’Occulte touareg / Tuareg Occult
Sur le modèle de notre glossaire malais (I & II), sont ici réunis des vocables tirés du Dictionnaire touareg-français de Karl-Gottfried Prasse, Ghoubeïd Alojaly et Ghabdouane Mohamed (Museum Tusculanum Press, Université de Copenhague, 2003) qui nous semblent particulièrement intéressants pour la connaissance de la culture touarègue et en particulier de ses traditions occultes (ce glossaire n’est donc pas un recueil de termes usuels). Le dictionnaire utilisé se concentre essentiellement sur les dialectes touaregs parlés au Niger.
Nous classons les entrées dans l’ordre où elles apparaissent dans le dictionnaire, à savoir « par ordre alphabétique selon leur racine consonantique », l’alphabet utilisé étant le suivant :
b d (dy) ḍ (ṭ, ṭṭ) (ḍy) – f g ɣ (q, qq) – h k l m n (ŋ) – r s š t (ṭ) (ty) – w x y z ẓ ž pour les consonnes, et
a e i o u (longues) et ə ă (courtes) pour les voyelles,
ce qui ne correspond pas totalement à la transcription latine du touareg officialisée au Niger en 1999 (voir wikipedia « Touareg (langue) »). Les consonnes couvrant un point correspondent à l’emphatique en arabe ; le ɣ au ‘ayn (ﻉ), le x au ḥa (ﺡ), le š à sh (ﺶ) et le ž à dj (ﺝ).
Le présent glossaire étant un outil ethnographique plutôt que linguistique, nous omettons le pluriel des mots, sauf pour les noms de tribu où le pluriel est censé être le plus fréquent (la tribu des Băžubăletăn, les Idăberăn…). Nous renvoyons le lecteur intéressé par la langue et les aspects linguistiques à la source originale.
Quelques abréviations : ha. (le terme provient du haoussa), ar. (le terme provient de l’arabe), p.ext. (par extension).
Mes propres remarques sont entre crochets []. Les quelques photos ajoutées ne font pas partie du dictionnaire. Enfin, j’ai traduit chacune des entrées en anglais.
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The present glossary gathers several words/entries from the French-Tuareg Dictionary by Karl-G. Prasse et al. (2003) together with my English translation and a few personal remarks in brackets [].
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B
ăbogaz : cousin croisé (fils de tante paternelle ou d’oncle maternel) ; par extension (p.ext.), cousin en général. On estime que les soins d’un cousin croisé sont particulièrement propices au traitement de certaines maladies, par ex. la teigne.
A cross-cousin (son of a paternal aunt or daughter of a maternal uncle); by extension, a cousin in general. It is thought that nursing by a cross-cousin is particularly favorable to the cure of some ailments such as ringworm.
ăbagən : espèce de petit crocodile vivant dans les mares. [Ils vivent coincés dans les oasis depuis la désertification.]
A species of small crocodile living in ponds. [They have been stuck inside oases ever since the desertification of these areas.]
ăboɣəlli : mulâtre. Les iboɣăllităn des Kel-Ataram ont un statut un peu supérieur à celui des eklan (esclaves) noirs.
A mulatto. The iboɣăllităn of the Kel-Ataram have a status slightly higher than that of black eklan (slaves).
boká (ha.) : guérisseur traditionnel.
Hausa traditional soothsayer.
băllăwri, băllăwli : sorte de pierre rouge translucide (de la région d’Agadez) ; p.ext. anneau de doigt en băllăwri.
A sort of red translucent stone (from Agadez region); by ext. a finger ring made of this stone.
abăngor : morve séchée ; lambeau de peau desséché (qui pend au bord d’une plaie) ; p.ext. nègre (terme de dérision).
Dry snot; a shred of dessicated skin (hanging from the edge of a wound); by ext. a negro (derogatory term).
bori (ha.) : fait d’être possédé par les esprits ; esprit, génie ; homme possédé par les esprits ; sorcier (allié avec les esprits) [Le bori est la religion préislamique des Haoussas, qui subsiste encore de nos jours.]
Possession by spirits; spirit, ghost; person possessed by spirits; sorcerer (in league with spirits) [Bori is Hausa people’s pre-Islamic religion, which has subsisted to this day.]
səbbərəg : se vanter ; montrer sa plénitude (chamelle) ; faire semblant d’être pleine (chamelle).
To boast; to show off one’s pregnancy (she-camel); to pretend being pregnant (she-camel).
abărăybăray : « gorille » (il n’y a pas de gorilles en pays touareg, mais les Touaregs en connaissent l’existence ; pour eux c’est un monstre qu’on rencontre parfois en brousse. On dit qu’il provoque l’homme à la lutte au corps à corps ; s’il gagne l’homme reste mort ou fou, si l’homme gagne le monstre lui donne une bague magique source de grande richesse, mais si l’homme répond à l’appel de son nom la bague perd sa puissance (D. Sudlow).) [J’ai du mal à comprendre en quoi cette description d’une sorte de lutin ou de gnome de conte de fées est la preuve que les Touaregs connaissent l’existence des gorilles. Pourquoi traduire par « gorille » ce personnage du folklore ? Hypothèse : les Touaregs ont probablement donné le nom de cette créature de leur folklore au gorille pour quelque ressemblance dont ils auraient entendu parler, et que rien ne révèle dans la description du dictionnaire (si ce n’est que le gorille est réputé attaquer les gens ?).]
