Journal onirique 7

Période mars-avril 2020. (Suite de mon journal onirique de confinement.)

Les initiales des prénoms ont été randomisées par des jets de dés.

« le coefficient métaphysique du citron » (Jean-Paul Sartre, L’être et le néant)

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Une amie est dans la neige jusqu’au cou, c’est-à-dire que la neige doit avoir environ 1,60 mètre de profondeur à l’endroit où elle se tient. Or elle se tient au bord d’un dénivelé abrupt, où la neige recouvre un trou de 5 à 10 mètres bien qu’en surface rien n’y paraisse : comme la surface de la mer est égale à elle-même quelle que soit la profondeur qu’elle couvre, la couche de neige est étale aussi loin que porte le regard. Nous connaissons toutefois la présence de ce trou et savons que notre amie tomberait dedans si elle avançait ne serait-ce que d’un pas. Les autres membres du groupe considèrent donc que l’endroit est dangereux, mais je ne partage pas leur point de vue et, pour montrer qu’il n’existe aucun danger, je saute dans la neige à l’emplacement du trou.

M’enfonçant dans la neige, qui résiste à peine, je ne suis soudain plus aussi sûr de moi, car ce qui m’apparaît au contraire de plus en plus clairement tandis que je m’enfonce, c’est que je vais tomber jusqu’au fond du trou et qu’une fois au fond je n’aurai aucun moyen de remonter à la surface car la neige n’offre aucune prise tout en n’opposant pas la moindre force à la gravitation : je vais donc mourir étouffé sous la neige, qui se referme sur le tunnel que je creuse en m’enfonçant.

Je me réveille donc pour ne pas me voir mourir. En écrivant ces lignes, je comprends que cette folie m’avait paru sans danger parce que j’imaginais que je pourrais nager dans la neige comme dans l’eau et donc remonter à la surface en nageant.

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Fanric the London Charismatic : c’est le nom de scène d’un artiste dont le spectacle consiste à faire monter sur scène des personnes du public pour les étrangler. Certains meurent, et, parmi ceux auxquels il laisse la vie, quelques-uns perdent la parole à tout jamais.

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Pour me rendre à un concert en plein air dans une région de France qui m’est entièrement inconnue, je loue une chambre d’hôtel dans un village de cette contrée reculée. Avant d’aller au concert, je dîne au restaurant de l’hôtel. Au moment de payer les 12,40€ de l’addition, je ne trouve dans mon portefeuille que des billets de monnaies étrangères. Je prends un temps fou à chercher des euros (car j’ai bien cru en voir au moment où j’ouvrais mon portefeuille), tout en maugréant contre la paperasse inutile que j’ai accumulée. La serveuse qui attend est d’une extrême patience, mais ma recherche est vaine. J’avise N. qui se trouve dans le même hôtel et le prie de me prêter de l’argent, ce qu’il accepte ; il me donne 13 euros, incluant un pourboire, et j’obtiens également de lui un billet de 50 pour la soirée.

Je paye la serveuse et lui demande de bien vouloir m’appeler un taxi car le concert doit avoir lieu dans un autre village ou dans la campagne avoisinante. Elle me répond qu’il n’y a pas de taxi et que je vais devoir m’y rendre à pied. Devant l’effet de cette complication inattendue, elle me dit qu’elle veut bien m’accompagner au concert. J’accepte de grand cœur.

Nous sortons. C’est le soir et le village est très animé, beaucoup de monde est assis aux terrasses des cafés et l’on entend de la musique un peu partout. Nous sommes comme deux amoureux qui se promènent au milieu d’une fête villageoise et, ainsi transformés, nous décidons au bout d’un moment de retourner à ma chambre. Or ce n’est pas gagné car la demoiselle se métamorphose aussitôt en petit insecte noir que je ne dois pas perdre de vue et qu’il me faut même guider, comme un chien de berger guide des moutons, car l’insecte a tendance à aller de droite et de gauche plutôt que tout droit vers l’hôtel. Qui plus est, je dois éviter que l’insecte se fasse piétiner par la foule. J’y parviens plutôt bien jusqu’au moment où l’insecte entre dans une boutique de souvenirs, ouverte cette nuit-là, et où deux vieilles tenancières menacent de l’écraser. Je suis obligé de m’opposer à leurs tentatives, passant à leurs yeux pour un fou furieux, tout en cherchant à faire sortir l’insecte de la boutique tandis que les deux vieilles s’en prennent à moi. Dans cette situation confuse et dangereuse, l’insecte déploie ses ailes et s’envole ; on dirait à présent un cousin noir ayant sur le ventre une lumière comme de luciole. Je parviens à l’engager de nouveau dans la rue, où il rétracte ses ailes et reprend son chemin au sol sous sa précédente apparence d’insecte rampant.

Nous arrivons devant l’hôtel, où la porte de ma chambre se trouve directement sur la rue, et croyant voir l’insecte, de plus en plus minuscule, se glisser sous la porte, j’ouvre et referme aussitôt celle-ci après être à mon tour entré. Toutefois, dans la chambre, je ne vois pas l’insecte, et mes recherches ne donnent rien. Réalisant que j’ai perdu sa trace, je reste apathique, jusqu’à ce qu’on frappe à la porte : c’est elle, à nouveau sous forme humaine. Elle est triste que je ne sois pas allé la trouver dans sa chambre ; tout en lui présentant des excuses, je lui fais remarquer que nous avions convenu d’aller dans la mienne.

