Category: Littérature

Journal onirique 15

Période : Novembre 2020.

Tournesols, par Cécile Cayla Boucharel

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Dans une ville d’Allemagne ayant conservé des quartiers anciens, je marche dans une rue aux pavés disjoints d’où montent depuis les sous-sols, entre les fissures, d’épaisses vapeurs, les miasmes de fermentation des égouts. Je suis rappelé par là-même à l’évidence que même nos villes moyenâgeuses possèdent des souterrains ultramodernes pour charrier les eaux usées, et cela me conduit à la pensée que la surface construite de la planète repose non pas sur la terre ferme mais sur un immense « vide sanitaire », comme une cyclopéenne construction sur pilotis.

Nous ne touchons pas le sol naturel ; notre sol artificiel est construit sur le vide parce que nous avons besoin de laisser entre notre monde et la terre un espace où tombent nos excréments. Or nous n’avons pas élevé cette contrée stygienne sur la surface mais nous avons creusé cette dernière. Cette couche intermédiaire est un rapprochement de notre civilisation du noyau de la terre, notre civilisation qui de cette manière a réduit l’écorce terrestre, en a rongé sur une grande partie une fine pellicule, sans s’être demandé si les propriétés de cette pellicule externe n’étaient justement pas ce qui protégeait le mieux la surface de l’incandescence du noyau, et si, comme l’effilochement de la couche d’ozone, la rognure de l’écorce ne devait pas elle aussi dérégler le climat.

De retour chez moi, je trouve un cahier de cours de mes années de lycéen, dans lequel j’avais glissé des pages publicitaires tirées de magazines de l’époque. Je détecte immédiatement dans ces publicités les sex embeds qui s’y trouvent et je comprends donc que j’avais déjà conduit, ce dont je ne me souvenais pas du tout, des recherches sur la publicité subliminale (bien avant mes publications sur ce blog avec The Subliminals Series – voyez la table des matières – commencée en 2015). Je fais la supposition que c’est ma lecture de Marshall McLuhan qui me conduisit à l’époque à ces recherches puisque McLuhan préfaça l’œuvre pionnière de Wilson Bryan Key, Subliminal Seduction, en 1976, dont la lecture dans les années 2010 déclencha mes propres investigations. Puisque McLuhan avait préfacé Key, il devait avoir également parlé des sex embeds dans son Understanding Media, il devait en avoir dit un mot, même un seul petit mot, qui suffit à déterminer chez moi l’envie de conduire des recherches personnelles à l’époque. D’où les publicités dans mon cahier de lycéen.

En examinant ces publicités anciennes, je constate la relative grossièreté des techniques subliminales de l’époque. Les embeds ne sont pas difficiles à percevoir de manière consciente, on pourrait presque dire qu’ils sont à peine subliminaux, et les montrant à plusieurs connaissances je n’ai aucune peine à leur faire admettre leur présence.

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Le gode africain de Mme B.

Selon la jurisprudence du Conseil d’État, Mme B. était tout à fait fondée à faire l’acquisition en sa qualité de représentante officielle de la France d’un godemichet sur un marché traditionnel africain pour son usage personnel.

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En Thaïlande, un individu louche de nationalité française, après avoir dérobé un objet sacré de métal alchimique précieux, souhaite le revendre et me demande de l’accompagner à son rendez-vous avec un parrain de la pègre locale. Je le retrouve dans un bureau, en compagnie du parrain. Ce dernier nous dit que nous somme dans des locaux appartenant à un monastère bouddhiste et qu’un bonze doit nous rejoindre pour estimer le prix de l’objet. J’ai un très mauvais pressentiment.

Un vieux bonze ou, pour parler comme Voltaire, un talapoin (c’est ainsi qu’on appelait en France les bonzes du Siam) entre et va parler avec le voleur à l’écart dans une autre partie de la pièce. L’objet volé se trouve dans un sac en toile de la taille d’une boîte de thé. Au bout d’un moment, le mafieux et moi nous rendons compte que nous sommes seuls. Le talapoin a dû s’éclipser par une porte dérobée après avoir vengé le vol d’un objet sacré : il a transformé le voleur en objet sacré de métal alchimique, une baguette de couleur bleu-noir avec des reflets roses que nous trouvons à côté du sac en toile contenant l’objet volé.

Pour rendre son apparence au Français, j’ouvre une malle contenant des livres appartenant au monastère et demande au mafieux thaïlandais de rechercher avec moi dans les livres l’incantation qui pourrait s’avérer efficace. J’interromps au bout de quelques instants ma recherche car je suis tombé sur un grimoire exposant une doctrine bouddhiste occulte qui semble de première importance pour mieux comprendre l’histoire des religions. Il est dit dans ce livre que la transmigration passe par des vies d’épreuve et des vies de récompense, ou des mondes d’épreuve et des mondes de récompense. Le monde d’épreuve le plus redoutable est l’Enfer. Chacun de ces mondes appelle des voies de mérite différentes.

L’une de ces vies se passe dans le cœur du poisson mythologique de l’océan primordial, où les âmes vivent dans une extase mélodique. Je crois comprendre qu’il s’agit de l’un des mondes de récompense parmi les plus élevés mais il est représenté sur un dessin du grimoire au niveau inférieur des mondes d’épreuve, comme l’Enfer. Quelque chose m’échappe donc du fait de mon imparfaite compréhension de la langue. Dans cette vie-là, les âmes sont parfois tirées de leur extase pour être exposées au milieu extérieur : c’est quand le poisson pleure, et les âmes sortent du cœur par les larmes du poisson.