A « gorilla ». (There are no gorillas in the Tuareg country, but Touaregs know their existence. For them it is a monster that one sometimes meets in the bush. It is said that it engages in hand-to-hand fights with the individuals he comes across; if it beats the man the latter is killed or becomes mad, if the man beats the monster the latter gives him a magic ring that brings riches and wealth, but if the man answers to his name being called the ring loses its power.) [Why such a fairytale sprite or goblin proves that Tuaregs know the existence of gorillas is beyond my understanding. Tuaregs probably gave the gorilla the name of this creature of their folklore from some resemblance they heard about and we are not aware of from the description (unless it is because gorillas are said to attack people?].]
abăybăya : habitant noir de la côte (Togolais, Béninois etc.) ; p.ext. personne maladroite.
A negro dweller of the coast (Togolose, Beninese etc); by ext. a clumsy person.
buzu (ha.) : esclave noir des Touaregs (parlant touareg).
Black slave of the Tuaregs (speaking Tuareg).
Băžubăle / Băžubăletăn : ancienne tribu berbère aujourd’hui tout à fait négrifiée et parlant haoussa, vivant dans la région de Kéita-Tahoua.
An ancient Berber tribe that is entirely negrified today and speaks Hausa, dwelling in the region of Keita-Tahoua.
D
emud ən-ḍan : la fête des chiens (fête où l’on tue un chien/des chiens ; célébrée certaines années chez les Kel-Faday, surtout à Agadez).
Dog festival (during which one or more dogs are killed; it is celebrated on certain years by the Kel-Faday, above all in Agadez).
tədda : farine de mil mouillée ; mil mal pilé (c’est un moyen des femmes pour engraisser). [Voici ce qu’écrit notre Simone de Beauvoir nationale au sujet de la graisse chez les femmes touarègues : « Autrefois les chefs [touaregs] gavaient leurs épouses au point que, pour forniquer ces blocs graisseux, il leur fallait le secours de plusieurs serviteurs. Ces temps étaient loin. » (La Force des choses, 1963) La pratique existe toujours, à tout le moins parmi les populations nomades de Mauritanie, sous le nom arabe dialectal de leblouh. Cf. ɣăbbăt-əffəz pour plus ample discussion.]
Wet millet flour; badly crushed millet (used by women to fatten). [Simone de Beauvoir writes the following about Tuareg women: ‘In the days of old Tuareg chiefs used to fatten their wives so much so that, in order to copulate with these boulders of fat they needed assistance from several servants. Those days are over.’ The custom has survived at least among the nomadic populations of Mauritania, where it is known, in dialectal Arabic, as leblouh. See ɣăbbăt-əffəz for more details.]
tadbəq : bâillon de sevrage pour les veaux ; état de respiration retenue ou sortant avec difficulté ; silence prolongé et volontaire (d’une personne) ; sorte de maladie vénérienne (mortelle, empêche l’éjaculation du sperme).
A muzzle for wheaning calves; a state of restrained or difficult breathing; prolonged, volontary silence (said of a person); a venereal disease (lethal, impedes ejaculation of semen).
Edăber / Idăberăn : tribu, littéralement (litt.) les tourterelles. Les Idăberăn comptent parmi les tribus touarègues les plus anciennes. [Pourquoi ce nom de tourterelles ?]
Name of a tribe, meaning ‘the turtledoves,’ among the most ancien. [Where does the name come from?]
mədədəqqət : se taper l’un l’autre dans la main (pour se passer des messages secrets).
To clap each other’s hands (in order to communicate secret messages).
dagəmi (ha.) : sorte de bracelet magique (tube de cuir rouge empli de bourre de tagăyt [palmier doum] ; protège contre les morsures de serpent).
A magic bracelet (a tube of red leather filled with doum palm floss; protects against snake bites).
adoməni : substance somnifère sécrétée par le mil (sous forme de gomme).
A soporific substance secreted by millet (in the form of gum).
Dăw-Ṣăhak : litt. « les fils d’Isaac », la plus grande tribu d’origine juive du pays touareg ; parlent un songhaï mélangé de touareg ; entretiennent désormais des relations avec l’ambassade d’Israël.
Litt. ‘the sons of Isaac,’ the greatest tribe of Jewish origin in the Tuareg country; they speak Songhay mixed with Tuareg; now have relationships with the state of Israel’s embassy.
Ḍ
uḍu : météorite (étoile filante) ; son d’un aérolite qui tombe (selon la croyance populaire c’est la mort violente d’une étoile) ; le son du ăga n-aṃan (son sourd et prolongé qui se produit parfois dans l’atmosphère et dont l’origine est inconnue ; se produit surtout la nuit ; présage de pluie) ; coup de tonnerre en général.
