Droit 41 Quand règne l’arbitraire

Mars-Juin 2024 FR-EN

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FR

Quand règne l’arbitraire

La distinction entre (1) brocarder les adeptes d’une religion et (2) brocarder une religion n’a strictement aucun sens. La loi française n’a aucun sens et les jugements sur ces questions sont arbitraires.

Rappel (éléments publiés sur ce blog le 15/2/2020 Twit28) : « Il est possible de critiquer fermement, même avec des propos très virulents ou injurieux, une religion, alors que les croyants sont protégés par les infractions listées. » (Note juridique de 2016 publiée sur le site internet du Sénat) Prenons un exemple. « Le babisme est une religion imbécile » : est-ce licite ? Le propos se borne à critiquer une religion, même avec des propos injurieux. « Le babisme est une religion d’imbéciles » : est-ce illicite ? Il est nommément question des croyants. Cette interprétation reprise par le Sénat est évidemment fautive car elle rend impossible « la protection des croyants » par la loi qui vise à les protéger. Mon exemple le montre pleinement : de deux propos strictement équivalents en termes de virulence injurieuse, l’un serait condamné, l’autre non. Tracer une frontière entre les deux types de propos ne peut être qu’arbitraire. De deux choses l’une : ou bien vous supprimez ces lois (parce qu’elles sont liberticides) ou bien vous les appliquez. Car les interpréter de manière sournoise, équivoque et arbitraire, tue le droit. Or cette interprétation reprise par le Sénat, qui empêche de protéger les croyants (puisqu’un simple ajustement verbal sans aucune conséquence sémantique permettrait d’échapper à toutes sanctions pénales), est, dans le contexte actuel, un moyen de soustraire l’islamophobie à l’application de la loi.

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Faux-cols et « Apologie du terrorisme »

L’approbation simple du terrorisme est légale en France (cf. l’article du 27 octobre 2023  « Jean-Luc Mélenchon se trompe sur l’apologie du terrorisme » sur le site Actu juridique). L’apologie est interdite et passible de cinq ans de prison. Applaudir dix secondes : approbation licite. Applaudir onze secondes : apologie, cinq ans de prison. Voilà. Une distinction là encore bien arbitraire pour faire croire que nos lois respectent les libertés.

Sur la question du Proche-Orient, Mathilde Panot sera condamnée, après le syndicaliste Jean-Paul Delescaut, à de la prison avec sursis. Si elle s’exprime de nouveau sur le sujet, elle sera condamnée à de la prison ferme, comme récidiviste. Elle ne parlera donc plus que des CROUS… Et l’autre, disant : « Si le jugement n’est pas une condamnation, vous pourrez vous en prévaloir. » C’est un service qu’on leur rend, en fait, ah là là.

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Si quelque chose est « peut-être » de l’apologie du terrorisme, c’est que l’affaire doit être close. La loi pénale (c’est un principe fondamental) doit être claire : il ne doit pas y avoir de doute, par conséquent, sur le fait que des agissements sont illicites. Dans une affaire pénale en général, la question est de savoir si telle ou telle personne a fait ou n’a pas fait ce qu’on lui reproche. Ici, la question est de savoir si ce qu’ont dit telle et telle personne est ou n’est pas un délit. Ce n’est pas comme ça que le droit fonctionne ! Or, avec les délits d’opinion, c’est comme cela, et c’est justement pour cette raison que les délits d’opinion ne sont pas acceptables en droit, ce qui veut dire : pas de lois contre l’expression d’idées, quelles qu’elles soient. La classe politique française a méconnu et méconnaît ce principe, tout en prétendant le défendre. Mais dès que ces politiciens s’expriment sur le sujet, ils disent, forcément, des monstruosités juridiques, du type : « C’est peut-être de l’apologie du terrorisme : à la justice de trancher. » Non, les citoyens d’un État de droit n’ont pas à se demander si ce qu’ils disent est « peut-être » un délit pour duchmol ou tartempion pouvant saisir le juge.

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« ’On a été bien reçus’, dit [la militante pro-palestinienne] Rima Hassan à la sortie des locaux de la police judiciaire [où elle était entendue pour des faits d’apologie du terrorisme en raison de propos tenus après le 7 octobre]. (AFP)

Pourquoi faire un titre sur « J’ai été bien reçue » ? Le journaliste pensait-il qu’elle serait torturée, en raison des condamnations de la France par la Cour européenne des droits de l’homme pour tortures policières ? Ou bien est-il hors sujet ? Le journaliste de l’AFP qui a fait ce titre doit être la seule personne en France à penser que le sujet est celui de l’accueil des personnes par la police…

iv

Les plaintes fantaisistes ne doivent pas être reçues. C’est cela, la procédure.

Est-ce la même organisation qui a déposé plainte contre plus de 600 militants et acteurs politiques français au lendemain du 7 octobre ? Quel est le financement de cette organisation ? Comment ce phénomène de plaintes de masse n’est-il pas un abus de procédure et du spam juridictionnel ? La justice dit qu’elle est surchargée mais elle accepte 650 plaintes en masse de la part d’une seule entité ? Et ce sous le gouvernement qui a répondu par une circulaire illégale de déni après l’arrêt Baldassi de la Cour européenne des droits de l’homme sur le droit au boycott de l’État sioniste.

On me dit qu’une association a déposé plus de 600 plaintes pour apologie du terrorisme. C’est une attaque DoS contre la justice française. Que les pouvoirs publics réagissent !

