La microcéphale : Un poème

En avant-première de la publication ici même, sur ce blog, de mon prochain recueil, Je baise les pieds de la Palestine (et autres poèmes), voici La microcéphale, qui en est tiré.

Ne manquez pas la sortie prochaine, sur ce blog, du recueil Je baise les pieds de la Palestine.

*

Photo : Casting partiel du film Freaks (La monstrueuse parade) de Tod Browning : sont assises sur les marchés de la roulotte Zip et Flip, deux sœurs microcéphales américaines, dont c’étaient là les noms de scène au temps des freak shows. Je pense que c’est le visage de Zip que j’ai entouré, et c’est de ce sourire que je parle. Zip était l’aînée des deux, d’une douzaine d’années, croit-on savoir (mais l’histoire ne connaît pas la date exacte de la naissance de Flip).

Ton sourire enfantin, chère microcéphale,
Me rappelle quelqu’un, une femme fatale
Dont je fus la victime et qui fait son malheur,
Ne pouvant accuser un bon mot sans douleur.
Enfant unique, un rien la transportait hors d’elle.
En elle rien n’était si vrai que le faux, quelle
Tristesse ! Et le départ du père avait laissé
Dans son cœur ombrageux un orage blessé,
Une haine de l’homme au fond de sa tendresse,
Un désir de poignard dans la moindre caresse.
C’est pourquoi lui venaient, faciles, les serments :
D’autant plus emportés que simples boniments.
Mais j’étais trop au fait pour croire sans réserve,
Et découvrant le peu de fruit de cette verve,
Sa chaleur nourrissait en retour le dépit
Dont pourrissait son cœur, par l’aigreur décrépit.
Abandonnée aux soins d’une mère débile,
Elle avait vu navrer ses rets d’enfant habile
L’objet d’un sentiment innocent et profond.
Au tragique parfois le sordide répond :
L’homme veut, en partant, les jeter sur la paille,
Un ignoble procès change en gouffre la faille.
Elle entrait dans le monde avec des rêves morts.

Elle chercha quelqu’un pour redresser les torts,
Un chevalier servant, champion de sa Dame,
Qu’elle aurait adoré, comme aucune autre femme.
Mais un oiseau pareil, cela n’existe plus,
Elle fut un fléau pour les heureux élus.
J’aurais pu, quant à moi, qui rédige ces lignes,
Sur le berceau de qui se montrèrent des signes,
Rompre cette spirale, avec un parchemin ;
Encore eût-il fallu qu’elle donnât sa main.
Mais au lieu de chercher à dissiper mes doutes,
Elle voulut briser sa lance dans des joutes,
Comme si je devais recevoir sous mon toit
Un concurrent plutôt qu’un appui ferme et droit.

Aux temps de décadence implacable et de cendre,
Non, Adam et Hawa ne peuvent pas s’entendre.
Les femmes, ces sans-cœur, pour un plat de faux cils
Se sont payé nos droits d’aînesse et droits virils.
En ce Kali-Yuga de millions d’années,
À nous faire souffrir elles sont condamnées.
Que me jette la pierre aux très nombreux carats
L’idole aux seins bien lourds et desseins scélérats.

Ton sourire enfantin, chère microcéphale,
Me rappelle quelqu’un, une femme fatale…

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