A meteor (shooting star); the sound of a falling meteor (in popular belief that is the sudden death of a star); ăga n-aṃan sound (prolonged, dull sound that is sometimes heard in the atmosphere and which origin is unknown; occuring mostly at night, it portends rain); thunderclap in general.
Il semble que la citation suivante évoque ce phénomène de « son sourd et prolongé qui se produit parfois dans l’atmosphère et dont l’origine est inconnue » : « De bizarres bruits, dans le soir qui tombait à grands pas, venaient de naître autour de nous. Espèces de craquements, suivis de plaintes longues et déchirées, qui se répercutaient à l’infini dans les ravins environnants. Il semblait que la montagne noire tout entière se fût mise soudain à gémir. … Comme moi, il comprenait, sans doute : les rochers surchauffés, le craquement de la pierre, toute une série de phénomènes physiques, le souvenir de la statue chantante de Memnon. » (Pierre Benoit, L’Atlantide, 1919)
ḍan-tyărara (ha.) : homme atteint de diarrhée ; sorte de clown sale qui vagabonde et salit les gens de diarrhée (dans les régions peuplées du sud).
A man suffering from diarrhea; a kind of dirty clown that roams about and soils people with diarrhea (in the populous regions of the south).
asədəs : chirotonie (imposition des mains pour guérison).
Healing by imposition of hands.
F
Fəhen, Nəhen : pays fictif des génies (ălžăynăn [djinns]).
Land of the jinns.
Fakru : nom d’une chamelle légendaire qui donnait du lait à tout le monde jusqu’à sa mort ; aussi confondue avec la chamelle du prophète Salih (Coran VII,75). => emənɣi-n-Fakru, « tueur de Fakru », espèce de singe cynocéphale (Papio nigeriae), également appelé emətti-n-Fakru « mangeur de Fakru ».
Name of a legendary she-camel who was giving her milk to everyone until her death; also conflated with prophet Salih’s camel (Quran VII,75). ‘Killer of Fakru,’ ‘eater of Fakru,’ a species of baboon.
tăfaršit (ar. fârisiyya « la persane ») : sorte d’encens extrait d’une plante importée (pour chasser les démons).
‘The Persian,’ a kind of frankincense extracted from an imported plant (to chase demons).
G
gobəz (ha. ?) : diable, mauvais esprit.
A devil, an evil spirit.
găfăkka (ha.) : sachet à Qoran (en cuir/toile pour transporter le Qoran).
A purse for the Quran (in leather or canvas to carry the Quran).
aggəl : graisse fondue ; graisse d’autruche fondue (sert d’onguent contre les rhumatismes).
Molten fat; molten ostrich fat used as ointment against rheumatism.
əgəllul : homme capable d’invoquer les esprits.
A man able to summon spirits.
tagələllet : cercle, rond ; marque de propriété des Ifəqqar (forgerons marabouts) des Kel-Geres.
Circle, round; property mark of the Ifəqqar (marabout blacksmiths) of the Kel-Geres.
guma, təgumat (ha.) : homme possédé de génies => tende n-gumatăan : tam-tam exécuté pour guérir des possédés en les amenant à la transe.
A man possessed by jinns. => tende n-gumataan: tamtam played to heal the possessed by bringing them to a trance.
Gənbəya : nom propre de femme, litt. femme courtaude et grasse, ou fille de chef [cf. tədda : la citation de S. de Beauvoir, ɣăbbăt-əffəz]
A woman’s name, lit. little, fat woman, or chief’s daughter. [See tədda, ɣăbbăt-əffəz]
tagənnəgənt : manière spéciale de parler touareg, consistant à intervertir l’ordre ses sons dans chaque mot et à intercaler certaines syllabes supplémentaires (d’après certaines conventions), langage secret.
A special manner of speaking Tuareg consisting in inverting the order of sounds in each word and in inserting some more syllables (according to some convention), secret language.
ăgar : espèce d’arbre non épineux (dégage une mauvaise odeur en brûlant) (Maerua crassifolia). L’ăgar est réputé être habité par les génies ; on évite de s’installer à son ombre sans avoir donné d’abord dans son tronc quelques coups de hache qui chassent les génies. Sa fumée est dangereuse et peut rendre aveugle. Les femmes en retraite visitent parfois un ăgar pour se décharger sur lui des obligations d’abstinence devenues trop lourdes.
A species of non-thorny tree (gives out a bad smell when burning). It is reputed to be the dwelling-place of jinns; people avoid sitting under it without having struck its trunk several times with an ax before in order to chase the jinns away. Its smoke is dangerous and can make one blind. Retreating women sometimes pay a visit to an ăgar to discharge themselves of abstinence obligations that have become too heavy.
agəru : grenouille ; crapaud ; espèce de croix en or ou argent portée par les femmes touarègues dans la coiffure (symbolise la fécondité ; bijou de noces traditionnel).
