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Les serpents de Méduse : La poésie d’Amalia Guglielminetti
La poétesse italienne Amalia Guglielminetti (1881-1941) est, ainsi qu’elle l’écrivit elle-même non sans amertume vers la fin de sa vie, surtout connue dans son pays comme la maîtresse de Guido Gozzano, poète qu’elle décrit comme « post-décadent » et qui figure parmi les noms les plus représentatifs du crepuscolarismo, un mouvement que nous avons déjà cité dans l’introduction de notre billet sur Corrado Govoni ici. Le crépuscularisme est le courant, issu du décadentisme de la fin du siècle, qui fait en Italie la jonction avec le futurisme.
Amalia Guglielminetti avait cependant connu le succès. On peut la rattacher aux poètes décadents français Robert de Montesquiou et, moins connue que ce dernier mais du même sexe qu’Amalia, Nina de Villars, dont on se rappelle surtout qu’elle tenait un salon littéraire et qu’elle fut intime avec Charles Cros. On aurait donc une même sorte de confinement pour ces deux poétesses, essentiellement réduites au statut de maîtresses. – Cependant, il convient de faire remarquer qu’au même moment la célèbre, et sulfureuse, Rachilde tenait en France non seulement, comme Nina de Villars, un salon littéraire mais aussi, pendant quelque vingt ou trente années, la « chronique des romans », c’est-à-dire la critique, au Mercure de France, une position à n’en pas douter fort influente dans le milieu littéraire.
Les poèmes suivants sont tirés d’un recueil intitulé I serpenti di Medusa (Les serpents de Méduse), de 1934. Ce recueil est une anthologie personnelle de la poétesse, à partir d’anciens recueils publiés entre 1900 et 1913 : Les vierges folles, La femme insomniaque… Guglielminetti a également écrit des romans et pièces de théâtre, ainsi que des contes pour enfants. À la différence des décadents français, qui ont conservé une forte empreinte parnassienne, sa poésie est essentiellement psychologique, voire psychanalytique au sens littéral d’analyse du psychisme ; en cela, on pourrait la comparer aux auteurs d’une certaine littérature du dix-septième siècle, autour de Mademoiselle de Scudéry, intéressés par une « cartographie du tendre », c’est-à-dire une description des états amoureux et des principes de la cour d’amour. La cartographie du tendre de Guglielminetti est cependant, ainsi que le laisse entendre le titre même de son anthologie, plus cruelle, mais aussi plus pessimiste, conformément aux canons de l’esthétique fin-de-siècle.
Il ne paraît pas qu’Amalia Guglielminetti ait été traduite en français ; c’est à présent chose faite.
*
*
Les séductions (Le seduzioni)
Celle qui a les yeux ouverts à toute lumière
et comprend la grâce de chaque parole
vit de tout ce qui la séduit.
Je vais attentive car je vais seule,
et mon rêve, qui sait jouir de tout,
quand je suis triste me console.
J’ai exprimé le suc de tous les bons fruits
mais n’ai point voulu me rassasier, et jusqu’à présent
aucun de mes désirs n’a encore été détruit.
Ainsi, prompte à la ferveur, l’âme adore
pour sa propre joie, sans attendre aucuns présents,
et comme une fusée de feu d’artifice dans le ciel nocturne
à tout moment m’éclot un rire de séduction.
*
La jeunesse (La giovinezza)
Jeunesse, de toi seule je fais ma compagne.
Tu sais faire silence quand je suis sereine
et sais parler quand âprement je me plains.
Tu sais m’admonester, de ta voix pleine
de douceur : – À quoi bon pleurer ?
Mieux vaut chanter avec des grâces de sirène.
Tu fais briller dans mes yeux un rire pareil
au scintillement d’argent d’une étoile,
t’étonnant du moindre de mes maux.
Tu t’essaies à la louange et dis : – Tu es belle !
Et tu te moques : – Tu portes une couronne sur la tête…
Et tu me caresses comme une sœur
jusqu’à ce que je te sourie. – Et tu es bonne !
*
Ce désir sempiternel (L’antico desiderio)
Séduction plus que toute autre forte,
avant toute autre et plus cruelle, fut celle
à l’invitation de laquelle je t’ai souri, ô Mort.
Par laquelle le désir qui flagelle
pour la première fois accabla de muette
stupeur ma fraîche virginité.
Et je me suis connu des mains de velours
pour les longues caresses, et pour les noms
chers une voix douce comme un luth.
Et j’ai senti dans ma bouche les arômes
d’un fruit mûr pour l’avide morsure,
mais l’âcre impureté des sens farouches,
je la mortifiai de ma superbe pure.
*
Les dons (I doni)
Nombreux dons de joie et de grâce
sont offerts à qui voit et sent
avec la belle ferveur d’une âme non rassasiée.
Aucun don ne se refuse à qui, sans rien
demander, par son rêve conquiert
tout et y imprime son sceau ardent.
