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L’eau sombre : Poésie d’Aletta Beaujon (Curaçao)

Aletta Clémence Beaujon (1933-2001) est une poétesse née à Curaçao, dans les Antilles néerlandophones. Elle a écrit de la poésie en néerlandais, anglais et papiamento, le créole d’Aruba, Bonaire et Curaçao. C’était la nièce de l’écrivain Nicolaas « Cola » Debrot, qui a laissé son nom au prix littéraire de Curaçao. Elle publia son premier et seul recueil, Gedichten aan de baai en elders (Poèmes au bord de la baie et ailleurs) comportant principalement des poèmes en néerlandais et quelques poèmes en anglais, d’abord dans la revue Antilliaanse Cahiers lancée à Curaçao par Debrot (consultable en ligne sur le site DBNL Digitale bibliotheek voor de Nederlandse letteren). Les autres poèmes publiés de son vivant parurent en revue seulement. Du côté paternel, son grand-père Otto Beaujon fut gouverneur d’Aruba de 1911 à 1920. Cola Debrot fut quant à lui gouverneur des Indes néerlandaises de 1962 à 1970.

Psychologue de formation, Aletta exerça son métier, à Amsterdam et dans les Antilles, auprès de la jeunesse.

Ses poèmes réunis ont été publiés de manière posthume en 2009 dans un volume intitulé De schoonheid van blauw – The Beauty of Blue. Le critique littéraire Michiel van Kempen raconte une anecdote à ce sujet, dans un article de 2010, « 3 x Aletta Beaujon, of de treurnis van het Nederlandse bibliotheekwezen » (Trois exemplaires d’Aletta Beaujon, ou Misère des bibliothèques néerlandaises). Van Kempen, une autorité en matière de littérature ultramarine de langue néerlandaise, considère Aletta Beaujon comme un des cinq grands poètes des Antilles néerlandophones. Il rapporte que, lorsque l’organisme Biblion, chargé de rédiger à destination des bibliothèques publiques des présentations de livres nouvellement parus, envoya une note concernant la sortie des poésies complètes d’Aletta aux 1.100 bibliothèques des Pays-Bas, cela suscita en tout et pour tout la commande de trois exemplaires. Ce dont il se montre indigné.

Les poèmes qui suivent, dans une traduction française par nos soins, sont tirés du recueil cité d’Aletta Beaujon publié de son vivant. Nous n’avons pas retenu les textes en anglais, quelle que puisse être leur valeur : nous n’avons souhaité travailler que sur le néerlandais. Ces traductions complètent nos travaux d’introduction à la poésie des Antilles néerlandophones ici.

*

Gedichten aan de baai en elders
Antilliaanse Cahiers. Jaargang 1-2 (1955-1956)

.

Slagbaai

Ndt. Nom de lieu.

Quand l’après-midi le soleil
fut moins intense
nous sommes
allés nager
dans l’étincelante eau salée
au-dessus de récifs rouges
et de sable blanc

Ce n’est qu’à la tombée du soir
que nous sommes allés nous laver
sous la pompe
entre les deux maisons
au souffle de l’alizé déjà frais

Nous nous sommes assis
dehors
les cheveux encore mouillés
et la brise du soir
était une fraîche caresse
incroyablement suave
après la chaleur salée
de la journée

Je me sens comme Orphée
dans un délire
de volupté
au-delà même des étoiles
à des années-lumière

La mer murmure continûment
en rimes
rythmiques
Elle a dans l’après-midi finissant
couvert la plage
de grandes vagues
d’écume et de sable

Quand on bouge
la chaise crisse
sur le gravier blanc
qui entoure la maison
Nous comprenons
ce moment infini
de notre union
à travers d’innombrables instants
d’être et de devenir

*

Squelette (Geraamte)

Squelette
de ma maison
tourmenté
par le vent
ne succombe pas
à la colère frénétique
à la gémissante douleur
et
à la danse orgiastique
des vagues
devant ta porte

Squelette
de ma vie
de mon corps
de mon savoir
ne brise pas l’harmonie
de sa chair
contre ma chair

Squelette
de ma maison
sur les rochers
follement suppliants
j’ai la nostalgie
de la cadence
et du rythme
de la houle
dans ton giron

*

Exil (Balling)

Le silence timide de la grande plaine
baptisa les alentours
de mes rêves une seconde fois
la chaude solitude salée
d’une imagination d’enfant

La nostalgie insensée
et un trio non rassasié
rendirent les hommes
pour les dieux de ce pays
essentiellement
funestes

La chaleur étouffante
d’un soleil de plomb
me chassa de cette extravagante
et pieuse Atlantide
où je me prélassais souvent
avec mes rêves
plus d’une fois vécus

*

Blessure (Verwonding)

Une poupée malade
roule contre les marches de pierre
jaillit toujours plus loin
et a déjà changé de forme
quand approchent des pas