Frog; toad; a sort of cross made of gold or silver and borne by Tuareg women on their head (a symbol of fertility; traditional wedding gift).
Ăgori / Igorităn : Noir/nègre de la forêt vierge (de Nigeria etc.) (ne se dit pas des Noirs avec lesquels les Touaregs sont en contact quotidien).
A negro of the forest (Nigeria etc) (not used for black people whom Tuaregs meet daily).
ămăggerše : jeteur de sort par le mauvais œil. => oh əməggerši! exclamation servant à parer l’effet fâcheux d’une louange (en effet, les louanges trop ouvertes sont incorrectes).
A wizard with the power of evil eye. => oh emeggershi! An interjection which aims at warding off the unfortunate effect of a praise (excessive praises are deemed indecorous).
tagărăyyat : espère de lézard (jaune à traits noirs, puant ; les enfants le soupçonnent de téter les chèvres). [Cf. takəzukəzt]
A species of lizard (yellow with black stripes; foul-smelling; children believe that it sucks the goats.)
agəs : danser avec la tête et les mains (en position assise).
To dance with the head and hands while sitting.
təgəyye n-Yăḷḷa, tan-Yăḷḷa : goître. On dit que Dieu afflige d’un goître celui qui se parjure.
A goiter. It is said that God punishes perjury with goiter.
tagăzot : panse (des ruminants) => imawăn ən-tăgăzot : partie antérieure de la panse, « herbière » (revient aux forgerons).
Rumen. => imawan en-tagazot: forepart of the rumen (reserved to the blacksmiths).
igăzan : divination par des points faits sur le sable, géomancie.
Divination by making points on the sand.
agăzzăram : fouette-queue (espèce de lézard). Les Ouelleminden Kel-Ataram regardent ce lézard comme un génie.
A species of lizard considered by the Kel-Ataram to be a jinn.
Q
ɣăbbăt-əffəz : fait de prendre une bouchée et de la mâcher longuement ; gavage (d’une femme qu’on gave avec du lait à l’aide d’un biberon (aɣălla)). => aɣălla : gavoir (sorte de casserole en bois, avec manche à tuyau ; sert à gaver de lait les femmes adolescentes).
[Comme nous l’avons vu à l’entrée tədda, les Touaregs pratiquent de manière traditionnelle le gavage des filles (en particulier des filles de chef), qui deviennent de ce fait obèses. On lira avec profit l’article d’E. Bernus sur le sujet (en ligne sur L’Encyclopédie berbère : ici). Bernus considère que ce gavage permet aux filles de mûrir plus rapidement et donc de se marier plus tôt. L’obésité qui en résulte est chantée par les poètes touaregs comme étant un élément de la beauté féminine (Bernus cite quelques vers à cet égard). Selon la psychologie évolutionniste, un rapport métrique taille-hanche (waist-hip ratio, WHR) de 0,7 est perçu comme le plus attrayant en raison des capacités maximales de fécondité qu’il indique. Dans ce contexte, le fait que l’obésité passe pour un caractère désirable de la femme est une énigme. Cependant, Bernus a sans doute apporté la clé de cette énigme en indiquant qu’il s’agit d’avancer la maturité sexuelle des jeunes filles : de cette façon, il est possible d’accroître le taux de reproduction en réduisant l’écart temporel entre générations. Cette stratégie est viable à condition que le gavage ne nuise pas aux capacités reproductives de la femme (alors qu’en règle générale plus la taille de la femme s’éloigne du ratio 0,7, plus sa fertilité est compromise [à confirmer]) et que l’obésité ne joue pas négativement dans les préférences masculines. Or le fait que l’obésité de la femme soit une préférence des hommes touaregs est peut-être mise en doute par le terme əḳtər du dictionnaire de Prasse, traduit par « avoir une taille de guêpe (une femme) », ce qui laisse supposer que cette taille de guêpe est un marqueur de beauté chez les Touaregs également (l’expression « taille de guêpe » correspond à ce qui a été dit plus haut à propos du rapport taille-hanche : taille étroite et hanches larges). Photos : E. Bernus, article cité. 1/gavage d’une jeune fille 2/femme touarègue obèse : voir le bras.]
To chew lengthily; force-feeding or gavage (of a woman with milk and the help of a special ustensil) => a’alla : ustensil to force-feed adolescent women.
[As we saw under the head tedda, Tuaregs have been traditionally force-feeding their daughters (especially the daughters of chiefs). The women thus force-fed become obese. Bernus considers that the aim is to make girls achieve sexual maturity and marry earlier. Tuareg poets laud obesity as a marker of beauty and Bernus quotes a couple of verses to illustrate this. According to evolutionary psychology, a waist-hip ratio (WHR) of 0.7 is perceived as the most attractive owing to the greatest fertility that it indicates. In this context, that obesity should be a marker of beauty is puzzling. However, Bernus probably gave the key to the riddle: gavage allows Tuaregs to increase their rates of reproduction by reducing the time spread between generations. This strategy is valid on the proviso that gavage does not impair women’s fertility (whereas as a rule the greater the deviation from WHR 0.7, the less fertile the woman physiologically [ought to be confirmed]) and that obesity does not negatively affect males’ preferences. In this latter respect, the fact that Tuareg men prefer obese women may be doubtful given the word əḳtər in Prasse dictionary, translated as « to have a wasp waist (woman), » which seems to hint that a wasp waist is a marker of beauty among Tuaregs too (the phrase itself, wasp waist, can serve as a confirmation of the WHR idea wherever it is used, as in French too).]
tewăɣne : ligature ; lien ; paquet ; écriture liée (manière d’écrire les tifinagh qui les rend très difficiles à déchiffrer et servant à rédiger des messages secrets, consistant à lier les caractères entre eux d’une certaine manière convenue d’avance).
