Journal onirique 21

Période : septembre 2021.

Forêt, par Cécile Cayla Boucharel

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Un poème est lu, je vois la page, en retiens deux vers : « D’un arc-en-ciel de fleurs / au catafalque des fautes. »

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Un inconnu dans le genre tibétain, en costume traditionnel, se présente à mon domicile, où je me trouve avec mon invitée M., et me tend une lettre manuscrite. C’est le roi du Bhoutan qui m’écrit, dans un français approximatif, qu’un coup d’État vient d’avoir lieu, avec le concours d’un mercenaire danois du nom de Nils Biehls, et me demande mon aide.

Je me rends sur place. Dans la capitale, le palais royal occupe un côté de la place centrale et les appartements des épouses et concubines du roi sont de l’autre côté, le roi devant donc traverser la place, ouverte à tous venants, pour rencontrer ses femmes, ce qui semble bien peu pratique. L’usurpateur a naturellement fait siennes les femmes du roi déposé. Il les a battues et violées, et certaines d’entre elles vont bientôt accoucher à la suite de ces violences, ce qui les plonge dans de grandes souffrances morales car elles donneront le jour à la progéniture d’un usurpateur maudit. Des vidéos circulent dans les cercles de la résistance, montrant des femmes sur le point d’accoucher, le visage tuméfié par les coups, en larmes et se débattant en vain pour échapper aux soldats du tyran qui font office de sages-femmes.

J’ai pris contact avec une servante du gynécée qui feint d’être loyale au tyran mais est en même temps une figure clé de la résistance. Nous décidons d’organiser une réception à l’attention des mercenaires occidentaux impliqués dans le coup d’État, officiellement pour leur rendre hommage mais en réalité pour les éliminer car nous considérons qu’ils sont le principal obstacle au retour du roi déposé. Il m’est permis, avec la servante, d’organiser cette réception car, tout comme elle, je joue un double jeu, faisant semblant de continuer à remplir une fonction de conseiller occulte auprès du tyran comme je le faisais pour le roi.

Les premiers mercenaires arrivent, revêtus de leur tenue militaire, casques, gilets pare-balles, armés. Parmi eux je vois P., que dans la réalité je connais comme un fonctionnaire mal noté de ses supérieurs et qui s’est donc, ici, reconverti dans le mercenariat. Je vais le saluer et il me présente un de ses amis mercenaires. Je tente une plaisanterie à leur attention : « C’est donc vous les responsables ? », sous-entendu : responsables du coup d’État, mais la boutade n’est guère appréciée.

Trêve de plaisanteries, quand les mercenaires sont arrivés en nombre, la servante et moi nous éclipsons et sortons dans une ruelle près de la place centrale où nous rejoignons nos camarades. Tout le monde est armé, nous pouvons donner l’assaut. Aux insurgés, je lance : « Visez la tête et visez bien ! » Je dis de viser la tête car les mercenaires portent des gilets pare-balles, cependant ils ont aussi des casques, mais il est important de rapporter cette parole car elle montre le leader que je suis.

Nous traversons une arche sombre et débouchons sur la place centrale, où des miliciens bhoutanais au service de l’usurpateur ouvrent le feu sur nous. La bataille commence. J’ai un pistolet dans chaque main et fais feu avec l’un puis l’autre, abattant deux miliciens à ma grande satisfaction. Après cette excellente entrée en matière, il me semble cependant que mes pistolets ne fonctionnent plus, appuyer sur la gâchette ne paraît produire aucun effet, mais je continue au cas où cette impression serait fausse.

Quelques-uns d’entre nous entrent dans un bâtiment jouxtant la place afin d’accéder au palais par l’intérieur. Là, je prends un moment pour examiner mes armes et constate que les gâchettes ne fonctionnent plus. Dans une salle un peu plus loin, nous rencontrons des Français d’apparence louche, qui se disent des nôtres mais nous objurguent de cesser toute violence, car la violence, disent-ils, ne résout rien. Je leur demande leur papier OCB, car ils étaient en train de se faire des joints, et me roule une cigarette, tout en pensant qu’il doit s’agir d’agents à la solde du tyran.

Poursuivant mon chemin, je débouche sur une salle de spectacle plongée dans la pénombre, éclairée seulement par quelques lampions disséminés parmi les boiseries laquées. Un ballet chinois est sur le point d’être joué pour une poignée de Français et quelques autres Occidentaux. Ces gens, me prenant pour un nouvel expatrié, cherchent à lier connaissance et je me mets à bavarder avec eux.