Je me retrouve étendu sur elle, à savoir, sur son dos nu, et pour me donner des forces (comme si je n’avais pas déjà dîné) je commence par manger – dans cette position – un gros hamburger rustique garni de frites. (Les frites sont dans le hamburger lui-même, comme dans les excellents kebabs-baguettes que prépare dans la réalité, qui dépasse parfois la fiction, la boulangère d’origine maghrébine de mon quartier.) Soit parce que j’ai une faim de loup, soit pour en finir au plus vite, je dévore le burger dans la plus grande précipitation, faisant tomber des frites un peu partout, en particulier sur les cheveux blonds et les épaules de la demoiselle, qui cherche par conséquent à me modérer : « Vas-y doucement ! »

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En utilisant une gazinière de cuisine, je remarque un dysfonctionnement : quand je ferme le gaz d’une certaine plaque avec le bouton tournant, cela allume en même temps le gaz d’une autre plaque, que je suis alors obligé de fermer à son tour. Jusque-là rien de bien grave. Seulement, la fois suivante le problème est plus aigu : quand je ferme le gaz de la même plaque, le gaz de l’autre s’allume et le bouton pour fermer le gaz de celle-ci est à présent lui-même situé dans les flammes du gaz, donc inaccessible à la main. Je demande son aide à S. Avec un sécateur, il coupe un fil gainé qui dépasse de la gazinière de quelques centimètres, réduisant sa taille. Cela suffit à couper le gaz, mais la gazinière nécessite de toute façon une réparation et je vais être obligé de faire venir un technicien. L’ampleur des travaux à venir (c’est mon ressenti dans le rêve mais il n’est pas guère différent de ce que serait mon ressenti réel devant une situation de ce genre) m’accable.

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Les autorités saisissent l’occasion d’une invasion extraterrestre supposée (supposée car les aliens se cacheraient parmi nous) pour suspendre indéfiniment les libertés publiques. Qui plus est, les moindre amendes policières et judiciaires sont désormais assorties de privation complète de tous les droits. C’est ce que j’apprends chez le buraliste, la patronne parlant avec un client d’un décret gouvernemental d’application immédiate venant d’être pris. Au lieu de faire l’achat pour lequel je venais, je ressors discrètement, en espérant que personne ne m’a remarqué. Parce que je viens d’être condamné à une amende, je n’ai d’autre choix que d’entrer en clandestinité.

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Un certain compte Twitter anonyme annonce et suit tous les déplacements, officiels et privés, du président de la République française, avec un grand nombre d’informations et de détails concernant notamment les itinéraires. Je suis un des nombreux abonnés de ce compte, ce qui me cause une inquiétude permanente parce que, selon la rumeur et même des déclarations plus ou moins officielles du côté français, il s’agit d’un compte russe, alimenté par des hackers à la solde du pouvoir russe et cherchant à déstabiliser la France ; plus précisément, il s’agirait d’une conspiration visant à permettre, par les informations publiées, à tout individu mécontent et déterminé d’assassiner le président français. Il est donc à craindre que les autorités françaises cherchent à s’en prendre aux abonnés de ce compte.

Un jour, tandis que le compte Twitter suit en direct un bain de foule du président, il annonce que ce dernier vient de quitter avec son épouse le trajet officiel et que, ce faisant, il est sorti du dispositif de protection prévu, n’étant plus suivi que par deux gardes du corps. Le compte indique l’endroit précis où cela se passe et invite ceux de ses abonnés qui habitent le quartier à se rendre sur place sans tarder, avant que le président ne regagne le trajet officiel. Comme j’habite à deux pas, je sors ; quand j’arrive à l’endroit indiqué, le président a repris le parcours officiel et se trouve donc de nouveau placé sous protection maximale.

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Scènes de la vie de l’écrivain espagnol Miguel de Unamuno.

Un Unamuno vieillissant écrit dans son journal qu’il a refusé pour la première fois une invitation sexuelle. Cette scène entache mon estime pour l’écrivain et, au-delà, pour l’ensemble des hommes de lettres, qui profiteraient de leur succès et notoriété pour s’accorder toutes les gratifications de la chair. Non, je le confesse, sans une pointe d’envie, j’y vois une trahison de la vie de l’esprit qu’ils sont censés mener, et leur activité m’apparaît soudain comme une simple fraude. Mais passons.

Unamuno se rend ensuite à son club de boursicoteurs, où il sait devoir trouver un nouveau voisin à lui, un certain Sprandel, auquel il souhaite parler d’un mur mitoyen qui, faute d’entente, pourrait valoir un procès à Don Miguel, ce qu’il souhaite éviter. Voyant que Sprandel, déjà sur place et que Don Miguel identifie dès son entrée au club, ne se mêle à aucun des groupes de boursicoteurs présents, se contentant de donner des ordres d’achat et de vente solitairement depuis son banc, et visiblement sans beaucoup d’entrain, Unamuno se dit : « Voilà un homme à mon goût. » Il le salue et aborde sans tarder le sujet du mur mitoyen mais se fait rembarrer ; le nouveau voisin entend aller jusqu’aux extrémités.

Tandis que Don Miguel rumine cette déconvenue dans un coin du club, un inconnu se présente à lui. Cet homme, le père de l’une de ses étudiantes, tient à la main une copie d’examen de sa fille annotée par le professeur Unamuno ; le père objecte au contenu de ces annotations, qu’il trouve insultantes. Il semblerait en effet que le professeur y ait exprimé son goût (déplacé) pour la jeune femme. Loin de chercher à s’expliquer, encore moins à s’excuser, Don Miguel déclare simplement être prêt à se battre en duel avec le père de l’étudiante. L’autre n’insiste pas et se retire, tout en affirmant qu’il ne laisserait pas insulter sa fille plus longtemps, ce qui signifie sans doute qu’il l’empêchera désormais de suivre les cours du célèbre professeur.

(Je suis désolé, pour les admirateurs d’Unamuno, qu’il incarne le personnage central de ce rêve à charge contre les célébrités littéraires. Le seul livre, je l’avoue, que j’ai lu de lui, En torno al casticismo, m’a paru excellent.)