Ainsi le bon artiste renferme-t-il
le ciel le plus divin dans une simple toile
pour en jouir seul, en pur égoïste.
Ô ardeur des yeux qui ressemble au geste
violent d’une bête de proie, ô regards qui sont comme
des mains d’amant s’attardant nues
dans un trésor de chevelures de femmes !
*
Une main (Una mano)
Ce fut précieux, pour celle qui va seule,
de se sentir un jour le cœur pris dans une main,
et d’en avoir un rire à la bouche et des pleurs dans la gorge.
C’était une main ambiguë, d’une pâleur
toute féminine mais au contour viril.
Belle main de suave séducteur.
Lente en chacun de ses gestes, mais fébrile
dans la caresse au point, presque, de faire mal,
forte dans l’étreinte au point de paraître hostile.
Peut-être que dans ses veines coulait un fluide fatal ;
elle, avec des lèvres voraces,
le buvait, et une trouble saveur, pareille
à l’âcreté du poison était dans leurs baisers.
*
Les gemmes (Le gemme)
Âpres séductions de gemmes et d’ors
sous de brillants convolvulus destinés
à en verser ou recevoir les fulgurances.
Derrière le cristal, les trésors ont des palpitations
recueillies, et celle qui s’y attarde
ouvre grand des yeux stupides.
Elle contemple les solitaires† à la belle eau
comme Ève regardait les yeux du serpent
rayonnants d’une promesse ensorceleuse.
Sous le battement fréquent des cils
se reflètent la froideur impériale
des émeraudes et l’arc-en-ciel fugace
des éclairs au cœur de l’opale.
† solitaire (n.m.) : « Diamant monté seul, le plus souvent en bague. » (Cnrtl)
*
Choses qui charment (Cose maliose)
Le piège brillant est mal tendu.
J’admire, et pour mon esprit absorbé
le désir est plus beau que la possession.
Tout me plaît. Le visage pâli
par l’ivresse, je respire des essences rares dans des flacons,
un fruit suspendu dans un jardin m’attire.
Une certaine voix me fait mal au cœur
tant elle m’est chère, et certains crépuscules rougeoyants
m’enchantent par le dragon qui s’en détache.
Je caresse de la main l’anse d’un vase
avec art façonné dans une forge grecque,
je froisse les douces vagues d’un satin
ou je joue avec les écumes d’une dentelle.
*
L’adieu (L’addio)
Va-t’en vers ta grise destinée ;
et que te soit dur l’adieu, toi qui un jour
m’as aimée, mais que ton chemin soit sans obstacles.
Je ne presserai pas mes mains autour
de tes poignets, implorante. Je te congédie.
Et que ton départ soit sans retour.
Bien que je voie le rire de tes yeux
assombri par la tristesse du regret,
je ne crois pas à ce tardif repentir.
En ce jour il est mensonger, mais demain
le repentir se fera sanglot et le souvenir souffrance.
Ils te mordront le cœur d’autant plus cruellement
que tu seras seul à savoir.
*
La liberté (La libertà)
Présent de glace, liberté, que vaux-tu ?
J’erre, entraînée par tes doigts aériens,
par tant de routes que j’oublie aussitôt.
Je vais et ne sais quelle étrange anxiété m’appelle
de lieu en lieu, si bien qu’à peine arrivée
je suis poussée à de nouveaux départs.
Des attraits nouveaux brillent devant mon âme,
m’attirent par leurs doux mensonges
là où les chaînes sont d’or ou de fer.
Qui te perd, liberté, te convoite.
Pour qui te possède, tu ne vaux plus rien.
On se blâme, escorte ailée, de t’avoir pour soi
et l’on t’emploie à rechercher la servitude.
*
Jalousie (Gelosia)
Je ne sais où elle se cachait. Peut-être
au fond de l’ombre vide des miroirs.
Je ne la voyais pas mais j’entendais son rire mordant.
Il résonnait subtilement dans mes oreilles
avec une note de sarcasme,
semblait retentir derrière les vieilles tentures.
C’est ainsi que je perçus la créature, inconnue,
de volupté, la proie luxurieuse,
celle qui laisse sa trace infâme.
Et je restai de glace sous la furie
du désir ; je me défendis farouchement
de celle qui riait d’un âcre rire injurieux
et de celui qui suppliait en gémissant.
*
Lointain I (Lontananza I)
À toi qui m’aimes et te trouves si loin,
à toi qui sous des cieux tropicaux
vois passer mon vain fantôme,
à toi qui connais mon mal profond,
qui entends le halètement de mes veines,
qui connais ma soif mortelle,
je viens aujourd’hui de mon pas le plus léger,
souriante, comme tu aimes
à me rêver en tes heures sereines.
Mais je n’apporte point la paix comme tu le souhaites.
Je suis l’insomniaque, la tourmentée
et j’ai en moi le désir obstiné qui jamais ne se tait.
