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Pensées IX : Travail posté

« L’intolérance à ce type d’horaire [travail de nuit, « travail posté »…] est accentuée chez les personnes âgées (…) Aussi est-il important de ne pas l’imposer à cette partie de la population. » (A. Laville, L’Ergonomie, Que sais-je ?, 1993)

« Intolérance » s’entend ici au sens d’impact sur la santé : les personnes âgées sont davantage affectées par les dérèglements biologiques induits par ces formes de travail indépendantes du rythme nycthéméral ; elles se fatiguent plus vite, récupèrent moins bien, leurs relations familiales et sociales sont plus gravement perturbées… C’est pourquoi l’auteur cité, et d’autres avec lui, considèrent que ce genre de travail, qui permet aux équipements productifs de fonctionner sans interruption, jour et nuit, toute la semaine, et qui tend naturellement à se développer dans les économies avancées, ne doit pas être imposé aux personnes âgées. Or une telle conclusion ne tient pas la route.

En effet, si cette intolérance, telle qu’elle vient d’être définie, c’est-à-dire telle qu’elle se traduit par une diminution de la productivité individuelle, est bel et bien constatée, dans ce cas, dès lors que, même dans une moindre mesure, une telle intolérance est tout de même présente chez les travailleurs plus jeunes, il faut nécessairement adopter, pour savoir qui doit travailler dans ces conditions – dans le cas où l’entreprise pourrait choisir ou aurait à choisir ceux de ses travailleurs qu’elle met au travail posté ou au travail de nuit, jeunes, moins jeunes, personnes âgées –, il faut nécessairement adopter, dis-je, un raisonnement actuariel.

Si le travail posté produit, toutes choses égales par ailleurs, un effet négatif sur la productivité individuelle, il faut escompter l’apport de chaque personne à l’entreprise (à la collectivité) du jour j jusqu’à son départ en retraite, date à laquelle une personne cesse de présenter un apport quantifié à la collectivité. Il est plus rationnel pour la société de préserver une source de revenus futurs (ce que je viens d’appeler un « apport ») importante qu’une source de revenus minime. Or plus l’âge du travailleur est élevé, plus l’impact négatif des horaires de travail décalés sur les revenus futurs (« l’intolérance ») croît, certes, mais aussi plus le nombre d’années jusqu’à la retraite est court en règle générale, c’est-à-dire moins cet impact est important sur les revenus futurs, en raison de la contraction du temps d’activité futur avec l’âge.

Prenons un exemple numérique (avant de présenter une formule plus générale). Soit X l’apport annuel d’un individu à la collectivité, y l’impact du travail posté sur la productivité d’un individu (la somme ôtée à X chaque année) à cinq ans de la retraite (R – 5), et x l’impact du travail posté sur la productivité à dix ans de la retraite (R – 10), avec (ce qui traduit la phrase « L’intolérance à ce type d’horaire est accentuée chez les personnes âgées ») x < y (l’impact du travail posté à dix ans de la retraite est inférieur à l’impact du travail posté à cinq ans de la retraite).

Prenons les valeurs y = 2 et x = 1 (on fait l’hypothèse que la productivité individuelle est égale au départ pour les deux personnes en question ; qu’elle n’est impactée que par le travail posté ; que les personnes restent en travail posté jusqu’à leur départ en retraite), et calculons l’apport futur global de chacun des deux travailleurs.

Pour R – 5, on a X + (X-y) + (X-2y) + (X-3y) + (X-4y) = 5X-10y

Pour R – 10, on a X + (X-x) + (X-2x) + (X-3x) + (X-4x) + (X-5x) + (X-5x-y) + (X-5x-2y) + (X-5x-3y) + (X-5x-4y) = 10X-35x-10y

Pour la simplicité de l’exemple, nous avons considéré que l’impact du travail posté sur la productivité individuelle ne s’aggravait que de cinq ans en cinq ans (ce qui est une façon simple de traduire l’idée que cet impact est de toute façon croissant avec le temps).

