Category: Littérature

Poésie anti-impérialiste du Panama

Les poèmes suivants, traduits de l’espagnol, sont tirés d’une Antología general de la poesía panameña (siglos XIX-XX) (Editorial Bruguera, Barcelona, 1974) (Anthologie générale de la la poésie panaméenne des 19e et 20e siècles), dont on peut noter au passage qu’elle a été publiée par une maison d’édition qui, bien qu’internationale (Barcelona Bogota Buenos Aires Caracas México), avait son siège à Barcelone, en Espagne, vers la fin du franquisme. Il n’est pas inutile de souligner cette donnée, à première vue paradoxale étant donné la nature autoritaire du régime franquiste, car nous tirons surtout de cette anthologie des textes de nature sociale et politique, prolétariens, anti-impérialistes, révolutionnaires. Il est probable que la censure du régime, à la veille de sa disparition, s’était relâchée.

Comme le Pérou sous le « gouvernement révolutionnaire de la force armée », le Panama présente cette caractéristique plutôt rare d’avoir connu au vingtième siècle un régime d’origine militaire et putschiste conduisant, sous la direction du général Omar Torrijos, « Leader suprême de la Révolution panaméenne » (Líder Máximo de la Revolución Panameña), qui dirigea le pays officiellement ou par personne interposée de 1968 jusqu’à sa mort en 1981, une politique progressiste saluée par des personnalités telles que le poète et ministre sandiniste Ernesto Cardenal ou encore l’écrivain Graham Greene, et soutenue par Fidel Castro.

C’est sous Torrijos que le canal de Panama fut restitué au pays, par les traités Torrijos-Carter, non sans qu’aient éclaté auparavant des manifestations populaires réprimées dans le sang par l’armée nord-américaine occupant la zone du canal.

La « Zone du canal de Panama » était une « entité coloniale » (ente colonial) (José Franco) créée en 1904 par le Congrès américain, par une loi octroyant aux États-Unis la souveraineté sur le canal. Le projet du canal de Panama, d’abord français, était devenu américain, avec entretemps, en 1903, en raison du refus de la Colombie de ratifier des accords avec les États-Unis, l’indépendance du Panama, jusqu’alors province de Colombie, indépendance largement provoquée par les États-Unis eux-mêmes, qui soutinrent et amplifièrent l’agitation politique dans la région. L’accord fut donc signé avec le Panama nouvellement indépendant. Par cet accord, les USA garantissaient l’indépendance du pays ainsi que des paiements annuels en échange de la cession à perpétuité du contrôle sur ladite Zone du canal. En d’autres termes, le Panama fut créé pour permettre aux États-Unis d’être souverains sur le canal. C’est cette souveraineté nord-américaine que l’anti-impérialiste Torrijos contesta et dont il obtint en 1977 la suppression, avec dévolution de la Zone au Panama due en 1999.

Entretemps, en 1989-1990, les États-Unis envahirent le Panama pour renverser leur propre créature, devenu trop indisciplinée à leur goût, le général Noriega, qui avait pourtant largement contribué, après le décès de Torrijos, à replacer le Panama dans l’orbite impérialiste nord-américaine. Cette invasion sanglante a été décrite par le poète, écrivain et diplomate José Franco (dont nous avons ici traduit deux poèmes) dans son roman Las luciérnagas de la muerte (1992), « lucioles de la mort » qui ne sont autres que les hélicoptères d’assaut nord-américains :

«En este encuentro enviaron el último modela del helicóptero ‘Apache’, que supera el Cobra, y que fue diseñado para combatir a los grandes tanques soviéticos. 2,000 panameños con armas ligeras contra los 27 mil invasores dotados de cañones, misiles, tanques, tanquetas, helicópteros de sofisticada invención. El subdesarrollo tercer-mundista contra la tecnología de la guerra espacial de Estados Unidos.»

Lors de cet assaut ils envoyèrent le dernier modèle d’hélicoptère Apache, qui surpasse le Cobra et était destiné à combattre les grands chars soviétiques. 2.000 Panaméens avec des armes légères contre les 27.000 envahisseurs équipés de canons, missiles, tanks, chars légers, hélicoptères sophistiqués. Le sous-développement tiers-mondiste contre la technologie de la guerre spatiale des États-Unis.

La page Wkpd « Invasion du Panama par les États-Unis » parle quant à elle de « plus de 16.000 soldats panaméens » contre 27.000 soldats nord-américains. Quant au bilan, les États-Unis évoquent à ce jour la mort de 23 soldats américains et de 450 victimes panaméennes, militaires et civiles, tandis que le Panama parle de quelque 3.000 victimes panaméennes, militaires et civiles.

Le roman de José Franco évoque également un fait qui, s’il était avéré, révoquerait en doute les déclarations nord-américaines quant à leurs motivations dans cette intervention militaire :

«Iban a atacar los sectores civiles, como hiciero en el Chorrillo. … También le comentó sobre un acuerdo con los gringos: justamente, hacia tres días que Noriega había mandado a desmontar el potente aparato militar de combate. Por eso no poseían defensa anti-aérea ni morteros. Era una traición de Noriega, concluyó la periodista.»

Ils allaient attaquer d’autres quartiers civils, comme ils le firent au Chorrillo. … Elle parla aussi d’un accord avec les gringos : comme par hasard, il y avait trois jours de cela Noriega avait ordonné de démanteler le puissant appareil militaire de combat, et c’est pour cette raison que l’armée panaméenne ne possédait à cet instant aucune défense anti-aérienne ni aucun mortier. C’était une trahison de Noriega, conclut la journaliste.

Une des raisons officielles alléguées par le Congrès américain (page Wkpd précitée) retient particulièrement l’attention : Noriega, prétendument, « menaçait la neutralité du canal » et les États-Unis avaient le droit, « en vertu des traités », « d’intervenir militairement pour protéger le canal ». Comme l’intervention eut lieu avant la rétrocession de la Zone du canal au Panama en 1999, cette interprétation juridique ne permet pas en soi de savoir si la rétrocession ultérieure a modifié l’attitude des États-Unis vis-à-vis de la gestion du canal. Dans le cas où les États-Unis considéreraient aujourd’hui encore le canal comme une zone « neutre » et dont ils ont le droit de défendre militairement la neutralité, il serait clair qu’ils nient la souveraineté du Panama sur la Zone.

(Il me semble d’ailleurs clair également que la souveraineté de l’Égypte sur le canal de Suez est nulle, sinon en droit, du moins en fait. Quand Nasser voulut nationaliser le canal et le fit fermer aux navires israéliens, l’Égypte fut immédiatement envahie, par Israël, la France et la Grande-Bretagne, et, si les envahisseurs durent cesser leurs opérations sous la pression conjuguée des États-Unis et de l’URSS, il est certain que des accords furent passés pour rouvrir en contrepartie le canal à tous les navires. Depuis lors, l’Égypte n’est pas souveraine sur le canal. Tout risque de décision souveraine indésirable relativement au canal est écarté par le contrôle de la politique intérieure du pays, à savoir par le soutien à des dictateurs inféodés à l’impérialisme. Le renversement du régime démocratiquement élu de Mohamed Morsi par le militaire putschiste Sissi est à comprendre à cette aune. Quand, depuis lors, le dictateur Sissi interdit le passage du canal de Suez aux navires du Qatar, on voit d’où ça vient…)

Ce déguisement d’agneau, frère loup,
ne trompe plus la candeur des violettes. (Diana Morán)

Nous avons traduit des textes des poètes panaméens Ana Isabel Illueca (3), Demetrio Herrera Sevillano (3), Carlos Francisco Chang Marín, alias Changmarín (5), José Franco (2), Álvaro Menéndez Franco (1) et Diana Morán (2), soit seize poèmes.