Tel est, Inconnu qui m’aimes, ce que je t’apporte.
*
Lointain III (Lontananza III)
Et tu me suis, dis-tu, sans cesse
le long des rues grises où je vais,
le pas las et le visage dédaigneux.
Toi qui respires sous le ciel le plus divin,
chaud de lumières et de parfums,
tu m’accompagnes dans l’ennui de la ville.
Non ! Mieux vaut, dans les lointains azurés,
te voir errer à l’ombre des palmiers,
faire halte parmi des rondes de danses sauvages.
Et, tout à coup, sous cet arc d’outre-mer
je te rejoins, ivre d’égarement,
je vois ton visage se pencher vers moi,
exprimer un tourment d’extase.
*
L’autre visage (L’altro volto)
Derrière l’écran d’une surface polie,
m’interroge, me scrute l’autre visage,
et muette je cherche à comprendre l’étonnement recueilli
qu’il verse de ses yeux trop grands.
Depuis longtemps, toujours égale, toujours différente,
ô taciturne, je te connais, j’accueille
ta pensée vigilante ; depuis bien longtemps
mon regard converse avec le tien.
Enfermée dans le miroir, tu me ressembles,
tu es peut-être un autre moi, mais
comme une étrangère tu m’étonnes toujours.
Tu restes nouvelle, et souvent tu me contemples
si pâle dans l’ombre épaisse des cheveux
que je te demande : – Qui es-tu ? de quoi souffres-tu ?
*
Contraste intime (Contrasto intimo)
Où se cache un amour douloureux,
là-même un fiel obscur fait son nid.
L’un, de ses cris acerbes, aigrit
l’autre, égaré sur des rivages inconnus.
La haine orgueilleuse souvent se confond
avec l’amour qui s’humilie et craint,
car une même passion guide
les deux, aveugles, sur leurs chemins profonds.
Il y a en nous, peut-être, une martyre qui se réjouit
de son supplice et une prisonnière
qui se révolte et ronge ses liens.
L’une voudrait baiser la main
qui se fait pour elle toujours plus féroce,
l’autre y plonger une morsure inhumaine.
*
Lasse (Tediata)
Tu t’abandonnes, ô pâle indolente,
à la profuse mollesse des coussins,
et dans une volupté somnolente tu baisses
tes lourdes paupières, si lasse.
Comme une ivresse légère, tu traînes
ton esprit oisif au milieu d’ombres étranges,
bien que tes yeux verts de chat soient voilés
par quelque soporifique arôme oriental.
Tu es comme une belle et souple tigresse
qui s’allonge sous un palmier
en mouvements de royale paresse.
Mais le serpent tentateur ne te provoque point,
et pour secouer ton abrutissante apathie
tu te laisserais vider le cœur de sang.
*
Un désir (Un desiderio)
Pleurer tout doucement, le visage
contre ton épaule, voilà ce que je voudrais,
comme une enfant qui ne peut plus supporter
le secret qui la brûle et la glace,
et rester ainsi, jusqu’à me taire
dans la vague atonie d’un sommeil léger,
jusqu’à ce que le mauvais sort qui me possède
s’annule et qu’il n’en reste aucune trace.
Je sentirais mon cœur devenir immobile,
disparaître lentement sous mon sein
et ne plus laisser là où il pèse qu’un vide noir.
Il me serait doux alors
de retrouver ma tranquillité d’esprit,
de me relever soudain et de fuir, en éclatant de rire.
*
La mélancolie (La malinconia)
Dans les veines s’insinue la mélancolie,
et c’est une maladie somnolente
pour laquelle il n’est point de remède,
une stupéfaction de vague folie.
Le désir le plus tenace s’égare,
et s’oublie le souvenir le plus intense,
comme la fumée d’un lourd envoûtement
d’opium, où jouit le plus celui qui le plus s’oublie.
Elle est comme un grabat où l’inerte
lassitude nous laisse sans vigueur,
les cheveux dénoués et les bras ouverts.
Elle a la torpeur de certaines nuits d’été,
où l’on s’endort engourdie
par la douleur obscure d’être en vie.
*
Un soir (Una sera)
Je laisse de nouveau descendre la nuit sur mon mal,
un autre soir pareil à cent autres, ou plus noir.
J’ai passé le jour aride recueillie sur une sombre douleur,
appelant encore une fois un amour sans retour.
Lovée sur moi-même comme un serpent,
froide comme une morte à genoux sur mon âme.
Alors une autre nuit descend du ciel, voilée de noir,
et roule autour de mes pensées ses tétriques bandeaux.
Elle accumule ses ténèbres autour de mon cœur taciturne,
enveloppe mon âme intense dans la lourde stupéfaction nocturne.
La nuit fraternelle apaise ainsi la douleur qui me mord,
pressant sa douce paume sur mes yeux, compatissante.
