Journal onirique 16

Période : novembre-décembre 2020.

Street Art, par Cécile Cayla Boucharel

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Le nirvâna existe-t-il ? S’il consiste en ce que l’on cesse d’exister, il n’existe pas, mais s’il n’existe pas on ne peut cesser d’exister.

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Au temps du téléphone filaire, il n’existait pas de sites internet de rencontre mais les gens n’étaient pas sans moyens pour entrer en relation avec des personnes du sexe opposé cherchant l’âme sœur.

Une amie anglaise me demande de l’aider, chez elle, à faire usage de l’un de ces services de mise en relation. Il s’agit d’une plateforme téléphonique : en composant un certain numéro, mon amie se fera mettre en relation automatiquement avec un homme inscrit dans le registre, avec lequel elle pourra discuter au téléphone et peut-être convenir d’un rendez-vous. Elle appelle en ma présence, mais au lieu que l’homme avec qui la mise en relation doit se faire réponde, il a enregistré sur sa boîte vocale un message obscène.

Mon amie raccroche. Grâce à mes compétences techniques, je sais comment obtenir le numéro du mauvais plaisant. Je demande à mon amie de bisser l’appel et, quand le message obscène redémarre, je capte les coordonnées. Puis j’appelle le numéro ; comme le signal n’est pas lié cette fois à la plateforme de rencontre, l’homme décroche. Il comprend à mon accent que je suis français et me répond en français car il est lui-même français. Je lui demande tout de même : « Do you speak French? » avant d’aller plus avant en français dans notre échange. Ce point étant réglé, je lui présente la raison de mon appel : une amie qui voulait entrer en relation avec un homme par le biais de la plateforme… Il m’interrompt pour se justifier prolixement et de manière plutôt agressive, nous accusant de ne savoir prendre une plaisanterie.

Son élocution et son discours me le font croire intelligent. Je l’interromps donc à mon tour pour lui dire que mon amie souhaite faire sa connaissance. Ça n’a pas l’air de l’étonner et il est prêt à rencontrer mon amie, laquelle écoute notre conversation sans la comprendre car elle ne parle pas français. Il me dit qu’elle ne doit pas tarder à l’appeler car il retourne bientôt en France pour quelque temps. Quand il raccroche, il me reste à convaincre mon amie que c’est l’homme qu’il lui faut.

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J’assiste à une représentation de théâtre à la télévision. Le rideau se lève sur un intérieur bourgeois du dix-neuvième siècle, le soir. On frappe de grands coups à la porte sur la droite. L’acteur Jean Carmet, en costume bourgeois, entre dans le salon par la gauche et traverse la scène pour aller ouvrir, en lançant à l’attention de celui qui continue de frapper avec force contre la porte : « Voilà ! Voilà ! »

Il ouvre : « Ah, c’est vous ! » Entre Jean-Pierre Marielle, en costume bourgeois. Avant de refermer la porte, Jean Carmet voit monter dans l’escalier un autre homme, mais Jean-Pierre Marielle le voit aussi, se précipite et pousse brutalement le nouveau venu en bas de l’escalier avant de refermer la porte lui-même.

Jean Carmet proteste : « Qu’est-ce qui vous prend ? C’était …, mon ami de trente ans ! » Jean-Pierre Marielle lui répond vivement : « Vous n’êtes donc au courant de rien ? » Jean Carmet : « Non, au courant de quoi ? » Jean-Pierre Marielle : « Suivez-moi ! »

La caméra les suit tous les deux : nous passons donc dans un film, après le théâtre filmé. Jean-Pierre Marielle conduit Jean Carmet à une fenêtre au bout d’un couloir. Dans la rue en bas, à la lumière des lampadaires, on reconnaît à leur démarche mal assurée quelques zombies, dont on entend également les grognements et râles caractéristiques. « Une invasion de vampires ! », crie Jean-Pierre Marielle devant un Jean Carmet tétanisé.

C’est alors que j’essaie à mon tour de monter à l’appartement de Jean Carmet. Dans le hall du rez-de-chaussée, je dois contourner un tas de cadavres pour atteindre l’escalier. Quand j’approche, une femme sur le haut du tas se ranime et, tournant vers moi des yeux sans pupille, ouvrant une bouche pourvue de crocs de vampire, s’apprête à m’attaquer.