Du papier et l’illusion
ombres de ma pensée
ont provoqué la fusion sombre
de l’être et de la maladie poids
de la vie parfois sans couleur
comme cette vieille rose

*

Jeu (Spel)

Je parlai
de vagues désirs
de papillons
qui nous effleurent étonnés
tremblants
laissant glisser leurs ailes
le long
de fleurs

Alors je jouais
avec la pensée
quand je voyais des fleurs rougir

J’ai caressé
la simplicité
du premier rêve

*

Aurores (Vroege morgen)

J’ai vu là de nombreux matins libres
à l’aurore
monter
depuis les arbres humides
sur les rochers

Dans les vagues
en désordre
sur le sable
j’appelais
des poissons au loin
qui venaient jouer
le matin
avec les petits et tardifs
enfants de pierre
de la plage

C’étaient des branches en éventail
des touffes de fleurs tropicales
dans le flux de l’hiver et du vent
ballottant doucement
dans la douce mer
entre mes orteils

Et je n’eus pas le courage
de pleurer
en l’instant cruel
qui vint y mettre fin

Je ne fends plus à présent
les vagues au matin
je me réveille la nuit
avec des rêves moins beaux
et je suis nostalgique
du sable joueur
coulant sur mes jambes
des brumeuses algues sirènes
loques de cheveux
venues du bleu sombre et profond
un folâtrement innocent
de chaos ensoleillé dans un peu d’eau

*

Rêve de midi (Middagdroom)

La lointaine lumière solitaire du matin
soufflait sur les rivages de mon rêve
et s’y réduisait en cendre
le soleil de midi reposait dans les arbres
au bord des baies
avant de disparaître

Le rythme des champs d’ombre sales
dans les lacs bleus des nuages le soir
éveille la nostalgie
des douces religieuses
mais le cœur ici ne peut
se défendre
et je me suis réveillée dans les sources de l’enfer

Chaudes douces misères dans le sommeil
dissimulées sous les draps trempés
sourde léthargie du rêve
et l’aujourd’hui glacé s’apaise
par un triste ennui
jamais conscient

Dans la lutte contre les actes sombres
un passé cruel
ne s’éclaircit pas
mais rampe au fond du cœur
et dans les eaux profondes
jusqu’à ce que l’on soit captif de la douleur
de ne plus jamais vouloir
se réveiller

*

Le poète (De dichter)

Le poète n’est pas enfant des hommes
il a reçu son cœur
en enfer
pour y être humain
creusant de ses écrits
un purgatoire
d’enfant des dieux qui crie
les poings serrés
cherchant le bien

Le poète un jour
lavera le mal
en lui
né avec lui
c’est à quoi tend
sa pensée divine
et elle l’aide à de nouveau savoir
et vouloir de nouveau

Sa tâche est difficile
souvent il n’y parvient pas
et plus d’un petit poète s’effondre
pour ne jamais
se relever
du sol où rampe
le danger du serpent

Les poètes savent créer des paroles
avec leur force et tentent aussi par-là
de trouver leur salut
d’abattre le mal
en ne voulant pas penser avec leur temps

Il ne mûrit jamais non plus
et n’aidera pas les hommes mais
les engloutira dans la lourde nostalgie
de son âme
ils cracheront des mots peints en noir
les tristes poètes traînés dans une colère
de larmes et jamais répandue
sur les tabernacles des dieux
et de cruels déserts et des pères vertébrés
l’ont fertilisé de haine

Plus tard avec amour il fera des baumes
pour les faibles qui ne vivent pas eux-mêmes
mais savent pourtant se défendre
des paroles
du poète
ils ne savent pas ce qu’ils font
pardonnez aux poètes

*

Froid et brillant (Koud en helder)

Ndt. Évocation d’Amsterdam aux fameux canaux, les grachten.

Quand dehors
il fait bien froid
que le vent souffle
et que les canaux clapotent
les maisons en face
ont de brillants habits d’étincelles

Gemmes chatoyantes
des plus belles femmes
du bal
arrivées un peu tard

Champagne frais
écumant
dans les longues flûtes
au bord de l’eau

Joyaux bras verres
scintillent
dans cette douce illumination
en mille reflets

L’eau joue
avec les lumières
les renvoie
et les reprend badine
en éclats
tintant dans la brise

*

L’eau sombre (Het donkere water)

Tel un étranger
dans son propre pays d’eau
profond et sombre
l’animal de néon joue
avec les désirs humains
en bas où il fait noir
sous les vagues brillantes
de la nuit

Quand je marche le long
des froids canaux hurlants
la bête rampe derrière moi
sous le miroir
des lampadaires
dans le ciel sans lune

Ma pensée entre
dans l’eau
et parle à des animaux d’ombre
en bas
où la lumière n’atteint pas
mais nous est rendue
dans l’écrit
de chaque être