*

Indienne (Chola) par Ana Isabel Illueca

Note. Le terme cholo, -a désigne principalement, dans l’ensemble de l’Amérique hispanophone, un métis d’Indien et de Blanc, mais aussi un Indien qui a renoncé à son mode de vie traditionnel pour vivre à la manière créole, occupant le plus souvent des emplois subalternes.

Indienne,
je suis allée voir ta cabane ;
pauvre hutte de feuilles
sur le seuil ouvert de laquelle
repose la sentinelle
du pilon…
– cœur de bois –,
qui moud de ses mains
riz grillé,
dos et poumons.

Indienne,
même l’eau
qui remplit la cruche
nous parle de travail…
sur ton épaule fatiguée,
elles est venue en jarres de terre cuite
depuis la fontaine limpide.

Je connais ton chez-toi :
sur des nattes,
dans le dur grenier1,
tu prétends donner force et courage
à ton corps meurtri ;
quand t’attendent
le maïs tendre
qu’il te faut
dans la pierre
pétrir…
et le babeurre
dont il te faut
faire du fromage…
et les vêtements de l’homme
qu’il te faut laver
dans la rivière
avec la mousse et le battoir.

Indienne,
à la ferme tu es
une bête de charge,
et à la ville ils feront de toi
plus encore une bête…
Si tu es laide,
c’est une chance :
ta laideur
te sauve de la chute ;
mais si tu es jolie
tu seras chair d’outrage
pour le fils du patron,
qui sans pitié
te laissera un enfant paria
qu’il reniera
(parce que renier
l’enfant d’une Indienne
est monnaie courante
chez les riches).

Indienne,
fleur de tragédie,
la vie te punit
quand tu remplis ta mission…
Il n’y a pas de lois pour toi
depuis qu’il y a des classes…
Il n’y a pas de règles
pour te protéger…
Pour toi il n’y a que des prisons
si tu fautes…
Ce n’est pas pour toi que fut créée la compassion,
Indienne paysanne
de mes vertes prairies,
fille de la ferme,
sœur du ruisseau…,
amie du chardonneret
et du ramier ;
une femme de la ville
parle en ton nom
demandant opiniâtrement
ton droit de vivre digne et respectée… ;
ton droit d’être digne
des hommes
qui plantèrent
dans la terre féconde
l’émeraude sans pareille
des champs de maïs,
l’éventail du champ de cannes
et le jardin parfumé
par les fruits
du sol tropical.

Indienne,
martyre anonyme,
héroïne silencieuse
de la maternité… ;
ton ventre est un creuset
de travailleurs
sans pères et sans pain
qui mâchonnent, comme une tortilla,
la misère
sans jamais se plaindre,
car ils attendent
la voix de la Justice
qui s’élèvera bientôt.

1 Grenier : Il est a priori paradoxal qu’une simple cabane ait un grenier. Le terme jorón, spécifique au Panama, décrit un espace surélevé au sein de l’habitation même la plus modeste (où l’on y accède alors par une échelle), pouvant servir d’entrepôt pour le riz et le maïs mais aussi de chambre à coucher.

*

Ma pollera, robe du Panama… (Mi pollera…) par Ana Isabel Illueca

Note. Le vocabulaire de ce poème est par endroits très technique puisqu’il s’agit d’une description minutieuse du costume féminin panaméen, la pollera. Les équivalents plus ou moins exacts des ornements décrits, s’ils existent en français, ne me sont pas connus, et pour ne pas surcharger la traduction de termes originaux incompréhensibles, j’ai parfois dû user de termes proches mais moins précis. Certains détails laissés de côté méritent donc d’être présentés en introduction. Le mundillo est une dentelle aux fuseaux typique de l’Amérique centrale. Le tembleque est un bijou serti de perles placé sur les cheveux et monté sur de petits ressorts de façon à « trembler » (c’est l’étymologie du mot) au moindre mouvement. La mosqueta est une broche garnie de perles et la peineta un peigne doré posé sur la coiffure et servant d’ornement. Le poème évoque aussi des danses et musiques populaires du Panama, tamborito, caja, que j’ai traduites de la même manière non spécifique.

Ne me demande pas
la soie et la gaze
pour orner ma taille ce soir…
Mardi gras…
Quelle Panaméenne
échange sa pollera
contre un costume ?

Ma pollera !…
Tu le sais,
je l’ai faite
avec des volants minces,
où une grand-mère
tissa de ses mains habiles
le mundillo
au point de dentelle aux fuseaux ;
puis, parmi les roucoulements
du soir,
avec l’aiguille enfilée
de tons suaves,
nous marquâmes
sur le corsage et le jupon
les feuilles et les fleurs
des champs de maïs.

Tu ne peux savoir
le plaisir qu’elle me donne
quand elle ceint ma taille,
ni le frémissement
ressenti dans le dos
au toucher de la dentelle
que recueillent
les fils de laine
en pompons.

Et tu n’as pas vu mes souliers :
petits étuis de satin
qui couvrent
mes pieds menus et agiles
comme ceux des femmes tropicales…

Ma tête est la nuit ;
sur elle, comme des étoiles
scintillent
les parures lumineuses
contre le noir de jais de mes tresses,
qu’assujettissent
doublées sur la nuque
les peignes dorés.
Et contre les oreilles,
comme deux roses blanches,
les broches
ornent le visage
tandis qu’enlacent le cou
les rosaires de perles
ou le collier
d’écus ciselés de couronnes
des temps passés…,
quand l’or
coulait à flots
dans les colonies
pleines de légendes…
Laisse-moi porter
ma belle pollera
et te chanter
un air
là-bas dans la ronde
où l’on entend
le bal
et la chanson expressive
qui rappelle
dans ses harmonies rythmiques
les Indiens bronzés de ma terre ;
et tandis que les métisses accompagnent mon chant
de leurs chœurs et battements de mains,
j’irai
avec le plus fringant
au centre de la ronde
pour danser
la danse la plus émouvante
de ma petite patrie ;
et au rythme cadencé
des airs nationaux
de cette chère terre isthmique,
tandis que mes pieds
formeront mille filigranes,
ma pollera
s’ouvrira comme deux ailes
pour acquitter avec élégance
la pluie de chapeaux et de pièces de monnaie.

Ne me demande pas
de changer d’habit
pour la soie et la gaze.
Aucune Panaméenne
ne remplacerait
sa pollera pour rien au monde.

*

Fleur symbolique (Flor simbólica) par Ana Isabel Illueca

À l’orchidée du Saint-Esprit, « fleur nationale ».

Es-tu fleur ou un oiseau
qui, dans l’ombreuse frondaison,
avec des rayons de lune
et l’écume de la mer
construisit si fantastique
et pure allégorie
pour couver les rêves
dans un nid sans pareil ?

Es-tu fleur ou bien oiseau… ?
Te nourris-tu de fruits
ou les sucs de la terre
courent-ils dans tes vaisseaux ?
Embaumes-tu les fourrés
ou chantes-tu dans les arbres ?
Te pares-tu de pétales
ou de suaves plumes… ?

Fleur magicienne de mes forêts,
au milieu de la verte ramée,
cachée dans les bois
sombres et tropicaux,
tu surgis à la vie
avec des clartés de ciel coloré,
des blancheurs d’écume
et des parfums de feuilles…

Une auréole de lumières
diaphanes et brillantes,
comme la nacre que recèlent
nos mers limpides,
forme ton albe corolle
où se niche la gracile
colombe de l’Esprit
Saint aux ailes fragiles.

Fleur symbolique, tu es
sur les autels sacrés
de ma chère patrie
l’aimante émissaire
qui porte jusqu’à notre sol
des messages célestes…
C’est seulement ici que tu fleuris,
comme un juste hommage
à cette terre qui sait
accomplir de grands desseins.

