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Du sang sur le bitume: Poème post-apocalyptique
En l’an cinquante-neuf après la grande éclipse
De la Grille, par quoi s’ouvrit l’Apocalypse,
Nos motos sillonnaient le bitume craqué
En chasse d’un troupeau fugitif et traqué
Au milieu du Désert de la soif et du doute,
Quand un clan ennemi s’approcha sur la route.
Je sortis mon canon scié de son fourreau
Et, visant un barbare à l’aspect de taureau,
Lui fis voler la tête en éclats comme un cake
Ou comme une citrouille ou comme une pastèque,
Et sa moto faucha trois de ses compagnons
En glissant sur l’asphalte, où leurs corps moribonds
Se firent sillonner par les fumantes roues
Comme les vagues par de furieuses proues.
Quand les deux escadrons se fendirent alors,
Chaque homme s’efforça de faire autant de morts
Qu’il pouvait, en frappant et de gauche et de droite
Avec la barre à mine et la massue adroite
Et la chaîne sifflant dans l’air comme un serpent.
L’un d’entre nous, debout sur l’engin le portant,
Abattait sur les corps sa lourde tronçonneuse
Et son pilote en fut couvert de chair visqueuse.
Par un bossu hideux je fus presque empalé
Sur un angon crochu qu’il avait barbelé,
Mais j’esquivai le coup et de mon poing véloce
Muni d’un pieu clouté lui dégonflai sa bosse.
Et de cette façon nous étant traversés,
Ceux qui ne gisaient point au milieu terrassés,
S’arrêtèrent, chacun considérant ses pertes.
Or nous étions vainqueurs. Les montagnes désertes
Entendirent le cri puissant et triomphal
De nos thorax couverts de cuir et de métal.
Par les lois de la guerre, à notre seule troupe
Revenait, absolu, le guerdon de la soupe,
Le troupeau fugitif acquis aux triomphants,
Et nous partagerions hommes, femmes, enfants.
Je ne pouvais passer un jour sans Valérie : Poème
Je ne pouvais passer un jour sans Valérie.
Ce qui me fascinait le plus : sa connerie.
Je ne voulais plus vivre ici-bas, sans Ninon.
Et dire qu’elle avait un faciès de guenon.
On m’a vu bien souvent soupirer pour Simone.
Vraiment, que j’étais c*** : qu’est-ce qu’elle était c***.
Chaque nuit, je rêvais aux yeux de Conchita.
Haute et maigre, on eût dit une chipolata.
Si j’avais su comment séduire Bérengère,
Dont charmaient les salons ses mœurs de harengère.
Je voulus épouser la grande et blonde Alix.
C’était, avec un casque, un Vercingétorix.
Quand je repense, après notre brouille, à Gudule,
Je me souviens surtout d’une énorme pustule.
Comme nous riions, avec mon Ysabeau,
Dont la voix ressemblait à celle d’un corbeau.
Quelle folie, aimer, quand c’est avec Marine,
Qui refoule du bec, schlingue de la narine.
Mais qui remplacera demain Félicité,
Son aérophagie et son obésité ?
Et qui remplacera l’accorte Nathalie,
Prodige souverain de microcéphalie ?
Vous souvient-il combien je prisais Fiona,
Dont le prénom finit par la grâce d’un a ?
J’ai cru que me perdrait l’amour de Marianne,
Qui parlait peu, c’est vrai, mais riait comme un âne.
Je ne sais que penser, la grosse Magali
Faillit me subjuguer avec son patchouli.
Vous dirai-je à présent combien j’aimais Françoise,
Dont le nez recouvrait les dents, long d’une toise ?
Je n’ai jamais caché ma passion pour Maud,
Qui ne parlait qu’anglais et seulement « My Gawd ».
Je devins vraiment fou d’amour pour Roseline,
Dont n’aurait point rougi la race chevaline.
La peste soit du faux outré chez Larissa,
Qui pour son prurigo blâme la harissa.
Je suis très fatigué des plaintes de Monique,
Si chiante et si plate, ainsi que la Belgique.
Que vouliez-vous qu’il fît, avec une Gladys ?
Rendez-vous à moins cinq, « À la prochaine » à dix.
Un jour on me parla des grands charmes de Berthe.
Relevant son mouchoir, j’en vis la flore verte.
Picaresque, elle crut qu’on s’enfuirait, Carmen.
Mais Quevedo m’a dit ce que vaut son hymen.
Je l’aurais emmenée au paradis, Florence.
Mais entre elle et le marbre aucune différence.
Je suis toujours ému quand je revois Agnès.
Elle a pris un peu d’âge et gardé son herpès.
En aurais-tu voulu ? je t’aurais donné, Rose,
Ma vie ; au moins des sous pour soigner ta cirrhose.
Elle m’aimait beaucoup et je l’adorais, Fleur.
Qu’aurais-je fait, eût-elle appris le mot « coiffeur » ?
Je l’aimais à mourir, la tendre Madeleine,
Pensant qu’un bon docteur purgerait son haleine.
Qui pourra remplacer la raffinée Astrid,
Qui marchait en canard, si ce n’est pas Ingrid ?
Qui me consolera de la perte d’Alice
Dont l’odeur, au début, était un vrai supplice ?
Et de la perte aussi, plus tard, de Barbara,
Qui buvait comme un trou, qui me consolera ?
J’oubliais de parler de la douce Gertrude,
Fumant comme un pompier, et la voix si peu rude.
Je ne peux évoquer sans tendresse Shirley,
Maniant le stylo plus mal que le balai.
Je fus trop peu de temps avec Éléonore
Et ne sais si sa taille enfin s’améliore.
Comment vivrai-je donc loin de Conception,
Qui de me tourmenter avait la passion ?
Je voulais dire un mot au sujet de Raymonde,
Mais non, pardonnez-moi car elle est trop immonde.
Que dire de loyal au sujet de Fatou ?
Je fus son compagnon et je plains son toutou.
Ce qu’il fallait, pour plaire aux beaux yeux de Paulette,
C’était travailler dur, allonger la galette.
Enfin, je ne sais pas vous mais moi, pour Elif,
J’ai fini de vouloir être compréhensif.
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À suivre…