*

Le jeune poète (De jonge dichter)

Le monde a vu en toi
seulement
de nouvelles paroles
qui
assassinent
les légendes de la vie
et font oublier
plus qu’elles ne donnent de joie

Les douleurs sont
mieux rendues
par les mythes
que tu n’es prêt
à poétiser

La vue dans l’espace
est diluée
pourtant
par les mots
et pardonnez-nous nos
offenses
que nous apportons
en règles pleines d’impatience

Tu veux régner
hautainement
avec tes écrits
et penses
avoir vu
le vrai
avec les yeux
de ta pensée

*

Cactus (Cactus)

Les arbres ici
sont des danses persanes
dans la nuit des
misères vertes
Arbres qui accumulent la sève
et poussent des épines

Croix cruelles où un
chrétien
souffre bien plus
dans la vague du péché
tremblant sous un ciel clair
blette existence d’images dans le vent

La chair rugueuse est pour les gens
et la sève pour les animaux des solitudes
ces arbres n’offrent
aucune ombre au Samaritain
du désert
vinrent
les piliers de Samson
qu’il ne peut abattre
ils continuent de vivre en autrui

La sève verte
glisse le long des flancs vers le sol
l’animal
se déplace dans le vent
des rats crient dans le vent
sur ses gonds s’ouvre grand
une porte dans la lune

C’est le bruit
du cactus nu dans le vent

Voici l’arbre du serpent
de la tristesse

Un oiseau solitaire
y chante
sa dernière chanson dans la nuit
et dans la haute blancheur méridienne du soleil

Les rochers nourrissent
l’arbre
de larmes
et
il dure
mord dans le vent
mille fois dans le désert

*

Le figuier (De vijgeboom)

Les feuilles chantantes
du figuier
où Nérée engendra les nymphes
tremblent sur les pas
d’Adam
étranger qui dérange
le secret de l’arbre
le secret du créateur
de mythes

Les fleurs chantantes
du figuier
couleurs silencieuses
du secret de l’arbre
le secret du créateur
de mythes

Les fruits chantants
du figuier
induisent l’homme en tentation
quand il renie les nymphes
et veut connaître
le secret de l’arbre
le secret du créateur
de mythes

La graine chantante
du figuier
le secret de l’arbre
le secret du créateur
de mythes

*

L’humanité (De mens)

L’humanité est forte
quand elle ne cherche à connaître
sa force
et qu’elle voit
les couleurs de l’arbre comme
une chose excellente
que Zeus créa pour les femmes
et oublia
quand le père de tous les hommes-dieux
fit peindre et profaner ses temples

Pourquoi le faible Zeus se venge-t-il
et ne crée-t-il à nouveau
de grandes couleurs dans l’arc-en-ciel
pour les hommes
qui de lui firent un Abel
et de leur dieu un Caïn
pourquoi ne danse-t-on pas
en groupes
jusqu’à la fin dans la tradition
étouffée
vers ce père unique
de tous ?

Et les rêveries
des poètes
ne sont plus le Verbe
la création est la crucifixion
de son propre Enfant
une souffrance indicible
la vengeance de Zeus

*

Sa fenêtre (Haar venster)

Elle vivait à sa fenêtre
familière
amicale
elle contemplait les oiseaux
de l’autre côté
les moineaux s’accouplaient et chantaient
la joie de chanter
la terre tournait et elle
tournait avec

La vie depuis sa fenêtre
lui paraissait
familière
amicale
et elle tournait avec la terre
avec tous les hommes et moineaux
qui dehors s’accouplaient
et chantaient
la joie de chanter

La vie à sa fenêtre
s’écoulait sans incidents
familière
amicale
au long des siècles
et des événements des hommes
et des moineaux qui s’accouplent et chantent
la joie de chanter
et elle tournait avec
la rotation de la terre

*

Des pas dans la rue (Stappen in de steeg)

Les pas étrangers dans la rue
en bas
montent jusqu’à ma croisée
dans la nuit

Je suis couchée dans mon lit
à regarder dans le vide
et je pense à celui
qui au milieu de la nuit
marche dehors
dans la rue

Il avance prudemment
sa peur est humaine
seul dans la nuit
où les fenêtres
sont les oreilles
de gens couchés dans leur lit
qui ne dorment pas
et regardent dans le vide
et marchent avec lui
dans la nuit
en bas dans la rue

*

Pluie et soleil (Regen en zon)

Ici nous avons peur de la pluie
si familiers du tyran soleil
des montagnes l’eau descend
laissant des plantes vertes derrière elle
et tout se met à supplier
les champs de lave sont fertilisés

Nous marchons dans le sable rouge
tout est brûlé redevient cendre
cavernes dans les rochers où
les grands poissons vont et viennent
nous sommes les champs de couleurs
dans ce cristal de sel blanc séché

