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XXIV Le voile intégral des femmes dans l’histoire de l’Occident

Le voile intégral pour les femmes est une tradition occidentale qui remonte à la plus haute antiquité et a continué d’exister jusqu’au vingtième siècle. C’est une donnée de l’Occident que la femme de condition, ou femme de qualité, ne montre pas son visage en public. Les raisons d’une telle pratique sont apparemment diverses.

Les Grecs et les Romains voilaient leurs femmes. Ce voile portait le nom de caliptra ou calyptra, et le Dictionnaire des antiquités romaines et grecques d’A. Rich le décrit ainsi : « Voile porté en public par les jeunes femmes de la Grèce et de l’Italie, et destiné à dérober leurs traits aux regards des étrangers. Il était tout à fait semblable à celui dont se servent les femmes turques. On le plaçait sur le haut de la tête et on s’en entourait la figure de manière à la cacher entièrement, excepté la partie supérieure du nez et des yeux. »

Au moyen âge, les coiffures féminines, hennins et autres, étaient confectionnées de façon à comporter ou à pouvoir recevoir un voile, lequel était abaissé ou relevé selon les circonstances, à savoir qu’il était abaissé en public. La littérature médiévale en porte maints témoignages. Par exemple : « Une demoiselle descendit devant le palais, accompagnée d’un chevalier tout vieux et tout chenu. En entrant dans la salle, elle laissa tomber son voile, et l’on vit une pucelle d’une grande beauté » (Galehaut, sire des îles lointaines, Les Romans de la Table Ronde par Jacques Boulenger, 1923, p. 172). Boulenger n’écrit pas « le voile qu’elle portait » mais « son voile », car c’était un élément imprescriptible de la toilette des femmes de condition. Ces voiles permettaient à celles qui les portaient de voir au travers sans que leurs traits puissent être distingués.

Au cours des siècles, cet accessoire a évolué. En plusieurs pays, il fut remplacé par le loup, ce masque qui couvre la partie supérieure du visage et qui permet de voir à travers deux ouvertures ménagées au niveau des yeux. Le loup n’est plus aujourd’hui qu’un accessoire de carnaval. Les dames le portaient sur le visage ou en face-à-main.

Le dix-neuvième siècle a consacré l’usage de la voilette, étymologiquement « petit voile », qui se fixait au chapeau. Jusqu’à la Première Guerre mondiale et encore au-delà, une femme de condition ne sortait pas sans voilette. Si le Dictionnaire Robert définit celle-ci comme un « petit voile transparent », il ajoute une citation de Maupassant qui montre que ce petit voile n’était nullement transparent dans les deux sens : « Elle avait relevé sa voilette et Morin, ravi, murmura : Bigre, la belle personne ! » Morin ne pouvait distinguer clairement les traits de cette femme avant qu’elle eût relevé sa voilette.

La variété lexicale concernant cet accessoire et ses différentes formes, dans toutes les langues européennes, est grande. Par ailleurs, on le rencontre si fréquemment dans les pages de la littérature européenne que j’ai commencé de composer un florilège (voyez ci-dessous).

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Mais d’abord ajoutons et commentons un extrait de l’article « Voile » du Grand Larousse du XIXe siècle.

« Les femmes grecques, lorsqu’elles sortaient, se voilaient le visage au moyen d’un coin de leur peplum ou de la draperie appelée credemnon, calyptra, etc., usage encore soigneusement conservé par les femmes d’Orient. (…) Les plus anciens auteurs grecs parlent de voiles. Hésiode en a paré Pandore. Pénélope paraît voilée devant ses prétendants. Phèdre, dans ses ardeurs, supporte impatiemment son voile. Les femmes thébaines avaient un voile d’une sorte particulière ; elles se l’appliquaient exactement sur la figure comme un masque et le perçaient de deux trous pour les yeux. Chez les Spartiates, les jeunes filles paraissaient en public découvertes ; les femmes mariées seules se voilaient. Toutefois, dans l’antiquité, les femmes obtinrent parfois quelque extension à leur droit de coquetterie, et l’on voit par des médailles et des pierres gravées qu’elles s’entouraient la tête d’un voile, sans toujours s’en couvrir le visage ; femmes et jeunes filles devaient pourtant être voilées quand elles sortaient. Leurs voiles étaient d’ordinaire teints en rouge ou en pourpre. L’usage du voile existait aussi chez les Celtibériens, chez les peuples de l’Asie Mineure, les Mèdes, les Perses, les Arabes, etc. (…)

« Le voile fut adopté et conservé par les femmes chez les premiers chrétiens. Elles avaient la tête voilée, non-seulement quand elles sortaient, mais pour prier et prophétiser. Mais le voile, flammeum virginale, fut surtout l’insigne des vierges. Les évêques consacraient les vierges par l’imposition du voile. Il était simple, court, sans ornements, en laine pourpre. Quelques-unes cependant en portaient de flottants, de couleur violette. Le voile et la prise de voile jouent encore aujourd’hui le même rôle dans les congrégations de femmes qu’aux premiers siècles du christianisme.

« Les femmes au moyen âge firent souvent usage du voile comme principal ornement de coiffure, notamment aux IXe siècle, où il enveloppait les épaules et descendait presque à terre ; au XIe siècle où elles s’en paraient surtout le dimanche pour aller à l’église. Le voile s’appelait alors le dominical, et les statuts synodaux enjoignaient de l’avoir sur la tête quand on allait communier. Au XIIIe siècle, les chaperons, les chapels rivalisèrent avec les voiles dans le costume des femmes. A partir de cette époque, l’importance des voiles diminua, et ils commencèrent à devenir ce qu’ils sont actuellement. Les voiles modernes, en étoffe transparente, gaze, tulle, dentelle, servent à préserver le visage du froid ou de la poussière. (…)

« Toutefois, en Espagne et dans tous les pays d’Amérique conquis par les Espagnols, le voile est resté la coiffure nationale. Dans tous les pays mahométans, les femmes sont toujours strictement voilées lorsqu’elles sortent. »

Observations : L’article n’est pas toujours des plus clairs quant à la distinction entre le voile intégral et le voile foulard. Il crée plutôt une certaine confusion à cet égard.

Larousse oppose, au premier paragraphe, le voile à la coquetterie des femmes antiques, alors qu’il présente le voile comme un accessoire de la coquetterie féminine quand il en décrit l’usage au moyen âge.

Par ailleurs, les voiles modernes ne serviraient selon lui qu’à protéger du froid ou de la poussière, mais le loup, qui ne couvre en général qu’imparfaitement le visage, ne peut remplir cet usage, et Larousse ne parle pas ici de cet élément vestimentaire*, alors que c’est, historiquement, un précurseur de la voilette moderne. *(Au mot « loup », il écrit ceci: « Sorte de masque de velours ou de satin noir que mettaient autrefois les dames lorsqu’elles sortaient. »)

Je ne mets pas en doute cette nouvelle fonction du voile – la protection de la peau – au moins à partir du dix-neuvième siècle. Je m’étonne seulement qu’ayant une si bonne raison de porter le voile, les femmes occidentales y aient renoncé. Surtout avec la pollution des villes aujourd’hui ! Le voile ne leur permettrait-il pas d’économiser bien de l’argent (comme si cela n’avait aucune importance) au lieu de le dépenser dans toujours plus de crèmes, onguents et autres « soins » aux vertus douteuses ? La question est d’autant plus pertinente que les très catholiques rois d’Espagne avaient déjà cherché à interdire le voile dans leurs royaumes, bien après la chute des principautés mauresques de la péninsule. La pragmatique de Philippe II en 1590, celle de Philippe III en 1600, celle de Philippe IV en 1639, celles de Charles II par la suite, avaient toutes le même objet. Cette succession de lois témoigne suffisamment de leur inefficacité.

Enfin, si l’on me demande mon avis, je souhaiterais beaucoup, personnellement, pouvoir sortir voilé ou masqué. Car je n’aime pas être dévisagé. De même, mon ami B. (les lecteurs de ce blog le connaissent) me dit qu’il est fatigué que des gens au physique ingrat ne se gênent plus pour exprimer leur mécontentement en croisant dans la rue ce gentleman aux traits si réguliers et attirants – lui-même –, et qu’il lui serait agréable de ne plus être importuné de la sorte, en sortant masqué. Il peut comprendre, ajoute-t-il, qu’un certain nombre de belles femmes éprouvent le même genre de désagréments, rancune et mécontentement, importunités et brutalités. Il comprend également que les intellectuels et intellectuelles n’ont qu’une très vague idée de ce phénomène : je voudrais pouvoir le contredire, mais je ne suis pas certain de pouvoir parler pour personne d’autre que moi.

