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Poésie sahraouie contemporaine en espagnol (Traductions)

La Génération de l’amitié sahraouie (Generación de la Amistad Saharaui) est un cercle de poètes sahraouis de langue espagnole constitué à Madrid en juillet 2005. En 2006 ils publièrent l’anthologie Aaiún: gritando lo que se siente. Poesía saharaui contemporánea (Cuadernos de Exilios, Universidad Autónoma de Madrid) (Aaiún : crier ce que l’on ressent. Poésie sahraouie contemporaine), de laquelle je tire les traductions suivantes. Le titre de l’anthologie évoque à la fois le nom de la capitale du Sahara occidental, en espagnol El Aaiún, en français, le plus souvent, Laâyoune, qui signifie « Les Sources », et, comme il apparaît en page 17, le vers de Quevedo «¿Nunca se ha de decir lo que se siente?» (Il ne faudrait jamais dire ce que l’on ressent ?). Les poètes de la Génération de l’amitié sahraouie répondent en criant ce qu’ils ressentent devant l’histoire de leur peuple.

Ancienne colonie espagnole, le Sahara occidental fut envahi militairement par le Maroc après le départ de l’Espagne en 1975. L’invasion donna lieu à des déplacements massifs de population vers le sud de l’Algérie, où vivent depuis lors, dans des camps de réfugiés, quelque 200 000 Sahraouis (à l’époque de la publication d’Aaiún, en 2006, vu que je tire ce chiffre de l’« Épilogue » de Juan Carlos Gimeno Martín et Pedro Martínez Lillo publié en postface à l’anthologie). Dans le même temps que le Maroc forçait la population d’origine à fuir le territoire, il conduisait une politique de remplacement par des populations marocaines, une politique de « marocanisation » du Sahara occidental, si bien qu’en 2006 les Sahraouis n’y étaient plus que 20 % (même source). En outre, dans les années quatre-vingt, le Maroc érigea un mur de séparation de quelque 2 700 kilomètres entre le Maroc et le Sahara occidental, le « Mur des sables ».

La guerre entre les Sahraouis (Front Polisario), qui ont constitué une République arabe sahraouie démocratique, et le Maroc dura de 1975 jusqu’au cessez-le-feu de 1991, où il fut convenu qu’un référendum aurait lieu sur la question de la souveraineté du Sahara occidental sous l’égide des Nations Unies. Le référendum n’a toujours pas été organisé à ce jour.

La République sahraouie est officiellement reconnue par l’Union africaine, dont elle est un membre à part entière depuis 1982 (provoquant le départ du Maroc), ainsi que par d’autres États qui n’incluent pas la France, où la monarchie alaouite jouit de la plus grande considération, jusques et y compris dans les milieux traditionalistes, qui y voient une création du maréchal Lyautey, militaire de la Troisième République (et « résident général » du Maroc colonial) dont ils louent les convictions royalistes.

Les poètes de la Génération de l’amitié sahraouie sont nés pendant la colonisation espagnole et ont appris l’espagnol à l’école. Après l’invasion marocaine, nombre d’entre eux ont poursuivi leurs études en Espagne et, surtout, à Cuba, qui accorda de nombreuses bourses d’études aux jeunes sahraouis exilés. Ainsi, sans que je m’y attende, je rencontre à nouveau Cuba au cours de mes travaux de traduction poétique.

La plupart des membres de la Génération de l’amitié sahraouie ont reçu leur formation intellectuelle à Cuba. Beaucoup ont également participé, à leur retour, aux activités des organes culturels de la précaire société sahraouie des camps de réfugiés, tels que la radio nationale sahraouie. Plusieurs d’entre eux vivent actuellement en Espagne.

Ce sont ces poètes qui, avant même que le groupe de la Génération soit formellement constitué en 2005, ont impulsé cette « poésie d’origine récente, encore sur le seuil de l’adolescence, et qui grandit : la poésie sahraouie de langue espagnole » (poesía de reciente nacimiento, en el umbral de la adolescencia todavía, que va creciendo: la poesía saharaui en lengua española) (préface à Aaiún par l’arabisant espagnol Pedro Martínez Montávez).