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Après avoir conclu l’affaire avec la propriétaire, pour une chambre avec demi-pension dans un quartier populaire de Paris, je sors prendre l’air par une belle journée ensoleillée. Je parviens sur une place où, comme au Capitole romain de l’Antiquité, vivent des oies. Ces oies sont très débonnaires et je parviens à m’asseoir contre l’une d’elle, comme si c’était un animal domestique recherchant cette présence. Son contact est doux, apaisant. Mais soudain un mouvement brusque et brutal me fait sursauter : l’oie vient de croquer dans la glace au sirop que je tiens à la main. Je me rends d’ailleurs compte que ce sont deux oies l’une contre l’autre, car la seconde tend à son tour le cou pour happer un bout de glace. Enfin, un chat vient finir ce qui reste, et, si je me réjouis d’abord de voir un chat, il est tout crotté de diverses substances collantes dont certaines me salissent.

Mon esprit reste néanmoins occupé par le contraste entre la douceur de l’oie et sa violence au moment de happer de la nourriture. Je vois dans cette violence la marque de notre relation au monde extérieur, une violence inévitable et pourtant contraire à notre véritable nature puisque, quand nous sommes absorbés en nous-mêmes (ensimismados), nous sommes pure douceur.

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Le réveil, en Inde, d’un Grand Ancien, considéré dès son apparition par le peuple et les sanskritistes comme un avatar de tel dieu principal du panthéon hindou, est la cause directe, par la galvanisation et fanatisation de la plèbe colonisée conduite à se soulever contre l’impérialisme britannique, de la Seconde Guerre mondiale.

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Erect, la nouvelle eau de toilette pour homme.

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Le rideau se lève sur une représentation d’Henri II (sic) de Shakespeare. Le metteur en scène arrange les choses à sa sauce : Henri II est un vieux nain en costume cravate. Comme il craint pour sa vie, on le met sous une cloche de verre que l’on suspend dans les airs, ce qui fait bien rire le public.

Dans une autre partie du palais (nous ne restons donc pas sur la scène où le rideau s’est levé), le garde du corps du roi se fait poignarder par un assassin qui s’est introduit dans le palais pour tuer Henri II. Le garde du corps blessé se réfugie dans une cuisine, où l’assassin le suit. Sur la droite se trouve une table où une fillette prend une collation, accompagnée de sa gouvernante. Sans remarquer la blessure du garde du corps, la fillette s’égaye en voyant un inconnu, l’assassin, et se met à lui parler. La gouvernante, qui a pour ordre de ne jamais rien faire que ce que commande la fillette, ne bouge ni ne dit mot. Pour ne pas éveiller la suspicion, l’assassin se montre complaisant et répond aux questions de l’enfant du ton le plus bienveillant et enjoué. Ce n’est que lorsque la fillette, lassée de cet échange, se remet à sa collation que l’assassin fait les derniers pas vers le garde du corps en sang et lui assène un grand coup de poing dans la figure qui le jette à terre inconscient.

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Busing et Hexenwahn

« On appelle busing une organisation du transport scolaire visant à promouvoir la mixité sociale ou raciale au sein des établissements scolaires publics. » (Wikipédia)

Hexenwahn, traduit littéralement par ‘psychose des sorcières’ (fr.pons), est le terme décrivant en allemand les chasses aux sorcières, ou le phénomène psychologique sous-jacent, au Moyen Âge et jusqu’au dix-septième siècle (comme l’affaire des sorcières de Salem).

=> Busingwahn.

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Dans un grand magasin, au rayon des vêtements masculins où se trouve une incroyable quantité de vêtements sans goût, ce qui permet à peine de déambuler dans les étroits passages restants, un vendeur, suspectant que je ne souhaite rien acheter, me demande s’il peut m’aider. Je sors de ma veste un Walther PPK (Polizeipistol Kriminal) et l’en menace en lui répondant que j’attends quelqu’un.

Il me laisse tranquille mais reste tout de même assez près, disant à l’attention de la vendeuse à côté de lui mais en fait à mon attention et pour m’insulter : « C’est bien ma veine de tomber sur un Blues Brother », car je suis habillé d’une veste et d’un pantalon noirs. La vendeuse, une petite vieille dure de la feuille, n’a pas bien entendu sa remarque et lui demande de répéter, ce qu’il fait en haussant la voix et cette fois en me regardant. L’insulte est inqualifiable. Je décide de partir.