*

Monades (Monaden)

J’ai lu des choses à ce sujet
et plus tôt hier les ai vécues
tout ce que disent les poètes
n’as-tu pas remarqué
que le connaître dans sa vie
nous économise des forces
pour rien

Je te l’ai dit
et rien de plus
dans les bulles de l’air
nous éclatons
sans fin
mais nous pouvons regarder
une bulle dans ce fluide
n’est jamais complètement finie
c’est là que je suis vois-tu
et toi aussi

L’eau bout à présent
vois comme nous nous précipitons tous
tu n’arriveras pas là-haut pourtant
pauvre fou
une goutte dans l’air
était d’abord une bulle dans l’eau
est-ce ta vie après la mort
c’est quelque chose de très différent
ton âme s’est refroidie
tu en savais trop
et tu montas trop vite

*

Dunes (Duinen)

Sur la plage le soir
je voyais
des fleurs fanées à l’horizon
les nuages étaient des pages blanches
surprises dans le feu
du soleil sur les grandes
mers plates

Mon souffle est salin et plein de suie
de poêles de mansarde
mais
l’air marin est trop fort
et j’ai vu ici d’autres
plages
où je suis presque restée

Je ne reviendrai jamais
dans les dunes froides
où il fait noir
et si près
de la mer

*

Brandaris

Ndt. L’auteur ou l’éditeur précise que Brandaris est le « sommet le plus élevé de Bonaire » (hoogste top van Bonaire).

Le murmure des plantes
au vent aride
d’une vallée haut au-dessus de la mer
une solitude immobile
de pierres et de nuages
dont j’ai tant rêvé
existe là-haut
Je n’y ai pas joué
j’étais seulement assise
tout flottait
et je pensais
à la difficulté de redescendre
vers la mer
Je n’avais pas ma place ici
mais je sentais bien
que je voulais rester
passer la nuit
près de la lune
être la première à m’éveiller dans le soleil
Quand plus tard je redescends
les pierres roulent vers le fond
je suis si lasse et j’ai si peur
de continuer
pourquoi ne puis-je rester
aucun autre lieu n’est si calme
le vent vrombit
contre le sommet des rochers
m’apporte de temps à autre
le cri des oiseaux
dans les arbres en bas
le coup de feu d’un chasseur
un écho devient un soupir
dans la montagne
Je voudrais connaître le moindre lieu
de ces distances

.

Drapeau de Curaçao

De l’autre côté des dunes : La poésie de Martien Beversluis

Le poète néerlandais Martien Beversluis (1894-1966) est quelque peu tombé dans l’oubli dans son pays, comme dans les leurs la plupart des écrivains des pays voisins compromis dans la collaboration avec les vaincus de la Seconde Guerre mondiale.

Il fait partie de ces militants de gauche passés du côté qui allait subir l’épuration. On ne saurait trop souligner le caractère non exceptionnel d’un tel parcours. Il suffit pour cela de rappeler quelques figures politiques éminentes de la collaboration française, qui venaient aussi bien du communisme (Jacques Doriot), du socialisme (Pierre Laval, Marcel Déat), du radical-socialisme que de l’anarchisme. Avant d’avoir été notables dans la collaboration, ces personnalités l’avaient d’abord été du fait de leur engagement dans les formations politiques de gauche. Doriot avait dirigé les Jeunesses communistes, été député de Saint-Denis et membre du Bureau politique du parti, ainsi que son porte-parole ; c’était « le grand Jacques », un des membres les plus connus du PCF à l’époque, le seul député du parti élu au premier tour lors des élections législatives de 1932, aujourd’hui un des noms les plus célèbres de la collaboration française avec le Reich. Quant au normalien Marcel Déat, membre, avec d’autres futurs collaborateurs, du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, il eut deux mandats de député SFIO et fut ministre en 1936 dans le gouvernement du radical-socialiste Albert Sarraut.

Que l’on retrouve de telles trajectoires dans les milieux intellectuels n’est a priori pas étonnant. C’est, comme nous l’avons dit, le cas de Martien Beversluis aux Pays-Bas, passé de l’anarchisme au socialisme, où il joua un rôle non négligeable dans la presse de ces formations, dont le journal Links Richten, avant de rejoindre le mouvement fasciste et de participer à la politique culturelle collaborationniste pendant l’occupation des Pays-Bas. En raison de quoi, à la fin de la guerre il fut (1) condamné à mort, peine commuée en 1947 par l’invocation de troubles mentaux, (2) interdit d’exercer la profession de journaliste pendant vingt ans et (3) interdit de publier quoi que ce soit pendant dix ans, peine ramenée en appel à trois ans. Le paradoxe que des forces ayant combattu au nom de la liberté prononçassent de telles peines contre la liberté d’expression ne semble pas les avoir déconcertées, le principe étant resté, en Europe et contrairement aux États-Unis, celui de la doctrine robespierriste « pas de liberté pour les ennemis de la liberté », une absurdité qui rend tout à fait spécieuse la supposée supériorité d’un tel système. Il ne s’agit pas seulement d’une histoire de femmes tondues.