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La police est désormais assurée par des drones d’aspect sphérique, armés et équipés d’ordinateurs et de vocalisateurs, les rach-ID. À mon réveil, je développe l’acronyme : « robot d’approche en communauté habitée – identification détaillée ». L’identification de personnes par le drone est dite détaillée car le drone possède un logiciel de reconnaissance faciale ainsi que toutes les bases de données utiles. Il peut procéder à l’arrestation de personnes grâce à son équipement : Taser, fléchettes somnifères (comme celles qu’utilisent les zoologues pour endormir des animaux sauvages), filet… En cas de fuite en véhicule, il peut se cramponner sur le toit et indiquer sa localisation à une brigade d’intervention qui prendra le relais ; s’il se fait détacher du véhicule, voire détruire, il peut libérer sur la carrosserie un gaz, un gel ou une peinture qui prend en charge cette fonction d’émission et géolocalisation, c’est-à-dire qui possède des propriétés électroniques.

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Comme il m’est arrivé de le rêver déjà plusieurs fois, je me retrouve la bouche pleine de rognures d’ongle (a priori mes propres rognures d’ongle, bien qu’il y ait beaucoup plus de rognures que mes doigts n’en peuvent fournir), et je suis donc obligé de les cracher. Or cracher ne permet pas de me débarrasser de toutes les rognures, certaines restant collées au palais, sur la langue, etc.

Je ne me ronge pas les ongles dans la réalité ni ne me les suis jamais rongés, une pratique qui passe pour un symptôme d’anxiété. Les rognures que je mâche en rêve ne sont en rien différentes de celles que je « récolte » – pour les mettre à la poubelle – quand je me coupe les ongles au coupe-ongles.

« C’est dans l’angoisse que l’homme prend conscience de sa liberté ou, si l’on préfère, l’angoisse est le mode d’être de la liberté comme conscience d’être, c’est dans l’angoisse que la liberté est dans son être en question pour elle-même. » (Sartre, L’être et le néant)

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Je me rends chez une amie récente dont je ne sais rien encore mais avec qui j’espère beaucoup devenir plus intime. Elle habite, depuis la mort de son père, qui fut un politicien connu, le manoir d’un oncle musicien avec ce dernier. Ce jour-là, l’oncle musicien, à qui je suis présenté, vient de composer une curieuse chanson qui se joue sur les deux cordes les plus aiguës de la guitare et dans la partie la plus aiguë du manche, et qui n’est pas sans un certain charme irréel, envoûtant. Il l’a composée pour sa jeune nièce, car j’apprends seulement maintenant (tant je suis ignorant de la culture pop de mon époque) qu’elle est une personnalité réputée du monde de la chanson, connue en particulier pour son titre Le Grand Zaddok, qu’elle chante en portant une sorte de casque antique et une robe blanche qui lui donnent l’apparence d’une prêtresse barbare. Or je découvre que ce titre est bel et bien une référence cryptique à un culte ancien, secret et criminel dont elle est la dernière grande prêtresse en date, ce que, naturellement, le grand public ignore. De nombreux députés sont membres de ce culte.

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Au terme d’une soirée, je cherche à rentrer en banlieue à vélo. Sur le chemin, je suis abordé par une bande de jeunes noirs aux intentions clairement malveillantes. Leur groupe me contraint à rouler à la vitesse où ils marchent, et l’un d’eux en particulier est chargé de me faire réagir à ses questions agressives de la manière plus ou moins offensante qui les « contraindra » à m’attaquer et dépouiller. Or je ne me dépars pas de ma civilité coutumière, tout en faisant preuve d’une froide fermeté. Le porte-parole – appelons-le comme cela – cherche à mettre la main sur le guidon de mon vélo mais je l’en empêche en la lui saisissant, si bien, vu qu’il ne me la retire pas, que nous nous tenons à présent la main comme deux amis. Les autres peuvent penser, dans le clair-obscur de la nuit urbaine, qu’il tient le vélo. Je sens sa disposition d’esprit changer envers moi. Il continue son interrogatoire absurde mais de façon moins agressive. Puis il dit à ses camarades : « Il n’a rien sur lui », ce qui n’est pas vrai puisque mon portefeuille est dans la poche intérieure de mon blouson ; je comprends qu’il cherche à les faire renoncer et deviens optimiste quant à l’issue de la rencontre. Au croisement suivant, le groupe bifurque sans un mot, me laissant aller mon chemin. Le porte-parole, dont la mine était au début férocement menaçante, m’adresse un franc sourire enfantin.

Poursuivant mon chemin, je découvre que la rue que je pensais emprunter est barrée, ce qui rend un détour inévitable. Or ce détour est susceptible de me faire croiser à nouveau la bande qui vient de me lâcher et je ne m’attends pas à un heureux dénouement au cas où ils me reverraient, bien au contraire. Je rebrousse donc chemin et me retrouve à mon point de départ.

Lors de ma deuxième tentative, je tourne en rond, n’ayant plus une idée claire du trajet, et me retrouve encore une fois à l’endroit d’où je suis parti.

Je retente une troisième fois. L’aube paraît. Dans une certaine rue fameuse où les noctambules sont encore en nombre considérable et où je dois par conséquent mettre le pied à terre, les habitants sont à présent sortis de leurs lits et se livrent à une tradition locale : depuis leurs fenêtres et balcons de part et d’autre de la rue, ils versent des seaux d’eau sur la tête des passants. Je reçois une, puis deux, puis trois fois de l’eau sur la tête : c’est chaque fois un filet d’eau plutôt qu’un seau plein, cela fait partie de leur jeu. Car j’ai été repéré et pris pour cible en particulier. Quelqu’un me lance, depuis son balcon : « Tu es sorti sans ta cagoule ? », sous-entendu : une cagoule m’aurait été bien utile dans la présente situation. Les voisins, ainsi que les passants, éclatent de rire. Je maugrée à part moi mais suffisamment fort pour être entendu : « Ils m’en auront fait voir, les connards. » (Ce qui décrit d’ailleurs plus l’ensemble de ma nuit que le seul présent épisode.) Cette réaction, alors que dans la tradition qui s’exprime ici tout le monde est censé garder sa bonne humeur, jette un froid et j’avance sans plus recevoir d’eau sur la tête. Mais alors que j’arrive enfin au bout de la rue, j’en prends un plein seau.