En remontant vers la sortie, je me doute que mon signalement a promptement été donné non seulement aux vigiles du magasin mais aussi à la police, à cause du pistolet, et je suis facilement reconnaissable en « Blues Brother ». Au moment où je vais sortir, un homme se jette sur moi pour m’immobiliser. Je parviens à sortir mon pistolet et à dégager mon bras ; je souhaite expliquer que c’est seulement par plaisanterie que j’ai braqué l’arme contre le vendeur : « C’est pour s’amuser, ça, pour s’amuser ! », « ça » étant le Walther PPK que, pour le montrer, je n’ai d’autre choix dans la présente situation que de braquer contre mon assaillant, lequel, se croyant menacé, me lâche. Ce n’était pas un vigile mais un simple particulier : mon signalement ayant dû être donné par haut-parleur dans tout le magasin, il a voulu m’arrêter lui-même. Je sors.

Pour échapper à la police, je souhaite retourner ma veste, dont l’intérieur est non pas noir mais rouge, mais il ne faudrait pas que des témoins me voient le faire car ils pourraient informer la police que le suspect qu’elle recherche a retourné sa veste et qu’il porte à présent du rouge. Or je me trouve sur le bord d’une station de taxis et les chauffeurs en attente de clients me regardent. Je traverse donc la rue, une large rue à double voie, pour m’éloigner, toujours, je le sais, sous le regard des chauffeurs de taxi.

Quand je suis parvenu de l’autre côté, un bus passe derrière moi, ce qui me laisse juste le temps de retourner ma veste et de m’engouffrer dans une station de métro sans être vu par les taxis. Je suis assez fier de mon nouveau look en rouge et noir.

Les couloirs du métro forment un vaste labyrinthe. Pour écarter les soupçons, je m’assois dans un hall au milieu de hippies qui jouent de la guitare. Au bout d’un moment, je reconnais des amis dans la foule de passagers et les aborde pour prendre un métro avec eux.

S’ensuit une longue odyssée compliquée entre différentes lignes de RER et de métro, plusieurs changements et plusieurs erreurs de direction. Les uns et les autres ayant chacun leur destination, nous ne sommes plus à la fin que deux, M. et moi, marchant dans une banlieue inconnue, ghettoïsée, pour nous rendre d’une gare à une autre gare. Craignant une agression, je menace d’une barre de fer trois passants, que ce geste nous rend immédiatement hostiles.

Nous ne nous arrêtons pas. Je crains que M. à présent ne se sépare de moi, qu’il soit sur le point d’arriver à destination tandis qu’il me reste encore un long chemin à faire. Je me dis alors que le plus simple serait de prendre un taxi, chatouillé par une légère Schadenfreude à l’idée de planter là mon compagnon de route avant qu’il ne me plante.

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Dans une petite cafétéria, minuscule même, où je suis le seul client, je suis contraint d’écouter la gérante raconter sa vie dans son téléphone portable, comme si je n’étais pas là ou bien, au choix, parce que je lui sers de public. Elle dit qu’elle vient d’arriver en France, d’emménager à Paris avec son époux dans un appartement au 66 rue des …, puis elle s’étend longuement sur un problème de voisinage pour lequel elle veut appeler la police. Qu’elle ait donné son adresse me donne envie d’aller faire un tour dans ce quartier parisien que je ne connais pas encore.

Je sors et prends un bus. Dans le bus, je trouve sur un plan que j’ai sorti de ma poche la rue des … mais ne vois pas l’arrêt. Par chance, le nom de l’arrêt porte le nom de la rue et quand la voix enregistrée dit « Rue des … » je descends. Je me trouve au début d’une rue pavillonnaire déserte, en automne, couleur rouille. Comme si je cherchais à me rendre au numéro 66, je regarde après les numéros mais n’en trouve pas. Sachant seulement que le 66 est loin, je me mets en marche.