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Il existe en Islande une ruine extraordinairement ancienne considérée par l’humanité tout entière comme un lieu maudit, que nul n’approche. Or une coalition de pays influents dirigée par la chancelière allemande, prenant prétexte de la pandémie de covid-19, décide de rompre ce tabou millénaire et procède en grande pompe au descellement des accès à cette ruine.

Deux clans islandais sur le point de déterrer une nouvelle fois la hache de guerre se mettent finalement d’accorder pour éviter le retour des hostilités en sacrifiant le dictateur libyen Mouammar Kadhafi, alors en visite en Islande, dans cette ruine mystérieuse. Kadhafi capturé, il est attaché à une corde et descendu, la nuit, le long d’un mur de douve d’une hauteur prodigieuse. Ce sont les douves qui dessinent la limite extérieure du site antédiluvien. Au fond, les murs sont percés de tunnels dont les Islandais attendent de voir si quelque chose en sortira quand ils secouent Kadhafi, dont ils se servent ainsi comme d’un appât, comme d’une mouche devant le trou d’une araignée. Kadhafi est en effet placé par les manieurs de corde devant un de ces tunnels mais, comprenant le but de la manœuvre, il parvient, par la résistance qu’il oppose depuis ces profondeurs, à se maintenir en retrait par rapport à l’entrée, hors de la vue d’un possible occupant du tunnel. Or il semblerait que ces conduits soient occupés par de colossales créatures tentaculaires.

Un flashback nous ramène quelques jours auparavant. Je suis dans la même maison d’hôtes où le dictateur libyen est descendu avec sa suite. Ayant acheté en ville une paire de chaussures de femme, chaussures du genre vulgaire, à talons hauts, Kadhafi cherche à les passer à une hôtesse de l’air arabe de sa suite, chaussée de sandales. Il ne fait aucun doute que le dictateur cherche à lui passer ces chaussures car elles lui semblent plus affriolantes, et comme il ne se laisse nullement décourager par les refus et la résistance de l’hôtesse, je crains qu’il ne finisse par la violer. Il a déjà réussi à lui passer une chaussure, il ne reste plus que l’autre. Aussi, je demande à un officier militaire de la suite de Kadhafi de l’empêcher d’aller plus avant. Se laissant convaincre par mes arguments, le militaire pose la main sur l’épaule de Kadhafi, le retourne et lui assène un violent coup de poing dans la figure. « Pas comme ça ! », m’écrié-je, car je pensais que l’officier ramènerait son maître à la raison par des paroles. L’officier, pour la carrière duquel je ne suis dès lors guère optimiste, se retire tandis que j’aide Kadhafi, sonné, à s’asseoir dans un fauteuil. Outre la douleur physique, on sent que cet incident lui cause une grande souffrance morale. L’hôtesse de l’air en est apitoyée et, tandis qu’elle prodigue des soins au dictateur, celui-ci la convainc de reprendre les choses où elles en étaient quand il reçut le coup de poing. L’hôtesse n’oppose plus aucune résistance, elle s’accroupit entre les jambes du dictateur et commence à lui caresser l’entrejambes.

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Le gouvernement interdit les restaurants aux vétérans de retour du Vietnam en raison d’un événement dont je suis responsable.

Au Vietnam, je défendais seul, un jour, une position armé d’une simple carabine. Avec une telle arme je ne pouvais tirer beaucoup de munitions, et mes tirs n’étaient pas non plus précis, je manquais mes cibles. Aussi l’ennemi parvint-il facilement à s’approcher bien qu’il eût à traverser une zone découverte. Cependant, au moment où les Viets se croyaient sur le point de parvenir à leur but, je jetai la carabine et les canardai avec une mitrailleuse. Comme ils étaient à la fois proches et exposés, ce fut un véritable massacre.

De retour aux États-Unis, je me rendis dans un fast-food. Certains avantages avaient été créés pour les vétérans dans la vie civile. Au fast-food, par exemple, normalement le client demande bag ou regular, à savoir, soit il emporte sa commande dans un sac en papier (bag) soit il mange sur place et se fait servir sur un plateau (regular). (C’est ce qui correspond dans la réalité à « to eat here or to take away », souvent réduit à « here or take away ».) Pour les vétérans avait été créée la nouvelle formule bagular, à la fois bag et regular, c’est-à-dire qu’ils pouvaient manger sur place en ayant leur nourriture servie dans un sac en papier, et certaines places étaient par priorité réservées aux formules bagular.

