Poignard tolédan : La poésie de Francisco Villaespesa 3
Voici, après le précédent billet ici, la suite de nos traductions de poèmes de Francisco Villaespesa (1877-1936), le champion du courant symboliste en Espagne, en puisant cette fois dans les recueils La musique de l’Angélus (un poème), Les œillets rouges (5 poèmes), L’ombre du sphynx (15), Le livre bleu (7), et Notre-Dame de la mer (Le livre du retour) (3).
*
La musique de l’Angélus
(La música del Ángelus, 1928)
.
Le glas de la morte (Campanas de la morta)
I
Sa vie fut un sourire
et sa mort, un soupir…
Dans le calice d’une rose
une goutte de rosée !
II
À la lumière des premières
clartés de l’aube,
son âme monta vers les cieux
sur le bec d’une alouette !
III
Elle vécut et mourut comme un ange ;
et quand elle prit son vol,
le monde perdit une fleur,
le ciel gagna une étoile !
*
Les œillets rouges
(Claveles rojos, 1929)
.
Poignard tolédan (Puñal toledano)
Avec une lame du fer le plus sûr
trempée dans les forges de Tolède,
je fabrique un poignard ; sur le manche,
en or et savamment ciselée,
minuscule, apparaît ta figure,
dans l’illusion d’une Victoire ailée…
Jamais on ne vit custode ou bijou travaillé
avec plus fervente et plus pure patience…
Un poison mortel, le plus subtil,
couvre la pointe aiguë du poignard…
Je le destine à certain cœur ingrat !
N’aie crainte, ton heure n’est pas venue…
Cela n’est point pour ton cœur parce qu’il me trompe,
mais pour le mien parce qu’il t’aime encore !
*
Contrastes (Contrastes)
Garde mes yeux dans tes yeux, prisonniers ;
noue tes tresses autour de moi, comme des cordes,
et avec les clous rouges de tes baisers
crucifie-moi, mon amour, entre tes bras !
N’invente pas d’impossibles rendez-vous,
car, à la fois jaloux et obsédé,
je sens que grincent mes os d’anxiété
et que mon cœur vole en éclats.
Mon amour, pour l’amant heureux
qui repose entre les bras de sa bien-aimée,
l’éternité elle-même n’est qu’un moment !
Mais pour celui qui dans une solitude jalouse
sent mourir son âme vidée de sang,
un moment dure une éternité !
*
Phryné (Frine)
Par ta beauté tu es digne de figurer
triomphalement, sans parures somptueuses,
dans l’éternel Parthénon de l’Art
parmi les plus admirables statues.
Née en Grèce, ta beauté ornerait
le frontispice d’un temple de Vénus.
Tu as droit au culte, au chant, à l’autel
et à la fumée du plus pur sacrifice !
Beauté d’un autre âge, je te salue !
À tes pieds les amours gémissent ;
et voyant ton corps olympien dans sa nudité,
resplendissant au soleil de midi,
si j’étais ton juge, du plus épouvantable crime,
sœur de Phryné, je t’absoudrais !
*
Mains de songe (Manos de ensueños)
Tu retiras ta main de la mienne,
rigide, glacée comme la main d’une morte…
En silence, l’amour passa la porte
pour dissiper au soleil ses larmes vaines !
« Viens à moi ! me soupira l’Océan.
Cœur endormi, viens et réveille-toi
dans le sein profond de mon mystère,
qui nous libère de tout, même du rêve ! »
Et soudain mes pas furent retenus
par la main d’un souvenir qui sur mon front
caressait mes cheveux en bataille…
Main de ton souvenir, tant aimée,
qui par deux fois me sauva la vie,
main de morte rigide et glacée !
*
Les momies d’or (Momias de oro)
Pour cacher les outrages du temps
et convoquer des grandeurs passées,
tu recherches les maquillages compliqués,
les éblouissantes joailleries,
les fourrures voyantes et les costumes pompeux ;
et devant ton propre luxe tu t’extasies
avec la candeur ingénue des sauvages
affublés de pacotilles !