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Au retour du printemps, j’observe les bambous sur mon balcon. Je vois une coccinelle qui va et vient dans le vide : elle se sert en fait de fils d’araignée invisibles. Elle avance parfois sur le fil et parfois sous le fil, c’est-à-dire suspendue à lui par toutes ses pattes, sans paraître être aucunement gênée par cette dernière position. Je cherche l’araignée tisseuse de cette toile invisible et la trouve sur le terreau. C’est une araignée noire ayant sur elle quatre ou cinq minuscules araignées grises, ses petits. Quand elle s’aperçoit que je l’observe, elle s’enfonce horizontalement, comme une voiture qui se gare en marche arrière, sous quelques mousses pour couvrir la partie postérieure de son corps où se tiennent les araigneaux et, n’ayant plus que la partie antérieure et la tête découvertes, se tient prête à la défense.

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Un professeur ressemblant à un ranger du bush australien nous explique, lors d’une session en plein air, que les Anglais ne sauraient être tenus pour responsables des violences commises contre le peuple maori en Nouvelle-Zélande car ces violences se seraient produites au cours d’une phase, inévitable dans les rencontres entre peuples, où « seules parlent les armes ». Il affirme que ce schéma ne fut surmonté qu’avec l’apparition historique d’un certain type d’homme, et que ce type d’homme va nous apparaître à présent sous la forme du premier individu qui se présentera à notre droite. Nous regardons et n’avons pas longtemps à attendre avant de voir marcher vers nous un cow-boy américain qui s’avère, une fois qu’il est arrivé suffisamment près de nous pour que nous le reconnaissions, n’être autre que John Wayne. Il y a donc dans la lutte des cow-boys et des Indiens au Far-West un caractère singulier – lequel m’échappe en tant que tel – qui ferait de ces violences l’augure d’une nouvelle ère de l’humanité.

Je me lève et, faisant mine de saluer John Wayne, lui retire son pistolet du holster pour l’en menacer. Ce geste me semble nécessaire pour que le nouvel homme s’accomplisse. John Wayne prétend avancer pour me reprendre son pistolet mais je lui montre que je suis sérieux en libérant le cran de sûreté. Or je vois à présent qu’il possède un second pistolet à la ceinture et pourrait donc, comme dans les westerns, le dégainer et me tirer dessus plus vite que je ne pourrais moi-même faire feu avec une arme déjà braquée sur lui, mais il ne paraît pas oser le faire. Il pourrait également me provoquer en duel.

Sur ce, pris d’un besoin pressant, je dois me rendre aux toilettes à reculons, gardant John Wayne devant le pistolet et lui demandant de me suivre. Une fois dans les toilettes, je lui dis, tout en urinant – et pour lui parler, alors qu’il est resté de l’autre côté de la porte fermée, je dois me tenir perpendiculairement à la cuvette et non face à elle – de ne pas chercher à faire le malin, sinon je lui tire dessus à travers la porte. Je me réveille alors pour me rendre aux toilettes.

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Aux États-Unis, je découvre l’existence d’un programme fédéral secret, validé secrètement par la Cour suprême, d’euthanasie pour les seules personnes de race noire.

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Le président des États-Unis possède un droit de cuissage sur chaque tournage de film X réalisé sur le territoire américain, c’est-à-dire qu’il peut prendre du bon temps sans payer avec n’importe laquelle des actrices de son choix embauchées sur le tournage.

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Je demande à une amie des nouvelles de T., une amie commune. Elle m’apprend que T. est allée vivre dans un archipel tout près de la côte nord de l’Australie, un archipel qui, à ma grande surprise, est encore à ce jour une possession ultramarine du Portugal. La seule chose que je sache du nord de l’Australie étant qu’il possède un climat tropical, contrairement au reste du pays plus tempéré, je lui demande si T. ne souffre pas trop du climat. Elle me répond d’une manière évasive, qui confirme cependant mon intuition car elle évoque des possibilités d’excursion au Japon : il existe en effet un train reliant l’Australie au Japon en passant par ces îles. Dans ma représentation, ce train est aérien, sur un pont au-dessus de l’océan. Je lui demande ensuite pourquoi T. est allée vivre là-bas et elle me rappelle l’attachement de longue date de T. à l’outre-mer.