Ce jour-là, je commandai donc ma formule bagular et rejoignis dans le restaurant un groupe de personnes qui voulaient m’entendre parler de mon expérience au Vietnam. Or, quand j’en vins à l’événement mémorable que j’ai décrit, je revécus la scène avec une telle intensité que la mitrailleuse m’apparut dans les mains et que je canardai les clients du restaurant comme si c’étaient des Viets.

J’avais donc commis une tuerie de masse dans le fast-food. Si le gouvernement décida d’interdire alors les restaurants aux vétérans de la guerre du Vietnam, c’est peut-être aussi parce que ce regrettable événement n’était pas isolé.

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Au lycée, nous organisons entre amis un banquet à l’approche de la fin de l’année scolaire. G., assis à côté de moi, parle du calendrier des examens qui lui restent à passer dans sa classe scientifique et me demande ce qu’il en est pour moi. Je lui dis que je ne peux répondre à sa question : « En classe scientifique vous avez un planning mais en classe littéraire nous n’en avons pas. » Cette réponse est appréciée des élèves de classe scientifique, car c’est évidemment une pique contre le fonctionnement des classes littéraires, où, à cause d’une forme de paresse intellectuelle, nous ne pouvons rien prévoir, rien planifier.

Comme souvent quand je rêve d’examens, je suis pris d’inquiétude car des examens approchent (même si, dans le cas présent, je ne sais pas exactement quand ils doivent avoir lieu) et je n’ai encore rien fait pour m’y préparer.

Plus tard au cours du repas, G. me raconte la récente sortie du ministre de la justice sur le mariage. Le ministre aurait dit que les femmes devaient se marier parce qu’elles sont égales aux hommes.

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Je dois prendre l’avion avec dans mes bagages mes derniers écrits, qui tombent peut-être sous le coup de la loi, mais je me dis que la police aérienne ne contrôle pas ce genre de choses. Or, lors du contrôle de sécurité avant l’embarquement, mon sac est ouvert et les manuscrits trouvés. L’agent me demande de le suivre dans les locaux de la police de l’aéroport. Je suis séparé de C. (♂) qui voyage avec moi.

On me demande d’attendre dans un couloir entièrement vide et nu, sous la surveillance d’un policier, tandis qu’on fouille dans une salle ma valise et les bagages de C. par la même occasion. Je reste debout contre le mur du couloir, tandis que le policier qui me surveille se tient à peu de distance, lui-même appuyé contre le mur mais seulement de la main pour me faire face. Un autre policier arrive et me dit de me déshabiller, en me montrant du doigt l’extrémité du couloir, où se trouvent des patères murales où suspendre ses vêtements ainsi qu’une chaise. Je m’y rends et commence à me déshabiller, en pensant que j’aurais mieux fait de mettre mes cahiers au fond de ma valise plutôt que dans mon sac à dos. Et puis, au vu de la tournure que prennent les événements, je me dis que non, qu’ils doivent avoir mon nom dans un fichier et auraient de toute façon fouillé la valise.

Le policier me dit de me dépêcher car cela fait une demi-heure déjà qu’ils s’occupent de nous. Bien que lancées sans apparence de sarcasme, ces paroles me font l’effet d’une cinglante ironie car, puisque l’on demande que je me déshabille, il faut croire que nous en avons encore pour un bon moment.

C. sort d’une salle et cherche à intercéder avec le policier –appelons-le le chef pour le distinguer de celui qui me surveille– mais celui-ci le remet sèchement à sa place. C. a l’air désespéré.

Tandis que je me déshabille, le policier qui me surveille, et qui m’a suivi du côté des patères, consulte son téléphone portable et murmure : « Jamais une femme ne m’a traité comme une m*** de cette façon. » Cela me donne une petite satisfaction, car c’est un ennemi présentement, mais ne laisse augurer rien de bon quant à son état d’esprit.

