Journal onirique 16

Période : novembre-décembre 2020.

Street Art, par Cécile Cayla Boucharel

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Le nirvâna existe-t-il ?

S’il consiste en ce que l’on cesse d’exister, il n’existe pas, mais s’il n’existe pas on ne peut cesser d’exister.

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Au temps du téléphone filaire, il n’existait pas de sites internet de rencontre mais les gens n’étaient pas sans moyens pour entrer en relation avec des personnes du sexe opposé cherchant l’âme sœur.

Une amie anglaise me demande de l’aider, chez elle, à faire usage de l’un de ces services de mise en relation. Il s’agit d’une plateforme téléphonique : en composant un certain numéro, mon amie se fera mettre en relation automatiquement avec un homme inscrit dans le registre, avec lequel elle pourra discuter au téléphone et peut-être convenir d’un rendez-vous. Elle appelle en ma présence, mais au lieu que l’homme avec qui la mise en relation doit se faire réponde, il a enregistré sur sa boîte vocale un message obscène.

Mon amie raccroche. Grâce à mes compétences techniques, je sais comment obtenir le numéro du mauvais plaisant. Je demande à mon amie de bisser l’appel et, quand le message obscène redémarre, je capte les coordonnées. Puis j’appelle le numéro ; comme le signal n’est pas lié cette fois à la plateforme de rencontre, l’homme décroche. Il comprend à mon accent que je suis français et me répond en français car il est lui-même français. Je lui demande tout de même : « Do you speak French? » avant d’aller plus avant en français dans notre échange. Ce point étant réglé, je lui présente la raison de mon appel : une amie qui voulait entrer en relation avec un homme par le biais de la plateforme… Il m’interrompt pour se justifier prolixement et de manière plutôt agressive, nous accusant de ne savoir prendre une plaisanterie.

Son élocution et son discours me le font croire intelligent. Je l’interromps donc à mon tour pour lui dire que mon amie souhaite faire sa connaissance. Ça n’a pas l’air de l’étonner et il est prêt à rencontrer mon amie, laquelle écoute notre conversation sans la comprendre car elle ne parle pas français. Il me dit qu’elle ne doit pas tarder à l’appeler car il retourne bientôt en France pour quelque temps. Quand il raccroche, il me reste à convaincre mon amie que c’est l’homme qu’il lui faut.

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J’assiste à une représentation de théâtre à la télévision. Le rideau se lève sur un intérieur bourgeois du dix-neuvième siècle, le soir. On frappe de grands coups à la porte sur la droite. L’acteur Jean Carmet, en costume bourgeois, entre dans le salon par la gauche et traverse la scène pour aller ouvrir, en lançant à l’attention de celui qui continue de frapper avec force contre la porte : « Voilà ! Voilà ! »

Il ouvre : « Ah, c’est vous ! » Entre Jean-Pierre Marielle, en costume bourgeois. Avant de refermer la porte, Jean Carmet voit monter dans l’escalier un autre homme, mais Jean-Pierre Marielle le voit aussi, se précipite et pousse brutalement le nouveau venu en bas de l’escalier avant de refermer la porte lui-même.

Jean Carmet proteste : « Qu’est-ce qui vous prend ? C’était …, mon ami de trente ans ! » Jean-Pierre Marielle lui répond vivement : « Vous n’êtes donc au courant de rien ? » Jean Carmet : « Non, au courant de quoi ? » Jean-Pierre Marielle : « Suivez-moi ! »

La caméra les suit tous les deux : nous passons donc dans un film, après le théâtre filmé. Jean-Pierre Marielle conduit Jean Carmet à une fenêtre au bout d’un couloir. Dans la rue en bas, à la lumière des lampadaires, on reconnaît à leur démarche mal assurée quelques zombies, dont on entend également les grognements et râles caractéristiques. « Une invasion de vampires ! » s’écrie Jean-Pierre Marielle devant un Jean Carmet tétanisé.

C’est alors que j’essaie à mon tour de monter à l’appartement de Jean Carmet. Dans le hall du rez-de-chaussée, je dois contourner un tas de cadavres pour atteindre l’escalier. Quand j’approche, une femme sur le haut du tas se ranime et, tournant vers moi des yeux sans pupille, ouvrant une bouche pourvue de crocs de vampire, s’apprête à m’attaquer.