*
À ma douleur (Al mio dolore)
Calme-toi encore une fois, ma douleur, couche-toi
comme une bête lovée sur sa torpeur.
Retire tes griffes acérées de ma tendre chair,
ne t’acharne point à ce massacre : elle est déjà si lasse !
Laisse-moi, ô triste bête encore trop sauvage,
te promener à la laisse dans le monde.
Ne gronde pas si j’essaye une caresse. Cela t’apaise.
Dors dans l’ombre opaque de mon cœur comme dans un antre.
Je sentirai tes dents déchirer mes nuits blanches
sans retenir mes sanglots brisés ni mes longues lamentations.
Mais à la lumière du jour, à mes pieds accroupis-toi :
que nul ne sache à quel point je souffre de ta morsure.
*
L’ombre de la mort I (L’ombra della morte I)
Un âpre désir de mourir revêt d’un jaspe dur
le cœur que je renferme en moi, misérable et nu.
Car je le sens nu comme le mendiant le plus déshérité,
qui a perdu son orgueil mais à qui restent les maux et les larmes.
Nu comme un esclave cloué sur la croix rugueuse,
tel est le cœur qui n’a de voix que pour son indolent désir.
Vie, nécessité qui renaît chaque jour,
qui pèse à toute heure, terrible de vanité !
Toujours la sentir, s’en faire un supplice,
en porter le cilice mortifiant sur sa chair aride !
Et l’aimer pourtant comme une maladie qui persiste en nous,
entre assommante et triste, moitié sommeil moitié folie !
*
De l’amitié (Dell’amicizia)
Laisse-moi rire, l’ami, de ton serment.
Je le trouve si vain que je m’en gausse amèrement.
La passion des hommes est mensongère, mais l’amitié
a la malice ambiguë d’un visage d’histrion rusé.
Si je me suis prêtée, peut-être avec trop de complaisance, à ton jeu,
cet art stupide ou sournois ne m’a pas longtemps amusée.
Si j’ai paru aimer les creuses flatteries de ton mensonge facile,
c’était comme quelqu’un qui rêve et par paresse ne se secoue point.
À présent je me secoue et je ris, car le bel enchantement se dissipe ;
il vaut mieux que s’arrête ce jeu à tous deux malséant, hypocrite.
Non, tu n’as pas été attirée vers moi, liée à moi d’un cœur fraternel :
en-dehors de l’éternel amour nous sommes ennemis, d’instinct.
*
Le vampire (Il vampiro)
Ce n’est pas le plaisir qui suce mes veines ni le bistre qui assombrit
mon regard : un vampire plus sinistre détruit mes forces.
Désir, vermillon seigneur de l’ombre, à moi
tu t’accroches et jusqu’aux os plantes ta griffe acérée.
Et jusqu’à mon cœur plonges ton avide morsure ;
tu le vides, sans défense, gorgée après gorgée, petit à petit.
L’âme où ne languit jamais la soif et qui en souffre toujours plus
n’est-elle point une proie s’offrant au vampire qui la videra de sang ?
Telle est mon âme : pas une belle chose ne brille à mes yeux
qu’elle ne me fasse déborder d’avidité tourmentée.
Jamais rassasiée, je voudrais posséder tout ce qui me plaît au monde,
en moi renfermant en guise de cœur un oiseau de proie que je mortifie et qui me déchire.
*
Avance ! (Cammina)
J’étais au bord de la mer violette au crépuscule,
une tunique de soie couvrant seule mon corps.
Mes pieds nus laissaient leur trace sur le sable, et tout autour
mourait le jour, comme accablé d’ennui.
Gagnée de lassitude, je me disais à moi-même : Avance,
va devant toi, traîne ta longue tunique rose.
Avance pas à pas jusqu’à la fraîcheur des vagues,
ne crains pas que ta cheville s’enfonce dans la mer basse.
Avance jusqu’à ce que la mer monte à ta ceinture, à ta poitrine,
avance encore jusqu’à sentir le goût du sel.
Avance et que ta lassitude d’aujourd’hui et de demain disparaisse
avec toi. Avance et que la mer t’engloutisse comme une algue.
*
Le piège (Il laccio)
Toujours l’amour est le piège avec lequel me saisit la vie
quand, fatiguée de ses misères, j’avance vers une ombre plus vaste.
L’existence assigne des tâches variées et ambiguës à l’amour,
ce vague séducteur qui ment aux heureux comme aux malheureux.
Il est le leurre, le masque suave
que met sur ses joues caves la femelle hargneuse.
La fable qui parle de l’angelot Amour est sotte :
c’est un vieux jouet avec lequel nous captive la vie amère.
Ou c’est un sirop concocté par la grande sorcière
pour nous donner une vague stupéfaction un peu folle.
Ou bien c’est la légère morsure de l’araignée qui,
petit à petit, comme par jeu, fait mourir des ignorants qui dansent††.