Très vite, les pavillons laissent voir dans les dégagements entre eux des tours d’immeuble, révélant la véritable nature du quartier, puis disparaissent complètement, laissant place à ces mêmes tours. Je suis sur le point d’entrer dans la zone… Alors que je vais m’engager au milieu des barres d’immeuble, que je vais quitter définitivement la frontière pavillonnaire, la gérante de la cafétéria, dont je continue, je ne sais comment, d’entendre la conversation, ajoute un détail auquel je ne m’attendais pas : « Et comme c’est le quartier le plus pauvre de Paris… » Cette information, ajoutée à l’histoire du problème de voisinage, me donne envie de rebrousser chemin. Mais un groupe de jeunes, en train de discuter à la fenêtre de l’un d’eux sur la rue, m’a vu, et l’un se met en mouvement dans ma direction. Si je rebrousse chemin maintenant, je vais le croiser ; or j’ai dans l’idée qu’il a comme l’intention de m’aborder, d’alpaguer sur son « territoire » l’inconnu que je suis, inconnu semblant en outre, par ses codes vestimentaires, venir d’un quartier moins pauvre, une circonstance qui ne joue nullement en ma faveur.

Aussi, au lieu de faire demi-tour, je continue d’avancer. Ce faisant, je m’enfonce dans la zone. Au moment où une façade va me cacher mon poursuivant, que je continue de surveiller du coin de l’œil, je crois voir qu’il me court après.

La zone s’offre à mes yeux : c’est une cité cyclopéenne de barres d’immeuble à perte de vue en amphithéâtre autour d’une dalle immense, le tout grouillant de monde, sur la dalle comme aux balcons des façades. Dans ce grouillement désœuvré de bruyante populace, un grand nombre d’enfants en bas âge livrés à eux-mêmes, certains assis à même le sol, maussades. Je ne peux faire un pas de plus, cette fois je dois rebrousser chemin. Je croise donc mon « poursuivant », qui ne court pas, rentre simplement chez lui, et baisse les yeux après que nous nous sommes brièvement toisés du regard.

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Un jeune Norvégien et une jeune Norvégienne battent en même temps, fait singulier, le record du monde de saut à la perche dans leurs catégories respectives, lors des qualifications pour les Jeux olympiques. Leur technique est impressionnante : entre l’extrémité de la perche et la barre, leur corps s’élève avec une verticalité parfaite, dans laquelle l’intégralité de la dynamique est mobilisée pour monter, et le mouvement d’inflexion nécessaire pour franchir la barre est accompli très précisément au media quies où le corps doit retomber.

Or ces records sont d’autant plus étonnants que l’un et l’autre ont fumé du haschich avant la compétition, ce qui n’est pas connu, me semble-t-il, pour améliorer les performances sportives. Une fois l’épreuve passée, les deux Norvégiens, le garçon et la fille, ne demandent pas à leur entraîneur de leur dire ce qui peut être fait pour améliorer leur technique de saut mais à leur initiateur au haschich qu’il leur montre comment mieux utiliser le narguilé, car ils sont encore débutants et il leur a fait remarquer qu’ils s’y prenaient mal.

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Je me rends dans une réserve indienne aux États-Unis, où je suis accueilli par un groupe de jeunes gens, garçons et filles, dont une jeune femme particulièrement distinguée par sa beauté. Bien qu’ils sachent que je suis venu pour les observer en ethnologue ou documentariste, ils ne font rien. Ça devient un peu gênant. L’un d’eux se met à chanter, ou plutôt à fredonner, une chanson ; quelques autres s’y mettent aussi, mais au lieu de reprendre tous en chœur la chanson du premier, chacun fredonne un air différent, pour soi, tandis que d’autres encore continuent à ne rien faire du tout. Je me demande si la vie en réserve n’a pas complètement abruti les populations amérindiennes ou bien si c’est le reporter (à présent j’assiste à la scène en spectateur à la télévision) qui ne sait comment s’y prendre pour rendre son sujet intéressant.

Quand le reporter suit l’un des Indiens dans une salle de commande, je me dis qu’il va se passer enfin quelque chose. L’Indien tourne une vanne. On explique qu’il s’agit d’un mécanisme de régulation de la rivière qui coule dans la réserve : régulation par libération d’insectes aquatiques que viendront manger les rongeurs des terrains avoisinants.