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Après avoir conclu l’affaire avec la propriétaire, pour une chambre avec demi-pension dans un quartier populaire de Paris, je sors prendre l’air par une belle journée ensoleillée. Je parviens sur une place où, comme au Capitole romain de l’Antiquité, vivent des oies. Ces oies sont très débonnaires et je parviens à m’asseoir contre l’une d’elle, comme si c’était un animal domestique recherchant cette présence. Son contact est doux, apaisant. Mais soudain je ressens un mouvement brusque, brutal, qui me fait sursauter : l’oie vient de croquer dans la glace au sirop que je tiens à la main. Je me rends d’ailleurs compte que ce sont deux oies l’une contre l’autre, car la seconde tend à son tour le cou pour happer un bout de glace. Enfin, un chat vient finir ce qui reste, et, si je me réjouis d’abord de voir un chat, il est tout crotté de diverses substances collantes dont certaines me salissent.

Mon esprit reste néanmoins occupé par le contraste entre la douceur de l’oie et sa violence au moment de happer de la nourriture. Je vois dans cette violence la marque de notre relation au monde extérieur, une violence inévitable et pourtant contraire à notre véritable nature puisque, quand nous sommes absorbés en nous-mêmes (ensimismados), nous sommes pure douceur.

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Le réveil, en Inde, d’un Grand Ancien, considéré dès son apparition par le peuple et les sanskritistes comme un avatar de tel dieu principal du panthéon hindou, est la cause directe, par la galvanisation et fanatisation de la plèbe colonisée conduite à se soulever contre l’impérialisme britannique, de la Seconde Guerre mondiale.

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Erect, la nouvelle eau de toilette pour homme.

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Le rideau se lève sur une représentation d’Henri II (sic) de Shakespeare. Le metteur en scène arrange les choses à sa sauce : Henri II est un vieux nain en costume cravate. Comme il craint pour sa vie, on le met sous une cloche de verre que l’on suspend dans les airs, ce qui fait bien rire le public.

Dans une autre partie du palais (nous ne restons donc pas sur la scène où le rideau s’est levé), le garde du corps du roi se fait poignarder par un assassin qui s’est introduit dans le palais pour tuer Henri II. Le garde du corps blessé se réfugie dans une cuisine, où l’assassin le suit. Sur la droite se trouve une table où une fillette prend une collation, accompagnée de sa gouvernante.

Sans remarquer la blessure du garde du corps, la fillette s’égaye en voyant un inconnu, l’assassin, et se met à lui parler. La gouvernante, qui a pour ordre de ne jamais rien faire que ce que commande la fillette, ne bouge ni ne dit mot. Pour ne pas éveiller la suspicion, l’assassin se montre complaisant et répond aux questions de l’enfant du ton le plus bienveillant et enjoué. Ce n’est que lorsque la fillette, lassée de cet échange, se remet à sa collation que l’assassin fait les derniers pas vers le garde du corps en sang et lui assène un grand coup de poing dans la figure qui le jette à terre inconscient.

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Busing et Hexenwahn.

« On appelle busing une organisation du transport scolaire visant à promouvoir la mixité sociale ou raciale au sein des établissements scolaires publics. » (Wikipédia)

Hexenwahn, traduit littéralement par ‘psychose des sorcières’ (fr.pons), est le terme décrivant en allemand les chasses aux sorcières, ou le phénomène psychologique sous-jacent, au Moyen Âge et jusqu’au dix-septième siècle (comme l’affaire des sorcières de Salem).

=> Busingwahn.

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Dans un grand magasin, au rayon des vêtements masculins où se trouve une incroyable quantité de vêtements sans goût, ce qui permet à peine de déambuler dans les étroits passages restants, un vendeur, suspectant que je ne souhaite rien acheter, me demande s’il peut m’aider. Je sors de ma veste un pistolet, un Walther PPK (Polizeipistol Kriminal), et l’en menace en lui répondant que j’attends quelqu’un.

Il me laisse tranquille mais reste tout de même assez près, disant à l’attention de la vendeuse à côté de lui mais en fait à mon attention et pour m’insulter : « C’est bien ma veine de tomber sur un Blues Brother », car je suis habillé d’une veste et d’un pantalon noirs. La vendeuse, une petite vieille dure de la feuille, n’a pas bien entendu sa remarque et lui demande de répéter, ce qu’il fait en haussant la voix et cette fois en me regardant. L’insulte est inqualifiable. Je décide de partir.