Ligature; link; parcel; longhand script (a manner of writing tifinagh characters that makes them very difficult to decipher and is used to write secret communications, consisting in attaching the characters to one another in a certain way agreed upon in advance).
eɣəri : cuivre rouge. On dit que le port d’un anneau de cuivre allège les rhumatismes.
Red brass. It is said that wearing a brass ring soothes rheumatism.
Aɣrəm-Səṭṭəfăn : nom d’un pays énigmatique d’où vint le premier sultan de l’Aïr. [Aɣrəm signifie ville et désigne également Agadez, « la ville ».]
Name of a mysterious country whence the first Sultan of Ayr came.
Qurăyš : nom de la tribu du Prophète Muhammad (Qurayshites). Beaucoup de tribus berbères se disent être des descendants du Prophète, certaines de droit.
Name of the Prophet Muhammad’s tribe. Many Berber tribes claim descendance from the Prophet, some rightly.
taɣəst : vieux volcan éteint.
An ancient, inactive volcano.
əɣsəb : calculer ; prédire l’avenir en consultant les esprits ; chercher la solution d’une énigme en consultant les esprits.
To compute; to foresee the future by consulting the spirits; to find the solution to a riddle by consulting the spirits.
aɣu-saḳa : espèce d’ogre (qui tue les chamelons) == ar. ‘ifrit (se manifeste à une seule personne, en brousse et dans la nuit, sous la forme de différents animaux qui crient ou beuglent, comme un taureau/chameau/mouton etc.)
A sort of ogre (who kills camel cubs). Same as ‘ifrit (Appears to one person at a time, in the bush and at night, in the form of several animals that utter their cries, such as bull, camel, sheep etc).
eɣăwel : homme noir d’origine esclave (anciens eklan vivant en liberté sous la protection de leurs anciens maîtres ; il existe des iɣăwelăn en dépendance des Kel-Denneg, des Kel-Ayer et des Kel-Geres).
A black man of slave origin (they are former eklan who live free under the protection of their former masters).
H
hăbbăy : avoir les lèvres fardées en noir ; femme aux lèvres fardées en noir. => hănbăy : avoir la bouche noire (âne) ; avoir la bouche fardée en noir (femme). [Le rouge à lèvres existe aussi de manière traditionnelle chez les Touaregs : cf. kălgo. Selon la psychologie évolutionniste, le rouge à lèvres permet aux femmes de simuler une caractéristique de l’excitation sexuelle et les rend par là-même attrayantes pour les hommes. Ainsi le rouge n’est-il pas un ornement arbitraire. Il ne paraît pas possible d’en dire autant du « noir à lèvres » des femmes touarègues et l’on ne saurait non plus considérer qu’elles cherchent à imiter les lèvres noires des ânes auxquelles s’applique également le terme selon Prasse. Et si c’est parce que l’excitation sexuelle noircit les lèvres des femmes à la peau mate tandis qu’elle rougit celles des femmes à la peau claire, pourquoi les femmes touarègues utilisent-elles également du rouge ? Serait-ce que les femmes touarègues à la peau mate, voire les Touarègues noires, utilisent du noir tandis que celles à la peau claire utilisent du rouge ?]
To have one’s lips painted black; a woman with painted black lips. => hanbay: to have a black mouth (donkey); to have one’s mouth painted black (woman). [Tuareg women also know rouge: see kălgo. According to evolutionary psychology, rouge is red because it simulates arousal. It is not arbitrary. It does not seem to be case with black tincture, yet both have been traditionally used by Tuareg women. What would be an evolutionary explanation for women blackening their lips? In case it is because arousal blackens the lips of dark-skinned women instead of reddening them, then why Tuareg women use rouge at all? Is it that dark-skinned Tuareg women use the black tincture while the fair-skinned use rouge?]
ehăles : mirage matinal.
A morning fata morgana.
Ehəti : homme libre d’origine songhaï-djerma. Les Songhaïs sont traités comme cousins des Touaregs.
A free man of songhay-zarma origin. The Songhays are treated like cousins by the Tuaregs.
K
təkabt : grand grigri frontal.
A large charm borne on the forehead.
ăkabba : sorte d’amulette frontale (en forme de banane, pour homme).
A kind of amulet borne on the forehead (in the shape of a banana, for men).
