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Pensées XI

Saudi Arabia: The Leisure Nation (la journée de travail de quatre heures : voir ici). Quel pays de hippies ! Bientôt, le costume-cravate sera universellement reconnu pour ce qu’il est : la livrée de ceux qui perdent leur vie à la gagner au service de hippies en djellaba, et pour ma part je suis toujours et en toute circonstance du côté des hippies.

La survivance du christianisme est un pur phénomène d’inertie.

À quoi sert un cerveau, pour le chrétien ? À lire les penseurs non chrétiens. À lire les penseurs anticléricaux. À dire que tout ce que ceux-ci ont écrit est une belle illustration du dogme vénérable. À dire que la sagesse est folie, la folie sagesse, que l’homme est libre et qu’en même temps il y a la grâce. À dire qu’il faut ignorer les voies du monde, quand c’est le monde qui ignore les chrétiens comme trop au-dessous de lui.

Le chrétien est fâché que la liberté d’expression s’exerce bien plus, c’est un fait, contre le christianisme que contre l’islam. C’est que le fanatisme fait peur et que le christianisme fait rire. Le temps est révolu où le christianisme exerçait sa terreur sans limite ; et le résultat, pour le christianisme, est manifestement négatif. Comme le dit Schopenhauer, la fin des bûchers n’a pas été heureuse pour le christianisme. Je ne vois d’autre espoir pour cette religion d’amour que de se remettre à faire peur.

Il ne faut pas rechercher l’originalité à tout prix. Manger du curé n’a rien d’original, mais c’est un excellent exercice pour l’apprenti philosophe.

J’ai dit (ici) qu’il n’est plus permis au pouvoir de s’incarner. Le hic, c’est que faire de tous ces micros et caméras qui ne vivent que de suivre les faits et gestes du pouvoir incarné (incarné comme un ongle !) ? « Des colonnes entières sont consacrées aux débats des parlements, aux intrigues des politiciens (…) Et quand vous lisez ces journaux, vous ne pensez guère au nombre incalculable d’êtres – toute l’humanité, pour ainsi dire – qui grandissent et qui meurent, qui connaissent les douleurs, qui travaillent et consomment, pensent et créent, par-delà ces quelques personnages encombrants que l’on a magnifiés jusqu’à leur faire cacher l’humanité, de leurs ombres, grossies par notre ignorance. » (Kropotkine) La réponse est que ces caméras et micros mourront de leur mort naturelle, sont déjà en train de mourir. La société de l’information (Masuda), société de l’avenir, se caractérise avant tout par le fait que les médias d’information – les médias traditionnels, médias de masse – y ont disparu. Médias : Les morts vous parlent (essai de définition).

Le mot « révolution » est mis à toutes les sauces dans les médias capitalistes, toutes tendances confondues. C’est même une notion capitaliste : la bourgeoisie a été la seule classe révolutionnaire. L’égalité bourgeoise, c’est que tout le monde est révolutionnaire, tout le monde est rebelle, tout le monde est subversif, tout le monde est transgressif, et que par ailleurs tout le monde, moyennant l’acquisition de ce produit-ci ou de ce produit-là, est un Lovelace. Je propose d’insister sur un mot qui me semble moins facilement récupérable : expropriation. C’est ce que nous demandons : l’expropriation (sans compensation). J’attends de voir comment les polygraphes des journaux pourront vanter les mérites de l’expropriation sans passer pour des jean-sucre.

L’artiste subventionné, dans notre société, est un parasite du travailleur. Le travailleur est d’ailleurs généralement certain de ne jamais rien voir de l’activité de l’artiste subventionné. Ce plaisir, au demeurant douteux, est le privilège de quelques parasites d’espèce différente, fonctionnaires de la culture et autres, dont un grand nombre de critiques d’art.

La province est sauvage. Les bourgeois y sont particulièrement petits-bourgeois, les pauvres particulièrement pauvres, les chiens particulièrement sales, la culture de masse y est particulièrement rampante, les cultures locales particulièrement vivaces et dégénérées, et la moyenne de ces outrances est particulièrement médiocre.