En remontant vers la sortie, je me doute que mon signalement a promptement été donné non seulement aux vigiles du magasin mais aussi à la police, à cause du pistolet, et je suis facilement reconnaissable en « Blues Brother ». Au moment où je vais sortir, un homme se jette sur moi pour m’immobiliser. Je parviens à sortir mon pistolet et à dégager mon bras ; je souhaite expliquer que c’est seulement par plaisanterie que j’ai braqué l’arme contre le vendeur : « C’est pour s’amuser, ça, pour s’amuser ! », « ça » étant le Walther PPK que, pour le montrer, je n’ai d’autre choix dans la présente situation que de braquer contre mon assaillant, lequel, se croyant menacé, me lâche. Ce n’était pas un vigile mais un simple particulier : mon signalement ayant dû être donné par haut-parleur dans tout le magasin, il a voulu m’arrêter lui-même. Je sors.

Pour échapper à la police, je souhaite retourner ma veste, dont l’intérieur est non pas noir mais rouge, mais il ne faudrait pas que des témoins me voient le faire car ils pourraient informer la police que le suspect qu’elle recherche a retourné sa veste et qu’il porte à présent du rouge. Or je me trouve sur le bord d’une station de taxis et les chauffeurs en attente de clients me regardent. Je traverse donc la rue, une large rue à double voie, pour m’éloigner, toujours, je le sais, sous le regard des chauffeurs de taxi.

Quand je suis parvenu de l’autre côté, un bus passe derrière moi, ce qui me laisse juste le temps de retourner ma veste et de m’engouffrer dans une station de métro sans être vu par les taxis. Je suis assez fier de mon nouveau look en rouge et noir.

Les couloirs du métro forment un vaste labyrinthe. Pour écarter les soupçons, je m’assois dans un hall au milieu de hippies qui jouent de la guitare. Au bout d’un moment, je reconnais des amis dans la foule de passagers et les aborde pour prendre un métro avec eux.

S’ensuit une longue odyssée compliquée entre différentes lignes de RER et de métro, plusieurs changements et plusieurs erreurs de direction. Les uns et les autres ayant chacun leur destination, nous ne sommes plus à la fin que deux, M. et moi, marchant dans une banlieue inconnue, ghettoïsée, pour nous rendre d’une gare à une autre gare. Craignant que nous soyons agressés, je menace d’une barre de fer trois passants, que ce geste nous rend immédiatement hostiles.

Nous ne nous arrêtons pas. Je crains que M. à présent ne se sépare de moi, qu’il soit sur le point d’arriver à destination tandis qu’il me reste encore un long chemin à faire. Je me dis alors que le plus simple serait de prendre un taxi, chatouillé par une légère Schadenfreude à l’idée de planter là mon compagnon de route avant qu’il ne me plante.

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Dans une petite cafétéria, minuscule même, où je suis le seul client, je suis contraint d’écouter la gérante raconter sa vie dans son téléphone portable, comme si je n’étais pas là ou bien, au choix, parce que je lui sers de public. Elle dit qu’elle vient d’arriver en France, d’emménager à Paris avec son époux dans un appartement au 66 rue des …, puis elle s’étend longuement sur un problème de voisinage pour lequel elle veut appeler la police. Qu’elle ait donné son adresse me donne envie d’aller faire un tour dans ce quartier parisien que je ne connais pas encore.

Je sors et prends un bus. Dans le bus, je trouve sur un plan que j’ai sorti de ma poche la rue des … mais ne vois pas l’arrêt. Par chance, le nom de l’arrêt porte le nom de la rue et quand la voix enregistrée dit « Rue des … » je descends. Je me trouve au début d’une rue pavillonnaire déserte, en automne, couleur rouille. Comme si je cherchais à me rendre au numéro 66, je regarde après les numéros mais n’en trouve pas. Sachant seulement que le 66 est loin, je me mets en marche.

Très vite, les pavillons laissent voir dans les dégagements entre eux des tours d’immeuble, révélant la véritable nature du quartier, puis disparaissent complètement, laissant place à ces mêmes tours. Je suis sur le point d’entrer dans la zone… Alors que je vais m’engager au milieu des barres d’immeuble, que je vais quitter définitivement la frontière pavillonnaire, la gérante de la cafétéria, dont je continue, je ne sais comment, d’entendre la conversation, ajoute un détail auquel je ne m’attendais pas : « Et comme c’est le quartier le plus pauvre de Paris… » Cette information, ajoutée à l’histoire du problème de voisinage, me donne envie de rebrousser chemin. Mais un groupe de jeunes, en train de discuter à la fenêtre de l’un d’eux sur la rue, m’a vu, et l’un se met en mouvement dans ma direction. Si je rebrousse chemin maintenant, je vais le croiser ; or j’ai dans l’idée qu’il a comme l’intention de m’aborder, d’alpaguer sur son « territoire » l’inconnu que je suis, inconnu semblant en outre, par ses codes vestimentaires, venir d’un quartier moins pauvre, des circonstances qui ne jouent nullement en ma faveur.