Akădămma / Ikădămmatăn : tribu métissée isolée appartenant à l’ancienne confédération des Ouelleminden Kel-Denneg, particulièrement célèbre pour la fabrication de talismans (guérisseurs ou prophylactiques). Ils sont dédaignés pour avoir fait de la fabrication de talismans un commerce.
An isolated half-bred tribe belonging to the ancient confederation of the Ouelleminden Kel-Denneg, well-known for the making of talismans (healing or prophylactic). They are despised for making a business of their talismans.
əkkuf : rhume ; grippe : p.ext. troubles respiratoires causés par la consommation excessive de sucre.
Cold (ailment); influenza; by ext. breathing difficulties caused by excessive sugar consumption.
ăkala : longe à nœud coulant ; p.ext. cicatrice de tatouage ethnique au visage.
A tether with a running knot; by ext. scars on the face as ethnic tattoo.
kălgo, kădăgo (ha.) : espèce d’arbre (de couleur brun clair ou chamois ; avec son écorce on tresse des cordes ; de sa racine on extrait un colorant rouge dont les femmes se fardent les lèvres) (Bauhinia reticulata).
A species of tree (light brown or chamois; with its bark rope is made; from its root is extracted a red dye with which women paint their lips).
kălăw : jeter un sort à, ensorceler (surtout : marabout, en écrivant un verset coranique).
To cast a spell on (especially a marabout by writing a verse of the Quran).
kenbəltyu : sorte de démon (Peul métamorphosé).
A kind of demon (a metamorphosed Fula).
ekərkəwi, ekərkəwwi : vampire (personne capable de sucer le sang d’une autre à distance et jusqu’à la mort ; sorte de sorcier).
A vampire (someone who can suck the blood of another from a distance until the person dies; a kind of sorcerer).
kərənbaski (ha.) : ceinture d’amulettes.
A belt of amulets.
iḳărănḳărăn : scarifications faites dans les narines d’une chamelle pour lui bloquer l’odorat et la forcer à accepter un chamelon étranger. [Le dictionnaire de Prasse connaît plusieurs autres techniques, dont certaines réversibles, pour obtenir le même résultat.]
Scars made on the nostrils of a she-camel in order to impair her sense of smell and force her to accept a stranger camel cub. [The dictionary knows various other techniques to the same end, some reversible.]
korti (ha.) : sorcellerie (consistant à frotter la peau de quelqu’un).
Witchcraft (consisting in rubbing someone’s skin).
tasăḳḳarăyt : sorte d’amulette (écrite pendant qu’on appelle à haute voix la personne anathémisée/envoûtée/maudite).
A kind of amulet (written down while calling loud the name of the person one wants to curse or bewitch).
ikas : chaud => ax iḳḳûsăn : lait chaud qui vient d’être trait (et qui répand la chaleur dans le corps entier du buveur).
Warm. => ah ikkusan: warm milk just after milking (it diffuses its warmth in the whole body of the person drinking it).
akătab : écriture => akătab n-iblis : écriture non sainte (se dit parfois de n’importe quelle écriture autre que l’arabe, y compris les tifinagh).
Script. => akatab n-iblis: unholy script (sometimes said of all scripts other than Arabic, including tifinagh).
akătar : couleur indigo de la peau [signe de beauté].
Indigo color of the skin [a marker of beauty].
aḳwa : goudron (fait à base de bois ; sert à traiter la gale) ; également fait à base de grains de coton qu’on brûle.
Tar (made of wood; used to cure scabies); also made of burnt cottonseeds.
kăwda : fruit sec (en général, goro sec) ; p.ext. amulette écrite qui empêche les blessures au combat.
Dry fruit (in general, dry goro); by ext. a written amulet that prevents wounds in battle.
kăygăro : grande ceinture munie d’amulettes.
A large belt with amulets.
takəzukəzt : vipère sauteuse (très venimeuse, sa morsure est mortelle dans 90 % des cas) ; espèce de lézard (grand, tacheté) (selon une fausse croyance populaire, il tète les chèvres en hivernage).
Jumping adder (very venomous, its bite is deadly in 90% of the cases); a species of lizard (large, spotted) (according to an erroneous popular belief, it sucks overwintering goats).
L
Ǝlquran : planchette sur laquelle sont inscrits des versets du Qoran. On dit : širəd Ǝlquran, laver une planchette coranique et donner la lavure à boire à un malade pour le guérir ou à un jeune guerrier pour le rendre invulnérable (marabout).
A wood board on which are inscribed verses of the Quran. => Shired al-Quran : to wash such a Quranic board and give the washing to drink to a diseased person in order to cure him or to a warrior to make him invulnerable.
eləw : éléphant. Les derniers troupeaux d’éléphants ont été observés dans l’ouest de l’Azawag vers 1885.
An elephant. The last elephant herds were observed in the west of the Azawag about 1885.
Ăyt-Lawe, At-Lawe, At-Lăway : tribu du groupe Dăw-Ṣăhak [voir ce nom] (d’origine juive ; parlent touareg mais gardent les coutumes juives).