Février 2015

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Citations

Molière, Dom Juan ou Le Festin de pierre

« Sganarelle : Monsieur, voici une dame voilée qui veut vous parler.
Dom Juan : Qui pourrait-ce être ?
Sganarelle : Il faut voir. »

Parce qu’elle est voilée, Sganarelle n’a pas reconnu Done Elvire.

Le Sage, Le Diable boiteux

« Je me souviens qu’un jour, pendant que j’entendais la messe, ma mante s’ouvrit un instant, et que vous me vîtes. »

« Il était à deux lieues de la ville de Valence, lorsqu’à l’entrée d’un bois il rencontra une dame qui descendait d’un carrosse avec précipitation. Aucun voile ne couvrait son visage, qui était d’une éclatante beauté ; et cette charmante paraissait si troublée etc. » (Sa précipitation extrême – elle cherche à prévenir un duel – fait déroger cette belle à l’usage de sortir avec son voile.)

Scarron, Jodelet ou Le maître valet

« Mais une dame vient qui ne se veut montrer ; / Je voudrais bien savoir qui l’aura fait entrer (…) Madame, sans vous voir, et sans vous demander / Le nom que vous avez, vous pouvez commander. »

Dans ce passage de l’Acte II, scène 3, Dom Fernand ne peut voir Lucrèce car elle est venue chez lui voilée : elle n’ôtera son voile qu’à la scène suivante, pour montrer ses larmes. Un voile intégral est encore un élément de l’intrigue dans l’Acte III, scène 10 de la même pièce : Lucrèce à nouveau sous son voile est prise pour Isabelle par Dom Louis qui, s’équivoquant sur l’identité de la femme voilée, dit son amour pour Isabelle et son indifférence pour Lucrèce : celle-ci lève alors son voile (« ouvrant son voile »), en disant : « Ha ! je t’en veux apprendre, infâme, la voici, / Celle qui n’eut jamais que des appas vulgaires etc. » (car Dom Louis venait de dire que Lucrèce avait des appas vulgaires).

Saint-Évremond

« en Espagne, où les femmes ne se laissent presque jamais voir »

Alfred de Musset, Premières Poésies

« Comme il marchait pourtant, un visage de femme
Qui passa tout à coup sous un grand voile noir,
Le jeta dans un trouble horrible à concevoir.
Qu’avait-il ? Qu’était donc cette beauté voilée ?
Peut-être sa Rosine ! – Au détour de l’allée,
Avait-il reconnu, sous les plis du schall blanc,
Sa démarche à l’anglaise, et son pas nonchalant ? » (Mardoche)

(Comme elle porte un « schall blanc », ce n’est pas une veuve.)

« Ou si jamais, pareil à l’étoile du soir,
Put sous un voile épais scintiller un oeil noir » (Ibid.)

« Ô bois silencieux ! ô lacs ! – Ô murs gardés !
Balcons quittés si tard ! si vite escaladés !
Masques, qui ne laissez entrevoir d’une femme
Que deux trous sous le front, qui lui vont jusqu’à l’âme ! » (Ibid.)

Alfred de Musset, Poésies nouvelles

Fille de la douleur, harmonie ! harmonie ! (…)
Douce langue du cœur, la seule où la pensée,
Cette vierge craintive et d’une ombre offensée,
Passe en gardant son voile et sans craindre les yeux ! (Lucie)

Alfred de Musset, Lorenzaccio

Les mères pauvres soulèvent honteusement le voile de leurs filles quand je m’arrête au seuil de leurs portes ; elles me laissent voir leur beauté avec un sourire plus vil que le baiser de Judas

Émile Nelligan

Hier j’ai vu passer, comme une ombre qu’on plaint,
En un grand parc obscur, une femme voilée ;
Funèbre et singulière, elle s’en est allée,
Recélant sa fierté sous son masque opalin. (La Passante) (Le verbe « recéler » indique bien la relative opacité du masque, plus que ne le fait l’adjectif « opalin ».)

Tristan Corbière, Les Amours jaunes

Femme du rendez-vous, s’enveloppant d’un voile ! (Litanie du sommeil)

Théophile Gautier, Le capitaine Fracasse

L’aspect du lieu, autant qu’on pouvait le démêler à la lueur livide d’une lune à moitié masquée et portant pour touret de nez [voyez le lexique infra] un nuage de velours noir, était particulièrement désolé et lugubre.

Quelques-unes de ces dames, ne voulant pas sans doute être connues, avaient gardé leur touret de nez, ce qui n’empêchait pas les plaisantins du parterre de les nommer et de raconter leurs aventures plus ou moins scandaleuses. Pourtant, toute seule dans une loge avec une femme qui paraissait sa suivante, une dame masquée plus soigneusement que les autres, et se tenant un peu en arrière pour que la lumière ne tombât point sur elle déjouait la sagacité des curieux.

(La scène de cette dernière citation se passe dans un théâtre de province. Les « plaisantins du parterre » se font fort de reconnaître les dames dans les loges malgré leur touret de nez, soit qu’ils y parviennent, et ce ne peut être alors que par d’autres indices que le visage, soit qu’ils croient y parvenir et parlent en réalité sans savoir.)

Honoré de Balzac, La cousine Bette

La baronne baissa son voile et s’assit. Un pas pesant ébranla le petit escalier de bois, et Adeline ne put retenir un cri perçant en voyant son mari, le baron Hulot, en veste grise tricotée, en pantalon de vieux molleton gris et en pantoufles. / – Que voulez-vous, madame ? dit Hulot galamment.

(Parce qu’elle porte son voile baissé, le baron Hulot ne reconnaît pas sa femme. On relèvera au passage l’incongruité de poser une question « galamment » en s’adressant à la personne que l’on vient d’entendre pousser « un cri perçant ».)

Balzac, Les Chouans

Il essaya d’examiner la voyageuse et fut singulièrement désappointé, car un voile jaloux lui en cachait les traits

Ne fallait-il pas qu’elle débarrassât mademoiselle de Verneuil de son manteau, de la double chaussure que la boue et le fumier de la rue l’avaient obligée à mettre, quoiqu’on l’eût fait sabler, et du voile de gaze sous lequel elle cachait sa tête aux regards des Chouans que la curiosité attirait autour de la maison où la fête avait lieu.

Raymond Abellio, Heureux les pacifiques

Elle arriva [dans le hall de l’hôtel] dix minutes après moi : débarrassée de ses voiles de deuil, dans son manteau d’astrakan, elle avait retrouvé sa fière allure. (La scène se passe à Paris en 1936)

Sören Kierkegaard, Le journal du séducteur

« Ou peut-être ne s’agit-il pas d’une voilette mais seulement d’une large dentelle ? Les ténèbres ne me permettent pas d’être fixé là-dessus. Mais quoi que ce soit, cela cache la partie supérieure de la figure. (…) Si on penche un peu la tête de côté il serait bien possible de s’insinuer sous cette voilette ou cette dentelle. Prends garde, un tel regard d’en bas est plus dangereux qu’un regard gerade aus. » (Le seul moyen d’avoir une idée exacte du visage de la femme qui porte cette voilette ou dentelle qui « cache la partie supérieure de la figure » serait de se résoudre à une contorsion qui pourrait bien passer pour ou grotesque ou malséante quoi qu’en paraisse penser le narrateur dans ces lignes.)

« Prenez garde ; là-bas vient quelqu’un, baissez la voilette, ne permettez pas à son regard de vous souiller ; vous n’en avez aucune idée, pendant longtemps il vous serait impossible d’oublier l’angoisse abominable avec laquelle cela vous atteindrait – vous ne le remarquez pas, mais moi je vois qu’il a embrassé la situation. »

François Mauriac, Le mystère Frontenac, 1933

Blanche apparut, la figure cachée par une voilette épaisse. [On vient d’annoncer à Blanche un deuil. Plusieurs romans de Mauriac, celui cité ici mais encore Le nœud de vipères, rappellent que le voile intégral était un élément de l’habit de deuil que les femmes devaient porter, et ce deuil pouvait durer plusieurs mois, voire d’un à deux ans.]