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Peut-on rire de tout, Guillaume Meurice ?

Classement sans suite concernant les propos de l’humoriste Guillaume Meurice sur le Premier ministre israélien : « un nazi mais sans prépuce ».

Un classement sans suite, ce n’est pas « la justice a dit que… », comme on a pu l’entendre. Le procureur qui classe sans suite n’est pas, la Cour européenne des droits de l’homme l’a rappelé à plusieurs reprises, une autorité judiciaire mais une autorité administrative, comme la police. Le plaignant qui voudrait insister pour faire aboutir sa plainte et obtenir un jugement le pourrait. En l’occurrence, le procureur a estimé que la plainte était sans fondement et n’avait aucune chance d’aboutir à une condamnation.

Or, quand on voit que les quelques centaines de plaintes (par une même organisation, semble-t-il) pour apologie de terrorisme ne sont pas classées sans suite, alors même que « l’approbation simple » du terrorisme est légale en France (cf. l’article du 27 octobre 2023 « Jean-Luc Mélenchon se trompe sur l’apologie du terrorisme » sur le site Actu juridique), que l’apologie illicite est quelque chose de complètement distinct en principe et en droit de l’approbation (qui relève de l’opinion), on a bien du mal à comprendre, et ces difficultés sont évidemment elles-mêmes une façon de geler le débat. Puisque les plaintes contre Rima Hassan, Mathilde Panot et bien d’autres ne sont pas classées sans suite, tout le monde aurait pu s’attendre à ce que Meurice passât lui aussi devant un tribunal. Mais personne ne sait à quoi s’attendre et c’est bien le problème de ces lois que l’on voudrait entendre dénoncer par nos partis politiques mais qui restent en dehors de toute discussion. Nos politiciens sont tous contre la censure mais personne ne pointe du doigt les lois de censure.

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Les lois scélérates se portent bien, merci

Les « lois scélérates » françaises servent à nuire à l’opposition au gouvernement, comme le rappelle l’avocate Elsa Marcel. Ces lois existent depuis plus d’un siècle. Pourquoi dire – on l’entend beaucoup – que la France devient tout à coup fasciste ? Ces lois existaient même avant le fascisme.

Léon Blum fait partie des quelques noms qu’on cite de gens qui se sont opposés aux lois scélérates. Quand il a dirigé le Front Populaire, qu’a fait Léon Blum contre les lois scélérates ? Rien. Lui savoir gré de son opposition aux lois scélérates est donc de la niaiserie chez les uns, de l’escroquerie intellectuelle chez les autres.

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Statistiques ethniques

Si la réponse pénale au racisme consiste à prononcer des rappels à la loi pour les injures contre telle minorité et des peines de prison pour les injures contre telle autre, c’est du racisme. Montrez-nous donc les statistiques. Comment ça « il n’y en a pas » ?!

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Pourquoi les gens vont-ils voter ? On leur propose des programmes électoraux, puis, après les élections, les partis entrent dans des négociations à huis clos d’où sort un pacte de coalition sur lequel aucun électeur n’a voté. Ce type de pacte peut hypothétiquement conduire au pouvoir un parti qui renonce à tous les points de son programme électoral.

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Les Pays-Bas ont des lois criminalisant les discours haineux envers des groupes, notamment à raison de leur religion (article 137 du code pénal†), mais Geert Wilders, condamné une fois pour des propos qu’il répète continuellement, ce qui devrait lui valoir de faire de la prison comme multirécidiviste, va diriger le pays. On a rarement vu une telle gangrène de l’État de droit. Les institutions corrompues de ce pays s’assoient sur leurs lois quand les victimes sont les musulmans. La trajectoire de l’individu en question n’est possible que par cette gangrène.

Les institutions ont un devoir constitutionnel qui est de garantir le fonctionnement de l’État de droit (the rule of law), et quand elles sont défaillantes sur ce point on peut et doit parler de gangrène d’un système.

† « He who publicly, orally, in writing or graphically, intentionally expresses himself insultingly regarding a group of people because of their race, their religion or their life philosophy, their heterosexual or homosexual orientation or their physical, psychological or mental disability, shall be punished by imprisonment of no more than a year » (Art. 137c traduit en anglais)

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Comment être légalement polygame en France

La polygamie est passible d’un an de prison en France (article 433-20 du code pénal). Seulement, les mariages religieux ou coutumiers n’y étant pas reconnus, certaines personnes polygames ne sont pas considérées comme polygames par la loi.

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La sueur du chien

L’argument de Manon Aubry sur le nombre comparé d’amendements déposés par elle et par Jordan Bardella au Parlement européen n’est ni percutant ni pertinent, parce que ce nombre n’est pas important, la vraie question étant : pour quel résultat ? Si la réponse est la même pour celui qui a déposé des milliers d’amendements et celui qui en a déposé trois – par exemple que cela n’a eu aucun résultat ni dans un cas ni dans l’autre –, le bilan est en faveur du second. Des dépôts compulsifs d’amendements sans résultats sont une étrange conception de la politique.