A tribe of Jewish origin (they speak Tuareg but have maintained Jewish traditions). [See Dăw-Ṣăhak]
laya : nom d’un gri-gri (contient des verset coraniques ; rend les hommes invisibles aux djinns ; porté par les caravaniers de Balma).
Name of a charm (contains Quranic verses; makes its bearers invisible to the jinns; used by the caravan riders of Balma).
ălẓu : raser (barbe, tête etc.) => win laẓẓinen : les marabouts (litt. ceux qui se rasent la tête).
To shave (beard, head etc) => win lazzinen: the marabouts (litt. those who shave their heads).
M
imi n-ăḍaḍ : bout du doigt ; p.ext. nom du prix dû d’avance au marabout qui s’apprête à inscrire dans le sable, avec le bout de son doigt, une formule de guérison (pour guérir un malade éventuellement possédé par les djinns).
A fingertip; by ext. name of the prepaid earnings of the marabout who will inscribe on the sand, with his fingertip, an healing formula (to cure a diseased person perhaps possessed by jinns).
madak : espèce de plante (tue les serpents quand on la met à l’entrée de leurs gîtes) (Commicarpus helenae).
A species of plant (kills the snakes when placed at the entry of their lairs).
Ǝmrəwəlqis (ar. Imru’l-Qays) : nom d’un poète célèbre de l’Arabie préislamique. Selon une légende touarègue, il aurait été un roi géant des Arabes et aurait inventé les tifinagh ou au moins contribué à civiliser les Touaregs.
Name of a famous poet of pre-Islamic Arabia. According to a Tuareg legend, he was a giant king of the Arabs and invented the tifinagh or, at least, helped civilize the Tuaregs.
ămata : extenseur de puisette (branche insérée dans la puisette pour étendre celle-ci et puiser plus rapidement) ; p.ext. rameau suspendu à la tente d’une femme en couches (moyen magique qui doit lui faciliter l’ouverture du vagin).
Dipper extensor (a stick inserted in the dipper to extend it and allow faster dipping) ; by ext. a sprig hanging by the tent of a parturient woman (a magic tool that must facilitate the opening of her vagina).
Taməzgədda : secte mouridienne de l’Azawag (dont les membres viennent de plusieurs tribus). La secte islamique des Mourides est d’origine sénégalaise, fondée par le cheikh Ahmadou Bamba [Serigne Touba]. Connus pour faire des talismans (guérisseurs et prophylactiques).
A Mouride sect of the Azawag (which members come from various tribes). The islamic sect of the Mourides is of Senegalese origin, being founded by Cheikh Ahmadou Bamba. They are reputed for making talismans (healing and prophylactic).
eməžir : ancien emplacement d’un camp ou campement (les piquets sont souvent laissés sur place). On dit que les djinns habitent les campements abandonnés et frappent ceux qui s’y aventurent. P.ext. ruine, vestiges archéologiques.
The former site of a camp (the posts are often left behind). It is said that the jinns dwell in abandoned camps and strike those who tread those places. By ext. a ruin.
răṃa : chanvre indien (Hibiscus cannabinus) ; fibres de chanvre (servent notamment à confectionner des liens et à tresser les tresses artificielles des femmes haoussa).
Hemp; hemp fibres (used among other things to make ties and the artificial braids of Hausa women).
tiṛăwt : lettre (missive) ; amulette écrite (contenant un verset du Qoran) => tiṛăwt n-ăḷăm : talisman pour chameau (suspendu au cou) ; Šiṛăwt ən-Tăḷămt : nom de l’étoile Alcor, dans la Grande Ourse (litt. Amulette coranique de la chamelle).
A letter (missive); a written amulet (containing a verse of the Quran) => tirawt n-alam: an amulet for camels (hanging from the neck); Sirawt en-Talamt: name of the star Alcor.
ăṛwa : sorte de danse frénétique des Haoussa (pour exorciser les mauvais génies ?) [Le point d’interrogation est de K.-G. Prasse.]
A kind of frenetic dance among the Hausas.
S
Săqqăra (ar. Saqar) : l’Enfer glacé (le centre glacé de l’Enfer, considéré comme le plus dur des enfers). [Il me paraît douteux que ce soit là le sens de l’arabe Saqar, qui est bien une région de l’enfer mais dont je ne trouve pas qu’elle soit glacée. S’agit-il d’une particularité touarègue ou d’une erreur d’interprétation des auteurs du dictionnaire ?]
The Hell of ice (the icy core of Hell, considered the harshest of hells). [I do not think that the Arabic Saqar, although it is the name of a region of hell, has this meaning. Is this a Tuareg particularity or an error of the authors?]
sonti (ha.) : mot lâché involontairement pendant le repas. L’étiquette touarègue demande qu’on mange dans un silence absolu. Le sonti est considéré comme dû au plaisir excessif de manger, sentiment qui est en soi illicite et ridiculisé. On se moque à l’amiable de celui qui commet un sonti en famille, alors qu’en présence d’étrangers l’acte est impardonnable.