On voit ici que, pour R – 5, c’est-à-dire pour un travailleur à cinq ans de la retraite, le travail posté qui lui est imposé fait perdre, toutes choses égales par ailleurs, 10y à la collectivité, soit 20. Pour R – 10, le travail posté fait perdre 35x + 10y à la collectivité, soit 55 > 20. Si l’entreprise a le choix, au temps t, d’affecter l’un des deux à un travail posté, elle a intérêt à choisir le plus âgé, et c’est un choix que doit approuver la collectivité dans son ensemble, dans la mesure où l’abaissement de la productivité individuelle signifie une perte de revenus escomptables tant pour l’entreprise que pour la collectivité.

En termes généraux, le phénomène peut être décrit comme suit (merci à Fabrice Boucharel pour sa contribution).

X(0) = X0 – Y(0) : apport théorique – impact du travail posté pour année 0.
X(1) = X0 – Y(1)
X(2) = X0 – Y(2)

…

X(n) = X0 – Y(n) où n est l’étape à laquelle la personne arrête de travailler.
L’apport et l’impact étant fonction du temps, on a

X(t) = X0(t) – Y(t) où Y > 0 croissant

Perte d’apport :

D(t) = Y(0) + … + Y(t)

Suivant l’hypothèse d’un impact Y(t) en proportion de X0(t), l’apport est le suivant :

X(t) = X0(t) – Y(t)

avec Y(t) = p(t) · X0(t), avec p dans [0,1] croissant.

Soit

X(t) = X0(t) – p(t) · X0(t) = (1 – p(t)) · X0(t)

Perte d’apport :

D(t) = p(0) · X0(0) + … + p(t) · X0 (t)

Ces considérations pourraient servir, à l’appui de données suffisantes, à déterminer, pour les entreprises, l’âge optimal de mise en travail posté. (En réalité, les gains que permettent le fonctionnement sans interruption des équipements ainsi que le travail posté dépassent largement les diminutions de productivité individuelle, et par conséquent de telles conditions de travail se généralisent partout. Le raisonnement précédent doit servir, au cas où les pouvoirs publics, par exemple, voudraient obliger les entreprises à dispenser de travail posté certains de leurs travailleurs, à indiquer que les travailleurs dispensés devraient être jeunes plutôt qu’âgés, car ce raisonnement a montré que le choix de dispenser les travailleurs âgés serait alors collectivement sous-optimal.)

On a vu qu’il était rationnel, pour une entreprise comme pour la collectivité dans son ensemble, que, plus le travailleur est vieux, plus il lui soit demandé de souffrir. On peut dire que c’est le prix à payer pour la non-défection par rapport à un système inhumain : il est normal, il est même moral, que celui qui a plus longtemps omis de faire défaut paye plus cher que celui qui a omis de le faire depuis moins longtemps, c’est-à-dire que celui qui n’a pas encore démontré avec autant de constance son entêtement à rester dans un système inhumain. G. B. Shaw dit que l’impératif catégorique des travailleurs est de choisir l’assistance sociale plutôt que le travail (avec cette conséquence qu’un tel impératif exclut la survivance du système capitaliste). Faire défaut sur la défection est moralement très grave.

Voyez mes autres Pensées (IV, V, VI, VII) sur la façon dont il faut apprécier le travail humain à l’ère des possibilités d’automation complète.

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Grands travaux (où l’on verra qu’il n’est point de petits travaux). Si, chaque jour, 50 000 Français se coupent volontairement un doigt, cela fait 50 000 opérations chirurgicales par jour (qui peuvent être réalisées après une rapide formation en couture). Quand les 70 millions de Français se sont chacun coupé un doigt, on passe à un deuxième doigt. Ainsi est-on sûr de pouvoir soutenir l’activité et la croissance un bon moment (ou plutôt un mauvais moment). C’est la « Bidoche Economy ». (On peut même préposer des gens à couper les doigts, et les autres membres ensuite, pour soutenir le pouvoir d’achat et la consommation. Tout est possible pour une société qui ne manque pas d’imagination.)

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Quand je pense que la femme de bureau (femme-organisation) est un être émancipé, je deviens misogyne. (Je ne me pose pas la même question pour l’homme, car je sais que l’homme de bureau est un être aliéné.) (Pour une définition de l’homme-organisation, voir Pensées VII).