La « productivité » d’un député ne se mesure pas au nombre d’amendements déposés mais au nombre d’amendements retenus, et cela ne dépend pas du nombre déposé. Un amendement déposé sans résultat a un impact négatif sur la productivité du député. Si l’on nous répond que la productivité d’un député se mesure à son temps de parole plutôt qu’au résultat de ses prises de parole, je réponds, surtout au Parlement européen, encore plus éloigné du public qu’un Parlement national, que ces débats ont un côté « entre soi » inutile et même irritant pour le public : les députés sont des politiciens professionnels et un professionnel de la politique ne se laisse pas convaincre par les arguments d’un adversaire politique, il est justement payé pour ne pas se laisser convaincre. En vérité, un député sert mieux son parti en dehors du Parlement qu’au dedans, en optant pour une stratégie locale et nationale de communication. Qu’un député pense se former en politique en étant assidu au travail parlementaire, c’est son droit, mais qu’il présente cette formation individuelle comme une nécessité du travail productif, c’est faux. De sorte que, non, les 7.780 euros nets de rémunération mensuelle d’un député européen ne se justifient pas, mais dire que parce qu’on est payé ce montant élevé on doit déposer des quantités d’amendements qui resteront sans résultat, c’est de la niaiserie. Comme dit un proverbe sessouto, « la sueur du chien ne fait que mouiller ses poils » (tiré de l’Anthologie n*gre – je ne peux écrire le mot, sous peine de disparaître d’internet – par Blaise Cendrars).

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Présomption d’innocence
et Garantie du mobile haineux du crime

« Antisémitisme : une jeune fille de 12 ans violée par des adolescents à Courbevoie. » (Europe 1, 19 juin 2024)

Qu’une victime appartienne à telle ou telle minorité ne suffit pas pour que l’infraction soit motivée par la haine. Sauf erreur, Europe 1 ne dit rien, dans cette vidéo, des raisons qui font que la police retient un caractère aggravant pour l’infraction, comme si l’appartenance de la victime à telle ou telle minorité était en soi une raison suffisante pour une telle aggravation. Ce qui est de nature à déformer la compréhension du droit par le public.

N’est-il pas regrettable qu’un média qui titre une vidéo « Antisémitisme : une jeune fille etc. » ne dise pas en quoi il s’agit d’antisémitisme, ce qui, je le répète, laisse penser que l’appartenance d’une victime à telle ou telle communauté est suffisante en droit pour que le caractère aggravant d’une infraction soit retenu, ce qui n’est évidemment pas le cas ?

Les gens sont présumés innocents jusqu’à leur condamnation par un tribunal indépendant mais le mobile haineux est garanti sans attendre, au terme d’une enquête sommaire des services de l’exécutif, pour nos médias et notre classe politique.

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Le procès

Adrien Quatennens n’a pas eu droit à un procès serein, impartial. C’était un procès devant l’opinion, un lynchage. Adrien Quatennens n’a même pas pu présenter la moindre défense car ç’aurait été « justifier l’injustifiable » devant l’opinion manipulée et il aurait aggravé son cas devant cette foule qui demandait sa tête et qui a été en réalité son seul juge dans cette affaire. Or, en droit, donner une gifle à quelqu’un qui vous couvre d’injures blessantes et humiliantes par ses paroles ou sa conduite n’est pas la même chose que donner une gifle à quelqu’un qui se montre respectueux envers vous, et la défense avait donc le droit de poser la question de l’attitude de la femme d’Adrien Quatennens, ce qui évidemment n’a jamais été ne serait-ce que suggéré devant l’opinion, bien excitée par les partis politiques et même des membres du gouvernement, et qui a tout préjugé jusqu’au (pré)jugement final. Or, comme personne, dans la classe politique, y compris parmi les « amis » de Quatennens, n’a jamais, que je sache, rappelé le moins du monde ces évidences ainsi que les principes du droit, il est impossible qu’une telle classe politique soit capable de produire de bonnes lois.

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EN

Abortion and the Principle
“No Taxation Without Representation”

[Senatrix] Mazie Hirono: ‘If You Don’t Support Abortion, Don’t Get One; Leave The Rest Of Us Alone’” (Forbes Breaking News)

Why should I pay for others’ abortions? Leave the taxpayer alone! This “leave women alone” argument is deceptive and insulting, everywhere taxpayers support the costs. This senatrix is a deceptive woman. You milk the taxpayer and then: “It’s none of your business.” It isn’t even sure she knows the situation, she seems so clueless. The idea is plain wrong in a system where the least bit of health expenses is the least bit socialized, because then the issue is that of a taxation and, as all Americans except this Democratic woman know, from the beginning of the Republic the principle has been “No taxation without representation.

The mistakes I have a right to point are those whose consequences fall upon me in one way or another, which is the case with abortion where health expenses are socialized. Through socialization the issue becomes that of a taxation and the principle is “no taxation without representation.” Rape is the only case where an abortion would not be the result of a mistake, as sex is forced on the woman by her rapist. For that reason, several legislations around the world prohibit abortion except in case of rape. On this particular point, I would like to ask data from said legislations. If rape is made an exception, women who want to abort may falsely claim having been raped and accuse innocent men.

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“A Scotsman’s home will no longer be his castle.” (George Galloway MP) [reacting on a new bill further stifling Scotsmen’s speech]

The model is France, where private speech has always been punishable, only the punishment is not as severe as for public speech, namely you can go to jail for public speech, not for private speech.