J’ai traduit au moins un poème de chacun des poètes représentés dans l’anthologie, à savoir : Ali Salem Iselmu (2 poèmes), Bahia Mahmud Awah (1), Chejdan Mahmud Yazid (1), Mohamed Salem Aldefatah, dit Ebnu (3), Larosi Haidar (2), Limam Boicha (2), Luali Lehsan (2), Mohamed Ali Ali Salem (1), Saleh Abdalahi (1) et la poétesse Zahra El Hasnaui (3).

*

Leur dire (Decirles) par Ali Salem Iselmu

Leur dire que la terre n’est pas à eux.

Leur dire que les gens ne sont pas à eux.

Leur dire que les pierres doivent être libres.

Leur dire que le désert ne connaît que
les nomades maîtres du soleil et du vent.

Leur dire que Laâyoune dort
pour rester inconsciente.

Leur dire que le négateur
sera nié par la tendresse de ces voix mélancoliques et assoiffées.

Leur dire qu’il n’y a d’autre attente
que l’attente des retrouvailles nées de la poussière de la liberté.

Leur dire avec votre voix de feu et d’amour
que nous sommes le peuple sahraoui.

*

Intifada par Ali Salem Iselmu

Les tristes ténèbres flamberont
au nom de la mythologie des hommes nus
avec la vertu de l’innocence.

La lampe allumée ne s’éteindra plus,
la lampe qui se transforme lentement en lumière rebelle et philosophe.
Elle illuminera le chemin jusqu’au bout.

Mais ils ressurgiront, les hommes vêtus de paroles
que le vent transforme en immense écho rempli de liberté.

Et la répression des persécuteurs disparaîtra,
car les pleurs de rage seront le cri de la joie.

*

Un madrigal à mes trois amours : Aminatou Haidar, Leila Lili et le Sahara (Un madrigal a mis tres amores: Aminetu Haidar, Leila Lili y Sáhara) par Bahia Mahmud Awah

Note. Aminatou (en espagnol Aminetu) Haidar et Leila Lili sont deux militantes de la cause du Sahara occidental. La première, que chantent plusieurs autres poèmes ici traduits, fut emprisonnée par les autorités marocaines et portée disparue pendant quatre ans dans les années quatre-vingt, puis elle subit une nouvelle peine d’emprisonnement en 2005, peu de temps avant la sortie de l’anthologie.

Dans le silence exilé, chaque nuit je rêve que je crie
vos noms,
qui nichent bannis là où le temps
dans l’infini se réduit en minuscules
murs obscurs, transparents et condamnés.

Et j’ai rêvé, une nuit de demi-lune, que jamais
en rêve on ne rêve que l’on prie sans vers.
J’ai rêvé à des corps nus, inertes et fragiles
où le bourreau sculptait son nom.

J’ai rêvé que devant leur autel les paroles me manquaient
pour confesser mes rêves légitimes.
J’ai rêvé qu’au milieu de cris et de murs lugubres
on me demandait de réciter trois poèmes.

Je rêve aux Roses de mon désert,
je rêve de Jacinthes et je rêve d’Émeraudes.

Je m’éveille d’un rêve amer et doux
et je vois que le silence,
le cri et les noms que je rêvais et cherchais
enfantent un poème de trois captives à la liberté nue :
Aminatou Haidar, Leila Lili et le Sahara.

*

Assez ! (Basta) par Chejdan Mahmud Yazid

Assez ! Les rues exaspérées
se soulèvent et commentent
les injures majeures.

Assez ! Les maisons regorgent
de rage démesurée.

Et, assez ! car il y a
un idéal qui n’attend plus.

En ces temps présents il ne reste
plus de colères à calmer
et dans le cœur de l’opprimé
s’exalte la rage trop longtemps contenue.

Les villes du Sahara sombre
se dressent une nouvelle fois,
pour crier avec orgueil :
Assez ! Assez ! Assez !

*

Espoir (Esperanza) par Mohamed Salem Aldefatah, Ebnu

…..À tous les Sahraouis qui attendent
…..parmi les ombres de la terreur
…..le jour de la liberté définitive.

Parmi les rues
grillagées de l’oubli,
les mains attachées
au dos du temps,
bouillonnent tes os
de porcelaine en désordre.

Des bruits m’apportent
ta récente douleur mûre.
La légende croît
de tes complaintes à l’aube.
Pendant ce temps,
tes songes errent condamnés,
esquivant uniformes et espions.