Je décide de garder mon caleçon et mes chaussettes et me tiens droit dans cet appareil pour faire comprendre que j’ai fini. Le chef me regarde et dit : « Enlève tout. » Je montre le caleçon d’un air interrogatif, comme ultime tentative de faire respecter ma dignité, mais le chef : « Les chaussettes aussi » (c’est-à-dire : oui, le caleçon, et les chaussettes aussi).

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Il y a des poèmes qui te blessent par des mots oubliés.

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Nous marchons dans une forêt que J., qui me sert de guide, me dit être du type « forêt de forêt ». Les arbres qui tombent abattus par le vent ou la foudre servent à la croissance d’autres arbres. C’est en voyant les arbres horizontaux sur le sol que l’on mesure vraiment leur taille colossale. La terre est rouge du fait de la décomposition des feuilles.

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Un bureaucrate est convoqué par son supérieur qui l’informe que son travail ne donne plus satisfaction. Selon le rapport, la cause de cette chute de niveau est la publication en ligne par l’intéressé de poésie qu’il écrit. Comme son travail ne donne plus satisfaction, on s’apprête à le radier. Il venait de faire savoir qu’il souhaitait quitter la bureaucratie en bénéficiant d’un dispositif de départ financièrement accompagné. Radié, il partira sans rien. Il comprend alors que tout bureaucrate demandant à bénéficier du départ accompagné se trouve radié sous un prétexte quelconque, que le dispositif n’existe en fait que comme un moyen pour la bureaucratie de détecter les éléments les moins motivés pour les écarter sans débourser un liard.

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La situation n’est pas des plus claires à Washington, D.C. Il semblerait qu’une milice ait organisé des mass shootings simultanés en plusieurs points de la capitale fédérale, dans le but de déclencher le soulèvement de l’Amérique conservatrice contre l’État profond. Cela aurait conduit alors un nombre important d’habitants de la ville à sortir armés de chez eux, certains en costume d’Halloween, pour commettre des actes de violence gratuite et précipiter la chute du régime.

Sur le quai de la gare, un train arrive de Philadelphie. Trois hommes et une femme en sortent, obèses et armés jusqu’aux dents, pour participer au soulèvement. Ils pensaient que le train serait bondé de gens déterminés comme eux et sont très déçus de constater qu’ils sont les seuls à s’être déplacés. Je m’approche et leur demande, constatant avec eux l’inertie des gens, s’il est bien vrai qu’un soulèvement a lieu.

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Je vais au fast-food avec G., qui a décidé de se faire passer pour muette. J’accepte donc de commander pour elle et lui demande d’écrire ce qu’elle souhaite sur un bout de papier que je lui tends, un vieux ticket de caisse tout froissé. Après avoir écrit, elle me repasse le papier, sur lequel je ne vois rien. « Are you f***ing with me ? » dis-je, irrité. En fait, ainsi que me l’explique la troisième personne qui se trouve avec nous, comme son stylo n’a plus d’encre, G. a « gravé » sa commande avec la mine ; je vois en effet quelques vagues formes gravées par enfoncement du papier.

Une caissière m’appelle pour passer commande. Je me rends à la caisse en espérant pouvoir déchiffrer les notes de G. Regardant de nouveau le papier, je vois cependant que, devant ma difficulté à lire ses « gravures », elle m’en a remis un autre et que j’ai maintenant dans la main une ancienne facture du même fast-food où G. a déjà mangé ; mais elle était alors en groupe et avait payé pour tout le monde, si bien que la facture ne m’indique que très imparfaitement ce qu’elle souhaite. Je décide donc de choisir au hasard dans cette commande un burger, une boisson et un dessert. Or les noms que je lis sur la facture me sont si peu familiers (je ne connais pas cette chaîne de restaurants) et sont si peu explicites que je suis obligé de me les faire expliquer par la caissière. Sans doute parce qu’elle trouve que cela commence à prendre beaucoup de temps, G. me rejoint à la caisse et commande elle-même à voix haute. Elle cesse donc de se faire passer pour muette et je rougis de honte à l’idée que nous devons être ridicules pour ceux qui furent témoins de notre manège quand elle faisait la muette.