I am not quite sure this law is as much a change as its opponents believe or make believe it is, that is, I am not sure Scotland goes from free to unfree. I should think it is a small increment in speech repression. A few years ago, a new bill was passed in Canada, opponents claimed Canada was becoming a repressive state, but the truth is the bill’s authors were right: It was not a big change, the repression apparatus had already been there for decades. If you defend free speech, you should not simply oppose the newest of many repressive bills but call for the total abolition of the existing repression apparatus.

If the law criminalizes private speech where only public speech was criminalized before, and if this and this only is the problem, then I might think you don’t really care about free speech, for in fact it is not as much a problem to criminalize private speech as to criminalize public speech. Is a Scotsman’s speech for the walls of his castle and a few people there, or does the Scotsman legitimately want to be heard beyond his castle’s walls? If he may legitimately want to he heard, then repression of private speech where only public speech was repressed before is not as heinous a legislative deed as repression of public speech where public speech was free.

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Australia can legally prevent Australian users from watching content, not users from other countries, who have no say on Australian laws, have not elected these people to make laws in their name. Therefore, any injunction on X (formerly Twitter) by Australian authorities to ban content for all X users is illegal power grab. X can only be, by Australia, compelled to deny content access for users connecting from Australia.

At this stage, Australia’s request is an administrative gag order, by the way; the Australian authorities are not even asking for a judicial decision.

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One is reminded of Christchurch, NZ. “New Zealand man jailed for 21 months for sharing Christchurch shooting video” (BBC News, June 2019). Making it a crime to share the video amounted to claiming that the government must be the only source of truth. The only source of truth will be at the same time the agency that restricts access to evidence. Under a constitutional regime the government can make no claim to be an exclusive authority as to what the truth is. Hence, by restricting access to evidence it overrides its constitutional function. – To the best of my knowledge, the Christchurch video was de-platformed from all internet platforms, including Twitter, now X. They complied with a NZ gag order, apparently. Therefore, I don’t know how this NZ man could even share this material if not through private emails or mails…

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Feel Good Bills

“Yet again today we had another show vote to make people [representatives] feel good about themselves by passing a bill having the word antisemitism in the title.” (U.S. Representative Chip Roy)

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Pacta Sunt Servanda
vs The Unbreakable Bond

An “unbreakable bond” is something that cannot exist between two sovereign states, given the pacta sunt servanda principle of international relationships. A statesman talking of an unbreakable bond with a foreign state talks as if he had got a mandate from this foreign state’s rather than his own state’s constituency. This is a misuse of power plain and simple, basically the rhetoric of high treason. The strange thing is that it has been every single U.S. statesman’s talk these last decades.

The “unbreakable bond” rhetoric should be left to soapbox, electoral campaign speech, if people are dumb enough to listen to such nonsense. On the institutional level it is treasonous. Sovereign states have contractual bonds: A breach of contract by one unbinds the other. A U.S. statesman cannot talk of an unbreakable bond because in case of breach of contract by the other state it will be his duty to unbind the U.S., and he is not ruling the other state but his own state so, with the constitutional powers vested on him, he cannot prevent a breach by a foreign sovereign state, his constitutional powers do not extend over two states. Talking of an unbreakable bond with a foreign state is the same as saying that under his tenure crimes will not be punished: A statesman has no right, as a constitutional power, to say such a thing.

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Religion As Private Matter:
A False Tenet of Secularism

If a country is a democracy where people vote, then the obvious result must be that the majority’s religion will have some official character, not because freedom of religion is stifled but because people vote and their vote is informed by their religion. What is a religion that does not inform one’s vote? People vote for policies, policies are based on values as these values translate in how the society works. How can it be said that religion is a merely private matter? Values are not private matters. The very fact that the U.S. is not a “Christian nationalist” country is proof that the leading forces of this country are hostile either to religion as such or to the majority’s religion, and in this hostility is included the notion that religion (or the majority’s religion) is a merely private matter, which is an emasculation of religious faith. I don’t know what you think the ballot is for but you can’t claim that people should not see it as a way to translate their religious values into policies. People vote for what they want, in theory; if they can’t, this is a flawed democracy.

Addendum. “People vote for what they want.” To be precise, they cannot vote for unconstitutional bills, that is, unconstitutional bills are not binding, not enforceable before courts of law. However, constitutional amendments can be passed (the theory of “rigid constitutions” is clearly undemocratic).

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Same as the state can discourage the consumption of drugs by criminalizing it, the state can criminalize other conducts the majority of the people, informed by their religion, deem sinful and want to discourage.

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The Scam of Therapeutic Cannabis

“Therapeutic psychedelics” is a contradiction in terms as therapeutics aims at floating individuals on mundane performance whereas psychedelics opens them to extramundane experience. U.S. Congress’s Religious Freedom Restoration Act (RFRA) of 1993 was a sounder approach to the question.

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A medical use of cannabis was contrived as a wedge for recreational use. At Woodstock, no one said a word about medical use but they had a lot to say about recreational or existential or philosophical use. Medical use was contrived by people who had smoked weed at Woodstock and were looking for a way to make their new pastime accepted by society. That is, they perjure the Hippocratic Oath.

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Commercium liberum, free trade means that if China doesn’t buy British opium from British India, the English will attack China and with their military power open Chinese harbors to opium imports. This is called Opium War and it is real. Free trade is a völkerrechtlich (international-law) justa causa of aggression. Recently, Singapore wanted to ban chewing gum from its territory; the U.S. objected, therefore Singapore keeps importing “therapeutical” chewing gum, and this is how everything can be therapeutic if need be. As the states are on a cannabis legalizing spree, prepare for the Cannabis Wars of tomorrow.