†† Allusion à la tarentule, du nom de laquelle dérive celui de la danse appelée tarentelle, parce qu’on faisait danser les personnes mordues par cette araignée pour dissiper le venin.
*
La solitude (La solitudine)
Nous sommes seuls au monde : chacun vit au milieu d’un désert.
Rien n’est certain pour nous hormis ce vide profond.
Et les maisons contiguës des hommes, et les rêves et les choses
sont comme des ombres fumeuses disparaissant sur de troubles crépuscules.
Parfois l’amour entremetteur rapproche deux êtres solitaires,
les illusionne un moment, puis les rejette, ignorants, inconnus.
Quiconque aime son orgueil, sa vérité ou son erreur
est un voyageur chagrin demeurant sur un récif ;
Il se berce d’illusions aux premières caresses des vagues et du vent,
mais bientôt l’opprime l’accablement de l’espace énorme.
Il n’est rien de plus triste que cet abîme,
cette ombre épaisse qui sépare tout ce qui existe.
*
Sans mémoire (L’immemore)
Rien au monde ne s’oublie si facilement que l’amour,
aucune soif ne s’apaise dans une torpeur plus profonde.
Comme le sillon qu’ouvre dans la mer le navire fugace,
la blessure d’amour s’enfonce et disparaît dans le cœur.
Et l’on demande un jour à ce personnage sans mémoire : – Tant
de frissons, tant de larmes endormis déjà dans une paix si grande ?
Celui qui nous enflammait de son rire, qui nous tenait dans sa main
est déjà si loin et l’on ne se rappelle même plus son visage ?
Et l’oublieux, sans se défendre, écoute. À quoi bon mentir ?
Son grand mal était un jeu, une vaine apparence.
La fièvre de celui qui voulait mourir a disparu sans laisser de trace.
Déjà peut-être le menace un nouveau délire, encore plus fou.
Poésie futuriste italienne 4
Suite de nos traductions de poésie futuriste italienne. Les poètes suivants, dont l’anthologie que j’ai utilisée (la même que pour les deux précédents billets) présente la poésie de tendance futuriste des années vingt aux années quarante, ont fait leur entrée dans la littérature un peu après ceux que nous avons déjà traduits et sont dans l’ensemble moins connus que la plupart de ceux-là. Parmi les noms connus, Mainardi et D’Albisola le sont davantage pour leur œuvre, respectivement, de peintre et de céramiste que de poètes.
Ces poètes sont :
–Emilio Mario Dolfi : Porte-à-porte (a) et (b) ;
–Giovanni Gerbino : deux poèmes ;
–Enzo Mainardi: Les molécules du son ; La femme magnétique ; Stupéfiants ;
–Oreste Marchesi : mon lit ; tes cheveux verts ;
–Pino Masnata : la métropole verte ; gravier ;
–Bruno Giordano Sanzin : Intermezzo ;
–Tullio D’Albisola : un poème ;
–Geppo Tedeschi : Charpentier ivre ;
–Gaetano Pattarozzi : Vol au-dessus de l’île San Pietro ;
–Piero Bellanova : Vol au-dessus de Venise.
*
Porte-à-porte (a) (Porta a porta [a]) par Emilio Mario Dolfi
Il ne brise plus de cœurs
aux valvules de plastique
le Cupidon des années soixante-dix
programme en cartes perforées
Un échange d’électrocardiogrammes
unit Juliette et Roméo
sépare Abélard et Héloïse.
Quatre capsules d’éphédrine
et l’amour de Tristan et Iseult
se dé-wagnérise.
Un bain moussant
parfume et déterge la luxure
hétérosexuelle
au niveau de l’inconscient.
Casanova
renonce aux conquêtes
pour faire de la publicité pour déodorants.
L’amour à l’état de projet
est un mécanisme structuré
par la division
de la luxure en cycles complets.
*
Porte-à-porte (b) (Porta a porta [b]) par Emilio Mario Dolfi
Secrètement indécis
drogués de nostalgie
psychonautes maladroits
poursuivons la corruption.
La sagesse est un trésor
caché par des gnomes inconnus
dans des méandres
que la meilleure des sondes
ne peut atteindre.
Le module adapté pour plonger
n’a pas été découvert
car il est plus inutile encore que le module lunaire.
Une inconsciente émulation
pousse
à des tentatives de record théologique
des corps que les stades applaudissent
dans leurs exploits dominicaux
plus importants que les rites ecclésiastiques.
La liturgie du chantage
la vocation au naufrage
conduit à une blasphématoire ligne d’arrivée.
*
Par Giovanni Gerbino
Les femmes sont toutes dans la rue
ce soir,
et vont et viennent
infatigablement,
comme les fourmis.
Mais dans la marée haute
de papillons
flottent
les pavots si roses
aux appareils
téléphoniques
dans les yeux.
Et ce sont des sourires !
Ce soir
je veux me réjouir moi aussi :
un sou d’amour,
pharmacien.