Momie parmi les joyaux, les baumes, les stucs,
pour évoquer des souvenirs plus heureux,
dans ton impuissance, bien souvent tu as
cette curiosité des eunuques
qui derrière les tapisseries épient
les mystères de l’amour dans les harems !
*
L’ombre du sphynx
(La sombra de la esfinge, 1932)
.
Dans le désert (En el desierto)
Les années traversent ma vie,
caravane de dromadaires
parcourant à pas lents
les sables du désert…
Les uns portent sur leurs bosses
des fardeaux de chagrins et de deuils ;
d’autres, de lyriques trésors
de sourires et baisers…
et l’un garde l’image
d’une femme. Son souvenir,
ô comme il branle du chef, languissamment,
sous le rouge soleil de feu !
Et la caravane tout entière
se perdra dans le désert,
ne laissant pas même sur le sable
la poussière de ses ossements !
*
Évocation de Grenade (Evocando a Granada)
Être un cheikh à longue barbe blanche,
aux yeux fébriles et au visage d’ascète,
contempteur de toute pompe humaine,
qui dans le silence d’une tour austère
ablutionne son âme à la fontaine
miraculeuse du Livre du Prophète
pour la rendre suave, pure et tranquille,
et cristalline comme le matin !
Les blancs habits flottant,
tandis que paresseusement Grenade
sommeille en ses verts jardins,
au nom d’Allah réciter mes sourates,
le regard tourné vers l’Orient,
depuis le vieux minaret d’une mosquée !
*
La momie (La momia)
Pétrifié dans son asile perpétuel,
tout recouvert de baumes et bandelettes,
la merveille de ce corps défunt
a l’aspect hermétique et tranquille
des ruines d’un temple au bord du Nil
et du Sphynx au milieu du désert…
(Un ibis médite dans la paix d’un jardin,
et sur le sable bâille un crocodile.)
Mais, quelle est cette momie ?… Ses rêves épars
d’éternité, dans quelle infinie
citerne boivent-elles cette auguste sérénité ?
(Serait-ce l’amour qui, embaumé dans des iambes,
sommeille depuis tant de siècles
en la pyramide immortelle de mon âme ?)
*
Ritournelles (Ritornellos)
Ce ne fut ni ma faute ni la tienne…
Le Destin l’a voulu… Et Dieu le veut !
(Tandis que ton cœur chante « Alléluia ! »,
mon cœur sanglote « Miserere ! »)
Laisse mon ombre fuir au désert…
et toi, va dans le jardin où t’attend un autre amour…
(Ton espérance en naissant crie « Alléluia ! »,
en mourant mon amour murmure « Miserere ! »)
Laisse mon destin se conclure là
où meurt l’ombre du souvenir…
Toi, dans ton nid, roucoule, douce colombe,
au nouvel amour qui blesse tes sens…
(Tandis que ton cœur chante « Alléluia ! »,
mon cœur soupire « Miserere ! »)
*
Les serpents de l’ennui (Los serpientes del hastío)
Femmes, qui tissez dans ma mémoire,
couronnées de rêves et de fleurs,
au rythme d’une musique illusoire
une danse nostalgique d’amours,
que m’avez-vous laissé de tant de gloire ?…
Les rossignols aveugles de mes vers
qui dans les noirs cyprès de mon histoire
pleurent ma douleur aux étoiles !
Ce qui avait des ailes a fui !… Et dans le nid vide
s’enroule le serpent de l’ennui !
L’amour, chaque fois, m’a laissé un goût amer,
le cœur sanglant et l’âme blessée…
Je ne crois plus à l’amour… et pourtant
pour un baiser d’amour je donnerais ma vie !
*
Reliques (Reliquias)
Je ne peux rien te donner, il ne me reste rien !
Que viens-tu chercher dans cette retraite
puisque tout, baisers, larmes, soupirs,
tu l’as vendu aux enchères publiques ?
Prétends-tu que je cède à tes ongles,
pour que tu joues avec, les yeux par lesquels je vois ?
Veux-tu m’ôter l’air que je respire,
pour que même cela, respirer, je ne le puisse plus ?