Cannabis Wars will be American aggressions against countries that oppose flooding by medical and/or recreational cannabis, this opposition being an impediment to free trade. Hong Kong’s colonial status was a result of the Opium Wars, so it cannot be said that these “free trade” wars are not for territorial gains. They are 1/ aggression wars, 2/ possibly ending in territorial changes, and above all they are 3/ just wars, having justa causa.

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According to the French Constitution, Art. 35, 1) A declaration of war by the government must be authorized by Parliament. 2) Parliament must be informed of military interventions in foreign countries. 3) If a military intervention lasts more than four months, its continuation must be authorized by Parliament. Hence, the French Constitution organizes the modalities of military intervention without declaration of war. What a piece of trash.

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That countries with the nuclear weapon oppose that countries without the nuclear weapon acquire it, is old jungle rule. All countries have a right to develop nuclear armament as soon and as long as some countries possess such a weapon. This is a natural right of states.

On sonne à la porte : C’est la poésie de Bo Setterlind

Du poète suédois Bo Setterlind (1923-1991) le Larousse écrit que c’est « un des plus grands poètes et dramaturges mystiques de son temps » (ici). Il ne semble pourtant pas avoir été traduit en français à ce jour. Cela n’a certainement rien à voir avec notre école « laïque ».

Celui qui intitula une œuvre autobiographique Le garçon qui croyait au Diable (Pojken som trodde på Djävulen, 1962) connut de son vivant un grand succès dans son pays. Si bien que, d’occasion, ses livres se vendent presque au prix du papier aujourd’hui : le nombre important d’exemplaires tirés et le relatif abandon d’un auteur assez récent mais qui ne peut plus faire le tour des médias afin d’assurer sa promotion, remplacé par les vivants, se cumulent pour produire un tel résultat (période qu’on appelle le « purgatoire »).

Bo Setterlind est un cas littéraire des plus intéressants, également du point de vue de l’amateur de curiosités. La première curiosité est ce qui vient d’être dit : qu’un « poète mystique » ait pu connaître un succès littéraire durable, en commençant dans les années quarante et jusqu’aux années quatre-vingt-dix du vingtième siècle, c’est quelque chose dont nous n’avons pas d’exemple en France. Là encore, cela n’a certainement rien à voir avec notre école « laïque ».

Une deuxième curiosité, c’est que le poète connut ce succès national durable en ayant passé toute sa vie hors de la capitale, ce qui paraît inimaginable en France, le pays de la centralisation démentielle. Les talents qui ne vont pas s’embourber dans cette ville tentaculaire de bureaux y sont, paraît-il, voués au mieux à des reconnaissances régionales. Bo Setterlind vécut quelques années à Uppsala, où il fut étudiant, puis alla passer le reste de ses jours à Strängnäs, une commune du Södermanland au bord de la Baltique, forte aujourd’hui d’un peu moins de 40.000 habitants. (Il est vrai qu’elle ne se trouve qu’à une centaine de kilomètres de Stockholm, ce qui en ferait presque une banlieue.)

Une troisième curiosité est qu’en 1957 Bo Setterlind fonda à Uppsala avec le poète Harald Forss une société littéraire sous le nom de « Cercle romantique » (Romantiska Förbundet) – et cette société existe toujours ! Chez nous, le terme « romantique » a pris quelque chose de péjoratif ou d’ironique.

Quatrième curiosité : en 1976, ce poète écrivait encore quelques vers classiques, comme il ressort du recueil dont nous nous sommes servi pour les présentes traductions. En France, le vers classique, en déclin depuis le début du vingtième siècle, est devenu pratiquement inexistant chez les auteurs connus dans la seconde moitié de ce même siècle, à quelques expressions près, dont Aragon, qui en écrivait encore dans les années soixante. Il n’est pas du tout improbable que Setterlind à quant à lui poursuivi dans cette voie jusqu’à la fin de sa vie et que l’on trouve encore des vers classiques dans ses volumes des années quatre-vingt ; c’est à vérifier.

Cinquième curiosité : ce poète figure parmi les auteurs du psautier ou livre de chants officiel de l’Église de Suède (luthérienne), laquelle a conservé un statut d’Église d’État du seizième siècle jusqu’à l’an 2000 (le poète, mort quelque dix ans avant cette séparation, n’a donc pas connu ce nouveau chapitre de l’histoire de son Église). Mais qu’il ait participé au livre officiel de chants religieux est une simple conséquence des thèmes de sa poésie et de sa notoriété.

D’autres curiosités encore tiennent davantage à l’époque où vécut Setterlind, une époque où, notamment, se développait l’industrie du disque. Bo Setterlind a enregistré des disques dans lesquels il lit ses poèmes, comme celui de la photo ci-dessous. De même, plusieurs de ses textes furent mis en musique et certaines de ces compositions ont été des tubes au hit-parade suédois.

Enfin, sa page Wikipédia en suédois indique que Setterlind « fut appelé un poète de cour » (« Han var kallats hovpoet »). J’ai cru que cela pouvait être un authentique statut au royaume de Suède, comme le « poète lauréat » qui se perpétue en Angleterre, et Setterlind est d’ailleurs l’auteur d’un essai Pourquoi je suis monarchiste (Därför är jag monarkist, 1955) dans lequel il défend vraisemblablement la benoîte monarchie constitutionnelle de son pays, mais cette appellation de « poète de cour » n’était en fait qu’une épigramme d’écrivains jaloux.