J’ai la vision d’un tel phénomène. Au son de sirènes d’alarme, les âmes rampent en procession le long d’un escalier de pierre depuis les profondeurs du cœur jusqu’au monde extérieur. Ce sont de maigres créatures livides aux muscles atrophiés – c’est pour cette raison qu’elles rampent – et aveugles.

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Je suis l’unique serviteur d’une vieille femme cruelle vivant seule dans une grande maison, où elle me tient confiné. Un soir qu’elle doit sortir, elle m’attache aux barreaux d’une grille servant de séparation dans le couloir de l’étage. Je reste ainsi, dans l’obscurité, le temps qu’elle est dehors ; debout, car je suis attaché par les mains à hauteur de la poitrine.

Quand la vieille rentre, au petit matin, je l’entends, après qu’elle a refermé la porte derrière elle, crier à mon attention depuis le rez-de-chaussée qu’elle va me tuer. Il ne fait aucun doute que telle est bien son intention, en raison de quelque contrariété qu’elle a reçue au cours de sa soirée. L’instinct de survie décuple alors mes forces et je parviens à me détacher de la grille et à sortir de la maison, le temps qu’elle cherche une arme pour m’assassiner.

Dehors, dans le petit jour, je vois devant moi s’ouvrir une longue rue pavillonnaire au bout de laquelle je suis certain de ne pouvoir arriver avant que la vieille, ayant découvert ma fuite, ne sorte sur le pas de sa porte et me voie courir, ce qui lui permettra de se lancer à ma poursuite (car ce doit être une sorcière aux pouvoirs surhumains). Mais je crois de nouveau mon salut possible en voyant sur la droite de cette longue avenue une rue bien plus petite dont je pourrai peut-être atteindre l’extrémité pour bifurquer et continuer de fuir en étant cette fois caché par les maisons, donc invisible à la sorcière depuis son pas de porte.

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Dans les galeries extérieures couvertes de Montparnasse, qui sont dans ce rêve un lieu de rendez-vous de la jeunesse désœuvrée, je trouve V. qui se lamente bruyamment que B., qui lui avait promis de le présenter à un célèbre bédéaste, à présent invoque une excuse – le fait que le bédéaste soit en tournée – pour reporter la rencontre sine die. V. souhaite rencontrer le bédéaste pour lui montrer une bande dessinée dont il est l’auteur et qu’il souhaite publier. Comme je ne savais pas que V. dessinait, je lui demande s’il peut me montrer son œuvre. Il sort alors de son sac à dos un chevalet avec de grandes feuilles. Chaque feuille est une planche à elle toute seule ; elles ne me paraissent pas mal dessinées et l’histoire n’est pas non plus sans intérêt, au sujet d’un personnage barbapapesque qualifié de l’amusante épithète de « ramoniaque », un jeu de mots sur « démoniaque » que je trouve bien senti.

Cependant, de ces planches à une véritable bande dessinée, l’écart reste assez grand et je continue donc de douter des capacités de V. à se faire une place dans le monde de la bande dessinée professionnelle. D’autres jeunes qui passent et voient les planches s’adressent d’ailleurs entre eux des remarques sarcastiques, mais c’est plus parce qu’ils sont étonnés que l’un d’entre eux, l’un d’entre nous, fasse quelque chose plutôt que rien. Je finis par dire à V. que ce ne n’est pas une bédé qu’il me montre car il manque les cases. « Où sont les cases ? »

Sur ce, je remarque qu’un jeune est en train de fouiller dans mon sac à dos posé sur un muret. Il ne renonce pas quand je cherche à lui retirer mon sac des mains. Une lutte s’engage entre nous, moi cherchant à lui arracher le sac, lui continuant à ouvrir les poches et à fouiller. Il me reproche de ne pas vouloir lui prêter un stylo, de feindre de n’en pas avoir. Quand je parviens à lui faire lâcher le sac, je lui dis, menaçant : « Ne t’avise pas de t’approcher une nouvelle fois. »

Je reprends mes déambulations sous les galeries avec V. et d’autres, et j’aperçois le même jeune que tout à l’heure, lui-même déambulant avec d’autres garçons, qui m’observe depuis son groupe. Je remarque alors son apparence fascinante, notamment la mèche de ses cheveux noirs qu’il rabat d’un geste séduisant, sa beauté féminine, qui me rappelle, quand de loin il me sourit, mon amour d’adolescent, la belle A.

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Avec quelques autres nous enquêtons nous-mêmes, sans faire appel à la police, sur un crime. Nous nous retrouvons dans un long couloir sombre de bureaux, le lieu du crime, où nous étions déjà quand le crime a été commis, sans qu’aucun de nous ne se fût alors aperçu de quoi que ce soit. Nous cherchons des indices.

Sur la droite, le couloir est flanqué de bureaux. La porte de certains bureaux est ouverte, par où le couloir reçoit un peu de lumière, les fenêtres donnant sur la berge arbustée d’une rivière. Nous sommes au rez-de-chaussée.

À un moment, je suis dépassé par une personne qui n’appartient pas à notre groupe. Je reconnais de dos mon grand-père Jean-Simon, décédé il y a plusieurs années, portant son cache-poussière beige. Je l’appelle : « Grand-père ! » mais il disparaît sans se retourner par une porte sur la gauche. Les autres ont vu cette apparition comme moi.

C’est alors que B., devant la porte ouverte d’un bureau, se rappelle soudain, en un flash, avoir vu le soir du crime la silhouette d’une personne inconnue dehors, guettant l’intérieur du bureau comme quelqu’un qui voudrait entrer. Comme elle jetait un second coup d’œil vers la fenêtre, la silhouette n’y était plus. Elle avait donc cru à une illusion due à la fatigue et ce souvenir lui était entièrement sorti de l’esprit jusqu’à ce moment. Nous comprenons qu’elle a vu l’assassin. Elle ne peut cependant pas le décrire, ne se rappelant qu’une silhouette.