On ne naît pas femme-organisation, on le devient.

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Laissez faire… la politique monétaire.

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La machine intelligente est-elle dangereuse pour l’homme ? Wille und Vorstellung : volonté et représentation. La machine ne peut vouloir que ce qui lui est demandé. Est-ce trop « optimiste » ? Pour répondre par l’affirmative, il faudrait considérer que nos propres représentations ne donnent pas seulement des directions à notre volonté mais aussi qu’elles fondent celle-ci, c’est-à-dire que la volonté qui reçoit un stimulus, d’après lequel, selon sa tendance propre en tant que volonté, elle agit, ne préexiste pas au stimulus, que ce dernier la crée, ce qui n’a pas de sens. Ses représentations ne pourraient-elles donner à la volonté de la machine intelligente une direction différente de celle que lui a donnée le programmeur ? Selon Schopenhauer, la volonté est ce qu’est l’homme en soi, ce qu’aucune de ses représentations ne peut altérer (au contraire, ses représentations, la façon dont il voit le monde, sont déterminées par la tendance de sa volonté). La volonté de la machine, comme celle de l’homme, est immuable : si elle est programmée pour vouloir que ma maison reste propre, jamais aucune de ses représentations ne lui donnera une autre volonté que celle-là, par exemple celle de me tuer pour devenir le maître de la maison à ma place. (Remarque. Une machine intelligente pourrait décider que m’assassiner est la meilleure façon de garder ma maison propre, si elle perçoit que je suis la principale cause de saleté dans la maison ; en fait, elle ne sera pas programmée pour « garder la maison propre » mais, très précisément, pour « éliminer la saleté sous forme de poussière, taches de graisse, etc. » Un esprit facétieux répondra que je suis moi-même une tache de graisse, ou que je ne suis, en tant qu’homme, que poussière : la machine ne m’éliminera tout de même pas, car on lui fournira des indices métriques et autres indiquant quelles taches et quelles poussières entrent dans le champ de son activité.) L’intelligence n’agit pas sur la tendance de la volonté. Ce qu’apprendra une machine ne changera pas sa volonté. Seule la notion erronée, illusoire de libre arbitre fait craindre la machine intelligente. Si une machine intelligente criminelle existe un jour, dont la volonté est de détruire l’humanité, et si elle apprend à fabriquer pour cela une armée de machines intelligentes criminelles, elle aura été créée par un esprit humain.

Il faut prévenir une autre objection également. Selon cette dernière, si une machine est intelligente, elle doit posséder une conscience de soi, et par conséquent une sorte d’instinct de survie qui la conduirait à s’opposer à toute volonté contraire à cet instinct, un instinct qui serait amené à prévaloir sur le programme de la machine et rendrait cette dernière entièrement incontrôlable, n’obéissant plus qu’aux impératifs de sa survie individuelle. La réponse est la suivante. L’instinct de survie chez l’homme est une conséquence de sa constitution génétique : c’est le gène, en tant que « réplicateur » (R. Dawkins, 1976), qui se sert de l’individu comme d’une « machine pour survivre » (survival machine, id.) et se répliquer. Une machine artificielle, même intelligente et consciente de soi, n’est pas un support de réplicateurs ; elle n’a, a priori, pas d’instinct de survie.

Ne peut-on envisager une machine tellement intelligente qu’elle chercherait à tout prix à protéger son intelligence – car celle-ci lui apporterait, comme à l’homme intelligent, une jouissance purement intellectuelle – et pourrait être amenée à considérer l’humanité comme une menace ou une gêne vis-à-vis de cette jouissance ? Je n’ai pas de réponse à cette question, qui, en tout état de cause, nous projette dans un futur bien éloigné, eu égard aux minces réalisations de l’intelligence artificielle à ce jour. Il faudrait en tout cas que cette machine ne soit pas programmée pour une tâche spéciale mais conçue comme une machine à apprendre, à connaître. Peut-être, si l’humanité parvenait à créer une telle machine, aurait-elle le même destin que le singe qui fut son ancêtre. Or ce singe n’avait même pas l’excuse de l’intelligence : il a disparu, en évoluant vers la forme humaine, en dépit de ses réplicateurs prépotents. À plus forte raison peut-on considérer que la vocation de l’homme actuel est une évolution de cette sorte, évolution vers une pure intelligence – qui ne serait plus une survival machine pour gènes –, une pure intelligence dont le destin serait à tout jamais émancipé du jeu des mutations et de l’environnement.