S’agissant des présentes traductions françaises, les deux premiers poèmes ont été trouvés sur internet et nous ne savons pas de quelle année ils datent. Les autres sont tirés d’un recueil de 1976, On sonne à la porte (Det ringer på dörren). C’est un recueil mêlant pièces en vers libres, pièces en vers classiques ainsi que quelques poèmes en prose.

« Le jour de la colère : Bo Setterlind lit ses poèmes » (Vredens dag: Bo Setterlind läser egna dikter). Disque 33 tours (sans date).

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Image d’une forêt (Skogsbild)

La brise du matin
passe en sifflant
d’arbre en arbre.
La forêt bleue comme le ciel
est ébahie.
Le chant des oiseaux
monte
de leurs lits.
La pluie
étincelle gentiment
après son voyage.
Que la vie est pourtant belle
à regarder.
Le soleil brille
dans une goutte de résine.

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Allume la lumière ! (Tänd ljus!)

Ne laisse pas l’obscurité t’empêcher de chercher la lumière !
Et quand tu l’auras trouvée, fais-la voir aux autres, qu’ils soient convaincus.
Si tu veux que vive la lumière, allume en eux la même nostalgie.

Allume la lumière du courage dans les ténèbres de la peur.
Allume la lumière du droit dans les ténèbres de la corruption.
Allume la lumière de la foi dans les ténèbres de la négation.
Allume la lumière de l’espérance dans les ténèbres du désespoir.
Allume la lumière de l’amour dans les ténèbres de la mort.

Allume la lumière !

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On sonne à la porte
(Det ringer på dörren, 1976)

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Consignés… (Hänvisade…)

Consignés
sur une seule planète
dans un mystérieux
et peu communicatif Univers
nous faisons tout
pour nous séparer de Dieu
et par là-même les uns des autres

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Époque disparue (Svunnen epok)

À bord d’un voilier
je suis assis un soir d’été sur le tillac, au crépuscule.
Pas un souffle d’air, pas un oiseau ne me trouble,
le bateau qui me porte, imperceptiblement a perdu ses ailes.

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Atlas

Quelle journée !
Le ciel vient vers nous
un bandeau rouge autour du front !
Appelant : « Debout ! »
« Debout ! »
« La vie n’est pas un lit de parade†
– mais une insurrection
contre la mort
dans tout ! »
Quelle journée !
D’abord cette beauté,
ensuite les fanfares. À l’assaut !
Contre la mort,
dans tout :
la mort dans la politique et ses ramifications,
la mort dans les tous les systèmes sociaux de contrôle
– la religion,
le matérialisme,
la philosophie.
Lève-toi, Humanité !
Redemande le feu !
Quelle journée !
Non pour Prométhée
mais pour Atlas !
Nous pouvons porter le Ciel sur nos épaules !
Nous le pouvons si nous le voulons !

lit de parade : En français dans le texte. Un lit de parade est un « lit sur lequel on expose un mort de haut rang avant son inhumation » (Larousse).

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Béatrice (Beatrice)

Dans ce printemps
qui t’entoure
je ne trouve pas seulement
            des fleurs.
Je regarde
avec un étonnement croissant
les cristaux les plus singuliers
que l’hiver a laissés
derrière lui.
Je vois une lumière d’un autre monde.
Plus rien ne me fait peur
– comme si j’étais déjà
de l’Autre Côté.

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Les enfermés (De inlåsta)

Enfermés dans l’invisible,
nous aspirons à la liberté.

Nous attendons que se réalise
le déraisonnable.

Tu dis que tu es
mon adversaire à ce jeu
et aussi que, proie,
un beau jour je mourrai.

Mon assassin, écoute !
As-tu bien travaillé ton rôle ?
Alors vise le cœur
et tire à bonne distance !

Même le mépris de la Mort
ne possède pas de clé qui vaille.

L’Angoisse est cela
– un vide avec beaucoup de portes.

*

L’écho en celui qui cherche (Ekot inom sökare)

Pendant une seconde aveuglante
il vit Dieu
et depuis lors n’a jamais pu
            Le retrouver.
Avec les yeux de la foi
il a regardé son Sauveur,
suprême réalité.
Le chercheur demande :
Qui est cet Inconnu
qui a découvert une nouvelle façon de voir ?
Et il n’arrête pas de chercher,
Le cherche partout,
jusqu’à ce que son but apparaisse :
le meilleur élément chimique,
le métal hors du temps, qui rédime.

*

Dans le noir (I mörkret)

Il fait noir autour de moi,
il n’y a pas d’étoiles,
je ne vois pas mon chemin
et Toi moins encore.

Donne-moi un rayon de lumière !
Un mot de Toi
peut, comme une main tendue,
être tout pour moi.

Il fait noir autour de moi,
il n’y pas d’étoiles,
mon Sauveur, jusqu’à ce que
Tu me délivres.

*

Minuit de pleine lune (Full midnatt)

C’est nuit de pleine lune,
la neige est bleue au sol,
des étoiles tombent des arbres
qui se reflètent dans la neige.

Comment aurai-je la force ?
Comment pourrai-je me soulever ?
L’espace est si grand
et je suis moins qu’un
            oisillon.

