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Quatre poètes en dizains
Dizains d’hommage aux poètes Ernest Raynaud (1864-1936), Gabriel Vicaire (1848-1900), Jean Reboul (1796-1864) et Jasmin (1798-1864).
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La fille du poulet
T’ai-je déjà parlé de la fille du cogne,
Ami, de l’impudente épice sans drageoir,
Qu’en banlieue – oui, c’était du côté de Boulogne,
Mais plutôt Billancourt – j’aimais, sans le savoir,
Qu’elle était d’un poulet la tendre géniture ?
Ses fréquentations se faisaient dans l’ordure,
En dehors de mon cercle ; et que je suis penaud
D’avoir vu l’abri-fou dans ces voiles corsaires,
Pour elle composé des poèmes sincères…
Sans qu’elle eût de liens avec Ernest Raynaud† !
† Ernest Raynaud, poète et… commissaire de police.
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Auberge
Je ne sais ce qu’on trouve au pays de la Bresse,
Hormis de la volaille en liberté, dit-on,
Et des émaux, travail demandant de l’adresse,
Dont Gabriel Vicaire a fait quelque feston,
Mais j’ai vu dans Paris, la ville trop chantée,
Une auberge aux carreaux de couleurs, enchantée,
Et j’admirai beaucoup sa beauté hors du temps.
Quelle âme de poète a conçu, pour ces tables,
Un vitrail arlequin de carrés délectables ?
Qu’autant que le regard les becs y soient contents.
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Le boulanger de Nîmes
Et cet autre poète, un boulanger de Nîmes,
Qu’Alexandre Dumas visita dans son four
Après Chateaubriand, fougasses magnanimes
Et triolets bien cuits dont il savait le tour
Illustrèrent son nom, Jean Reboul ! notre guide,
Des rives du Gardon harmonieux Panide.
Je te parle d’un temps qui fut, ah ! monzami,
Doux comme de scander Mirèio sur les aîtres.
Aubanel, en fervent, dit qu’il gardait ses lettres
Dans le même tiroir que celle de Zani†.
† « La relegisse, quand siéu triste ; / La tène dins moun tiradou, / Emé ce qu’ai de mai requiste, / Emé li letro de Rebou » (La miougrano entreduberto, 1860)
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Le coiffeur d’Agen
Ce poète d’Agen, coiffeur de son état,
Ou l’inverse, fierté du Midi, des Cagotes,
N’a pas écrit un vers en français de l’État :
C’est Jasmin, l’immortel auteur des Papillotes.
Troubadour aux lauriers de ses Papillôtos,
L’entendre, c’était être un mangeur de lotos.
Sur les bouts de papier dont sortaient les frisures
Des lionnes d’Agen, il griffonnait ses chants.
Mais Balzac l’a moqué, comme d’autres méchants
De Paris, détestés dans les mas et masures.
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