Pourtant
au-delà de tes lèvres brisées,
du beau visage défiguré,
du regard obscur et absent,
on devine ton admirable sourire glorieux.
Ta fermeté d’acacia solitaire.
Ton fidèle espoir de liberté et de printemps.

*

Promesse (Promesa) par Mohamed Salem Aldefatah, Ebnu

Je me réveille
rêvant d’éteindre
la douleur qui submerge tes matins.
Je me redresse mettant en fuite les cauchemars
qui s’emparent de mes bras.

Dans cette obscurité j’ai dessiné
avec mes os rompus
ton visage sur les murs.
Et je t’ai laissé quelques vers griffonnés
avec le sang jailli de mes flancs.
Hiéroglyphes que tu sauras déchiffrer
comme tu le faisais de mes empreintes et de mes rêves.

Je ne sens plus rien
à part ton ancienne douleur multipliée.
Mon corps sans défense flamboie.
Devient poussière.
Ma voix éthérée va de cellule en cellule,
cherchant la force d’autres voix.
Pour que le bourreau ne connaisse le repos.
Pour que le bourreau sache que nous sommes toujours là.
Et si nos voix peuvent briser le silence
qu’enferment ces murs et monter jusqu’au ciel,
Écoutez frères la promesse de ma mort !
Écoutez sœurs la consécration de ma vie !

Ils peuvent occulter mes yeux,
m’ôter le sourire.
Ils peuvent détruire mes dessins,
effacer mes couleurs, menotter mes crayons.
Ils peuvent enterrer mes os mille pieds sous terre,
nier à tout jamais que j’existe.
Pourtant,
je serai là, attendant
le visage au ciel.
Dans chaque rue de ma ville,
dans les faubourgs.
Sur le rivage, sur les vagues.
Dans la poussière des chemins,
entre les pages des livres,
dans les matins de lumière et d’ombre.

Je serai là frères,
comme le calme après la tempête,
embrassant vos cœurs.

*

Le carrefour de la douleur (La encrucijada del dolor) par Mohamed Salem Aldefatah, Ebnu

Les aiguilles de la montre
se sont brisées le soir
du dernier mois de mai.

Tes larmes amères
ont pris la fuite.
Elles ont coulé le long de mes joues
sur les feuilles d’un journal,
sur une page de petites annonces.

Ou ils sont au nord
très loin de ta douleur.
Ou ils sont au sud
tellement proches de ta mort.

Devant mes yeux apparaissent
les fragments d’un passé toujours présent.

À ce moment-là
ils abattirent à la vie ses rêves.
Mon père et mes frères
partirent sans dire au revoir.

De longues années plus tard,
ma mère me dit
dans un murmure
que la liberté nous coûterait la vie.

*

Nous sommes avec toi… Aminatou (Estamos contigo… Aminetu) par Larosi Haidar

Chère sœur de toujours
toi, qui dès ton plus jeune âge fut
condamnée par l’envahisseur
sauvage
à être orpheline de père…
Ce père que tu aimais
mais que t’arrachèrent un jour
les armées alaouites de l’invasion.
Ce jour
il t’apportait heureux
un agneau
pour la fête de l’agneau
mais ce fut lui le sacrifié
la victime du Makhzen1
éhonté
tandis qu’il conduisait solitaire
à travers le désert ensoleillé
et cher…
Et aujourd’hui tu dois
sentir une fois de plus comme alors
les sadiques coups de poignard de l’envahisseur
te traverser l’âme et le cœur
t’arracher la peau, t’offenser
te condamner à la sombre claustration
de la prison noire2
au silence accablant…
Et tes plaies saignent
et le regard impassible de tes bourreaux
dit tout
toute la haine qu’ils ont pour toi
leur volonté de t’écraser
comme un insecte, comme un ver
et continuer d’anéantir en toi
toutes les Minattou
toutes les Sahraouies
toutes les femmes du monde…
Mais c’est une pensée futile
un vil réflexe de l’envahisseur
frustré et impuissant – canailles !
devant ta bravoure
ta ferme conviction
ta foi aveugle en la justice
ton sacrifice sans équivalent ;
ils ne peuvent rien contre toi
car nous sommes avec toi
avec toi et pour toi nous luttons
et comme tu l’as si bien dit :
ils peuvent te tuer
mais ils ne peuvent tuer tes idées
ces idées qui courent à travers les veines
du désert, des nuages
des amis de la paix
des Sahraouis.