Nous sortons pour chercher des indices dehors. Avant que nous procédions à ces recherches, je déclare que, la remémoration de B. étant survenue au moment où nous venions de voir l’apparition de mon grand-père, il s’agit sûrement d’un phénomène paranormal, et que les choses deviennent donc particulièrement intéressantes puisque nous sommes en train de mener la première enquête au monde avec des moyens paranormaux.

Le rêve comporte en outre un élément érotique car, bien que j’adresse ces paroles à l’ensemble du groupe, je me tiens face à B., qui frotte son entrejambes contre le mien tandis que je parle.

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Je sors de l’université, un bel ensemble architectural rappelant Harvard plutôt que la laideur bureaucratique d’une université française. Comme je suis étudiant, je possède un badge qui me permet d’ouvrir et fermer par contact la grille séparant les jardins intérieurs de la voie de sortie. Je passe machinalement mon badge sur la cellule photoélectrique, refermant ainsi la grille derrière mon passage alors qu’elle reste en principe toujours ouverte à cette heure du jour. Je me fais la réflexion que le prochain à passer devra rouvrir la grille, ce qu’il ne s’attendait sûrement pas à faire, et que cela pourrait donc le retarder, voire l’empêcher de passer s’il n’a pas son badge avec lui. Mais je ne retourne pas sur mes pas pour rouvrir la grille.

Je vois que le prochain passant est un livreur de repas qui s’engage dans la voie et se dirige vers la grille. Il devra donc appeler quelqu’un puisque la grille est fermée. Alors que nous marchons ainsi l’un vers l’autre, puisque je sors alors qu’il entre, il me semble le reconnaître. Je le dévisage mais ma myopie ne me permet pas de le bien distinguer avant que nous soyons près l’un de l’autre, et je reconnais alors Q., un ancien camarade de lycée, qui fait donc maintenant le livreur tandis que je suis étudiant à l’université. Je lui lance : « Ah, salut, Q. ! » mais il passe sans me répondre, avec sur les traits du visage l’expression qui l’a toujours caractérisé depuis que je le connais quand il éprouve de la honte.

Bien que je comprenne son embarras d’être surpris faisant le livreur, donc de me rendre témoin de son ratage, je n’en éprouve pas moins une certaine blessure d’amour-propre pour ce « vent » à l’occasion de mon amicale salutation. Je me dis, pour y passer du baume, qu’il a dû me saluer le premier, d’un geste que je n’ai pas vu du fait de ma myopie. Nous nous sommes donc salués dans les règles, même s’il n’a pas voulu s’arrêter pour discuter quelques instants à cause de la distance sociale existant à présent entre nous.

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Encore un rêve où je suis à la fois spectateur et personnage, passant de l’un à l’autre, sans d’ailleurs me souvenir si c’est de spectateur à personnage ou de personnage à spectateur, mais cette fois le personnage est une femme : la bassiste et chanteuse d’un groupe de musique entièrement féminin, en concert.

La musique est d’une grande beauté, le genre de musique dont je rêve parfois et que je voudrais pouvoir enregistrer (en tant qu’ancien auteur-compositeur dans la réalité de mes 16-18 ans, avec le groupe Maharajah, où j’étais, comme le personnage féminin de ce rêve, bassiste et chanteur : voyez ici ou encore la page Youtube ).

Or je me souviens en écrivant ces lignes de la mélodie d’une partie de la chanson, sur cette parole « You had it all » répétée ; mais ne sachant pas écrire la musique (j’étais compositeur sans connaître la notation musicale) et n’ayant pas non plus avec moi d’instrument musical qui me permettrait de jouer ces quelques notes avant de les écrire en tablature, je vais oublier cette mélodie dans quelques jours ou quelques heures. Elle ne me transporte d’ailleurs pas autant comme souvenir que dans le rêve.

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Je vis dans une chambre que je loue dans un immeuble miteux. Ma voisine est C., qui ne me laisse pas indifférent. Un jour que je retourne à ma chambre, j’entends C. qui sort de la sienne. Alors je prends mon temps pour chercher la clé dans ma poche, l’introduire dans la serrure, la tourner, etc., afin d’avoir l’occasion de voir C. Cependant, elle ne passe pas derrière moi pour aller emprunter l’escalier principal par où je suis arrivé mais elle sort par un escalier de service plus près de sa chambre, à l’autre bout du couloir. Je ne vois que la porte de cet escalier de service se refermer après le passage de C., que je n’ai donc même pas aperçue.

Au milieu de ma déception, je remarque qu’elle a laissé sa clé sur sa porte ; aussi décidé-je sans la moindre hésitation d’entrer chez elle.

Je trouve une chambre assez en désordre, comme de quelqu’un venant de connaître d’importants changements dans sa vie. Parmi des photos gisant sur le canapé, j’espère trouver des images érotiques de C. Les photos sont nombreuses, certaines anciennes, montrant C. à différentes époques de la vie. La seule qui pourrait passer pour érotique la représente sur un sofa, sans qu’il soit bien possible de dire si elle se pâme de volupté ou simplement somnole.