Entre toutes l’Isthme
te proclame souveraine,
capable de nous abriter
de tes ailes nivéales,
comme le font les indomptables
et gigantesques masses liquides
qui de leur chanson de vagues
bercent nos plages.

Fleur du Saint-Esprit,
orchidée immaculée,
depuis les vierges bosquets
couvrant les montagnes,
continue de nous prodiguer
tes corolles de nacre,
où s’est nichée
cette blanche colombe
qui couve les aspirations
de notre bien-aimée patrie.

*

Jacinto le charpentier (Jacinto, el carpintero) par Demetrio Herrera Sevillano

Le soir tête basse.
Le vent, qui tant voyage,
s’arrête et se repose.
Sur le trottoir les uns vont,
sur le trottoir d’autres viennent.

Parmi ce mouvement continuel,
ce tourbillon quotidien,
Jacinto le charpentier
s’en revient du travail.
L’heure de l’angélus lui pèse
et sa fatigue lui pèse.

Sale et montrant sur son visage
les châtiments du soleil furieux,
Jacinto Tejada marche,
en sueur, pensif,
et soudain s’arrête.

C’est une jolie poupée
qui attire son attention,
prisonnière dans une vitrine.
Il voit qu’elle voudrait
se libérer de si perfide réclusion ;
qu’elle lui adresse un sourire,
que ce sourire l’implore.

Horrible araignée frémissante,
la main rude et calleuse
de l’ouvrier s’enfonça
dans la poche de son pantalon.
Il veut délivrer la princesse…
Il veut réveiller la paisible
enfant de son cœur.

« Seule dans la chambre obscure
où l’a jetée la pauvreté,
elle ne vivra plus dans les larmes,
elle ne s’étonnera plus de mon absence,
car la poupée lui servira
de consolation et d’amie. »

(C’est ce que Tejada susurrait
à l’oreille de son cœur.)

Et, parce qu’il était sincère, comme s’il craignait
de voir fuir de la vitrine
le jouet si convoité,
cette souriante illusion,
prompt, diligent, ipso facto
il rassembla en souriant
le produit de son travail.

(Les pauvres ont le bonheur
de rêver,
de même que le malheur
de ne pouvoir réaliser
ce dont bienheureux ils rêvent.)

Quel frappant exemple
offre en l’occurrence Jacinto,
car son salaire, ô surprise ! n’était pas suffisant
pour acheter la poupée.

Glaciale désillusion
attristant même les pierres.
Et comme celui qui se convainc
de quelque chose qu’il ne pouvait croire,
il ne cessait de remuer
sa tête tourmentée.

C’était un long va-et-vient.
C’était le pendule fatigué
de l’horloge de la tristesse.

ii

Combien de fois Jacinto
n’avait-il entendu ses camarades parler
de l’injuste exploitation
dont sont victimes les ouvriers… !
Mais, soumis, incertain,
c’est à peine si cela pouvait
lui donner un tiède courage dans la rue.

Indolence
qui mourut ce soir-là.
Il pensa à son énorme charge de travail
et au salaire
avec lequel on le maternait.
Cela ne pouvait même pas payer
une poupée de quelques sous !

En cet instant opportun
et d’une douleur inouïe,
l’ouvrier vit – enfin ! –
la tête échevelée, repoussante
de l’injustice.

C’était l’aveugle qui tout à coup,
devant un axiome inappréciable,
recouvre la vue.

Jacinto poursuivit son chemin
dans la nuit
qui commençait à se répandre sur la ville,
comme elle a coutume de le faire.

Il marchait plongé
dans une torpeur humiliée.
Il marchait en songeant
qu’il n’avait pas assez d’argent
pour acheter la poupée.

Pauvre ouvrier charpentier !
Mille fois je le vis s’arrêter,
mille fois se retourner…

Tous ses regards allaient
vers la belle vitrine
où restait le jouet.

*

Chambres (Cuartos) par Demetrio Herrera Sevillano

À Pedro Méndez Miró

Abruties
de chaleur et de nuit,
des chambres passent.
……….Des chambres…
……….Des chambres…
Chambres de pauvres gens
aux enfants pieds nus.
Chambres où n’entre pas le soleil
car le soleil est aristocratique.

Des femmes à moitié nues
font la lessive sur le patio,
et l’âtre est indiqué par
un silence
…………quadrilatéral.
Chambres où insensée survient
la toux, sifflement funéraire.
Chambres aux visages sales,
aux expositions de guenilles.

La malade paraît et appelle…,
La malade paraît et appelle
le vent qui l’ignore.
Il presse le vestibule obscur,
gifle la citerne.

Et
abruties
……….de chaleur et de nuit,
des chambres passent.
……….Des chambres…
……….Des chambres…
Chambres de pauvres gens
aux enfants pieds nus.
Chambres où n’entre pas le soleil
car le soleil est aristocratique.

*

Tu dis toujours oui (Tú siempre dices que sí) par Demetrio Herrera Sevillano

Mon compatriote,
Panaméen,
tu dis toujours oui.
Mais pas pour la lutte.
Pas pour protester
lorsqu’on t’offense.

Mon compatriote,
Panaméen,
tu réponds toujours oui.

Quand ils te paient un peso par jour,
Oui, oui, oui.
Quand un tyran te gouverne,
Oui, oui, oui.

Mon compatriote,
Panaméen,
tu réponds toujours oui.

Apprends à dire non,
apprends à dire non
à ce pour quoi tu dis oui.

Mais non, tu dis non
quand tu devrais dire oui.
Et comme tu dis oui au lieu de non
et non quand tu devrais dire oui,
ton oui devient non
et ton non, oui.

De grâce !
Que l’on ne dise pas
que tu n’as pas de conscience.
Non, non, non !
Ni que tu ne sais que dire oui
alors que tu devrais dire non.
Ni que les outrages te font plaisir.
Non, non, non !
Ou l’errance dans la misère…

Mais non, tu dis non
quand tu devrais dire oui.
Et comme tu dis oui au lieu de non
et non quand tu devrais dire oui,
ton oui devient non
et ton non, oui.

Tu réponds toujours oui,
mon compatriote,
Panaméen,
tu réponds toujours oui.
Mais pas pour la lutte.
Et encore moins pour offenser
lorsqu’on t’offense,
mon compatriote,
Panaméen,
tu réponds toujours oui.

*

Je suis avec toi, Fidel (Estoy con tigo, Fidel) par Changmarín

À Cuba la canne à sucre chantait
au pied du tabac en fleur,
et Martí, ce champion
assassiné sur ordre de l’Espagne,
par une étincelle dans la forêt
de son peuple, timonier,
déclencha un implacable feu
destructeur de la tyrannie…
C’est pourquoi je dis aujourd’hui :
Je suis avec toi, Fidel.

Enfin la terre sauvée
a fleuri le long des chemins,
et dans Cuba les paysans
ont recouvré leur terre aimée.
La classe ouvrière sauvée
par le fusil et le burin
s’est emparée du miel
que le passé lui refusait.
C’est pourquoi je dis :
Je suis avec toi, Fidel.

Que pleure le traître sur son échec,
que le propriétaire terrien s’afflige,
que l’indécent millionnaire
morde la poussière à chaque pas.
Même si l’ingénu tombe dans les liens
de la propagande impie
et même si le cruel impérialisme
déchaîne la répression,
je te le dis de tout mon cœur :
Je suis avec toi, Fidel.

L’espoir du monde est en ce jour illuminé
d’une lumière cubaine
et un profond ressentiment
brise les chaînes.
Dans Panama la brune,
le peuple monte sur son cheval
et le sang de l’œillet
se répand sur l’isthme…
À bas l’impérialisme,
je suis avec toi, Fidel.