François Mauriac, Le désert de l’amour, 1925

Or, ce soir-là, il vit en face de lui cette femme, cette dame. Entre deux hommes aux vêtements souillés de cambouis, elle était assise, vêtue de noir, la face découverte. [« La face découverte » nous parle du voile et signifie que cette femme – la scène se passe dans un tramway – n’en porte pas, comme le narrateur aurait pu s’y attendre soit parce qu’elle porte des vêtements noirs et que le voile est un élément ici manquant d’un deuil supposé, soit parce que ses vêtements indiquent une condition supérieure aux ouvriers qu’elle côtoie dans ce tramway et que dans ce cas il était indiqué, en ce temps-là, pour une femme de condition de se voiler.]

Pierre Daninos, Les carnets du major Thompson, 1954

Dès que l’employé eut refermé la porte du compartiment, la dame au chien dit dans un sifflement derrière sa voilette (etc.) [La scène se passe dans un train au départ de la gare d’Austerlitz à Paris et en direction du sud-ouest de la France, à une date contemporaine de la publication du livre.]

Gyp, Le mariage de Chiffon, 1894

Mme de Clairville d’abord… qui m’embrasse toujours au travers de son voile mouillé…

Robert Brasillach, La conquérante, 1943

Sur ses cheveux bruns, Brigitte avait posé un chapeau assez petit, d’où tombait une courte voilette. Cela ne se faisait guère, lui avait-on dit à Limoges, pour une jeune fille bien élevée. Mais elle n’était pas à Limoges, et dans ce pays de femmes voilées, elle n’aimait pas sortir le visage nu.

(La scène se passe en 1912 au Maroc. L’héroïne, élevée chez les sœurs à Limoges, se remémore qu’on lui disait au couvent que cela ne se faisait pas, pour une jeune fille bien élevée, de porter une voilette. Faut-il comprendre que, dans les années où le voile tombait en désuétude en Europe, il perdait en même temps de sa respectabilité, était de plus en plus perçu, à tout le moins chez les bonnes sœurs, comme remplissant des fonctions équivoques ? Ou bien cela signifie-t-il plutôt que porter une voilette indiquait une certaine qualité qui fait défaut aux jeunes filles, l’accent devant porter dans cette remarque sur « jeune fille » plutôt que sur « bien élevée », et qu’une jeune fille n’était pas bien élevée si elle portait une voilette parce qu’elle cherchait ainsi par exemple à se faire passer pour une femme mariée ou une femme plus mûre ? Nos autres citations de la même époque et après plaident pour cette seconde hypothèse.)

Gaston Leroux, Le parfum de la Dame en noir

Oh ! elle n’avait pas assisté à la distribution, mais je savais qu’elle viendrait le soir… un soir plein d’étoiles et si clair que j’ai espéré un instant distinguer son visage. Cependant, elle s’est couverte de son voile en poussant un soupir. Et puis elle est partie.

Dans La Captive aux yeux clairs (1952), d’Howard Hawks, qui se passe au Missouri en 1832, le personnage Dickins raconte un voyage en diligence avec une femme voilée. Il ne peut voir son visage que lorsque la diligence se renverse.

Oscar Wilde, The Sphinx Without a Secret

She took those rooms for the pleasure of going there with her veil down, and imagining she was a heroine. She had a passion for secrecy, but she herself was merely a sphinx without a secret.

Anthony Trollope, The Way We Live Now, 1875

Though it was midsummer Hetta entered the room with her veil down. She adjusted it as she followed Ruby up the stairs, moved by a sudden fear of her rival’s scrutiny.

May I not ask you to lay aside your veil, so that we may look at each other fairly? (Ibid.)

The Veiled Lodger, in The Case-Book of Sherlock Holmes (1927) by A. Conan Doyle: The lodger keeps her veil down at all times to spare people the sight of her scars.

Wilkie Collins, The Moonstone, 1868

I was detected (though I kept my veil down) in the draper’s shop at Frizinghall … I saw one of the shopmen point at my shoulder. (Rosanna a l’épaule déformée : c’est ce qui permet de la reconnaître quand elle porte son voile. L’histoire se passe en 1848.)

Thomas Hardy, The Return of the Native, 1878

The reddleman told the tale thoughtfully, for there lingered upon his vision the changing colour of Wildeve, when Eustacia lifted the thick veil which had concealed her from recognition and looked calmly into his face.

James Barrie, Quality Street, 1901

Before they can see her she quickly pulls the strings of her bonnet, which is like Miss Henrietta’s, and it obscures her face.

Jack London, Martin Eden, 1909

I’ll take you home. We can go out by the servants’ entrance. No one will see us. Pull down that veil and everything will be all right.

Francisco Villaespesa, Glosas de amor y de celos en Andalucía, 1910

Donde haya una calle blanca
y una reja florecida,
allí me veréis, hablando
con la morena más linda
de cuantas muestran sus ojos
a través de une mantenilla.

Marinetti, Boccioni, Carrà, Russolo, Contro Venezia passatista, 1910

Perché dunque ostinarti Venezia, a offrirci donne velate ad ogni svolto crepuscolare dei tuoi canali?

Amalia Guglielminetti, poema La guarigione in I serpenti di Medusa, 1934

Tacqui, ponendo a schermo del mio volto l’ombra del velo, / con le dita di gelo sollevate in gesto malfermo.

Mattia Limoncelli, Variazioni mondane in Fiamma chiusa, 1907

Ed io guardavo il velo / delicato di seta che vi copriva il viso / e spandea sulla pelle morbidissima un risino / birichino d’azzurro. (…) Ed io vi strinsi al petto / e mi chinai sul velo che attenüava il terso / fuoco degli occhi e il minio delle labbra.

Dans cet extrait du poète Limoncelli, le voile (sans aucun doute une voilette) est décrit comme transparent et de nature surtout à modifier les nuances de coloris et de clarté du visage, des yeux, des lèvres. Le lecteur doit cependant garder à l’esprit que la scène décrite est un rapport de proximité physique entre le narrateur et la femme voilée et que, si la voilette était en effet largement transparente, son port suffisait certainement à rendre méconnaissable le visage de celle qui la portait au-delà d’une certaine distance que l’on peut juger relativement courte.

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Lexique du voile intégral en Occident
(complétant la liste dressée dans le corps de l’essai)

Glossaire de la langue romane (vieux français) par Jean-Baptiste Roquefort (M DCCC VIII, 1808)

Cachenez : Petit masque de velours ou d’étoffe fine, que les dames portaient pour conserver leur teint.

Gimple, guimple : Guimpe, partie de l’habillement d’une femme, espèce de voile qui cachait le visage.

Peploum, peplum : Voile, coiffure de femme en usage au XIIe siècle ; elle enveloppait la tête et le menton, et remontait jusqu’au nez.

Touret : Masque que les dames portaient, et qui ne cachait que le nez ; de là on le nommait touret de nez ; on l’agrandit depuis, et alors on l’appela loup.

[Note. Le « loup » ne saurait être qualifié de voile intégral au sens strict, car il laisse d’importantes parties du visage non couvertes. Cependant, il est le type même d’accessoire qui empêche d’identifier la personne qui le porte et est donc prohibé par la loi française interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public. Le « touret de nez », en recouvrant la partie centrale du visage, devait lui-même rendre difficilement identifiable la femme qui le portait.]

Wiart, wite : Voile dont les femmes se couvrent le visage.

Autres sources

France

Barbe : Frange qui occupe le bas d’un masque. La barbe d’un loup, d’un masque de femme. (Cnrtl)

Beau masque : Formule d’adresse pour interpeller une personne masquée. Je vous/te connais, beau masque : S’emploie pour signifier à une personne masquée qu’on la reconnaît et, au fig., pour signifier qu’on connaît les intentions de quelqu’un. (Cnrtl)

Italie

Moretta : À Venise, masque de velours noir porté par les femmes. Celles qui le portaient mordaient un petit bouton qui permettait au masque de tenir (et les empêchaient sans le moindre doute de parler).

Bauta, Bautta : À Venise, masque en papier mâché traditionnellement de couleur blanche et de forme typique. Ce terme a été transposé en français sous la forme « baute » (n. f.), défini par le Cnrtl comme un « mantelet de femme », car le port de la bauta à Venise était traditionnellement l’un des éléments d’un costume comportant en outre un mantelet, et la personne portant ce costume s’appelait un domino.