A word uttered involuntarily durint the meal. Tuareg etiquette demands that people eat in absolute silence. The sonti is said to be caused by excessive pleasure in eating, a sentiment that is illicit and ridiculed. In the family the person making a sonti is gently mocked, but in the presence of strangers the act is inexcusable.
tasăsḳot : tombeau ; cimetière. On dit que les djinns habitent les cimetières et qu’il est dangereux de s’y aventurer la nuit.
A grave ; a graveyard. It is said that jinns dwell in the graveyards and that it is dangerous to roam in them at night.
ăssăxar (ar.) : sorcellerie ; spécialement, eau contenant les lavures d’une planchette couverte de versets coraniques (bue à des fins magiques). [Cf. Ǝlquran]
Witchcraft; especially, water containing the washing of a plate covered with Quranic verses (which one drinks for magic effects).
Š
əmaši : cadavre d’un animal tombé dans un puits (fennec, écureuil, chat, rat, zorille ; capable d’intoxiquer l’eau et de la rendre imbuvable pour tous les animaux sauf le chameau).
The corpse of an animal inside a well (fennec, squirrel, cat, rat, zorilla; likely to poison the water and make it undrinkable for all animals except the camel).
šaro (peul) : épreuve de flagellation (rite d’initiation des jeunes Peuls) ; escrime (avec bouclier).
The ordeal of flogging (initiation rite of the young Fula); fencing (with shield).
šet-ălxer : nom de l’encens donné par le bdellium brûlé (sert à chasser les djinns). [Cf. tăfaršit]
The frankincense made from bdellium (used to chase the jinns away).
T
təfatəfa : raclures d’encre (du Qoran ; bues diluées dans l’eau comme remède protecteur contre les maux de toutes sortes) [Cf. Ǝlquran, ăssăxar] ; crachats de bénédiction (petits crachats de salive d’un marabout, sur la tête de son élève).
Ink scrapings (from the Quran; they are drunk delayed in water as a remedy against all kinds of ailments); blessing sputum (small sputum spat by a marabout on the head of his disciple).
əttəhlul (ar. enveloppe) : livret religieux (miniature) (sert d’amulette ; normalement ce livret contient des versets du Qoran).
Religious booklet (used as amulet; normally the booklet gathers verses from the Quran).
W
awəṇṇəwən : lieu sacré, lieu habité par les esprits saints : spéc. sépulture néolithique en forme de tour en pierres.
A sacred place, a dwelling place of the holy spirits; espec. a neolithic grave in the shape of a stone tower.
Y
tăyṭṭăft : esp. de fourmi (grande, noire, fait des magasins de grains). On dit que les fourmilières sont habitées par les djinns. Les femmes captives qui en excavent le grain doivent se taire complètement pendant cette opération, sinon elles risquent d’être frappées par les génies.
A species of ant (large, black, builds stores of seeds and grains). It is said that anthills are inhabited by jinns; captive women who dig the grains from them must remain completely silent during the operation lest the jinns strike them.
Z
ize-n-ălžănnăt : (litt. mouche du Paradis) esp. de mouche bleu-violette. On dit qu’elle augure la richesse à celui sur qui elle se pose.
« Fly of Paradise, » a species of bluish-purple fly. It is said to augur wealth for those on whom it alights.
Azubăya / Izubăyatăn : membre d’un peuple légendaire d’idiots vivant dans la mer ; idiot.
A legendary people of cretins living under the sea; a cretin.
ezăgăz : fennec (renard saharien). On dit que les lieux où se trouvent les terriers des fennecs sont habités par les djinns et dangereux la nuit.
A fennec fox. It is said that the places where fennec foxes have dug their burrows are inhabited by jinns and dangerous at night.
tazlaft : corbeau noir ; p.ext. augure de bonne fortune (signe faste en géomancie) ; parole de magicien.
A black crow; by ext. a good omen; the words of a magician.
Ẓ
aẓəkka : tombe. Les tombes se font normalement dans les endroits pierreux.
A grave. Graves are usually made in stony ground.
teẓma : pouvoir magique des forgerons ; pouvoir de maudire.
Magic power of the blacksmiths; the power to cast a curse.
Ž
Žəbəkeli : nom d’un djinn qui habite un bois de la vallée de Tadist (arrache brutalement les entraves des chameaux qui y paissent).
Name of a jinni that dwells in the Tadist valley (it tears off the hobbles of the camels that graze there).
žabal nâr : volcan (considéré comme porte de l’Enfer).
A volcano (considered a gate of Hell).
ăžobbar, əžabbar (ar.) : homme géant de l’époque préhistorique. On dit que les fantômes des ižobbarăn occupent toujours leurs tombeaux et sont une sorte de djinns.
Giant people of prehistoric times. It is said that their ghosts still haunt their graves and are a kind of jinns.
ăžoggam : grande route ; trace de géant (empreinte de pied présumée laissée par un géant préhistorique).
A highway; a footprint allegedly left by a prehistoric giant man.