*

Dizains à la classe ouvrière (Décima a la clase obrera) par Changmarín

La classe ouvrière est la source
de tout pouvoir et toute gloire.
Par sa lutte permanente
elle a transformé l’histoire.
Sur chaque chose
est marqué son effort
et de ce fait l’univers
avance comme un torrent…
En ces vers je chante
sa raison immortelle.

L’action des sombres usines
meut ses mains
qui travaillent jour et nuit
pour assainir la production,
qui va du pain au charbon,
au plant de banane,
à la maison, à la route,
au pont, au treuil, au ciment…
Elle fait usage de son talent
et c’est pourquoi elle marche en tête.

Elle pèse sur le volant du bus
ici dans la ville,
transforme la réalité
du taudis en manoir.
Elle a cette disposition
à produire la richesse
bien qu’elle vive dans la pauvreté
car sa valeur lui est volée
par l’exploiteur
qui augmente ainsi sa grandeur.

C’est la classe ouvrière qui lutte
à Puerto Armuelles,
dans la Zone du canal,
pour un nouveau Panama.
Et sa force s’imposera
pour changer le destin
de la patrie, qui a convenu
de renouveler ses structures…
La lutte sera dure
mais la voie sera ouverte.

*

Dame plus-value (La señora plusvalía) par Changmarín

Si tu es un psalmiste économique,
dis-moi ce qu’est la plus-value,
son concept et sa théorie,
sans discours astronomique.
Peut-être trouveras-tu comique
cette façon de parler ;
ou le fait que j’improvise
sur des thèmes si matériels ;
mais ce sont des termes d’actualité
qu’il te faut savoir employer.

Si la journée tu travailles le bois
qui rend vingt pesos
et le patron te donne pour cela
deux pesos, à son accoutumée,
en retirant du total
les coûts du matériel,
les impôts, l’ensemble des frais,
il lui reste un surplus ;
c’est la source
de sa richesse.

Le travail accompli
mais non rémunéré
que ton patron bandit
s’approprie gratuitement
et légalement
dans ce système cruel,
c’est la réponse à ma question :
Dame plus-value,
comme il est écrit dans le journal.

Et quand tu ajoutes à ce compte fatal,
à ton cas particulier celui d’un million
d’autres ouvriers de la nation,
tu vois la cause totale
qui produit le capital
chaque nuit, chaque jour,
et pourquoi l’oligarchie
ne veut pas que tu t’éveilles,
car tu seras plus fort
si tu sais ce qu’est la plus-value.

*

Qu’ils partent du canal (Que se vayan del canal) par Changmarín

Note. Le 9 janvier 1964, « jour des martyrs », un mouvement populaire réclamant la rétrocession de la Zone du canal au Panama subit un assaut de l’armée nord-américaine, tuant vingt-deux personnes, dont le nom est inscrit sur le Monument des martyrs à Colón.

Souviens-toi du neuf janvier,
ma patrie, quand ton drapeau
fut violé par la bête
ici-même, sous ton propre toit.
Ascanio, le premier martyr,
sur sa terre natale,
comme une fleur du printemps
fauchée par la tempête,
tomba dans la nuit violente…
QU’ILS PARTENT DU CANAL.

Armé seulement de sang et de poitrines,
le peuple gravissait
le nuage rouge
surgissant de son droit.
La pierre par intervalles
brisait la nuit fatale
et l’exemple immortel
de Victoriano Lorenzo
resplendissait dans l’Ancón immense.
QU’ILS PARTENT DU CANAL.

Le monde apprit cette nuit-là
que le Panama se défendait,
le sang colorait la mer
de patriotisme profond.
Et le yankee, pirate immonde,
dans sa folie mortelle
ruait au milieu de l’agonie
de son système inhumain
en entendant crier le monde fraternellement :
QU’ILS PARTENT DU CANAL.

Montons la garde, et en avant.
Vingt morts, ne l’oublie pas,
car si tu te divises
le géant te fusillera.
Que toute la patrie chante
l’expédition magistrale
de la lutte inégale
de cette nuit de janvier,
et que le peuple tout entier crie :
QU’ILS PARTENT DU CANAL.

*

Élégie sur la mort de Laïka (Elegía en la muerte de Laika) par Changmarín (1957)

Dédiée à l’astronome Napoléon Arce.

Plus haut que l’air
ton soupir et ton pouls
ouvraient le chenal
violet de l’abîme.
Les vastes plantes grimpantes de l’espace
faisaient éclore leurs orchidées sidérales.

Toi, là-bas, supersonique,
tournant et tournant.
Ton petit museau de rose,
ta voix de neige,
ton cœur dense de crépuscules…

Ma Laïka !
Laïka de tous !
Laïka interplanétaire !

Jamais ne monta si haut
la vieille camarde
avec sa faux cosmique,
pour trancher ton cri.

Pendant que la lune nouvelle,
surprise et nue,
saluait ton carrosse
d’étoile jamais vue,
moi, sous le ciel nocturne,
je pressentais les palpitations de ton cœur
et dessinais des itinéraires
pour de possibles voyages.

Sur Mars,
les frondaisons
ont gardé
ton message.
Les constellations
ont répandu la nouvelle.
Et même la bleue Andromède
regardait ton battement d’ailes.

L’homme est en train de faire quelque chose,
commentait l’Univers
en scrutant la terre
de ses millions d’yeux.

Et toi, douce petite chienne
de dentelle sibérienne,
dans ta niche de science
écrivant l’histoire,
balayant des météores
pour le passage des hommes,
tu tournais et tournais…
Là-bas, là-haut, tu es morte,
mais tu vis dans mon âme,
et dans tous les cœurs
est gravé ton nom.

*

Le vieil arbre (El árbol viejo) par José Franco

Le vieil arbre blessé, au printemps…
Te souviens-tu, Magdalena ?
Il est mort.
Arc-en-ciel à l’épine douce-amère.
Ténu soleil de vacances,
feuille de miel nue. Un abri bleu
était son ombre creuse… !
Ses bras sont tombés comme deux ailes mortes… !
…(Tiède palpitation d’étoile dans le matin,
…qu’as-tu fait de sa peau matutinale,
…ô chanson de l’aube ?)
Octobre. Céleste octobre. Sa branche est froide et pend.
Il garde derrière sa colline mon chant végétal.
Vieil arbre. Soif de toi et de mon peuple.
Repose en paix.

*

Chansonnette de l’Indien (Cancioncilla del indio) par José Franco

Je t’adresse mon chant.
Son de métal et de soleil tranché.
Racine sauvage blessée par la pierre,
où le sang coupe, comme la lumière une vitre,
et où le végétal est chant.

En toi est l’eau des humbles mares.
Le froid des vagues. Le naufrage
des Basques assoiffés…
et la cendre des hommes d’Espagne.

*

Chant au quartier du Marañón (Canto al barrio del Marañón) par Álvaro Menéndez Franco

Ô vastitude effrayante de croix noires !
calcinées par le temps, la fatigue et la distance.
Je te salue debout, sur le gros orteil de ton pied gauche
et te parle, fondamentalement, comme un poète ingénu.

Quartier du Marañón,
moulin de canne à sucre de clous et de bois,
où le pauvre est canne à sucre
que tu mouds et mouds encore
à en faire de la tuberculose…

Monstre de vieilles planches, plein de recoins,
de patios sales et de maigres escaliers,
aux rues moribondes et aux murs fiévreux,
tu es une auberge où vit le pauvre,
l’espoir malade, la haine dans les pupilles.

Quartier du Marañón,
où le gros est maigre
en comparaison ;
où jouent, sales, avec des visages d’adultère
et des corps miniatures,
des enfants blancs, noirs, gris, jaunes et rouges,
et où l’homme dès l’âge de neuf ans étreint.