Espagne

Che, Ce : « Interjección y pronombre. «-¡Che, oye! — Dame, che. — No puedo, che», etc. No es especial de los pueblos del Plata, como leo en algunos escritores ríoplatenses, pues se usa también y con igual o mayor frecuencia en Bolivia; tanto, que los chilenos llaman despectivamente los ¡ches! a argentinos y bolivianos. (…) [T]engo para mí que el che ríoplatense y boliviano no es más que el antiguo ce castellano con que se llamaba o se pedía atención a una persona, tan usado por las tapadas y embozados de las comedias de capa y espada; voz anticuada ya y que se usa todavía en el reino de Valencia en la forma y frecuencia que en estas provincias de Sudamérica. » (Ciro Bayo, Vocabulario criollo-español sud-americano, Madrid, 1910)

Traduction : « Interjection et pronom : ‘– Che, écoute ! – Donne-moi ça, che. – Je ne peux pas, che’, etc. Le terme n’est pas spécifique aux populations du Rio de la Plata, comme je le lis chez certains auteurs de la région, puisqu’il s’emploie également et plus fréquemment encore en Bolivie ; si bien que les Chiliens appellent péjorativement che les Argentins et les Boliviens. (…) Je pense pour ma part que le che argentin et bolivien n’est autre que le ce castillan par lequel on interpelait ou appelait l’attention de quelqu’un, si souvent employé par [pour ?] les tapadas et embozados [voir ci-dessous] des comédies de cape et d’épée ; un mot ancien qui continue de s’employer dans la région de Valence de la même manière et aussi couramment que dans ces provinces d’Amérique du Sud. »

Outre l’intérêt de cette note lexicale pour le patronyme du Che Guevara, il s’agit d’une allusion à la pratique espagnole de se couvrir le visage. Cependant, nous ne saisissons pas bien pourquoi les personnes couvertes d’un voile emploieraient, elles, un terme spécifique, à savoir « ce », pour interpeller quelqu’un qui ne serait pas voilé ; il semblerait plutôt que ce fût pour appeler une personne voilée qu’un terme spécifique était nécessaire, car le voile empêche de déterminer non seulement l’identité propre mais aussi, peut-être, le statut social de ladite personne. L’expression de la notice « tan usado por las tapadas » ne paraît néanmoins guère pouvoir être interprétée dans ce sens, qui nécessiterait plutôt « tan usado para », encore que por soit parfois utilisé avec le sens de para. Si por n’a pas ici le sens de para, l’allusion aux personnes au visage couvert est gratuite et ne sert qu’à situer le lexique dans une époque, celle des comédies de cape et d’épée, où chacun, alors, pouvait employer « ce » aussi bien que « madame » ou « mon brave » pour interpeler qui que ce soit, comme l’usage du « che » contemporain. Mais s’il existe un lien défini entre l’emploi de « ce » et les personnes au visage couvert, cela ne peut être selon nous que ce que nous venons de dire, à savoir qu’il fallait un terme propre pour interpeller dans la rue des personnes intégralement voilées, dont le voile ne permet pas d’être sûr qu’une autre forme d’appellation serait socialement correcte : on ne pouvait appeler « madame » une femme dont on n’eût pas été certain qu’elle fût une femme de qualité. Tout cela reste spéculatif ; voyez toutefois l’entrée « beau masque » supra.

Embozo : 1 Parte de la capa, banda u otra cosa con que se cubre el rostro. 2 Prenda de vestir, o parte de ella, con que se cubre el rostro. (DRAE) (1 Partie de la cape, du foulard ou d’autre chose avec laquelle on se couvre le visage. 2 Tout vêtement ou partie de celui-ci avec laquelle on se couvre le visage.)

Rebociño : Diminutif de rebozo (ci-dessous). Mantilla o toca corta usada por las mujeres para rebozarse. (DRAE) (Mantille ou coiffe courte portée par les femmes pour se couvrir le visage.)

Rebozo : Modo de llevar la capa o manto cuando con él se cubre casi todo el rostro. (DRAE) (Manière de porter la cape ou le manteau pour s’en couvrir le visage.) Du verbe Rebozar : Cubrir casi todo el rostro con la capa o manto. (Se couvrir la quasi-totalité du visage avec la cape ou le manteau). Ce terme, pas plus qu’embozo, ne correspond à un objet propre aux seules femmes, contrairement à rebociño ; les hommes pouvaient aussi se couvrir le visage, pour toutes sortes de raisons, comme les Touaregs du Sahara.

Tapada et Tapada de medio ojo : Ces termes désignent les femmes portant le voile intégral, selon deux modalités différentes. La tapada porte le voile intégral montrant les deux yeux, la tapada de medio ojo porte un voile ne montrant qu’un seul œil, le plus souvent en gardant la main sur le voile de façon à en couvrir (rebozar : voir ce mot) tout le visage sauf un œil.

Portugal

Bioco : (Portugal) Mantilha usada por algumas mulheres para afectar austeridade, et que lhes cobria a cabeça e parte do rosto. (J. Almeida Costa e A. Sampaio e Melo, 1975) (Mantille portée par certaines femmes affectant l’austérité, et qui leur couvrait la tête et une partie du visage)

Le Cabinet des curiosités

Ce blogue est au fond un vaste cabinet de curiosités mais, comme je ne m’en étais pas aperçu jusque-là, je n’ai pas pensé à lui donner ce nom. Je le donne au présent lexique de mots rares désignant diverses curiosités, d’époques et de régions variées, pour le plaisir des curieux. Les définitions sont tirées du Grand Larousse du dix-neuvième siècle. Selon un usage constant de ce site, mes observations sont indiquées entre crochets.

s.m. substantif masculin ; s.f. substantif féminin ; adj. adjectif.

Abonde (s.f.) La principale des fées bienfaisantes, qui, suivant nos ancêtres, venaient la nuit dans les maisons et y apportaient toutes sortes de biens.

[Le nom comme l’idée ne sont pas sans rappeler la corne d’abondance.]

Afragar (s.m.) Nom donné au vert-de-gris par les anciens alchimistes. [L’origine arabe de ce mot est peu douteuse, de même que celle d’un grand nombre d’autres termes d’alchimie, tels que] Aabam ou Abartamen (s.m.) Plomb. Abarnahas (s.m.) Magnésie. Ahusal (s.m.) Soufre d’arsenic. Aludel (s.m.) Appareil utilisé dans les expériences de sublimation et se composant de vases de terre vernissée, emboîtés les uns dans les autres et surmontés d’un chapiteau destiné à recevoir le produit de l’opération. Athanor (s.m.) Sorte de fourneau dans lequel le charbon, tombant de lui-même à mesure qu’il se consumait, entretenait très longtemps un feu doux. L’athanor, qui ne servait que dans les longues opérations alchimiques, n’existe plus dans les laboratoires actuels. Avraric ou Azoch (s.m.) Mercure. Azinaban (s.m.) Nom que l’on donnait aux fèces séparées de la pierre philosophale. Bénibel (s.m.) Mercure hermétique. Brumazar (n. propre) Esprit des métaux, en alchimie. Duénech (s.m.) Matière de la pierre philosophale, quand elle est devenue très noire. Duzamé (s.m.) Pierre philosophale.

Alséides ou Alses (s.f.pl.) Mythol. gr. Nymphes des bocages et des sous-bois. // Êtres fantastiques habitant les bois. Anaraïdes (s.f.pl.) Nymphes ou génies des eaux qui, selon les Grecs, se tenaient près des fontaines. Anigrides (s.f.pl.) Nymphes qui habitaient les rives de l’Anigrus ; elles passaient pour guérir les blessures, et surtout les maladies de la peau.

Anansie (s.f.) Nom d’une grosse araignée adorée par les nègres de la Côte d’Or, qui lui attribuent la création de l’homme, et qui la révèrent comme une divinité particulière.

[Le nom est aujourd’hui orthographié Anansi ou Anansé, et il est passé aux Antilles sous la forme Nancy, avec, en anglais, l’expression nancy-story, définie par le dictionnaire Merriam-Webster comme « un conte merveilleux d’Afrique occidentale ou des Antilles ». Par exemple, dans le poème dialectal The Lesson de la poétesse grenadienne Merle Collins, « Is not/ No Nancy-Story/ Nuh/ Is a serious/ joke ».]