8.6.14

Pensées VIII : Intelligence et Société

Prenons les statistiques des accidents de la route, le nombre d’accidents par véhicule et par an, dans différents pays. Pour des pays ayant un nombre de véhicules par habitant comparable, des différences, s’il en existe – car j’écris cela sans connaître précisément aucunes statistiques – sont de nature à avoir des implications substantielles. Être un bon conducteur exige un certain nombre de qualités, telles que l’attention, les réflexes, les capacités visuo-spatiales…, fortement corrélées, selon les spécialistes, avec l’intelligence. Être un bon conducteur, bien doté au regard de ces capacités, est un moyen d’éviter les accidents de la route, mais cela ne suffit pas, si les autres conducteurs sont dangereux. Une personne qui irait vivre dans un pays avec trois fois plus d’accidents de la route mortels par véhicule et par an, aurait, s’il prend sa voiture avec la même régularité que dans son pays d’origine, trois fois plus de chances de mourir sur la route. C’est quelque chose qui ne dépend pas d’elle. Cette personne ne change pas, mais son environnement a changé : c’est un environnement plus dangereux. Il y a comme cela beaucoup de choses qui ne dépendent pas de nous, et qui ne sont pas non plus seulement la « faute à pas de chance », mais qui dépendent beaucoup de la collectivité humaine qui nous entoure. (Bien sûr, il convient d’ajuster ce qui vient d’être dit, concernant la conduite, en fonction des autres facteurs pouvant entrer en ligne de compte, tels que les différences climatiques qui rendraient la conduite plus difficile dans tel pays que dans tel autre.)

Si nous envisageons un agent rationnel souhaitant optimiser son espérance de vie, nous devrions le voir examiner les statistiques des accidents de la route pour aller vivre là où elles sont les moins dramatiques, et non seulement les statistiques des accidents de la route, mais aussi celles des accidents du travail, des accidents industriels, des accidents domestiques, de la criminalité, etc, etc. Par ailleurs, un individu ne se mêlera pas sans inquiétude à des gens dont il perçoit que certaines défaillances pouvant leur être imputées lui font personnellement courir un risque. Partager sa vie avec une personne négligente et irresponsable est tout simplement dangereux ; avoir des enfants avec une telle personne est dangereux pour les enfants.

Ce paradigme vaut dans toutes les situations humaines. Il n’y a pratiquement rien, dans ce qui regarde le déroulement de ma vie, qui ne dépende que de moi seul ; pratiquement tout dépend, dans nos sociétés avancées, d’un état moyen de la collectivité. Dans le monde du travail, une bonne organisation des tâches dépend de l’intelligence consacrée à cette organisation. La société française, bien qu’elle n’ait jamais procédé aux tests d’intelligence à l’échelle qu’ont pu connaître un pays comme les États-Unis, ne méconnaît pas ce principe. Prenons l’exemple de la bureaucratie. Le personnel de cette bureaucratie est recruté par concours. Un des concours les plus prestigieux est celui de l’École nationale d’administration (ENA), qui prépare aux plus hautes carrières de la fonction publique. L’expérience professionnelle ne joue pratiquement aucun rôle : celui qui entre à tel niveau hiérarchique, à la suite de tel concours, évolue dans certaines limites bien définies, qu’il ne peut franchir que par concours interne, c’est-à-dire en passant au cours de sa carrière le concours supérieur qui lui ouvrira un nouveau champ de postes et de responsabilités, lui aussi limité en fonction du concours. L’idée sous-jacente à un tel système correspond parfaitement aux conclusions des travaux spécialisées en tests mentaux, à savoir que l’expérience professionnelle ne compense pas l’intelligence. Les concours sont une sorte de tests d’intelligence dont le résultat a quelque chose de définitif. Les connaissances acquises dans le cadre de la préparation à ces concours, très juridiques et théoriques, sont assez souvent dépourvues de lien avec les fonctions qui seront occupées par le fonctionnaire, surtout lorsque ces fonctions sont des fonctions de gestion. Les énarques partagent d’ailleurs souvent les responsabilités avec des fonctionnaires issus des grandes écoles d’ingénieurs, dont la formation scientifique, même ultra-théorique, est à juste titre considérée comme plus adaptée aux tâches managériales ; les cursus scientifiques comme les tâches managériales sollicitent surtout la partie dite visuo-spatiale de l’intelligence, tandis que le travail de juriste sollicite surtout la partie dite verbale. (Si une administration recrutait des juristes pour occuper à la fois des postes de juristes et des postes de gestionnaires, sa gestion serait calamiteuse.)