*

Entre amis (Vänner emellan)

Notre conversation, mes amis,
ne doit pas devenir un fleuve
où les mots les moins réfléchis
comme des ordures flottent de-ci de-là.

Elle doit être
aussi excellente que notre sang,
un noble cours d’eau
qui s’est purifié sous la terre.

*

En train (På rälsen)

Soudain tu vois les clairières au milieu des arbres
(coupes rases, surfaces de rajeunissement),
les églises de campagne, les champs,
et ces lieux où vivent les hommes des sociétés industrielles
– leurs balcons, comme leurs personnalités,
sont de petits jardins.

Soudain tu vois les nuages, guère différents
            de certaines idées,
et comment vit l’agriculture
– elle prospère dans la respiration verte
des moissonneuses-batteuses.

Soudain tu vois le paysage,
les crêtes, les routes,
les montagnes, les lacs,
les forêts
(nos plus vieux musées)

et comment les hommes sont prisonniers
d’un engrenage en miroir.

Tu vois le monde pour la première fois.

Tu voyages en train.

*

Nous (Vi)

Nous ne cultivons pas le café,
pourtant nous buvons du bon café.
Nous n’avons pas de plantations odoriférantes,
pourtant nous nous entourons d’authentiques parfums.
Nous n’élevons pas de lamas
mais nous nous couvrons de laine de lama.
Nous ne cultivons pas d’ananas, d’olives
            ni de bananes.
Nous n’avons pas de vergers de figues,
de champs de tabac,
de mines de diamant.
Nous n’avons pas d’élevages de vers à soie
mais nous nous drapons dans la soie la plus fine.
Nous n’avons pas de rizières
mais nous mangeons du meilleur riz.
Nous n’avons pas de vignes,
pourtant nous buvons du vin.
Nous sommes suédois.

*

Certains le voient comme ça (Somliga ser det så)

Un enfant dans un berceau en toile d’araignée
– l’enfant dort gentiment.
Deux yeux brillent là-bas,
c’est l’araignée en soyeuse fourrure.

Alors elle arrive sur des jambes rapides,
celle qui a un visage de diable,
et elle couvre la petite créature
d’un habit étincelant,

enroule un fil doux et chaud autour de l’enfant
et l’emporte chez elle,
l’emporte dans le coin sombre
où seuls deux yeux sont visibles.

*

La seule victoire (Den enda framgång)

La mauvaise herbe envahit les ruelles,
et sur les marches de l’église les vents s’accumulent :
            Soli Deo Gloria !
La cathédrale continue de rêver.
Et toi ?

Tu vas et viens
– dans un cercueil,
comme fait pour toi, où tu veux.
Ce sentiment
de libération soudaine !

Mais un jour
on n’a plus la force.
Tu peux renoncer.
Un invalide
montre sa puissance !

Tout le monde est mort. L’enchantement, dissipé.
On ne voit plus un seul moineau.

Il est temps que les étoiles de la nuit
racontent ce qui s’est passé :

dans notre désir de Dieu
nous nous sommes tournés vers les ténèbres.

Lui a décidé
de passer
en silence.

*

Le pas (Steget)

Parfois,
quand on regarde un film
où tremble un long printemps,
un film
où des personnes vivantes sont impliquées,
le photographe peut arrêter le mouvement,
l’instant se fige,
tout devient immobile,
comme si quelqu’un l’avalait.
– une paix étrange s’empare de toute chose
            qui fut vivante.
C’est la Mort
qui fait que la vie retient son souffle,
jusqu’à ce que la machine se remette en marche
            et que la lumière s’allume.

Ô, frères humains, sortez de votre cachette !
La mort est seulement le premier pas.
Nous savons si peu de choses de la Vie. Le plus important reste inconnu.
Un seul petit pas et tout est transformé.

*

Celui qui vient (Han som kommer)

Il vient,
j’entends Ses pas
dans mon cœur.
Il approche,
c’est pour moi qu’Il est chemin,
Il monte l’escalier
où la nuit suit le jour,
où joie et tristesse se sont rencontrées
et saluées
comme des amies.

Il vient,
j’écoute Ses pas
avec une inquiétude, une angoisse croissante,
je sais ce que j’ai cassé,
et Il est celui qui me jugera.
Parfois j’ai rêvé
qu’Il attendait,
parfois qu’Il prenait une déviation,
mais cela ne dure jamais longtemps
avant qu’Il revienne.

Une fois qu’Il est arrivé
et se tient devant la porte et attend,
le temps et l’espace
sont transformés,
il n’y a plus de lumière
et les pas se sont arrêtés
            dans l’escalier.
Il reste là et attend que la clé
se fasse connaître.
Alors c’est le cœur du sceptique
qui refuse de rester.

Dans mon angoisse je crois
qu’Il ne peut savoir
que je suis à la maison.
Mais celui qui vient n’est pas un étranger
– c’est ce que je parais
toujours oublier.
Il vient !
J’entends Ses pas, peut-être pour la dernière
            fois.
Et les questions s’accumulent
autour de la Réponse
– comme l’obscurité
autour d’un chant d’oiseau.

Combien de temps reste-t-il ?
Pourquoi la fenêtre de l’escalier
est-elle opaque ?
Combien de temps, Seigneur ?
Avant que, franchissant cette porte,
tu n’entres dans la plus petite pièce
et de ta foi vaste comme la voûte des cieux
libères le nostalgique
            prisonnier.