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J’arrive à mon poste de travail en retard et chargé de toutes sortes d’affaires. Je trouve mon siège mais les bureaux et ordinateurs ont disparu. Une collègue me dit que la direction est en train de modifier nos conditions de travail. Je pose mon barda sur mon siège et m’excuse auprès des collègues présents en leur disant que je dois repartir tout de suite car j’ai un chien à chercher au chenil du poste de sécurité pour lui faire faire de l’exercice et je suis en retard. Cette histoire de chien est intéressante. On sait que la police et les agents de sécurité se servent de chiens dans leur travail ; ici le personnel, même s’il n’a rien à voir avec la sécurité, doit quand même « sortir » les chiens du poste de sécurité, s’en occuper comme les agents eux-mêmes, c’est une obligation de service. C’est d’ailleurs plutôt de la formation continue car, quand je sortirai le chien sur le périmètre de l’organisation, je devrai me comporter comme un véritable agent de sécurité et enquêter sur tout ce que je détecterais de suspect pendant la « ronde ». Nos collègues et moi n’aimons pas trop cette contrainte car nos muscles se sont atrophiés à nos postes sédentaires et nous avons bien de la peine à maîtriser les chiens, à ne pas nous laisser entraîner par eux.

Alors que je suis en retard, je ne trouve pas la veste en tweed avec laquelle je veux faire ma ronde. L’ayant cherchée en vain aux abords immédiats de mon poste de travail, j’élargis le champ de recherche à d’autres parties des bureaux. C’est alors que je croise E. et nous renouons immédiatement une relation passée en nous étreignant. Je l’entraîne vers des parties des bureaux plus éloignées encore ; plus nous nous éloignons, plus les locaux sont délabrés, mais il continue toujours d’y passer des gens, c’est irritant.

D’ailleurs, je suis en retard. Je n’ai pas retrouvé ma veste et vais donc devoir faire la ronde avec mon gilet en pseudo-cachemire malgré le froid (faire la ronde avec ma parka, qui n’est pas perdue, elle, est a priori exclu, question de style). Comme E. proteste que je l’abandonne, je lui dis : « Tu as vu où nous sommes. » Nous sommes dans une cuisine complètement en ruine ; il s’agit de lui faire comprendre que ce n’est pas le lieu. J’ajoute : « À très bientôt comme au bon vieux temps », mais je crains d’avoir raté l’occasion de renouer avec ce « bon vieux temps ». La réponse d’E. à cette dernière parole est plutôt favorable mais sera-t-elle encore dans le même état d’esprit après la ronde, pour laquelle je suis en retard ?

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Dans un journal scientifique italien, on demande un volontaire pour une expérience : il s’agit de copuler avec le singe (une guenon, je pense) Miniatrucu (en italien le « u » se prononce « ou ») qui possède, dit l’annonce, un « développement squelettal » comparable à celui d’un être humain ainsi que quelques pouvoirs télépathiques. Révolté par une telle annonce, je sens deux petites mains saisir mon avant-bras et poser ma main sur une petite tête où elles la maintiennent. C’est Miniatrucu, un petit singe roux dont la taille ne rend certainement pas possible un rapport sexuel avec un humain. Son geste me montre le besoin d’affection de l’animal, qui m’émeut et redouble ma colère contre les savants qui l’exploitent.

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Un ensemble de meurtres particulièrement barbares et non élucidés a finalement permis de mettre au jour le phénomène de LTVol, « libre transmission de volonté », par lequel les pensées homicides d’une personne envers une autre suivent cette autre personne en cherchant à se réaliser. Quand cette autre personne croise un tiers suggestionnable, ce dernier devient le véhicule des pensées homicides, qu’il mène à bien quand les circonstances le permettent. Le « possédé » reste lucide tant que le projet homicide occupe ses pensées, puis, l’acte accompli, après quelque temps il ne se souvient plus de rien. Ces crimes sont particulièrement difficiles à élucider car ils sont commis par des personnes inconnues de leurs victimes et n’ayant aucun motif pour les tuer, et dont on ne peut espérer aucun aveu puisqu’elles ne se rappellent rien.

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Je me suis laissé entraîner en boîte de nuit, où j’ai passé le plus clair de mon temps à chercher à éviter à D. (♂), que j’avais entraîné à mon tour, l’humiliation à cause d’un groupe de gays qui voulaient se servir de son bonnet comme d’une poubelle dans leur salle privée.

Quand la boîte ferme, à l’aurore, les gens se retrouvent dehors dans un pré parsemé de bosquets, en petits groupes. S., le principal responsable de ma présence ici, me demande si ça va, relativement à l’heure, car j’avais accepté de venir à condition de ne pas rentrer trop tard ; je réponds que ça va, bien que l’on ne puisse considérer qu’il ne soit pas trop tard puisque c’est la fin de la nuit.