Aussi, au lieu de faire demi-tour, je continue d’avancer. Ce faisant, je m’enfonce dans la zone. Quand une façade me cache alors mon poursuivant, que je continuais de surveiller du coin de l’œil, je crois voir qu’il me court après.

La zone s’offre à mes yeux : c’est une cité cyclopéenne de barres d’immeuble à perte de vue en amphithéâtre autour d’une dalle immense, le tout grouillant de monde, sur la dalle comme aux balcons des façades. Dans ce grouillement désœuvré de bruyante populace, un grand nombre d’enfants en bas âge livrés à eux-mêmes, certains assis à même le sol, maussades. Je ne peux faire un pas de plus, cette fois je dois rebrousser chemin. Je croise donc mon « poursuivant », qui ne court pas, rentre simplement chez lui, et baisse les yeux après que nous nous sommes brièvement toisés du regard.

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Un jeune Norvégien et une jeune Norvégienne battent en même temps, fait singulier, le record du monde de saut à la perche dans leurs catégories respectives, lors des qualifications pour les Jeux olympiques. Leur technique est impressionnante : entre l’extrémité de la perche et la barre, leur corps s’élève avec une verticalité parfaite, dans laquelle l’intégralité de la dynamique est mobilisée pour monter, et le mouvement d’inflexion nécessaire pour franchir la barre est accompli très précisément au media quies où le corps doit retomber.

Or ces records sont d’autant plus étonnants que l’un et l’autre ont fumé du haschich avant la compétition, ce qui n’est pas connu, me semble-t-il, pour améliorer les performances sportives. Une fois l’épreuve passée, les deux Norvégiens, le garçon et la fille, ne demandent pas à leur entraîneur de leur dire ce qui peut être fait pour améliorer leur technique de saut mais à leur initiateur au haschich qu’il leur montre comment mieux utiliser le narguilé, car ils sont encore débutants et il leur a fait remarquer qu’ils s’y prenaient mal.

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Je me rends dans une réserve indienne aux États-Unis, où je suis accueilli par un groupe de jeunes gens, garçons et filles, dont une jeune femme particulièrement distinguée par sa beauté. Bien qu’ils sachent que je suis venu pour les observer, en ethnologue ou documentariste, ils ne font rien. Ça devient un peu gênant. L’un d’eux se met à chanter, ou plutôt à fredonner, une chanson ; quelques autres s’y mettent aussi, mais au lieu de reprendre tous en chœur la chanson du premier, chacun fredonne un air différent, pour soi, tandis que d’autres encore continuent à ne rien faire du tout. Je me demande si la vie en réserve n’a pas complètement abruti les populations amérindiennes, ou bien si c’est le reporter (à présent j’assiste à la scène en spectateur à la télévision) qui ne sait comment s’y prendre pour rendre son sujet intéressant.

Quand le reporter suit l’un des Indiens dans une salle de commande, je me dis qu’il va se passer enfin quelque chose. L’Indien tourne une vanne. On explique qu’il s’agit d’un mécanisme de régulation de la rivière passant dans la réserve : régulation par libération d’insectes aquatiques que viendront manger les rongeurs des terrains avoisinants.

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J’arrive à mon poste de travail en retard et chargé de toutes sortes d’affaires. Je trouve mon siège mais les bureaux et ordinateurs ont disparu. Une collègue me dit que la direction est en train de modifier nos conditions de travail. Je pose mon barda sur mon siège et m’excuse auprès des collègues présents en leur disant que je dois repartir tout de suite car j’ai un chien à chercher au chenil du poste de sécurité pour lui faire faire de l’exercice et que je suis en retard. Cette histoire de chien est intéressante. On sait que la police et les agents de sécurité se servent de chiens dans leur travail ; ici le personnel, même s’il n’a rien à voir avec la sécurité, doit quand même « sortir » les chiens du poste de sécurité, s’en occuper comme les agents eux-mêmes, c’est une obligation de service. C’est d’ailleurs plutôt de la formation continue car, quand je sortirai le chien sur le périmètre de l’organisation, je devrai me comporter comme un véritable agent de sécurité et enquêter sur tout ce que je détecterais de suspect pendant la « ronde ». Nos collègues et moi n’aimons pas trop cette contrainte car nos muscles se sont atrophiés à nos postes sédentaires et nous avons bien de la peine à maîtriser les chiens, à ne pas nous laisser entraîner par eux.