*
Par Giovanni Gerbino
Ce soir j’ai envie de me pendre
avec la ceinture du pantalon
à un lampadaire électrique
de place moderne ;
parce qu’elle elle ne me regarde pas
cette demi-colombe
cette demi-hirondelle
aux yeux électriques
ouverts en fente.
Et parce que les gens sont tristes
abandonnés sur les bancs
comme s’ils attendaient
le passage
d’un cortège funèbre.
Même les enfants
ne savent plus crier
pour rompre cette atmosphère
de funérailles !
*
Les molécules du son (Le molecole del suono) par Enzo Mainardi
1°
Quand les clochers se réveillent
et que le bronze en petits copeaux vibrants
s’échappe dans l’air,
métallisant le clair de lune :
sur l’aile flasque des chauves-souris en vol
les copeaux de son
des cloches qui meurent en tremblant
s’argentent de musique lunaire.
2°
Quand les heures sonnent
je détourne les yeux de la terre moribonde
et les tourne là-bas
vers les peupliers scintillants
de miettes de lune :
où les cloches, dissoutes dans l’air,
agonisent en vibrant contre l’argent des peupliers
qui n’est plus miettes de lune
mais miettes de son.
3°
Il neige
et l’heure de bronze tremble dans le silence
sous le ciel de coton tuant la lune :
le cœur frissonne de froid
car dans le sang les molécules de son
trempées dans l’heure de glace
ont déposé vibrant
le tremblement de la neige.
4°
Sur le velouté silence
de la terre blanche de céruse
retentit la sirène, la neige qui papillonne
peint un ciel neuf et blanc :
les flocons fondants dans l’onde sonore
qui tournant et vibrant s’agrandit en tremblant,
font indécis un vol horizontal.
Ce sont des flocons de neige sonore.
Mais ensuite, la sirène mourant,
le cercle des ondes sonores
s’agrandit, s’abaisse, se perd au loin
et les flocons, abandonnés, tombent pesants
tandis que croît le velouté silence
de la terre blanche de céruse.
*
La femme magnétique (La donna magnetica) par Enzo Mainardi
Ma bien-aimée
est de velours brillant.
Pour la peindre je renverse Baudelaire,
je pense à une chatte noire
au pelage électrique
qui glisse sur le toit doré
d’une pagode indienne, pour dominer,
répandant sur des molécules de nuits d’argent
sa luxure tropicale.
Comment la peindre ?
Une serre de lampes électriques
chauffée d’éblouissants parfums ?
L’azur qui libère
noie le chant de la lune !
L’eau, où tombe son regard,
tremble dans une molle symphonie de couleurs.
Autour d’elle tout
est une vertigineuse succession
de sens et de désirs mêlés.
*
Stupéfiants (Stupefacenti) par Enzo Mainardi
Il y a du poison,
c’est ta voix de désir qui le sécrète,
tiède comme un répons graduel
de sens épuisants qui tournent sans cesse
pour se féconder
en restant immaculés.
Les perles tombent dans le verre à boire
avec un tintement d’indéfinissables couleurs
d’iris malades, mourant de langueur,
dans un tableau plastique qui se meut liquéfié
dans le glissement de reflets de lumières
émanant des parfums transparents
voilés de puissants narcotiques.
*
mon lit (il mio letto) par Oreste Marchesi
et je voudrais bien voir si vous arriveriez encore
à troubler mon sommeil
femmes ingrates
je veux être seul
mes douillets matelas
seront les crêtes aiguës
des arbres les plus hauts et les plus gigantesques
avec les branches je me ferai un tapis
avec le ciel une couverture bleue
immense
immense comme l’amour
dont j’ai souhaité vous faire présent
… mais dont vous n’avez pas voulu
dans cette noyade
allez allez à la mer
les poissons ont la peau visqueuse
comme votre amour
*
tes cheveux verts (i tuoi capelli verdi) par Oreste Marchesi
je veux rafraîchir
mes mains brûlantes
merci titanesque demoiselle
mais je plongerai aussi
dans ta chevelure de plumes
tout mon corps
la terre sera ton crâne
et l’herbe fraîche sera
ma boisson consolatrice
parfumée de soleil
*
la métropole verte (la metropoli verde) par Pino Masnata
dans la ville siffle la sirène
tout répond à son propre appel de sirène électrique
le roulement le service une cheminée d’usine haute dans le ciel
jeter bois-espoir et charbon-travail mais tout devient fumée
les stalactites marmoréennes de la cathédrale suintent pleurs et prières dans les abîmes du ciel
maisons bureaux rues chantiers agité insomniaque
travailler huit heures pour ne pas mourir et à la fin du jour pouvoir sans chapeau sans gilet avec sa petite amie sur le porte-bagages de la motocyclette voler une heure d’amour
dans la bouche les brûlures des vins frelatés et le baiser n’a plus de saveur
dans les doigts le crépitement des journaux et les nouvelles ne sont pas intéressantes
dans le nez l’odeur forte de la benzine et toutes les fleurs ont été astiquées par la servante imbécile
dans les oreilles le vacarme de la ville et le ressac s’éboule avec le grondement des trams qui courent l’un après l’autre au loin
l’âne est un très mauvais haut-parleur
dans les yeux la poussière de l’asphalte et la campagne est une immense métropole verte
désormais notre âme est chromée
*
gravier (ghiaia) par Pino Masnata
je suis tu es il est le gravier
quand je reposais au fond du fleuve bleu je regardais les rayons de soleil se nickeler sur l’eau
j’étendais nonchalamment sur mon corps nu un réseau d’argent lumineux et ne servais à rien
à présent la machine m’a pris, chargé sur les chariots, amoncelé au bord des fossés, pelleté sur la route, comprimé
tran tran tran tran
demain des hommes outillés de pompes et de barils me couvriront de noir noir noir jusqu’à ce que je disparaisse pour pouvoir servir
*
Intermezzo par Bruno G. Sanzin
Les antennes positives transmettent :
K-407
– Je crois en l’infini, parce qu’en lui se reflète l’insatiabilité de l’aspiration active.