Je n’ai plus rien ; je t’ai tout donné,
mon esprit, ma chair, la terre et les cieux !…
Mais, attends, il reste quelque chose… Ne sois pas triste !…
Il reste l’infamie, l’amertume, la boue,
le désespoir et la jalousie !
Tout le poison que tu m’as fait boire !
*
La caravane de mes baisers (La caravana de mis besos)
Le désert est un incendie funèbre.
Le lion rugit de faim dans les cavernes,
et entre des nuages de pourpres éternelles
le Sagittaire tend ses flèches dorées.
Assis sur la bosse dorsale du dromadaire
qui meut lentement ses pattes velues,
en rêvant à l’eau des citernes
s’avance le Bédouin solitaire.
Ô fontaine de fraîcheur convoitée !
Laissant des empreintes de sang
sur les dunes ardentes et rougies,
sous un soleil suffoquant
la caravane de mes baisers
cherche l’oasis de ta bouche.
*
Stupéfiants (Estupefacientes)
Nous nous suicidons lentement
pour oublier le cancer qui nous ronge…
J’endors ma peine avec la boisson,
tu endors ta peine avec la cocaïne…
Mon rêve est tropical, rouge, ardent ;
ton rêve est gris, d’opale et de brume…
Je traverse le désert incandescent
et toi la verte grotte sous-marine !
Mais, à quoi bon ?… La blessure
se remet à saigner, plus terrible ;
c’est le coup de griffe de la douleur la plus sauvage !
Il en coûte tant de s’échapper de la vie ;
plutôt que de le tenter, mieux vaut, de beaucoup,
succomber prisonnier dans sa geôle.
*
Blessure secrète (Oculta herida)
Tout, dans notre vie, n’est pas perdu !
Il reste la lie de la coupe d’amertume
ainsi qu’un vague espoir d’oubli
dans la terre du tombeau !
Et ton parfum dans le jardin en fleurs ;
ton image dans mes yeux, et la pure
cadence de ton accent qui murmure
d’impossibles paroles à mon oreille !
Tout n’est pas perdu dans cette vie !
La blessure n’est pas refermée encore
qu’ouvrit en moi l’inconscience de ta main
et qu’à présent, tandis que, pâle, je me perds,
ombre parmi les ombres du mystère,
vient rouvrir ton souvenir !
*
La dompteuse (La domadora)
Blonde et blanche, comme un printemps,
la Dompteuse entra dans la cage…
La pupille d’un tigre la guette,
la gueule ouverte d’un lion l’attend !
Elle approche, riant de plaisir ;
et comme le danger lui plaît,
elle engouffre sa tête blonde et rêveuse
dans la terrible gueule de la bête !
C’est ainsi que tu entres dans ma vie…
Et comme la Dompteuse qui s’amuse
en jouant avec des panthères et des lions,
tu distrais ton incurable ennui
en jouant à la vie à la mort
avec les fauves de mes passions !
*
L’antre (Cubil)
Mon âme est comme un antre
creusé dans un profond désert de pierres,
où bâille la passion la plus sauvage
et grondent les plus bestiales pulsions !
Il y a des griffes de lions et de panthères,
des pattes de tigres et des dents de chacals…
Quelle triste fin, quelle triste fin attend
celui qui ose en franchir le seuil !
Ne viens pas dans mon antre, fleur de Rêve,
car la sauvagerie de mes passions
fera couler ton sang à flots !
Ta tendresse est un bambin qui, tout sourire,
entre dans une caverne de fauves
et se met à jouer avec les lionceaux !
*
Les roses d’Alexandrie (Rosas de Alejandría)
Ô flamboyant rosier d’Alexandrie,
pourquoi, en ses jours ténébreux,
la neige de mon hiver, blanche et froide,
rêve-t-elle de boire le sang de tes roses ?
Comment fondre mes nuits dans tes jours
et transformer la tombe en couche nuptiale ?
Puisque la foi est morte, pourquoi rêver, mon âme,
à des résurrections miraculeuses ?