L’État dealer. Une personne dépendante de la drogue et condamnée pour un crime quelconque à une peine de prison, si elle était empêchée de consommer sa drogue, subirait un sevrage brutal, dont elle pourrait du reste décéder et qui serait très clairement un « traitement inhumain et dégradant » au sens de la jurisprudence humanitaire internationale. Les effets d’un tel sevrage sont en effet, dans bien des cas, beaucoup plus rudes que ceux de l’isolement carcéral, par exemple, considéré comme un traitement inhumain. Les cas de sevrages brutaux en détention étant apparemment rares, et les traitements de substitution n’étant guère fréquents non plus, en France (dans d’autres pays, la méthadone est massivement prescrite en milieu carcéral, ce qui revient à remplacer une addiction par une autre, y compris en maintenant dans certains cas les mêmes pratiques à risque, quelques drogués, dits « injecteurs invétérés », s’injectant la méthadone), alors que par ailleurs les études sociologiques montrent une forte corrélation entre toxicomanie et délinquance et/ou criminalité, ce qui implique que la population carcérale est en plus forte proportion toxicomane, il est absolument certain que les personnes dépendantes consomment de la drogue en prison. Que l’administration qui contrôle ces établissements ferme les yeux sur le phénomène est non moins certain. Même si l’on considère que cette attitude est un moindre mal, l’administration ne s’en fait pas moins complice de ce trafic. C’est une administration qui ne dit pas ce qu’elle fait, un État qui a une politique et une pratique, les deux n’étant pas identiques, un État aux pratiques occultes.

J’ai honte, je suis amer d’avoir étudié le droit administratif et perdu mon temps avec ces misérables sottises. Je me souviens par exemple d’un arrêt du Conseil d’État, plus haute juridiction administrative française, à propos duquel nous étions appelés, étudiants, à nous extasier sur l’élévation de pensée et de sentiment des magistrats. Il s’agissait d’enfin reconnaître administrativement la dignité de la personne humaine… à l’occasion du lancer de nains. Certains établissements réputés festifs amusaient en effet leurs clients en leur offrant des spectacles de lancers de nains. Bien que les nains en question fussent consentants et eussent signé des contrats exprimant ce consentement en bonne et due forme, et bien que ces lancers ne comportassent aucun risque de blessure pour les nains consentants, le juge administratif, il y a quelques années, s’opposa à cette distraction au nom de la dignité humaine. Et nous devions, étudiants, nous extasier. Or, comme nous étions des étudiants sérieux, nous étions par conséquent aussi onanistes et consommateurs de pornographie bien dégradante. Il échappait apparemment à mes congénères, néanmoins, comme à nos professeurs et à la magistrature elle-même, que cette atteinte-là à la dignité humaine est autrement plus rampante dans notre société que le lancer de nains, et que défendre la dignité humaine en dénonçant celui-ci tout en se gardant de dire le moindre mot à l’encontre de celle-là est simplement pitoyable. Le juridisme est à la pensée ce que le lancer de nains est à la littérature.

Août 2014

Offre d’emploi / Situation Vacant

Poste proposé : Collaboratrice de l’inventeur du Président des États-Unis d’Europe.

Je cherche une collaboratrice pour un projet de la plus haute importance. Arnold Schwarzenegger, cinq fois Monsieur Univers, superstar du cinéma et ex-gouverneur de Californie, ne peut plus exercer de mandat de gouverneur, après deux mandats successifs, et ne peut pas non plus se présenter à la présidence des États-Unis, n’étant pas né sur le sol américain, alors qu’il serait sûr d’être élu.

En tant qu’acteur, il a travaillé avec les créateurs les plus originaux du cinéma contemporain. En tant que gouverneur, il a sauvé l’État de Californie de la faillite. Face aux limites imposées à son talent et à son charisme par la Constitution américaine, Schwarzenegger, qui est né en Autriche, a fait savoir il y a quelques années qu’il souhaitait s’impliquer dans la politique de l’Union européenne. Mondialement connu, il pourrait être le premier Président de l’Europe. Il s’agit de créer, sous ma direction, le think tank qui prendra en charge la réalisation de ce projet.

Âgé de 67 ans, Arnie a entre cinq et dix ans pour devenir le Président de l’Europe, mandat qu’il pourrait exercer une dizaine d’années et plus. (Depuis que son équipe a lancé l’idée, comme un signal dans la nuit – à bon entendeur salut –, il s’est séparé de sa femme et c’est un peu dommage, car c’est une Kennedy, et Kennedy est un personnage mythique. On peut tenter de les rabibocher autour du projet.)

Notre mission sera de peser sur les instances de l’UE en vue de la création d’un poste de Président de l’Europe élu au suffrage universel direct et à préparer la candidature d’Arnold à ces élections, qu’il est absolument certain, compte tenu de sa notoriété extraordinaire, de remporter. Le poste sera en réalité créé pour lui. (On peut bien dire que proposer le nom d’Arnold Schwarzenegger, c’est être l’inventeur du Président de l’Europe, car qui d’autre que lui aurait l’audace de se présenter à un tel poste ? Qui d’autre aurait la stature pour assumer une telle responsabilité ? Est-ce d’un obscur fonctionnaire que nous avons besoin ? C’est dommage que l’intéressé n’ait pas cinq ans de moins, on aurait pu espérer le faire président avant qu’il atteigne 70 ans, mais, bon, nous pouvons tout de même considérer que nous avons dix ans devant nous ; c’est un des avantages du progrès que l’espérance de vie augmente avec lui.)