Comme tout le monde a bu, ceux qui sont censés conduire veulent se reposer avant de prendre le volant. C’est le cas de notre conductrice. Les groupes s’assoient alors dans l’herbe. Puis il se produit un phénomène de dissolution des groupes, car des couples s’en séparent pour aller s’allonger un peu à l’écart. C’est évidemment le clou de la soirée, qui n’avait d’autre but que de permettre à chacun, venu dans un groupe, de finir en couple. Or je n’ai nullement préparé ce moment et je m’attends donc à passer plusieurs heures assis au milieu de couples allongés dans l’herbe.

Alors que les couples se forment à une vitesse de plus en plus grande, et que ma tension monte, une parfaite inconnue m’invite à venir m’allonger avec elle. Bien qu’elle soit petite, boutonneuse, habillée sans goût, en somme des plus quelconques, j’accueille sa proposition avec soulagement. (Le soulagement vient peut-être aussi du fait que la demoiselle n’est pas pire que quelconque. En fait, son sourire, pour m’aborder, ne manque nullement de charme.)

Lessons in Law / Cours de droit 4

Nov-Dec 2020 EN-FR

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Il faut beaucoup de bureaux pour faire un monde meilleur.

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Aux Etats-Unis, les syndicats sont historiquement opposés à l’immigration : « labor unions, historically wary of immigrants as a cheap-labor threat » (Encyclopedia of American Law, 2002, Ed. D. Schultz: Immigration & Naturalization Service) En France, les syndicats sont tous pro-immigration. Dans un de ces pays, les syndicats de travailleurs servent les intérêts de leurs adhérents. Dans l’autre, les syndicats sont les alliés du patronat. Je vous laisse dire qui est qui.

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Génocides staliniens

Stalin’s genocide of Crimean and Caucasian Muslims after WWII is being denied in Russia and the West by and large.

« Le 12 novembre 2015, le Parlement d’Ukraine et, le 9 mai 2019, le Parlement de Lettonie reconnaissent la déportation des Tatars de Crimée comme un génocide. » (Page Wkpd Déportation [sic] des Tatars de Crimée) La page Wkpd française n’est pas à jour : après l’Ukraine et la la Lettonie, la Lituanie (6/6/2019) et le Canada (10/6/2019) ont également reconnu le génocide stalinien des Tatars de Crimée : cf Wkpd page en anglais.

+ même page : « Ukrainian singer Jamala dedicated her 2016 Eurovision winning song 1944 to the deported [genocided!] Crimean Tatars. »

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In contrast, Soviet mass deportation of Chechens and Ingush the same year (1944) « was acknowledged by the European Parliament as an act of genocide in 2004 » (Wkpd). There was no difference with Soviet treatment of Crimean Tatars. So…

World Chechnya Day Campaign (click to enlarge)

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Les lois de vérité historique portent atteinte :

-aux libertés académiques : principe à valeur constitutionnelle ;
-à la liberté d’enseignement : principe à valeur constitutionnelle ;
-à la liberté de conscience : principe à valeur constitutionnelle ;

mais ça existe en France. Une telle loi ne peut exister qu’au prix d’une interprétation des libertés précitées qui les vide de toute substance. Si bien qu’il faut nécessairement dire qu’en France il n’y a ni liberté académique, ni liberté d’enseignement, ni liberté de conscience.

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First Amendement Law vs Free Speech

Sarah Palin is awesome and there is going to be a large lawsuit against Twitter on first amendment rights. (S.T., Nov 26)

To allow internet platforms, which have become the Agora of the day, to suppress free speech because they’re private businesses and no government, will soon prove antiquated.

As “Privately-Run Libraries Expand Throughout U.S.” (Center for Digital Education, 2015), if privately-run libraries are private organizations re First Amendment law and the Amendment “does not impact the ability of private organizations to limit speech,” one sees the consequences. It’s about “privately-run public libraries,” like in the news: “A Maryland company that runs public libraries faces opposition as it seeks to add the 24 libraries in California’s Kern County to its portfolio of 82 in six states.” – my question being: Is a privately-run public library a private or public organization re First Amendment law? If private, then Board of Education v. Pico (US Supreme Court, 1982) doesn’t apply and these libraries are free to withhold any of their books from readers.

As private businesses are already constrained to not discriminate based on race, ethnicity etc according to the Civil Rights Act of 1964, this is no big step further to constrain them to not discriminate based on speech either.