Quand on leur donne un réal tes distributeurs automatiques aboient
avec des dents importées et le peuple s’enivre
en criant dans les bars, les lundis, mardis et samedis,
mercredis, vendredis, dimanches et jeudis.

Quartier du Marañón,
je te connais comme ma poche,
tu as inspiré des poètes et des peintres ;
en toi s’est produite par intermittence
la lutte pour les loyers2.
Quartier du Marañón,
parfois tu me fais de la peine,
quand je vois ton ventre énorme
rempli de misère, de sanglots et de douleur.

2 Lutte pour les loyers (lucha inquilinaria) : Cette grève des loyers par les travailleurs panaméens n’était pas une petite affaire puisqu’il arriva au gouvernement de demander à l’armée nord-américaine présente dans la Zone du canal de la réprimer par la force, dans les années 1920.

*

Souveraine présence de la patrie (Soberana presencia de la patria) par Diana Morán

Note. Sur la date du 9 janvier au Panama, voir la note d’introduction au poème Qu’ils partent du canal. Les prénoms que cite la poétesse sont ceux de martyrs inscrits sur le Monument des martyrs.

C’est le mois de janvier dans les rues où roulent les cris,
neuf ou dix dans la chair, dans la supplique radiale
d’un ruisseau rouge pour souder les nerfs,
c’est la date d’un peuple ayant trouvé son chemin.
Écoutez mes paroles,
avec une braise de haine
dans le doux oiseau qui habitait mon sein,
bien que la barbe de Walt Whitman parle
de familles d’herbe et de morale de pommiers.
La patrie s’est mise en marche, comme elle l’a toujours fait,
avec sa chemise blanche
et la cravate bleue de l’adolescence,
avec le civisme juvénile de son pas
et le bataillon fertile de ses artères,
pour arborer le vol là où furent coupées
les ailes tricolores de ses emblèmes.
Écoutez mes paroles,
avec la chapelle ardente de la plus ancienne rancœur :
Ma patrie, amphore d’amour en toute langue,
qui offre son eau bonne au voyageur
a vécu soixante calendriers
sans droit au fruit, à l’arbre de son jardin,
pillée la bonté de sa ceinture.
Écoutez mes paroles :
sur chaque partie de mon corps il y a une douleur d’immortelles
pour raconter au monde la parabole du bon voisin
qui écrasa la lumière nouvelle-née.
Petite enfant de paix,
tu demandas le fruit, le jardin, la hampe de ton nom
et le mur… le mur blanc… le mur blond
– sa lettre fraternelle… Punta del Este –
décousit ton essence, déborda son cours,
à la belle étoile humide des gaz lacrymogènes
tu gémissais, Panama, comme un champ de maïs dans les flammes.
Qui me demande des rideaux
pour bleuir la peau brûlée de ces tempes
qui jamais ne pensèrent à jeter un jasmin sur les hirondelles ?
Qui réclame la syllabe ultime d’un petit agneau
pour tenter une poignée de mains
ici, où l’hôpital restait sans pansements
pour couvrir la fuite de coquelicots ?
Qui, qui ose prier :
Oncle Sam, Père Noël, Corps de la Paix
– Arche des Alliances, Consolation de l’Affligé –
le cœur percé d’aiguilles
cicatrise en confettis verts.
Qui demande que je souffre, que nous souffrions tous d’amnésie,
que nous donnions trois médailles à Fleming
et que nous dansions notre danse populaire avec Bogart
pour l’amitié du requin
et l’hameçon dans les sardines ?
Non ! Le soleil ne se lève pas pour vous,
usuriers de l’air.
Ce déguisement d’agneau, frère loup,
ne trompe plus la candeur des violettes.
À présent de quel nom baptiseras-tu cette manœuvre ?
Jeux de pêche au canard ?
Opération amicale dans la Canal Zone ?
Pilules Johnson pour le sous-développement ?
Ces bras qui cherchent une forme de fille,
une palpitation d’amant, un front sur les livres,
ce n’est pas un film pour soldats morphinomanes.
Le veuvage de ces chambres ne se vend pas en coca-cola.
Le salpêtre échappé de la blessure sans sommeil
n’est pas un commerce de chewing-gum ou de chaussures.
Ce neuf janvier n’est pas une cire de musée,
n’est pas une monnaie d’échange
ni n’a la signature de Bunau-Varilla3.
Il faut que je crie,
– Ô gorge enflammée de mes morts –
il faut que je crie
avec votre pollen d’incendie
aux quatre vents
où l’UPI4 a lâché ses vampires.
Quelle parole,
quelle parole, aussi grossière soit-elle,
ne devient pas fleur quand il s’agit de cracher sur une face
de buffle en conserve ?
Quel adjectif ne devient pas ange pour te dépeindre en vautour,
si pour chaque colombe que la main t’offre
tu assassines la main, le sel et la colombe ?
Il n’y a pas de lac, de frontière, d’aisselle qui ne soit marqué
du tatouage de tes dents rongeuses d’astres.
Damnés d’hier ! Assassins d’aujourd’hui !
Hérodes de toujours !
Les os de Chapultepec…
Les os d’Atitlán…
Les os d’Hiroshima…
La chair, les os de ma patrie
moulus par des carillons de mitraille.
Mon ciel violé, comme une enfant aveugle,
l’innocence torturée de son pubis,
les veines arrachées de sa jeune maison,
les enfants effeuillés, lys desséchés,
la dernière strophe de l’Hymne au Drapeau
dans le froid rossignol du regard
et les sanglots, les sanglots maternels
– Ô vase ardent –
sanglant mémorial de lèvre à lèvre.
Il faut que je crie :
Mes morts sont de vivantes semences,
cercueils qui alimentent l’espoir
du rythme ascendant de la lutte.
Dans les cavités de Rosa éclosent les épines,
sur le dos d’Ascanio s’arment les légions,
les fémurs d’Alberto, Teófilo et Rogelio
sont des hampes invincibles de nouveau sur le mur.
Les yeux de Ricardo, les lèvres de Rodolfo,
les cellules de Victor, les doigts de Carlos,
les jambes mordues, leurs nœuds violets,
sont devenus substances nationales, patrimoine.
Le sang des hommes, histoire vivante,
sève qui de la mort se crée
souveraine présence de la patrie.
Le moineau trituré sur la langue d’un héros
fertilise le repos de son givre
et son clairon de conscience fait son nid dans la marche.
Écoutez mes paroles, aujourd’hui neuf janvier,
vous les dévoreurs de lunes de ce monde,
vous qui assassinez les doigts semeurs d’oliviers :
Du fils criblé de balles bourgeonnent une multitude de fils,
de l’ouvrier dans la poussière reviennent mille ouvriers,
de la semence immolée germe tout berceau.
Les tombeaux parlent ! Les croix se déclouent !
De la chaux du peuple renaît le peuple !
Et toi, petite patrie, géante de cette date,
sculptée dans la roche de tes morts
pour naître définitivement,
tu ouvriras tes ailes agressées
dans le douloureux coffre de tes poissons.
Jusqu’au dernier enfant en présage de miels
donnera l’offrande sa palpitation d’aurore
pour le libre héritage de ses étoiles.
Aujourd’hui ! Demain ! Toujours !

3 Bunau-Varilla : Philippe Bunau-Varilla, ingénieur français de la Compagnie du canal de Panama, fut délégué à la vente du canal aux Nord-Américains.