Je me transporte alors à Tahiti, où, dans ce rêve, vit mon ami M. avec ses frères et ses parents. Je le trouve sur son domaine et, avec lui, un grand nombre de ses proches et amis, dont plusieurs ne me sont pas connus. Parmi les gens que je salue sans les connaître, il en est dont j’apprends qu’il est chanteur d’un groupe de rock engagé pour une grande fête que donne M. ce jour-là, à laquelle je suis un peu en avance. Une foule immense ne tarde pas en effet à affluer, et le groupe de musiciens se met à jouer sur une plateforme au sommet d’une structure métallique de quelque 30 mètres de haut, sous un ciel bleu turquoise. À un moment, le chanteur se jette dans le vide ; il est reçu par un filet un peu en-dessous, mais continue de tomber dans un deuxième filet encore un peu en-dessous, et ainsi de suite jusqu’à une balançoire (une escarpolette) en bas de la structure. En fait, c’est une femme qui est reçue par l’escarpolette, une belle femme en tenue de carnaval brésilien et qui se balance face au public. Je lui fais directement face, assis sur un confortable fauteuil en cuir (alors que nous sommes à l’extérieur), la nuit est tombée entre-temps, pendant la chute du chanteur, et la femme sur l’escarpolette me sourit en se balançant. Les gens autour de moi, dont M., sont assis par terre. Je réalise que la femme doit sauter dans le public afin de mettre un terme à la longue chute depuis la plateforme, et les sourires qu’elle m’adresse laissent entendre que c’est moi qui dois la recevoir. Je fais celui qui ne comprend pas, me tourne vers M. pour gagner du temps, lui demandant le sens de cette cérémonie, et entre-temps la femme saute un peu à côté de nous, dans les bras de quelqu’un d’autre. Le concert continue. J’ai le sentiment d’avoir fait faux bond à ceux qui attendaient quelque chose de moi, mais M. est à ce sujet d’une louable discrétion. Je m’étonne également d’occuper un fauteuil alors que lui-même, chez lui, est assis par terre, ou parfois sur le bras gauche du fauteuil que j’occupe, et cela me confirme dans l’idée qu’il est entendu que je doive jouer un rôle central, qui me reste inconnu et que je ne peux que conjecturer, dans ces réjouissances.

Quelques instants plus tard, la belle inconnue reparaît devant nous et, avisant celui qui l’a reçue dans ses bras et est ensuite retourné s’assoir, à gauche derrière moi, l’injurie, des larmes aux yeux, se plaignant de ce que ce n’était pas à lui de la recevoir dans ses bras. Alors je me dresse du fauteuil et la soulève, puis, comme si je m’étais dédoublé, je me vois disparaître avec ce beau fardeau derrière une plaque de tôle ondulée servant à délimiter la « salle » de concert du reste du terrain.

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En Angleterre, une civilisation ancienne inconnue jusqu’à ce jour vient d’être découverte. Dans la religion de cette civilisation, les morts, ou leurs âmes, occupent une goutte d’huile. (Je vois des gouttes d’huile en suspension dans lesquelles se trouvent des personnes assises en lotus.) Quand on allumait une certaine sorte de lampe à huile, fonctionnant avec un goutte-à-goutte, sur des autels consacrés, les âmes des morts « parfumaient » le monde.

A Love Affair of the Baron of Saxy-Beaulieu

As I carried on with sorting the papers of the late Lord of Saxy-Beaulieu, my relative from the Isles, I found a few sheets with writings addressed to one woman who is only named by the initial letter R. It seems the Baron kept these sheets as copies of letters to her. Or was he writing an epistolary novel? I have no idea – nor do any of our other relatives – who that lady might be, who appears to be a songstress by whom he found himself enthralled past his young years, as a middle-aged man, when it had become obvious to his relatives that he would remain a bachelor. It is a secret the Lord of Saxy-Beaulieu took with him to the grave. The lady does not appear to have requited his sentiments in any discernible way.

Given the interest my readership has shown in the writings of the late Lord, I took the decision to publish his love letters to R.

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Dear R.,

To my great dismay and confusion, I missed the two concerts you have just given in France, where I am currently residing. I have discovered your music only this year – and I am about your age. Such beauty blows my mind. As a young man I used to listen to people such as …, how could … pass me by unnoticed at that time is beyond my understanding. Listening to your music has been a shock, and as I learned you would be this year in France on a special tour, I said to myself I must go and hear you sing, even though it had been many years since I last went to such a jollification.

It was May. You were to sing in P. However, I had no idea how I would come back from the infamous Parc de la V. after the concert, having no car and guessing there would be no more trains at that hour (not even taxis, due to the place). So I decided I would go to S. in August instead. And I went to S. Coming straight from a sojourn in the South of France, the weather was a shock, and then I heard about the heaps of mud on the spot, severe irregularities in the shuttle bus schedules, and a few other things that discouraged me. It was a lack of faith, I own, a lack of courage, it’s as if I were stuck to my slippers at this juncture of my life. Please do come back soon. I shall be there. Prepared, equipped, mentally trained. I was taken by surprise this time. Give me another chance. (Aug. 16)

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Dear R.,

Yes, such beauty, such unendurable beauty (to hear it is like looking at the sun), blew my mind, made me feel sad for the life I live, and I can even say, broke my heart. But I think it’s going to be all right because I have bought a ticket for Dec. 20, L. (Aug. 24)

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Dear R.,

Sorry to obtrude once again, but as I made a blunder I should think I ought to apologize. So please let me apologize and then you’ll hear from me no more (except my anonymous applause in a few months) — unless, of course, I make another blunder in the present process of apologizing, in which case I would have to apologize for the new blunder, at the risk of blundering again and of having to apologize again, in such a way that it would keep going on from blunders to apologies, from blundering apologies to apologizing blunders, until the end of time.

The blunder was to remind a woman of her age, and I’ll be hanged if I ever forgive myself for being such a bear. That’s it. If you find in this apology any blunder likely to have escaped my ursine exertions, please not to hesitate and call my attention upon it. Best wishes.

“Lost Kine. You’re lost, little cow, you’re lost, tell me moo are you.” (Aug. 27)

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Dear R.,

Is it so certain that I should call my writing you obtrusive? Am I to justify myself for praising one who has made herself conspicuous in the arts? or rather is it not the most matter-of-fact thing in the world that a conspicuous artist receive the praise she deserves, and how can I help it if I feel that my praise of you should be a little longer than one word or two? But then, will you say, why don’t I make it public? I intended it to be public, ’tis you kept it private, for whatever reason, all possible reasons being cogent indeed.