Pour les amateurs de poésie que ce préambule n’aurait pas dégoûtés, nous avons traduit en français dix poèmes du recueil Verzen (Poésies) de 1922. Il s’agit d’une poésie versifiée, classique et, sur le fond, impressionniste, par un virtuose de la description signifiante.

Martien Beversluis était marié à la femme de lettres Johanna Verstraate, connue sous le nom de plume Dignate Robbertz. Les deux ont été peints ensemble par l’artiste Han van Meegeren en 1942 : voyez le tableau ci-dessous.

Beversluis a traduit le poète belge francophone Émile Verhaeren en néerlandais (1935, 1940, 1966).

Pour rappel, sur ce blog nous avons déjà traduit du néerlandais en français de la poésie du Suriname et des Antilles néerlandophones. Les liens vers ces billets se trouvent en Table des matières.

Portrait de Martien et Johanna Beversluis par Han van Meegeren, 1942.

*

De l’autre côté des dunes (Achter en over de duinen)

Soir

Nous avancions sur le chemin vallonné
le long des hautes herbes indistinctes,
formes sombres à travers le paysage clair,
vers les dunes brillantes et la vaste plage,
à pas lents, ascendants.

À travers la végétation arbustive,
les lacets du chemin,
tantôt nous descendions les déclivités couvertes de chardons,
tantôt nous gravissions les dunes, comme un rempart jaune
face à la mer immense.

Nous restâmes un moment sur la hauteur ;
autour de nous régnait la tranquillité de l’ombre
et à nos pieds, loin dans la lueur crépusculaire,
s’étendaient la plage, vespérale, et la ligne blanche
de la mer le long de la côte.

Nous écoutâmes d’un cœur recueilli
la profonde voix de cette paix…
nos yeux voyaient le rivage qui murmurait
sous l’écume effervescente devant la plage paisible
dans son périple depuis la mer obscure.

Ta forme sombre… sur la dune pâle
était pieuse, penchée,
ta robe flottait, lourde, et claires-obscures
étaient seulement la flamme de ton visage
et tes mains immobiles et nues.

Je t’emmenai le long de la pente,
nos têtes sous la ligne de crête ;
nos pieds s’enfoncèrent et glissèrent
jusqu’à la planéité face à la mer –
et les dunes furent derrière nous.

Sur la surface humide
récemment abandonnée par la marée,
nous avançâmes, dans le sombre retentissement
des vagues dont les chutes puissantes
crépitaient sur la plage.

Nous nous arrêtâmes devant la fière,
la déferlante et désespérée
– nos pieds immobiles couverts d’eau –,
devant la rebelle, folâtre,
la murmurante et démesurée.

Là-bas la mer roulait puissante
ses éruptions en avant,
son écume s’élevant et plongeant
et se développant en bande bleue
d’étincelants phosphores.

Ici le ressac déchaîné
était comme la limite de régions lointaines.
Au-dessus de nos têtes frissonnantes d’admiration
passait le tout-puissant et monotone
son de ce déferlement. –

La nuit tomba… nous remontâmes
la montagne de dunes mates ;
nous ne parlions pas mais emportions avec nous
le lointain tonnerre de la mer,
sourdement, par-dessus la ligne de crête.

*

Victoire (Zegetocht)

Ndt. Nous n’avons pas pour habitude de gloser sur nos choix de traduction mais cela nous paraît ici indiqué. La victoire dont il est question est celle de l’amour, deux amants célébrant leur union par un « zegetocht » en patins à glace sur une rivière gelée. Ce zegetocht est ce qu’on appelle en français une « marche de triomphe » ou « cortège de triomphe » ; or ni la « marche » n’a paru pouvoir être gardée, compte tenu du fait que le poème insiste sur la vitesse, ni le « cortège » puisqu’il ne s’agit que de deux personnes. Si le détournement du terme est possible de cette manière en néerlandais compte tenu des facettes du mot tocht, qui n’exclut pas a priori les idées de vitesse et d’acte à deux, une telle figure de style rencontre bien plus d’obstacles en français.

Le soleil se couchait, l’éclat
des murs jetait en flammes écarlates
son reflet sur nous, rouge comme le vin,
et la glace était sur le point de brûler.
Nous patinions à travers la lumière étonnée
en direction des cieux flamboyants,
nos patins crissaient sur la glace,
criant : victoire ! victoire !

Nous courions le long des champs,
ses cheveux illuminés par le soleil
volaient dans notre course,
le vent nous lançait des scirpes.
Et le monde nous était lumière
et, de toutes parts, immensité –
nos patins crissaient sur la glace
et criaient : victoire ! victoire !