Le temps passe, G. et moi nous sommes perdus de vue. Je trouve un jour sur YouTube une vidéo d’elle. C’est un film d’un peu plus d’une minute dans lequel elle participe au programme d’un youtubeur connu qui publie des vidéos où il gifle des personnes consentantes. Cela commence par un bref entretien où G. se présente. En la voyant dans cette vidéo, je suis stupéfait par sa beauté merveilleuse, notamment la beauté de ses yeux, qui ne m’avait pas échappé dans la réalité mais qui paraît ici sublimée. Le youtubeur a, tout du long, un ton égrillard, comme s’il produisait des vidéos de caractère sexuel sadomasochiste. Le moment de la gifle est venu, il ne se passe rien, on nous explique qu’une gifle invisible a bien été donnée. Puis nous voyons G. et le youtubeur discuter sur le pas d’une porte, je crois entendre G. gémir de plaisir ; cela pourrait être un extrait d’enregistrement du off entre le gifleur et G., ce qui m’enrage. Les deux sont rejoints par d’autres sortant de la maison, qui quittent les lieux avec G. Le gifleur reste seul, il marche vers la caméra en concluant : « Les participants à mes vidéos ne m’invitent jamais avec leurs amis et c’est bien dommage. » Je me dis alors que s’il avait fait gémir G. de plaisir, elle l’aurait invité à sortir avec ses amis et que les gémissements en bruit de fond sont donc un ignoble trucage de ce youtubeur, chez qui d’ailleurs tout est ignoble. Que G. se soit abaissée à faire cette vidéo, même si elle peut toujours dire que c’est peu de chose, me révolte. Je suis convaincu qu’elle l’a fait en représailles contre moi, pour me blesser.

Je décide de tout quitter en n’emportant que mes souvenirs de G. Errant dans les rues en short et tee-shirt, tenant à la main un sac en plastique contenant les souvenirs, j’ai l’air d’un sans-abri qui porte avec lui tout son bien. J’arrive dans un jardin municipal où je cherche à entrer. Un petit groupe de personnes, visiblement des étrangers d’Europe de l’Est en situation irrégulière, me croisent et, me prenant pour un véritable sans-abri, plus ou moins comme eux, me conseillent de rebrousser chemin car la police est en train de quadriller le jardin pour vérifier les passes sanitaires de tout le monde. Je fais donc comme ces illégaux et me carapate, tout en observant du coin de l’œil la police qui a rassemblé les paisibles occupants du jardin pour les contrôler, sans aménité, les uns après les autres. Car j’ai quitté mon domicile en oubliant mon passe sanitaire et ce serait bête de prendre une amende alors que j’ai bien reçu les deux injections. Je décide donc de retourner chez moi, ma vocation de clochard remise à plus tard.

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En vacance aux Bermudes, « territoire britannique d’outre-mer » où le bermuda peut être porté dans le Parlement local (ceci n’est pas dans le rêve mais un souvenir de la réalité), je suis charmé par une colonie britannique figée dans le temps, plus britannique que l’Angleterre elle-même, aujourd’hui dégénérée. Dans la capitale, dont le nom, ainsi que me l’apprend internet à mon réveil, est Hamilton, j’admire un boulevard planté d’essences d’arbres exotiques.

Je suis en pension sur un campus universitaire où l’Angleterre a transporté le modèle de ses universités d’Oxford et Cambridge. Alors que je prends mon petit déjeuner dans le réfectoire gothique, où des touristes coréens me regardent haineusement pour être là dans mon élément, de manière si consciente, je reçois un appel téléphonique. C’est U., qui me dit qu’il se rend en voiture à … et me demande si je souhaite qu’il m’y conduise. Je lui réponds que je me trouve aux Bermudes. « Aux Bermudes ? », répète-t-il et je sens dans sa voix une admiration mal dissimulée et quelque peu jalouse pour cette destination inattendue qui lui démontre, s’il en était besoin, à quel point je suis cool. En allant et venant dans le jardin attenant au réfectoire, je lui raconte mon séjour. Tout en parlant, je l’entends qui discute avec sa femme et comprends donc qu’il a posé le téléphone. À un moment, je l’appelle : « U. ? », pour savoir s’il peut m’entendre. Pas de réponse. Je raccroche sans que nous nous disions au revoir.