Entendant du bruit dehors, je me hâte de sortir, aussi discrètement que possible. C’est le gardien de l’immeuble, un petit vieillard claudicant. Je sais qu’il m’a vu sortir de la chambre de C. mais il ne dit rien. En ouvrant la porte de ma chambre, je l’observe du coin de l’œil et le vois retirer la clé de la porte de C. avant de repartir par l’escalier de service. Une exploration plus approfondie de la chambre de C. m’est donc impossible. Cependant, mon désir est si fort que je me retrouve à nouveau dans sa chambre, et quand elle s’en retourne et me trouve qui l’attends sur son lit, elle me sourit.

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Mon frère Paul et moi avons nos places attribuées dans le carré d’élite d’une célèbre cathédrale, un carré séparé du reste de la basilique par une grille à mi-hauteur qui s’ouvre avec une clé que chaque titulaire d’un siège dans le carré reçoit avec sa titulature. Nous sommes donc des personnes respectées, alors que nous n’avons jamais eu de liens avec l’Église ni même assisté à une messe qu’en de très rares occasions (peut-être jamais dans le cas de mon frère).

J’invite Paul à entrer avec moi dans le carré pour voir un peu nos places, même si je comprends qu’il n’entend pas occuper la sienne. Chaque place est attribuée en propre à une personne, dont le nom est marqué sur une petite plaque dorée vissée au pupitre. Seulement ils ont écorché nos noms, mon frère se retrouvant avec une plaque « Pauh Boucharel » et moi « Florl Boucharel ».

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Dans une clinique pour malades nerveux, nous sommes assis sur des chaises en cercle devant le manoir qui sert de clinique, alors que la nuit vient de tomber. Nous ne sommes éclairés que par la lumière du perron du manoir ainsi que celle de quelques fenêtres, de sorte que nous nous distinguons à peine les uns les autres. D’un côté se trouve le manoir, de l’autre les arbres du parc.

Tandis que nous sommes assis en silence, je vois le directeur de la clinique jeter un œil sur nous depuis une fenêtre à l’étage, sa silhouette se découpant un instant dans le cadre illuminé. Puis une rumeur se met à circuler parmi les patients : la femme du directeur de la clinique, elle-même gravement malade mais tenue à l’écart des autres patients, vient de mourir, lâchée par ses nerfs.

Or des patients appréhendent un inconnu dans le parc et nous l’amènent. C’est un vieil homme portant une perruque de longs cheveux blonds et une robe blanche de femme. Je comprends alors que l’épouse du directeur était la victime d’une diabolique machination de ce dernier. Elle croyait sa santé mentale ébranlée en raison d’hallucinations récurrentes dans lesquelles elle se voyait elle-même, depuis la chambre où elle vivait confinée, errer le soir dans le parc. Mais c’était en réalité le vieil homme indigne, que le directeur payait pour jouer ce rôle, en l’affublant d’une perruque et de vêtements de femme (le directeur achetait en double les habits de sa femme, si bien que le comédien portait toujours des vêtements identiques à ceux qu’elle portait elle-même en le voyant, pour rendre l’illusion plus parfaite). Ce soir-là, l’homme avait reçu pour instruction de simuler la mort, et la femme, voyant alors son double « mourir », en reçut un arrêt cardiaque.

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Dans un aéroport, j’attends avec un inspecteur de police, ainsi que plusieurs agents en civil répartis parmi la foule, un certain individu que je dois désigner à l’inspecteur. Quand je vois cet homme, je dis : « C’est lui. » L’inspecteur trouve l’individu tout à fait quelconque et s’en plaint, car cela va rendre la filature moins facile que si l’homme était remarquable à quelque point de vue.

Il l’arrête pour un contrôle d’identité, lui disant que c’est la procédure habituelle au Panama pour les ressortissants cubains, laissant entendre que c’est en raison de la nature du régime politique à Cuba, ce que je sais être faux.

Plus tard, me rendant dans un club privé, après avoir descendu les quelques marches qui conduisent au couloir donnant sur différents salons particuliers, je suis agressé devant l’un des salons par trois hommes, trois gorilles en costume qui me jettent au sol et, m’y maintenant sur le dos, cherchent à me tirer une balle dans la tête. Je parviens en luttant à les empêcher de diriger le canon du pistolet vers mon front ; j’arrive même à saisir le canon d’une main et à le tordre, rendant le pistolet inutilisable. Étonné, mais charmé, par cette performance, je ne me laisse toutefois pas distraire, et les sbires finissent par battre en retraite, non sans que j’aie dépouillé l’un de son arme.

Je me tourne alors vers l’intérieur du salon, où des hommes, eux aussi en costume cravate, sont assis sur des tapis à même le sol ou sur des poufs, en demi-cercle, à la manière des Bédouins. Comme je sais que ce sont eux qui m’ont envoyé les tueurs, je leur dis, les menaçant du pistolet, qu’ils viennent d’avoir la démonstration qu’il ne fallait pas me chercher des noises.

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Un émir du pétrole explique que lui et les siens possèdent l’intégralité du réseau de pipelines et gazoducs couvrant la Terre. Régulièrement, ils ferment tel ou tel tronçon du réseau pour des travaux de maintenance. L’émir explique que travaillent pour eux les meilleurs ingénieurs des meilleures écoles du monde entier, recevant des salaires qu’ils ne peuvent espérer recevoir nulle part ailleurs, du double au triple.

Journal onirique 14

Période : octobre-novembre 2020.