Angimacurien (s.m.) Membre d’une secte d’ascétiques indiens ; ils méditent jour et nuit, dans la position la plus incommode, et ne vivent que d’insectes, assaisonnés avec le suc de plantes amères ou fétides.

Anthropométallisme (s.m.) Sorte de magnétisme animal.

Anktériasme (s.m.) Antiq. Nom donné à une sorte d’anneau ou de bandage au moyen duquel, avant l’usage de la castration, on cherchait à conserver aux chanteurs leur voix, aux danseurs et même aux gladiateurs toute leur énergie, en rendant impossible l’énervement amené par certaines jouissances prématurées ; c’est ce que les Latins nommaient infibulatio.

Anthropomancie (s.f.) Divination basée sur l’inspection des entrailles d’un enfant ou d’un homme fraîchement égorgé. L’anthropomancie se pratiquait encore chez les Grecs du temps de la guerre de Troie.

Archimagie (s.f.) Partie de l’alchimie qui enseignait l’art de faire de l’or.

Arétalogue ou Arétologue (s.m.) Antiq. rom. Sorte de bouffon philosophe qui amusait les convives pendant le repas. [Ces bouffons remplissent aujourd’hui leur office à la télévision.]

Asellation (s.f.) Méd. Promenade sur un âne, prescrite comme moyen curatif.

Auropubescent (adj.) Hist. nat. Qui est garni de petits poils d’un jaune doré.

Avoutrie. Féod. (du lat. adulterium) Droit d’avoutrie, Droit en vertu duquel une personne, homme ou femme, convaincue d’adultère, était condamnée à courir toute nue par la ville où le crime avait été commis, ou à payer soixante sols au seigneur. Etat d’une personne adultère. Emplumement (s.m.) Anc. législ. Peine qui consistait à couvrir de plumes le corps ou une partie du corps du condamné, après l’avoir enduit d’une matière gluante. Encycl. L’emplumement paraît avoir été très-commun au moyen âge. Si l’on s’en rapporte aux lettres de rémission de l’année 1479, citées par Du Cange au mot adulterium, ce châtiment bizarre aurait été appliqué principalement aux adultères. [Châtiment plus connu de nous sous la forme pratiquée au Far-West, le tarring and feathering.] Paratilme (s.m). Antiq. gr. Epilation, peine infligée aux adultères, mais dont les riches pouvaient se racheter en payant une amende.

Baf (s.m.) (de l’angl. beef, bœuf) Métis ou jumart qu’on suppose provenir du taureau et de la jument. Le produit également supposé du cheval et de la vache s’appelle bif.

Baghe (s.m.) Anc. cout. Bagage d’un ladre ou lépreux (manteau, chapeau, besace, cliquette).

Barbole (s.f.). Antiq. Sorte de hache d’armes barbelée – c’est-à-dire pourvue de piquants qui s’opposaient au retrait de l’arme de la plaie –, très lourde et très meurtrière.

Buccomancie (s.f.) Art de connaître le passé, le présent et l’avenir d’une personne par l’inspection de l’intérieur de sa bouche. Cette science, créée par M. W. Rogers, est, selon lui, physiognomonique, physiologique et philosophique.

Cacangélique (s.m.) Nom d’une secte luthérienne qui se disait en rapport avec les anges.

Cache-Folie (s.m.) Coiffure adoptée par les femmes sous le Directoire, et qui formait un des éléments du costume de cette époque. Elle consistait en une perruque blonde à cheveux flottants. C’était la coiffure des merveilleuses.

Cacodémon (s.m.) Démonol. Mauvais génie qui, dans les croyances de l’antiquité et du moyen âge, s’attachait à chaque homme et cherchait à l’entraîner au mal.

Callipédie (s.f.) Physiol. Art de procréer de beaux enfants.

Cambion (s.m.) Démonol. Petit démon né du commerce d’un démon incube avec un démon succube. Encycl. Les auteurs qui ont traité de la démonologie, entre autres Delancre et Bodin, croient que les démons incubes peuvent s’unir aux démons succubes, et nomment cambions les enfants nés de ce commerce hideux. Ces enfants sont horribles et repoussants, ils sont plus pesants que les autres, et avalent des quantités énormes de nourriture sans jamais engraisser. Luther, qui prétend en avoir vu, dit qu’ils ne vivent que sept ans, qu’ils sont toujours tristes et moroses, et ne rient que lorsqu’il arrive un sinistre dans la maison qu’ils habitent. Un autre auteur rapporte qu’un mendiant excitait la pitié des passants en tenant un cambion sur ses genoux.

[Il convient de préciser ces explications en soulignant que, si l’on a pu voir des « cambions » au milieu des hommes, ce qui n’a rien d’évident, a priori, pour les rejetons d’êtres démoniaques, c’est qu’ils sont parfois substitués par leurs parents à des bébés enlevés par ces derniers, en conséquence de quoi les parents humains élèvent sans le savoir, du moins au début, un enfant surnaturel, en anglais un changeling, mot de même étymologie : Lat. cambio, changer, échanger. Pour le cambion en poésie, voir mon poème Le Baron Incube, dans le recueil Le Bougainvillier.]

Camois (s.m.) Mot qui servait à désigner les marques imprimées sur la peau par la cotte de mailles, et qu’un bain faisait disparaître : les camois des mailles.

Canabasserie (s.f.) Commerce du chanvre, dans le Lyonnais. Canabou (s.m.) Ancien nom du chanvre.

Caninage (s.m.) Féod. Droit en vertu duquel les tenanciers étaient obligés de nourrir les chiens de chasse du seigneur. // Droit dû au seigneur pour la permission qu’il accordait aux paysans d’avoir des chiens chez eux.

Caninana (s.m.) Erpét. Serpent d’Amérique qui s’attache à l’homme et le suit comme un chien.

[Mes recherches sur plusieurs pages Wikipédia n’ont pu confirmer cette caractéristique du caninana. Soit les hommes ont abandonné depuis longtemps cette sorte de domestication, soit elle n’a jamais existé et l’erreur provient peut-être d’une interprétation fautive du nom de ce serpent par laquelle les lexicographes auraient assigné à cani- le même sens qu’à canin.]

Capade (s.m.) Eunuque noir, chez les Maures. Capou-agassi (s.m.) Chef des eunuques blancs du sérail.

Carquet (s.m.) Place secrète entre le corset et la poitrine : cacher une lettre dans son carquet.

Catabolique (adj.) Se disait d’un démon qui emportait les hommes pour les briser en les jetant avec violence contre terre.

Cataste (s.f.) Antiq. lat. Sorte d’échafaudage sur lequel étaient exposés les esclaves mis en vente. // Instrument de torture, consistant en un lit de fer sur lequel on plaçait le patient, après y avoir allumé du feu.

Cébocéphale (s.m.) Tératol. Genre de monstre dont la tête ressemble à celle d’un singe.

Cédrie (s.f.) Antiq. Nom d’un mélange de bitume et d’une liqueur acide tirée du cèdre, l’un des trois ingrédients dont les Égyptiens se servaient pour embaumer les corps.

Céraunoscope (s.m.) Antiq. Prêtre qui observait les phénomènes de la foudre, pour en tirer des présages.

Cercose (s.f.) (du gr. kerkos, queue) Méd. Allongement du clitoris. Clitorisme (s.m.) Usage contre nature d’un clitoris qui a des dimensions exceptionnelles. // Maladie du clitoris. Tribade (s.f.) (gr. tribas, de tribo, je frotte) Femme dont le clitoris a pris un développement exagéré et qui abuse de son sexe.

Charadrius (s.m.) Antiq. Oiseau merveilleux auquel les magiciens attribuaient la vertu de guérir la jaunisse, rien qu’en regardant le malade. // Oiseau immonde, selon le Deutéronome.

Covin (s.m.) Anc. art milit. Char de guerre armé de faux, en usage chez les Bretons et les Belges. // Antiq. rom. Voiture de voyage à peu près semblable au char de guerre des Bretons.

Crierien (s.m.) Nom donné à des fantômes de naufragés qui sortent la nuit de l’Océan, pour demander la sépulture aux habitants des côtes de la Bretagne et de la Normandie.