Rien ne fut, rien n’est, rien ne sera
plus ridicule, absurde, horrible et triste
que de voir un vieux crapaud, dans son marécage,
mourir d’amour pour une étoile…
Ô misérable cœur humain,
c’est toi le plus absurde, à rêver d’elle !
*
Chryséléphantine (Crisoelefantina)
En ce mélange d’or et de cire
qui donne des nuances de rêve à ta plastique,
l’or, en cinq tons, resplendit,
spiritualisant ta blancheur !
L’or rouge de tes cheveux,
turban royal sur ton front pur.
L’or ardent qui domine tes sourcils
et fulgure sur tes cils timides…
L’or tiède comme un duvet d’oiseau
qui scintille, quand tu lèves le bras,
sous ton aisselle de soie dormante…
Mais il n’est plumet ni rien de plus suave
que l’or de la mousse obombrant
les vallées de la source de vie !
NdT. Les « cinq tons » de la première strophe semblent en fin de compte se réduire à quatre, ou bien je ne sais plus compter…
*
Morphine (Morfina)
Avec ta beauté langoureuse et féline,
ta voix de miel et ton rire d’argent,
pour moi tu fus comme la morphine,
qui endort la douleur, mais nous tue !
Ton parfum s’est envolé mais est restée ton épine
et le cœur saigne encore, rose écarlate !
Quand la torpeur de l’ivresse prend fin,
notre vie est plus grise et plus ingrate qu’avant !
Tout ce qui demeurait en moi de noble et pur
s’est dissipé sous ton sortilège !
Toute chose respire ton poison !
Tu souhaitas même effacer de mon cœur
cette humilité, si dorée parce que j’étais bon,
et cet orgueil, si blanc parce que j’étais triste !
*
Dans le désert (En el desierto)
NdT. Le premier poème du même titre, supra, ouvre le recueil, et celui-ci le clôt.
Dans l’immense aridité de ma vie,
à l’intérieur d’une pyramide d’iambes,
ton amour est une momie enterrée
dans les sables gris d’un désert,
où parfois, en lentes caravanes,
sur leurs mélancoliques chameaux
passent en chantant sous un soleil de plomb
ces nomades tristes, mes souvenirs !
*
Le livre bleu
(El libro azul, 1933)
.
Lever de soleil en bleu (Amanecer de azul)
La cloche de l’aube, la cloche
joyeuse, cristalline et bruyante,
qui donne au rose et bleu du matin
une sonorité de volière,
appelle à la première messe…
Et la chanson qu’elle égrène, l’hirondelle
s’en fait l’écho parmi les plantes grimpantes,
parant ta fenêtre de clochettes !
Tu ouvres les yeux et un éclat d’aurore
dore le pauvre mobilier de notre pièce…
Ébloui par ton regard, j’aime
prier, le cœur à genoux :
« Le soleil se lève pour tous dans les cieux…
Mais c’est pour mon âme que le jour dans tes yeux se lève ! »
*
Mirage bleu (Espejismo azul)
Sans ton regard mon âme est comme
une coupe d’or chimérique, vide,
où seul le silence de la lune
verse, la nuit, sa mélancolie.
Entre tes lèvres, comme en un berceau,
l’enfant amour, dans ses rêves, souriait…
Son sourire était toute ma fortune,
et toute ma fortune fut un jour perdue !
Ta main me guidait sur le chemin
et je l’ai perdue aussi… Sans direction,
aujourd’hui, tremblant, je vais comme un enfant
qui s’est égaré dans la nuit.
Vivre, ma bien-aimée ? À quoi bon la vie
sans le mensonge bleu de ta tendresse ?
*
Parfum de violette (Perfume de violeta)
La sainte austérité de ma retraite
fut parfumée par toi, romantique et discrète,
de ce vague parfum de violette
avec lequel tes soupirs endorment la brise.
Dans nos veillées, je te regarde près de moi
en une douceur recueillie,
illuminant mes rêves de poète
avec tes yeux profonds de saphir !
La plèbe en tumulte a mis l’ordre à bas,
princesse de Lamballe de ma tristesse,
pour t’immoler dans ses jeux sanglants !