« La vérité ne rêve jamais », a dit un philosophe oriental. C’est pourquoi elle ne nous intéresse pas. Que ferions-nous de sa minable réalité ? Elle n’existe que dans des cervelles de professeurs, dans des préjugés scolaires, dans la vulgarité de tous les enseignements. Mais dans l’esprit auquel l’infini donne des ailes, le rêve est plus réel que toutes les vérités. Le monde n’est pas ; il se crée chaque fois que le frisson d’un commencement tisonne la braise de notre âme. Le Moi est un promontoire sur le rien, où il rêve d’un spectacle de réalité. (Cioran)

 

Forêt des contes n° 5: Forêt des songes, par Cécile Cayla Boucharel

Pour attirer des touristes, une ville avec d’anciens quartiers moyenâgeux décide de se transformer en décor de train fantôme, notamment en clouant des squelettes humains en hauteur sur les façades des vieilles maisons. À la personne avec qui je visite la ville, je dis que j’aime les squelettes.

Une autre attraction consiste à laisser tomber un gros sac de ciment du haut d’un échafaudage : le visiteur éprouve un frisson en feignant de penser que le sac est en train de tomber sur lui, mais, retenu par un fil, le sac ne tombe qu’à l’intérieur d’une surface à dessein interdite au public.

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Nous rendons visite à un vieux prêtre excentrique au moment où il essaie le nouvel éclairage de son église. Il en est enchanté, sauf pour deux lampes qui selon lui jettent une lumière trop vive. Il accompagne cet examen de commentaires censés être drôles, conformément à son type d’excentrique.

Plus tard, sur une table rustique, il nous sert une liqueur de poire offerte par un paroissien. Il la goûte et grimace. U. la goûte à son tour et fait la même grimace, celle de quelqu’un qui vient de lamper une gorgée de tord-boyau. Je la goûte à mon tour et trouve qu’elle passe bien. Je dis alors, le prêtre et U. étant partis, que l’eau-de-vie est bonne. Un autre la déclare mauvaise et prétend que j’ai mal interprété les grimaces du prêtre et d’U. : ils auraient grimacé, selon lui, non parce que la liqueur est trop forte mais parce qu’elle n’a pas de goût. Je bois une nouvelle gorgée et trouve en effet que l’eau-de-vie est bien fade.

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« Si les voisins viennent vous rendre visite, c’est qu’ils veulent savoir quelque chose ; s’ils ne viennent pas, c’est qu’ils le savent déjà. » C’est ainsi qu’O. décrit les relations de voisinage en général. Elle poursuit en disant que, si les voisins savent des choses, c’est entre autres parce que « les murs ont des oreilles ». Le propriétaire d’un appartement de location en-dessous de chez ses grands-parents a pu obtenir des informations lui permettant d’augmenter considérablement le prix de sa location, et de s’enrichir, « par les murs ».

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Une fois n’est pas coutume, je rêve de foot. Je regarde un match à la télé. La totalité de mon champ de vision est occupée par l’écran, donc par les images du match, et je n’entends autre chose que la voix des commentateurs. Au moment où l’une des équipes marque un but et où les joueurs reprennent position pour un nouvel engagement, les membres du staff de chaque équipe, reconnaissables au fait qu’ils portent blouson – un bomber – et pantalon, ont le droit d’entrer sur le terrain et de parler aux joueurs, d’examiner rapidement leur condition physique, de leur donner à boire, de leur apporter quelques soins, etc. L’un de ces membres se place devant le joueur de l’équipe adverse qui vient de marquer le but et regagne ses positions ; le membre du staff marche doucement devant lui, sans se laisser dépasser, lui barrant ainsi le chemin et cherchant à provoquer une réaction du joueur qui vaudrait à ce dernier une pénalité. Les caméras suivent ce petit manège sournois et les commentateurs l’analysent comme si c’était une action du jeu proprement dite, sans le moins du monde s’en émouvoir. Le foot-spectacle corrompt les mœurs.

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Les indigènes de Colombie se réunissent dans un grand hôtel pour une convention nationale où doit être établi le programme de reconquête politique du pays. Je suis le seul Blanc. Ma discrète présence ne suscite aucune animosité parmi les indigènes. Par exemple, je traverse une grande salle où les femmes se délassent avec leurs bébés, sans que cela suscite les réactions que la présence d’un Blanc provoquerait normalement. C’est que je contribue par mes modestes moyens à la conquête du pouvoir par les indigènes. Mais cela ne se sait pas formellement, je reste dans l’ombre, et je me dis que c’est ainsi que doivent être les choses, car il s’agit de la cause indigène et elle doit avoir des indigènes pour protagonistes.

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Sur le ballon d’une montgolfière sont placés des strapontins pour que les voyageurs puissent, grimpant de la nacelle sur le ballon, s’y asseoir et à la fois mieux profiter de la vue et se donner des frissons en raison de la chute possible. Je vois au loin une de ces montgolfières flottant devant quelques nuages blancs dans l’immensité du ciel et je n’ose croire que des gens payent pour prendre ce risque inconsidéré. On laisse planer le doute quant au fait que les gens assis sur le ballon sont attachés et en sécurité, comme au cirque quand l’artiste accomplit son numéro dangereux et que, pour que les sensations du public soient plus fortes, on lui laisse croire qu’une chute possible serait mortelle. Je ne sais que penser des gens assis sur la montgolfière ; la seule chose dont je sois certain, c’est que je ne voudrais pas être à leur place.

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Les Américains ont découvert que les centrales nucléaires de l’Iran sont construites le long d’une faille sismique qui traverse le pays. Ces centrales ont été construites par les Iraniens avec l’aide d’extraterrestres, et les Américains sont convaincus que les extraterrestres se sont ainsi dotés d’un moyen de chantage contre l’humanité car, en agissant par quelques secousses sur la faille sismique, ils peuvent désormais faire exploser la Terre entière. Je demande si les extraterrestres se sont convertis à l’islam pour que les Iraniens acceptent leur aide.