Criomyxe (adj.) Pathol. Se dit de ceux dont le mucus nasal est abondant, comme chez le bélier. [L’adjectif s’applique à des personnes mais Larousse évoque le bélier pour rendre compte de l’étymologie : crio-.]

Cutambule (a.) Zool. Qui rampe sous la peau : vers cutambules. Cuticole (a.) Qui vit sous la peau : larves cuticoles.

Cyptonisme (s.m.) Antiq. Supplice qui consistait à placer le patient dans une cage de bois de moindre hauteur que sa taille, et dans laquelle il était obligé de tenir son corps courbé. Miechok (s.m.) (mié-chok) (Mot russe qui signifie littéralement le sac) Espèce de prison, de cachot voûté, dans lequel le prisonnier ne peut se tenir qu’accroupi. On cite des condamnés qui, au bout de deux ou trois ans de miechok, en sont sortis définitivement perclus ; mais le plus grand nombre n’en sortent pas quand la punition se prolonge aussi longtemps.

Dacnade (s.f.) Antiq. Nom donné par les Grecs à un oiseau, aujourd’hui inconnu, que les Egyptiens attachaient à la couronne de leurs convives, afin que ceux-ci, en butte aux coups de bec et aux cris incessants de l’oiseau, se tinssent éveillés pendant tout le repas.

Dam-Kane-Oualla (s.m.) Nom donné à certains pénitents ou fakirs indiens. Encycl. Les dam-kane-ouallas passent leur temps à compter leurs inspirations, cherchant à en réduire le nombre de plus en plus, jusqu’à ce qu’enfin la nature s’y refuse. Les Indous croient qu’ils trouvent ainsi le moyen de prolonger leur vie bien au-delà de son terme ordinaire. Ces misérables fanatiques s’habituent à une abstinence telle qu’une poignée de graines de maïs rôti leur suffit pour une journée. Ils finissent ainsi par rendre leur constitution presque semblable à celle des animaux à sang froid ; les transitions les plus brusques en température n’occasionnent jamais chez eux de congestion sur aucun organe. Ainsi que cela a lieu chez les reptiles, le froid ne fait que les engourdir et le soleil les ranime.

Daturea (s.m.) (da-tu-ré-a) Nom donné à des empoisonneurs indiens. Encycl. Les datureas ont emprunté leur nom à la substance vénéneuse qu’ils emploient le plus généralement pour l’exécution de leurs crimes. Ils sont répandus par centaines dans les trois présidences de l’Inde anglaise, Madras, Bombay et Calcutta. (…) Aucune organisation secrète ne relie entre elles ces bandes de malfaiteurs, composées chacune d’un petit nombre d’individus ; aussi les mesures préventives prises contre les datureas par le gouvernement anglais de l’Inde n’ont-elles pas eu le même succès que celles qu’on a prises contre les thugs.

Djala-Praleyam (s.m.) Déluge indou. L’ère indoue actuelle ou caly-yougam date du commencement de ce djala-praleyam.

Djefr-Kitabi (s.m.) Hist. ottom. Livre écrit en caractères magiques, qui contient les destinées des sultans ottomans et des souverains d’Égypte, et que l’on conserve soigneusement au sérail.

Drac (s.m.) Superst. Sorte de farfadet, de génie des eaux (en Provence).

Draconite (s.f.) Pierre de forme singulière, que Pline et quelques naturalistes anciens ont prétendu se trouver dans la tête du dragon.

Driff (s.f.) Pierre fabuleuse, composée de mousse formée sur des têtes de mort, de sel marin, de vitriol cuivreux empâté avec de la colle de poisson, ayant la propriété d’attirer le venin des plaies et de guérir toutes sortes de maladies, quand on la touchait seulement du bout de la langue. On l’appelait aussi pierre de Buttler et periapton salutis magneticum. Dris ou Driss (s.m.) Nom donné à un médicament analogue à la pierre de Buttler, par Van Helmont, qui lui attribuait la merveilleuse propriété de combattre et de guérir les maladies par une influence surnaturelle.

Drolle (s.m.) Démon familier qui prend soin de panser les chevaux et obéit à quiconque l’évoque et lui commande, d’après les démonologues.

Drude (s.f.) Mythol. germ. Être féminin qui tient à la fois de la nature des dieux et de celle des hommes ; on dit aussi drute. Encycl. Lorsque le christianisme eut été introduit en Allemagne, les croyances populaires en firent des êtres malfaisants, ayant des pattes d’oie ou de cygne. Pour conjurer leurs maléfices on place dans les maisons une pierre ramassée dans un ruisseau et arrondie par les eaux, percée en son milieu de manière naturelle. Cette pierre également toute-puissante contre les elfes est appelée Drudenfuß ou Elfenfuß.

[On aurait, dans les drudes, l’origine des reines pédauques, c’est-à-dire aux pattes d’oie, sculptées sur certains portails d’église. Ce trait, le pied d’oie, était également associé aux lépreux ainsi qu’à la race maudite (race paria) des cagots du sud de la France, dans les croyances populaires.]

Fantine (s.f.) Superst. Fée vaudoise, bonne et douce.

Furrole (s.f.) Météorol. Nom donné par les marins de la Manche et de la Bretagne aux exhalaisons enflammées qui sortent parfois de la terre ou se montrent à la surface de la mer.

Gabbare (s.m.) (lat. gabbarus, même sens) Momie égyptienne embaumée par les chrétiens du pays, aux premiers siècles de l’Eglise.

Galéanthropie (s.f.) Méd. Folie dans laquelle le malade se croit transformé en chat. [Le phénomène n’a pas connu le même succès que la lycanthropie, pas plus que la bousanthropie, ou transformation en bœuf — malgré Le Bousanthrope de Meulière — ni que la cynanthropie, ou transformation en chien.]

Galgal (s.m.) Archéol. Tumulus celtique composé de terre et de cailloux, et renfermant une crypte.

Garou (s.m.) Sorcier. N’est plus guère usité que dans loup-garou.

Gennade (s.f.) Jurisp. anc. Femme qui avait épousé un homme d’une condition inférieure à la sienne. [Cf. aussi, en ancien français, le mot angerin, qui désigne un « homme de basse extraction qui épouse une Damoiselle » (Glossaire de la langue romane)] Tchandala (s.m.) Nom qui s’applique spécialement, dans l’Inde, au soudra né d’un père soudra et d’une femme brahmane. (…) Il leur est ordonné de vivre hors de la ville, de prendre leur nourriture dans des vases brisés, de porter les habits des morts, de n’avoir d’autre propriété que les ânes et les chiens. Ils sont exclus de tout rapport avec les autres classes. Ils ne peuvent être employés que comme exécuteurs publics, ou emportent les cadavres de ceux qui meurent sans parents.

[Le terme se retrouve dans la philosophie de Nietzsche ; c’est cette dernière qui a inspiré à Strindberg sa nouvelle Tschandala.]

Gilgul-Hammetin ou Ghilgul-Hammetin (s.m.) Théol. Sorte de déplacement que devront subir les corps des juifs à l’arrivée du Messie, d’après certains rabbins, pour venir ressusciter en terre sainte.

Gnomide (s.f.) Femelle, femme du gnome. Elfine (s.f) Femme elfe.

Goguelin (s.m.) Esprit familier que les matelots disent fréquenter habituellement la cale et l’entre-pont.

Goor-Knat (s.m.) Nœud sacré, symbole d’initiation et signe de reconnaissance des thugs ou étrangleurs de l’Inde. Encycl. Chez les thugs, le goor-knat est un nœud d’une espèce particulière, que le turka, personnage le plus élevé dans la hiérarchie de ces misérables bandits, fait à l’un des coins du foulard qui doit servir à étrangler les victimes. Ordinairement, ce nœud enveloppe une pièce de monnaie. Quand un cheyla ou disciple aspire à passer étrangleur, il présente son foulard au turka, qui le lui rend après avoir fait le goor-knat. En recevant le foulard des mains du turka, le cheyla porte respectueusement à son front le goor-knat, qu’il ne pourra dénouer qu’après s’être tiré à son honneur d’une première expédition, c’est-à-dire après avoir étranglé un ou plusieurs malheureux voyageurs.

Gynécomaste (s.m.) Méd. Homme dont les mamelles sont très volumineuses.

Hagyrkur, c’est-à-dire Celui qui versifie facilement, Celui qui récite des vers, un des surnoms d’Odin dans la mythologie scandinave. Odin, en effet, parle toujours en vers, et est encore appelé pour cela Liodra Smidr, le forgeur de chants.