Before I listened to your music — pray remember it blew my mind — I would say the genre is slightly at odds with the kind of art I intended at a past-the-prime juncture of my life to deal with. I fear the prim audience I envision would object, did it exist in any real world, that I were going to the dogs if I started dabbling in that genre. However, as a point for you against such audience –were this needed, which is not–, I don’t see just now what be noble or highbrow in arts subsidized by bureaucrats. But such considerations are quite remote from my present purpose, which is to tell you I must apologize for the blunders made while intending to praise, and laud, and extol, and incense you. I will apologize, to be sure, if you allow me. And, since it has been private thus far, by your own will, not mine, ’tis your own will I shall follow. (Aug. 30)

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the cruelty of lust and the fragility of love (Thomas Hardy)

Dear R.,

‘Tis broken-hearted that I write you that I like you very much. “Love” I cannot write, because I read in a novel (a French one: yellow literature) that you only love once in your life (so be sure you don’t let your love pass by), and I had my share of it a few years ago with a married woman who would smile at me but could not face the consequences. But was it love after all? How can I tell? So many occurrences were there before.

On second thoughts, love may still come to me, I believe. (Alas, a philosopher would say, grimly, if it’s on second thoughts, then one will have it second-hand!)

I like you very much for I think we have many things in common. I, too, bloody love gin. I love the one gin which you have laid upon my way, catching me with it. As you are not likely, so conspicuous are you, to open the contrivance and free me again, I shall be carrying the gin with me, or at me, in this world, not a little hindered but not a little proud. And the sharp teeth of the trap are bloody indeed — glossy from my flesh and blood. ‘Tis the heartbreakingliness o’t, and how I happen to make an awkward figure in this world.

Break my heart it did (and one leg no better), the bloody gin. I talked of the music, warped fiddles and fuzzy dulcimers, but I haven’t of the images yet, have I? Yet images there were. Have you any idea what I allude to? which images my missive is about? or are you shy and perplexed a living stone of precious womanliness enough to have difficulties in finding out my meaning? Mind-blowing images of sprightly softness and fairylike tenderness, in an iridescent aura of lustrous warmheartedness: does it help?

One scheme would be the following. Your beaming at life — My writing to you — Your beaming at me (as part of life).

Another. Let me hate beauty or else let beauty be my doom, so commonplace and dull is the world.

Break my heart you did (or at the very least the ice of it, which is no less wonderful) with your Wessex native garden fairies also — I’m sure it is you had the idea — and with your long-lost friend the coastline too. It occurs to me that we were friends long ago, so much long ago that we have quite forgotten it, or even — if this is too bold, pray accept my apologies — that, maybe in the shape of emerald and ruby lovebirds, we were lovers in a previous life. (Sep. 21)

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Dear R.,

The images give me pictorial knowledge of some of the places which Thomas Hardy describes in his stories. I imagine the yellow dale in which you are frolicking so playfully to be a Wessex† heathland and the yellow blooms, heather. And there is the coastline, of which the novelist also speaks in A Pair of Blue Eyes and The Pursuit of the Well-Beloved.

As I said (the first thing I said) I didn’t see your concert in S…, but I discovered that place, and found there the bow-windows I have always so much liked in pictures, never seeing one for real before, and I from now on will be dreaming that I be dreaming on a window seat looking at the Brittany coastline and saying to myself: ‘At the horizon is standing she’; and that I cross the sea some time and come stealthily by night, concealed by the moving shadows of trees, to a glimmering oriel behind which you be sitting in a multicoloured light, each and every small-paned lattice being of a different colour, and I: ‘Here’s the Shrine.’ (Sep. 29)

†There are the Wessex, or West Saxons, the Essex, or East Saxons, the Sussex, or South Saxons, and finally there are the Nossex.

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Dear R.,

I confess that yes I’m of the Isles, where I saw many bow-windows, and as far as I remember I didn’t give a dee about bow-windows or any other kinds of windows then, so when I said ‘bow-windows I have always so much liked in pictures, never seeing one for real before,’ yes it’s nothing but stuff. The saddest thing is that I was certainly believing it the moment I wrote it down, so eager was I to give the narrative of my life some dramatic intensity with such words as always and never before. So the passage in fact should read as follows: Bow-windows I have always so much liked since I first found I liked them six months ago, never seeing one for real before during these last six months. I don’t want to be a low trickster in your eyes; I envision bigger and higher and grander tricks as regards you. (Sep. 30)

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Dear R.,

When the press critics were calling you the likes of so and so, you had already made history. I wonder if it is the embitterment that such criticism must not have failed to provoke that drove you, under a different name, in a decidedly different road, a road on which some cursory listening makes me feel you were not as lucky as before.

The alleged reasons I read why the press critics have not paid due credit to your music at the time, namely that you would have been off the fashion of the day, strikes me as ex post facto rationalizing. Straightforward remarks on the nincompoop way of classifying artists, though received with collected miens, might nevertheless have been resented by the trash among journalists.

These might have instilled gnawing doubt in your minds, misleading you into labyrinthine experiments in evincing originality, with your losing spontaneity in a embittered attempt to assert genuineness demonstratively.

After the maze, you needed the desert for purification ceremonies, and you found it in Colorado or Arizona, and you needed practising roots music, meaning thereby to find yourselves again.†

It may not be unusual that after reaching a high peak at an early stage a depressed period ensues, after which however a pristine pure creativity rises again at a more mature time, as accomplished genius. (Oct. 5)

†I certainly find pleasure in these more recent images, insofar as they highlight your physical advantages, and I do appreciate the music, but the decadent overtone reminiscent of stuffy Blue Velvet makes me long for a Wessex heathland caressed by marine breeze.

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Dear R.,

My failure to conquer you has been heavy on my mind, and I have come back to my nonconformism (talking of my denomination, not of an attitude or outlook, sorry) because I have found that it has all been FLESH in the guise of fuzzy fiddles and lemon-yellow heathlands, and TEMPTATION in the guise of SHE. (I adjure you to take it off: Only the naked truth is worth one’s attention!) So (I have no real choice, have I) the virtuous ways of my fathers shall be mine.

