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Les singes de Sodome et le fongus panspermiste : Poèmes
Orgies égyptiaques
Les fils de Râ cachaient dans leurs temples sacrés,
Tout au fond des naos, d’étranges créatures,
Des monstres qu’ils vêtaient de longs manteaux dorés,
Se livrant avec eux à d’infâmes luxures.
C’étaient des nains bossus et des hommes-poissons
Pêchés dans les marais, et, pris dans les buissons,
Les bosquets du Nil blanc et forêts de Nubie,
Les déserts verdoyants de l’humide Libye,
Des singes nus ailés, au stupre sidérant.
Les matrones couraient se faire, aux temps d’orgie,
Monter par ces babouins de tératologie.
Ces rites ont passé jusqu’à Louis-le-Grand.
*
Singes
Célimène, mon cœur ! ce pays est pourri.
Les singes au pouvoir, s’ils découvraient vos courbes,
Voudraient me dépouiller d’un objet si chéri,
Tant ils sont vicieux, concupiscents et fourbes.
Ils voudront caresser de leurs longs doigts velus
Vos appas rebondis et doux, ces crépelus
Anthropoïdes nains ! Après tant d’onanisme,
Ils ne peuvent jamais émouvoir votre cœur,
Ils pensent que la force en amour est vainqueur,
Ils veulent polluer votre exquis organisme !
*
Fongus
Les singes au pouvoir, rongés par un fongus
Parasite venu de très loin dans l’espace
(Panspermie), introduit en eux via l’anus,
Nous paraissent vivants mais sont une carcasse
Délabrée éructant les mots du champignon
Ou de la moisissure attaquant le fignon,
Les intestins, le sang, le chyle et la cervelle
Qui les contrôle. Il fait applaudir ce navrant
Spectacle monstrueux de tout Louis-le-Grand,
Gymnase devenu formidable poubelle.
(ii)
Par l’anus des babouins au pouvoir est entré
Un fongus de l’espace affamé qui les ronge !
Nous sommes subvertis par l’intestin chancré
Des politiciens, et notre pays plonge
Dans le chaos, aux chants de rampants bacheliers
Ignorant le danger pour leurs boyaux culiers
De se joindre au cartel à cause de leurs mères,
Dont les aïeules sont les prêtresses d’Isis
Qui servaient aux plaisirs des mânes d’Anubis,
Égayaient les babouins de leurs amples derrières.
(iii)
Ce fongus xénomorphe entré par le fignon
Fait en quatre ou cinq jours de son hôte un zombie
Soumis aux idéaux moussus du champignon,
Accusant d’anarchisme et de xénophobie
La population à longueur de discours,
Bavant, vitupérant, au ra plat des tambours.
Le ministre babouin parasité s’exclame,
Vomissant des vapeurs de spores, du limon
Sulfurique, sa peau pareille au goémon ;
On ne comprend plus rien, Louis-le-Grand acclame.
*
La grande chauve-souris
Quand les babouins rongés par le fongus vireux,
Les crocs dégoulinants et le mufle morose,
Sont enfin devenus suffisamment nombreux,
Ils ouvrent dans les monts glacés la faille close
Que nos pères avaient condamnée à toujours…
Et cherchant dans les plis, les sinueux détours
De la baume hantée un être qu’ils ignorent,
Ils réveillent au fond des méandres pourris
Leur idole vivante, une chauve-souris
Géante, maléfique, et prostrés ils l’adorent.
*
Lycée Bacchanale
Un des rares bijoux de l’immense banlieue
Où passer quelques ans peut n’être point perdu :
Pour cela les parents doivent faire la queue
Au cadastre et payer le tribut foncier dû.
Alors les rejetons s’en donnent à cœur joie,
Le bocard de Mme Alibaba festoie
Avec ces bons à rien ; c’est le chemin tracé
Vers les salons pompeux, la carrière publique,
Le sommet de l’affiche. Et surtout, règle unique :
Pas un mot de travers ou tout est exposé.
Louis-le-Grand précède l’essence: Dizains
Louis-le-Grand précède l’essence
« La province est si plate et morne, philistine »,
Chantent nos écrivains après Louis-le-Grand,
« Que mon dégoût pourrait en faire une tartine,
Un gros livre de tout ce néant écœurant.
Car je n’ai pas choisi de voir le jour à Dole,
Je décidai de naître à mon gré : dans l’école.
Et cela conduit loin, au moins jusqu’au Marais.
C’est toujours à Paris que naissent les génies.
Au-delà du périph s’ouvrent les colonies.
Qu’au Flore avec bonheur de miettes je mourrais ! »
*
Inventaire à la Louis-le-Grand
C’est tout de même assez drôle, même hilarant.
Nos écrivains ont beau, verbe haut, face blême,
Avoir quasiment tous purgé Louis-le-Grand,
C’est Prévert, qui n’a pas fait d’études, qu’on aime
Chez les Français… Pourquoi, pourquoi me dire alors
Que mes vers, désuets, me laissent en dehors
Du grand courant où tout est balayé, surnage,
Puisque vous n’êtes pas davantage goûtés,
Quasiment, dans le fond que moi, vous qui sortez
Du noble incubateur, par la plèbe sauvage ?
*
Pisciculture
Il raconte sa vie amusante au lycée
Comme s’il s’agissait d’une boîte lambda,
Celle de ses lecteurs, et sa vie est censée
Refléter notre vie à nous autres. Juda !
Oui, l’établissement de ce hideux potache
Est depuis deux cents ans et plus – c’est ce qu’il cache –
Le seul accès possible au statut d’écrivain,
Dans ce pays rongé par l’entre-soi fétide.
Et de l’extrême gauche à l’extrême insipide,
C’est dans un même trou que croît cet alevin.
*
Négritude
Ils disent t’admirer, poète Aimé Senghor,
Pour ce que tu nommas un jour ta négritude.
C’est ce qu’ils disent tous, en le répétant. Or
Tu n’existerais pas, nonobstant l’amplitude
Diffuse de ton vers et son bruit effarant,
Si tu n’avais écrit depuis Louis-le-Grand,
Où tu ne fus pas plus tropical, exotique,
Pour eux, que vos amis de Limoges, de Tours
Ou de Montbéliard, les sonores tambours
De ces patois locaux au timbre drolatique.
Sur Aimé Senghor, voyez aussi ce billet de poèmes.