À la suite de la décapitation en France d’un professeur de collège par un jeune Tchétchène au nom de l’islam, le suprême ayatollah d’Iran déclare rappeler que la République islamique est à l’origine culturellement tchétchène. Il ajoute qu’en vieillissant il a lui-même tendance, quand il se met en colère, à employer des mots tchétchènes.

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La police est une bureaucratie armée. C’est pourquoi les politiciens n’ont aucun pouvoir sur elle et qu’elle a tout pouvoir sur les politiciens.

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Nous rendons visite à des gens élevant des porcs chez eux. Ils ont trois ou quatre porcs qui s’ébattent avec bonheur dans la boue. C’est un plaisir de regarder les porcs s’adonner à cette volupté simple, c’est une image du pur bonheur, qui rend encore plus sinistre la condition de ces animaux dans l’élevage industriel quand ce contraste me vient à l’esprit. Que le destin des cochons, qui peuvent faire leur bonheur avec si peu de chose qu’un carré de boue, soit aujourd’hui d’être éternellement malheureux comme intrant industriel, est navrant. C’est d’ailleurs cette pensée qui conduisit nos hôtes à recueillir des porcs.

Tandis que nous conversons dans leur salon, j’entends appeler « Coco ! Constantin ! » à plusieurs reprises. Constantin, alias Coco, dont c’est le diminutif, est un des porcs de la maison. On l’appelle, me dit-on, car il faut le castrer, une opération qui se pratique sur place avec une pince et qui cause une grande souffrance à l’animal. Je suis attristé par la castration de Coco, et de même quelque peu fâché que l’on n’ait pas attendu notre départ pour y procéder (même si l’opération n’est qu’évoquée, dans le rêve, et ne s’y produit point), surtout après que nous avons échangé philosophiquement sur la condition des porcs et que j’ai témoigné mon appréciation de la sensibilité de nos hôtes. Ce lieu ne peut pas lui non plus être un paradis pour les porcs.

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Alors que je m’apprête à dormir sous la tente dans le bush australien, je suis approché par un vieil explorateur et sa jeune assistante. Ils souhaitent, et c’est bien naturel dans ces vastes contrées désertes, partager la nuit avec moi. J’accepte volontiers et ils se mettent à dresser leur tente, qui enclot la mienne comme simple salle d’une large habitation de toile avec chambres et couloirs.

Ils me présentent deux animaux du bush qui vont dormir sous la tente avec nous : une espèce de chien ou de renard très haut sur pattes et une sorte de blaireau au pelage de chat angora noir et blanc. Comme ce sont des animaux sauvages, j’exprime quelques réserves à ce sujet, sachant qui plus est que le naturaliste et son assistante ne connaissent ces deux spécimens que d’aujourd’hui. Le vieil homme m’explique que ces espèces sont certes sauvages mais qu’elles ont à l’état naturel des mœurs d’animaux domestiques et aiment l’homme, fort rare en ces parages, et que dormir sous la tente leur est un grand plaisir. Il me dit cela tout en jouant avec le blaireau, qui presse ses pattes l’une après l’autre contre les paumes de l’homme. Ces explications dissipent mes craintes et le blaireau vient près de moi se faire caresser. La présence de ces animaux est réconfortante dans la nuit du bush.

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J’apprends avec étonnement dans un documentaire télé qu’il existe de graves problèmes de pénurie systémique en Corée du Sud. Les gens ne trouvent pas toujours des vêtements à leur taille et les textiles du marché officiel sont de très mauvaise qualité. Les vêtements ne peuvent être portés que quelques jours avant de tomber en lambeaux. Seuls les habits achetés au marché noir, à des prix démentiels, peuvent durer un peu. Je me fais confirmer par ceux qui regardent le documentaire avec moi qu’il s’agit de la Corée du Sud et non de la Corée du Nord.

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Je rends visite à J., que je connus au collège sans que nous n’ayons jamais eu de relations que très distantes. Il a hérité d’une grande propriété foncière et nous discutons en terrasse devant une vaste étendue de prairies parsemées de bosquets. Je lui pose une question anodine sur son domaine et, tandis qu’il répond longuement, je ne l’écoute plus, à vrai dire je ne l’entends même plus, pour pouvoir penser à tout autre chose à mon gré.

C’est la première fois de ma vie que je n’écoute pas quelqu’un à ce point (sauf peut-être certains professeurs, dans le temps), et quand, après m’être fait cette réflexion, je me dis que c’est un peu too much et j’essaie de me reconcentrer sur ce qu’il dit, ça m’est impossible, je n’entends absolument rien de ce qui sort de sa bouche. Alors, dans l’idée qu’en le faisant changer de sujet, je pourrai l’entendre à nouveau, je lui demande s’il est marié. Il me répond que non et j’entends cette réponse. Je réfléchis que, s’il revient sur ce qu’il disait précédemment, il me sera difficile de ne pas trahir que je ne l’ai pas du tout écouté, par exemple en posant une question dont la réponse était dans ce qu’il a dit.

Sa sœur est avec nous. Elle parle de « l’écrêtement du paysage » que nous avons devant les yeux et trouve regrettable que nous n’ayons plus que des mots techniques pour parler même des choses les plus simples de la vie. Je suis d’accord avec elle et crois découvrir qu’une solution à ce problème serait d’employer des mots comme « pli », qui ont à la fois un sens très général et un sens très technique : les plis du paysage. Plus tard, elle consent à ce que je la plaque ventre contre le mur pour la posséder comme ça, debout.