Une bourrasque rapide descendue
dans notre dos avec un grand bruit
nous dépassa, s’éloigna devant nous
en soulevant de fins nuages couleur de chaux. –
On entendait de temps à autre frémir
les joncs de la berge ;
un grand bruit de glace se fissurant
courait, stimulant, avec nous.

Volant ainsi au bord des prés,
nous fîmes disparaître aire après aire,
sa main frénétiquement et fermement
attachée à la mienne.
Sa tête illuminée, sombre et fière
se renversait impétueusement –
planer sur la rivière, méandre après méandre,
c’était comme un rêve, un sortilège.

La boule rouge du soleil
s’immergea derrière les prairies,
la neige s’empourpra et le ciel
se constella d’étoiles éparses,
tout devenait solitaire… et le vent
tomba, les champs se turent…
nos patins crissaient sur la glace
leur hymne clair : victoire ! victoire !

Nous nous précipitions à travers le crépuscule
toujours plus vite,
bras contre poitrines
ou croisés autour de nos tailles.
Et plus sauvagement, fiévreusement
– le corps courbé… –,
notre route, les arbres et la voie,
le ciel, la berge volaient.

Parfois le vol de ses cheveux
caressait ma joue.
Je l’emmenais riche et fier avec moi
comme en rêve.
La vie était belle et bonne,
si près l’un de l’autre
comme deux oiseaux qui volent
ensemble dans le ciel.

La route sombre devint indistincte,
l’air figé, plus clair,
et elle allait de l’avant plus impétueusement
et jubilait : plus vite ! plus vite !
Nous courions en triomphe
vers les lumières des villages,
nos patins crissaient sur la glace,
criant : victoire ! victoire !

*

La neige tombe (Sneeuwval)

Quelle lenteur et quel silence autour de moi !
Comme tout est recouvert !
Pas un souffle dans l’air, seulement
en volutes d’en haut
la descente calme, la chute continue
des flocons, des flocons, partout !

Sur les chemins, le long des champs, à travers
les arbres enveloppés de blanc,
ils disparaissent sans laisser de traces
là où doucement ils se posent ;
sur mes mains, mon visage,
je les sens tomber, mouillés et légers…

…les sens tomber sur moi tel un duvet,
de la peluche envolée,
intraçables, en masse épaisse
d’étoiles et de points,
comme le vent printanier
fait avec les particules d’écorce des arbres.

Puis c’est plus doucement
qu’ils tombent du ciel.
Ce n’est pas une pluie, mais un vol
de cristaux en train de nager,
comme emportés, nombreux et légers,
à travers l’espace, impondérables.

Ils m’effleurent comme des ailes,
m’enveloppent de leur tournoiement,
je marche comme en un voile blanc,
erre à travers leur danse,
aveuglé, déconcerté, comme si c’était
un brouillard, un désert de flocons.

Mon cœur ne fut jamais si léger,
si joyeux qu’en ce moment,
conduit par la généreuse cadence
aérienne des flocons.
Ô blanche illusion, reste ! il le faut !
Mon cœur vit pour cette occasion !
Il fera bientôt soleil pour de bon ! pour de bon ?
mais… tout étincellera.

*

Un pré avec des vaches (Wei met koeien)

Au bord du pré,
là où les saules dispensent leur fraîcheur,
l’ombre mouvante
de leurs branches feuillues –
restent les vaches, indolemment penchées,
avec leurs pattes à moitié cachées
dans la profusion des boutons-d’or,
comme en une myriade d’yeux brillants.

C’est comme si leurs corps lourds,
noirs ou roux et parsemés de blanc1,
pressés les uns contre les autres
et mouchetés de soleil
étaient des taches,
sous le vert tremblant de la saulaie,
peintes sur un fond jaune
de pointilliste prairie d’été.

1 noirs ou roux et parsemés de blanc : La vache de Groningue, ou blaarkop, originaire des Pays-Bas, a en effet une robe noire ou rousse parsemée de blanc, avec une tête presque entièrement blanche comme l’indique son nom néerlandais.

*

Le prunus (De prunusboom)

Au début du printemps,
comme un blanc feston
au milieu des premières verdures,
le prunus.
Ainsi qu’un grand bouquet
sur le ciel paisible,
ainsi qu’un doux
rêve immaculé.

Se berçant déployé
en tous sens,
il inclina vers ma fenêtre
sa parure délicate,
si bien que je ne pus attendre
et cueillis
un rameau plein de fleurs et de soleil,
merveilleusement beau.

Combien je voulais,
désirais – ardemment,
que sans faner
il gardât ses fleurs,
mais je savais aussi
que cette splendeur
était condamnée
à mourir.