*

En transit (På genomresa)

Il tomba
à travers tous les cieux
et trouva
une manière de vivre
que personne
n’avait essayée.

Aucune réponse
– mais un début.

Les sceptiques disent :
Il n’existe plus.
D’autres : Cette ère
entre deux vies !

Au milieu de l’inintelligence
le plus intelligent
est d’être inintelligent.

Les prières ne s’arrêtent pas aux étoiles.
Les prières vont jusqu’à Dieu.

Bâtis-toi un autel
            dans la colère !
Ô, vague,
avec la paix !

*

Comment peut-on dire… (Hur kan någon påstå…)

Comment peut-on dire
que Hölderlin n’aimait pas les paysans !
Seul un hypocondriaque,
un opportuniste
peut se tromper de manière si colossale.
Hölderlin aimait les paysans !
Il aimait tout le monde,
même celui qui voit des fantômes en plein jour,
le somnambule politique,
qui vit encore
et détruit encore la terre fertile
– sans être là !
Seul un hypocondriaque
peut dire une chose aussi contraire à la vérité
que Hölderlin, qui était lui-même une charrue,
n’aimait pas les paysans !

*

Tu n’es pas seul… (Du är inte ensam…)

Tu n’es pas seul, certes tu vas mourir
aussi dans les hauteurs tu vas mourir
penché sur ton propre lit de mort
tu peux suivre le combat incertain

*

Nous aussi nous avons la censure… (Vi ha censur nu…)

Nous aussi nous avons la censure :
des critiques qui pensent que leur goût
est le meilleur.

*

Crois-moi… (Tro mig…)

Crois-moi :
le monde va pourrir,
ignorant qu’il est
du seul sel
qui pourrait le sauver !

*

La liturgie des étoiles (Stjärnornas liturgi)

Comme des étoiles
tombent les moments brillants
dans notre vie.

Une main invisible
les arrange
en message
plein de sens :

Que les ténèbres qui couvrent notre pays
se changent en rayons de lumière !

Indicible bonheur
quand le matin passe de l’or
            à l’orange,
car la colère de Dieu dure un instant
mais Sa grâce dure toute la vie.

*

Les cercles (Cirklarna)

J’ai formé un cercle
excluant Dieu,
un cercle ridiculement petit
juste pour moi.

Mais l’Amour dans ce monde
n’a pas perdu son temps,
il traça un cercle plus grand,
dans lequel je suis inclus.

*

La prière d’un amoureux de Dieu (En gudslängtares bön)

Donne-nous Ta réponse, Seigneur !
Même si nous ne pouvons l’atteindre.

Ce pourrait être un chant
autour de la Terre.

Donne-nous Ta réponse, Seigneur !
Comme un drapeau de victoire on la voit au loin.

Dis seulement nos noms !
Nous nous tendons vers eux !

Toi qui vois de nouveaux cieux
dans chaque instant d’année-lumière.

Donne-nous ta réponse, Seigneur !
Toi pour qui nous sommes appelés à vivre.

*

Devant l’avenir (Inför morgondagen)

Un poisson dans un bloc de glace :
le Christ dans la théologie.
J’ose à peine y penser :
que se passera-t-il
si la glace fond ?

*

Chanson du soir (Kvällsvisa)

Marie à la fontaine se rendit
et s’y refléta.

Un ange vint,
leurs regards se croisèrent.

L’ange pria Marie :
« Reste ! »

Marie dit :
« Je dois y aller. »

C’était un soir d’été,
au coucher du soleil.

Le vent souffla
et l’eau rit.

L’ange
hésita.

Marie n’était plus là
mais restait près.

De lointaines étoiles
souriaient, deux par deux.

*

Au jour du jugement (På domens dag)

SEIGNEUR,
le vent est de plus en plus froid
dans l’existence,
un vent glacé
frappe tous les hommes,
et pas seulement ceux qui n’ont point de tête.
N’attends pas plus longtemps, SEIGNEUR !
Laisse-nous éprouver la chaleur
de Ton arrêt !

*

Fleur de la fenaison (Slåtterblomman)

Si tu veux danser, petite fleur,
laisse la faux t’embrasser !
Si tu veux danser, petite fleur,
laisse la faux t’embrasser !
Ah, bienheureuse es-tu de rester là,
libre des maux de la terre !
La prochaine fois que le vent viendra avec une couronne de fleurs,
à la dernière danse de l’été il te conviera.
Hé, petite fleur ! Dansons dans l’éclat de la fenaison !

*

Psaume d’inhumation (Begravningspsalm)

Certes j’aspire
à Notre Seigneur Jésus-Christ ;
de tout mon cœur je veux être
là où le Fils de Dieu manifestera
au-delà de tout dégoût
la gloire des Cieux.

Je porte l’habit du pèlerin,
la Terre ne m’est point précieuse ;
bien que le Fils de Dieu m’aide dans mon voyage,
je suis heureux de quitter ce monde.
Aussi, dans mon tombeau,
jetez tout ce qui est de la Terre !

Paix merveilleuse
quand mon Jésus
m’emmène dans son royaume
et dans la lumière de la grâce me purifie ;
une âme et un esprit
là-bas c’est tout ce que je désire.

*

Au pied de la montagne (På bergets fot)

Au pied de la montagne
l’anémone bleue
regarde le voyageur
qui a fini de marcher.

Alors les fleurs se répandent
en nombre infini
et le voyageur disparaît
dans le bleu.