Hedjera (s.f.) Femme eunuque de l’Inde. Encycl. Se défiant sans doute des eunuques mâles, chez qui l’on trouve encore quelques restes de passion, les Indous ont poussé la jalousie jusqu’à préposer des femmes également mutilées à la garde du zinanah ou zénanah. On ne voit pas, du reste, que cet usage soit sorti de l’Indoustan. L’opération que l’on fait subir à ces femmes consiste probablement dans l’écrasement ou l’ablation des ovaires. Un voyageur raconte qu’un vieux brahme d’Indore lui avait assuré qu’on produisait l’atrophie des ovaires en les piquant avec des aiguilles insérées au préalable dans le fruit encore vert de l’arbre appelé bhelpoul. Ces hedjeras sont grandes, robustes, bien musclées et jouissent d’une bonne santé. Leur voix mâle, leur haute stature, leurs mouvements brusques, accompagnés de gestes expressifs, les font prendre, au premier abord, pour des hommes déguisés en femmes. Elles n’ont point de gorge ni de mamelon ; tout l’appareil génital est atrophié ; les poils manquent complètement, et les hanches sont aussi peu développées que chez l’homme ; enfin les hedjeras n’ont pas de flux menstruel. Beaucoup de ces femmes parcourent les villes et les villages, prédisant les jours fastes et néfastes, et pratiquant la circoncision chez les enfants.

Hircisme (s.m.) Odeur fétide qui s’exhale des aisselles de certaines personnes et qui rappelle l’odeur du bouc.

Jwidie (s.f.) Mythol. scand. Nom donné à des nymphes des bois qui prédisaient l’avenir.

Kaller (s.m.) Membre d’une caste de l’Inde, uniquement composée de voleurs.

Kos (s.m.) Anthropol. Nom donné à des Nogaïs [peuple mongoloïde de langue turque habitant principalement le Daguestan] du sexe masculin, qui deviennent semblables à de vieilles femmes. Encycl. (…) Lorsque les maladies les énervent ou que l’âge produit cet effet, leur peau se ride sur tout le corps. Le peu de poils qu’ils avaient à leur barbe tombe, et le malade prend tout l’air d’une femme ; il devient impuissant, et ses actions et ses sensations n’ont plus rien de masculin. Dans cet état, il est obligé de fuir la société des hommes ; il reste avec les femmes, s’habille en femme (…) Il est impossible de ne pas voir dans les kos des Tartares et des Turcs les énarées d’Hérodote et d’Hippocrate.

Kouli (s.m.) Membre d’une caste de brahmes de l’Inde. Encycl. Les koulis sont de véritables étalons humains pur sang, chargés spécialement d’ennoblir les familles. Ils peuvent, par une loi d’exception, consacrée par la religion et la crédulité publique, cohabiter, sans déroger, avec des filles vierges de castes inférieures. Ils courent donc les villes et les campagnes ; les parents de la jeune fille qui doit être favorisée des embrassements de cet époux de passage doivent faire au kouli un cadeau en argent ou en étoffes, d’après leur fortune ; ils lui lavent les pieds et boivent ensuite l’eau qui a servi à cette opération. Les mets les plus délicats lui sont offerts ; après quoi, il est amené vers la couche nuptiale où repose la vierge, couronnée de fleurs comme une victime que l’on conduirait au sacrifice. Du moment qu’elle a reçu les embrassements de ce demi-dieu, elle doit se confiner chez elle, n’avoir de rapports avec aucun autre homme et se considérer comme veuve ; s’il vient d’elle un enfant, il sera brahme.

Kyestéine (s.f.) Méd. Pellicule qui se forme sur l’urine des femmes enceintes, lorsqu’on la conserve pendant plusieurs jours.

[« Découverte » par le fameux Savonarole, elle servit aux « mireurs d’urine » à diagnostiquer la grossesse. Alors que les traités de médecine continuent de la mentionner vers le milieu du 19e siècle, et peut-être au-delà, le mot a complètement disparu du vocabulaire médical entre-temps…]

Langelotte (s.f.) Machine avec laquelle on triturait l’or qui entrait dans de certains médicaments.

Léechie (s.m.) (lé-chi) Nom donné en Russie au lutin des bois, esprit qui se plaît à jouer de mauvais tours.

Limoniade (s.f.) Mythol. gr. Nymphe des prairies.

Limousineux (s.m.) (rad. Limousin) Celui qui vole du plomb sur les toits.

Linga-Basswy (s.f.) Prêtresse de Siva. Enclyc. Les linga-basswys ou femmes du lingam sont des prêtresses indoues de la secte de Siva.

Liosalfar (les), génies ou alfes lumineux de la mythologie scandinave, opposés aux myrkalfar, génies ou alfes des ténèbres.

Mahouli (s.m.) Fakir eunuque de la secte de Krishna. Encycl. Les mahoulis font vœu de chasteté et se soumettent à l’opération d’une castration complète ; ils ont une voix féminine et sont imberbes ; mais leur mutilation ne les empêche pas d’ailleurs de devenir gras et grands et de jouir d’une bonne santé. Ils sont l’objet de la vénération publique des Indous, et n’ont d’autre profession que celle de promener leur hideuse et volontaire mutilation de village en village, où les habitants se disputent l’honneur de fournir à tous leurs besoins.

Métempsyque (s.m.) Hist. rel. Sectaire juif ou chrétien qui admettait la métempsychose.

Millegroux (s.m.) Espèce de loup-garou.

Myomancie (s.f.) Espèce de divination fondée sur le cri des souris, ou sur leur manière de manger.

Naïr, Naïre ou Naïram (s.m.) Nom donné aux membres d’une caste indoue. Encycl. C’est une caste noble et guerrière par excellence ; elle se prétend la plus ancienne du monde et conserve des traditions qui remontent au-delà du déluge. Le fait le plus saillant de leurs coutumes, fait unique au reste dans l’histoire de l’univers, c’est la polyandrie érigée en loi civile et religieuse. Toute femme naïre se doit d’avoir quatre maris, et celle qui essayerait de se soustraire à cette obligation serait vouée à tous les châtiments imaginables, en ce monde et dans l’autre. (…) Les femmes habitent des maisons isolées, munies d’autant de portes qu’elles ont de maris ; mais elles y demeurent seules, avec leurs enfants. Lorsqu’un de ses maris vient rendre visite à une femme naïre, il fait le tour de la maison et, arrivé devant la porte qui lui est réservée, il frappe de son sabre sur son bouclier. Lorsqu’on lui a ouvert, il laisse sous une espèce d’auvent un domestique qui garde ses armes, ce qui sert d’avertissement pour les autres maris, si quelqu’un d’entre eux venait en ce moment. Tous les huit jours, la maîtresse de la maison fait ouvrir les quatre portes, et reçoit tous ses maris, qui dînent ensemble chez elle et lui font la cour. (…) Le nom de père est inconnu à un enfant naïr ; il parle des maris de sa mère, de ses oncles, de ses frères, et jamais de son père. Et, de fait, nul ne sait de qui il est le fils. Les rois de Malabar choisissaient autrefois leurs gardes dans la caste des naïrs, caste essentiellement guerrière, et il est probable que cette bizarre polyandrie, qui laisse l’homme sans affection, sans héritier direct, sans famille, fut imaginée pour entretenir chez eux les vertus du soldat.

Nécyomancie (s.f.) Syn. de Nécromancie. // Art de deviner l’avenir par l’examen des os et des nerfs des morts, et par celui des cordes qui avaient servi au supplice des condamnés à mort.

Nyctographe (s.m.) Appareil à l’aide duquel on peut écrire de nuit, sans lumière, et, en général, sans voir les traits que l’on forme.

Nympholepsie (s.f.) Antiq. Sorte de délire dans lequel tombait, disait-on, tout homme qui avait vu une nymphe. // Mélancolie qui portait à rechercher la solitude des forêts. Nympholepte (s.m.) Qui est attaqué de nympholepsie. // Qui est allé recevoir l’inspiration des nymphes sphragitides [?].

[Le terme est d’usage plus courant en langue anglaise (nympholepsy), où il possède en effet un sens dérivé général, défini par l’American Heritage Dictionary comme “an emotional frenzy“. Le Collins English Dictionary indique un usage spécialisé en psychiatrie : “(Psychiatry) a state of violent emotion, esp when associated with a desire for something one cannot have“.]