C’est au crépuscule
que je passais près de lui,
cherchant un souvenir
mais ne le trouvant pas.
Et de cela un peu attristé
– je ne le savais pas –,
je chantai une chanson simple
pour moi-même.

Et quand j’entends de nouveau cette mélodie
– n’est-ce pas merveilleux ? –
je revois la couronne de ce prunus
parée de fleurs
et je m’enivre encore
de la même luxuriance
que je vis ce jour-là
et n’oublierai jamais.

*

La rose dans le parc (Die roos aan de warande)

Et un soir le vent souffla sur la campagne,
et ses grandes ailes invisibles
battirent au-dessus
du paysage clair-obscur, des vallées de blé…
et de la frondaison
des ormes hauts comme des tours.
D’aller et venir ainsi
doucement réunies, les feuilles se parlèrent.
J’écoutai négligemment, sans bouger, cette mélancolie.

Sur le rosier qui le long du parc
laissait déborder sa profusion,
l’unique était perdue
de toutes mes pensées, des fleurs, de la rougissante
et tremblante douceur des roses :
une seule ! dans toute
cette luxuriance fantastique,
la plus chère, évoquait
tout ce qu’en toi je trouvais, ma rose, parmi tant d’autres.

Car tu n’étais autre chose qu’un rêve,
une fleur que je m’étais choisie
et que j’avais prise de la main.
Comme mon cœur se tournait vers son être ensoleillé !
elle brilla…
et mourut, avant que je connusse
la plénitude de sa confiance
en moi, qui étais sur le point de déployer
toute la rosée et le soleil.
Ô tu ne me fus qu’un rêve, une rose tremblante…

Et tout passa comme un rêve ce soir-là…
et le vent souffla loin sur la campagne
comme toujours… comme toujours…
comme s’il n’y avait plus de souffrance pour toi dans cette vie
à jamais…
et rien ne resta ;
mais, jeune fille, comme l’aveugle
désir du vent,
mon âme te trouvera…
devant toi m’inclinant ainsi qu’une rose tremblant dans le parc obscur.

.

À une jeune morte.

*

Le dernier voyage (De laatste vaart)

Dans son bateau longeant
la terre, qui lui était si congéniale,
de chaque côté,
comme toujours silencieux
il se pencha sur le bord…
et rêva.

Il regardait son image
voyager avec lui,
et les rides de l’eau disparaître
dans son sillon,
et il était content,
allant de l’avant…

Jusqu’à ce que son bateau,
dont le glissement ne s’entendait plus,
dans l’eau assombrie
par le crépuscule
se fût pris dans des herbes –
alors il s’éveilla.

Et moulinant précipitamment avec les rames,
– grand clapotement de part et d’autre –
il vit le soleil disparaître
derrière la rive et l’herbe
et la mer !… dont les sombres scintillations
n’étaient plus éloignées.

Et un si grand désir obscur
monta en lui
de l’ondulante, illimitée,
vaste pureté de la mer
qu’à ses yeux
pleins de rêve elle parut vivante.

Alors, oubliant la terre dont il s’éloignait,
accroissant son effort,
évaluant la ligne de démarcation
en riant –
il se laissa entraîner sans le savoir
vers son dernier bonheur.

…..

Comme une mouette qui vers la mer
moutonnante, sûre d’elle,
vole, où sa vie est si
diminuée, raréfiée,
son âme s’est envolée
ainsi qu’une voile qui rêve.

Nullement étonné, magnifique,
sur la joie du courant
il se sentit voler
vers la dernière limite…
jusqu’à ce que son rêve naufrageât dans la vie
et sa vie dans un rêve.

.

In memoriam Jan van den Broek.

*

Voix intérieures (Roepstemmen)

Une nuit je parcourais seul le long chemin,
enfant errant, plein d’aspirations,
quand dans le sombre paysage, parmi les arbres
avec force le vent se mit à souffler.

Le déferlement de sa plainte au-dessus de ma tête,
je suis allé à travers lui
pour boire son souffle purifiant et
comprendre sa voix obscure.

Il s’inclinait pesamment sur les fûts tremblants,
dont la base sombre gémissait,
et sur les branches fuyantes
retentissait son vaste flux.

Il emportait dans sa marche à travers la nuit frissonnante
et sur ses ailes prépondérantes
la chanson sans paroles de la terre obscure
et de la mer murmurant au loin.

De même tout le désir tendu qui vit
dans un fils de l’homme errant tristement,
sa lutte et sa joie rebelle aussi.
Ô sauvage – ô vent jubilant !

Ô vent délectable, soufflant, chantant !
esprit violemment présent !
Es-tu le puissant appel de la joie ou de la langueur ?
De quelle énigme es-tu le messager ?

…..

Ton être nous traverse dans les frissons d’amour
et par tout ce qui nous rend passionnément heureux et aveugles.
Nous touchons… saisissons… perdons comme toi !
ce qui se dissipe comme un parfum dans le vent.