4 UPI : United Press International.

*

Ma bonne mère, bois de cheminée (Mi buena madre, madera de inviernos) par Diana Morán

Ma mère voulait
voir dans les pages de la chronique sociale
la photo de sa fille
parmi les dames grises
ou au club des épouses des mauvais messieurs de la classe bien
pendant un cocktail
ou faisant donation de Cadillacs pour les kermesses de la Croix-Rouge.
Ma vieille, je peux vous l’assurer,
vécut l’angoisse de se couvrir lentement de rides
devant l’œil oscillant d’une bougie
en cousant des cravates à dix centavos la douzaine.
Elle se maintint hors de la misère
et en quotidiennes noces de Cana
mettait du riz et du pain sur la table.
Percluse de rhumatismes et les cheveux blancs de n’être pas encore et de devenir vieille
elle sut et sait ce qu’est aller par les rues
la peur attachée aux chaussures
avec une pancarte et un cri de faim.
Mais ma mère, quille saumâtre rongée par les sables, voulait
que le cri et la pancarte prissent fin dans son tremblement de vieille ;
et elle se fit une fille Mandrake
qui par la formule d’une baguette magique
sortirait des lapins, des tournesols et des colombes d’encens
des hommes brisés et des enfants orphelins.
Ma mère voulait une fille de la lune
qui joue à la toupie avec une étoile.
Elle voulait, ma mère, une fille mannequin de vitrine
qui serve le thé avec des biscuits anglais.
Bienvenue, docteur !
Bonsoir5.
Honey, une autre tasse de thé.
Le monde est une douce violette moirée.
Maquillage revlon !
Des cigarettes, chérie, nous donnerons une layette pour Noël,
Le Panama est officiellement ton tailleur Dior.
Ma mère le voulait mais moi je ne pouvais pas
me mettre en bouteille dans son anis ni son genièvre.
Ma mère le voulait mais mes jambes traînaient
ces quatre pattes souffrantes
de village ferrées comme des bœufs.
Ma mère le voulait
mais dans mes cordes vocales
en ré et sol
à temps
et contretemps
la douleur éclatait sonore
et c’était ma douleur
mais aussi sa douleur
et une douleur étrangère.
Ma mère
qui
porte
sous
le bras
son oreiller d’herbes
arracha
les cloches bleues
les oiseaux d’alcool
et le tapis magique de ses verres de lunettes.
De la boîte à musique
et des camphres
elle sortit
une fille de papier rose
et avec l’œil oscillant d’une bougie
en fit un troupeau de fumée
en lente pérégrination.
Ma vieille, bois pourri de chauffage
avec le voyage prêt
et son oreiller d’herbes
agile,
vaillante comme une consigne,
arrose clandestinement des volants de feu.

5 En français dans le texte.

*

Torre de la Revolución, Tour de la Révolution, à l’architecture hélicoïdale, 243 mètres, Panama Ciudad; renommée “F&F Tower” par les impérialistes.

Démons et Talismans

Parmi les écrits et autres papiers laissés par feu mon lointain parent le baron de Saxy-Beaulieu, au classement duquel je travaille depuis maintenant plusieurs mois lorsque mes activités le permettent, j’ai rapidement remarqué un ensemble de feuilles de parchemin dont le baron semble avoir pris un soin particulier puisqu’il les a protégées en les insérant dans des chemises de plastique. Le parchemin, qui paraît ancien, est en état relativement correct bien que le temps et peut-être quelques conditions de conservation peu appropriées au cours de la longue vie de ce document aient contribué à une dégradation partielle par endroits. Le texte est écrit à l’encre noire, sauf une série d’annotations en rouge carmin (par un autre auteur ?).

Ce ne sont que des feuillets, vingt et un au total, sans reliure, mais leur aspect général semble indiquer qu’il s’agissait à l’origine des pages d’un grimoire, dont elles ont été détachées.

L’écriture, pour autant que je puisse en juger, paraît être un coufique extrêmement dégénéré tel que pouvaient le pratiquer les Templiers dans certains kraks de Palestine, ainsi que dans les templeries d’Europe où la graphie arabe apprise au contact des musulmans de terre sainte servait, sous une forme altérée, de support au langage chiffré des Templiers pour leurs communications secrètes.

C’est là seulement une conjecture de ma part car, bien qu’ayant des rudiments d’arabe, qui m’ont conduit à cette conjecture, je suis bien incapable de déchiffrer ces feuillets. Le baron en a laissé quelques traductions et leur contenu semble indiquer un traité de démonologie, ainsi qu’un catalogue d’objets magiques ou de talismans. Ni dans la liasse contenant ces feuillets ni dans aucun des autres documents dont j’ai pris connaissance jusqu’à présent, le baron n’a laissé de notes personnelles quant à l’origine de ces pages, ni un quelconque commentaire, mais je ne désespère pas de trouver un jour, dans une autre partie de ses papiers, la clé de cette énigme.

J’ignore tout de ce dont il est question dans ces traductions et me contente de les reproduire telles que je les ai trouvées. S’agit-il, si l’on développe l’hypothèse templière, d’une démonologie propre au culte supposé de Baphomet par les Templiers ? On sait que la répression contre les Templiers s’accompagna, comme c’était l’usage alors, d’une destruction massive d’archives. Ou bien s’agit-il de l’œuvre d’une autre hérésie mal connue en raison du même phénomène de destruction de sources documentaires par le clergé ennemi des hérésies ?

Toute personne à qui le contenu de ces pages obscures ne serait pas aussi énigmatique qu’à moi-même peut me contacter ; je me tiens à sa disposition pour lui présenter les documents originaux. Je peux aussi envoyer des photos. Pour le moment, j’attends d’avoir dépouillé l’ensemble de l’héritage documentaire du baron avant de présenter ces parchemins à une autorité savante qui serait en mesure de les identifier.

*

Nargûl, le seigneur de la putréfaction

Certains fanatiques considèrent Nargûl comme un dieu du chaos et lui vouent un culte secret. Les adorateurs de Nargûl sont dans leur très grande majorité des personnes atteintes de lèpre, de gangrène généralisée, ou d’une autre maladie incurable et invalidante, et qui veulent répandre leurs maux sur le monde. Cette forme d’adoration n’est pas sans conséquences pour les adeptes eux-mêmes, et les témoignages concordants des personnes interrogées indiquent que les sectateurs perdent la raison et que leurs corps, déjà atteints, subissent en outre une putréfaction progressive qui dure entre deux et neuf ans, au terme de quoi ces fanatiques, qui n’ont alors plus guère apparence humaine, périssent misérablement, non sans avoir au préalable commis d’horribles méfaits.

L’invocation de Nargûl est une tâche complexe. Elle ne peut être apprise que d’un initié ou dans le Livre de la pestilence, dont il n’existe que trois exemplaires au monde. Si l’invocation échoue, et cela arrive même aux initiés les plus avancés, c’est-à-dire à ceux dont la décomposition vivante est la plus avancée, l’invocateur reçoit une flagellation psychique majeure. Si l’invocation réussit et que, qui plus est, l’invocateur parvient à retenir Nargûl, ce dernier, qui se présente en général sous l’aspect d’un homme corpulent à la peau affreusement blême, consent à rendre un service magique. Il ne peut être lié à un objet (si c’était le cas, on ne comprendrait pas qu’il en fût venu à faire l’objet d’un culte).

Le rituel d’invocation comporte le tracé au sol d’un pentacle à l’aide de sang humain. Il importe que le cadavre dont le sang est utilisé ait perdu la vie il y a moins de deux jours, et le mieux, pour le succès de l’opération, est qu’il soit mort juste avant que l’on emploie son sang. En outre, une victime humaine, adulte et vivante, doit être placée dans le pentacle pour que Nargûl la dévore à son arrivée.

Tout contact avec l’apparition de Nargûl cause de monstrueuses difformités physiques. Si, une fois invoqué, son état d’esprit fantasque le pousse à attaquer les personne présentes au lieu de leur rendre service, par exemple parce que la victime offerte n’a pas rassasié son appétit sanguinaire, ses griffes ou les chaînes pourvues de crochets dont il se sert inoculent aux chairs dans lesquelles elles plongent un poison fatal qui cause la mort en quelques minutes, si les dilacérations qu’elles ont provoquées n’ont pas été suffisantes à cet effet. Quand Nargûl se met ainsi en mouvement, il saute et tombe de sa personne et des plis de ses robes noires des nuées d’innombrables asticots qui forment au sol une marée grouillante.