Alors que je suis en retard, je ne trouve pas ma veste en tweed avec laquelle je veux faire ma ronde. L’ayant cherchée en vain aux abords immédiats de mon poste de travail, j’élargis le champ de recherche à d’autres parties des bureaux. C’est alors que je croise E. et nous renouons immédiatement une relation passée en nous étreignant. Je l’entraîne vers des parties des bureaux plus éloignées encore ; plus nous nous éloignons, plus les locaux sont délabrés, mais il continue toujours d’y passer des gens, c’est irritant.

D’ailleurs, je suis en retard. Je n’ai pas retrouvé ma veste et vais donc devoir faire la ronde avec mon gilet en pseudo-cachemire, malgré le froid (faire la ronde avec ma parka, qui n’est pas perdue, elle, est a priori exclu, question de style). Comme E. proteste que je l’abandonne, je lui dis : « Tu as vu où nous sommes. » Nous sommes dans une cuisine complètement en ruine ; il s’agit de lui faire comprendre que ce n’est pas le lieu. J’ajoute : « À très bientôt comme au bon vieux temps », mais je crains d’avoir raté l’occasion de renouer avec ce « bon vieux temps ». La réponse d’E. à cette dernière parole est plutôt favorable mais sera-t-elle encore dans le même état d’esprit après la ronde, pour laquelle je suis en retard ?

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Dans un journal scientifique italien, on demande un volontaire pour une expérience : il s’agit de copuler avec le singe (une guenon, je pense) Miniatrucu (en italien le « u » se prononce « ou ») qui possède, dit l’annonce, un « développement squelettal » comparable à celui d’un être humain ainsi que quelques pouvoirs télépathiques. Révolté par une telle annonce, je sens deux petites mains saisir mon avant-bras et poser ma main sur une petite tête où elles la maintiennent. C’est Miniatrucu, un petit singe roux dont la taille ne rend certainement pas possible un rapport sexuel avec un humain. Son geste me montre le besoin d’affection de l’animal, qui m’émeut et redouble ma colère contre les savants qui l’exploitent.

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Un ensemble de meurtres particulièrement barbares et non élucidés a finalement permis de mettre au jour le phénomène de LTVol, « libre transmission de volonté », par lequel les pensées homicides d’une personne envers une autre suivent cette autre personne en cherchant à se réaliser. Quand cette autre personne croise un tiers suggestionnable, ce dernier devient le véhicule des pensées homicides, qu’il mène à bien si les circonstances le permettent. Le « possédé » reste lucide tant que le projet homicide occupe ses pensées, puis, l’acte accompli, après quelque temps il ne se souvient plus de rien. Ces crimes sont particulièrement difficiles à élucider car ils sont commis par des personnes inconnues de leurs victimes et n’ayant aucun motif pour les tuer.

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Je me suis laissé entraîner en boîte de nuit, où j’ai passé le plus clair de mon temps à chercher à éviter à D. (♂), que j’avais entraîné à mon tour, l’humiliation à cause d’un groupe de gays qui voulaient se servir de son bonnet comme d’une poubelle dans leur salle privée.

Quand la boîte ferme, à l’aurore, les gens se retrouvent dehors dans un pré parsemé de bosquets, en petits groupes. S., le principal responsable de ma présence ici, me demande si ça va, relativement à l’heure, car j’avais accepté de venir à condition de ne pas rentrer trop tard ; je réponds que ça va, bien que l’on ne puisse considérer qu’il ne soit pas trop tard puisque c’est la fin de la nuit.

Comme tout le monde a bu, ceux qui sont censés conduire veulent se reposer avant de prendre le volant. C’est le cas de notre conductrice. Alors les groupes s’assoient dans l’herbe. Puis il se produit un phénomène de dissolution des groupes, car des couples s’en séparent pour aller s’allonger un peu à l’écart. C’est évidemment le clou de la soirée, qui n’avait d’autre but que de permettre à chacun, venu dans un groupe, de finir en couple. Or je n’ai nullement préparé ce moment, pour la raison que j’ai dite, et je m’attends donc à passer plusieurs heures assis au milieu de couples allongés dans l’herbe.

Alors que les couples se forment à une vitesse de plus en plus grande, et que ma tension monte, une parfaite inconnue m’invite à venir m’allonger avec elle. Bien qu’elle soit petite, boutonneuse, habillée sans goût, en somme des plus quelconques, j’accueille sa proposition avec soulagement. (Le soulagement vient peut-être aussi du fait que la demoiselle n’est pas pire que quelconque. En fait, son sourire, pour m’aborder, ne manque nullement de charme.)

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