J’ai besoin d’une collaboratrice notamment pour tout ce qui concernera les contacts, européens et américains, et les réunions, formelles et informelles, du projet. Je pense pouvoir négocier pour le salaire de départ de ma collaboratrice entre … et … K€ (me contacter). Il faudrait que la personne soit au moins bilingue en anglais. Une incarnation parfaite de la French Woman sera l’une des clés du succès auprès de nos contacts étrangers. Une touche littéraire et une haute culture ne peuvent qu’ajouter au charme auprès de ces derniers.

Il est temps que l’Europe devienne les États-Unis dont le grand poète Victor Hugo eut la vision sublime, et quoi de plus naturel pour cela que de s’inspirer des Pères fondateurs des États-Unis d’Amérique, et notamment des profondes pensées du Fédéraliste (Hamilton, Madison et Jay), dont les écrits en faveur de la Constitution fédérale américaine sont l’exemple le plus digne de notre attention d’une philosophie politique éprouvée ? L’Europe est aujourd’hui peu ou prou dans la situation de la Confédération américaine à la veille de l’adoption de sa nouvelle Constitution, une Constitution toujours en vigueur plus de deux cents ans plus tard, et des menaces identiques planent sur notre continent, en particulier le risque de devenir une région à la marge des affaires du monde. L’Europe ne doit pas laisser passer une opportunité historique ni manquer à son projet fédérateur, faute de propositions concrètes. Puisse, après qu’il s’est montré digne des hautes responsabilités qu’il exerça sous l’empire d’une Constitution qui est un modèle de pensée politique, le fils de cette Europe à l’histoire multiséculaire, Arnold Schwarzenegger, lui revenir pour servir les nobles idéaux fédérateurs qui sont la vocation de l’Humanité.

12.08.2014

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English

Situation vacant: Assistant to the inventor of the President of the United States of Europe

An assistant (gender F) is needed for a project of the highest importance. Arnold Schwarzenegger, five times Mr Universe, movie superstar, and ex-governor of California, is not allowed to apply for another term as governor, after having completed two terms, and he cannot run either for the Presidency of the United States, as he was not born on the States’ territory – while he would be sure to be elected.

As an actor, he has worked with the most creative personalities in the film industry. As a governor, he saved the State of California from bankruptcy. Faced with the restrictions imposed on his talent and charisma by the American constitution, Austrian-born Schwarzenegger declared a few years ago that he was willing to commit to European affairs. A worldwide-known personality, he could be the first President of Europe. The idea is to organize, under my direction, the ‘think tank’ that will take charge of this project.

Aged 67, Arnie has between five and ten years before him to become President of Europe, a mandate he could keep for some ten years and more. (Since his staff expressed the idea, like a signal in the night – à bon entendeur salut – he separated from his wife, and this is a little sorry, because she’s a Kennedy, and Kennedy is a mythical character. We can try to bring them together around the project.)

Our mission will be to bear on EU’s organs with a view to creating a new organ, President of the European Union elected by direct universal suffrage, and to prepare Arnold’s candidacy to that election, which he is absolutely certain, given his extraordinary reputation, to win. In reality, the position will be created for him. (One is entitled to say, indeed, that to propose Arnold Schwarzenegger’s name is to be the inventor of the President of Europe, because who else would dare run for such a post? Who else would have the stature to take this responsibility? Is it an obscure functionary that we need? No!)

I look for an assistant (gender F), especially regarding everything that concerns contacts, European and American, and meetings, formal and informal, for the project. I am expecting to negociate for her starting salary between … and … K$ (contact me). The applicant should be bilingual French-English.

It is long overdue that Europe becomes the United States that the great poet and seer Victor Hugo envisioned, and what is more natural than to draw our inspiration from the Founding Fathers of the United States of America, especially from the profound thoughts of the Federalist (Hamilton, Madison, Jay), whose writings in favor of a federal constitution for the States of America are the instance of a time-tested political philosophy most worthy of our attention? Europe, today, is more or less in the same situation as the American States on the eve of the adoption of the new constitution, a constitution still holding more than two hundred years later, and our continent is facing identical threats, among which that of becoming a region at the periphery of world’s affairs. Europe ought not to miss this historic opportunity, nor fail in her federal project because of a lack of concrete propositions. May the son of our centuries-old Europe, Arnold Schwarzenegger, after he has shown himself worthy of the high responsibilities he exercized under a constitution that is a model of political thought, come back to Europe and serve her noble federal ideals, which are the calling of humanity.

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