Omphalomancie (s.f.) Art prétendu de reconnaître le nombre d’enfants que doit avoir une femme, en examinant le nombre de nœuds que présente le cordon ombilical de son premier-né.

Onochœritis (s.m.) Antiq. Monstre moitié âne et moitié cochon, que les païens considéraient comme le dieu des chrétiens. Ononychite (s.m.) Divinité aux pieds d’âne, que les païens croyaient être l’objet du culte des juifs et des chrétiens. Onocentaure (s.m.) Myth. gr. Monstre moitié homme et moitié âne, regardé comme un génie malfaisant par les anciens. // Ancien nom du gibbon. Onoscèle (s.f.) Myth. gr. Sorcière ayant un ou plusieurs pieds d’âne.

Orgiophante (s.m.) Antiq. gr. Grand prêtre qui présidait aux orgies et qui initiait aux mystères de Bacchus.

Panisque (s.m.) (rad. Pan) Mythol. Nom donné à des dieux champêtres qu’on croyait tout au plus de la taille des pygmées. Dwergar (s.m.) Mythol. scand. Demi-dieu pygmée dont la voix est l’écho des forêts. Duses (s.m.pl.) Mythol. celt. Génies malfaisants, analogues aux satyres et aux faunes, et auxquels les Gaulois rendaient un culte. Encycl. Un deuz, au Finistère, est un lutin (…) Dews, chez les Persans, désigne les génies malfaisants. (…) Les duses sont qualifiés de pilosi par Isidore de Séville, ressemblant de beaucoup aux satyres, dont ils avaient d’ailleurs la lubricité.

Pasmasnana (s.m.) Pratique religieuse en usage dans l’Inde, et qui consiste à se frotter le front avec de la cendre de bouse de vache. Encycl. On sait que, dans l’Inde, tout ce qui procède du corps de la vache a le privilège d’effacer les souillures. L’urine de la vache, et sa fiente, particulièrement, ont des vertus merveilleuses pour chasser les impuretés les plus abominables. Il n’est pas de crime, si noir soit-il, dont on ne se déterge la conscience en avalant quelques gouttes de l’immonde mixtion appelée pantcha-garia et composée des cinq substances suivantes : le lait, le caillé, le beurre liquide, l’urine et la fiente de vache.

Pégasides (s.f.pl.) Mythol. gr. Nom donné aux Muses, qui, comme Pégase, habitaient l’Hélicon et se servaient de ce cheval pour monture.

Phanségar (s.m.) Nom par lequel on désigne les membres d’une secte d’assassins dans les Indes : les thugs et les phanségars.

[De l’ourdou پهانسی گر, phansigar, étrangleur. Le poète Georges Fourest a utilisé le mot, dans l’alexandrin J’exterminai les phanségars de Bénarès.]

Pogoniase (s.f.) Physiol. Développement de la barbe chez la femme.

Quandros (s.m.) Pierre précieuse que l’on disait exister dans le cerveau du vautour, et à laquelle on attribuait la vertu d’augmenter la sécrétion du lait.

[C’est un bézoard, c’est-à-dire une pierre d’origine organique. Les bézoards réputés magiques existaient sous de nombreuses variétés : agropile, batrachite, crapaudine, kenne… La draconite citée plus haut a la particularité, non seulement d’être un bézoard magique, mais de provenir en outre d’un animal légendaire.]

Quirime (s.f.) (pron. kui-ri-me) Pierre à laquelle on prêtait autrefois des propriétés merveilleuses, notamment celle de faire dire sa pensée à un homme.

Rudbeckianisme (s.m.) Système ethnographique qui fait marcher du nord au sud toutes les migrations des peuples.

[D’après le savant suédois Olaus Rudbeck (1630-1702), qui affirme dans son ouvrage Atland eller Manheim (L’Atlantide ou le Berceau de l’humanité) (1675-1698) que l’Atlantide n’est autre que la Suède et que c’est le berceau de la civilisation des peuples anciens.]

Samozonki (s.f.) Amazone de la mythologie slave.

Sibylliste (s.m.) Hist. relig. Nom donné aux chrétiens qui prétendaient trouver dans les livres sibyllins des prédictions relatives à Jésus-Christ (IIe siècle).

Sindonite (s.m.) Hist. relig. Nom donné à certains religieux qui portent pour tout vêtement un linceul. Sindon (s.m.) (lat. sindo, gr. sindon, qu’on fait venir de sindos, indos, indien) Linceul dans lequel Jésus fut enseveli.

Skoptzi (s.m.) Nom donné à des fanatiques russes qui se donnent pour mission la destruction de la race humaine. Encycl. La base des croyances de la secte, c’est que l’homme est foncièrement mauvais, qu’il est l’ennemi de Dieu et qu’il faut détruire sa race, en l’empêchant de se reproduire. (…) Pour arriver à leur fin, les skoptzi font vœu de virginité perpétuelle et, pour être sûrs de garder leur vœu, se soumettent à la castration. (…) Des femmes aussi se font affilier et subissent l’ablation des ovaires.

Sottais (s.m.) Nom donné à des nains qui, d’après une croyance répandue dans les districts houillers de la Belgique, travaillent dans les mines en l’absence des ouvriers.

Spermatopé (adj.) Méd. Se dit des aliments qui passent pour augmenter la sécrétion du sperme.

Sylphirie (s.f.) Pays des sylphes et des sylphides.

Tapassa (s.m.) Pénitence que s’imposent les dévots indous. Encycl. (…) Une des principales et des plus indécentes de ces absurdités pratiques consiste à se suspendre aux organes de la génération un poids de plus en plus lourd, afin d’atrophier les muscles de cette partie du corps et éteindre jusque dans sa source toute velléité d’appétit sensuel. [Sanskrit तपस्या, tapasya, pénitence]

Thérarque (s.m.) Antiq. Celui qui commandait les soldats portés sur des éléphants. Zoarque (s.m.) Chef d’une troupe montée sur des éléphants.

Toxicophage (adj.) Qui mêle des poisons à sa nourriture : Peuple toxicophage. Encycl. Dans quelques contrées de la basse Autriche et de la Styrie, surtout dans les montagnes qui les séparent de la Hongrie, certaines parties de la population ont reçu le nom de toxicophages, à cause de l’habitude qu’elles ont, de temps immémorial, de manger de l’arsenic. Les paysans l’achètent, sous le nom de hédri, aux herboristes ambulants ou à des colporteurs. Les toxicophages ou mangeurs d’arsenic ont, dans cette dangereuse pratique, un double but, se donner un air de santé, une grande fraîcheur de teint et se procurer un certain degré d’embonpoint. (…) L’avantage sérieux que les montagnards retirent de l’emploi de l’arsenic, c’est de leur faciliter la respiration pendant la marche ascendante ; ils prennent un petit morceau d’arsenic qu’ils laissent fondre lentement dans la bouche. L’effet en est surprenant ; ils escaladent alors aisément des hauteurs qu’ils ne sauraient gravir qu’avec la plus grande peine sans le secours de l’arsenic.

[À comparer avec l’usage de la coca par les populations des Andes, en Amérique. Mes Americanismos contiennent plusieurs termes qui renvoient spécialement à cet usage. v. Llicta.]

Tribon (s.m.) Antiq. gr. Manteau grossier à l’usage des pauvres gens et des philosophes. // Casaque courte des Spartiates.

Trolde ou Troller, dans la mythologie scandinave, la même race de géants que les Thurses ou Thusses, ennemis des Ases. Lorsque le christianisme se fut répandu, on désigna sous ce nom des diablotins qui prennent la figure humaine. Historiquement, on a donné ce nom aux peuplades qu’Odin et ses compagnons dépossédèrent de leur territoire et firent reculer vers les régions polaires. [Le lecteur aura reconnu les trolls.]

Typtologie (s.m.) Mot employé par les partisans du spiritisme, pour désigner la communication des esprits au moyen de coups frappés.

[C’est un point important dans la doctrine de Swedenborg, qui a en particulier fortement marqué Strindberg, lequel, notamment dans Inferno, a écrit sur des phénomènes de cette nature. Sur Strindberg et le swedenborgisme, voir Strindberg : Un livre bleu. Voir aussi les caractéristiques du poltergeist ou esprit-frappeur.]