Et toujours nous demandons… nous demandons,
jusqu’à ce que nous nous inclinions comme devant un ordre
et trouvions toute notre aspiration contenue
dans une soif indicible… de Dieu !

*

La mouette (De zeemeeuw)

Calme habitant de la côte et de la mer,
pressé, sans repos,
marin du ciel aux plumes d’argent,
mouette, vagabonde !
Ton esprit m’apporterait la consolation
du dernier et du plus cher hommage
en tournoyant lumineusement autour de moi
– si je mourais.

Car tu es la très-heureuse,
au-dessus même de la joie et de la peine,
au-dessus du retour des saisons,
de la tempête et de la bonace.
Car tu es, ne s’éteignant jamais,
la foi qui ose et brille,
comme une prière qui s’élève
au-dessus de notre mélancolie.

Mes yeux mouillés de larmes tristes
ont suivi de loin
ton vol enthousiaste,
étincelant, dans la lumière,
ô tu étais une penne projetée
d’arcs subtilement tendus,
fusant avec la rapidité d’une flèche
et tombant comme une étoile.

Tant de ce que j’ai vu le fut
d’après ton image, ainsi qu’une ombre ;
non, ô hirondelle aux ailes blanches,
sœur de la mer…
quelque joie qui me pousse à chanter,
rien ne peut aspirer à ta splendeur,
tes ailes prêtes contre la tempête
m’emportaient plus loin.

Je t’ai vue, vaillante
sur la masse des vagues sombres,
entre des dangers précipités
danser, joie après joie…
aussitôt visible que perdue de vue,
bercée et régénérée
– blanc drapeau sur de sombres donjons –
dans le vent, parmi l’écume.

Et à nouveau, sans embarras, détachée
du cylindre roulant d’une vague,
vers le ciel voler, comme un papillon
quittant une rose blanche…
et avec d’autres mouettes en chastes
mouvements d’ailes louvoyant
au-dessus du clapotis et du grondement
rapides et tumultueux.

À travers le tonnerre et l’accroissement de vent,
le mugissement et sifflement des vagues,
tu pousses ton cri de victoire,
grêle et sans écho…
et ainsi que des algues emmêlées
qui dansent dans la houle,
t’entraîne dans le ciel en tourbillons
ton âme de vagabonde.

Exilée dans le vent, mais ne navrant point,
au milieu de la détresse et de l’effrayant
grondement… mouette si légère, si noble,
sur tes deux ailes
tu étais une voix portant la joie
plus haut, plus aérienne, ascendante
vers le ciel, au-dessus de lourdes masses
alignées de musique.

Tu m’étais une voix intérieure et un signe,
étais, toute lumière éteinte,
le bonheur qui doit se libérer
à travers l’obscurité de l’âme,
qui vers le sommet guidé,
aspirant à la lumière donnera de la lumière
– chacun le verra dont la vie
est clairvoyante et pure. –

Mouette ! mouette ! être comme toi !
emporté puis de nouveau libre,
dansant dans la lutte et heureux,
sauvage, et sûr du vent,
mouette ! mouette ! qui appartiens aux dieux,
qui t’es envolée depuis nos cœurs,
qui entre la beauté de la terre et celle des cieux
es le lien.

*

Le berger… (De scheper…)

Qu’y a-t-il de plus semblable à toi,
ô berger, que la lande de bruyères ?
la lande rude et vaste,
forte comme tu l’es toi-même,
où le vent seul triomphe,
le ciel haut règne,
la lande, si ample et si ouverte,
si humble et si royale,
qu’y a-t-il de plus semblable à toi,
ô berger, que la lande de bruyères ?

Je garde ton image en moi depuis longtemps
et elle me devient toujours plus familière.
C’était une longue journée d’été
quand je la vis la première fois et à jamais.
Tu étais silencieux, assis
– depuis longtemps tu l’as oublié –,
le soleil du soir paraissait attardé
derrière ta tête tannée,
ton ombre devant toi s’allongeait difforme, 
aplatie, colossale, sur le sable.

Une colonne de nuages, dorée, dilatée,
se leva sur la cuvette de la lande
au bord moucheté de noir où
tu étais en repos tel un géant ;
tête penchée, un menon2 paissait
de l’autre côté de la cuvette ;
ton bâton, comme illuminé dans le ciel,
était posé de biais à hauteur d’épaule ;
tableau mural devant la nuée,
héroïque et si puissant.

Le dos rude, penché ;
les mains grossières, jointes…
méditant devant la claire étendue
de la solitude du soir –
taciturne connaisseur de la lande,
c’est pour toujours que je te quittai,
mais comme un héros des temps anciens
tu ne peux être oublié.
Ainsi restes-tu dans ma mémoire
« le berger au crépuscule ».

2 menon : bouc châtré, traduction de hamel.