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Scènes de la Guerre mondiale

1– Le roi et la reine de … sont en cure en Suisse, pays neutre, où le roi sait qu’ils sont espionnés par des agents ennemis. Alors qu’il se promène avec la reine, qui lit une lettre, dans le parc de l’hôtel, il voit venir vers eux une certaine infirmière qu’il suspecte d’être un agent. Il prend alors la reine par le bras et, cachés par l’angle de la façade de l’hôtel, l’entraîne vers un chemin conduisant à la forêt, où il prend la lettre des mains de son épouse royale et la jette, tout en continuant de forcer la reine à le suivre. Il se débarrasse de cette manière de la lettre pour éviter qu’elle ne soit lue par l’ennemi, car il sait que cette guerre sera gagnée par des gens qui déchiffreront des informations dans des bureaux.

2– Toujours en cure en Suisse, pour donner le change à l’espionne qui le suit alors qu’il conduit une opération secrète, le roi de … se rend aux douches. Comme il se sait suivi pour être pris en flagrant délit d’espionnage, non seulement il prend une douche alors qu’il n’en a pas besoin, mais aussi, dans le but de montrer qu’il ignore être suivi, il pisse sous la douche comme quelqu’un se croyant absolument seul. On voit le jet d’urine sous sa bedaine. L’infirmière tousse en le voyant, ce qui fait feindre au roi la surprise et la vergogne et fermer la porte de la douche en présentant des excuses. Par ce petit manège, où il s’est laissé surprendre nu dans une action honteuse, il espère avoir détourné les soupçons.

3– Un maître espion anglais apprend à un adolescent recruté récemment à supporter la douleur en le faisant mordre au cou par un renardeau. Il explique que les renardeaux qui mordent une proie ne la lâchent plus et que la recrue n’a donc d’autre choix que de supporter la souffrance. Le maître espion a dressé des renardeaux à mordre et, contre leur instinct, à lâcher prise sur un signe de sa voix. Il en fait la démonstration avec deux renardeaux dans son cabinet.

4– Des soldats japonais apprennent des expressions anglaises et françaises dans un petit livre écrit en vue de l’occupation projetée par le Japon de la France et de l’Angleterre. L’une des expressions françaises de ce livre est « Madame la chancelière Aymé » car l’Axe projette de faire de l’écrivain Marcel Aymé le chancelier de la France dans l’Ordre nouveau fasciste. Son épouse serait donc chancelière et première dame de France. Il est demandé au maître espion anglais si Marcel Aymé aurait le soutien de la population française en tant que chancelier ; il répond que non car trop distant (cela résultant de son état d’intellectuel).

Une autre expression du livre des soldats japonais est « computer ants » pour qualifier péjorativement (et d’ailleurs anachroniquement) leurs ennemis occidentaux.

5– Je monte le soir dans un train en gare pour un voyage de nuit. Sans que je le sache, on m’a confié la plus difficile de toutes les missions (c’est-à-dire, je ne le sais pas en tant que personnage du rêve mais je le sais en tant que spectateur du rêve).

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La Gambie, comme on le sait, est une bande de terre qui s’étire depuis l’océan Atlantique le long du fleuve Gambie et sur une bonne partie de ce dernier, à l’intérieur du Sénégal, dans lequel elle est entièrement enclavée. Sur la carte que j’utilise au moment d’écrire ces lignes, de la capitale du pays, Banjul, sur l’océan, à l’autre extrémité du pays, la Gambie mesure 1,4 cm (échelle 1 cm=250 km, soit 350 kilomètres de long), et la frontière du Sénégal avec le Mali à l’est est 0,8 cm (soit 200 km) plus loin, c’est-à-dire que sur les 2,2 cm (550 km) d’étendue du Sénégal au niveau de la Gambie, cette dernière coupe le Sénégal sur 1,4 cm (350 km).

Ainsi n’est-il pas possible, sauf dans la partie orientale du pays, de traverser le Sénégal du nord au sud sans franchir la frontière avec la Gambie ou consentir un long détour soit par l’océan à l’ouest soit par voie de terre à l’est. Le citoyen sénégalais ne peut traverser son propre pays en ligne droite sans l’autorisation des autorités de la Gambie dont il doit franchir les frontières au nord et au sud.

Par exemple, l’habitant de Kaffrine au Sénégal, au nord de la Gambie, qui voudrait se rendre à Kolda au Sénégal, au sud de la Gambie, à une distance en ligne droite de 175 km, s’il ne veut ou ne peut franchir la frontière sénégalo-gambienne, doit ou bien se rendre sur la côte du Sénégal à 75 km de Kaffrine, s’embarquer et naviguer vers le sud du Sénégal (peut-être en devant s’éloigner suffisamment des côtes de la Gambie si les eaux territoriales de cette dernière sont fermées aux bateaux sénégalais), débarquer au sud et rejoindre Kolda à 200 km de la côte, ou bien longer la frontière supérieure sénégalo-gambienne vers l’est par voie de terre sur 225 km puis retourner, sous la frontière, vers l’ouest pour rejoindre Kolda à 175 km, soit un trajet de 400 km au total, plus du double de la distance en ligne droite.

Ces notions de géographie politique me sont inspirées par le rêve de cette nuit, où je cherche à dissuader un Français de traverser le Sénégal du nord au sud en passant par la Gambie, en auto-stop. Le problème se situe à l’intérieur de la Gambie. Il ne peut espérer être pris en stop sans se faire au mieux dépouiller et abandonner dans la nature, sinon assassiner, car la couleur de sa peau signale les devises étrangères dans sa poche, et les inégalités de richesse sont telles entre l’Occident et (dans le rêve) ce pays d’Afrique singulièrement qu’un Gambien qui mettrait la main ne serait-ce que sur un portefeuille avec quelques euros ou dollars deviendrait millionnaire dans son pays.