If the First Amendment has value, it is because one’s opinions are one’s life (even if one is free to change one’s mind) and it is the fear of consequences that must be stopped, whether the feared consequences are prosecutions or the loss of one’s livelihood. – If we admit this, then not only private businesses should not be allowed to discriminate against employees but also against customers such as internet platform users based on speech.

With or without section 230 website owners have the right to determine what speech is conveyed on their property. (Emgorse, Dec 5)

Are they allowed to determine who conveys speech on their property based on the color of one’s skin? – As one’s speech reflects one’s opinions and one’s opinions are one’s inner life, I see the view here expressed as no different than that of people who advocate discrimination based on ethnicity etc. Besides, given that democracy lives on the free flow of ideas (“the marketplace of ideas“), and considering the nature of internet platforms, comparing them with family households is unsustainable re First Amendment.

The Good Samaritan clause in section 230 indeed provides immunity from civil liabilities for providers that restrict content but only if they act “in good faith” in this action. => Free flow of information and ideas. “Section 230(c)(2) provides Good Samaritan protection from civil liability for operators of interactive computer services in the removal or moderation of material they deem obscene or offensive, even of constitutionally protected speech, AS LONG AS it is done in good faith.” Wkpd

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Invasive Moderation

Assuming that [“I see the view here expressed as no different than that of those who advocate discrimination based on ethnicity”] was the case, so what if it was? Would you treat him differently because of his views, also becoming like those who discriminate based on ethnicity? (digital slime, Dec 6)

If I were an internet platform, you mean? Because that’s the topic.

Who has the power to discriminate? The provider, not the user. Restaurant owners are individuals but as they’re on the hiring side of the handle, it is them are asked to not discriminate against protected categories, not the waiters.

We’re all equal before the law but also its allows for differences when situations are different. When managerial decisions are concerned, individuals are concerned qua managers. So d.s.’s question is irrelevant as it draws the same consequences whether there’s “qua” or not, or this or that “qua.”

D.s. agrees there are individuals qua “public officials” but seems to forget there also are individuals qua “public figures” (not working in the public sector) and as far as section 230 is concerned individuals qua websites who are liable for their moderation when not done “in good faith.”

In any case there can be no claim of total shielding from disputes about moderation, not least because users may find they’re moderated contrary to the platform’s very own guidelines. Deceptive terms of service are illegal: “Deceptive terms and conditions void a contract in entirety.” (Duick v. Toyota Motor Sales USA Inc, Cal. App. 2 Dist.) Moderation contrary to TOS would be evidence, at the very least when consistently contrary.

Deceptive terms voiding a contract is a separate issue. One that shouldn’t actually come up since most social media sites reserve the right to remove you for any reason any way. (digital slime)

Come up with evidence of deceptive terms, deceptive moderation and other deceptive practices by social media and the judge will make them pay.

According to d.s.’s reasoning, a moderator could moderate his ex-girlfriend in an invading fashion like an electronic stalker and get off scot-free.

Justice for all. The responsibility for invasive moderation, like some say is found on platforms, is the moderator’s, owner or staff; the owner cannot shield a manic staff moderator but the staff’s defence can be that he abided by the contract.

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Une manifestante lyonnaise, légèrement blessée par un tir de LBD en 2019, a obtenu une décision favorable du tribunal administratif mercredi. Ces dernières années, quatre hommes ont déjà été indemnisés par ce biais, sans condamnation pénale du tireur. (Mediapart, 26 nov.)

Il ne manquerait plus qu’une action devant la justice administrative empêche de saisir le juge pénal, alors même qu’une décision favorable du TA est, face aux manoeuvres de l’IGPN complice, bien souvent la seule preuve que la victime peut faire valoir devant un juge judiciaire.

La doctrine est qu’une faute de l’agent permet de saisir le juge judiciaire. Or si le régime de « responsabilité sans faute » devant le tribunal administratif sert à empêcher le JJ d’être saisi, ce régime est moins protecteur qu’il n’y paraît car rien ne responsabilise alors les agents. En effet, le régime de responsabilité sans faute de l’État sert alors à couvrir toutes les possibles fautes des agents, et même si l’État a ensuite, dans ce cadre, des moyens de rétorsion contre l’agent, c’est de la cuisine interne à l’administration, loin des regards.