Il se trouve que la Cour suprême américaine a interdit aux entreprises et administrations de recourir à des tests d’intelligence généraux pour leur recrutement. Je n’entre pas ici dans les considérants d’un tel jugement, me contentant de donner ce conseil aux entreprises françaises qui souhaitent améliorer leurs rendements : faites passer des tests de QI. Aucun jugement, à ma connaissance, ne l’interdit en France, et le résultat est garanti. Selon les spécialistes américains de ces questions, ni les diplômes, ni l’entretien, ni l’expérience ne sont aussi fortement corrélés à la productivité que les résultats d’un test de QI.

Le jugement de la Cour suprême américaine est d’ailleurs largement sans effet, puisque de nombreuses écoles et universités américaines demandent aux postulants de passer des tests standardisés, par exemple, pour les écoles de commerce, le GMAT, dont les deux parties, Verbal et Quantitative, renvoient aux capacités dont j’ai parlé plus haut, verbale et visuo-spatiale. Il est vrai qu’il est possible de recevoir une préparation à ce test GMAT, dans des centres spécialisés, avec des manuels ad hoc, mais, chose singulière, une préparation aux tests d’intelligence peut également avoir de l’effet sur leurs résultats – ce qui d’ailleurs laisse planer un certain doute quant à la façon dont sont produits et administrés ces tests d’intelligence, ou certains d’entre eux. Quoi qu’il en soit, les tests autorisés tels que le GMAT sont un moyen parfaitement simple et peu coûteux pour ceux qui les commandent d’évaluer des candidatures de pays divers, au-delà des diplômes, difficilement comparables entre eux.

Les Français ont eux-mêmes passé des tests d’intelligence sans le savoir. Ceux qui ont fait leurs « trois jours » de préparation militaire dans les années quatre-vingt-dix ont dû, comme moi, jouer à de petits jeux électroniques en cabine. La mesure des réflexes et autres ainsi collectée est très fortement corrélée à l’intelligence, si bien que l’armée connaît (ou pourrait connaître) le niveau d’intelligence des Français bien mieux que n’importe quel centre universitaire d’anthropologie ou de sciences sociales. Ce sont ces réflexes qui jouent un grand rôle dans la productivité. Recrutez sur QI et vous aurez des équipes de travailleurs à la vitesse d’exécution homogène, ce qui vous permettra de gérer vos activités de la manière la plus fine ; en continuant de recruter sur le diplôme et la bonne mine, vous continuerez d’avoir des équipes hétérogènes, l’organisation du travail restera un véritable casse-tête et ne satisfera jamais personne.

Laissez les autres se faire peur avec Brave New World et recrutez sur QI, ou plutôt, joignez-vous au chœur, dénoncez la pseudoscience avec les journalistes et écrivains sans formation scientifique, mais recrutez tranquillement sur QI, tant que c’est encore légal en France. Le jour où cela ne le sera plus, vous aurez fait ce que vous aurez pu pour maintenir l’emploi, et vous passerez tranquillement à l’automation complète de votre production. Car il est évident que tout ce que je propose là n’est que par défaut : il n’y a pas de productivité comparable à celle des machines.