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Je me trouve dans un institut d’enseignement inconnu, où je cherche une place pour lire. M’étant assis, je suis distrait de ma lecture par trois étudiants étrangers qui discutent en français à côté. Ils parlent de la France. L’un d’eux dit que la France s’autoperçoit de manière mystique dans un rapport direct avec Dieu (je suppose qu’il fait allusion à « la fille aînée de l’Église ») mais qu’en même temps c’est le pays du divorce en vingt minutes.

Je quitte ma place pour en chercher une autre où je pourrai mieux m’absorber dans ma lecture. Dans une partie du hall, je trouve de nombreuses chaises mais elles sont occupées les unes après les autres car un cours est sur le point d’être donné. Je croise en m’éloignant la professeure, une petite vieille aux cheveux noirs de jais en chignon. Le cours commence ; c’est une leçon de linguistique sur la cédille en roumain. Tandis que, ma curiosité satisfaite, je finis de m’éloigner de la salle, je vois celle-ci bondée et de nombreuses personnes assistent même au cours debout.

Je comprends que je me trouve à l’Institut roumain et me mets à flâner dans ses halls et galeries. Il s’y trouve surtout de jeunes Roumaines et Roumains venus passer quelques trimestres en France et qui, avec un diplôme sur un sujet aussi pointu que celui dont je viens d’avoir un aperçu dans la classe de la vieille dame aux cheveux noirs, sont voués à rester pauvres car leur diplôme ne leur servira de rien. Je me demande d’ailleurs quel est l’intérêt pour des Roumains d’étudier la langue roumaine en France. C’est un manque de curiosité, d’ouverture d’esprit, une forme de paresse intellectuelle collectivement conditionnée ; cela provoque en moi une certaine mélancolie car ces jeunes que je vois déambuler me font par leur apparence bonne impression, de même que le style art déco de l’institut se distingue favorablement de la laideur bureaucratique d’une université française. Je vois une jeunesse prometteuse qui ne sait pas comment se donner les moyens de tenir ses promesses.

Dans le bac d’un libraire, je trouve un livre de Cioran avec une longue dédicace manuscrite de l’auteur en français, dans laquelle il prédit sa mort avant la fleur de l’âge (en réalité Cioran est mort à quatre-vingt-quatre ans) car, dit-il, les forces vitales se nourrissent de succès et son œuvre est vouée à rester inconnue de son vivant.

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Une fête est organisée en mon honneur, où doit être présente une certaine ministre. C’est une garden party. Les invités arrivent à partir de dix-huit heures et vers dix-neuf heures le jardin est plein. C’est alors que le téléphone sonne à l’intérieur de la maison. J’entre pour décrocher. C’est la ministre. Comme elle constate la déférence avec laquelle je lui réponds, elle commence par me traiter de larbin, par sadisme car il ne s’agit nullement de sa part d’une invitation à ce que je prenne un ton plus libre, puis elle confirme qu’elle sera présente à la fête, où elle ne fera toutefois que passer, vers dix-neuf heures vingt. Quand je ressors, le jardin est vide, les invités sont déjà partis ; je vais subir une humiliation devant la ministre qui doit arriver. J’ouvre une bouteille de champagne pour me servir une flûte, mais le goulot part avec le bouchon et j’ai bien du mal à ne pas verser du champagne à côté, avec l’ouverture béante ainsi produite.

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On sait que le nom de la sorcière sur son balai volant est en italien la Befana. Dans ce rêve, il est question de l’existence, avec celle de la Befana, d’une autre sorcière, moins connue, la Turafa. La Befana et la Turafa.

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Dans les montagnes du Bhoutan vit un ogre, d’apparence occidentale. On lui envoie des techniciens pour installer une box internet mais dès qu’il en voit un il l’attrape et le jette en l’air de ses forces colossales, si bien que le malheureux va s’écraser sur un flanc de montagne ou dans un précipice. Mais la compagnie internet ne renonce pas et continue d’envoyer des techniciens.

C’est mon tour, je pars vers les montagnes avec un sac à dos contenant la box et le matériel d’installation. Au bout de quelques jours de marche, j’arrive à la tombée de la nuit sur le site d’une petite chapelle de montagne, où je m’assois, à l’extérieur, pour méditer. Une vieille femme ainsi qu’une femme jeune avec sa petite fille arrivent à la chapelle, but de leur pèlerinage, pendant que je m’y trouve. Tandis que la vieille fait ses dévotions, la jeune femme laisse la petite fille, qui n’a jamais vu d’homme blanc, passer ses mains sur mon visage et surtout dans mes cheveux, ce dont elle semble éprouver une grande joie enfantine. Quand elle retire ses mains et les regarde, je vois, comme elle, que ses ongles se sont chargés de crasse noire en passant dans mon cuir chevelu. Sa mère l’éloigne.

Le lendemain, j’arrive chez l’ogre, qui cherche aussitôt à s’emparer de moi mais ne parvient qu’à saisir mon sac à dos, qu’il jette en l’air et qui retombe au loin. C’est alors que nous sympathisons et qu’il m’invite à sa table. Au bout de quelque temps, ayant gagné sa confiance et son amitié, je lui parle de la box, lui disant d’un ton de regret que, s’il n’avait pas tué mes prédécesseurs, à présent il aurait internet. Il demande à l’avoir, mais comme la box que je retrouve dans mon sac à dos a été détruite dans sa chute il ne me reste plus qu’à retourner en chercher une autre.