Au bout de quelques instants de présence, Nargûl se met à exhaler un brouillard opaque et glauque asphyxiant tout être vivant qui s’en trouve enveloppé. Quand cette brume pestilentielle se dissipe, Nargûl a disparu.

Il est dit que Nargûl est insensible aux charmes des démons du désir.

*

Qatobayorg

Les adeptes de Qatobayorg la surnomment « l’horreur vomissante ». Elle vivrait cachée dans un ensemble de grottes et d’abîmes au sud de … [Je ne sais si le nom est manquant dans le manuscrit ou si c’est le baron qui a décidé de ne point mentionner le lieu dans sa traduction. FB] aménagés en cité sacrée par ses adorateurs troglodytes. Ses origines sont inconnues. Elle occupe un gouffre central du complexe susdécrit. Son apparence est celle d’une eau dormante au fond de l’abîme, limoneuse et verte, agitée de bouillonnements permanents. Les bruits qui montent de cette eau fétide ressemblent aux borborygmes d’un monstrueux estomac incommodé.

À l’invocation de ses prêtres, il se forme à la surface du limon putride un vague aspect de visage, avec des yeux exorbités et une bouche d’où se répandent des immondices de toutes natures, geysers de vomissures, tentacules, pattes insectiformes et crustacéennes… Ces sortes d’appendices peuvent lui servir à s’emparer d’objets ou d’êtres vivants pour les plonger dans sa masse limoneuse, où ils sont immédiatement digérés. Les appendices sont eux-mêmes formés à partir de tels aliments, dont les adeptes de Qatobayorg lui fournissent un approvisionnement quotidien.

De temps à autre, Qatobayorg forme également un rejeton vivant auquel elle donne une apparence vaguement humaine et qu’elle vomit dans l’une ou l’autre des grottes adjacentes, pour qu’il y mène une vie indépendante. En dépit de leur intelligence de brutes, ces créatures sont très respectées par les fanatiques. Convaincus que ces homoncules sont destinés par leur « mère » à de hauts faits mystérieux, les sectateurs tentent, peut-être depuis des siècles, d’élever leur intelligence au niveau de celle des hommes, et leurs plus récentes tentatives en ce sens consistent à leur greffer des cerveaux humains, comme on ente des pousses sur une treille.

*

Suburôt

Quand le Suburôt est en période de reproduction, il est interdit de l’invoquer car il attaque alors toutes personnes présentes en projetant contre elles des pseudopodes qui s’enfoncent dans le corps afin d’inoculer ses œufs ou sa semence infâme. La personne ainsi inoculée est dévorée de l’intérieur en quelques heures et un Suburôt mineur vient au jour, d’où il retourne aussitôt dans ses plans infernaux.

Les pseudopodes du Suburôt sont capables de dissoudre tout matériau entre la chair et lui : tissus, bois, armure de métal… Ses adeptes cherchent ainsi depuis toujours des alliages qui auraient la propriété de faire obstacle à ces attaques, mais leurs recherches sont restées vaines.

Dès lors, ils en sont réduits à des computations de calendriers tout aussi fantaisistes, pour s’assurer des bonnes dispositions du Suburôt lors d’une invocation. Les grands prêtres de cette secte maudite sacrifient ainsi un nombre immense de leurs adeptes en vue d’établir des tables calendaires et de tester des alliages nouveaux. Ils ont, depuis le temps, produit une très abondante littérature astronomique mais elle est sans cesse contredite par les faits et nécessite des aménagements constants. L’interdit est cependant toujours respecté, sans que personne ne sache vraiment si la période ainsi déterminée ne serait pas, au contraire, la plus sûre pour une invocation.

*

Nagotath, la ténèbre vivante

Ombre immense de deux à trois hectares d’étendue, Nagotath vit sur une étoile gazeuse du système d’Al-Dibaran [connaissance de l’astronomie arabe : hypothèse templière. FB], d’où elle répond parfois à des invocations dont le rituel, dit-on, n’est plus aujourd’hui connu. La particularité de cette invocation est que c’est l’invocateur qui est transporté jusqu’au territoire gazeux de Nagotath, et non Nagotath qui se déplace jusqu’à notre monde sublunaire. Les conditions naturelles prévalant sur ce plan n’étant pas adaptées à la vie humaine, l’invocateur doit se munir d’un thuribule prêt à l’usage avec une préparation d’encens spéciale dont la recette a été consignée dans le Livre des poudres merveilleuses, aujourd’hui perdu, semble-t-il. La fumigation permanente de cet encens par l’invocateur est la condition de son retour sain et sauf dans le monde sublunaire après avoir reçu de Nagotath les connaissances occultes qu’il en attendait.

*

La Lycansphère

L’adepte de ce que nous appellerons, par analogie, une forme de lycanthropie se transforme non en loup mais en grosse boule visqueuse capable de voler. Au contact de l’air, la matière dont la sphère est composée prend parfois feu lorsqu’elle vole, ce qui fait qu’on la prend à tort pour un feu-follet. La lycansphère se nourrit de chair, en particulier de chair humaine, qu’elle absorbe par contact direct. Ce pouvoir de transformation se transmet de génération en génération ; il importe donc de détecter les souches infectées par cette hérésie et de les exterminer.

*

Talismans et autres objets

Crânelet de cristal

Le crânelet de cristal sonde les esprits. Si quelqu’un ment à son possesseur, le crânelet se met à rougeoyer.

Collier de sept dents

Le possesseur de ce collier peut respirer dans n’importe quel milieu, sous l’eau mais aussi dans les espaces supralunaires.

Plume de l’oiseau de feu

Quand le phénix renaît de ses cendres, il laisse derrière lui quelques plumes, rarement plus de quatre ou cinq à la fois. Une plume est de belle couleur vive, chatoyante. Chaque plume ne peut être utilisée qu’une fois. Quand son possesseur la lance, elle se transforme en dard de feu qui touche toujours sa cible et lui cause des dommages terribles.

Anneau de lecture

Le possesseur de cet anneau peut lire et comprendre tous les écrits qui se présentent à lui, en quelque langue que ce soit. [Au cas où le baron aurait lui-même déchiffré ces parchemins avec un tel anneau, il serait commode que je le retrouve. FB]

Anneau de malemort

Le porteur de cet anneau reçoit à son insu des blessures démultipliées. Ainsi, un choc qui en temps ordinaire lui aurait seulement contusionné le bras, le lui brisera. Certains sorciers mercenaires font de tels présents, que l’on dit à raison empoisonnés, à ceux dont ils exploitent la crédulité, vantant les vertus magiques d’un anneau alors qu’ils agissent pour le compte d’un ennemi de la personne à qui ils font ce présent et qui risque d’en mourir à plus ou moins brève échéance, si elle ne se doute point de la machination dont elle est victime.

Anneau de glace magique

Le porteur de cet anneau résiste à toutes les atteintes, même magiques, par le feu et la foudre.

Anneau des dragons

Le porteur de cet anneau peut imposer sa volonté à tout dragon qu’il rencontre, à moins que celui-ci ne fasse preuve d’une volonté hors du commun. Chaque moment qui passe, cependant, la volonté du dragon se confronte à la force de l’anneau qui va décroissant pour ce dragon particulier, si bien que l’anneau ne peut contrôler un même dragon indéfiniment. Il faut donc être capable d’anticiper le moment de la libération, afin d’éviter de se retrouver en mauvaise posture, ce qui demande une bonne connaissance des dragons, et notamment d’être capable d’évaluer la force de volonté de chaque dragon rencontré.