1 Le Makhzen : le pouvoir marocain.

2 prison noire : la Cárcel Negra (Prison Noire) est le nom donné à une prison marocaine de Laâyoune. Il en est de nouveau question dans un autre poème infra.

*

Y a-t-il quelque chose de plus injuste ? (¿Hay algo más injusto?) par Larosi Haidar

Avec ses cruels mistrals d’enfer
le sort nous frappe nous secoue
et notre fragile navigation
notre triste réalité
se fait destin insupportable

Fidèle image
présent infidèle
griffes étrangères dans le dos
obsession de liberté dans la tête
monde aveugle
univers sourd
Pilate ressuscite
Barabbas est à nouveau libre
et Jésus le juste est condamné
Y a-t-il quelque chose de plus injuste ?

Terre piétinée
inondée d’aulx
dents postiches à la dérive
tatouages aberrants
atours sinistres
et vocables maudits.

Et le reste
condamné à l’oubli
forcé
par les bottes, les baïonnettes
les tanks, les avions
et le mutisme le silence
du monde
et son cynisme de toujours.
Une raison de plus pour croire en Dieu
et tout le reste est littérature.

*

Aminatou (Aminetu) par Limam Boicha

En Toi ils tracèrent un sillon
et ils arrachèrent tes branches,
tes tiges,
tes pétales.

Ils te refusèrent
la gorgée d’eau,
le rayons de lune
et même un haillon de melhfa3.

Mais en Toi existe
une exubérante végétation de souvenirs,
une brise de l’océan,
et notre pluie
prochaine et attendue.

3 melhfa : costume traditionnel féminin sahraoui.

*

Abandonnés (Abandonados) par Limam Boicha

Ils ont préparé un immense cercueil,
une fosse commune,
et la veulent invisible
pour que personne ne sache ce qui se passe.

Seuls de petits bruits parlent
crient,
ou élèvent au ciel
les phrases d’un panneau.

Les nôtres
sont mutilés,
jetés aux dépotoirs,
leurs moindres mouvements épiés.
Mais ils sont là
avec leurs visages
pulvérulents et terrestres.

Probablement
personne ne les visitera.

Mais le vent murmure
dans sa langue,
avec ses infinis tambours
et nous apprend que ces aveugles coups
de matraque
sont identiques aux coups
de la paume de la main sur le sable :
l’imminente déroute de l’horreur
et de ses chiens de garde.

*

Synopsis (Sinopsis) par Luali Lehsan

Une tornade de pétards secoua le rêve de la nuit.
Quand le désert commençait à se croire métropole.

L’âpre vent du nord emboucha les trompettes de la guerre.
Et quelqu’un au nom de la liberté secoua la mémoire du temps.

Depuis lors les jours commencèrent à naître morts.
Et notre enfance naufragea dans la houle tumultueuse de l’exode.

La chaude pluie de l’amour trempa nos corps dans un lit lointain.
Et le poids de la distance nous réveilla le cœur brisé.

*

Ta voix vit (Tu voz vive) par Luali Lehsan

…..À Mahafud, une voix brisée dans l’attente

Ta voix n’est pas morte

Ta voix, vit parmi les bruits du monde
qui t’a laissé sans voix

Ta voix n’est pas morte

Ta voix, est allée crier sa rage
depuis l’exil de l’âme, demander l’aumône de l’être
depuis le silence de sa réincarnation dans ma voix

Ta voix n’est pas morte

Ta voix, est une faible note dans le concert des voix,
sans plus de visage, sans aujourd’hui et sans lendemain, sans nous,
peut-être avec Dieu

Ta voix
Est par moments une éclipse dans ma voix.
Un jour mort sans échos.
Un faux pas de l’espérance,
Ou un horizon possible

D’autres fois elle est
Le vent où galope ma voix,
Un désir à la commissure des lèvres de l’âme,
Ou un recoin tranquille dans un coin de la vie
Ta voix sera toujours une absence dans ma voix

*

Effrayer la peur (Pour Aminatou Haidar) (Acobardando el miedo [a Aminetu Haidar]) par Mohamed Ali Ali Salem

Des tours des palais
au ras du rêve
à tire-d’aile descendent
loups et hyènes déguisés
en blanches colombes
tenant dans leurs gueules
un roucoulement étouffé
une petite patte de mourante
blanche colombe dévorée.
Blanche comme les jours du passé.
Et ils poussent des hurlements,
donnent des coups de griffe
qui déchirent l’air,
et piétinent l’herbe
de la dignité de chaque jour.