M-139
– J’aime l’infini, précisément parce que le désir ne peut être comblé par aucune possession.
X-523
– L’infini est l’atmosphère idéaliste du devenir, qui lui inspire sa tension anxieuse et bénéfique vers un crescendo positif sans interruption.
R-112
– L’intelligence est un fragment d’infini qui séduit le déterminé, l’amplifiant au-delà de la limite qui le contient.
A-93
– … susciter la curiosité sur le papier de verre de l’inconnu même, où il faut être prompt à absorber le nouveau à la vitesse de la lampe à magnésium.
Y-602
– … ne pas seulement découvrir mais aussi créer le nouveau, en construisant des pyramides d’idées inversées, pour symboliser : stabilité, avec la base carrée, et tension ascensionnelle, avec le sommet aigu regardant vers le haut.
––––––––
KK-LL
– vitesses pointues d’intelligence
C-815
– trajectoires hiéroglyphiques
MM-402
–allervenir
allervenir
S-188
– indécisionSTOPçasuffit !
C-815
– gouvernail se redresser démarrage se dissiper
––––––––
M-624
– mécanismes mouvementperpétuel chargés volonté volonté volontévolontévolontévolontévolonté
––––––––
AB-1
– K-407 et Y-602 affûtent leurs intelligences avec d’audacieuses évolutions géométriques. K-407 exprime un discours parfait, subtil, tournant sur lui-même de la façon la plus cinglante et sifflant les données exactes de sa vitesse périphérique. Figure immatérielle avide de tourner. Y-602 répond avec un triangle isocèle au sommet très aigu, lequel équilibre son ossature intuitive jusqu’à pointer, décidé, directement au centre du disque pour servir de support. Équilibre. Lentement le disque s’incline, tourne et s’incline, tourne et s’incline. Le sommet du triangle est contraint de glisser vers la périphérie, tandis que le disque tournant se redresse en hurlant toujours plus du fait de la vitesse due au mouvement excentrique. Le pivot effleure la limite périphérique. Moment. Action centrifuge. Fuite-éclair tangentielle du disque, victorieux sur la liaison triangulaire.
F-296
– Bientôt fusent de H-41 des droites piquantes pour affronter le fugace dans les profondeurs démesurées de l’espace.
AB-1
– Voilà M-129 qui manifeste la force explosive d’une sphère parfaite, flottant, pacifique, avec une lente tendance ascensionnelle. V-812 juge orgueil vide cette manifestation démonstrative. Il libère pour cette raison de nombreux points douteux, qui sautent sur la sphère, pesant sur celle-ci jusqu’à la faire retomber, jusqu’à la faire réabsorber par ce qui l’avait exprimée.
F-296
– À présent F-123 et N-231 se défient par questions et réponses. Ils apprêtent simultanément de tortueux problèmes. L’épreuve se décide en accrochant les points d’interrogation les uns aux autres et en tirant. Le premier qui cède a perdu.
––––––––
Ces géométries potentielles abstraites, qui tendent à une vie active, ont finalement attiré l’attention des indolentes stations négatives, lesquelles d’autre part – comme d’habitude embrumées dans les miasmes somnifères qui donnent raison à leur existence passive – ont léché superficiellement, et mal, et n’ont pas atteint en profondeur le sens des manifestations développées ; de sorte qu’il en sort une imitation grotesque qui avilirait tout esprit. Voilà donc :
– Calculons :
5 + 1 = 6
2 x 3 = 6
(surprise) Tiens ! Comme c’est étrange ! Comment se fait-il que le résultat pour les deux soit 6 ????
*
Par Tullio d’Albisola
La graine noire
EN DÉBUT DE SOIRÉE
Je suis un gros camion
– avec une remorque d’illusions –
chargé d’espérances
qui roule à 60
vers un garage fermé.