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Un scandale éclate quand est révélée l’existence d’un réseau de prostitution de mineures au service des élites politiques. Dans le journal de grande diffusion dont j’ouvre les pages, je trouve, illustrant un long article sur le sujet, des images pornographiques tirées de cette activité, le visage des clients n’apparaissant pas et ceux des victimes étant barrés au niveau des yeux pour qu’on ne puisse les reconnaître. Alors qu’elles provoquent un début d’excitation sexuelle en moi, je trouve ces images totalement déplacées, car l’effet que je suis en train de sentir me laisse penser que cette publication incitera les gens à recourir aux services de prostituées mineures. Cela m’étonne à peine : j’y vois une confirmation de la collusion de la presse avec l’État profond et la classe politique éclaboussés, et cet article est une manière de dire aux petites gens : « Vous feriez la même chose à leur place. »

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Un squatteur signe sans le savoir son arrêt de mort en occupant une maison abandonnée où a été cachée une grosse somme d’argent. Venu sur place pour tenter de trouver l’argent, je suis repoussé par le squatteur qui se fait passer pour le propriétaire des lieux. Pour éviter un esclandre, je n’insiste pas mais je reste dans les parages en guettant une occasion de pénétrer dans la maison. Un homme que je reconnais comme un assassin s’y présente à son tour et je comprends qu’il ne laissera pas le squatteur lui jouer son numéro de propriétaire en colère.

Plus tard, je me trouve avec une compagne à l’intérieur d’une école désaffectée où, dans une classe vide, je suis en train de cacher une grosse somme d’argent. Avant de finir, je me rends compte que de l’argent est resté dans une autre salle, à l’étage inférieur, et que je ferais mieux d’aller le chercher et de l’apporter ici pour le cacher avec le reste. Au moment où je vais sortir, la femme, qui veut m’accompagner, me dit qu’il vaudrait mieux finir de cacher l’argent ici avant de rapporter l’autre, pour éviter que quelqu’un ne le trouve pendant que nous sommes sortis. Je ne l’écoute pas. Dans les escaliers, nous sommes arrêtés par le même assassin que plus haut, à la recherche de l’argent. Une fusillade éclate. Je le touche plusieurs fois avant qu’une de ses balles ne me touche, mais il porte un gilet pare-balles et pas moi. Il s’apprête alors à me torturer pour que je lui révèle où se trouve l’argent et commence par décrire longuement ce qu’il va me faire, dont je retiens qu’il veut m’éplucher comme une orange.

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Le chocolatier du village se sert de chocolat usé, qu’il va chercher dans les poubelles, pour faire son chocolat.

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Shawn et Bez, du groupe Happy Mondays, cuvent, allongés sur la moquette, un cocktail d’alcool et de drogues. Depuis le canapé, je leur cite un penseur français qui a dit « La jeunesse est l’élégance de l’âme », ce que je traduis par « Youth is the distinction of the soul », mais j’ajoute que certaines âmes, comme celle de Shawn, sont toujours distinguées.

Une blonde fillette vient nous dire qu’elle fait une machine à laver et nous la suivons donc avec notre linge sale dans la salle d’eau, où, tandis que nous sommes agenouillés pour enfourner le linge dans la machine, elle nous compisse chacun à notre tour.

Jetant un œil dans le tambour de la machine, je vois que c’est en fait un passage vers une autre salle de bain. Après avoir jeté le linge à même le sol de cette nouvelle pièce, je demande : « Pourquoi y a-t-il un cabinet dans la machine à laver ? »

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Grâce à une hypnose collective, j’ai pu me rendre coupable d’un crime de stupre sur une connaissance. Malheureusement, parmi les personnes que j’endormis, se trouvait un petit garçon dont le subconscient a retenu mes incantations d’hypnotiseur et qui se prend à les fredonner de temps en temps, comme une chanson qu’il aurait apprise, sans qu’il puisse dire, quand on lui pose la question, où il l’a entendue. Cela risque de révéler mon crime aux esprits pénétrants. Le temps que je me décide à faire disparaître ce petit garçon, un homme est parvenu à reconstituer le fil des événements. Il entend donc me livrer à la police et me ligote à l’aide d’une corde, mais je parviens à lui échapper en plongeant, la nuit, dans une rivière. Comme je suis emporté par le courant, il croit savoir où me saisir de nouveau et court le long de la berge pour m’intercepter. Incapable de lutter contre le courant en surface, je plonge vers le fond, où se présente ma liberté sous la forme d’un tunnel englouti qui doit me conduire vers une issue inconnue de mon poursuivant, mais, refusant une fuite déshonorable, je me jette dans un cachot sous une cloche d’air, où, m’asseyant en tailleur, j’entends me laisser stoïquement mourir d’inanition en expiation de mon crime.

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