Anneau des dragons de jade

Le porteur de cet anneau est invisible à tout dragon du Cathay, ce qui peut être bien utile s’il parvient au lieu où un tel dragon a amassé son trésor.

Anneau des feux d’artifice

Le porteur de cet anneau est capable de produire des explosions colorées et des tourbillons d’étincelles autour de lui, avec force sifflements et détonations, qui feront fuir ses assaillants ou divertiront ses amis ou les badauds, selon les circonstances. Ces feux d’artifice sont totalement bénins, il n’en peut résulter aucune blessure.

Anneau de la forme astrale

Le porteur de cet anneau est capable de détacher sa forme astrale de sa forme physique pour une durée de plusieurs heures. La forme physique entre alors en catalepsie. La forme astrale, qui n’est pas tout à fait invisible et passera, si elle est aperçue, pour un fantôme, peut traverser les murs et autres obstacles et se déplace à la fois plus rapidement et dans toutes les directions. Elle n’a pas de prise sur les objets, à moins que l’anneau soit combiné avec un autre objet magique. Lorsque l’effet de l’anneau se dissipe, la forme astrale est immédiatement réintégrée à la forme physique, qui sort alors de sa catalepsie.

Anneau de l’arc-en-ciel

Cet anneau permet à son possesseur de créer un arc-en-ciel sur lequel il peut marcher comme sur un pont.

Baguette des élémentaux

Cette baguette, une fois consacrée, ne peut être utilisée qu’un fois. Lorsque son possesseur en heurte une masse identifiée de roche ou de cristal, celle-ci devient un élémental de cette matière qui se met au service du possesseur de la baguette.

Baguette de la grosse bulle magique

Lorsque son possesseur agite la baguette en prononçant la formule requise, il se crée autour de lui une grosse bulle magique dans laquelle il peut entrer et se déplacer en toute direction à une vitesse pouvant aller jusqu’à dix mètres par seconde. La bulle est increvable de l’extérieur (sauf par magie) et se dissipe suivant la volonté du possesseur de la baguette.

Cape de la raie manta

Cette cape permet à son possesseur de nager du double au triple de sa vitesse normale, de respirer sous l’eau et de voir comme en plein jour dans l’obscurité des profondeurs, y compris abyssales.

Cape aranéenne

Cette cape permet à son possesseur de grimper aux murs et autres aussi facilement qu’une araignée.

Épée d’étincelles

La lame de cette épée magique se couvre, une fois prononcée la formule requise, d’étincelles mouvantes [décharges électriques ? FB] et les coups qu’elle porte à des armures, loin d’être amortis par le métal, voient au contraire leur effet démultiplié.

Discipline expiatoire

Cette discipline est formée de chaînes terminées par des crochets. Pour qu’elle fonctionne, il faut que le moine, prêtre, inquisiteur se l’applique régulièrement à lui-même. Face à un assaillant homicide, les chaînes se jettent d’elles-mêmes sur l’agresseur avec force, et répètent leurs attaques jusqu’à sa fuite ou sa mort.

Cimeterre d’or des djinns

Ce cimeterre forgé par les djinns coupe les métaux et la pierre comme du beurre.

Coutelas sacrificiel

Ce coutelas d’obsidienne cause des dégâts normaux mais son utilisateur voit sa propre énergie vitale se régénérer à mesure des coups qu’il inflige.

Épée de glace magique

Cette épée de glace translucide entourée d’une aura merveilleuse est l’arme la plus appropriée contre les créatures et démons dont l’élément principal est le feu.

Cor d’appel des dragons

Cet « appeau » pour dragons gagne à être utilisé par une personne en possession d’un anneau des dragons, à défaut de quoi l’utilisateur pourrait juger n’avoir pas agi à bon escient.

Cor de l’air

Celui qui souffle dans ce cor, au demeurant muet, se voit soumis à une curieuse transformation physique par laquelle il gonfle tant et si bien qu’il se met à flotter dans les airs comme quelqu’un possédant le pouvoir de lévitation. S’il souhaite passer un mur ou monter au sommet d’une tour, qu’il se hâte, car l’effet se dissipe au bout de quelques instants.

Tapis étouffeur

Ce tapis est activé par un mot d’ordre connu de son possesseur. Lorsque le mot d’ordre est prononcé et qu’une ou plusieurs personnes se trouvent sur le tapis, il se referme sur elle et les immobilise, voire, si telle est la volonté de son maître, les étouffe.

Fers à cheval magiques

Lorsque l’on ferre un cheval avec ces fers magiques, le cheval peut galoper dans les airs, sans aucune contrainte. Il peut aussi galoper à terre au besoin.

Verres optiques magiques

Appliqués sur les yeux, ces verres optiques rendent insensibles au regard maléfique du basilique et de la méduse.

Skis magiques

L’utilisation des skis remonte à la plus haute antiquité [et même à la préhistoire]. Celui qui chausse les skis magiques évitera tous les obstacles, franchira tous les fossés, gouffres et crevasses, et ne fera aucune chute, alors même que sa vitesse peut être décuplée.

Robe d’étoiles

Cette robe de magicien présente un aspect ordinaire mais, à la volonté de celui qui la porte, elle se met à scintiller de mille couleurs, qui ont un effet hypnotique sur un assaillant, le rendant très maladroit, ou sur un magicien ennemi, qui ne parvient à lancer ses sortilèges qu’avec difficulté, voire en est totalement empêché. De même, de nombreuses créatures n’osent pas attaquer le magicien revêtu de cette robe quand celle-ci étincèle et chatoie, y compris, et ce n’est pas le moins surprenant, les dragons, sauf les dragons noirs qui, comme on le sait, n’ont jamais peur de rien.

Casque de vision circulaire

Le porteur de ce heaume de chevalier magique acquiert une vision circulaire et n’est ainsi jamais surpris.

Casque-bélier

Ce casque est si résistant que celui qui le porte peut foncer tête baissée contre n’importe quel obstacle, portes, barrières, murs, et le pulvériser sans subir le moindre dommage.

Miroir maléfique

Lorsqu’une personne se regarde dans ce miroir, son reflet en sort immédiatement pour l’attaquer. Ainsi est-elle conduite à affronter un adversaire à son exacte mesure. Que le meilleur gagne.

Sphère de pensée mineure

Lorsqu’elle est activée par la formule idoine, cette boule de la taille d’un poing devient lumineuse et se met à graviter autour de la tête de son possesseur. Elle est dotée de pouvoirs mineurs de clairvoyance et peut répondre à certaines questions, utiles notamment dans des actions de reconnaissance (où est la sortie ? où se trouve le plus proche escalier ? quelle est l’épaisseur de cette paroi ? etc.).

Pipe magique

Cette pipe est une pipe en bois qui fonctionne sans tabac. Elle se fume sur ordre mental de son possesseur, qui peut ainsi s’adonner à son plaisir de façon économique.

Bourse aux fèves et bourse aux fausses fèves

La première contient des graines de fèves qui, jetées sur de la terre, poussent et germent immédiatement, donnant une abondante récolte de fèves nutritives. La seconde est en tout semblable à la première mais les graines jetées au sol donnent naissance à des plantes carnivores, qui attaquent immédiatement et peuvent même, si l’utilisateur prend la fuite, s’arracher du sol pour le poursuivre.

Lampion du vampire

Certains vampires du Cathay aiment se cacher dans des lanternes en papier (original : « lanternes en parchemin »). Celui qui utilise un lampion ainsi hanté puis le garde dans sa maison ou près de lui au moment de dormir, se fera sucer le sang pendant son sommeil.

Talisman de la sagesse

Le porteur de ce talisman ne peut se faire infliger aucune blessure par des armes magiques.