Besides, I feel I was too severe in my previous missive. Although the name itself is one of the biggest failures in the history of music, because one of the most irrelevant on all accounts — I don’t blame you for trying the tricks of an egghead, on the contrary the experiment was grand, and it confirms my opinion regarding some people and their obnoxious awkwardness — despite the name, I say, there are gorgeous and delightful songs. So you will find, I am sure, in another twenty years hence, that you have also been the primary source of inspiration for crooners and femmes fatales that were to come, or poets and spiritual guides. (Nov. 13)

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Dear R.,

My last missile was silly, don’t you think? How can one expect to conquer by writing? One thing I learnt in French novels (yellow literature) is that it is the goofiest thing in the world – for had the writing any effect at all, the writer would not be there to take advantage of it. Let’s imagine he concludes a long, passionate missive with the words “And won’t you fall into my arms,” then even if the lady were inclined to comply, she would, perhaps, fall in one person near at hands’ arms and not in the writer’s, a goofy miles away. It was so silly and awkward and – did I believe my writing could have any effect, which, luckily for my plans, I do not – such a boon for free riders. (Free riders. I know a girl, her lover wanted her no more, so she would go out with the creepiest nerd in the place as a vengeance: a vengeance against the whole world, you would swear, it gave everybody the chills. She was very much hurt, I think. I also know another guy, a real cool badass, all the girls wanted to be his sweethearts, true, and they all went out with his friends, who had all the good time. He became very misanthropic. Once, he spoke angrily to one of these so-called friends about the girl he was in love with, poor fellow, and who was the plaything of the friend (so-called), he told him he was grieved, and the latter scorned him: “Why, you only make her laugh!”)

As to my calling people “eggheads”… I am an egghead myself. I have been planning for years an anthropology work called Wonder Dropouts: The Theory of the Leisure Underclass. It’s supposed to be about young pop bands that become known all over the world and then retire early in obscure private life, thenceforth having, presumably (as I heard of some), to toil like anybody else. But maybe I’m mistaken and the guys work because they want to keep doing something, not because they have to, as they could deservedly make a living from their worldwide achievements. The field work for my research is still embryonic, in fact. (Nov. 21)

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Dear R.,

Once again, I told things as they are not. Two things.

First, as regards the badass in the story, he was not in love with the girl. He was only annoyed that the girls would date the other boys instead of him, notwithstanding the fact that he was, thought he, the objective “rouser” in the group. In other words, he was grieved not so much in his heart as in his pride. He thought the girls were fond of him, and as far as I can judge many of them were, but he disliked the idea of dating a girl without being fond of her too (this was, admittedly, a major flaw in his badassness) and thus he was bound to be unequal to their expectations, and the other boys took advantage of the situation as much as they could. He was angry because such developments would tend to belittle him compared to the others, as inferior in experience, according to the old law (instinctual) “one conquest more” (as a prize) or in their case (they were all in their teens) “one conquest at last.” He was in jeopardy to fall into the nerds category, which he feared very much. Had he loved one of those girls, I think he may have found his peace of mind. I’ve been told he actually loved someone, but he couldn’t manage it either. — This is, to the best of my knowledge, the true story of the badass from the time I was acquainted with him.

The second distortion of truth concerns my anthropology project. I have not been thinking of it “for years,” only for a couple of weeks. You remember the bow windows, do you… I can’t tell why I said so (except that it would be a way to define myself as a failed egghead), especially considering that it could make you think I had tried to break the ice having this project in mind, i.e. in order primarily to use you as a source of information, whereas I never considered such a topic before I began to think, and feel, about you. (Nov. 23)

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Dear R.,

I wish I had sent the present missile sooner, in case you were anxious to receive feedback from me, but certain technical obstacles made it impossible to send it through the usual channel earlier.

I was at …, L., on the night of Dec. 20, and I really enjoyed myself.

At first, two or three days before, I experienced sharp angst, so I decided to take the underground in the morning in order to reconnoitre the place. The neighbourhood, inconspicuous and just a little derelict, seemed okay; there were touches in it that I found reminiscent of stuff familiar to me and that made me optimistic. I said to myself: “I can feel at home here,’’ or “I feel at home.’’ A peculiar thought, by the way. Before this reconnaissance I had not been sure I would show up at all (because of the angst).

Back in B., I kept secluded in my room until 6:20pm. I could not eat anything. I tried to read but it did no good. I could do nothing but wait. I had tried a little walking but the wind, same as in S. (ominous sign!), was chilly. At 6:30pm I took the underground anew, following like an automaton the same way as previously earlier in the day. At K. station, noticing a few easy-going youngsters, and one easy-going white-haired glasses-wearing elderly, taking the same direction as I, I felt comforted; from some of these people at least I felt sure I would not meet with rampant hostility.

Once inside the venue I thought with some satisfaction: “I am making it.’’ After the warming up by …, I found myself a place not too far from the stage on the right-hand side (looking at the stage). I had had a couple of drinks and had already gone twice to the toilets. It was the stress accumulated during the last hours, you see. When you showed up on the stage I soon felt, much to my dismay, the need to go to the toilets again. I knew it would be a fatal retreat because I would not dare scramble my way through the crowd to find as good a location again. So I started to undulate a little at the sound of music, and I realized it did me good, the pressure on the bladder became less acute. Maybe I could stand it through the whole performance this way! It worked, I soon forgot the inconvenience completely, I did not feel it anymore, and I was banging my head and having a great time. It was necessary to get rid of all restraint, otherwise I would have had to retreat. It turned out to feel so good I did not think of my inconvenience until I was back in my room in B. (and that is quite an amazing thing per se).