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Hate speech laws are something democracies and dictatorships have in common. Or is USA the only democracy in the world? #GodBlessAmerica

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No speech is protected if it incites violence. (D.B., Nov 28)

WRONG. No speech is protected if it incites “imminent lawless action“: Brandenburg v. Ohio, US Supreme Court, 1969.

“Imminent” means that speech is protected when it “amounts to nothing more than advocacy of illegal action [like violence] at some indefinite future time“: Hess v. Indiana, 1973.

The American Constitution protects speech that incites violence in some cases and I should say most cases. D.B.’s view is the same misunderstanding that led Misters Brandenburg and Hess to be prosecuted in violation of the Constitution.

D.B.’s phrasing is misleading. “Inciting violence”, when it is “advocacy of illegal action at some indefinite future time” is protected speech, so the Court does not examine whether speech incites violence, only whether it incites “imminent lawless action.”

The “imminent lawless action” test is more stringent than the earlier “clear and present danger” test, so even speech that wouldn’t pass a “clear and present danger” test is now protected. Thus, to tell people they can’t “incite violence” is to mislead people, as they are constitutionally entitled to advocate riots, bombings, killings, you name it, as long as it is in “some indefinite future time.” And if it is true that the imminent lawless action test is more protective of speech than the earlier clear and present danger test, then advocacy of violence is protected not only when adressing some indefinite future time – because of the word “present.” As the less protective test contains the notion of “present danger,” one is bound to think that the more protective test has discarded it, and that “imminent action” being not the same as “present danger” there can be present (not future) danger and yet no imminence of lawless action.

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Depuis janvier 2019, dans le cadre de la politique de francisation du français, on ne dit plus « one man show » mais « Grand Débat National ». Exemple : « Pierre Emmanuel Barré a reçu une standing ovation à la fin de son Grand Débat National aux Folies Bergères. »

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Brown v. Board of Education and Desegregation

Brown v. Board of Education of Topeka et al. (1954) was based on massive empirical evidence that segregation in the Southern states did not live up to the standard of separate but equal. Yet Plessy v. Ferguson (1896) had been based on the a priori possibility of the standard, which cannot be disproved by empirical evidence. An a priori possibility is to be rejected by statement of a priori impossibility, statement that is lacking in Brown v. Board as it relies on empirical facts. From empirical facts only, the conclusion could well have been that segregation be redesigned, started anew.

ii

As the conclusion from the empirical evidence could be either ending segregation or redesigning it, the decision to end segregation would require an additional a priori impossibility justification that cannot be found in Brown v. Board. So the Court’s conclusion exceeded the premise, as the only ways open to the Court, absent a statement of a priori impossibility, was redesigning or leaving it to the states to decide.

Desegregation was postulated rather than inferred by the Court, whose reasoning in the case is a mere petitio principii, the fallacy known as begging the question. Based on empirical evidence, on empirical evidence only, you can’t have the imperative of desegregation in the conclusion if you don’t put it in the premises yourself (if you don’t postulate it no matter what the evidence is).

iii

In Brown v. Board, unanimous justices say: Segregated schools are not equal and we believe they can’t be. We see the main part for them is “Segregated schools are not equal,” whereas “they can’t be” is a minor point in their eyes, as a belief suffices. Yet from one about to conclude with mandatory desegregation, one was expecting not a mere belief that “they can’t be” but a formal demonstration: an a priori demonstration of an impossibility per se.

Moreover, the very fact that unanimous justices wouldn’t express more than a belief is testimony that the documents sent by the NAACP and attorney Thurgood Marshall were wanting on that side of the issue. And it wasn’t bad faith on the justices’ part, as they granted desegregation.

According to commentators, the NAACP articulated some demonstration of the kind, well aware, then, that such a demonstration was unavoidable, but in the end justices expressed a mere belief, the polite way to say the demonstration was worthless. Without offering one of their own.

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One Bused Nation

As of precedent of Sep 1999, when a school district has “eliminated all traces of intentional racial discrimination,” busing programs must be stopped. How may one think this is not starting over with segregation, as said elimination was the result of busing only?

Busing made mixed schools. End busing and you get segregated schools again, because busing did not mix neighborhoods.

What can lead from busing to mixed neighborhoods is that families find busing so impractical, burdensome and punitive they prefer moving in the neighborhoods where their kids are bused, in order to avoid this busing hell. As if the inspiration for desegregation designers were Machiavelli rather than the Founding Fathers.