Ils font irruption dans nos vies
répandant
les lugubres couleurs
des jours sans nom,
fenêtres fermées, balcons abandonnés,
dunes désolées, oasis desséchées,
cieux vides de ciel
et une cécité ouverte et agressive
brandie
sur l’humainement quotidien,
le librement prédictible.
Et nous sommes encerclés
de chemins naufragés
qui noircissent le visage du firmament
et les passages jusqu’à la mer
et le sourire des enfants
de tunnels, de prisons,
de cachots, de « jardins secrets »4
et d’un espoir désespéré d’espérance
tandis que les somptueux vestibules
des gratte-ciels insipides
engraissent des colombes assassinées
et l’indifférence entonne
des dialogues de sourds
et l’hypocrisie lui répond
avec les balbutiements stridents
du néant.

Quel âge a la nuit ?
Combien de siècles le silence ?
Combien de voies empoisonnées
le bâillon ?

Et que faire, frère, que faire ?
Et où est la mer ?
Et où est le vent ?
Et où sont les mains du jour ?

Et, de la Prison Noire, me répond
une voix de femme :
–Levant les doigts
en signe de victoire,
le visage ensanglanté,
le regard serein et ferme,
La mer, frère, est
dans vos mains.
Le vent est dans votre voix,
le jour et ses mains
dans vos pas illuminés.
Frère, la nuit des sbires
est passagère,
nous effrayons
l’épouvante dissoute de leurs crimes.
Car l’aurore naît d’un cri.
Et du rejet de la mort
mourant au nom de la vie.

4 « jardin secret » : entre parenthèses dans le texte, car il est fait référence à l’appellation cryptique des centres de détention secrets pour prisonniers sahraouis, à la manière des « corvées de bois », nom dont l’armée française couvrait les exécutions sommaires pendant la guerre d’Algérie.

*

La nuit (La noche) par Saleh Abdalahi

La nuit s’étend nébuleuse
sur les champs coniques de l’attente,
couvre de draps les rêves
qui se lavent dans le sable, jusqu’aux
vagues atlantiques.
La nuit s’étend menaçante
sur la fragilité de l’horizon
de « paix » d’une autre guerre.
Le matin peut-être s’étend
en tranchées sans nuits
et sans rêves sous les draps.

L’horizon est peut-être calme,
un calme qui dort éveillé
sur les cendres chaudes de la guerre,
la guerre veut la paix et la paix vient
déguisée en guerre
et bien qu’il n’y ait pas de taches rouges
sur le vert olivier de la guerre
ni larmes chaudes sur les visages
tournés vers l’ouest,
la durable tunique blanche
de la paix se rapièce dans l’attente
sur les os qui la soutiennent.
Demain, demain peut-être nous nous réveillerons
nus avec des scorpions sur la poitrine.

*

Intifada sahraouie (Intifada saharaui) par Zahra El Hasnaui

« La liberté, Sancho, est un des dons les plus précieux que le ciel ait faits aux hommes. Rien ne l’égale, ni les trésors que la terre enferme en son sein, ni ceux que la mer recèle en ses abîmes. Pour la liberté, aussi bien que pour l’honneur, on peut et l’on doit aventurer la vie. » (Don Quichotte de la Manche) [Traduction française de Louis Viardot, 1837]

*

Phares dans le désert (Faros en el desierto) par Zahra El Hasnaui

Avec une patience désespérée
tu éclaires des chemins d’espérance.
Viens avec moi,
murmures-tu,
et je te suis,
je suis ta lumière dans des cieux indigo.

*

Dévouement (Entrega) par Zahra El Hasnaui

Des filaments rouges
se détachent
de la peau
de ta terre.
Fils que,
face au néant,
tu raccommodes
avec tes entrailles.

*

Bahia M. Awah et Zahra Hasnaui lors d’un récital en 2015: Source Bahia Awah