Phosphorescents d’amour
mes yeux-phares
déchirent
l’obscurité suave de la route.
(Pour parvenir jusqu’à toi,
j’ouvre grand ma réserve
de jeunesse,
Nelly !)
PLUS TARD
Le vent, ce soir,
gonfle les nuages et les salit
(ils ont une couleur
sidérurgique
et des formes grasses,
obscènes,
monstrueuses de baraques de foire).
Je lève la branche d’olivier bénite
que tu m’as donnée
et ils fuient
comme des diables
vers les Giovi1.
Difficilement lisible
comme une radiographie,
à présent
je te vois toi seule
dans le réservoir vide
– profond comme une cathédrale gothique –
de mon âme ;
et tu m’es plus chère
qu’une fresque du Giotto
et tu me sembles plus irréelle et divine
qu’une peinture religieuse de Fillia2,
Nelly !
La pulpe juteuse
SURPRISE
Près de l’arche de la voie ferrée
avec l’arrière-plan Butterfly3
le direct
des 10 et 40
m’a attaqué
bruyamment,
me mitraillant sur la bouche
30 grands baisers
horizontaux en or,
au goût rapide.
Oh… comme ça… demain,
furieusement
comme le direct,
Nelly !
(Je sens cette fuite d’acier
et ta fougue
dans ce dernier café.)
.
1 Les Giovi (verso i Giovi) : Toponyme pouvant renvoyer à divers lieux que ni le poème ni l’anthologie ne permet de déterminer.
2 Fillia : Nom d’artiste de Luigi Colombo, peintre futuriste.
3 Butterfly (il fondale Butterfly) : La caractérisation de cet arrière-plan renvoie sans doute à une forme ou une autre de style ou de technique artistique, mais, quant à savoir de quoi il s’agit au juste, ce n’est malheureusement pas dans mon bagage culturel et ne se laisse pas non plus aisément déterminer par une recherche en ligne. Spontanément, cela évoque en moi l’Art nouveau.
*
Charpentier saoul (Falegname ubriaco) par Geppo Tedeschi
Hier soir
j’ai vu là-bas
sous une arcade bleue
de ciel
le vieux charpentier
qui s’étant enivré
avec le moût
d’un coucher de soleil
d’août
voulait liquéfier
en hâte
sa colle
avec le feu d’un ver luisant
Et puis en repassant
je l’ai vu
en train de clouer distraitement
des bouts de nuit
et de lune couchante
*
Vol au-dessus de l’île San Pietro (Volare sull’isola di San Pietro) par Gaetano Pattarozzi
Ndt. L’île San Pietro est, en Sardaigne, une des deux îles de l’archipel des Sulcis.
Dans la vasque de porcelaine
les petites mains de l’aube
savonnent l’île San Pietro
rincent rochers et crevasses
des ténèbres de la nuit
Les chevaux affamés du trimoteur
rêvent aux verts faisceaux
des algues
fauchés dans les grottes marines
par les coutelas du soleil
Mais les antennes des bateaux
prient les bras en l’air
Ne troublez pas
l’arôme de la mer
avec des pesanteurs d’huile
et l’irisation de l’essence
Dans les hauteurs ondoient
de fabuleuses forêts de diamants
sur les îles de nacre
des nuages
dans les sables desquels
brillent
comme des yeux de chat
les paillettes d’or
du matin
Tandis que depuis les quais de corail
de l’horizon
grossissent des voiles violettes
ruisselant du moût des crépuscules
et que le soleil comme un écu tombe
dans la tirelire des montagnes
*
Vol au-dessus de Venise (Volare su Venezia) par Piero Bellanova
La lagune nous offre
un couchant tremblé
aux ténues opalescences de perle
Un or de mosaïques
coule du soleil
en flot unique
comme une crosse de patriarche
sur cette cathédrale brillante
tapissée d’azur liquide
Parfums de madones
et nuages infinis de voiles
tendres de première communion
Je sens dans la langueur de la lagune
un battement de cils bruns
qui baisent tes yeux
amoureux
Des caresses de gondoles
chargées de rêves
s’enroulent autour de ton cou
avec des médaillons de lune
et des écumes de dentelle
VIENS
Sur l’aile d’argent
je veux t’offrir Venise
de 3.000 mètres de haut
Petite perle
avec de minces veines de turquoise
À présent c’est un joyau
ciselé en filigranes vert pâle
de petites pierres taillées
Mets-le dans tes cheveux noirs
que baise mon regard
et que l’hélice pétrit
avec des vapeurs de soleil
VIENS
Nos cœurs proches
ont de longues ailes
dont l’ombre
donne des frissons
à l’eau caressée
Et moi avec les lèvres
humides de tous tes baisers rêvés
j’effleure le creux de tes mains
qui ont un parfum
d’étoiles et de forêts lunaires
*