Et sur la pique bestiale de la canaille
s’est vidée de son sang la pâleur de ta tête
lunaire et pure comme un marbre grec !
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Amour nocturne (Amor nocturno)
Tes rêves aiment, pour orner
ton vivant albâtre d’une pompe royale,
le diadème brillant des étoiles
et l’hermine scintillante de la lune.
Pour veiller le sommeil de ton page,
sur le lit que baisent tes insomnies,
il te plaît que la Nuit tire comme des rideaux
ses velours obscurs.
Tu aimes la Nuit, car elle est aveugle et muette,
car sa main frissonnante dénude
ton esprit de toutes ses pudeurs rougissantes ;
et son ombre est nécessaire à ton âme torve
pour vider de sang tes amours
avec ta bouche vorace de vampiresse.
*
Clair-obscur (Claroscuro)
Toi, dans la frivolité de ta joie,
moi, dans la désolation de ma tristesse…
La Nature nous a faits différents,
et différente aussi notre route…
Ta vie est toute lumière, la mienne est ombre…
Où finit la lumière, l’ombre commence…
Je vais, ivre de tristesse ;
tu vas, ivre de joie !
Mais rien n’est fixe dans la Nature !
Avec le temps tout change !
Nous changerons aussi, c’est certain…
Et peut-être qu’en nous revoyant un jour,
tu me diras : « Où est passée ta tristesse ? »
Et je te dirai : « Où est passée ta joie ? »
*
Dans mon calvaire (En mi calvario)
Dans cette Semaine Sainte que fut ma vie,
sous l’éternelle malédiction du ciel,
crucifié sur le plus noir oubli,
seule ta lèvre a pu me consoler ;
toi seule fut fidèle à ma douleur…
Les larmes de mon chagrin
et même le sang de ma poitrine blessée,
seul ton mouchoir apitoyé les ont séchés.
Et en voyant l’angoisse muette de ma peine,
ton regard romantique et sombre
évoque par ses pleurs solitaires
les yeux tristes de Madeleine
voyant, tournées vers eux dans l’agonie,
les pupilles du Christ sur le Calvaire !
*
Dans le marécage (En el pantano)
Je me noie dans la fange, Seigneur !… Que de vilenies !
La lumière pollue et l’air lui-même salit !
(Sur l’eau stagnante pourrit ma barque
et les corbeaux se repaissent de ma mélancolie !)
Entre tant et tant de mesquineries
présentes, comme le cœur devient imbu de soi,
remémorant le grondement de l’avalanche
et les éclairs de ses vieilles tempêtes !
Il n’y a point de salut ! Il n’y a point de salut ! C’est en vain
que mon orgueil se débat dans la fange !
Et je me vois même de la fange dans le cœur !
Je suis un lion blessé dans un marécage,
Où, noire, m’enveloppe une nuée de corbeaux
qui me dévorent vivant !
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Notre-Dame de la mer (Le livre du retour)
(Nuestra Señora del mar [El libro del regreso], posthume)
.
Les mouettes (Gaviotas)
En regardant les mouettes
qui se perdent sur la mer,
je pense à mon pays et je voudrais
avoir des ailes pour voler !
Paix de midi dans le ciel,
paix marine de cristal…
Les mouettes blanches
qui passent dans tant de clarté
sont des mouchoirs fugaces
accompagnant notre partance…
*
Nuage (Nube)
Un nuage errant
se voit au loin ; il flotte
dans le rêve bleu du ciel
sur le rêve bleu de la mer.
La mélancolie a
la triste fragilité
d’un rêve aveugle qui vole
sans savoir où il va…
Amours, bonheurs, gloires,
tout dans ma vie fut comme
ce nuage errant et blanc
qui passe lentement
dans le bleu du ciel
et sur le bleu de la mer.
*
Ce que disent les vagues (Lo que dicen las olas)
Les vagues de la mer chantent
une berceuse à mes espérances :
« Ce que tu laissas dans un port,
tu le retrouveras dans un autre !
Rendors-toi, ferme les yeux pour rêver :
ce que la vie ne t’a pas donné,
le Rêve te le donnera ! »