I could have banged my head much more wildly, and a couple of limbs too, was it not for the immobility of my immediate neighbours, who were demurer. They must have more control on their bladders. I don’t think they had such a great time as I, though (some had and it was nice taking a glance at them once in a while), but I hope I didn’t make a fool of myself; for a moment I thought afterwards that you might feel contempt for me if you knew I had banged my head, that you might consider banging one’s head right for the others but not for me, as if you said to some confidante: “Of course the public has to bang their heads, to feedback the stage, but think of this ass making a fool of himself in that way: I’ll never forgive him for lowering my consideration.’’ So uncertain is men’s mind on heart affairs… At least you know the circumstances.

In overcoming natural restraint, I found the recollection of the badass useful, because he would be quite at ease in such situations. Once we both went to a party where the lioness of the block, C., was also present, with her boyfriend, an older boy. The badass hated the boyfriend, who dared date girls not intended for him, as the badass said, considering he was taking advantage of his age superiority. At this party the badass had a nice surprise, because the boyfriend, in spite of his vantage situation as the favourite and intimate of the lioness (or because of it, who knows?), among (even if not quite openly) hostile boys behaved with much unease, whereas the badass and a few others were all spiritedness, so much so that this turn of events infuriated the lioness, but wait, she was incensed against none other than her boyfriend, and a rumour soon delighted the whole party that she was abusing the poor fellow behind his back, raging that he had “a stick in the ass.’’ That’s how she broke with this one (and this time I do not exaggerate the story in the least). We’ve never heard of the boy anymore. (He didn’t take his life, don’t worry, he had just fallen in the deepest insignificance conceivable, worse than death itself, one might say.)

Apart from that, the badass was a guy with ideas, but his were always strange. Once he asked me to buy a bass guitar to play in a band he wanted to start, and that was fine with me, but in his idea the band would be called So You Think You Like It, and no one could make him change his mind on that point. He also said the band would launch a new artistic movement in the world, which he called “socktrade.’’ He tried to explain me why it had to be such a stupid name as that, but his reasons were so confused, or elaborate, that I can’t remember them, if they meant anything at all. However, he ended the whole business saying success would only benefit free riders, that free riders had the upper hand in the world. With such views as these I guess he must have been doing sweet Fanny Adams of his life.

Sorry for the digression. A word on the performance. Although the sound seemed a little fuzzy-magmatic to me compared to studio sound, and the different instruments not always much distinguishable, when I was, let’s call it dancing, I thought I was high, I thought I was flying (and I had taken only a few light drinks). So you may like to try something in the future: By expanding the length of passages like the finale in …, you could make more people fly, couldn’t you? As far as I’m concerned, you would only need to repeat the same lines again and again. Perhaps it can’t be the same on record, time is different there.

I was delighted to see you in flesh and bones, but at such distance, however short I tried to make it, I could not appreciate your numerous charms in as much detail as on pictures. Pictures from Dec. 19, for instance, reveal lovely intricate knee bones, and this is what I call fine beaming.

I am just coming back from my stay in L. Except for the concert, this time I did not enjoy the stay as much as previous ones, because it was vacation time and people that work all their lives were then free for a while to do things (serious things, I mean). I found them everywhere I went. Why should they have vacations at all, by the way, since it is hopeless they enjoyed it decently? One has to train for one’s leisure, one has to be used to it, and they are so obviously not, this office fellowship, ‘tis a pity.

Then, also, everything closed for a few days, so it wasn’t a good idea to stay that long.

Ending on such a topic as common people (in England most of these common people have to be English, I fear, but this is merely a chance circumstance; there were a good deal of tourists too) is rather bad form, sorry, but I really wanted to let you know the reason I didn’t write sooner after the concert, and that is because of my being in L. still. As I said, I wish I had written sooner. Hopefully you didn’t get too nervous in the meanwhile and had a merry Christmas. (Dec. 26)

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Have you ever felt like living among jerks, dear R.? The answer seems obvious to me. After pondering it a long time, in no way will I read “love gin” otherwise than meaning “You are all jerks.”†

Besides, what’s the relevance of such a quote as “Judging a person does not define who they are. It defines who you are”? Quoting this rather vacuous piece of wisdom is indeed meaningful: It says that people have been judging you and that you have been suffering from it. However, you should not advance thus unmasked, it’s blunting your blade. I want to see them at your feet and pay for what they’ve done to you, whatever it be. So, for the sake of me, please hide that dagger.

Order and you shall be obeyed.

I wish you a happy new year. (I was prevented by my not being home to send these wishes as soon as I wanted: all apologies for that.) (Jan. 5)

†A jerk is the kind of person who will say you are “still” pretty and think he has paid a nice little compliment. Well, before you fling me out of the window, I have this to say: You have never been so pretty as you are now. (As the philosopher says, what doesn’t kill you makes you sexier.)

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Dear R.,

It appears that the “love gin” is going to be a bone of contention between us, especially since you will throw me no other bone. I can’t understand it, so many are the reasons you ought to drop that nonsense. I know I ought not to talk to you like that, but then won’t you admit I’ve been open-hearted?

I know I’ve had your ear, because recently you told journalists things that reminded me of what I had written you, so I thought you wouldn’t feel as if I was trying to impose things on you. The reasons are so many, let me state only two more. Everybody knows (I love when people say “everybody this and that,’’ knowing they only talk of themselves) everybody knows the Greek poet said: “No songs can please nor yet live long that are written by those who drink water’’; but one is not supposed to congratulate oneself, even in indirect ways, are they? Then you say “by the sea,’’ and somewhere also “in a garden’’: yet the poets who sing the pleasures of being by the sea, in a garden, didn’t drink water, presumably, but somehow they felt it would be odd to acknowledge both kinds of pleasure, Natura and Bacchus, in the same breath. (Jan. 26)

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I realize you won’t marry me and that makes me melancholy and sad. (Jan. 31)